Adhyaya 9
Chaturtha SkandhaAdhyaya 967 Verses

Adhyaya 9

Dhruva’s Darśana, Transformative Prayers, and the Boon of the Dhruva-loka (Pole Star)

Après avoir rassuré les demi-dieux, Viṣṇu chevauche Garuḍa jusqu’à Madhuvana pour rencontrer Dhruva; sa méditation atteint son sommet lorsque la vision intérieure cesse soudain et que le Seigneur se révèle directement. Dhruva, transporté, demeure d’abord muet, puis, lorsque le Seigneur touche son front avec la conque, une compréhension védique décisive s’éveille et il peut formuler des prières puissantes. Ses louanges vont de la glorification des énergies du Seigneur, de Son entrée comme Paramātmā et des fonctions cosmiques, à l’autocritique de son désir matériel, plaçant la bhakti au-dessus du brahmānanda et même du svarga. Il demande surtout le sādhu-saṅga, sachant que la dévotion seule fait traverser le saṁsāra. Le Seigneur lui accorde l’impérissable Dhruva-loka (étoile polaire) et annonce l’avenir—règne, yajñas, tragédies familiales et ascension finale vers la demeure du Seigneur. Après le départ divin, Dhruva rentre chez lui, honteux de ses anciennes ambitions. Vidura s’étonne de son manque de satisfaction; Maitreya explique son remords, illustrant la purification du bhakta. Le récit passe ensuite à l’accueil royal et au couronnement de Dhruva par Uttānapāda, ouvrant la phase suivante: un gouvernement juste issu de la bhakti réalisée et la renonciation ultérieure du vieux roi.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच त एवमुत्सन्नभया उरुक्रमे कृतावनामा: प्रययुस्त्रिविष्टपम् । सहस्रशीर्षापि ततो गरुत्मता मधोर्वनं भृत्यदिद‍ृक्षया गत: ॥ १ ॥

Maitreya dit : Ainsi rassurés par Urukrama, les demi-dieux furent délivrés de toute crainte; après s’être prosternés, ils regagnèrent les cieux. Puis le Seigneur, non différent de l’incarnation Sahasraśīrṣā, monta sur Garuḍa et se rendit à la forêt de Madhuvana pour voir Son serviteur dévot, Dhruva.

Verse 2

स वै धिया योगविपाकतीव्रया हृत्पद्मकोशे स्फुरितं तडित्प्रभम् । तिरोहितं सहसैवोपलक्ष्य बहि:स्थितं तदवस्थं ददर्श ॥ २ ॥

Par la pleine maturité de son yoga, dans le lotus de son cœur brillait la forme du Seigneur, éclatante comme l’éclair; soudain elle disparut. Dhruva en fut bouleversé et sa méditation se rompit; mais dès qu’il ouvrit les yeux, il vit le Seigneur Suprême présent en personne au-dehors, tel qu’il Le voyait dans son cœur.

Verse 3

तद्दर्शनेनागतसाध्वस: क्षिता- ववन्दताङ्गं विनमय्य दण्डवत् । द‍ृग्भ्यां प्रपश्यन् प्रपिबन्निवार्भक- श्चुम्बन्निवास्येन भुजैरिवाश्लिषन् ॥ ३ ॥

En voyant le Seigneur devant lui, Dhruva Mahārāja fut saisi d’émotion dévotionnelle et se prosterna à terre, tel un bâton, offrant ses hommages. Dans l’extase de l’amour divin, il Le regardait comme s’il buvait le Seigneur de ses yeux, baisait Ses pieds de lotus de sa bouche et L’étreignait de ses bras.

Verse 4

स तं विवक्षन्तमतद्विदं हरि- र्ज्ञात्वास्य सर्वस्य च हृद्यवस्थित: । कृताञ्जलिं ब्रह्ममयेन कम्बुना पस्पर्श बालं कृपया कपोले ॥ ४ ॥

Bien que Dhruva Mahārāja fût un enfant, il voulait adresser des prières au Seigneur Suprême dans un langage digne; mais, par inexpérience, il ne put s’y ajuster aussitôt. Hari, établi dans le cœur de tous, comprit sa gêne. Par miséricorde sans cause, Il toucha le front/la joue du garçon, debout les mains jointes, avec Sa conque spirituelle.

Verse 5

स वै तदैव प्रतिपादितां गिरं दैवीं परिज्ञातपरात्मनिर्णय: । तं भक्तिभावोऽभ्यगृणादसत्वरं परिश्रुतोरुश्रवसं ध्रुवक्षिति: ॥ ५ ॥

À cet instant même, Dhruva Mahārāja reçut une parole divine et connut la conclusion védique, avec la certitude concernant le Paramātmā et la Vérité Absolue. Suivant la voie de la bhakti envers Śrī Hari, dont la gloire retentit partout, Dhruva —destiné à obtenir le Dhruvaloka impérissable même lors de la dissolution— offrit des prières calmes, mûries et décisives.

Verse 6

ध्रुव उवाच योऽन्त: प्रविश्य मम वाचमिमां प्रसुप्तां सञ्जीवयत्यखिलशक्तिधर: स्वधाम्ना । अन्यांश्च हस्तचरणश्रवणत्वगादीन् प्राणान्नमो भगवते पुरुषाय तुभ्यम् ॥ ६ ॥

Dhruva dit : Ô mon Seigneur, Tu es tout-puissant. En entrant en moi, Tu ranimes ma parole assoupie, ainsi que mes mains, mes pieds, l’ouïe, le toucher et tous les sens, avec le souffle vital, par la splendeur de Ta propre demeure. Je T’offre mes hommages, ô Bhagavān, Personne Suprême.

