
Genealogies of Svāyambhuva Manu, the Appearance of Yajña, and Atri’s Sons (Brahmā–Viṣṇu–Śiva Expansions)
Maitreya poursuit son enseignement à Vidura, passant des récits antérieurs sur Svāyambhuva Manu à la diffusion concrète des lignées (vaṁśa). Les filles de Manu—Ākūti, Devahūti et Prasūti—épousent des lignées de prajāpatis, établissant le réseau social et cosmique des géniteurs. Ākūti et Ruci engendrent Yajña (incarnation de Viṣṇu, Seigneur du sacrifice) et Dakṣiṇā ; plus tard, Yajña devient Indra durant ce Manvantara, et ses fils deviennent les Tuṣitas. Le récit reprend ensuite les descendants des filles de Kardama, soulignant comment les rivières sacrées et certains traits cosmiques (Devakulyā, source céleste du Gaṅgā) sont liés au contact divin. La question théologique de Vidura au sujet des trois fils d’Atri mène aux austérités d’Atri et à l’apparition simultanée de Brahmā, Viṣṇu et Śiva, qui expliquent leur unité et accordent des expansions partielles sous la forme de Soma, Dattātreya et Durvāsā. Le chapitre s’élargit encore aux généalogies d’autres ṛṣis (Aṅgirā, Pulastya, Pulaha, Kratu, Vasiṣṭha, Bhṛgu) et s’achève en revenant à Dakṣa et Prasūti, préparant la tension Dakṣa–Śiva par le mariage de Satī et l’irrespect de Dakṣa envers Śiva, pont immédiat vers la suite des événements.
Verse 1
मैत्रेय उवाच मनोस्तु शतरूपायां तिस्र: कन्याश्च जज्ञिरे । आकूतिर्देवहूतिश्च प्रसूतिरिति विश्रुता: ॥ १ ॥
Śrī Maitreya dit : Svāyambhuva Manu eut de son épouse Śatarūpā trois filles, connues sous les noms d’Ākūti, Devahūti et Prasūti.
Verse 2
आकूतिं रुचये प्रादादपि भ्रातृमतीं नृप: । पुत्रिकाधर्ममाश्रित्य शतरूपानुमोदित: ॥ २ ॥
Le roi Svāyambhuva Manu, avec l’assentiment de Śatarūpā, bien qu’Ākūti eût des frères, la donna à Prajāpati Ruci selon le dharma de putrikā, à la condition que le fils né d’elle soit rendu à Manu comme son fils.
Verse 3
प्रजापति: स भगवान् रुचिस्तस्यामजीजनत् । मिथुनं ब्रह्मवर्चस्वी परमेण समाधिना ॥ ३ ॥
Prajāpati Ruci, puissant par ses qualités brahmaniques, par le samādhi suprême engendra en Ākūti un couple : un fils et une fille.
Verse 4
यस्तयो: पुरुष: साक्षाद्विष्णुर्यज्ञस्वरूपधृक् । या स्त्री सा दक्षिणा भूतेरंशभूतानपायिनी ॥ ४ ॥
Des deux enfants d’Ākūti, le fils fut directement le Seigneur Viṣṇu, portant la forme de Yajña; et la fille fut ‘Dakṣiṇā’, manifestation partielle de Śrī Lakṣmī, l’éternelle compagne du Seigneur.
Verse 5
आनिन्ये स्वगृहं पुत्र्या: पुत्रं विततरोचिषम् । स्वायम्भुवो मुदा युक्तो रुचिर्जग्राह दक्षिणाम् ॥ ५ ॥
Svāyambhuva Manu, tout joyeux, ramena chez lui le garçon resplendissant nommé Yajña, fils de sa fille; et Ruci, son gendre, garda auprès de lui Dakṣiṇā.
Verse 6
तां कामयानां भगवानुवाह यजुषां पति: । तुष्टायां तोषमापन्नोऽजनयद् द्वादशात्मजान् ॥ ६ ॥
Le Seigneur Yajña, maître des rites yajus, épousa Dakṣiṇā, qui désirait le Seigneur pour époux; et, satisfait d’elle, Il engendra en cette épouse douze fils.
Verse 7
तोष: प्रतोष: सन्तोषो भद्र: शान्तिरिडस्पति: । इध्म: कविर्विभु: स्वह्न: सुदेवो रोचनो द्विषट् ॥ ७ ॥
Les douze fils de Yajña et de Dakṣiṇā se nommaient : Toṣa, Pratoṣa, Santoṣa, Bhadra, Śānti, Iḍaspati, Idhma, Kavi, Vibhu, Svahna, Sudeva et Rocana.
