Adhyaya 91
Varaha PuranaAdhyaya 9136 Shlokas

Adhyaya 91: The Vaiṣṇavī Goddess on Mount Mandara: Emergence of the Maidens, Construction of the Goddess-City, and Nārada’s Visit

Mandarādri-sthitā Vaiṣṇavī-Devī: Kumārī-sṛṣṭiḥ, Devīpura-nirmāṇaṃ, Nārada-darśanaṃ ca

Mytho-Narrative (Devī-tapas, celestial mediation, and asura-oriented intrigue)

Varāha raconte à Pṛthivī l’épisode d’une Devī Vaiṣṇavī demeurant sur le mont Mandara, observant le kaumāra-vrata et accomplissant de rigoureuses austérités. D’un kṣobha survenu dans son esprit naissent d’innombrables kumārīs, décrites par des traits communs puis par une liste choisie de noms tels que Vidyutprabhā, Candrakānti et Sūryakānti. La Devī façonne sur la montagne une cité somptueuse, aux multiples demeures et palais d’or, entourée de jeunes servantes portant pāśa et aṅkuśa, tandis qu’elle demeure entièrement vouée au tapas. Nārada arrive, reçoit un accueil formel avec āsana et hospitalité rituelle, et s’émerveille de sa beauté incomparable et de son détachement. Il repart ensuite promptement vers la cité de l’asura Mahiṣa, ceinte par l’océan, et rapporte l’extraordinaire présence de la Devī, préparant ainsi une réponse des asura par médiation d’informations plutôt que par affrontement direct.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivīNāradaDevī (Vaiṣṇavī)Mahiṣa (asura)

Key Concepts

kaumāra-vrata (vow of maidenhood / disciplined continence)tapas (ascetic heat as transformative power)kṣobha (mental agitation as narrative catalyst for emanation)kumārī-gaṇa (multiplicity of feminine attendants/emanations)devīpura-nirmāṇa (sacred urban/architectural imagination on a mountain ecology)atithi-satkāra (hospitality protocol: āsana, pādya, arghya, ācamana)intermediary speech (Nārada as messenger shaping political/ecological outcomes)

Shlokas in Adhyaya 91

Verse 1

श्रीवराह उवाच । या मन्दरगता देवी तपस्तप्तुं तु वैष्णवी । राजसी परमा शक्तिः कौमारव्रतधारिणी ॥

Śrī Varāha dit : La Déesse qui se rendit à Mandara—Vaiṣṇavī—entreprit des austérités ; elle est la Puissance suprême, de nature rajasique, et observante du vœu de jeune fille (kaumāra-vrata).

Verse 2

चन्द्रप्रभा गिरिसुता तथा सूर्यप्रभामृता । स्वयम्प्रभा चारुमुखी शिवदूती विभावरी ॥

Elle est Candraprabhā, la fille née de la montagne ; de même Sūryaprabhā, semblable au nectar ; Svayamprabhā, l’auto-radieuse ; Cārumukhī, au beau visage ; Śivadūtī, la messagère de Śiva ; et Vibhāvarī, la nuit lumineuse.

Verse 3

जया च विजया चैव जयन्ती चापराजिता । एताश्चान्याश्च शतशः कन्यास्तस्मिन् पुरोत्तमे ॥

Jayā et Vijayā, Jayantī et Aparājitā : celles-ci, ainsi que des centaines d’autres jeunes filles, se trouvaient dans cette cité éminente.

Verse 4

देव्याः अनुचराः सर्वाः पाशाङ्कुशधराः शुभाः । ताभिः परिवृता देवी सिंहासनगता शुभा ॥

Toutes les suivantes de la Déesse étaient de bon augure, portant lasso et aiguillon ; entourée d’elles, la Déesse bénie siégeait sur un trône-lion.

Verse 5

सुसितैश्चामरैः स्त्रीभिर्वीज्यमाना विलासिनी । कौमारं व्रतमास्थाय तपः कर्तुं समुद्यता ॥

Éventée par des femmes aux chāmaras d’un blanc éclatant, la gracieuse—ayant observé le vœu de la jeune fille—se mit résolument à pratiquer l’ascèse.

Verse 6

यौवनस्था महाभागा पीनवृत्तपयोधरा । चम्पकाशोकपुन्नागनागकेसरदामभिः ॥

Elle se tenait dans la fleur de la jeunesse, très fortunée, aux seins pleins et arrondis, parée de guirlandes de campaka, d’aśoka, de punnāga et de nāga-kesara.

Verse 7

सर्वाङ्गेष्वर्चिता देवी ऋषिदेवनमस्कृता । पूज्यमाना वरस्त्रीभिः कुमारिभिः समन्ततः ॥

La Déesse fut honorée en chacun de ses membres, saluée par les ṛṣi et les dieux, et vénérée de toutes parts par des femmes d’élite et par des jeunes filles.