Verse 7

एकस्त्वमेव भगवन्निदमात्मशक्त्या मायाख्ययोरुगुणया महदाद्यशेषम् । सृष्ट्वानुविश्य पुरुषस्तदसद्गुणेषु नानेव दारुषु विभावसुवद्विभासि ॥ ७ ॥

Ô Bhagavān, Tu es l’Unique Suprême; par Ta propre śakti, la māyā aux vastes guṇa, Tu crées le mahattattva et l’univers entier. Puis, en tant que Puruṣa, Tu y entres comme Paramātmā, et selon les guṇa passagers de la nature Tu te manifestes en maintes formes, tel le feu qui, entrant dans des bois de formes diverses, flamboie de mille éclats.

Verse 8

त्वद्दत्तया वयुनयेदमचष्ट विश्वं सुप्तप्रबुद्ध इव नाथ भवत्प्रपन्न: । तस्यापवर्ग्यशरणं तव पादमूलं विस्मर्यते कृतविदा कथमार्तबन्धो ॥ ८ ॥

Ô Nātha, par la connaissance que Tu accordes, Brahmā, abandonné à Toi, voit cet univers comme un homme qui s’éveille du sommeil et discerne aussitôt son devoir. La racine de Tes pieds de lotus est l’unique refuge de ceux qui aspirent à la délivrance, et Tu es l’ami des affligés; comment un sage au savoir parfait pourrait-il T’oublier ?

Verse 9

नूनं विमुष्टमतयस्तव मायया ते ये त्वां भवाप्ययविमोक्षणमन्यहेतो: । अर्चन्ति कल्पकतरुं कुणपोपभोग्य- मिच्छन्ति यत्स्पर्शजं निरयेऽपि नृणाम् ॥ ९ ॥

Ceux qui T’adorent seulement pour la jouissance de ce « sac de peau » sont assurément abusés par Ta māyā. Bien qu’ils T’aient, Toi, tel un arbre à souhaits et cause de délivrance de la naissance et de la mort, les insensés (comme moi) Te demandent des dons pour la satisfaction des sens, chose que même ceux qui vivent en état infernal peuvent obtenir.

Verse 10

या निर्वृतिस्तनुभृतां तव पादपद्म ध्यानाद्भवज्जनकथाश्रवणेन वा स्यात् । सा ब्रह्मणि स्वमहिमन्यपि नाथ मा भूत् किं त्वन्तकासिलुलितात्पततां विमानात् ॥ १० ॥

Ô Nātha, la béatitude transcendante que les êtres incarnés goûtent en méditant Tes pieds de lotus ou en écoutant Tes gloires de la bouche des dévots purs est sans limite; elle dépasse le brahmānanda où l’on se croit fondu dans le Brahman impersonnel. Si le brahmānanda est vaincu par la joie de la bhakti, que dire du plaisir passager des cieux, tranché par l’épée du temps et achevé par la chute, comme d’un vimāna ?

Verse 11

भक्तिं मुहु: प्रवहतां त्वयि मे प्रसङ्गो भूयादनन्त महताममलाशयानाम् । येनाञ्जसोल्बणमुरुव्यसनं भवाब्धिं नेष्ये भवद्गुणकथामृतपानमत्त: ॥ ११ ॥

Dhruva Mahārāja dit : Ô Seigneur Ananta, accorde-moi la compagnie des grands dévots au cœur immaculé, dont la bhakti aimante envers Toi s’écoule sans cesse comme les vagues d’un fleuve. Par ce chemin de dévotion, je traverserai sûrement l’océan de l’existence matérielle, rempli de vagues de périls brûlants comme le feu, car je m’enivre en buvant le nectar des récits de Tes qualités et de Tes līlā éternelles.

Verse 12

ते न स्मरन्त्यतितरां प्रियमीश मर्त्यं ये चान्वद: सुतसुहृद्गृहवित्तदारा: । ये त्वब्जनाभ भवदीयपदारविन्द सौगन्ध्यलुब्धहृदयेषु कृतप्रसङ्गा: ॥ १२ ॥

Ô Seigneur au nombril de lotus ! Celui qui s’associe à un dévot dont le cœur convoite sans cesse le parfum de Tes pieds de lotus ne s’attache plus au corps ni aux liens du corps—enfants, amis, demeure, richesse et épouse—si chers aux matérialistes ; il n’en fait aucun cas.

Verse 13

तिर्यङ्‌नगद्विजसरीसृपदेवदैत्य मर्त्यादिभि: परिचितं सदसद्विशेषम् । रूपं स्थविष्ठमज ते महदाद्यनेकं नात: परं परम वेद्मि न यत्र वाद: ॥ १३ ॥

Mon Seigneur, ô Suprême Inengendré : je sais que les innombrables êtres—animaux, arbres, oiseaux, reptiles, dieux, démons et humains—se déploient dans l’univers par l’énergie matérielle totale, tantôt manifestés, tantôt non manifestés. Mais la forme suprême que je contemple en Toi à présent, je ne l’avais jamais connue ; ici s’achèvent toutes les spéculations.