Verse 8
तुषिता नाम ते देवा आसन्स्वायम्भुवान्तरे । मरीचिमिश्रा ऋषयो यज्ञ: सुरगणेश्वर: ॥ ८ ॥
Au temps du manvantara de Svāyambhuva Manu, ces fils devinrent les devas appelés Tuṣitas. Marīci fut le chef des ṛṣis, et Yajña devint le roi des devas, Indra.
Verse 9
प्रियव्रतोत्तानपादौ मनुपुत्रौ महौजसौ । तत्पुत्रपौत्रनप्तृणामनुवृत्तं तदन्तरम् ॥ ९ ॥
Les deux fils de Svāyambhuva Manu, Priyavrata et Uttānapāda, devinrent des rois d’une grande puissance; et, en ce temps-là, leurs fils, petits-fils et arrière-petits-fils se répandirent dans les trois mondes.
Verse 10
देवहूतिमदात्तात कर्दमायात्मजां मनु: । तत्सम्बन्धि श्रुतप्रायं भवता गदतो मम ॥ १० ॥
Mon cher fils, Svāyambhuva Manu remit sa très chère fille Devahūti au sage Kardama. Je t’ai déjà parlé de leur lien, et tu en as entendu presque tout le récit.
Verse 11
दक्षाय ब्रह्मपुत्राय प्रसूतिं भगवान्मनु: । प्रायच्छद्यत्कृत: सर्गस्त्रिलोक्यां विततो महान् ॥ ११ ॥
Svāyambhuva Manu donna sa fille Prasūti à Dakṣa, fils de Brahmā. Par la descendance de Dakṣa, la création s’étendit, et sa lignée se répandit dans les trois mondes.
Verse 12
या: कर्दमसुता: प्रोक्ता नव ब्रह्मर्षिपत्नय: । तासां प्रसूतिप्रसवं प्रोच्यमानं निबोध मे ॥ १२ ॥
Les neuf filles de Kardama Muni, déjà évoquées, furent données pour épouses à neuf brahmarṣis. À présent, je vais décrire la descendance issue de ces neuf filles; écoute-moi.
Verse 13
पत्नी मरीचेस्तु कला सुषुवे कर्दमात्मजा । कश्यपं पूर्णिमानं च ययोरापूरितं जगत् ॥ १३ ॥
Kalā, fille de Kardama Muni et épouse de Marīci, enfanta deux enfants : Kaśyapa et Pūrṇimā. Par leur descendance, le monde fut rempli en tous lieux.
Verse 14
पूर्णिमासूत विरजं विश्वगं च परन्तप । देवकुल्यां हरे: पादशौचाद्याभूत्सरिद्दिव: ॥ १४ ॥
Ô Vidura, des deux fils, Kaśyapa et Pūrṇimā, Pūrṇimā engendra trois enfants : Viraja, Viśvaga et Devakulyā. Parmi eux, Devakulyā fut l’eau sacrée qui lava les pieds de lotus de Śrī Hari et qui, plus tard, devint le fleuve Gaṅgā des mondes célestes.
Verse 15
अत्रे: पत्न्यनसूया त्रीञ्जज्ञे सुयशस: सुतान् । दत्तं दुर्वाससं सोममात्मेशब्रह्मसम्भवान् ॥ १५ ॥
Anasūyā, l’épouse du sage Atri, enfanta trois fils très illustres—Soma, Dattātreya et Durvāsā—qui étaient des manifestations partielles de Brahmā, Viṣṇu et Śiva. Soma était une part de Brahmā, Dattātreya une part de Viṣṇu, et Durvāsā une part de Śiva.
Verse 16
विदुर उवाच अत्रेर्गृहे सुरश्रेष्ठा: स्थित्युत्पत्त्यन्तहेतव: । किञ्चिच्चिकीर्षवो जाता एतदाख्याहि मे गुरो ॥ १६ ॥
Vidura dit : Ô maître, comment se fait-il que les trois divinités—Brahmā, Viṣṇu et Śiva—causes de la création, du maintien et de la dissolution de l’univers, soient devenues les fils de l’épouse du sage Atri ? Je t’en prie, éclaire-moi.
Verse 17
मैत्रेय उवाच ब्रह्मणा चोदित: सृष्टावत्रिर्ब्रह्मविदां वर: । सह पत्न्या ययावृक्षं कुलाद्रिं तपसि स्थित: ॥ १७ ॥
Maitreya dit : Lorsque le Seigneur Brahmā ordonna à Atri Muni, le meilleur des connaisseurs du Brahman, de faire naître des lignées après avoir épousé Anasūyā, Atri et son épouse se rendirent dans la vallée du mont nommé Ṛkṣa et s’y établirent dans de sévères austérités.
