
Vaivasvata-vamsha-pravṛttiḥ (Origin and Issue of Vaivasvata Manu; Ilā–Sudyumna Episode)
Le chapitre (désigné au colophon comme « Vaivasvatotpatti ») place le récit dans le cadre du Vaivasvata Manvantara. Sūta raconte qu’après l’achèvement du Cākṣuṣa Manvantara, les autorités divines confèrent la souveraineté terrestre au grand Vaivasvata Manu. Le texte dresse ensuite le registre de sa descendance : dix fils naissent de Vaivasvata—Ikṣvāku, Nṛga, Dhṛṣṭa, Śaryāti, Nariṣyanta, Prāṃśu, Nābhāga, Diṣṭa, Karūṣa et Pṛṣadhra—énumérés comme une généalogie. Le récit se tourne alors vers la causalité rituelle : sur l’injonction de Brahmā, Manu accomplit un sacrifice inspiré par le désir (avec intention d’aśvamedha et le motif du putrakāmeṣṭi). De la part sacrificielle de Mitra et Varuṇa surgit Ilā, parée de vêtements et d’ornements divins. Le dialogue d’Ilā avec Manu puis avec Mitra–Varuṇa met en avant l’obéissance fondée sur le dharma et la vérité ; satisfaits, les dieux accordent renommée et bénédiction, aboutissant à la figure célèbre de Sudyumna—loué comme aimé du monde et accroisseur de la lignée—avec l’épisode de transformation où Sudyumna prend un état féminin, avant que le récit ne revienne à la lignée paternelle pour préserver la continuité généalogique.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते तृतीय उपोद्धातपादे वैवस्वतोत्पत्तिर्नामैकोनषष्टितमोध्यायः // ५९// सूत उवाच ततो मन्वन्तरे ऽतीते चाक्षुषे दैवतैः सह / वैवस्वताय महते पृथिवीराज्यमादिशत्
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, au troisième prologue enseigné par Vāyu, le cinquante-neuvième chapitre s’intitule «L’avènement de Vaivasvata». Sūta dit : lorsque le manvantara de Cākṣuṣa fut révolu, avec les dieux on conféra au grand Vaivasvata la royauté sur la Terre.
Verse 2
तस्माद्वैवस्वतात्पुत्रा जज्ञिरे दश तत्समाः / इक्ष्वाकुश्च नृगश्चैव धृष्टः शर्यातिरेवच
De ce Vaivasvata naquirent dix fils d’égale valeur : Ikṣvāku, Nṛga, Dhṛṣṭa, et aussi Śaryāti.
Verse 3
नरिष्यन्तस्तथा प्रांशुर्नाभागो दिष्ट एव च / करूषश्च पृषध्रश्च नवैते मानवाः स्मृताः
Nariṣyanta, Prāṃśu, Nābhāga, Diṣṭa, Karūṣa et Pṛṣadhra : ces neuf-là sont rappelés comme des « Mānava ».
Verse 4
ब्रह्मणा तु मनुः पूर्वं चोदितस्तु प्रबोधितम् / यष्टुं प्रजक्रमे कामं हयमेधेन भूपतिः
Manu, auparavant exhorté et éveillé par Brahmā, ce souverain de la terre, entreprit selon son vœu d’accomplir le sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 5
अथाकरोत्पुत्रकामः परामिष्टिं प्रजापतिः / मित्रावरुणयोरंशे अनलाहुतिमेव यत्
Puis, désireux d’un fils, Prajāpati accomplit l’iṣṭi suprême : l’offrande d’āhuti dans le feu pour la part de Mitra et de Varuṇa.
Verse 6
तत्र दिव्यांबरधरा दिव्याभरणभूषिता / दिव्यासंहनना चैव इला जज्ञ इति श्रुतम्
Là, naquit Ilā, revêtue d’étoffes divines, parée d’ornements célestes et d’une stature merveilleuse ; ainsi l’enseigne la sainte tradition.
Verse 7
तामिलेत्यथ होवाच मनुर्दण्डधरस्ततः / अनुगच्छस्व भद्रं ते तमिला प्रत्युवाच ह
Alors Manu, porteur du bâton, l’appela « Ilā » et dit : « Suis-moi ; que le bien t’advienne. » Alors Tamilā répondit.
