Adhyaya 61
Dashama SkandhaAdhyaya 6140 Verses

Adhyaya 61

Kṛṣṇa’s Queens, Their Sons, and Balarāma’s Victory over Rukmī at Dice (Aniruddha–Rocanā Marriage Context)

Poursuivant les līlās royales et familiales à Dvārakā, ce chapitre élargit le regard des mariages particuliers à l’essor dynastique : chacune des reines de Śrī Kṛṣṇa enfante dix fils, tous pourvus d’une opulence digne de leur Père divin. Envoûtées par la beauté et la tendresse de Kṛṣṇa, les reines se sentent chacune l’objet d’une faveur unique—manifestation de Son acintya-śakti, puissance inconcevable par laquelle Il répond à beaucoup simultanément. Śukadeva énumère ensuite les fils des reines principales (notamment Pradyumna et Sāmba) et évoque brièvement la vaste prolifération de la lignée des Yādava. Parīkṣit demande comment Rukmī, pourtant hostile, a pu marier sa fille à Pradyumna ; Śukadeva explique que Rukmavatī choisit Pradyumna lors du svayaṁvara, et que Rukmī, bien qu’ennemi, consentit par affection pour Rukmiṇī. Le récit se poursuit avec le mariage d’Aniruddha et de Rocanā à Bhojakaṭa, où des rois orgueilleux poussent Rukmī à défier Balarāma au jeu de dés. Rukmī triche, une voix divine le blâme, puis il insulte Balarāma et est frappé à mort par la massue de Balarāma ; le roi de Kaliṅga est puni et l’assemblée se disperse. Kṛṣṇa demeure neutre afin de préserver l’harmonie des relations, et la troupe retourne à Dvārakā, soulignant les conséquences de l’orgueil et de la tromperie.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच एकैकशस्ता: कृष्णस्य पुत्रान् दश दशाबला: । अजीजनन्ननवमान्पितु: सर्वात्मसम्पदा ॥ १ ॥

Śukadeva dit : Chacune des épouses de Kṛṣṇa enfanta dix fils; ils n’étaient en rien inférieurs à leur père, car ils possédaient toute son opulence personnelle.

Verse 2

गृहादनपगं वीक्ष्य राजपुत्र्योऽच्युतं स्थितम् । प्रेष्ठं न्यमंसत स्वं स्वं न तत्तत्त्वविद: स्‍त्रिय: ॥ २ ॥

Voyant qu’Acyuta ne quittait jamais le palais de chacune, chaque princesse se crut la plus aimée du Seigneur. Mais ces femmes ne saisissaient pas pleinement la vérité de Sa nature.

Verse 3

चार्वब्जकोशवदनायतबाहुनेत्र- सप्रेमहासरसवीक्षितवल्गुजल्पै: । सम्मोहिता भगवतो न मनो विजेतुं स्वैर्विभ्रमै: समशकन् वनिता विभूम्न: ॥ ३ ॥

Les épouses du Seigneur Suprême furent envoûtées par Son visage semblable au lotus, Ses longs bras et Ses grands yeux, Ses regards d’amour mêlés de rire et Ses paroles charmantes; pourtant, malgré tous leurs attraits, elles ne purent vaincre l’esprit du Seigneur tout-puissant.

Verse 4

स्मायावलोकलवदर्शितभावहारि- भ्रूमण्डलप्रहितसौरतमन्त्रशौण्डै: । पत्न्‍यस्तु षोडशसहस्रमनङ्गबाणै- र्यस्येन्द्रियं विमथितुं करणैर्न शेकु: ॥ ४ ॥

Les sourcils arqués des seize mille reines, par des sourires pudiques et des regards de côté, laissaient paraître leurs intentions secrètes comme de hardis messages conjugaux; pourtant, ni avec ces « flèches » de Cupidon ni par d’autres moyens elles ne purent troubler les sens du Seigneur Kṛṣṇa.

Verse 5

इत्थं रमापतिमवाप्य पतिं स्‍त्रियस्ता ब्रह्मादयोऽपि न विदु: पदवीं यदीयाम् । भेजुर्मुदाविरतमेधितयानुराग- हासावलोकनवसङ्गमलालसाद्यम् ॥ ५ ॥

Ainsi, ces femmes obtinrent pour époux le Seigneur de Lakṣmī, dont même Brahmā et les grands dieux ignorent comment s’approcher. Dans une joie sans cesse grandissante, elles nourrirent pour Lui un amour ardent, échangèrent des regards souriants, désirèrent une intimité toujours neuve et goûtèrent bien d’autres délices.

