Adhyaya 235
Raja-dharmaAdhyaya 23566 Verses

Adhyaya 235

Raṇadīkṣā (War-Consecration) — Agni Purāṇa Adhyāya 235

Ce chapitre présente un protocole royal, rigoureusement séquencé, pour ouvrir une campagne en sept jours, la guerre étant tenue pour une entreprise conforme au dharma, requérant pureté rituelle, accord avec les dieux et gouvernement éthique. Il commence par le culte de Viṣṇu, Śiva et Gaṇeśa, puis, jour après jour, par l’apaisement des Dikpālas, des Rudras, des Grahas et des Aśvins, avec des offrandes aux divinités rencontrées sur la route et aux esprits durant la nuit. Un rite de rêve centré sur les mantras recherche des présages favorables ou dangereux, plaçant l’expédition du roi sous le regard divin. Le sixième jour s’achève par le bain de victoire (vijaya-snāna) et l’abhiṣeka; le septième, par l’adoration de Trivikrama, la consécration nīrājana des armes et des véhicules, et des récitations protectrices tandis que le roi monte sur l’éléphant, le char, le cheval et les bêtes de trait sans se retourner. La seconde partie passe au Dhanurveda et à la rāja-nīti : ruse stratégique, classifications des vyūhas (fondées sur animaux/membres et sur objets), formations nommées Garuḍa, Makara, Cakra, Śyena, Ardhacandra, Vajra, Śakaṭa, Maṇḍala, Sarvatobhadra, Sūcī, et division quintuple de l’armée. Le texte avertit contre la rupture des lignes de ravitaillement, conseille au roi de ne pas combattre lui-même, et précise l’espacement des troupes, les tactiques de percée, les rôles (porteurs de bouclier, archers, chars), l’adéquation du terrain selon les corps, les moyens d’élever le moral et la théologie de la mort héroïque. Enfin, il fixe des retenues : ne pas tuer les fuyards, les non-combattants, les désarmés ni ceux qui se rendent; protéger les femmes; respecter les coutumes locales après la victoire; répartir équitablement les gains; et préserver les familles des soldats—concluant que cette raṇadīkṣā assure la victoire au roi juste.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे आजस्रिकं नाम चतुस्त्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथ पञ्चत्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः रणदीक्षा पुष्कर उवाच यात्राविधानपूर्वन्तु वक्ष्ये साङ्ग्रामिकं विधिं सप्ताहेन यदा यात्रा भविष्यति महीपतेः

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le deux-cent-trente-quatrième chapitre, intitulé « Ājasrika ». Commence maintenant le deux-cent-trente-cinquième chapitre : « Raṇadīkṣā » (consécration guerrière). Puṣkara dit : « J’exposerai la règle du combat, précédée des prescriptions relatives à l’expédition royale, lorsque la marche du roi doit avoir lieu dans un délai de sept jours. »

Verse 2

पूजनीयो हरिः शम्भुर्मोदकाद्यैर् विनायकः द्वितीये ऽहनि दिक्पालान् सम्पूज्य शयनञ्चरेत्

Il faut rendre un culte à Hari (Viṣṇu) et à Śambhu (Śiva), ainsi qu’à Vināyaka (Gaṇeśa) avec des modakas et des offrandes semblables. Le deuxième jour, après avoir honoré comme il se doit les Gardiens des Directions (Dikpālas), on doit accomplir le rite de l’allongement (le sommeil rituel).

Verse 3

शय्यायां वा तदग्रे ऽथ देवान् प्रार्च्य मनुं स्मरेत् नमः शम्भोः त्रिनेत्राय रुद्राय वरदाय च

Sur la couche, ou devant elle au lieu prescrit, après avoir d’abord honoré les dieux, on doit se remémorer le mantra : « Hommage à Śambhu, le Trois-Yeux ; à Rudra, le Dispensateur de grâces. »

Verse 4

वामनाय विरूपाय स्वप्नाधिपतये नमः संविशेदिति ज भगवन्देवदेवेश शूलभृद्वृषवाहन

« Hommage à Vāmana ; hommage à Virūpa ; hommage au Seigneur des rêves. » Ayant ainsi parlé, on doit s’allonger (pour dormir). Ô Bhagavān—Dieu des dieux, porteur du trident, monté sur le taureau (Vṛṣavāhana) !