Verse 18
तस्मिन् प्रसूनस्तबकपलाशाशोककानने । वार्भि: स्रवद्भिरुद्घुष्टेनिर्विन्ध्याया: समन्तत: ॥ १८ ॥
Dans cette vallée de montagne s’étendait un bois paré de grappes de fleurs de palāśa et de nombreux arbres aśoka. Là coulait la rivière nommée Nirvindhyā, et le doux murmure des eaux tombant en cascade résonnait de toutes parts. C’est en ce lieu charmant que le couple parvint.
Verse 19
प्राणायामेन संयम्य मनो वर्षशतं मुनि: । अतिष्ठदेकपादेन निर्द्वन्द्वोऽनिलभोजन: ॥ १९ ॥
Là, le grand sage Atri, par le prāṇāyāma, maîtrisa son mental et réprima tout attachement ; affranchi des dualités, ne se nourrissant que d’air, il demeura debout sur une seule jambe durant cent ans.
Verse 20
शरणं तं प्रपद्येऽहं य एव जगदीश्वर: । प्रजामात्मसमां मह्यं प्रयच्छत्विति चिन्तयन् ॥ २० ॥
Il pensait : «Je prends refuge en le Seigneur de l’univers ; qu’Il daigne, satisfait, m’accorder un fils exactement semblable à Lui».
Verse 21
तप्यमानं त्रिभुवनं प्राणायामैधसाग्निना । निर्गतेन मुनेर्मूर्ध्न: समीक्ष्य प्रभवस्त्रय: ॥ २१ ॥
Tandis qu’Atri Muni accomplissait ces austérités extrêmes, un feu flamboyant, attisé par le prāṇāyāma comme combustible, jaillit de sa tête ; ce feu fut aperçu par les trois divinités principales des trois mondes.
Verse 22
अप्सरोमुनिगन्धर्वसिद्धविद्याधरोरगै: । वितायमानयशसस्तदाश्रमपदं ययु: ॥ २२ ॥
Alors les trois divinités s’approchèrent de l’ermitage d’Atri Muni, accompagnées des habitants célestes—apsaras, gandharvas, siddhas, vidyādharas et nāgas—et pénétrèrent dans l’āśrama du grand sage, renommé par ses austérités.
Verse 23
तत्प्रादुर्भावसंयोगविद्योतितमना मुनि: । उत्तिष्ठन्नेकपादेन ददर्श विबुधर्षभान् ॥ २३ ॥
À l’apparition conjointe des trois divinités, l’esprit du sage s’illumina de joie. Bien qu’il fût debout sur une seule jambe, en voyant ces dieux éminents, il s’avança vers eux, non sans peine, sur une seule jambe.
Verse 24
प्रणम्य दण्डवद्भूमावुपतस्थेऽर्हणाञ्जलि: । वृषहंससुपर्णस्थान् स्वै: स्वैश्चिह्नैश्च चिह्नितान् ॥ २४ ॥
Ensuite le sage se prosterna au sol comme un bâton, les mains jointes en offrande, et vénéra les trois divinités assises sur le taureau, le cygne et Garuḍa, portant leurs insignes.
Verse 25
कृपावलोकेन हसद्वदनेनोपलम्भितान् । तद्रोचिषा प्रतिहते निमील्य मुनिरक्षिणी ॥ २५ ॥
Atri Muni fut comblé en voyant leur regard de grâce et leurs visages souriants; ébloui par l’éclat de leurs corps, il ferma les yeux pour un instant.
Verse 26
चेतस्तत्प्रवणं युञ्जन्नस्तावीत्संहताञ्जलि: । श्लक्ष्णया सूक्तया वाचा सर्वलोकगरीयस: ॥ २६ ॥ अत्रिरुवाच विश्वोद्भवस्थितिलयेषु विभज्यमानै- र्मायागुणैरनुयुगं विगृहीतदेहा: । ते ब्रह्मविष्णुगिरिशा: प्रणतोऽस्म्यहं व-स्तेभ्य: क एव भवतां म इहोपहूत: ॥ २७ ॥
Bien que son cœur fût déjà tourné vers eux, le sage rassembla ses sens, joignit les mains et, d’une parole douce, commença à louer les divinités vénérées de tous les mondes.
Verse 27
चेतस्तत्प्रवणं युञ्जन्नस्तावीत्संहताञ्जलि: । श्लक्ष्णया सूक्तया वाचा सर्वलोकगरीयस: ॥ २६ ॥ अत्रिरुवाच विश्वोद्भवस्थितिलयेषु विभज्यमानै- र्मायागुणैरनुयुगं विगृहीतदेहा: । ते ब्रह्मविष्णुगिरिशा: प्रणतोऽस्म्यहं व-स्तेभ्य: क एव भवतां म इहोपहूत: ॥ २७ ॥
Atri dit : «Ô Brahmā, Viṣṇu et Girīśa ! Pour la création, le maintien et la dissolution du cosmos, vous vous partagez selon les guṇa de māyā et prenez trois corps à chaque âge. Je me prosterne devant vous tous ; dites-moi, lequel de vous ai-je invoqué par ma prière ?»