Verse 6

प्रत्युद्गमासनवरार्हणपादशौच- ताम्बूलविश्रमणवीजनगन्धमाल्यै: । केशप्रसारशयनस्‍नपनोपहार्यै- र्दासीशता अपि विभोर्विदधु: स्म दास्यम् ॥ ६ ॥

Bien que chaque reine du Seigneur eût des centaines de servantes, elles choisirent de Le servir elles-mêmes : aller humblement à Sa rencontre, Lui offrir un siège, L’adorer avec les meilleurs accessoires, laver et masser Ses pieds, Lui donner du tāmbūla, L’éventer, L’oindre de santal parfumé, Le parer de guirlandes, arranger Ses cheveux, préparer Sa couche, Le baigner et Lui présenter divers présents; ainsi accomplissaient-elles leur service de servantes envers le Seigneur.

Verse 7

तासां या दशपुत्राणां कृष्णस्‍त्रीणां पुरोदिता: । अष्टौ महिष्यस्तत्पुत्रान् प्रद्युम्नादीन् गृणामि ते ॥ ७ ॥

Parmi les épouses de Kṛṣṇa, dont chacune eut dix fils, j’ai déjà mentionné les huit reines principales. À présent, je vais te réciter les noms des fils de ces huit reines, à commencer par Pradyumna.

Verse 8

चारुदेष्ण: सुदेष्णश्च चारुदेहश्च वीर्यवान् । सुचारुश्चारुगुप्तश्च भद्रचारुस्तथापर: ॥ ८ ॥ चारुचन्द्रो विचारुश्च चारुश्च दशमो हरे: । प्रद्युम्नप्रमुखा जाता रुक्‍मिण्यां नावमा: पितु: ॥ ९ ॥

Le premier fils de la reine Rukmiṇī fut Pradyumna; d’elle naquirent aussi Cārudeṣṇa, Sudeṣṇa et le vaillant Cārudeha, ainsi que Sucāru, Cārugupta, Bhadracāru, Cārucandra, Vicāru et Cāru, le dixième. Aucun de ces fils de Śrī Hari n’était inférieur à leur père.

Verse 9

चारुदेष्ण: सुदेष्णश्च चारुदेहश्च वीर्यवान् । सुचारुश्चारुगुप्तश्च भद्रचारुस्तथापर: ॥ ८ ॥ चारुचन्द्रो विचारुश्च चारुश्च दशमो हरे: । प्रद्युम्नप्रमुखा जाता रुक्‍मिण्यां नावमा: पितु: ॥ ९ ॥

De Rukmiṇī naquirent les fils de Śrī Hari, avec Pradyumna en tête : Cārudeṣṇa, Sudeṣṇa, le puissant Cārudeha, Sucāru, Cārugupta, Bhadracāru, Cārucandra, Vicāru et Cāru, le dixième. Aucun d’eux n’était inférieur à leur père.

Verse 10

भानु: सुभानु: स्वर्भानु: प्रभानुर्भानुमांस्तथा । चन्द्रभानुर्बृहद्भ‍ानुरतिभानुस्तथाष्टम: ॥ १० ॥ श्रीभानु: प्रतिभानुश्च सत्यभामात्मजा दश । साम्ब: सुमित्र: पुरुजिच्छतजिच्च सहस्रजित् ॥ ११ ॥ विजयश्चित्रकेतुश्च वसुमान् द्रविड: क्रतु: । जाम्बवत्या: सुता ह्येते साम्बाद्या: पितृसम्मता: ॥ १२ ॥

Les dix fils de Satyabhāmā furent Bhānu, Subhānu, Svarbhānu, Prabhānu, Bhānumān, Candrabhānu, Bṛhadbhānu, Atibhānu (le huitième), Śrībhānu et Pratibhānu. Les fils de Jāmbavatī furent Sāmba, Sumitra, Purujit, Śatajit, Sahasrajit, Vijaya, Citraketu, Vasumān, Draviḍa et Kratu. Ces dix, menés par Sāmba, étaient les favoris de leur père.

