Adhyaya 3
Shashtha SkandhaAdhyaya 335 Verses

Adhyaya 3

Yamarāja Instructs the Yamadūtas: Supreme Authority, Mahājanas, and the Glory of the Holy Name

Après l’intervention des Viṣṇudūtas qui empêchent l’arrestation d’Ajāmila, Parīkṣit demande à Śukadeva d’éclaircir l’énigme inédite : comment l’ordre de Yamarāja peut-il être contrecarré. Les Yamadūtas, stupéfaits et troublés, interrogent leur maître sur la véritable structure du gouvernement cosmique et sur l’identité des quatre protecteurs rayonnants. Yamarāja répond en replaçant l’autorité au sommet : la Personnalité Suprême de Dieu (Bhagavān), au-dessus des devas et de tous les administrateurs, et il explique que les injonctions védiques du Seigneur lient les êtres comme des cordes. Il identifie les Viṣṇudūtas comme de rares gardiens semblables à Viṣṇu, qui protègent les dévots même de sa juridiction. Il définit le vrai dharma comme l’ordonnance de Bhagavān, connue par les douze mahājanas, et proclame le bhāgavata-dharma—la bhakti commençant par le chant du Saint Nom—comme principe ultime. L’énonciation accidentelle de « Nārāyaṇa » par Ajāmila devient le modèle : le nāma peut déraciner le péché et accorder la délivrance lorsqu’il est exempt d’offense (aparādha). Yamarāja ordonne à ses serviteurs d’éviter les Vaiṣṇavas abandonnés au Seigneur et de n’amener que ceux qui rejettent le nom et le service de Kṛṣṇa. Le chapitre se clôt sur la crainte transformée des Yamadūtas envers les dévots et sur l’annonce d’une transmission plus confidentielle (l’enseignement d’Agastya) concernant nāma, aparādha et l’aptitude à la dévotion.

Shlokas

Verse 1

श्रीराजोवाच निशम्य देव: स्वभटोपवर्णितं प्रत्याह किं तानपि धर्मराज: । एवं हताज्ञो विहतान्मुरारे- र्नैदेशिकैर्यस्य वशे जनोऽयम् ॥ १ ॥

Le roi Parīkṣit dit : Ô mon seigneur, ô Śukadeva Gosvāmī ! Yamarāja régit tous les êtres selon leurs actes de dharma et d’adharma, et pourtant son ordre fut déjoué. Quand les Yamadūtas lui rapportèrent que les Viṣṇudūtas les avaient vaincus et empêché l’arrestation d’Ajāmila, que leur répondit Dharmarāja ?

Verse 2

यमस्य देवस्य न दण्डभङ्ग: कुतश्चनर्षे श्रुतपूर्व आसीत् । एतन्मुने वृश्चति लोकसंशयं न हि त्वदन्य इति मे विनिश्चितम् ॥ २ ॥

Ô ṛṣi, jamais on n’a entendu nulle part que l’ordre de châtiment de Yamarāja ait été brisé. Ainsi, ô muni, cet événement fait naître le doute parmi les hommes; et je suis certain que nul autre que toi ne peut l’ôter. Je t’en prie, explique-en les raisons.

Verse 3

श्रीशुक उवाच भगवत्पुरुषै राजन् याम्या: प्रतिहतोद्यमा: । पतिं विज्ञापयामासुर्यमं संयमनीपतिम् ॥ ३ ॥

Śrī Śukadeva répondit : Ô roi, les porteurs d’ordres de Yamarāja virent leurs efforts contrariés et furent vaincus par les porteurs d’ordres de Viṣṇu. Ils allèrent alors trouver leur maître, Yama, souverain de Saṁyamanī-purī et régulateur des pécheurs, pour lui rapporter l’incident.