Verse 28
एको मयेह भगवान्विविधप्रधानै- श्चित्तीकृत: प्रजननाय कथं नु यूयम् । अत्रागतास्तनुभृतां मनसोऽपि दूराद् ब्रूत प्रसीदत महानिह विस्मयो मे ॥ २८ ॥
J’ai invoqué un seul Bhagavān, désirant un fils semblable à Lui ; Il est au-delà même de l’esprit des êtres. Pourtant vous êtes venus tous les trois : de grâce, dites-moi comment, car mon trouble est immense.
Verse 29
मैत्रेय उवाच इति तस्य वच: श्रुत्वा त्रयस्ते विबुधर्षभा: । प्रत्याहु: श्लक्ष्णया वाचा प्रहस्य तमृषिं प्रभो ॥ २९ ॥
Maitreya dit : Ayant entendu ainsi les paroles d’Atri Muni, les trois divinités suprêmes sourirent et répondirent au ṛṣi d’une voix douce et aimable.
Verse 30
देवा ऊचु: यथा कृतस्ते सङ्कल्पो भाव्यं तेनैव नान्यथा । सत्सङ्कल्पस्य ते ब्रह्मन् यद्वै ध्यायति ते वयम् ॥ ३० ॥
Les divinités dirent : Ô brāhmaṇa, ta résolution est parfaite ; comme tu l’as décidé, ainsi cela adviendra, et non autrement. Celui sur qui tu méditais est une seule et même Réalité ; c’est pourquoi nous sommes tous venus à toi.
Verse 31
अथास्मदंशभूतास्ते आत्मजा लोकविश्रुता: । भवितारोऽङ्ग भद्रं ते विस्रप्स्यन्ति च ते यश: ॥ ३१ ॥
Ô bien-aimé, tes fils naîtront comme des manifestations partielles de notre puissance et seront célèbres dans le monde. Que le bonheur t’accompagne : ils répandront ta renommée sur toute la terre.
Verse 32
एवं कामवरं दत्त्वा प्रतिजग्मु: सुरेश्वरा: । सभाजितास्तयो: सम्यग्दम्पत्योर्मिषतोस्तत: ॥ ३२ ॥
Ainsi, après avoir accordé le don désiré, les trois Souverains des dieux (Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara) disparurent de ce lieu sous les yeux du couple, qui les avait honorés comme il se doit.
Verse 33
सोमोऽभूद्ब्रह्मणोंऽशेन दत्तो विष्णोस्तु योगवित् । दुर्वासा: शङ्करस्यांशो निबोधाङ्गिरस: प्रजा: ॥ ३३ ॥
Ensuite, de la manifestation partielle de Brahmā naquit Soma, le dieu-lune ; de la manifestation partielle de Viṣṇu naquit Dattātreya, grand connaisseur du yoga ; et de la manifestation partielle de Śaṅkara naquit Durvāsā. Écoute maintenant de ma bouche le récit des nombreux fils d’Aṅgirā.
Verse 34
श्रद्धा त्वङ्गिरस: पत्नी चतस्रोऽसूत कन्यका: । सिनीवाली कुहू राका चतुर्थ्यनुमतिस्तथा ॥ ३४ ॥
Śraddhā, l’épouse d’Aṅgirā, enfanta quatre filles : Sinīvālī, Kuhū, Rākā et la quatrième, Anumati.
Verse 35
तत्पुत्रावपरावास्तां ख्यातौ स्वारोचिषेऽन्तरे । उतथ्यो भगवान्साक्षाद् ब्रह्मिष्ठश्च बृहस्पति: ॥ ३५ ॥
Outre ces quatre filles, elle eut encore deux fils, célèbres au manvantara de Svārociṣa : Utathya et Bṛhaspati, le plus établi dans le Brahman.
Verse 36
पुलस्त्योऽजनयत्पत्न्यामगस्त्यं च हविर्भुवि । सोऽन्यजन्मनि दह्राग्निर्विश्रवाश्च महातपा: ॥ ३६ ॥
Pulastya engendra de son épouse Havirbhū un fils nommé Agastya, qui, dans une autre naissance, devint Dahrāgni. En outre, Pulastya eut un autre fils d’une grande austérité, nommé Viśravā.