Verse 11

भानु: सुभानु: स्वर्भानु: प्रभानुर्भानुमांस्तथा । चन्द्रभानुर्बृहद्भ‍ानुरतिभानुस्तथाष्टम: ॥ १० ॥ श्रीभानु: प्रतिभानुश्च सत्यभामात्मजा दश । साम्ब: सुमित्र: पुरुजिच्छतजिच्च सहस्रजित् ॥ ११ ॥ विजयश्चित्रकेतुश्च वसुमान् द्रविड: क्रतु: । जाम्बवत्या: सुता ह्येते साम्बाद्या: पितृसम्मता: ॥ १२ ॥

Les dix fils de Satyabhāmā : Bhānu, Subhānu, Svarbhānu, Prabhānu, Bhānumān, Candrabhānu, Bṛhadbhānu, Atibhānu (le huitième), Śrībhānu et Pratibhānu. Les dix fils de Jāmbavatī : Sāmba, Sumitra, Purujit, Śatajit, Sahasrajit, Vijaya, Citraketu, Vasumān, Draviḍa et Kratu. Tous étaient aimés et approuvés par leur père.

Verse 12

भानु: सुभानु: स्वर्भानु: प्रभानुर्भानुमांस्तथा । चन्द्रभानुर्बृहद्भ‍ानुरतिभानुस्तथाष्टम: ॥ १० ॥ श्रीभानु: प्रतिभानुश्च सत्यभामात्मजा दश । साम्ब: सुमित्र: पुरुजिच्छतजिच्च सहस्रजित् ॥ ११ ॥ विजयश्चित्रकेतुश्च वसुमान् द्रविड: क्रतु: । जाम्बवत्या: सुता ह्येते साम्बाद्या: पितृसम्मता: ॥ १२ ॥

Les fils de Jāmbavatī furent Sāmba, Sumitra, Purujit, Śatajit, Sahasrajit, Vijaya, Citraketu, Vasumān, Draviḍa et Kratu. Ces dix, menés par Sāmba, étaient grandement aimés et approuvés par leur père.

Verse 13

वीरश्चन्द्रोऽश्वसेनश्च चित्रगुर्वेगवान् वृष: । आम: शङ्कुर्वसु: श्रीमान् कुन्तिर्नाग्नजिते: सुता: ॥ १३ ॥

Les fils de Nāgnajitī furent Vīra, Candra, Aśvasena, Citragu, Vegavān, Vṛṣa, Āma, Śaṅku, Vasu et la fastueuse Kunti.

Verse 14

श्रुत: कविर्वृषो वीर: सुबाहुर्भद्र एकल: । शान्तिर्दर्श: पूर्णमास: कालिन्द्या: सोमकोऽवर: ॥ १४ ॥

Les fils de Kālindī furent Śruta, Kavi, Vṛṣa, Vīra, Subāhu, Bhadra, Ekala, Śānti, Darśa et Pūrṇamāsa; le plus jeune était Somaka.

Verse 15

प्रघोषो गात्रवान्सिंहो बल: प्रबल ऊर्धग: । माद्रय‍ा: पुत्रा महाशक्ति: सह ओजोऽपराजित: ॥ १५ ॥

Les fils de Mādrā furent Praghoṣa, Gātravān, Siṁha, Bala, Prabala, Ūrdhaga, Mahāśakti, Saha, Oja et Aparājita.

Verse 16

वृको हर्षोऽनिलो गृध्रो वर्धनोन्नाद एव च । महांस: पावनो वह्निर्मित्रविन्दात्मजा: क्षुधि: ॥ १६ ॥

Les fils de Mitravindā furent Vṛka, Harṣa, Anila, Gṛdhra, Vardhana, Unnāda, Mahāṁsa, Pāvana, Vahni et Kṣudhi.

Verse 17

सङ्ग्रामजिद् बृहत्सेन: शूर: प्रहरणोऽरिजित् । जय: सुभद्रो भद्राया वाम आयुश्च सत्यक: ॥ १७ ॥

Les fils de Bhadrā furent Saṅgrāmajit, Bṛhatsena, Śūra, Praharaṇa, Arijit, Jaya et Subhadra; ainsi que Vāma, Āyur et Satyaka.

