
Mārkaṇḍeya Ṛṣi Tested by Indra and Blessed by Nara-Nārāyaṇa
Poursuivant l’accent des derniers chants du Bhāgavata sur le kāla, le pralaya et le refuge certain qu’est la Nārāyaṇa-kathā, Śaunaka demande à Sūta d’éclaircir un paradoxe apparent au sujet du Ṛṣi Mārkaṇḍeya : il est célèbre pour avoir survécu à la dissolution de fin de jour de Brahmā et pour avoir contemplé l’Enfant divin sur une feuille de banyan, tout en étant aussi dit présent dans le jour actuel de Brahmā, où un tel pralaya total n’a pas eu lieu. Sūta affirme que cette question même dissipe l’illusion de Kali, car elle conduit aux sujets du Seigneur. Il décrit ensuite le brahmacarya de toute une vie de Mārkaṇḍeya, son tapas rigoureux, l’étude védique, le culte quotidien discipliné (pañca-ārādhana) et la victoire sur la mort par une bhakti ininterrompue. Alarmé par la puissance croissante du sage, Indra envoie Kāma, des Apsarās, des Gandharvas, le Printemps et des tentations personnifiées pour le troubler, mais la séduction échoue et ils sont consumés par son feu spirituel. Satisfait de sa fermeté, le Seigneur Suprême apparaît directement comme Nara et Nārāyaṇa ; Mārkaṇḍeya les adore et les loue avec révérence, ouvrant la voie aux révélations suivantes sur la suprématie du Seigneur, la māyā et l’abri véritable au-delà du temps.
Verse 1
श्रीशौनक उवाच सूत जीव चिरं साधो वद नो वदतां वर । तमस्यपारे भ्रमतां नृणां त्वं पारदर्शन: ॥ १ ॥
Śrī Śaunaka dit : Ô Sūta, saint homme, puisse-tu vivre longtemps ! Ô le meilleur des orateurs, poursuis, je t’en prie, ton enseignement pour nous. En vérité, toi seul peux montrer aux hommes la voie qui les fait sortir des ténèbres de l’ignorance où ils errent.
Verse 2
आहुश्चिरायुषमृषिं मृकण्डतनयं जना: । य: कल्पान्ते ह्युर्वरितो येन ग्रस्तमिदं जगत् ॥ २ ॥ स वा अस्मत्कुलोत्पन्न: कल्पेऽस्मिन् भार्गवर्षभ: । नैवाधुनापि भूतानां सम्प्लव: कोऽपि जायते ॥ ३ ॥ एक एवार्णवे भ्राम्यन् ददर्श पुरुषं किल । वटपत्रपुटे तोकं शयानं त्वेकमद्भुतम् ॥ ४ ॥ एष न: संशयो भूयान् सूत कौतूहलं यत: । तं नश्छिन्धि महायोगिन् पुराणेष्वपि सम्मत: ॥ ५ ॥
Les autorités disent que le Ṛṣi Mārkaṇḍeya, fils de Mṛkaṇḍu, fut un sage d’une longévité exceptionnelle ; à la fin du kalpa, lorsque l’univers entier fut englouti par le déluge de la dissolution, lui seul demeura. Or ce même Mārkaṇḍeya, le plus éminent de la lignée de Bhṛgu, est né dans ma propre famille durant le kalpa présent, et jusqu’à ce jour nous n’avons vu, en ce jour de Brahmā, aucune annihilation totale. On rapporte encore que, dérivant sans secours dans le vaste océan de la dissolution, il aperçut dans ces eaux terrifiantes une Personne merveilleuse : un enfant couché seul dans le pli d’une feuille de banian. Ô Sūta, de là vient notre grand doute et notre vive curiosité. Ô grand yogī, reconnu comme autorité même parmi les Purāṇa, daigne dissiper notre trouble.
Verse 3
आहुश्चिरायुषमृषिं मृकण्डतनयं जना: । य: कल्पान्ते ह्युर्वरितो येन ग्रस्तमिदं जगत् ॥ २ ॥ स वा अस्मत्कुलोत्पन्न: कल्पेऽस्मिन् भार्गवर्षभ: । नैवाधुनापि भूतानां सम्प्लव: कोऽपि जायते ॥ ३ ॥ एक एवार्णवे भ्राम्यन् ददर्श पुरुषं किल । वटपत्रपुटे तोकं शयानं त्वेकमद्भुतम् ॥ ४ ॥ एष न: संशयो भूयान् सूत कौतूहलं यत: । तं नश्छिन्धि महायोगिन् पुराणेष्वपि सम्मत: ॥ ५ ॥
Les autorités disent que le Ṛṣi Mārkaṇḍeya, fils de Mṛkaṇḍu, fut un sage d’une longévité exceptionnelle ; à la fin du kalpa, lorsque l’univers entier fut englouti par le déluge de la dissolution, lui seul demeura. Or ce même Mārkaṇḍeya, le plus éminent de la lignée de Bhṛgu, est né dans ma propre famille durant le kalpa présent, et jusqu’à ce jour nous n’avons vu, en ce jour de Brahmā, aucune annihilation totale. On rapporte encore que, dérivant sans secours dans le vaste océan de la dissolution, il aperçut dans ces eaux terrifiantes une Personne merveilleuse : un enfant couché seul dans le pli d’une feuille de banian. Ô Sūta, de là vient notre grand doute et notre vive curiosité. Ô grand yogī, reconnu comme autorité même parmi les Purāṇa, daigne dissiper notre trouble.