Verse 8
धर्मयुक्तमिदं वाक्यं पुत्रकामं प्रजापतिम् / मित्रावरुणयोरंशे जातास्मि वदतां वर
Cette parole est conforme au dharma. Ô le meilleur des orateurs, au Prajāpati désireux d’un fils je dis : je suis née de la part de Mitra et de Varuṇa.
Verse 9
तयोः सकाशं यास्यामि मातो धर्मो हतो वधीत् / एवमुक्त्वा पुनर्देवी तयोरन्तिकमागमत्
« Mère, j’irai auprès de ces deux-là, afin que le dharma ne soit pas lésé. » Ayant parlé ainsi, la Déesse s’approcha de nouveau d’eux.
Verse 10
गत्वान्तिकं वरारोहा प्राञ्जलिर्वाक्यमब्रवीत् / अंशे ऽस्मिन्युवयोर्जाता देवौ किं करवाणि वाम्
S’étant approchée, la belle aux formes nobles, les mains jointes, dit : « Ô dieux, je suis née de votre part à tous deux ; que puis-je faire pour vous ? »
Verse 11
मनुनैवाहमुक्तास्मि अनुगच्छस्व मामिति / तथा तु ब्रुवतीं साध्वीमिडामाश्रित्य तावुभौ
Manu m’avait dit : « Suis-moi ». Ainsi parlait la vertueuse Iḍā ; s’abritant auprès d’elle, tous deux demeurèrent ensemble.
Verse 12
देवौ च मित्रावरुणाविदं वचनमूचतुः / अनेन तव धर्मज्ञे प्रश्रयोण दमेन च
Alors les dieux Mitra et Varuṇa dirent ces paroles : « Ô toi qui connais le dharma, grâce à ta révérence et à ta maîtrise de toi ».
Verse 13
सत्येन चैव सुश्रोणि प्रीतौ स्वौ वरवर्णिनि / आवयोस्त्वं महाभागे ख्यातिं कन्ये प्रयास्यसि
Ô toi aux hanches gracieuses, ô toi à la beauté éminente : par ta vérité, nous sommes tous deux comblés. Ô jeune fille très fortunée, par nous tu gagneras la renommée.
Verse 14
सुद्युम्न इति विख्यातस्त्रिषु लोकेषु पूजितः / जगत्प्रियो धर्मशीलो मनोर्वंशविवर्द्धनः
Il sera célèbre sous le nom de « Sudyumna », honoré dans les trois mondes ; aimé du monde, fidèle au dharma, et accroissant la lignée de Manu.
Verse 15
मानवः स तु सुद्युम्नः स्त्रीभावमगमत्प्रभुः / सा तु देवी वरं लब्ध्वा निवृत्ता पितरं प्रति
Ce Sudyumna, seigneur parmi les hommes, entra dans l’état de femme. Et la déesse, ayant obtenu la grâce, retourna vers son père.
Verse 16
बुधेनोत्तरमासाद्य मैथुनायोपमन्त्रिता / सोमपुत्राद्बुधाच्चास्यामैलो जज्ञे पुरूखाः
Parvenue auprès de Budha vers le nord, elle fut conviée à l’union. De Budha, fils de Soma, naquit en son sein Purūrava, nommé Aila.
Verse 17
बुधात्सा जनयित्वा तु सुद्युम्नत्वं पुनर्गताः / सुद्युम्नस्य तु दायादास्त्रयः परमधार्मिकाः
Après avoir enfanté de Budha, elle retrouva de nouveau l’état de Sudyumna. Or Sudyumna eut trois héritiers, éminemment établis dans le Dharma.
Verse 18
उत्कलश्च गयश्चैव विनतश्च तथैव च / उत्कलस्योत्कलं राष्ट्रं विनतस्यापि पश्चिमम्
Ils furent trois : Utkala, Gaya et Vinata. Le royaume d’Utkala fut nommé ‘Utkala’, et Vinata reçut aussi la contrée de l’Ouest.
Verse 19
दिक्पूर्वा तस्य राजर्षेर्गयस्य तु गया पुरी / प्रविष्टेतु मनौ तस्मिन्प्रजाः सृष्ट्वा दिवाकरम्
À l’est de ce rajarishi Gaya se trouvait la cité de Gaya. Et lorsqu’il entra en Manu, il créa les êtres et établit Divākara, le Soleil.