Verse 4

यमदूता ऊचु: कति सन्तीह शास्तारो जीवलोकस्य वै प्रभो । त्रैविध्यं कुर्वत: कर्म फलाभिव्यक्तिहेतव: ॥ ४ ॥

Les Yamadūtas dirent : « Ô seigneur, combien y a‑t‑il de gouverneurs ou de juges dans ce monde des êtres? Combien de causes font apparaître les divers fruits des actes accomplis sous les trois guṇa — sattva, rajas et tamas ? »

Verse 5

यदि स्युर्बहवो लोके शास्तारो दण्डधारिण: । कस्य स्यातां न वा कस्य मृत्युश्चामृतमेव वा ॥ ५ ॥

S’il y avait dans cet univers de nombreux souverains et juges portant le châtiment, qui serait puni et qui ne le serait pas ? Pour qui y aurait‑il la mort, et pour qui l’immortalité ?

Verse 6

किन्तु शास्तृबहुत्वे स्याद्ब‍हूनामिह कर्मिणाम् । शास्तृत्वमुपचारो हि यथा मण्डलवर्तिनाम् ॥ ६ ॥

Cependant, même s’il y a ici de nombreux acteurs du karma et, par conséquent, divers juges, cette juridiction n’est qu’une attribution de fonction ; de même que les gouverneurs des provinces dépendent d’un empereur central, il doit exister un seul Contrôleur suprême qui dirige tous les juges.

Verse 7

अतस्त्वमेको भूतानां सेश्वराणामधीश्वर: । शास्ता दण्डधरो नृणां शुभाशुभविवेचन: ॥ ७ ॥

Ainsi, le juge suprême doit être un, non multiple. Nous pensions que tu es ce juge suprême, ayant autorité même sur les devas. Tu es le maître de tous les êtres et, discernant les actes pieux et impies des hommes, tu portes le châtiment.

Verse 8

तस्य ते विहितो दण्डो न लोके वर्ततेऽधुना । चतुर्भिरद्भ‍ुतै: सिद्धैराज्ञा ते विप्रलम्भिता ॥ ८ ॥

Mais à présent nous voyons que le châtiment établi sous ton autorité n’agit plus dans ce monde, car ton ordre a été transgressé par quatre êtres merveilleux et parfaits.

Verse 9

नीयमानं तवादेशादस्माभिर्यातनागृहान् । व्यामोचयन्पातकिनं छित्त्वा पाशान प्रसह्य ते ॥ ९ ॥

Conformément à ton ordre, nous conduisions le très pécheur Ajāmila vers les mondes infernaux, lorsque ces beaux êtres de Siddhaloka tranchèrent de force les nœuds des cordes avec lesquelles nous l’entravions et le délivrèrent.

Verse 10

तांस्ते वेदितुमिच्छामो यदि नो मन्यसे क्षमम् । नारायणेत्यभिहिते मा भैरित्याययुर्द्रुतम् ॥ १० ॥

Si tu juges que nous pouvons le comprendre, nous désirons savoir qui ils sont. Dès qu’Ajāmila prononça le nom « Nārāyaṇa », ces quatre hommes arrivèrent aussitôt et le rassurèrent : « N’aie pas peur, n’aie pas peur ». Daigne nous les décrire.

Verse 11

श्रीबादरायणिरुवाच इति देव: स आपृष्ट: प्रजासंयमनो यम: । प्रीत: स्वदूतान्प्रत्याह स्मरन् पादाम्बुजं हरे: ॥ ११ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi questionné, le seigneur Yamarāja, régulateur des êtres vivants, fut très satisfait de ses messagers, car d’eux il avait entendu le saint nom de Nārāyaṇa. Se souvenant des pieds de lotus de Hari, il se mit à répondre.

Verse 12

यम उवाच परो मदन्यो जगतस्तस्थुषश्च ओतं प्रोतं पटवद्यत्र विश्वम् । यदंशतोऽस्य स्थितिजन्मनाशा नस्योतवद्यस्य वशे च लोक: ॥ १२ ॥

Yamarāja dit : Mes chers serviteurs, vous m’avez pris pour le Suprême, mais en vérité je ne le suis pas. Au-dessus de moi et de tous les demi-dieux, y compris Indra et Candra, se tient l’unique Maître et Contrôleur suprême. Ses manifestations partielles sont Brahmā, Viṣṇu et Śiva, chargés de la création, du maintien et de la destruction de l’univers. Tel les deux fils de chaîne et de trame d’une étoffe, le monde entier est tissé en Lui; et tous les mondes sont sous Son pouvoir, comme un taureau maîtrisé par une corde passée au nez.