Verse 4
आहुश्चिरायुषमृषिं मृकण्डतनयं जना: । य: कल्पान्ते ह्युर्वरितो येन ग्रस्तमिदं जगत् ॥ २ ॥ स वा अस्मत्कुलोत्पन्न: कल्पेऽस्मिन् भार्गवर्षभ: । नैवाधुनापि भूतानां सम्प्लव: कोऽपि जायते ॥ ३ ॥ एक एवार्णवे भ्राम्यन् ददर्श पुरुषं किल । वटपत्रपुटे तोकं शयानं त्वेकमद्भुतम् ॥ ४ ॥ एष न: संशयो भूयान् सूत कौतूहलं यत: । तं नश्छिन्धि महायोगिन् पुराणेष्वपि सम्मत: ॥ ५ ॥
Les autorités déclarent que le ṛṣi Mārkaṇḍeya, fils de Mṛkaṇḍu, fut un sage d’une longévité exceptionnelle, l’unique survivant à la fin d’un jour de Brahmā, lorsque l’univers entier fut englouti dans le déluge de l’anéantissement. Or ce même Mārkaṇḍeya, le plus éminent descendant de Bhṛgu, naquit dans ma propre lignée durant le jour actuel de Brahmā, et jusqu’à présent nous n’avons vu, en ce jour, aucune dissolution totale. On sait aussi que Mārkaṇḍeya, errant sans secours dans le grand océan de la destruction, aperçut dans ces eaux terrifiantes une Personne merveilleuse — un petit garçon, un nourrisson, couché seul dans le pli d’une feuille de banian. Ô Sūta, je suis profondément troublé et plein de curiosité au sujet de ce grand sage, le ṛṣi Mārkaṇḍeya. Ô grand yogī, tu es reconnu partout comme l’autorité des Purāṇa; daigne donc dissiper mon trouble.
Verse 5
आहुश्चिरायुषमृषिं मृकण्डतनयं जना: । य: कल्पान्ते ह्युर्वरितो येन ग्रस्तमिदं जगत् ॥ २ ॥ स वा अस्मत्कुलोत्पन्न: कल्पेऽस्मिन् भार्गवर्षभ: । नैवाधुनापि भूतानां सम्प्लव: कोऽपि जायते ॥ ३ ॥ एक एवार्णवे भ्राम्यन् ददर्श पुरुषं किल । वटपत्रपुटे तोकं शयानं त्वेकमद्भुतम् ॥ ४ ॥ एष न: संशयो भूयान् सूत कौतूहलं यत: । तं नश्छिन्धि महायोगिन् पुराणेष्वपि सम्मत: ॥ ५ ॥
Les autorités déclarent que le ṛṣi Mārkaṇḍeya, fils de Mṛkaṇḍu, fut un sage d’une longévité exceptionnelle, l’unique survivant à la fin d’un jour de Brahmā, lorsque l’univers entier fut englouti dans le déluge de l’anéantissement. Or ce même Mārkaṇḍeya, le plus éminent descendant de Bhṛgu, naquit dans ma propre lignée durant le jour actuel de Brahmā, et jusqu’à présent nous n’avons vu, en ce jour, aucune dissolution totale. On sait aussi que Mārkaṇḍeya, errant sans secours dans le grand océan de la destruction, aperçut dans ces eaux terrifiantes une Personne merveilleuse — un petit garçon, un nourrisson, couché seul dans le pli d’une feuille de banian. Ô Sūta, je suis profondément troublé et plein de curiosité au sujet de ce grand sage, le ṛṣi Mārkaṇḍeya. Ô grand yogī, tu es reconnu partout comme l’autorité des Purāṇa; daigne donc dissiper mon trouble.
Verse 6
सूत उवाच प्रश्नस्त्वया महर्षेऽयं कृतो लोकभ्रमापह: । नारायणकथा यत्र गीता कलिमलापहा ॥ ६ ॥
Sūta Gosvāmī dit : Ô grand sage Śaunaka, ta question même dissipera l’illusion de tous, car elle mène aux récits du Seigneur Nārāyaṇa, chantés en louange et qui effacent la souillure de cet âge de Kali.
Verse 7
प्राप्तद्विजातिसंस्कारो मार्कण्डेय: पितु: क्रमात् । छन्दांस्यधीत्य धर्मेण तप:स्वाध्यायसंयुत: ॥ ७ ॥ बृहद्व्रतधर: शान्तो जटिलो वल्कलाम्बर: । बिभ्रत् कमण्डलुं दण्डमुपवीतं समेखलम् ॥ ८ ॥ कृष्णाजिनं साक्षसूत्रं कुशांश्च नियमर्द्धये । अग्न्यर्कगुरुविप्रात्मस्वर्चयन् सन्ध्ययोर्हरिम् ॥ ९ ॥ सायं प्रात: स गुरवे भैक्ष्यमाहृत्य वाग्यत: । बुभुजे गुर्वनुज्ञात: सकृन्नो चेदुपोषित: ॥ १० ॥ एवं तप:स्वाध्यायपरो वर्षाणामयुतायुतम् । आराधयन् हृषीकेशं जिग्ये मृत्युं सुदुर्जयम् ॥ ११ ॥
Après avoir été purifié par les rites prescrits que son père accomplit pour son initiation brahmanique, Mārkaṇḍeya étudia les hymnes védiques et observa strictement les règles. Il s’éleva dans l’austérité et le svādhyāya, et demeura brahmacārī toute sa vie. D’un calme profond, les cheveux en jata et vêtu d’écorce, il portait le kamandalu, le bâton, le cordon sacré et la ceinture du brahmacārī; et, pour affermir sa discipline, la peau de daim noir, le chapelet de graines de lotus et des faisceaux d’herbe kuśa. Aux deux sandhyā, aux jonctions sacrées du jour, il adorait régulièrement Hari, la Suprême Personnalité de Dieu, en cinq formes : le feu du sacrifice, le soleil, son maître spirituel, les brāhmaṇa et la Paramātmā dans son cœur. Matin et soir il allait mendier; de retour, il offrait toute la nourriture recueillie à son guru. Ce n’est que sur l’invitation de celui-ci qu’il prenait, en silence, son unique repas quotidien; sinon, il jeûnait. Ainsi, voué à l’austérité et à l’étude védique, le ṛṣi Mārkaṇḍeya adora Hṛṣīkeśa, le Seigneur des sens, durant d’innombrables millions d’années, et vainquit de la sorte la mort, si difficile à vaincre.