Verse 5

इष्टानिष्टे ममाचक्ष्व स्वप्ने सुप्तस्य शाश्वत यज्जाग्रतो दूरमिति पुरोधा मन्त्रमुच्चरेत्

«Ô Éternel, dis-moi les effets fastes et néfastes du rêve d’un homme endormi.» Ainsi interrogé, le prêtre de famille doit réciter le mantra : «Ce qui est lointain pour celui qui veille.»

Verse 6

तृतीये ऽहनि दिक्पालान् रुद्रांस्तान् दिक्पतीन्यजेत् ग्रहान् यजेच्चतुर्थे ऽह्नि पञ्चमे चाश्विनौ यजेत्

Le troisième jour, on doit adorer les gardiens des directions, ces Rudra qui président aux quartiers. Le quatrième jour, on doit adorer les Graha (divinités planétaires), et le cinquième jour, on doit adorer les Aśvin.

Verse 7

मार्गे या देवतास्तासान्नद्यादीनाञ्च पूजनं दिव्यान्तरीक्षभौमस्थदेवानाञ्च तथा बलिः

On doit adorer les divinités rencontrées sur la route, ainsi que les rivières et autres lieux semblables ; et de même offrir des bali aux dieux demeurant au ciel, dans la région intermédiaire (l’atmosphère) et sur la terre.

Verse 8

रात्रौ भूतगणानाञ्च वासुदेवादिपूजनं भद्रकाल्याः श्रियः कुर्यात् प्रार्थयेत् सर्वदेवताः

La nuit, on doit aussi accomplir le culte des troupes de bhūta (esprits), en commençant par Vāsudeva ; on doit accomplir le rite pour la śrī (prospérité) de Bhadrakālī et prier toutes les divinités.

Verse 9

वासुदेवः सङ्कर्षणः प्रद्युम्नश्चानिरुद्धकः नारायणो ऽब्जजो विष्णुर् नारसिंहो वराहकः

Il est Vāsudeva ; Saṅkarṣaṇa ; Pradyumna ; et Aniruddha. Il est Nārāyaṇa ; le Né du Lotus (Brahmā) ; Viṣṇu ; Narasiṃha ; et Varāha.

Verse 10

शिव ईशस्तत्पुरुषो ह्य् अघोरो राम सत्यजः सूर्यः सोमः कुजश्चान्द्रिजीवशुक्रशनैश् चराः

Śiva, Īśa, Tatpuruṣa et, certes, Aghora; ainsi encore Rāma et Satyaja : tels sont des appellatifs du Soleil et de la Lune; de même Kuja (Mars) et les divinités planétaires—Budha (né de la Lune), Bṛhaspati (Jīva), Śukra et Śanaiścara.

Verse 11

राहुः केतुर्गणपतिः सेनानी चण्डिका ह्य् उमा लक्ष्मीः सरस्वती दुर्गा ब्रह्माणीप्रमुखा गणाः

Rāhu et Ketu; Gaṇapati; le Commandant divin (Senānī); Caṇḍikā; certes Umā; Lakṣmī; Sarasvatī; Durgā; et les cohortes conduites par Brahmāṇī—toutes doivent être remémorées et invoquées.

Verse 12

रुद्रा इन्द्रादयो वह्निर् नागास्तार्क्ष्यो ऽपरे सुराः दिव्यान्तरीक्षभूमिष्ठा विजयाय भवन्तु मे

Que les Rudra, Indra et les autres dieux, Agni, les Nāga, Tārkṣya (Garuḍa) et les divinités restantes—celles qui demeurent au séjour divin, dans l’espace médian et sur la terre—soient pour ma victoire.

Verse 13

मर्दयन्तु रणे शत्रून् सम्प्रगृह्योपहारकं सपुत्रमातृभृत्यो ऽहं देवा वः शरणङ्गतः

Qu’ils écrasent les ennemis au combat, après avoir saisi le porteur du tribut/des offrandes. Ô dieux, moi—avec mes fils, ma mère et mes serviteurs—je suis venu vers vous en quête de refuge.