Verse 14

कल्पान्त एतदखिलं जठरेण गृह्णन् शेते पुमान्स्वद‍ृगनन्तसखस्तदङ्के । यन्नाभिसिन्धुरुहकाञ्चनलोकपद्म- गर्भे द्युमान्भगवते प्रणतोऽस्मि तस्मै ॥ १४ ॥

Mon Seigneur, à la fin de chaque kalpa, Garbhodakaśāyī Viṣṇu résorbe dans Son ventre tout ce qui est manifesté dans l’univers et repose sur les genoux d’Ananta Śeṣa. De Son nombril jaillit un lotus d’or, et sur ce lotus naît Brahmā. Je comprends que Tu es ce même Dieu suprême ; c’est pourquoi je T’offre mes respectueuses prosternations.

Verse 15

त्वं नित्यमुक्तपरिशुद्धविबुद्ध आत्मा कूटस्थ आदिपुरुषो भगवांस्त्र्यधीश: । यद्बुद्ध्यवस्थितिमखण्डितया स्वद‍ृष्टय‍ा द्रष्टा स्थितावधिमखो व्यतिरिक्त आस्से ॥ १५ ॥

Mon Seigneur : Tu es l’Âtman éternellement libéré, parfaitement pur et pleinement éveillé ; le Paramātmā immuable, l’Être primordial, Bhagavān comblé des six opulences, et le Maître éternel des trois guṇas. Par Ton regard transcendantal ininterrompu, Tu es le témoin suprême de tous les états de l’intelligence. En tant que Viṣṇu, Tu soutiens les affaires de l’univers, tout en demeurant à l’écart, jouissant des fruits de tous les sacrifices.

Verse 16

यस्मिन्विरुद्धगतयो ह्यनिशं पतन्ति विद्यादयो विविधशक्तय आनुपूर्व्यात् । तद्ब्रह्म विश्वभवमेकमनन्तमाद्य- मानन्दमात्रमविकारमहं प्रपद्ये ॥ १६ ॥

Mon Seigneur, dans Ta manifestation impersonnelle en tant que Brahman, deux éléments opposés—connaissance et ignorance—se présentent sans cesse, et Tes énergies multiples se déploient continuellement. Ce Brahman, un et indivis, originel, immuable, illimité et fait de pure félicité, est la cause de la manifestation du monde. Puisque Tu es ce même Brahman, je T’offre mes respectueuses prosternations.

Verse 17

सत्याशिषो हि भगवंस्तव पादपद्म- माशीस्तथानुभजत: पुरुषार्थमूर्ते: । अप्येवमर्य भगवान्परिपाति दीनान् वाश्रेव वत्सकमनुग्रहकातरोऽस्मान् ॥ १७ ॥

Ô Seigneur Bhagavān, Tu es la source suprême des bénédictions véritables, la personnification de tous les buts de l’existence. Pour celui qui Te sert avec une bhakti sans autre désir, adorer Tes pieds de lotus est plus élevé que régner sur un royaume. À des dévots ignorants comme moi, Tu accordes une miséricorde sans cause, tel une vache qui nourrit et protège son veau nouveau-né.

Verse 18

मैत्रेय उवाच अथाभिष्टुत एवं वै सत्सङ्कल्पेन धीमता । भृत्यानुरक्तो भगवान् प्रतिनन्द्येदमब्रवीत् ॥ १८ ॥

Maitreya dit : Ô Vidura, lorsque Dhruva Mahārāja, animé d’une intention pure et d’une intelligence claire, eut achevé sa prière, Bhagavān, plein d’affection pour Ses dévots et serviteurs, le félicita et parla ainsi.

Verse 19

श्रीभगवानुवाच वेदाहं ते व्यवसितं हृदि राजन्यबालक । तत्प्रयच्छामि भद्रं ते दुरापमपि सुव्रत ॥ १९ ॥

Bhagavān dit : Cher Dhruva, fils du roi, Je connais la résolution et le désir qui sont dans ton cœur. Que la bonne fortune soit sur toi, ô toi aux vœux purs. Même si cela est difficile à obtenir, Je t’en accorderai l’accomplissement.

Verse 20

नान्यैरधिष्ठितं भद्र यद्भ्राजिष्णु ध्रुवक्षिति । यत्र ग्रहर्क्षताराणां ज्योतिषां चक्रमाहितम् ॥ २० ॥ मेढ्यां गोचक्रवत्स्थास्‍नु परस्तात्कल्पवासिनाम् । धर्मोऽग्नि: कश्यप: शुक्रो मुनयो ये वनौकस: । चरन्ति दक्षिणीकृत्य भ्रमन्तो यत्सतारका: ॥ २१ ॥

Le Seigneur poursuivit : Ô Dhruva, Je t’accorderai l’astre lumineux nommé Dhruvaloka, le pôle céleste, qui subsistera même après la dissolution à la fin d’un kalpa. Nul ne l’a jamais gouverné ; autour de lui est établi le cercle des planètes, des constellations et des étoiles. Tous les luminaires le contournent, comme des bœufs tournent autour d’un pieu central pour fouler le grain. Le gardant à leur droite, les étoiles où résident de grands sages tels que Dharma, Agni, Kaśyapa et Śukra le circumambulent sans cesse.