Verse 13

यो नामभिर्वाचि जनं निजायां बध्नाति तन्‍त्र्यामिव दामभिर्गा: । यस्मै बलिं त इमे नामकर्म- निबन्धबद्धाश्चकिता वहन्ति ॥ १३ ॥

De même qu’un conducteur de char attache des cordes aux naseaux de ses bœufs pour les maîtriser, de même la Personnalité Suprême de Dieu lie les hommes par les cordes de Ses paroles dans les Védas, qui fixent les noms et les devoirs des divers ordres sociaux. Dans la crainte révérencielle, brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas et śūdras L’adorent en Lui offrant des présents selon leurs activités propres.

Verse 14

अहं महेन्द्रो निऋर्ति: प्रचेता: सोमोऽग्निरीश: पवनो विरिञ्चि: । आदित्यविश्वे वसवोऽथ साध्या मरुद्गणा रुद्रगणा: ससिद्धा: ॥ १४ ॥ अन्ये च ये विश्वसृजोऽमरेशा भृग्वादयोऽस्पृष्टरजस्तमस्का: । यस्येहितं न विदु: स्पृष्टमाया: सत्त्वप्रधाना अपि किं ततोऽन्ये ॥ १५ ॥

Moi, Yamarāja; Indra, roi du ciel; Nirṛti; Varuṇa; Candra, dieu de la lune; Agni; le Seigneur Śiva; Pavana; le Seigneur Brahmā; Sūrya, dieu du soleil; les Viśve; les huit Vasus; les Sādhyas; les Maruts; les Rudras; les Siddhas; et Marīci et les grands ṛṣis—ainsi que les meilleurs devas menés par Bṛhaspati et les sages menés par Bhṛgu—sommes affranchis de rajas et tamas; pourtant, même dominés par sattva, nous ne saisissons pas les actes du Bhagavān suprême. Que dire alors des autres, touchés par māyā, qui ne font que spéculer sur Dieu ?

Verse 15

अहं महेन्द्रो निऋर्ति: प्रचेता: सोमोऽग्निरीश: पवनो विरिञ्चि: । आदित्यविश्वे वसवोऽथ साध्या मरुद्गणा रुद्रगणा: ससिद्धा: ॥ १४ ॥ अन्ये च ये विश्वसृजोऽमरेशा भृग्वादयोऽस्पृष्टरजस्तमस्का: । यस्येहितं न विदु: स्पृष्टमाया: सत्त्वप्रधाना अपि किं ततोऽन्ये ॥ १५ ॥

Et d’autres seigneurs célestes chargés des affaires de l’univers, ainsi que les grands sages tels Bhṛgu—intacts de rajas et tamas—ne connaissent pas non plus les līlās de Celui-là, même lorsque sattva prédomine; que pourront donc savoir les autres, touchés par māyā ?

Verse 16

यं वै न गोभिर्मनसासुभिर्वा हृदा गिरा वासुभृतो विचक्षते । आत्मानमन्तर्हृदि सन्तमात्मनां चक्षुर्यथैवाकृतयस्तत: परम् ॥ १६ ॥

Les êtres vivants ne peuvent saisir le Seigneur suprême par les sens, par le mental, par le prāṇa, par les pensées du cœur ni par la vibration des paroles. Il demeure comme Paramātmā dans le cœur de chacun; de même que les membres du corps ne voient pas les yeux, l’âme ne peut voir le Seigneur suprême.

Verse 17

तस्यात्मतन्त्रस्य हरेरधीशितु: परस्य मायाधिपतेर्महात्मन: । प्रायेण दूता इह वै मनोहरा- श्चरन्ति तद्रूपगुणस्वभावा: ॥ १७ ॥

Hari, la Personnalité Suprême de Dieu, est autosuffisant et pleinement indépendant; il est le Maître de tous et le Seigneur de l’énergie illusoire. Il possède forme, qualités et nature; et de même, ses messagers, les vaiṣṇavas, sont d’une grande beauté, portant des traits corporels, des qualités et une disposition transcendantes presque semblables aux siennes. Ils parcourent ce monde en toute liberté.