Verse 14

तत्पुरत इति ख रात्रावित्यादिः, सत्यज इत्य् अन्तः पाठः ग पुस्तके नास्ति मर्दयन्तु च मे शत्रूनिति घ , ञ च अवन्तु मां स्वभृत्यो ऽहमिति ज , ट च चामूनां पृष्ठतो गत्वा रिपुनाशा नमो ऽस्तु वः विनिवृत्तः प्रदास्यामि दत्तादभ्यधिकं बलिं

«‘Devant cela’—ainsi lit la recension Kha; ‘la nuit’ et ainsi de suite—est une autre leçon. La finale ‘satyaja’ ne se trouve pas dans le manuscrit Ga. ‘Et qu’ils écrasent mes ennemis’—ainsi lisent Gha et Ña. ‘Qu’ils me protègent; je suis leur propre serviteur’—ainsi lisent Ja et Ṭa. ‘Étant allé derrière les troupes (cāmū), ô destructeurs d’ennemis, salutations à vous. De retour (sain et sauf), je vous offrirai un bali plus grand que ce qui a été donné (auparavant).’»

Verse 15

षष्ठे ऽह्नि विजयस्नानं कर्तव्यं चाभिषेकवत् यात्रादिने सप्तमे च पूजयेच्च त्रिविक्रमं

Le sixième jour, on doit accomplir le « bain de victoire » (vijaya-snāna) et, de même, procéder à l’abhiṣeka (onction/aspersion consacratoire) comme dans un rite d’intronisation. Le septième jour, jour de la yātrā (procession/fête), on doit vénérer Trivikrama (Viṣṇu).

Verse 16

नीराजनोक्तमन्त्रैश् च आयुधं वाहनं यजेत् पुण्याहजयशब्देन मन्त्रमेतन्निशामयेत्

Et avec les mantras prescrits pour le nīrājana (l’onde sacrée des lumières), on doit vénérer/consacrer les armes et le véhicule ; puis, en prononçant « puṇyāha » (que ce jour soit propice) et « jaya » (victoire), on doit réciter/intoner ce mantra comme il convient.

Verse 17

दिव्यान्तरीक्षभूमिष्ठाः सन्त्वायुर्दाः सुराश् च ते देवसिद्धिं प्राप्नुहि त्वं देवयात्रास्तु सा तव

Que les êtres divins demeurant dans le ciel et sur la terre—les Deva, dispensateurs de vie—te soient favorables. Puisses-tu obtenir l’accomplissement divin (deva-siddhi) ; et que ceci soit véritablement ta devayātrā (marche/rite divin).

Verse 18

रक्षन्तु देवताः सर्वा इति श्रुत्वा नृपो व्रजेत् गृहीत्वा सशरञ्चापं धनुर्नागेति मन्त्रत

Après avoir entendu l’énoncé : « Que toutes les divinités protègent (moi) », le roi doit s’avancer, prenant l’arc avec les flèches, tout en récitant, selon le mantra, la formule « dhanur-nāga ».

Verse 19

तद्विष्णोरिति जप्त्वाथ दद्याद्रिपुमुखे पदं दक्षिणं पदं द्वात्रिंशद्दिक्षु प्राच्यादिषु क्रमात्

Après avoir récité le mantra commençant par « tad viṣṇoḥ … », on doit ensuite placer le(s) pada(s) (segments du mantra) face à l’ennemi ; et, successivement, disposer le « pada de droite » dans les trente-deux directions, en commençant par l’est et les autres, selon l’ordre prescrit.

Verse 20

नागं रथं हयञ्चैव धुर्यांश् चैवारुहेत् क्रमात् आरुह्य वाद्यैर् गच्छेत् पृष्थतो नावलोकयेत्

Il doit monter, selon l’ordre prescrit, l’éléphant, le char, le cheval et les bêtes de trait; puis, une fois monté, il doit avancer au son des instruments, sans se retourner en arrière.

Verse 21

क्रोशमात्रं गतस्तिष्ठेत् पूजयेद्देवता द्विजान् परदेशं व्रजेत् पश्चादात्मसैन्यं हि पालयन्

Après n’avoir parcouru qu’un krośa, il doit s’arrêter et rendre hommage aux divinités et aux dvija (les « deux-fois-nés »); ensuite, il doit se rendre en pays étranger tout en protégeant son propre cortège (ses forces).

Verse 22

राजा प्राप्य देवेशन्तु देशपालन्तु पालयेत् देवानां पूजनं कुर्यान्न छिन्द्यादायमत्र तु

Ayant obtenu la souveraineté, le roi doit protéger le Seigneur des dieux et les gardiens du pays. Il doit accomplir le culte des divinités, et ici il ne doit pas retrancher leurs revenus légitimes (dotations ou redevances).