Verse 8
प्राप्तद्विजातिसंस्कारो मार्कण्डेय: पितु: क्रमात् । छन्दांस्यधीत्य धर्मेण तप:स्वाध्यायसंयुत: ॥ ७ ॥ बृहद्व्रतधर: शान्तो जटिलो वल्कलाम्बर: । बिभ्रत् कमण्डलुं दण्डमुपवीतं समेखलम् ॥ ८ ॥ कृष्णाजिनं साक्षसूत्रं कुशांश्च नियमर्द्धये । अग्न्यर्कगुरुविप्रात्मस्वर्चयन् सन्ध्ययोर्हरिम् ॥ ९ ॥ सायं प्रात: स गुरवे भैक्ष्यमाहृत्य वाग्यत: । बुभुजे गुर्वनुज्ञात: सकृन्नो चेदुपोषित: ॥ १० ॥ एवं तप:स्वाध्यायपरो वर्षाणामयुतायुतम् । आराधयन् हृषीकेशं जिग्ये मृत्युं सुदुर्जयम् ॥ ११ ॥
Après avoir été purifié par les rites prescrits que son père accomplit pour son initiation brahmanique, Mārkaṇḍeya étudia les hymnes védiques et observa strictement les règles. Il s’éleva dans l’austérité et le svādhyāya, et demeura brahmacārī toute sa vie. D’un calme profond, les cheveux en jata et vêtu d’écorce, il portait le kamandalu, le bâton, le cordon sacré et la ceinture du brahmacārī; et, pour affermir sa discipline, la peau de daim noir, le chapelet de graines de lotus et des faisceaux d’herbe kuśa. Aux deux sandhyā, aux jonctions sacrées du jour, il adorait régulièrement Hari, la Suprême Personnalité de Dieu, en cinq formes : le feu du sacrifice, le soleil, son maître spirituel, les brāhmaṇa et la Paramātmā dans son cœur. Matin et soir il allait mendier; de retour, il offrait toute la nourriture recueillie à son guru. Ce n’est que sur l’invitation de celui-ci qu’il prenait, en silence, son unique repas quotidien; sinon, il jeûnait. Ainsi, voué à l’austérité et à l’étude védique, le ṛṣi Mārkaṇḍeya adora Hṛṣīkeśa, le Seigneur des sens, durant d’innombrables millions d’années, et vainquit de la sorte la mort, si difficile à vaincre.
Verse 9
प्राप्तद्विजातिसंस्कारो मार्कण्डेय: पितु: क्रमात् । छन्दांस्यधीत्य धर्मेण तप:स्वाध्यायसंयुत: ॥ ७ ॥ बृहद्व्रतधर: शान्तो जटिलो वल्कलाम्बर: । बिभ्रत् कमण्डलुं दण्डमुपवीतं समेखलम् ॥ ८ ॥ कृष्णाजिनं साक्षसूत्रं कुशांश्च नियमर्द्धये । अग्न्यर्कगुरुविप्रात्मस्वर्चयन् सन्ध्ययोर्हरिम् ॥ ९ ॥ सायं प्रात: स गुरवे भैक्ष्यमाहृत्य वाग्यत: । बुभुजे गुर्वनुज्ञात: सकृन्नो चेदुपोषित: ॥ १० ॥ एवं तप:स्वाध्यायपरो वर्षाणामयुतायुतम् । आराधयन् हृषीकेशं जिग्ये मृत्युं सुदुर्जयम् ॥ ११ ॥
Purifié par les rites prescrits accomplis par son père pour son initiation brahmanique, Mārkaṇḍeya étudia les hymnes védiques et observa strictement les règles du dharma. Il s’éleva par l’austérité et le svādhyāya, demeurant brahmacārī toute sa vie. Paisible, aux cheveux en jata et vêtu d’écorce, il portait kamandalu, bâton, fil sacré, ceinture de brahmacārī, peau de daim noir, chapelet et touffes de kuśa. Aux heures de sandhyā, il adorait Śrī Hari sous cinq formes : le feu sacrificiel, le soleil, le maître spirituel, les brāhmaṇas et le Paramātmā dans son cœur.