Verse 18

भूतानि विष्णो: सुरपूजितानि दुर्दर्शलिङ्गानि महाद्भ‍ुतानि । रक्षन्ति तद्भ‍‌क्तिमत: परेभ्यो मत्तश्च मर्त्यानथ सर्वतश्च ॥ १८ ॥

Les Viṣṇudūtas, messagers du Seigneur Viṣṇu—vénérés même par les devas—portent des traits merveilleux identiques à ceux de Viṣṇu et sont très rarement vus. Ils protègent les dévots du Seigneur des ennemis, des envieux, et même de ma juridiction, ainsi que des troubles de la nature, de tous côtés.

Verse 19

धर्मं तु साक्षाद्भ‍गवत्प्रणीतं न वै विदुऋर्षयो नापि देवा: । न सिद्धमुख्या असुरा मनुष्या: कुतो नु विद्याधरचारणादय: ॥ १९ ॥

Les principes authentiques du dharma sont édictés directement par Bhagavān. Même les grands ṛṣis ne les discernent pas pleinement, pas plus que les devas; à plus forte raison les chefs de Siddhaloka, les asuras, les hommes ordinaires, les Vidyādharas et les Cāraṇas.

Verse 20

स्वयम्भूर्नारद: शम्भु: कुमार: कपिलो मनु: । प्रह्लादो जनको भीष्मो बलिर्वैयासकिर्वयम् ॥ २० ॥ द्वादशैते विजानीमो धर्मं भागवतं भटा: । गुह्यं विशुद्धं दुर्बोधं यं ज्ञात्वामृतमश्नुते ॥ २१ ॥

Svayambhū Brahmā, Nārada, Śambhu (Śiva), les quatre Kumāras, Kapila fils de Devahūti, Svāyambhuva Manu, Prahlāda, Janaka, l’aïeul Bhīṣma, Bali Mahārāja, Śukadeva Gosvāmī et moi—nous douze connaissons le bhāgavata-dharma. Ô serviteurs, ce dharma est très secret, pur et difficile à saisir; qui le comprend goûte l’ambroisie de la délivrance.

Verse 21

स्वयम्भूर्नारद: शम्भु: कुमार: कपिलो मनु: । प्रह्लादो जनको भीष्मो बलिर्वैयासकिर्वयम् ॥ २० ॥ द्वादशैते विजानीमो धर्मं भागवतं भटा: । गुह्यं विशुद्धं दुर्बोधं यं ज्ञात्वामृतमश्नुते ॥ २१ ॥

Svayambhū Brahmā, Nārada, Śambhu (Śiva), les quatre Kumāras, Kapila, Svāyambhuva Manu, Prahlāda, Janaka, Bhīṣma, Bali, Śukadeva et moi—nous douze connaissons le bhāgavata-dharma. Ô serviteurs, ce dharma est secret, pur et difficile; qui le comprend reçoit l’ambroisie de la délivrance.

Verse 22

एतावानेव लोकेऽस्मिन् पुंसां धर्म: पर: स्मृत: । भक्तियोगो भगवति तन्नामग्रहणादिभि: ॥ २२ ॥

Dans ce monde, le dharma suprême pour les hommes est ceci : le bhakti-yoga envers Bhagavān, qui commence par accueillir et chanter Son saint Nom, et autres pratiques semblables.

Verse 23

नामोच्चारणमाहात्म्यं हरे: पश्यत पुत्रका: । अजामिलोऽपि येनैव मृत्युपाशादमुच्यत ॥ २३ ॥

Ô serviteurs, tels mes fils, voyez la grandeur de la prononciation du Nom de Hari. Par ce seul Nom, Ajāmila, bien que pécheur, fut délivré des liens de la mort.

Verse 24

एतावतालमघनिर्हरणाय पुंसां सङ्कीर्तनं भगवतो गुणकर्मनाम्नाम् । विक्रुश्य पुत्रमघवान् यदजामिलोऽपि नारायणेति म्रियमाण इयाय मुक्तिम् ॥ २४ ॥

Ainsi, pour effacer les péchés des hommes, le saṅkīrtana du Nom, des qualités et des actes du Bhagavān suffit. Même Ajāmila, mourant, prononça « Nārāyaṇa » et obtint la délivrance.