Verse 23

नावमानयेत्तद्देश्यानागत्य स्वपुरं पुनः पृष्ठश् चैव रिपुनाशो भवेद्यथेति ट जित्वा शत्रुं प्रदास्यामीति ट जैत्रा यात्रास्त्विति ट प्राप्तविदेशस्तु इति ग , घ , ञ च देशाचारन्तु पालयेदिति ख देशाचारणेण पालयेदिति ग , घ , छ , ज , ञ च जयं प्राप्यार्चयेद्देवान् दद्याद्दानानि पार्थिवः

Parvenu en terre étrangère, il ne doit pas outrager les gens de ce pays; et, revenu de nouveau dans sa propre cité, il doit veiller à ce que l’ennemi soit détruit par l’arrière, comme il convient. « Ayant vaincu l’adversaire, je distribuerai des dons »—ainsi est-il dit. Telles sont les expéditions victorieuses (jaitra-yātrā). Lorsqu’il arrive en pays étranger, il doit observer les usages locaux. Ayant obtenu la victoire, le roi doit adorer les dieux et faire des aumônes.

Verse 24

द्वितीये अहनि सङ्ग्रामो भविष्यति यदा तदा स्नपयेद्गजमश्वादि यजेद्देवं नृपसिंहकं

Si le combat doit avoir lieu le deuxième jour, alors, à ce moment-là, on doit accomplir le bain rituel de purification (snāpana) de l’éléphant, des chevaux et autres, et adorer la divinité Nṛpasiṁhaka (Narasimha, le Seigneur Homme-Lion).

Verse 25

छत्रादिराजलिङ्गानि शस्त्राणि निशि वै गणान् प्रातर्नृसिंहकं पूज्य वाहनाद्यमशेषतः

La nuit, on doit vénérer les insignes royaux, à commencer par l’ombrelle, ainsi que les armes; et l’on doit aussi honorer les troupes d’assistants (gaṇa). Le matin, après avoir adoré Narasiṃha, on doit, sans rien omettre, rendre un culte à tout, en commençant par les montures (vāhana) et le reste.

Verse 26

पुरोधसा हुतं पश्येद्वह्निं हुत्वा द्विजान्यजेत् गृहीत्वा सशरञ्चापं गजाद्यारुह्य वै व्रजेत्

Il doit faire offrir l’oblation par le chapelain royal (purohita), puis contempler le feu; après l’offrande au feu, il doit honorer les « deux-fois-nés » (brahmanes). Prenant l’arc avec les flèches, il doit monter un éléphant ou une autre monture et s’avancer.

Verse 27

देशे त्वदृश्यः शत्रूणां कुर्यात् प्रकृतिकल्पनां संहतान् योधयेदल्पान् कामं विस्तारयेद्बहून्

Dans une région où il demeure invisible aux ennemis, il doit imaginer une mise en scène des forces : faire combattre un petit nombre comme s’il était massé, et, selon le besoin, faire paraître un grand nombre comme déployé et dispersé, afin de tromper.

Verse 28

सूचीमुखमनीकं स्यादल्पानां बहुभिः सह व्यूहाः प्राण्यङ्गरूपाश् च द्रव्यरूपाश् च कीर्तिताः

Le front de bataille nommé « sūcīmukha » (pointe d’aiguille) est dit convenir à une petite force lorsqu’elle agit avec une plus grande. Les formations de combat (vyūha) sont décrites comme de deux sortes : celles qui ont la forme des membres d’êtres vivants, et celles fondées sur des objets matériels (modèles inanimés).

Verse 29

गरुडो मकरव्यूहश् चक्रः श्येनस्तथैव च अर्धचन्द्रश् च वज्रश् च शकटव्यूह एव च

Les formations (de bataille) sont : Garuḍa, la formation Makara, Cakra (roue), Śyena (faucon), Ardhacandra (demi-lune), Vajra (foudre/diamant) et aussi la formation Śakaṭa (char/charrette).