Verse 10
प्राप्तद्विजातिसंस्कारो मार्कण्डेय: पितु: क्रमात् । छन्दांस्यधीत्य धर्मेण तप:स्वाध्यायसंयुत: ॥ ७ ॥ बृहद्व्रतधर: शान्तो जटिलो वल्कलाम्बर: । बिभ्रत् कमण्डलुं दण्डमुपवीतं समेखलम् ॥ ८ ॥ कृष्णाजिनं साक्षसूत्रं कुशांश्च नियमर्द्धये । अग्न्यर्कगुरुविप्रात्मस्वर्चयन् सन्ध्ययोर्हरिम् ॥ ९ ॥ सायं प्रात: स गुरवे भैक्ष्यमाहृत्य वाग्यत: । बुभुजे गुर्वनुज्ञात: सकृन्नो चेदुपोषित: ॥ १० ॥ एवं तप:स्वाध्यायपरो वर्षाणामयुतायुतम् । आराधयन् हृषीकेशं जिग्ये मृत्युं सुदुर्जयम् ॥ ११ ॥
Le soir et le matin, maîtrisant sa parole, il allait mendier et offrait toute la nourriture recueillie à son guru. Ce n’est que sur l’invitation du maître qu’il prenait, en silence, son unique repas; sinon, il jeûnait.
Verse 11
प्राप्तद्विजातिसंस्कारो मार्कण्डेय: पितु: क्रमात् । छन्दांस्यधीत्य धर्मेण तप:स्वाध्यायसंयुत: ॥ ७ ॥ बृहद्व्रतधर: शान्तो जटिलो वल्कलाम्बर: । बिभ्रत् कमण्डलुं दण्डमुपवीतं समेखलम् ॥ ८ ॥ कृष्णाजिनं साक्षसूत्रं कुशांश्च नियमर्द्धये । अग्न्यर्कगुरुविप्रात्मस्वर्चयन् सन्ध्ययोर्हरिम् ॥ ९ ॥ सायं प्रात: स गुरवे भैक्ष्यमाहृत्य वाग्यत: । बुभुजे गुर्वनुज्ञात: सकृन्नो चेदुपोषित: ॥ १० ॥ एवं तप:स्वाध्यायपरो वर्षाणामयुतायुतम् । आराधयन् हृषीकेशं जिग्ये मृत्युं सुदुर्जयम् ॥ ११ ॥
Ainsi, voué à l’austérité et à l’étude védique, le Ṛṣi Mārkaṇḍeya adora Bhagavān Hṛṣīkeśa, le Maître des sens, durant d’innombrables millions d’années, et conquit ainsi la mort, pourtant si difficile à vaincre.
Verse 12
ब्रह्मा भृगुर्भवो दक्षो ब्रह्मपुत्राश्च येऽपरे । नृदेवपितृभूतानि तेनासन्नतिविस्मिता: ॥ १२ ॥
Le Seigneur Brahmā, Bhṛgu Muni, le Seigneur Śiva, Prajāpati Dakṣa, les grands fils de Brahmā, et bien d’autres parmi les humains, les devas, les ancêtres et les êtres subtils furent tous stupéfaits par l’exploit du Ṛṣi Mārkaṇḍeya.
Verse 13
इत्थं बृहद्व्रतधरस्तप:स्वाध्यायसंयमै: । दध्यावधोक्षजं योगी ध्वस्तक्लेशान्तरात्मना ॥ १३ ॥
Ainsi, le yogi Mārkaṇḍeya, porteur du grand vœu, maintint un célibat rigoureux par la pénitence, l’étude védique et la maîtrise de soi. L’esprit délivré de toute agitation, il le tourna vers l’intérieur et médita sur Adhokṣaja, le Seigneur qui transcende les sens matériels.
Verse 14
तस्यैवं युञ्जतश्चित्तं महायोगेन योगिन: । व्यतीयाय महान् कालो मन्वन्तरषडात्मक: ॥ १४ ॥
Ainsi, tandis que le yogi fixait son esprit par le grand yoga, s’écoula un temps immense, équivalant à six manvantaras de Manu.
Verse 15
एतत् पुरन्दरो ज्ञात्वा सप्तमेऽस्मिन् किलान्तरे । तपोविशङ्कितो ब्रह्मन्नारेभे तद्विघातनम् ॥ १५ ॥
Ô brāhmane, durant le septième manvantara, l’époque actuelle, Purandara Indra apprit les austérités de Mārkaṇḍeya et, craignant sa puissance, entreprit d’entraver sa pénitence.
Verse 16
गन्धर्वाप्सरस: कामं वसन्तमलयानिलौ । मुनये प्रेषयामास रजस्तोकमदौ तथा ॥ १६ ॥
Pour ruiner la pratique du muni, Indra envoya Kāma, les gandharvas et les apsarās, le printemps et la brise de Malaya parfumée au santal, ainsi que l’avidité et l’ivresse personnifiées.
Verse 17
ते वै तदाश्रमं जग्मुर्हिमाद्रे: पार्श्व उत्तरे । पुष्पभद्रा नदी यत्र चित्राख्या च शिला विभो ॥ १७ ॥
Ô puissant Śaunaka, ils se rendirent à l’āśrama, sur le versant nord de l’Himalaya, là où coule la rivière Puṣpabhadrā et où se dresse le rocher fameux nommé Citrā.