Verse 20
दशधा तदधात्क्षत्त्रमकरोत्पृथिवीमिमाम् / इक्ष्वाकुरेव दायादो भागं दशममाप्तवान्
Il répartit en dix parts l’autorité kshatriya sur cette terre. Et l’héritier d’Ikṣvāku reçut la dixième part.
Verse 21
कन्याभावत्तु सुद्युम्नो नैव भागमवाप्तवान् / वसिष्ठवचनाच्चासीत्प्रतिष्ठाने महाद्युतिः
Étant passé à l’état de jeune fille, Sudyumna n’obtint aucune part; mais, selon la parole de Vasiṣṭha, il demeura à Pratiṣṭhāna, d’un éclat sublime.
Verse 22
प्रतिष्ठां धर्मराजस्य सुद्युम्नस्य महात्मनः / एतच्छ्रुत्वा तु ऋषयः पप्रच्छुः सूतजं प्रति / मानवः स तु सुद्यम्नः स्त्रीभावमगमत्कथम्
Ayant entendu parler de Pratiṣṭhāna du Dharmarāja, le magnanime Sudyumna, les ṛṣis interrogèrent le fils de Sūta : comment cet homme, Sudyumna, parvint‑il à l’état de femme ?
Verse 23
सूत उवाच पुरा महेश्वरं द्रष्टुं कुमारास्सनकादयः / इलावृतं समाजग्मुर्ददृशुर्वृषभध्वजम्
Sūta dit : Jadis, les Kumāras, Sanaka et les autres, allèrent à Ilāvṛta pour contempler Maheśvara, et ils virent Śiva, porteur de l’étendard du taureau.
Verse 24
उमया रममाणं तं विलोक्य पिहितेस्थले / प्रतिजग्मुस्ततः सर्वे व्रीडिताभूच्छिवाप्यथ
Voyant Śiva se réjouir avec Umā en ce lieu caché, tous se retirèrent; alors Śiva lui‑même fut saisi de pudeur.
Verse 25
प्रोवाच वचनं देवी प्रियहेतोः प्रियं प्रिया / इमं ममाश्रमं देव यः पुमान्सं प्रवेक्ष्यति
La Déesse, l’aimée, dit des paroles douces par amour : « Ô Deva ! Tout homme qui entrera dans cet āśrama qui est le mien… »
Verse 26
भविष्यति ध्रुवं नारी स तुल्याप्सरसां शुभा / तत्र सर्वाणि भूतानि पिशाचाः पशवश्च ये
Cette femme deviendra assurément bénie et belle, semblable aux apsaras. Là se rassembleront tous les êtres : bhūtas, piśācas et tous les animaux.
Verse 27
स्त्रीभूताः सहरुद्रेण क्रोडन्त्यप्सरसो यथा / उमावनं प्रविष्टस्तु स राजा मृगयां गतः
Devenus femmes, ils se divertissaient avec Rudra comme des apsaras. Quant au roi, parti à la chasse, il entra dans la forêt d’Umā.
Verse 28
पिशाचैः सह भूतैस्तु रुद्रे स्त्रीभावमास्थिते / तस्मात्सराजा सुद्युम्नः स्त्रीभावं लब्धवान्पुनः / महादेवप्रसादाच्च मानवत्वमवाप्तवान्
Lorsque Rudra demeura dans l’état féminin avec les bhūtas et les piśācas, pour cette raison le roi Sudyumna retrouva de nouveau la condition de femme ; et par la grâce de Mahādeva, il recouvra aussi l’état humain.
It catalogs the Vaivasvata Manu lineage by listing his sons—prominently including Ikṣvāku (key to the Solar dynasty traditions) alongside Nṛga, Dhṛṣṭa, Śaryāti, Nariṣyanta, Prāṃśu, Nābhāga, Diṣṭa, Karūṣa, and Pṛṣadhra.
Manu’s desire for progeny is framed through a sacrifice (with putrakāma intent and aśvamedha aspiration), from which Ilā arises; the narrative treats yajña, divine shares (Mitra–Varuṇa), and boons as causal instruments for dynastic continuation.
Ilā functions as a divinely produced lineage-node whose dharmic compliance earns a boon; Sudyumna becomes the renowned figure through whom the narrative explores sex-transformation while still safeguarding the continuity and expansion of Manu’s line.