Verse 30

मण्डलः सर्वतोभद्रः सूचीव्यूहश् च ते नराः व्यूहानामथ सर्वेषां पञ्चधा सैन्यकल्पना

La formation circulaire, la formation «toute-auspice de tous côtés» et la formation «en aiguille (en coin)»—telles sont-elles, ô hommes; et de plus, pour toutes les formations, l’ordonnancement de l’armée est de cinq sortes.

Verse 31

द्वौ पक्षावनुपक्षौ द्वावश्यं पञ्चमं भवेत् एकेन यदि वा द्वाभ्यां भागाभ्यां युद्धमाचरेत्

Il doit y avoir deux flancs et deux flancs de soutien; et un cinquième (corps) doit nécessairement être présent. On mènera le combat soit avec une division, soit avec deux divisions (selon le besoin).

Verse 32

भागत्रयं स्थापयेत्तु तेषां रक्षार्थमेव च न व्यूहकल्पना कार्या राज्ञो भवति कर्हिचित्

Qu’il établisse une division en trois parties uniquement pour leur protection; car, pour un roi, l’élaboration de formations de combat (vyūha) ne doit jamais être entreprise (sans nécessité).

Verse 33

मूलच्छेदे विनाशः स्यान्न युध्येच्च स्वयन्नृपः सैन्यस्य पश्चात्तिष्ठेत्तु क्रोशमात्रे महीपतिः

Si l’on tranche la «racine» (c’est-à-dire le soutien principal ou la ligne de ravitaillement), la ruine s’ensuivra. Le roi ne doit pas combattre en personne; au contraire, le seigneur de la terre doit demeurer derrière l’armée, à la distance d’environ un krośa.

Verse 34

भग्नसन्धारणं तत्र योधानां परिकीर्तितं प्रधानभङ्गे सैन्यस्य नाशस्थानं विधीयते

Dans ce contexte, le «maintien de la cohésion des troupes brisées» est décrit comme un devoir des combattants; lorsque le principal (chef ou unité centrale) est mis en pièces, le point de destruction de l’armée s’en trouve ainsi déterminé.

Verse 35

न संहतान्न विरलान्योधान् व्यूहे प्रकल्पयेत् आयुधानान्तु सम्मर्दो यथा न स्यात् परस्परं

Dans l’agencement d’une formation de combat (vyūha), on ne placera pas les guerriers trop serrés ni trop clairsemés, afin qu’il n’y ait ni heurt réciproque ni enchevêtrement des armes entre eux.

Verse 36

भेत्तुकामः परानीकं संहतैर् एव भेदयेत् भेदरक्ष्याः परेणापि कर्तव्याः संहतास् तथा

Celui qui veut rompre la ligne de l’ennemi doit la percer uniquement avec des troupes avançant en formation serrée. De même, le camp adverse doit tenir ses unités compactes afin de se prémunir contre une brèche.

Verse 37

व्यूहं भेदावहं कुर्यात् परव्यूहेषु चेच्छया गजस्य पादरक्षार्थाश् चत्वारस्तु तथा द्विज

S’il le souhaite, qu’il adopte une formation qui entraîne une brèche dans les formations adverses. De même, ô brāhmaṇa (dvija), quatre guerriers doivent être désignés pour la protection des pieds de l’éléphant.

Verse 38

रथस्य चाश्वाश् चत्वारः समास्तस्य च चर्मिणः धन्विनश् चर्मिभिस्तुल्याः पुरस्ताच्चर्मिणो रणे

Un char doit avoir quatre chevaux; et avec lui doivent se tenir des porteurs de bouclier. Les archers doivent être en nombre égal aux porteurs de bouclier; et au combat, les porteurs de bouclier doivent être placés à l’avant.

Verse 39

पृष्ठतो धन्विनः प्रश्चाद्धन्विनान्तुरगा रथाः रथानां कुञ्जराः पश्चाद्दातव्याः पृथिवीक्षिता

À l’arrière doivent être placés les archers; derrière les archers, la cavalerie et les chars. Derrière les chars, on disposera les éléphants — ô roi, protecteur de la terre.

Verse 40

पदातिकुञ्जराश्वानां धर्मकार्यं प्रयत्नतः शूराः प्रमुखतो देयाः स्कन्धमात्रप्रदर्शनं

Pour l’infanterie, les éléphants et la cavalerie, le devoir méritoire (dharma) de la campagne doit être accompli avec effort ; les braves doivent être récompensés en premier, fût-ce sur la seule base de « montrer l’épaule » (c’est-à-dire se présenter au premier rang comme combattants éprouvés).