Verse 18
तदाश्रमपदं पुण्यं पुण्यद्रुमलताञ्चितम् । पुण्यद्विजकुलाकीर्णं पुण्यामलजलाशयम् ॥ १८ ॥ मत्तभ्रमरसङ्गीतं मत्तकोकिलकूजितम् । मत्तबर्हिनटाटोपं मत्तद्विजकुलाकुलम् ॥ १९ ॥ वायु: प्रविष्ट आदाय हिमनिर्झरशीकरान् । सुमनोभि: परिष्वक्तो ववावुत्तम्भयन् स्मरम् ॥ २० ॥
Cet āśrama sacré était d’une pureté bénie : orné d’arbres et de lianes propices, rempli de familles de brāhmanes vertueux, et pourvu d’étangs aux eaux limpides et saintes. Il résonnait du bourdonnement mélodieux des abeilles enivrées, du chant ardent des coucous, de la danse joyeuse des paons et du tumulte des oiseaux rassemblés. La brise printanière envoyée par Indra y pénétra, portant la fraîche pulvérisation des cascades neigeuses ; enlacée par le parfum des fleurs de la forêt, elle se mit à éveiller l’élan de Kāma.
Verse 19
तदाश्रमपदं पुण्यं पुण्यद्रुमलताञ्चितम् । पुण्यद्विजकुलाकीर्णं पुण्यामलजलाशयम् ॥ १८ ॥ मत्तभ्रमरसङ्गीतं मत्तकोकिलकूजितम् । मत्तबर्हिनटाटोपं मत्तद्विजकुलाकुलम् ॥ १९ ॥ वायु: प्रविष्ट आदाय हिमनिर्झरशीकरान् । सुमनोभि: परिष्वक्तो ववावुत्तम्भयन् स्मरम् ॥ २० ॥
Le saint āśrama du Ṛṣi Mārkaṇḍeya était orné d’arbres et de lianes méritoires. De nombreux brāhmaṇas vertueux y demeuraient, goûtant l’abondance d’étangs purs et sacrés. L’ermitage résonnait du bourdonnement des abeilles enivrées et du chant des coucous; des paons joyeux y dansaient, et des familles d’oiseaux, comme en délire, s’y pressaient. La brise printanière envoyée par Indra entra, portant la fraîche pulvérisation des cascades; parfumée par l’étreinte des fleurs de la forêt, elle se mit à éveiller l’élan de Kāma, le dieu du désir.
Verse 20
तदाश्रमपदं पुण्यं पुण्यद्रुमलताञ्चितम् । पुण्यद्विजकुलाकीर्णं पुण्यामलजलाशयम् ॥ १८ ॥ मत्तभ्रमरसङ्गीतं मत्तकोकिलकूजितम् । मत्तबर्हिनटाटोपं मत्तद्विजकुलाकुलम् ॥ १९ ॥ वायु: प्रविष्ट आदाय हिमनिर्झरशीकरान् । सुमनोभि: परिष्वक्तो ववावुत्तम्भयन् स्मरम् ॥ २० ॥
La brise printanière envoyée par Indra pénétra dans l’āśrama, portant la fraîche pulvérisation des cascades voisines. Enveloppée du parfum des fleurs de la forêt, elle se mit à éveiller dans le cœur l’élan de Kāma.
Verse 21
उद्यच्चन्द्रनिशावक्त्र: प्रवालस्तबकालिभि: । गोपद्रुमलताजालैस्तत्रासीत् कुसुमाकर: ॥ २१ ॥
Le printemps apparut alors dans l’āśrama. Le ciel du soir, illuminé par la lune montante, devint comme le visage même de la saison, et de tendres pousses et des fleurs nouvelles couvrirent la multitude d’arbres et de lianes.
Verse 22
अन्वीयमानो गन्धर्वैर्गीतवादित्रयूथकै: । अदृश्यतात्तचापेषु: स्व:स्त्रीयूथपति: स्मर: ॥ २२ ॥
Alors Kāma, maître des troupes de femmes célestes, vint là, tenant arc et flèches. Il était suivi de groupes de gandharvas chantant et jouant des instruments.
Verse 23
हुत्वाग्निं समुपासीनं ददृशु: शक्रकिङ्करा: । मीलिताक्षं दुराधर्षं मूर्तिमन्तमिवानलम् ॥ २३ ॥
Les serviteurs d’Indra virent le sage assis en méditation, après avoir versé les oblations prescrites dans le feu sacrificiel. Les yeux clos en transe, il paraissait invincible, tel le feu personnifié.
Verse 24
ननृतुस्तस्य पुरत: स्त्रियोऽथो गायका जगु: । मृदङ्गवीणापणवैर्वाद्यं चक्रुर्मनोरमम् ॥ २४ ॥
Devant le sage, les femmes dansèrent et les chanteurs entonnèrent leurs chants; au doux accompagnement des mridangas, des cymbales et des vīṇās, tout devint ravissant.
Verse 25
सन्दधेऽस्त्रं स्वधनुषि काम: पञ्चमुखं तदा । मधुर्मनो रजस्तोक इन्द्रभृत्या व्यकम्पयन् ॥ २५ ॥
Alors Kāmadeva arma sur son arc la flèche aux cinq pointes; le Printemps, Madhu et les serviteurs d’Indra s’efforçaient d’ébranler l’esprit du sage.