Verse 18

दीप्तिमांस्ताम्रतप्ताद्या रोहिण्यास्तनया हरे: । प्रद्यम्नाच्चानिरुद्धोऽभूद्रुक्‍मवत्यां महाबल: । पुत्र्यां तु रुक्‍मिणो राजन् नाम्ना भोजकटे पुरे ॥ १८ ॥

Dīptimān, Tāmratapta et d’autres furent les fils du Seigneur Śrī Kṛṣṇa et de Rohiṇī. Ô roi, dans la cité de Bhojakaṭa, Pradyumna engendra l’extrêmement puissant Aniruddha dans le sein de Rukmavatī, fille de Rukmī.

Verse 19

एतेषां पुत्रपौत्राश्च बभूवु: कोटिशो नृप । मातर: कृष्णजातीनां सहस्राणि च षोडश ॥ १९ ॥

Ô roi, leurs fils et petits-fils se comptèrent par dizaines de millions. Les mères qui donnèrent naissance à la lignée de Kṛṣṇa furent au nombre de seize mille.

Verse 20

श्रीराजोवाच कथं रुक्‍म्यरीपुत्राय प्रादाद् दुहितरं युधि । कृष्णेन परिभूतस्तं हन्तुं रन्ध्रं प्रतीक्षते । एतदाख्याहि मे विद्वन् द्विषोर्वैवाहिकं मिथ: ॥ २० ॥

Le roi Parīkṣit dit : Comment Rukmī a-t-il pu donner sa fille au fils de son ennemi ? Vaincu par Kṛṣṇa au combat, il guettait une faille pour Le tuer. Ô savant, explique-moi : comment ces deux camps hostiles furent-ils unis par le mariage ?

Verse 21

अनागतमतीतं च वर्तमानमतीन्द्रियम् । विप्रकृष्टं व्यवहितं सम्यक् पश्यन्ति योगिन: ॥ २१ ॥

Les yogīs mystiques peuvent voir parfaitement ce qui n’est pas encore advenu, ainsi que le passé et le présent, au-delà des sens; même ce qui est lointain ou caché par des obstacles matériels.

Verse 22

श्रीशुक उवाच वृत: स्वयंवरे साक्षादनङ्गोऽङ्गयुतस्तया । राज्ञ: समेतान् निर्जित्य जहारैकरथो युधि ॥ २२ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Lors du svayaṁvara, Rukmavatī choisit elle-même Pradyumna, réincarnation d’Ananga (Cupidon). Puis, seul sur un unique char, Pradyumna vainquit au combat les rois assemblés et l’emmena.

Verse 23

यद्यप्यनुस्मरन् वैरं रुक्‍मी कृष्णावमानित: । व्यतरद् भागिनेयाय सुतां कुर्वन् स्वसु: प्रियम् ॥ २३ ॥

Bien que Rukmī se souvînt sans cesse de son inimitié, car le Seigneur Kṛṣṇa l’avait humilié, il consentit, pour plaire à sa sœur, au mariage de sa fille avec son neveu.

Verse 24

रुक्‍मिण्यास्तनयां राजन् कृतवर्मसुतो बली । उपयेमे विशालाक्षीं कन्यां चारुमतीं किल ॥ २४ ॥

Ô roi, Balī, fils de Kṛtavarmā, épousa la jeune Cārumatī, la fille de Rukmiṇī aux grands yeux.

Verse 25

दौहित्रायानिरुद्धाय पौत्रीं रुक्‍म्याददाद्धरे: । रोचनां बद्धवैरोऽपि स्वसु: प्रियचिकीर्षया । जानन्नधर्मं तद् यौनं स्‍नेहपाशानुबन्धन: ॥ २५ ॥

Bien que Rukmī fût lié à une querelle tenace contre le Seigneur Hari, il donna sa petite-fille Rocanā à Aniruddha, fils de sa fille. Il savait cette union contraire au dharma, mais, voulant plaire à sa sœur, il demeura enchaîné par les liens de l’affection.

Verse 26

तस्मिन्नभ्युदये राजन् रुक्‍मिणी रामकेशवौ । पुरं भोजकटं जग्मु: साम्बप्रद्युम्नकादय: ॥ २६ ॥

Ô roi, lors de la joyeuse célébration de ce mariage, la reine Rukmiṇī, le Seigneur Balarāma, le Seigneur Kṛṣṇa et plusieurs de Ses fils, menés par Sāmba et Pradyumna, se rendirent à la cité de Bhojakaṭa.