Verse 37
तस्य यक्षपतिर्देव: कुबेरस्त्विडविडासुत: । रावण: कुम्भकर्णश्च तथान्यस्यां विभीषण: ॥ ३७ ॥
Viśravā eut deux épouses. D’Iḍaviḍā naquit Kuvera, deva et seigneur des Yakṣas ; et de l’autre épouse naquirent Rāvaṇa, Kumbhakarṇa et Vibhīṣaṇa.
Verse 38
पुलहस्य गतिर्भार्या त्रीनसूत सती सुतान् । कर्मश्रेष्ठं वरीयांसं सहिष्णुं च महामते ॥ ३८ ॥
Gati, l’épouse du sage Pulaha, enfanta trois fils vertueux : Karmaśreṣṭha, Varīyān et Sahiṣṇu ; tous étaient de grands ṛṣis à l’intelligence élevée.
Verse 39
क्रतोरपि क्रिया भार्या वालखिल्यानसूयत । ऋषीन्षष्टिसहस्राणि ज्वलतो ब्रह्मतेजसा ॥ ३९ ॥
Kriyā, l’épouse de Kratu, enfanta soixante mille grands sages appelés Vālakhilya. Tous étaient élevés en connaissance spirituelle et rayonnaient du tejas de Brahman.
Verse 40
ऊर्जायां जज्ञिरे पुत्रा वसिष्ठस्य परन्तप । चित्रकेतुप्रधानास्ते सप्त ब्रह्मर्षयोऽमला: ॥ ४० ॥
Ô dompteur des ennemis, Vasiṣṭha engendra en son épouse Ūrjā (Arundhatī) sept brahmarṣi sans tache, conduits par Citraketu.
Verse 41
चित्रकेतु: सुरोचिश्च विरजा मित्र एव च । उल्बणो वसुभृद्यानो द्युमान्शक्त्यादयोऽपरे ॥ ४१ ॥
Les noms de ces sept sages sont : Citraketu, Suroci, Virajā, Mitra, Ulbaṇa, Vasubhṛdyāna et Dyumān. D’une autre épouse de Vasiṣṭha naquirent aussi d’autres fils très compétents.
Verse 42
चित्तिस्त्वथर्वण: पत्नी लेभे पुत्रं धृतव्रतम् । दध्यञ्चमश्वशिरसं भृगोर्वंशं निबोध मे ॥ ४२ ॥
Citti, l’épouse du sage Atharvā, eut un fils nommé Dhṛtavrata, connu comme Dadhyañca (Aśvaśirā). À présent, écoute de moi la lignée du sage Bhṛgu.
Verse 43
भृगु: ख्यात्यां महाभाग: पत्न्यां पुत्रानजीजनत् । धातारं च विधातारं श्रियं च भगवत्पराम् ॥ ४३ ॥
Le sage Bhṛgu, hautement fortuné, engendra en son épouse Khyāti deux fils, Dhātā et Vidhātā, et une fille nommée Śrī, vouée d’une dévotion suprême au Bhagavān.
Verse 44
आयतिं नियतिं चैव सुते मेरुस्तयोरदात् । ताभ्यां तयोरभवतां मृकण्ड: प्राण एव च ॥ ४४ ॥
Le sage Meru eut deux filles, Āyati et Niyati, qu’il donna à Dhātā et à Vidhātā. D’elles naquirent deux fils : Mṛkaṇḍa et Prāṇa.
Verse 45
मार्कण्डेयो मृकण्डस्य प्राणाद्वेदशिरा मुनि: । कविश्च भार्गवो यस्य भगवानुशना सुत: ॥ ४५ ॥
De Mṛkaṇḍa naquit le muni Mārkaṇḍeya, et de Prāṇa naquit le sage Vedaśirā. Le fils de Vedaśirā fut le vénérable Uśanā (Śukrācārya), appelé aussi Kavi, de la lignée de Bhṛgu.
Verse 46
त एते मुनय: क्षत्तर्लोकान्सर्गैरभावयन् । एष कर्दमदौहित्रसन्तान: कथितस्तव ॥ ४६ ॥ शृण्वत: श्रद्दधानस्य सद्य: पापहर: पर: । प्रसूतिं मानवीं दक्ष उपयेमे ह्यजात्मज: ॥ ४७ ॥
Ô Vidura, ces munis accrurent la population des mondes par leurs descendances issues de la création. Ainsi t’ai-je relaté la lignée née des filles de Kardama.
Verse 47
त एते मुनय: क्षत्तर्लोकान्सर्गैरभावयन् । एष कर्दमदौहित्रसन्तान: कथितस्तव ॥ ४६ ॥ शृण्वत: श्रद्दधानस्य सद्य: पापहर: पर: । प्रसूतिं मानवीं दक्ष उपयेमे ह्यजात्मज: ॥ ४७ ॥
Celui qui écoute avec foi le récit de cette lignée est aussitôt délivré du péché. Prasūti, fille de Manu, fut prise pour épouse par Dakṣa, fils de Brahmā.