Verse 21

नान्यैरधिष्ठितं भद्र यद्भ्राजिष्णु ध्रुवक्षिति । यत्र ग्रहर्क्षताराणां ज्योतिषां चक्रमाहितम् ॥ २० ॥ मेढ्यां गोचक्रवत्स्थास्‍नु परस्तात्कल्पवासिनाम् । धर्मोऽग्नि: कश्यप: शुक्रो मुनयो ये वनौकस: । चरन्ति दक्षिणीकृत्य भ्रमन्तो यत्सतारका: ॥ २१ ॥

Le Seigneur poursuivit : Ô Dhruva, Je t’accorderai l’astre lumineux nommé Dhruvaloka, le pôle céleste, qui subsistera même après la dissolution à la fin d’un kalpa. Nul ne l’a jamais gouverné ; autour de lui est établi le cercle des planètes, des constellations et des étoiles. Tous les luminaires le contournent, comme des bœufs tournent autour d’un pieu central pour fouler le grain. Le gardant à leur droite, les étoiles où résident de grands sages tels que Dharma, Agni, Kaśyapa et Śukra le circumambulent sans cesse.

Verse 22

प्रस्थिते तु वनं पित्रा दत्त्वा गां धर्मसंश्रय: । षट्-त्रिंशद्वर्षसाहस्रं रक्षिताव्याहतेन्द्रिय: ॥ २२ ॥

Lorsque ton père partira pour la forêt et te remettra la souveraineté du royaume, toi, établi dans le dharma, tu régneras sans interruption sur toute la terre durant trente-six mille ans. Tes sens demeureront aussi puissants qu’aujourd’hui, et la vieillesse ne t’atteindra pas.

Verse 23

त्वद्भ्रातर्युत्तमे नष्टे मृगयायां तु तन्मना: । अन्वेषन्ती वनं माता दावाग्निं सा प्रवेक्ष्यति ॥ २३ ॥

Dans l’avenir, ton frère Uttama ira chasser dans la forêt; l’esprit absorbé par la chasse, il sera tué. Ta belle-mère Suruci, rendue folle par la mort de son fils, ira le chercher dans la forêt, mais sera dévorée par un feu de brousse.

Verse 24

इष्ट्वा मां यज्ञहृदयं यज्ञै: पुष्कलदक्षिणै: । भुक्त्वा चेहाशिष: सत्या अन्ते मां संस्मरिष्यसि ॥ २४ ॥

Je suis le cœur de tous les sacrifices. Tu pourras accomplir de nombreux grands yajñas, accompagnés de dons et d’aumônes abondants, en M’adorant. Ainsi tu jouiras en cette vie de bénédictions véritables, et à l’ultime instant tu pourras te souvenir de Moi.

Verse 25

ततो गन्तासि मत्स्थानं सर्वलोकनमस्कृतम् । उपरिष्टाद‍ृषिभ्यस्त्वं यतो नावर्तते गत: ॥ २५ ॥

Ensuite, après avoir quitté cette vie dans ce corps, tu iras vers Ma demeure, à laquelle les habitants de tous les mondes rendent hommage. Elle se situe au-dessus des planètes des sept ṛṣis; une fois parvenu là, tu n’auras plus à revenir en ce monde matériel.

Verse 26

मैत्रेय उवाच इत्यर्चित: स भगवानतिदिश्यात्मन: पदम् । बालस्य पश्यतो धाम स्वमगाद्गरुडध्वज: ॥ २६ ॥

Maitreya dit : Ainsi, après avoir été adoré et honoré par l’enfant Dhruva, et après lui avoir accordé Sa propre demeure, le Seigneur Viṣṇu, portant l’étendard de Garuḍa, retourna à Son dhāma tandis que Dhruva regardait.

Verse 27

सोऽपि सङ्कल्पजं विष्णो: पादसेवोपसादितम् । प्राप्य सङ्कल्पनिर्वाणं नातिप्रीतोऽभ्यगात्पुरम् ॥ २७ ॥

Bien qu’il eût obtenu le fruit de sa résolution en servant les pieds de lotus de Viṣṇu, Dhruva Mahārāja n’en fut pas pleinement réjoui; ainsi retourna-t-il dans sa cité.

Verse 28

विदुर उवाच सुदुर्लभं यत्परमं पदं हरे- र्मायाविनस्तच्चरणार्चनार्जितम् । लब्ध्वाप्यसिद्धार्थमिवैकजन्मना कथं स्वमात्मानममन्यतार्थवित् ॥ २८ ॥

Vidura demanda : Cher brāhmaṇa, la demeure suprême de Hari est très difficile à atteindre; on ne l’obtient que par la bhakti pure, l’adoration de Ses pieds. Dhruva l’a obtenue en une seule vie et il était sage; pourquoi donc n’en fut-il pas satisfait ?

Verse 29

मैत्रेय उवाच मातु: सपत्‍न्या वाग्बाणैर्हृदि विद्धस्तु तान् स्मरन् । नैच्छन्मुक्तिपतेर्मुक्तिं तस्मात्तापमुपेयिवान् ॥ २९ ॥

Maitreya répondit : Le cœur de Dhruva, transpercé par les flèches des paroles dures de sa belle-mère, s’en souvenait; ainsi il ne demanda même pas la libération au Seigneur de la délivrance. Quand Bhagavān se manifesta devant lui, il eut honte des requêtes matérielles qu’il portait en son esprit.