Verse 25

प्रायेण वेद तदिदं न महाजनोऽयं देव्या विमोहितमतिर्बत माययालम् । त्रय्यां जडीकृतमतिर्मधुपुष्पितायां वैतानिके महति कर्मणि युज्यमान: ॥ २५ ॥

Le plus souvent, ces mahājanas ne connaissent pas ce secret, car leur esprit est égaré par la māyā du Bhagavān. Englués dans les grands rites védiques de la triple révélation, leur intelligence s’émousse.

Verse 26

एवं विमृश्य सुधियो भगवत्यनन्ते सर्वात्मना विदधते खलु भावयोगम् । ते मे न दण्डमर्हन्त्यथ यद्यमीषां स्यात् पातकं तदपि हन्त्युरुगायवाद: ॥ २६ ॥

Ainsi, après réflexion, les sages s’adonnent de tout leur être au Bhagavān infini par le bhāva-yoga, la bhakti. Ils ne relèvent pas de mon châtiment; et même si une faute survient, le kīrtana d’Urugāya l’anéantit.

Verse 27

ते देवसिद्धपरिगीतपवित्रगाथा ये साधव: समद‍ृशो भगवत्प्रपन्ना: । तान्नोपसीदत हरेर्गदयाभिगुप्तान् नैषां वयं न च वय: प्रभवाम दण्डे ॥ २७ ॥

Mes serviteurs, n’approchez pas de tels dévots : ce sont des sādhus, égaux envers tous, entièrement réfugiés aux pieds de lotus du Bhagavān; leurs récits purs sont chantés par les devas et les siddhas. La massue de Hari les protège; ni Brahmā, ni moi, ni le Temps ne pouvons les châtier.

Verse 28

तानानयध्वमसतो विमुखान् मुकुन्द- पादारविन्दमकरन्दरसादजस्रम् । निष्किञ्चनै: परमहंसकुलैरसङ्गै- र्जुष्टाद्गृहे निरयवर्त्मनि बद्धतृष्णान् ॥ २८ ॥

Mes serviteurs, amenez-moi pour châtiment seulement ceux qui se détournent du nectar des pieds de lotus de Mukunda, ne fréquentent pas les paramahaṁsas détachés, et, liés par la soif, s’attachent au foyer et aux plaisirs mondains, chemin de l’enfer.

Verse 29

जिह्वा न वक्ति भगवद्गुणनामधेयं चेतश्च न स्मरति तच्चरणारविन्दम् । कृष्णाय नो नमति यच्छिर एकदापि तानानयध्वमसतोऽकृतविष्णुकृत्यान् ॥ २९ ॥

Ô mes serviteurs, amenez-moi seulement les pécheurs dont la langue ne chante pas le saint nom et les qualités de Śrī Kṛṣṇa, dont le cœur ne se souvient pas une seule fois de Ses pieds de lotus, et dont la tête ne s’incline jamais devant le Seigneur Kṛṣṇa. Amenez ceux qui n’accomplissent pas leur devoir envers Viṣṇu.

Verse 30

तत् क्षम्यतां स भगवान् पुरुष: पुराणो नारायण: स्वपुरुषैर्यदसत्कृतं न: । स्वानामहो न विदुषां रचिताञ्जलीनां क्षान्तिर्गरीयसि नम: पुरुषाय भूम्ने ॥ ३० ॥

Ô Nārāyaṇa, Purusha primordial et suprême, pardonne l’offense commise par nos serviteurs. Par ignorance, nous n’avons pas reconnu Ton dévot et avons ainsi fauté gravement. Les mains jointes, nous implorons Ton pardon; devant Toi, Seigneur d’infinie grandeur, nous nous prosternons avec respect.

Verse 31

तस्मात् सङ्कीर्तनं विष्णोर्जगन्मङ्गलमंहसाम् । महतामपि कौरव्य विद्ध्यैकान्तिकनिष्कृतम् ॥ ३१ ॥

Ainsi, ô roi de la lignée des Kuru, le saṅkīrtana du nom de Viṣṇu est l’acte le plus auspicious pour l’univers entier; il déracine même les conséquences des plus grands péchés. Sache que c’est l’expiation la plus parfaite et décisive.