Verse 48
तस्यां ससर्ज दुहितृ: षोडशामललोचना: । त्रयोदशादाद्धर्माय तथैकामग्नये विभु: ॥ ४८ ॥
Avec Prasūti, Dakṣa engendra seize filles d’une grande beauté, aux yeux semblables au lotus. Parmi elles, treize furent données en mariage à Dharma, et une fille fut donnée à Agni.
Verse 49
पितृभ्य एकां युक्तेभ्यो भवायैकां भवच्छिदे । श्रद्धा मैत्री दया शान्तिस्तुष्टि: पुष्टि: क्रियोन्नति: ॥ ४९ ॥ बुद्धिर्मेधा तितिक्षा ह्रीर्मूर्तिर्धर्मस्य पत्नय: । श्रद्धासूत शुभं मैत्री प्रसादमभयं दया ॥ ५० ॥ शान्ति: सुखं मुदं तुष्टि: स्मयं पुष्टिरसूयत । योगं क्रियोन्नतिर्दर्पमर्थं बुद्धिरसूयत ॥ ५१ ॥ मेधा स्मृतिं तितिक्षा तु क्षेमं ह्री: प्रश्रयं सुतम् । मूर्ति: सर्वगुणोत्पत्तिर्नरनारायणावृषी ॥ ५२ ॥
Des deux filles restantes, l’une fut donnée en aumône au Pitṛloka, où elle demeure en parfaite amitié; l’autre fut offerte au Seigneur Śiva, Bhavacchid, celui qui tranche les liens du péché. Les treize filles de Dakṣa données à Dharma sont : Śraddhā, Maitrī, Dayā, Śānti, Tuṣṭi, Puṣṭi, Kriyā, Unnati, Buddhi, Medhā, Titikṣā, Hrī et Mūrti.
Verse 50
पितृभ्य एकां युक्तेभ्यो भवायैकां भवच्छिदे । श्रद्धा मैत्री दया शान्तिस्तुष्टि: पुष्टि: क्रियोन्नति: ॥ ४९ ॥ बुद्धिर्मेधा तितिक्षा ह्रीर्मूर्तिर्धर्मस्य पत्नय: । श्रद्धासूत शुभं मैत्री प्रसादमभयं दया ॥ ५० ॥ शान्ति: सुखं मुदं तुष्टि: स्मयं पुष्टिरसूयत । योगं क्रियोन्नतिर्दर्पमर्थं बुद्धिरसूयत ॥ ५१ ॥ मेधा स्मृतिं तितिक्षा तु क्षेमं ह्री: प्रश्रयं सुतम् । मूर्ति: सर्वगुणोत्पत्तिर्नरनारायणावृषी ॥ ५२ ॥
De Śraddhā naquit Śubha, de Maitrī naquit Prasāda, et de Dayā naquit Abhaya. Ainsi, des fils, formes mêmes des vertus, se manifestèrent pour le bien du monde.
Verse 51
पितृभ्य एकां युक्तेभ्यो भवायैकां भवच्छिदे । श्रद्धा मैत्री दया शान्तिस्तुष्टि: पुष्टि: क्रियोन्नति: ॥ ४९ ॥ बुद्धिर्मेधा तितिक्षा ह्रीर्मूर्तिर्धर्मस्य पत्नय: । श्रद्धासूत शुभं मैत्री प्रसादमभयं दया ॥ ५० ॥ शान्ति: सुखं मुदं तुष्टि: स्मयं पुष्टिरसूयत । योगं क्रियोन्नतिर्दर्पमर्थं बुद्धिरसूयत ॥ ५१ ॥ मेधा स्मृतिं तितिक्षा तु क्षेमं ह्री: प्रश्रयं सुतम् । मूर्ति: सर्वगुणोत्पत्तिर्नरनारायणावृषी ॥ ५२ ॥
De Śānti naquit Sukha, de Tuṣṭi naquit Muda, de Puṣṭi naquit Smaya; de Kriyā naquit Yoga, de Unnati naquit Darpa, et de Buddhi naquit Artha. Tous furent comme des flambeaux sur la voie du dharma.