Verse 26
क्रीडन्त्या: पुञ्जिकस्थल्या: कन्दुकै: स्तनगौरवात् । भृशमुद्विग्नमध्याया: केशविस्रंसितस्रज: ॥ २६ ॥ इतस्ततोभ्रमद्दृष्टेश्चलन्त्या अनुकन्दुकम् । वायुर्जहार तद्वास: सूक्ष्मं त्रुटितमेखलम् ॥ २७ ॥
L’apsara Puñjikasthalī feignit de jouer avec de nombreuses balles. Sous le poids de sa poitrine, sa taille semblait vaciller, et la guirlande de fleurs dans ses cheveux se défit. Courant après les balles, jetant des regards de-ci de-là, la ceinture de son vêtement léger se relâcha; soudain le vent emporta ses habits.
Verse 27
क्रीडन्त्या: पुञ्जिकस्थल्या: कन्दुकै: स्तनगौरवात् । भृशमुद्विग्नमध्याया: केशविस्रंसितस्रज: ॥ २६ ॥ इतस्ततोभ्रमद्दृष्टेश्चलन्त्या अनुकन्दुकम् । वायुर्जहार तद्वास: सूक्ष्मं त्रुटितमेखलम् ॥ २७ ॥
L’apsara Puñjikasthalī feignit de jouer avec de nombreuses balles. Sous le poids de sa poitrine, sa taille semblait vaciller, et la guirlande de fleurs dans ses cheveux se défit. Courant après les balles, jetant des regards de-ci de-là, la ceinture de son vêtement léger se relâcha; soudain le vent emporta ses habits.
Verse 28
विससर्ज तदा बाणं मत्वा तं स्वजितं स्मर: । सर्वं तत्राभवन्मोघमनीशस्य यथोद्यम: ॥ २८ ॥
Kāmadeva, se croyant vainqueur du sage, décocha alors sa flèche. Mais tout s’y révéla vain—comme les efforts stériles de celui qui nie le Seigneur.
Verse 29
त इत्थमपकुर्वन्तो मुनेस्तत्तेजसा मुने । दह्यमाना निववृतु: प्रबोध्याहिमिवार्भका: ॥ २९ ॥
Ô Śaunaka, Kāmadeva et ses compagnons voulurent nuire au sage, mais, brûlés comme par le tejas de celui-ci, ils cessèrent leurs méfaits, tels des enfants ayant réveillé un serpent endormi.
Verse 30
इतीन्द्रानुचरैर्ब्रह्मन् धर्षितोऽपि महामुनि: । यन्नागादहमो भावं न तच्चित्रं महत्सु हि ॥ ३० ॥
Ô brāhmaṇa, bien que les serviteurs d’Indra aient attaqué avec insolence le grand sage Mārkaṇḍeya, il ne céda pas au faux ego; chez les grandes âmes, une telle patience n’a rien d’étonnant.
Verse 31
दृष्ट्वा निस्तेजसं कामं सगणं भगवान् स्वराट् । श्रुत्वानुभावं ब्रह्मर्षेर्विस्मयं समगात् परम् ॥ ३१ ॥
Le puissant roi Indra fut saisi d’un étonnement extrême en voyant Kāmadeva et sa suite réduits à l’impuissance, et en entendant la prouesse mystique du sublime sage Mārkaṇḍeya.
Verse 32
तस्यैवं युञ्जतश्चित्तं तप:स्वाध्यायसंयमै: । अनुग्रहायाविरासीन्नरनारायणो हरि: ॥ ३२ ॥
Désirant accorder Sa miséricorde au saint Mārkaṇḍeya, dont l’esprit était parfaitement établi dans la réalisation du Soi par l’austérité, l’étude védique et la discipline, Śrī Hari, la Personne Suprême, apparut en personne sous les formes de Nara et Nārāyaṇa.
Verse 33
तौ शुक्लकृष्णौ नवकञ्जलोचनौ चतुर्भुजौ रौरववल्कलाम्बरौ । पवित्रपाणी उपवीतकं त्रिवृत् कमण्डलुं दण्डमृजुं च वैणवम् ॥ ३३ ॥ पद्माक्षमालामुत जन्तुमार्जनं वेदं च साक्षात्तप एव रूपिणौ । तपत्तडिद्वर्णपिशङ्गरोचिषा प्रांशू दधानौ विबुधर्षभार्चितौ ॥ ३४ ॥
Tous deux—l’un de teint clair, l’autre plus sombre—avaient des yeux semblables aux pétales d’un lotus nouveau et quatre bras. Ils portaient peau de daim et écorce, avec le cordon sacré à trois brins; dans Leurs mains purifiantes, ils tenaient le kamaṇḍalu, un bâton droit et un bambou (vaiṇava).
Verse 34
तौ शुक्लकृष्णौ नवकञ्जलोचनौ चतुर्भुजौ रौरववल्कलाम्बरौ । पवित्रपाणी उपवीतकं त्रिवृत् कमण्डलुं दण्डमृजुं च वैणवम् ॥ ३३ ॥ पद्माक्षमालामुत जन्तुमार्जनं वेदं च साक्षात्तप एव रूपिणौ । तपत्तडिद्वर्णपिशङ्गरोचिषा प्रांशू दधानौ विबुधर्षभार्चितौ ॥ ३४ ॥
L’un avait un teint clair, l’autre un teint sombre; tous deux avaient quatre bras, des yeux pareils aux pétales d’un lotus à peine éclos, vêtus de peau de daim raurava et d’écorce, et ornés du triple cordon sacré. De Leurs mains très purifiantes, Ils portaient le kamandalu, le bâton droit, l’emblème vaiṣṇava, un rosaire de graines de lotus, l’instrument de purification et les Veda symbolisés par des faisceaux d’herbe darbha; grands et nobles, Ils brillaient d’une lueur jaune comme l’éclair, incarnation même de l’ascèse, et recevaient l’adoration des plus éminents sages célestes.