Verse 41

कर्तव्यं भीरुसङ्घेन शत्रुविद्रावकारकं दारयन्ति पुरस्तात्तु न देया भीरवः पुरः

À une troupe d’hommes timorés, on doit assigner une tâche qui provoque la dispersion de l’ennemi ; mais les timides ne doivent pas être placés aux premiers rangs, car à l’avant ils se brisent et cèdent.

Verse 42

प्रोत्साहन्त्येव रणे भीरून् शूराः पुरस्थिताः प्रांशवः शकुनाशाश् च ये चाजिह्मेक्षणा नराः

Dans la bataille, les héros postés à l’arrière encouragent les timides : les hommes de haute taille, ceux qui savent lire les présages, et ceux dont le regard est droit (ferme et sans ruse).

Verse 43

संहतभ्रूयुगाश् चैव क्रोधना कलहप्रियाः नित्यहृष्टाः प्रहृष्टाश् च शूरा ज्ञेयाश् चकामिनः

Ceux dont les sourcils sont rapprochés, prompts à la colère et portés à la querelle—tout en demeurant toujours joyeux et exubérants—doivent être reconnus comme vaillants ; et l’on doit aussi les savoir passionnés, dominés par kāma (le désir).

Verse 44

संहतानां हतानां च रणापनयनक्रिया प्रतियुद्धं गजानाञ्च तोयदानादिकञ्च यत्

Il enseigne aussi les procédures pour retirer du champ de bataille les troupes rassemblées et les morts, le combat de riposte des éléphants, ainsi que tout ce qui concerne l’abreuvement et les autres mesures d’assistance.

Verse 45

शत्रुद्रावकारणमिति ख , ग , घ , ञ च ये च जिह्मेक्षणा इति ख , ग , घ , ञ च वलापनयनक्रियेति ज आयुधानयनं चैव पत्तिकर्म विधीयते रिपूणां भेत्तुकामानां स्वसैन्यस्य तु रक्षणं

«Cause de la mise en déroute de l’ennemi»—ainsi lisent les recensions Kha, Ga, Gha et Ña; et «ceux dont le regard est oblique»—ainsi lisent Kha, Ga, Gha et Ña; tandis que J(a) lit «la procédure d’élimination de la force (vala) de l’ennemi». Quoi qu’il en soit, l’apport et la mise à disposition des armes sont prescrits comme une opération d’infanterie (pattikarma), pour ceux qui veulent briser les adversaires et pour la sauvegarde de sa propre armée.

Verse 46

भेदनं संहतानाञ्च चर्मिणां कर्म कीर्तितं विमुखीकरणं युद्धे धन्विनां च तथोच्यते

Le «bris (de la formation ennemie)» est déclaré être l’opération appropriée pour ceux qui sont rassemblés en masse compacte et pour les porteurs de bouclier; et, de même, au combat, «faire tourner l’ennemi» (le refouler, le contraindre à la retraite) est dit être l’opération des archers.

Verse 47

दूरापसरणं यानं सुहतस्य तथोच्यते त्रासनं रिपुसैन्यानां रथकर्म तथोच्यते

Le «retrait à distance» est appelé le mouvement (yāna) de celui qui a été durement frappé; et «répandre la terreur dans les armées ennemies» est également nommé opération de char (ratha-karma).

Verse 48

भेदनं संहतानाञ्च भेदानामपि संहतिः प्राकारतोरणाट्टालद्रुमभङ्गश् च सङ्गते

Dans l’engagement rapproché, on doit recourir à la rupture des formations ennemies compactes; et aussi au rassemblement (ou à la consolidation) de ses propres unités disloquées; ainsi qu’à la démolition des remparts, des portes, des tours de créneaux, et même à l’abattage des arbres (employés pour la défense ou l’obstruction) au cœur de l’affrontement.

Verse 49

पत्तिभूर्विषमा ज्ञेया रथाश्वस्य तथा समा सकर्दमा च नागानां युद्धभूमिरुदाहृता

Le terrain pour l’infanterie doit être compris comme accidenté; pour les chars et les chevaux, il doit au contraire être plat. Pour les éléphants, un champ de bataille boueux est déclaré convenable.