Verse 52
पितृभ्य एकां युक्तेभ्यो भवायैकां भवच्छिदे । श्रद्धा मैत्री दया शान्तिस्तुष्टि: पुष्टि: क्रियोन्नति: ॥ ४९ ॥ बुद्धिर्मेधा तितिक्षा ह्रीर्मूर्तिर्धर्मस्य पत्नय: । श्रद्धासूत शुभं मैत्री प्रसादमभयं दया ॥ ५० ॥ शान्ति: सुखं मुदं तुष्टि: स्मयं पुष्टिरसूयत । योगं क्रियोन्नतिर्दर्पमर्थं बुद्धिरसूयत ॥ ५१ ॥ मेधा स्मृतिं तितिक्षा तु क्षेमं ह्री: प्रश्रयं सुतम् । मूर्ति: सर्वगुणोत्पत्तिर्नरनारायणावृषी ॥ ५२ ॥
De Medhā naquit Smṛti, de Titikṣā naquit Kṣema, et de Hrī naquit Praśraya. Mūrti, réservoir de toutes les qualités honorables, enfanta Śrī Nara-Nārāyaṇa, le Bhagavān suprême, manifesté en deux ṛṣis.
Verse 53
ययोर्जन्मन्यदो विश्वमभ्यनन्दत्सुनिर्वृतम् । मनांसि ककुभो वाता: प्रसेदु: सरितोऽद्रय: ॥ ५३ ॥
À l’apparition de Nara-Nārāyaṇa, le monde entier fut comblé de joie. L’esprit de chacun devint paisible; ainsi, de toutes parts, l’air, les rivières et les montagnes devinrent doux et agréables.
Verse 54
दिव्यवाद्यन्त तूर्याणि पेतु: कुसुमवृष्टय: । मुनयस्तुष्टुवुस्तुष्टा जगुर्गन्धर्वकिन्नरा: ॥ ५४ ॥ नृत्यन्ति स्म स्त्रियो देव्य आसीत्परममङ्गलम् । देवा ब्रह्मादय: सर्वे उपतस्थुरभिष्टवै: ॥ ५५ ॥
Dans les mondes célestes, les instruments divins retentirent et une pluie de fleurs tomba du ciel. Les sages, apaisés, entonnèrent des louanges védiques; les Gandharvas et les Kinnaras chantèrent; les nymphes célestes dansèrent—ainsi, lors de l’apparition de Nara-Nārāyaṇa, tous les signes du plus haut auspice se révélèrent partout.
Verse 55
दिव्यवाद्यन्त तूर्याणि पेतु: कुसुमवृष्टय: । मुनयस्तुष्टुवुस्तुष्टा जगुर्गन्धर्वकिन्नरा: ॥ ५४ ॥ नृत्यन्ति स्म स्त्रियो देव्य आसीत्परममङ्गलम् । देवा ब्रह्मादय: सर्वे उपतस्थुरभिष्टवै: ॥ ५५ ॥
À cet instant même, les dames célestes dansèrent et le plus haut auspice emplit tout. Tous les devas, conduits par Brahmā, vinrent avec leurs plus nobles hymnes et se tinrent là, offrant des prières respectueuses au Seigneur.
Verse 56
देवा ऊचु: यो मायया विरचितं निजयात्मनीदं खे रूपभेदमिव तत्प्रतिचक्षणाय । एतेन धर्मसदने ऋषिमूर्तिनाद्य प्रादुश्चकार पुरुषाय नम: परस्मै ॥ ५६ ॥
Les devas dirent : Nous offrons nos hommages au Purusha suprême, la Personne divine transcendante, qui, par Sa māyā, a créé cette manifestation cosmique et la maintient en Lui-même, comme l’air et les nuages demeurent dans l’espace. Il est maintenant apparu comme le Ṛṣi Nara-Nārāyaṇa dans la demeure de Dharma.
Verse 57
सोऽयं स्थितिव्यतिकरोपशमाय सृष्टान् सत्त्वेन न: सुरगणाननुमेयतत्त्व: । दृश्याददभ्रकरुणेन विलोकनेन यच्छ्रीनिकेतममलं क्षिपतारविन्दम् ॥ ५७ ॥
Que le Seigneur suprême, dont la vérité est connue par la littérature védique authentique, apaise les troubles de la création et accorde paix et prospérité. Qu’Il daigne, d’un regard d’infinie compassion, se poser sur les devas; ce regard miséricordieux surpasse la beauté du lotus immaculé, demeure de Śrī, la déesse de la fortune.
Verse 58
एवं सुरगणैस्तात भगवन्तावभिष्टुतौ । लब्धावलोकैर्ययतुरर्चितौ गन्धमादनम् ॥ ५८ ॥
Maitreya dit : Ô Vidura, ainsi les devas adorèrent par des prières le Seigneur suprême apparu comme le sage Nara-Nārāyaṇa. Le Seigneur les regarda avec miséricorde puis, après avoir été honoré, partit vers la colline de Gandhamādana.
Verse 59
ताविमौ वै भगवतो हरेरंशाविहागतौ । भारव्ययाय च भुव: कृष्णौ यदुकुरूद्वहौ ॥ ५९ ॥
Ces deux êtres sont des expansions partielles du Seigneur Hari; pour alléger le fardeau de la terre, ils sont apparus comme Śrī Kṛṣṇa dans la lignée des Yadu et comme Arjuna dans celle des Kuru.