Verse 27

तस्मिन् निवृत्त उद्वाहे कालिङ्गप्रमुखा नृपा: । द‍ृप्तास्ते रुक्‍मिणं प्रोचुर्बलमक्षैर्विनिर्जय ॥ २७ ॥ अनक्षज्ञो ह्ययं राजन्नपि तद्‌व्यसनं महत् । इत्युक्तो बलमाहूय तेनाक्षैर्रुक्‍म्यदीव्यत ॥ २८ ॥

Ô roi, après la noce, des rois arrogants menés par le roi de Kaliṅga dirent à Rukmī : « Bats Balarāma aux dés. Il n’y est pas expert, mais il y est fort enclin. » Ainsi poussé, Rukmī défia Balarāma et commença une partie de jeu avec Lui.

Verse 28

तस्मिन् निवृत्त उद्वाहे कालिङ्गप्रमुखा नृपा: । द‍ृप्तास्ते रुक्‍मिणं प्रोचुर्बलमक्षैर्विनिर्जय ॥ २७ ॥ अनक्षज्ञो ह्ययं राजन्नपि तद्‌व्यसनं महत् । इत्युक्तो बलमाहूय तेनाक्षैर्रुक्‍म्यदीव्यत ॥ २८ ॥

Après les noces, des rois orgueilleux, menés par le roi de Kaliṅga, dirent à Rukmī : « Ô roi, vaincs Balarāma aux dés ; il n’est pas expert, et pourtant il en a une forte inclination. » Ainsi conseillé, Rukmī défia Balarāma et engagea avec Lui une partie de jeu.

Verse 29

शतं सहस्रमयुतं रामस्तत्राददे पणम् । तं तु रुक्‍म्यजयत्तत्र कालिङ्ग: प्राहसद् बलम् । दन्तान् सन्दर्शयन्नुच्चैर्नामृष्यत्तद्धलायुध: ॥ २९ ॥

Dans cette partie, Balarāma accepta d’abord une mise de cent, puis de mille, puis de dix mille pièces. Rukmī remporta ce premier tour. Alors le roi de Kaliṅga éclata de rire, exhibant ses dents, pour se moquer de Balarāma. Le Seigneur au soc d’araire ne put supporter cet affront.

Verse 30

ततो लक्षं रुक्‍म्यगृह्णाद्‌ग्लहं तत्राजयद् बल: । जितवानहमित्याह रुक्‍मी कैतवमाश्रित: ॥ ३० ॥

Ensuite, Rukmī accepta une mise de cent mille pièces, que Balarāma remporta. Mais Rukmī, recourant à la tromperie, s’écria : « C’est moi qui ai gagné ! »

Verse 31

मन्युना क्षुभित: श्रीमान् समुद्र इव पर्वणि । जात्यारुणाक्षोऽतिरुषा न्यर्बुदं ग्लहमाददे ॥ ३१ ॥

Ébranlé par la colère, tel l’océan au jour de pleine lune, le glorieux Balarāma frissonna. Ses yeux naturellement rougeâtres s’embrasèrent davantage, et Il accepta une mise de cent millions de pièces d’or.

Verse 32

तं चापि जितवान् रामो धर्मेण छलमाश्रित: । रुक्‍मी जितं मयात्रेमे वदन्तु प्राश्न‍िका इति ॥ ३२ ॥

Balarāma remporta encore cette mise avec droiture, selon le dharma ; mais Rukmī recourut de nouveau à la fraude et déclara : « C’est moi qui ai gagné ici ! Que ces témoins disent ce qu’ils ont vu. »

Verse 33

तदाब्रवीन्नभोवाणी बलेनैव जितो ग्लह: । धर्मतो वचनेनैव रुक्‍मी वदति वै मृषा ॥ ३३ ॥

Alors une voix venue du ciel déclara : «Balarāma a remporté ce pari avec justice selon le dharma ; Rukmī ment assurément.»

Verse 34

तामनाद‍ृत्य वैदर्भो दुष्टराजन्यचोदित: । सङ्कर्षणं परिहसन् बभाषे कालचोदित: ॥ ३४ ॥

Poussé par les rois pervers, Rukmī du Vidarbha méprisa cette voix divine ; comme si le destin lui-même l’y pressait, il se moqua de Śrī Saṅkarṣaṇa (Balarāma) et parla ainsi.