Verse 30

ध्रुव उवाच समाधिना नैकभवेन यत्पदं विदु: सनन्दादय ऊर्ध्वरेतस: । मासैरहं षड्‌भिरमुष्य पादयो- श्छायामुपेत्यापगत: पृथङ्‍मति: ॥ ३० ॥

Dhruva se dit : Se tenir sous l’ombre des pieds de lotus du Seigneur n’est pas chose ordinaire; même les grands brahmacārīs tels que Sanandana n’y parviennent qu’après de nombreuses naissances en samādhi. Moi, en six mois, j’ai obtenu ce refuge, mais, pensant autrement que le Seigneur, je suis tombé de ma position.

Verse 31

अहो बत ममानात्म्यं मन्दभाग्यस्य पश्यत । भवच्छिद: पादमूलं गत्वायाचे यदन्तवत् ॥ ३१ ॥

Hélas ! Voyez l’égarement de ce malchanceux que je suis. Je suis allé aux pieds de lotus du Seigneur, qui tranche aussitôt la chaîne des naissances et des morts, et pourtant, par sottise, j’ai prié pour des choses périssables.

Verse 32

मतिर्विदूषिता देवै: पतद्‌भिरसहिष्णुभि: । यो नारदवचस्तथ्यं नाग्राहिषमसत्तम: ॥ ३२ ॥

Même les demi-dieux des sphères supérieures doivent redescendre; ils jalousent donc mon élévation à Vaikuṇṭha par la bhakti. Ces devas intolérants ont troublé mon intelligence; c’est pour cela seul que je n’ai pu recevoir la bénédiction authentique des instructions véridiques du sage Nārada.

Verse 33

दैवीं मायामुपाश्रित्य प्रसुप्त इव भिन्नद‍ृक् । तप्ये द्वितीयेऽप्यसति भ्रातृभ्रातृव्यहृद्रुजा ॥ ३३ ॥

J’étais sous l’emprise de l’énergie illusoire divine; ignorant la réalité, je dormais comme sur ses genoux. Avec une vision de dualité, j’ai vu mon frère comme un ennemi et je me suis affligé à tort dans mon cœur, pensant : «Ils sont mes ennemis.»

Verse 34

मयैतत्प्रार्थितं व्यर्थं चिकित्सेव गतायुषि । प्रसाद्य जगदात्मानं तपसा दुष्प्रसादनम् । भवच्छिदमयाचेऽहं भवं भाग्यविवर्जित: ॥ ३४ ॥

Ce que j’ai demandé était vain, comme un traitement pour quelqu’un déjà mort. Bien que par mon austérité j’aie satisfait l’Âme de l’univers, si difficile à contenter, moi, infortuné, malgré la rencontre du Seigneur qui tranche le lien de la naissance et de la mort, j’ai prié de nouveau pour les mêmes conditions matérielles.

Verse 35

वाराज्यं यच्छतो मौढ्यान्मानो मे भिक्षितो बत । ईश्वरात्क्षीणपुण्येन फलीकारानिवाधन: ॥ ३५ ॥

Par ma totale sottise et la faiblesse de mes mérites, bien que le Seigneur m’offrît Son service personnel, je n’ai désiré que nom, renommée et prospérité matérielle. Je suis comme le pauvre qui, ayant satisfait un grand empereur prêt à tout lui donner, demande par ignorance seulement quelques grains brisés de riz décortiqué.

Verse 36

मैत्रेय उवाच न वै मुकुन्दस्य पदारविन्दयोरजोजुषस्तात भवाद‍ृशा जना: । वाञ्छन्ति तद्दास्यमृतेऽर्थमात्मनोयद‍ृच्छया लब्धमन:समृद्धय: ॥ ३६ ॥

Le grand sage Maitreya poursuivit : Cher Vidura, des personnes comme toi, dévots purs des pieds de lotus de Mukunda, toujours attachés au miel de Ses pieds, se contentent de servir aux pieds du Seigneur. En toute condition de vie, ils demeurent satisfaits; ainsi ne demandent-ils jamais la prospérité matérielle.

Verse 37

आकर्ण्यात्मजमायान्तं सम्परेत्य यथागतम् । राजा न श्रद्दधे भद्रमभद्रस्य कुतो मम ॥ ३७ ॥

En apprenant que son fils Dhruva revenait, comme revenu à la vie après la mort, le roi Uttānapāda ne put croire à ce message. Se jugeant le plus misérable, il se dit : «Comment un tel bonheur sacré pourrait-il m’échoir ?»

Verse 38

श्रद्धाय वाक्यं देवर्षेर्हर्षवेगेन धर्षित: । वार्ताहर्तुरतिप्रीतो हारं प्रादान्महाधनम् ॥ ३८ ॥

Bien qu’il ne pût croire les paroles du messager, il avait une foi entière dans la parole du devarṣi Nārada. Submergé par l’élan de joie à cette nouvelle, il offrit aussitôt au porteur du message un collier d’une valeur immense, dans une grande satisfaction.

Verse 39

सदश्वं रथमारुह्य कार्तस्वरपरिष्कृतम् । ब्राह्मणै: कुलवृद्धैश्च पर्यस्तोऽमात्यबन्धुभि: ॥ ३९ ॥ शङ्खदुन्दुभिनादेन ब्रह्मघोषेण वेणुभि: । निश्चक्राम पुरात्तूर्णमात्मजाभीक्षणोत्सुक: ॥ ४० ॥

Alors le roi Uttānapāda monta sur un char attelé de chevaux d’élite, orné de filigranes d’or. Il était entouré de brāhmaṇas savants, des anciens de sa lignée, d’officiers, de ministres et d’amis proches. Au son propice des conques, des tambours, des flûtes et du chant des mantras védiques, il quitta la cité en hâte, brûlant de revoir le visage de son fils.