Verse 35
ते वै भगवतो रूपे नरनारायणावृषी । दृष्ट्वोत्थायादरेणोच्चैर्ननामाङ्गेन दण्डवत् ॥ ३५ ॥
Ces deux sages, Nara et Nārāyaṇa, étaient les formes personnelles directes du Seigneur Suprême. En Les voyant, le Ṛṣi Mārkaṇḍeya se leva aussitôt et, avec un profond respect, Leur offrit des hommages dāṇḍavat en se prosternant de tout son long.
Verse 36
स तत्सन्दर्शनानन्दनिर्वृतात्मेन्द्रियाशय: । हृष्टरोमाश्रुपूर्णाक्षो न सेहे तावुदीक्षितुम् ॥ ३६ ॥
L’extase de Les voir combla entièrement le corps, l’esprit et les sens de Mārkaṇḍeya. Ses poils se hérissèrent et ses yeux se remplirent de larmes; submergé par la béatitude, il peinait à soutenir Leur regard.
Verse 37
उत्थाय प्राञ्जलि: प्रह्व औत्सुक्यादाश्लिषन्निव । नमो नम इतीशानौ बभाशे गद्गदाक्षरम् ॥ ३७ ॥
Puis il se leva, les mains jointes et la tête inclinée avec humilité; tant son désir était ardent qu’il s’imaginait enlacer les deux Seigneurs. La voix étranglée par l’extase, il répétait: « Namo namah, mes hommages ! »
Verse 38
तयोरासनमादाय पादयोरवनिज्य च । अर्हणेनानुलेपेन धूपमाल्यैरपूजयत् ॥ ३८ ॥
Il Leur offrit des sièges et lava Leurs pieds. Puis il Les adora avec l’arghya, la pâte de santal, des huiles parfumées, de l’encens et des guirlandes de fleurs.
Verse 39
सुखमासनमासीनौ प्रसादाभिमुखौ मुनी । पुनरानम्य पादाभ्यां गरिष्ठाविदमब्रवीत् ॥ ३९ ॥
Ces deux sages, les plus dignes de vénération, étaient assis paisiblement, prêts à accorder leur grâce. Alors le Ṛṣi Mārkaṇḍeya se prosterna de nouveau à leurs pieds de lotus et parla ainsi.
Verse 40
श्रीमार्कण्डेय उवाच किं वर्णये तव विभो यदुदीरितोऽसु: संस्पन्दते तमनु वाङ्मनइन्द्रियाणि । स्पन्दन्ति वै तनुभृतामजशर्वयोश्च स्वस्याप्यथापि भजतामसि भावबन्धु: ॥ ४० ॥
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ô Seigneur tout-puissant, comment pourrais-je Te décrire ? Tu éveilles le prāṇa, et, à sa suite, la parole, le mental et les sens se mettent en mouvement. Cela est vrai pour les âmes conditionnées et même pour Brahmā et Śiva ; à plus forte raison pour moi. Pourtant, Tu deviens l’ami intime de ceux qui Te vénèrent.
Verse 41
मूर्ती इमे भगवतो भगवंस्त्रिलोक्या: क्षेमाय तापविरमाय च मृत्युजित्यै । नाना बिभर्ष्यवितुमन्यतनूर्यथेदं सृष्ट्वा पुनर्ग्रससि सर्वमिवोर्णनाभि: ॥ ४१ ॥
Ô Bhagavān, ces deux formes personnelles de Toi sont apparues pour le bien suprême des trois mondes : l’apaisement des souffrances et la victoire sur la mort. Mon Seigneur, Tu crées cet univers et assumes de multiples formes transcendantes pour le protéger, puis Tu le résorbes, tel l’araignée qui tisse et retire ensuite sa toile.
Verse 42
तस्यावितु: स्थिरचरेशितुरङ्घ्रिमूलं यत्स्थं न कर्मगुणकालरज: स्पृशन्ति । यद् वै स्तुवन्ति निनमन्ति यजन्त्यभीक्ष्णं ध्यायन्ति वेदहृदया मुनयस्तदाप्त्यै ॥ ४२ ॥
Parce que Tu es le protecteur et le souverain suprême de tous les êtres mobiles et immobiles, quiconque se réfugie à Tes pieds de lotus n’est jamais touché par la poussière du karma, des guṇa ni du temps. Les sages qui ont assimilé le cœur des Vedas Te louent ; pour obtenir Ta présence, ils se prosternent à chaque occasion, T’adorent sans relâche et méditent sur Toi.
Verse 43
नान्यं तवाङ्घ्र्युपनयादपवर्गमूर्ते: क्षेमं जनस्य परितोभिय ईश विद्म: । ब्रह्मा बिभेत्यलमतो द्विपरार्धधिष्ण्य: कालस्य ते किमुत तत्कृतभौतिकानाम् ॥ ४३ ॥
Ô Īśa, Tu es la forme même de l’apavarga, la délivrance. Pour les êtres entourés de craintes, je ne connais aucun refuge, sinon Tes pieds de lotus. Même Brahmā, dont la fonction dure deux parārdhas, redoute le temps ; que dire alors des âmes matérielles qu’il engendre ?