Verse 35

नैवाक्षकोविदा यूयं गोपाला वनगोचरा: । अक्षैर्दीव्यन्ति राजानो बाणैश्च न भवाद‍ृशा: ॥ ३५ ॥

[Rukmī dit :] «Vous, bouviers errant dans les forêts, vous ne connaissez rien aux dés. Jouer aux dés et s’amuser avec les flèches est l’affaire des rois, non de gens comme vous.»

Verse 36

रुक्‍मिणैवमधिक्षिप्तो राजभिश्चोपहासित: । क्रुद्ध: परिघमुद्यम्य जघ्ने तं नृम्णसंसदि ॥ ३६ ॥

Ainsi insulté par Rukmī et tourné en dérision par les rois, le Seigneur Balarāma s’enflamma de colère. Au milieu de l’auguste assemblée nuptiale, il leva sa massue et frappa Rukmī à mort.

Verse 37

कलिङ्गराजं तरसा गृहीत्वा दशमे पदे । दन्तानपातयत् क्रुद्धो योऽहसद् विवृतैर्द्विजै: ॥ ३७ ॥

Le roi de Kaliṅga, qui avait ri du Seigneur Balarāma en montrant ses dents, tenta de s’enfuir ; mais le Seigneur, furieux, le saisit d’un élan au dixième pas et lui fit tomber toutes les dents.

Verse 38

अन्ये निर्भिन्नबाहूरुशिरसो रुधिरोक्षिता: । राजानो दुद्रवर्भीता बलेन परिघार्दिता: ॥ ३८ ॥

Tourmentés par la massue du Seigneur Balarama, les autres rois s'enfuirent de peur, leurs bras, cuisses et têtes brisés et leurs corps trempés de sang.

Verse 39

निहते रुक्‍मिणि श्याले नाब्रवीत् साध्वसाधु वा । रक्‍मिणीबलयो राजन् स्‍नेहभङ्गभयाद्धरि: ॥ ३९ ॥

Lorsque son beau-frère Rukmī fut tué, le Seigneur Kṛṣṇa n'applaudit ni ne protesta, ô Roi, car Il craignait de compromettre ses liens affectueux avec Rukmiṇī ou Balarāma.

Verse 40

ततोऽनिरुद्धं सह सूर्यया वरं रथं समारोप्य ययु: कुशस्थलीम् । रामादयो भोजकटाद् दशार्हा: सिद्धाखिलार्था मधुसूदनाश्रया: ॥ ४० ॥

Ensuite, les descendants de Daśārha, dirigés par le Seigneur Balarāma, firent asseoir Aniruddha et sa fiancée sur un char magnifique et partirent de Bhojakaṭa pour Dvārakā. Ayant pris refuge auprès du Seigneur Madhusūdana, ils avaient accompli tous leurs desseins.

Frequently Asked Questions

Śukadeva explains that at the svayaṁvara Rukmavatī herself chose Pradyumna (Kāma’s re-embodiment), who then defeated rival kings and took her. Although Rukmī maintained enmity toward Kṛṣṇa, he sanctioned the marriage to please his sister Rukmiṇī—showing how familial affection can override political hatred, even when the heart remains hostile.

Rukmī repeatedly cheated after losing fair wagers, appealed to biased witnesses, ignored the ākāśa-vāṇī affirming Balarāma’s victory, and publicly insulted Him as an unqualified cowherd. In kṣatriya etiquette, cheating and humiliating a noble opponent—especially in a sacred wedding assembly—constitutes grave adharma and aparādha, provoking Balarāma’s decisive punishment.

It illustrates the Lord’s acintya-śakti: He can be fully present and reciprocally intimate with each devotee without division. The queens’ perception underscores His personalism—bhakti is relational—and simultaneously warns that finite minds cannot measure the Infinite by ordinary assumptions of exclusivity.

The text states Kṛṣṇa remained neutral to avoid rupturing affectionate ties with either Rukmiṇī (Rukmī’s sister) or Balarāma (His elder brother). The episode highlights dharma’s complexity in family systems: even when justice is enacted, speech and social response must consider relational duties and the prevention of further discord.

Principal names include Pradyumna (Rukmiṇī’s first son) and Sāmba (noted among Jāmbavatī’s sons), alongside many others from the chief queens. Such lists serve vaṁśānucarita: they anchor later narratives, establish the Yādava dynasty’s scale, and reinforce the theme that Kṛṣṇa’s household opulence is not mundane fertility but an expansion of divine sovereignty within human social forms.