Verse 40

सदश्वं रथमारुह्य कार्तस्वरपरिष्कृतम् । ब्राह्मणै: कुलवृद्धैश्च पर्यस्तोऽमात्यबन्धुभि: ॥ ३९ ॥ शङ्खदुन्दुभिनादेन ब्रह्मघोषेण वेणुभि: । निश्चक्राम पुरात्तूर्णमात्मजाभीक्षणोत्सुक: ॥ ४० ॥

Alors le roi Uttānapāda monta sur un char attelé de chevaux d’élite, orné de filigranes d’or. Il était entouré de brāhmaṇas savants, des anciens de sa lignée, d’officiers, de ministres et d’amis proches. Au son propice des conques, des tambours, des flûtes et du chant des mantras védiques, il quitta la cité en hâte, brûlant de revoir le visage de son fils.

Verse 41

सुनीति: सुरुचिश्चास्य महिष्यौ रुक्‍मभूषिते । आरुह्य शिबिकां सार्धमुत्तमेनाभिजग्मतु: ॥ ४१ ॥

Les deux reines du roi, Sunīti et Suruci, parées d’ornements d’or, montèrent dans une litière avec l’autre fils, Uttama, et prirent part au cortège.

Verse 42

तं द‍ृष्ट्वोपवनाभ्याश आयान्तं तरसा रथात् । अवरुह्य नृपस्तूर्णमासाद्य प्रेमविह्वल: ॥ ४२ ॥ परिरेभेऽङ्गजं दोर्भ्यां दीर्घोत्कण्ठमना: श्वसन् । विष्वक्सेनाङ्‌घ्रिसंस्पर्शहताशेषाघबन्धनम् ॥ ४३ ॥

Voyant Dhruva Mahārāja s’approcher en hâte du petit bois voisin, le roi Uttānapāda descendit aussitôt de son char. Après une longue attente, le cœur bouleversé d’amour, il courut à sa rencontre et, haletant, serra son fils dans ses deux bras. Mais Dhruva n’était plus comme auparavant : touché par les pieds de lotus du Seigneur Suprême, Viśvaksena, tous ses liens de péché avaient été anéantis, et il était entièrement sanctifié.

Verse 43

तं द‍ृष्ट्वोपवनाभ्याश आयान्तं तरसा रथात् । अवरुह्य नृपस्तूर्णमासाद्य प्रेमविह्वल: ॥ ४२ ॥ परिरेभेऽङ्गजं दोर्भ्यां दीर्घोत्कण्ठमना: श्वसन् । विष्वक्सेनाङ्‌घ्रिसंस्पर्शहताशेषाघबन्धनम् ॥ ४३ ॥

En voyant Dhruva, le roi Uttānapāda, bouleversé d’amour, descendit du char et s’avança aussitôt. Dans l’élan d’une longue attente, il l’enlaça de ses deux bras, haletant. Mais Dhruva n’était plus comme autrefois : ayant touché les pieds de lotus de Bhagavān Viśvaksena, tous les liens du péché avaient été rompus, et il était purifié par son progrès spirituel.

Verse 44

अथाजिघ्रन्मुहुर्मूर्ध्नि शीतैर्नयनवारिभि: । स्‍नापयामास तनयं जातोद्दाममनोरथ: ॥ ४४ ॥

Alors, la réunion avec Dhruva Mahārāja combla le désir longtemps chéri du roi Uttānapāda. C’est pourquoi il respira maintes fois le sommet de la tête de Dhruva et baigna son fils de flots de larmes très froides jaillissant de ses yeux.

Verse 45

अभिवन्द्य पितु: पादावाशीर्भिश्चाभिमन्त्रित: । ननाम मातरौ शीर्ष्णा सत्कृत: सज्जनाग्रणी: ॥ ४५ ॥

Puis Dhruva Mahārāja, le plus éminent des nobles, offrit d’abord ses hommages aux pieds de son père et reçut ses bénédictions. Ensuite, honoré par lui, il inclina la tête et se prosterna aussi aux pieds de ses deux mères.

Verse 46

सुरुचिस्तं समुत्थाप्य पादावनतमर्भकम् । परिष्वज्याह जीवेति बाष्पगद्गदया गिरा ॥ ४६ ॥

Suruci, la mère cadette de Dhruva Mahārāja, voyant l’enfant innocent se prosterner à ses pieds, le releva aussitôt, l’enlaça de ses mains et, la voix brisée par des larmes d’émotion, le bénit : «Mon enfant, puisses-tu vivre longtemps !»

Verse 47

यस्य प्रसन्नो भगवान् गुणैर्मैत्र्यादिभिर्हरि: । तस्मै नमन्ति भूतानि निम्नमाप इव स्वयम् ॥ ४७ ॥

Celui en qui le Seigneur Hari se réjouit grâce à des qualités telles que l’amitié, tous les êtres l’honorent d’eux-mêmes, comme l’eau qui, par nature, s’écoule vers le bas.

Verse 48

उत्तमश्च ध्रुवश्चोभावन्योन्यं प्रेमविह्वलौ । अङ्गसङ्गादुत्पुलकावस्रौघं मुहुरूहतु: ॥ ४८ ॥

Uttama et Dhruva, les deux frères, furent bouleversés par l’amour réciproque. En s’étreignant, leurs poils se hérissèrent et, maintes fois, ils versèrent des flots de larmes.