Verse 60
स्वाहाभिमानिनश्चाग्नेरात्मजांस्त्रीनजीजनत् । पावकं पवमानं च शुचिं च हुतभोजनम् ॥ ६० ॥
La divinité présidant au feu, maître de Svāhā, engendra de son épouse Svāhā trois fils—Pāvaka, Pavamāna et Śuci—qui subsistent en consommant les oblations offertes dans le feu du sacrifice.
Verse 61
तेभ्योऽग्नय: समभवन्चत्वारिंशच्च पञ्च च । त एवैकोनपञ्चाशत्साकं पितृपितामहै: ॥ ६१ ॥
De ces trois-là naquirent encore quarante-cinq descendants, eux aussi dieux du feu. Ainsi, en comptant les pères et le grand-père, le nombre total des dieux du feu est de quarante-neuf.
Verse 62
वैतानिके कर्मणि यन्नामभिर्ब्रह्मवादिभि: । आग्नेय्य इष्टयो यज्ञे निरूप्यन्तेऽग्नयस्तु ते ॥ ६२ ॥
Dans les rites védiques (vaitānika), les brāhmaṇas brahmavādīs déterminent au yajña les oblations destinées au feu selon divers noms; ce sont précisément ces quarante-neuf dieux du feu.
Verse 63
अग्निष्वात्ता बर्हिषद: सौम्या: पितर आज्यपा: । साग्नयोऽनग्नयस्तेषां पत्नी दाक्षायणी स्वधा ॥ ६३ ॥
Les Agniṣvāttas, les Barhiṣadas, les Saumyas et les Ājyapas sont les Pitṛs. Ils sont soit sāgnika soit niragnika. L’épouse de tous ces Pitṛs est Svadhā, fille de Dakṣa.
Verse 64
तेभ्यो दधार कन्ये द्वे वयुनां धारिणीं स्वधा । उभे ते ब्रह्मवादिन्यौ ज्ञानविज्ञानपारगे ॥ ६४ ॥
Svadhā, offerte aux Pitṛ, engendra deux filles nommées Vayunā et Dhāriṇī. Toutes deux étaient brahmavādinī et expertes en jñāna et vijñāna védiques, la connaissance et sa réalisation.
Verse 65
भवस्य पत्नी तु सती भवं देवमनुव्रता । आत्मन: सदृशं पुत्रं न लेभे गुणशीलत: ॥ ६५ ॥
La seizième fille, nommée Satī, fut l’épouse du Seigneur Śiva et demeura fidèle dans le service à son époux. Pourtant, elle n’obtint pas de fils égal à elle en qualités et en vertu.
Verse 66
पितर्यप्रतिरूपे स्वे भवायानागसे रुषा । अप्रौढैवात्मनात्मानमजहाद्योगसंयुता ॥ ६६ ॥
Parce que son père Dakṣa, dans sa colère, blâmait le Seigneur Śiva pourtant sans faute, Satī, avant l’âge mûr, abandonna son corps par la puissance mystique du yoga.
Yajña is directly identified as an avatāra of the Supreme Lord and specifically linked to Viṣṇu because yajña (sacrifice) is meant for Viṣṇu as the ultimate enjoyer and inner ruler of ritual. His role as Indra in Svāyambhuva Manu’s time shows that even the demigods’ administration is empowered through the Lord’s sacrificial principle.
The text presents them as the same Supreme reality approached through governance-functions of creation, maintenance, and dissolution, correlated with the guṇas. Atri meditated on the Supreme Lord for a son like Him; the three deities respond by affirming unity of the object of meditation while granting sons as partial manifestations of their potencies—Soma, Dattātreya, and Durvāsā.
Devakulyā is described as the water that washed the Lord’s lotus feet and later becomes the heavenly Gaṅgā. The point is theological: sacred geography is not accidental but arises from contact with the divine, and the Bhāgavatam embeds cosmology (rivers, realms) within devotional causality.
Nara-Nārāyaṇa Ṛṣi are identified as the Supreme Lord appearing in Dharma’s household through Mūrti. Their advent signals that dharma and tapas are ultimately fulfilled by the Lord’s descent, and it provides a template for ideal ascetic kingship and devotion; the text also links them typologically to Kṛṣṇa and Arjuna.
By noting Satī as Dakṣa’s daughter and Śiva’s wife, and explicitly stating Dakṣa’s habitual rebuking of faultless Śiva, the chapter plants the moral cause of the impending rupture. Satī’s inability to produce a child and her eventual self-abandonment are presented as consequences of Dakṣa’s offense, preparing the reader for the larger sacrificial controversy that follows.