Verse 50

एवं विरचितव्यूहः कृतपृष्ठदिवाकरः तथानुलोमशुक्रार्किदिक्पालमृदुमारुताः

Ainsi doit être disposée la formation de combat : en plaçant le Soleil comme arrière-garde ; puis, dans l’ordre convenable vers l’avant, (placer) Vénus, le fils du Soleil (Saturne), les Gardiens des Directions et les Vents doux.

Verse 51

योधानुत्तेजयेत्सर्वान्नामगोत्रावदानतः भोगप्राप्त्या च विजये स्वर्गप्राप्त्या मृतस्य च

Il doit ranimer et encourager tous les guerriers en proclamant leurs noms, leurs lignées et leurs hauts faits—(leur assurant) jouissances et récompenses en cas de victoire, et l’accès au ciel s’ils tombent au combat.

Verse 52

जित्वारीन् भोगसम्प्राप्तिः मृतस्य च परा गतिः निष्कृतिः स्वामिपिण्डस्य नास्ति युद्धसमा गतिः

En vainquant les ennemis, on obtient les jouissances ; et pour celui qui meurt (au combat) il est une destinée suprême. C’est une expiation pour la nourriture reçue du seigneur ; il n’est point de voie (d’accomplissement) égale à la guerre.

Verse 53

शूराणां रक्तमायाति तेन पापन्त्यजन्ति ते धातादिदुःखसहनं रणे तत् परमन्तपः

Quand le sang des héros est versé, par cela même ils rejettent leurs péchés ; et leur endurance des douleurs telles que les blessures (et autres afflictions du corps) au combat—voilà l’austérité suprême, ô fléau des ennemis.

Verse 54

वराप्सरःसहस्राणि यान्ति शूरं रणे मृतं स्वामी सुकृतमादत्ते भग्नानां विनिवर्तिनां

Des milliers d’Apsaras excellentes vont vers le héros mort au combat ; mais le seigneur (roi/commandant) s’empare du mérite de ceux qui, ayant rompu les rangs, se retournent et se retirent de la lutte.

Verse 55

ब्रह्महत्याफलं तेषां तथा प्रोक्तं पदे पदे त्यक्त्वा सहायान् यो गच्छेद्देवास्तस्य विनष्टये

Ainsi, à chaque pas, le fruit du meurtre d’un brahmane est proclamé pour eux. Celui qui abandonne ses compagnons et s’en va seul—contre lui les dieux agissent pour sa ruine.

Verse 56

अश्वमेधफलं प्रोक्तं शूराणामनिर्वर्तिनां धर्मनिष्ठे जयो राज्ञि योद्धव्याश् च समाः समैः

Il est proclamé que, pour les héros qui ne se dérobent pas au combat, la récompense est égale à celle du sacrifice Aśvamedha. Quand le roi demeure établi dans le dharma, la victoire lui est assurée; et les égaux doivent combattre les égaux.

Verse 57

गजाद्यैश् च गजाद्याश् च न हन्तव्याः पलायिनः न प्रेक्षकाः प्रविष्टाश् च अशस्त्राः प्रतितादयः

Ceux qui ont pris la fuite ne doivent pas être tués—qu’ils appartiennent au corps des éléphants et autres troupes semblables, ou à d’autres unités. De même, il ne faut pas frapper les spectateurs, ceux qui sont entrés (sur le champ ou dans le camp) sans intention de combattre, les désarmés, ni ceux qui se sont rendus et autres cas analogues.

Verse 58

शान्ते निद्राभिभूते च अर्धोत्तीर्णे नदीवने दुर्दिने कूटयुद्धानि शत्रुनाशार्थमाचरेत्

Quand (l’ennemi) est en repos, quand il est accablé de sommeil, quand il est à mi-traversée d’un fleuve, dans les bois riverains, et les jours de mauvais temps—il convient d’employer des formes de guerre secrètes/irrégulières afin d’anéantir l’ennemi.

Verse 59

बाहू प्रगृह्य विक्रोशेद्भग्ना भग्नाः परे इति प्राप्तं मित्रं बलं भूरि नायको ऽत्र निपातितः

Les bras levés, il doit crier à haute voix : «L’ennemi est brisé—brisé !». Ainsi (il annonce) que d’abondantes forces alliées sont arrivées et que le chef ennemi a été abattu ici.