Verse 49

सुनीतिरस्य जननी प्राणेभ्योऽपि प्रियं सुतम् । उपगुह्य जहावाधिं तदङ्गस्पर्शनिर्वृता ॥ ४९ ॥

Sunīti, la véritable mère de Dhruva Mahārāja, serra dans ses bras son fils, plus cher que sa propre vie. Comblée par le contact de son corps, elle oublia toute peine matérielle.

Verse 50

पय: स्तनाभ्यां सुस्राव नेत्रजै: सलिलै: शिवै: । तदाभिषिच्यमानाभ्यां वीर वीरसुवो मुहु: ॥ ५० ॥

Ô Vidura, Sunīti, mère d’un grand héros, laissa couler le lait de ses seins et des larmes de bon augure de ses yeux. Par ces deux flots, tout le corps de Dhruva Mahārāja fut maintes fois mouillé : c’était un signe hautement propice.

Verse 51

तां शशंसुर्जना राज्ञीं दिष्टय‍ा ते पुत्र आर्तिहा । प्रतिलब्धश्चिरं नष्टो रक्षिता मण्डलं भुव: ॥ ५१ ॥

Les habitants du palais louèrent la reine : «Quelle fortune, ô reine ! Ton fils est celui qui dissipe la détresse. Longtemps perdu, le voilà retrouvé ; il semble donc qu’il pourra te protéger longtemps et mettre fin à tes peines matérielles».

Verse 52

अभ्यर्चितस्त्वया नूनं भगवान्‌प्रणतार्तिहा । यदनुध्यायिनो धीरा मृत्युं जिग्यु: सुदुर्जयम् ॥ ५२ ॥

Ô Reine, tu as certainement adoré le Bhagavān, Celui qui dissipe la détresse des dévots réfugiés en Lui; les sages qui Le méditent sans cesse triomphent même de la mort, si difficile à vaincre, et dépassent la naissance et la mort.

Verse 53

लाल्यमानं जनैरेवं ध्रुवं सभ्रातरं नृप: । आरोप्य करिणीं हृष्ट: स्तूयमानोऽविशत्पुरम् ॥ ५३ ॥

Ainsi, tandis que la foule comblait Dhruva et son frère d’éloges affectueux, le roi fut transporté de joie; il les fit asseoir sur le dos d’une éléphante et, au milieu des louanges de tous, entra dans sa capitale.

Verse 54

तत्र तत्रोपसंक्लृप्तैर्लसन्मकरतोरणै: । सवृन्दै: कदलीस्तम्भै: पूगपोतैश्च तद्विधै: ॥ ५४ ॥

Dans toute la cité, on avait dressé çà et là des portiques étincelants en forme de makara; des colonnes de bananiers avec leurs régimes, ainsi que des palmiers d’arec aux feuilles et branches, ornaient les lieux.

Verse 55

चूतपल्लववास:स्रङ्‍मुक्तादामविलम्बिभि: । उपस्कृतं प्रतिद्वारमपां कुम्भै: सदीपकै: ॥ ५५ ॥

À chaque porte brûlaient des lampes et l’on avait placé de grandes jarres d’eau; les portails étaient ornés d’étoffes multicolores, de guirlandes de fleurs, de colliers de perles et de feuilles de manguier suspendues.

Verse 56

प्राकारैर्गोपुरागारै: शातकुम्भपरिच्छदै: । सर्वतोऽलड़्क़ृतं श्रीमद्विमानशिखरद्युभि: ॥ ५६ ॥

Dans la capitale, remparts, portes et palais étaient déjà d’une grande beauté; en cette occasion, tout fut orné de parures d’or. Les dômes des palais étincelaient, tout comme les sommets des vimānas célestes planant au-dessus de la cité.

Verse 57

मृष्टचत्वररथ्याट्टमार्गं चन्दनचर्चितम् । लाजाक्षतै: पुष्पफलैस्तण्डुलैर्बलिभिर्युतम् ॥ ५७ ॥

Les places, ruelles, rues et estrades aux carrefours de la cité furent soigneusement nettoyées et aspergées d’eau parfumée au santal; puis l’on y répandit partout des grains de bon augure, des fleurs, des fruits et maintes offrandes propices.

Verse 58

ध्रुवाय पथि द‍ृष्टाय तत्र तत्र पुरस्त्रिय: । सिद्धार्थाक्षतदध्यम्बुदूर्वापुष्पफलानि च ॥ ५८ ॥ उपजह्रु: प्रयुञ्जाना वात्सल्यादाशिष: सती: । श‍ृण्वंस्तद्वल्गुगीतानि प्राविशद्भवनं पितु: ॥ ५९ ॥

Lorsque Dhruva Mahārāja passait sur la route, les douces femmes du voisinage accouraient de partout pour le voir; par tendresse maternelle elles le bénissaient en répandant moutarde blanche, orge, caillé, eau, herbe dūrvā nouvelle, fruits et fleurs. Entendant leurs chants gracieux, Dhruva entra dans le palais de son père.