Verse 44
तद् वै भजाम्यृतधियस्तव पादमूलं हित्वेदमात्मच्छदि चात्मगुरो: परस्य । देहाद्यपार्थमसदन्त्यमभिज्ञमात्रं विन्देत ते तर्हि सर्वमनीषितार्थम् ॥ ४४ ॥
Ainsi, ô Seigneur, Maître suprême de l’âme, j’adore la base de Tes pieds de lotus, ayant renoncé à l’identification au corps et à tout ce qui voile mon être véritable. Ces enveloppes sont vaines, sans substance et passagères, simple supposition de séparation d’avec Toi, dont l’intelligence embrasse toute vérité. En Te réalisant, la Personne Suprême, on obtient tout ce qui est désirable.
Verse 45
सत्त्वं रजस्तम इतीश तवात्मबन्धो मायामया: स्थितिलयोदयहेतवोऽस्य । लीला धृता यदपि सत्त्वमयी प्रशान्त्यै नान्ये नृणां व्यसनमोहभियश्च याभ्याम् ॥ ४५ ॥
Ô Seigneur, ami suprême de l’âme conditionnée, pour la création, le maintien et la dissolution de ce monde, Tu assumes les modes de bonté, de passion et d’ignorance, qui relèvent de Ta puissance illusoire. Pourtant, Tu emploies tout particulièrement la bonté pour délivrer les âmes; les deux autres modes ne leur apportent que souffrance, illusion et peur.
Verse 46
तस्मात्तवेह भगवन्नथ तावकानां शुक्लां तनुं स्वदयितां कुशला भजन्ति । यत् सात्वता: पुरुषरूपमुशन्ति सत्त्वं लोको यतोऽभयमुतात्मसुखं न चान्यत् ॥ ४६ ॥
Ô Bhagavān, c’est pourquoi Tes dévots avisés adorent Ta forme bien-aimée, blanche et lumineuse, faite de pure bonté. Les sātvatas déclarent que la bonté est le Purusha même, une manifestation directe de Toi; par elle seule s’obtiennent l’absence de peur, la félicité de l’âme et le royaume de Dieu, et non par autre chose.
Verse 47
तस्मै नमो भगवते पुरुषाय भूम्ने विश्वाय विश्वगुरवे परदैवताय । नारायणाय ऋषये च नरोत्तमाय हंसाय संयतगिरे निगमेश्वराय ॥ ४७ ॥
J’offre mes humbles hommages au Bhagavān, la Personne Suprême : le Purusha immense, omniprésent, forme de l’univers, maître spirituel du monde et Divinité suprême. Je me prosterne devant Nārāyaṇa, apparu en sage, et aussi devant le saint Nara, le meilleur des hommes, de nature de haṁsa, maître de sa parole et propagateur des Écritures védiques.
Verse 48
यं वै न वेद वितथाक्षपथैर्भ्रमद्धी: सन्तं स्वकेष्वसुषु हृद्यपि दृक्पथेषु । तन्माययावृतमति: स उ एव साक्षा- दाद्यस्तवाखिलगुरोरुपसाद्य वेदम् ॥ ४८ ॥
Le matérialiste, dont l’intelligence s’égare sur les voies trompeuses des sens, ne peut Te reconnaître, bien que Tu sois toujours présent dans ses propres sens et dans son cœur, ainsi que parmi les objets de sa perception. Pourtant, même si sa compréhension est voilée par Ta māyā, s’il reçoit de Toi—le maître originel de tous—la connaissance védique, il peut Te comprendre directement.
Verse 49
यद्दर्शनं निगम आत्मरह:प्रकाशं मुह्यन्ति यत्र कवयोऽजपरा यतन्त: । तं सर्ववादविषयप्रतिरूपशीलं वन्दे महापुरुषमात्मनिगूढबोधम् ॥ ४९ ॥
Ô Seigneur, seules les Écritures védiques révèlent la connaissance secrète de Ta Personne suprême; ainsi même Brahmā et les grands sages s’égarent en voulant Te saisir par des moyens empiriques. Chaque philosophe Te comprend selon ses propres conclusions; j’adore ce Mahā-puruṣa dont la connaissance demeure cachée sous les identités corporelles de l’âme conditionnée.
In Purāṇic narrative logic, Indra often represents the anxious guardianship of heavenly status: when a sage’s tapas generates extraordinary tejas (spiritual potency), Indra fears displacement and sends temptations to break the vow (especially brahmacarya). The Bhagavata uses this as a teaching device: genuine yoga and bhakti are proven not by claims but by steadiness amid sensory provocation, showing that divine realization is superior to celestial enjoyments and political rank in Svarga.
He defeats it through long-established inner discipline: strict brahmacarya, regulated worship, Vedic study, and inward meditation on the Supreme Person beyond the senses. The text depicts the seducers as being ‘burned’ by his potency—meaning his mind does not grant them entry; his accumulated tapas and single-pointed devotion neutralize agitation at its source (citta-vṛtti), so the external stimulus cannot mature into desire.
Nara and Nārāyaṇa are direct personal forms of the Supreme Lord appearing as twin sages, embodying austerity, Vedic authority, and compassion. They appear to bestow mercy on Mārkaṇḍeya, confirming that the goal of tapas and yoga is not mere power or longevity but direct relationship with Bhagavān. Their manifestation also anchors the chapter’s theology: the Lord is knowable and approachable, yet remains beyond material senses and speculative methods.