Verse 60

सेनानीर्निहताश्चायं भूपतिश्चापि विप्लुतः विद्रुतानान्तु योधानां मुखं घातो विधीयते

Lorsque le commandant a été tué et que le roi lui-même est plongé dans le désarroi, alors, pour les guerriers en fuite, il est prescrit de porter un coup de face (c’est-à-dire au visage/à l’avant).

Verse 61

धूपाश् च देया धर्मज्ञ तथा च परमोहनाः पताकाश् चैव सम्भारो वादित्राणाम् भयावहः

Ô connaisseur du dharma, il convient d’offrir aussi l’encens (dhūpa), ainsi que des objets souverainement enchanteurs; et encore des bannières, avec l’attirail complet des instruments de musique, disposés d’une manière saisissante et redoutable.

Verse 62

सम्प्राप्य विजयं युद्धे देवान्विप्रांश् च संयजेत् रत्नानि राजगामीनि अमात्येन कृते रणे

Après avoir obtenu la victoire au combat, on doit, selon la règle, vénérer les dieux et honorer les brahmanes; et les joyaux et biens précieux destinés au roi doivent être apportés au roi, même si la bataille a été menée par un ministre.

Verse 63

तस्य स्त्रियो न कस्यापि रक्ष्यास्ताश् च परस्य च शत्रुं प्राप्य रणे मुक्तं पुत्रवत् परिपालयेत्

Ses femmes ne doivent être violées par personne; et les femmes d’autrui doivent également être protégées. Et lorsqu’on obtient, dans la bataille, un ennemi relâché (ou qui s’est rendu), on doit le nourrir et le garder comme un fils.

Verse 64

पुनस्तेन न योद्धव्यं देशाचारादि पालयेत् ततश् च स्वपुरं प्राप्य ध्रुवे भे प्रविशेद् गृहं

On ne doit pas combattre de nouveau contre lui; au contraire, il faut préserver les coutumes et usages établis du pays. Ensuite, parvenu à sa propre cité, on doit entrer dans la maison au moment faste et déterminé.

Verse 65

देवादिपूजनं कुर्याद्रक्षेद्योधकुटुम्बकं संविभागं प्रावाप्तैः कुर्याद् भृत्यजनस्य च

Il doit accomplir le culte des dieux et des êtres vénérables; il doit protéger les foyers des soldats; et, de ce qui a été acquis selon la règle, il doit aussi attribuer une part convenable à l’ensemble des serviteurs et des personnes à charge.

Verse 66

रणादीक्षा मयोक्ता ते जयाय नृपतेर्ध्रुवा

Cette consécration pour le combat, je te l’ai enseignée; pour un roi, elle est un moyen assuré de victoire.

Frequently Asked Questions

It prescribes a day-wise consecration: worship of Hari-Śambhu-Vināyaka; Dikpāla rites and ritual sleep with dream-mantras; further quarter-guardian/Rudra worship; Graha worship; Aśvin worship; then vijaya-snāna with abhiṣeka; and finally yātrā-day worship of Trivikrama with nīrājana consecration of weapons and vehicles.

The chapter invokes Viṣṇu and his forms (Vāsudeva, Saṅkarṣaṇa, Pradyumna, Aniruddha, Narasiṃha, Varāha), Śiva and Rudra-forms, Gaṇapati, Dikpālas, Grahas (Sun, Moon, Mars, Budha, Bṛhaspati, Śukra, Śani, plus Rāhu and Ketu), the Aśvins, Devīs (Caṇḍikā, Umā, Lakṣmī, Sarasvatī, Durgā, Brahmāṇī-gaṇas), Nāgas, and Garuḍa.

It lists Garuḍa, Makara, Cakra, Śyena, Ardhacandra, Vajra, Śakaṭa, Maṇḍala, Sarvatobhadra, and Sūcī formations, while also classifying vyūhas as living-limb-shaped and object-based.

It prohibits killing fugitives, noncombatants/spectators, the unarmed, and those who surrender; mandates protection of women (one’s own and the enemy’s); and instructs humane protection of a released/surrendered enemy like a son, alongside honoring local customs after victory.

It sacralizes statecraft and warfare by embedding them in worship, mantra, and restraint, presenting victory as dharma-aligned action and framing disciplined courage, protection of the vulnerable, and post-war charity as spiritually meritorious conduct.