Verse 59

ध्रुवाय पथि द‍ृष्टाय तत्र तत्र पुरस्त्रिय: । सिद्धार्थाक्षतदध्यम्बुदूर्वापुष्पफलानि च ॥ ५८ ॥ उपजह्रु: प्रयुञ्जाना वात्सल्यादाशिष: सती: । श‍ृण्वंस्तद्वल्गुगीतानि प्राविशद्भवनं पितु: ॥ ५९ ॥

Lorsque Dhruva Mahārāja passait sur la route, les douces femmes du voisinage accouraient de partout pour le voir; par tendresse maternelle elles le bénissaient en répandant moutarde blanche, orge, caillé, eau, herbe dūrvā nouvelle, fruits et fleurs. Entendant leurs chants gracieux, Dhruva entra dans le palais de son père.

Verse 60

महामणिव्रातमये स तस्मिन्भवनोत्तमे । लालितो नितरां पित्रा न्यवसद्दिवि देववत् ॥ ६० ॥

Dhruva Mahārāja vécut ensuite dans le palais éminent de son père, dont les murs étaient ornés de joyaux très précieux. Son père, plein d’affection, prit grand soin de lui, et Dhruva y demeura comme les devas dans leurs palais des sphères supérieures.

Verse 61

पय:फेननिभा: शय्या दान्ता रुक्‍मपरिच्छदा: । आसनानि महार्हाणि यत्र रौक्‍मा उपस्करा: ॥ ६१ ॥

Dans ce palais, la literie était blanche comme l’écume du lait et d’une grande douceur. Les lits, en ivoire, étaient ornés d’or; et les sièges, bancs et autres meubles étaient d’or, d’un prix très élevé.

Verse 62

यत्र स्फटिककुड्येषु महामारकतेषु च । मणिप्रदीपा आभान्ति ललनारत्नसंयुता: ॥ ६२ ॥

Là, sur des murailles de cristal et de grand émeraude, étincelaient des ciselures de gemmes précieuses; des figures de belles femmes, tenant des lampes de joyaux, rayonnaient—ainsi le palais du roi resplendissait.

Verse 63

उद्यानानि च रम्याणि विचित्रैरमरद्रुमै: । कूजद्विहङ्गमिथुनैर्गायन्मत्तमधुव्रतै: ॥ ६३ ॥

La demeure du roi était entourée de jardins ravissants, où croissaient des arbres variés venus des mondes célestes; des couples d’oiseaux y chantaient, et des bourdons, ivres de miel, bourdonnaient d’un son délicieux.

Verse 64

वाप्यो वैदूर्यसोपाना: पद्मोत्पलकुमुद्वती: । हंसकारण्डवकुलैर्जुष्टाश्चक्राह्वसारसै: ॥ ६४ ॥

Il y avait des bassins aux degrés de vaidūrya, remplis de lotus, d’utpala et de kumuda; on y voyait des cygnes, des kāraṇḍava, des cakravāka, des grues sārasa et d’autres oiseaux précieux.

Verse 65

उत्तानपादो राजर्षि: प्रभावं तनयस्य तम् । श्रुत्वा दृष्ट्वाद्भुततमं प्रपेदे विस्मयं परम् ॥ ६५ ॥

Le saint roi Uttānapāda, ayant entendu la gloire des actes de Dhruva Mahārāja et voyant de ses propres yeux son influence merveilleuse, fut saisi d’un étonnement suprême et d’une profonde satisfaction du cœur.

Verse 66

वीक्ष्योढवयसं तं च प्रकृतीनां च सम्मतम् । अनुरक्तप्रजं राजा ध्रुवं चक्रे भुव: पतिम् ॥ ६६ ॥

Lorsque le roi Uttānapāda vit que Dhruva Mahārāja était assez mûr pour assumer le royaume, que les ministres y les citoyens l’approuvaient et l’aimaient, il l’intronisa comme souverain de cette terre.

Verse 67

आत्मानं च प्रवयसमाकलय्य विशाम्पति: । वनं विरक्त: प्रातिष्ठद्विमृशन्नात्मनो गतिम् ॥ ६७ ॥

Considérant son grand âge et méditant au bien de son âme, le roi Uttānapāda, détaché des affaires mondaines, se retira dans la forêt.

Frequently Asked Questions

The conchshell touch signifies divine empowerment (anugraha) whereby the Lord removes incapacity and grants siddhi of expression aligned with siddhānta. Dhruva, though a child, becomes able to offer conclusive prayers because the Lord, as antaryāmī (indwelling Supersoul), activates his speech and reveals Vedic conclusion—illustrating that bhakti is not dependent on age or scholarship but on mercy.

Dhruva’s dissatisfaction is the symptom of purification: upon seeing the Supreme Lord, he recognizes the smallness of his earlier motive (revenge and prestige) compared to the Lord’s gift—service and liberation from saṁsāra. His remorse reflects the bhakta’s dawning vairāgya: material boons, even extraordinary ones like Dhruva-loka, appear insignificant beside unalloyed devotion and the Lord’s personal service.

Dhruva explicitly ranks the bliss of hearing and meditating on the Lord’s lotus feet above brahmānanda (impersonal absorption) and far above svarga, which ends under kāla (time). The teaching is that devotional bliss is unlimited because it is relationship-based (sevā and prema) with Bhagavān, whereas impersonal and heavenly attainments remain finite or reversible.

The chapter states that luminaries and star systems, including those associated with great sages (e.g., Dharma, Agni, Kaśyapa, Śukra), circumambulate the polestar, keeping it to their right. This depicts Dhruva-loka as a stable cosmic pivot and also symbolizes the devotee’s fixedness: Dhruva becomes a cosmic reference point due to steadfast devotion.