Verse 32

श‍ृण्वतां गृणतां वीर्याण्युद्दामानि हरेर्मुहु: । यथा सुजातया भक्त्या शुद्ध्येन्नात्मा व्रतादिभि: ॥ ३२ ॥

Celui qui écoute et chante sans cesse les prouesses et les līlās irrésistibles de Hari atteint aisément la bhakti pure, qui lave les souillures du cœur. Une telle purification ne s’obtient pas seulement par des vœux ni par des rites védiques.

Verse 33

कृष्णाङ्‌घ्रिपद्ममधुलिण् न पुनर्विसृष्ट- मायागुणेषु रमते वृजिनावहेषु । अन्यस्तु कामहत आत्मरज: प्रमार्ष्टु- मीहेत कर्म यत एव रज: पुन: स्यात् ॥ ३३ ॥

Les dévots qui goûtent sans cesse le miel des pieds de lotus de Śrī Kṛṣṇa ne se complaisent pas dans les activités matérielles, issues des trois guṇas de māyā et porteuses de souffrance; ils n’abandonnent pas les pieds de Kṛṣṇa pour retourner au karma mondain. D’autres, blessés par le désir, négligent le service de Ses pieds de lotus et accomplissent parfois des expiations rituelles; mais, faute d’une purification complète, ils retombent encore et encore dans le péché.

Verse 34

इत्थं स्वभर्तृगदितं भगवन्महित्वं संस्मृत्य विस्मितधियो यमकिङ्करास्ते । नैवाच्युताश्रयजनं प्रतिशङ्कमाना द्रष्टुं च बिभ्यति तत: प्रभृति स्म राजन् ॥ ३४ ॥

Ayant entendu de la bouche de leur maître la gloire extraordinaire du Seigneur—Son saint Nom, Sa renommée et Ses attributs—les serviteurs de Yama furent saisis d’émerveillement. Depuis lors, dès qu’ils voient un dévot réfugié en Acyuta, ils tremblent et n’osent plus le regarder, ô roi.

Verse 35

इतिहासमिमं गुह्यं भगवान् कुम्भसम्भव: । कथयामास मलय आसीनो हरिमर्चयन् ॥ ३५ ॥

Cette histoire secrète me fut racontée par le vénérable Agastya, fils de Kumbha, alors qu’il demeurait sur les monts Malaya, assis et adorant Hari.

Frequently Asked Questions

Yamarāja clarifies that he is a delegated administrator (dharmarāja) within the Lord’s universal order. Supreme control belongs to Bhagavān, from whom Brahmā, Viṣṇu, and Śiva function as empowered expansions for creation, maintenance, and dissolution. Therefore Yamarāja’s jurisdiction is real but subordinate, and it cannot override the Lord’s direct protection of surrendered devotees.

They are the authoritative knowers of bhāgavata-dharma: Brahmā, Nārada, Śiva, the four Kumāras, Kapila, Svāyambhuva Manu, Prahlāda, Janaka, Bhīṣma, Bali, Śukadeva, and Yamarāja. Their importance is epistemic and practical: dharma is subtle and cannot be derived merely by speculation or ritualism; it is learned through realized authorities who embody surrender and devotion.

The chapter teaches that the holy name is intrinsically potent (svatantra-śakti) and can awaken remembrance of the Lord, thereby severing karmic bondage. Ajāmila’s case demonstrates nāma’s extraordinary mercy: though he called his son, the sound “Nārāyaṇa” invoked the Lord’s protective agency. The text simultaneously emphasizes the importance of chanting without offenses for full spiritual fruition.

Yamarāja explains that surrendered devotees are under the Lord’s direct shelter; their ongoing chanting and remembrance acts as continual purification and protection. If a devotee commits a mistake due to bewilderment, the Lord’s corrective grace and the purifying force of nāma prevent the devotee from being dragged into the standard punitive cycle meant for those averse to Viṣṇu.