Verse 8

सर्वाङ्गभोगिनी देवी यावदास्ते तपोऽन्विता । तावदागतवांस्तत्र नारदो ब्रह्मणः सुतः ॥

Tandis que la déesse Sarvāṅgabhoginī demeurait absorbée dans l’austérité (tapas), Nārada, fils de Brahmā, arriva en ce lieu.

Verse 9

तं दृष्ट्वा सहसा देवी ब्रह्मपुत्रं तपोधनम् । विद्युत्प्रभामुवाचेदमासनं दीयतामिति । पाद्यमाचमनीयं च क्षिप्रमस्मै प्रदीयताम् ॥

L’ayant aperçu aussitôt, la déesse—voyant le fils de Brahmā, riche en mérite d’austérité—dit à Vidyutprabhā : «Qu’on lui donne un siège ; et qu’on lui offre sans tarder l’eau pour laver les pieds et l’eau pour l’ācamana (gorgée rituelle).»

Verse 10

एवमुक्ता तदा देव्याः कन्या विद्युत्प्रभा शुभा । आसनं पाद्यमर्घ्यं च नारदाय न्यवेदयत् ॥

Ainsi instruite par la déesse, l’auspicieuse jeune fille Vidyutprabhā présenta à Nārada un siège, l’eau pour laver les pieds et l’offrande d’arghya.

Verse 11

ततः कृतासनं दृष्ट्वा प्रणतं नारदं मुनिम् । उवाच वचनं देवी हर्षेण महताऽन्विता ॥

Puis, voyant le siège préparé et le sage Nārada prosterné avec révérence, la déesse parla, remplie d’une grande joie.

Verse 12

सैकाकिनी तपस्तेपे विशालायां तु शोभने । तस्यास्तपन्त्याः कालेन महता क्षुभितं मनः ॥

Seule, elle pratiqua l’austérité dans un lieu vaste et splendide ; et, au fil d’un long temps de tapas, son esprit fut profondément ébranlé.

Verse 13

स्वागतं भो मुनिश्रेष्ठ कस्माल्लोकादिहागतः । किं कार्यं वद ते कृत्यं मा ते कालात्ययो भवेत् ॥

Sois le bienvenu, ô le meilleur des sages. De quel monde es-tu venu ici ? Dis-moi quelle est ta mission, afin qu’aucun retard du temps ne t’advienne.

Verse 14

एवमुक्तस्तदा देव्याः नारदः प्राह लोकवित् । ब्रह्मलोकादिन्द्रलोकं तस्माद्रौद्रमथाचलम् ॥

Ainsi interpellé par la déesse, Nārada, connaisseur des mondes, déclara : « De Brahmaloka (je suis allé) à Indraloka ; de là à Raudra, puis à la montagne ».

Verse 15

ततस्त्वामिह देवेशि द्रष्टुमभ्यागतोऽस्मि शुभे । एवमुक्त्वा मुनिः श्रीमांस्तां देवीमन्ववेक्षत ॥

« C’est pourquoi, ô souveraine des dieux, ô Bienheureuse, je suis venu ici pour te voir. » Ayant ainsi parlé, l’illustre sage observa la déesse.

Verse 16

दृष्ट्वा मुहूर्तं देवेशि विस्मितो नारदोऽभवत् । अहो रूपमहो कान्तिरहो धैर्यमहो वयः ॥

Après l’avoir regardée un moment, Nārada fut saisi d’étonnement : « Ah, quelle beauté ! Ah, quelle splendeur ! Ah, quelle fermeté ! Ah, quelle vigueur de jeunesse ! »

Verse 17

अहो निष्कामता देव्याः इति खेदमुपाययौ । देवगन्धर्वसिद्धानां यक्षकिन्नररक्षसाम् ॥

« Ah, le détachement du désir chez la déesse ! »—ainsi réfléchit-il avec une émotion poignante, en considérant les dieux, les gandharvas, les siddhas, les yakṣas, les kinnaras et les rākṣasas.

Verse 18

न रूपमीदृशं क्वापि स्त्रीष्वन्यासु प्रदृश्यते । एवं संचिन्त्य मनसा नारदो विस्मयान्वितः ॥

«Une telle forme ne se voit nulle part parmi les autres femmes.» Ayant ainsi réfléchi en son esprit, Nārada fut saisi d’émerveillement.

Verse 19

प्रणम्य देवीं वरदामुत्पपात नभस्तलम् । गतश्च त्वरया युक्तः पुरीं दैत्येन्द्रपालिताम् ॥

S’étant prosterné devant la Déesse, dispensatrice de grâces, il s’élança dans l’étendue du ciel; puis, pressé par l’urgence, il gagna la cité gardée par le seigneur des Dānavas.

Verse 20

महीषाख्येन भूतेषि समुद्रान्तःस्थितां पुरीम् । तत्राससाद भगवानसुरं महीषाकृतिम् ॥

Il parvint à la cité située au bord de l’océan, liée à l’être nommé Mahīṣa; et là il rencontra l’asura dont la forme était celle d’un buffle.

Verse 21

दृष्ट्वा लब्धवरं वीरं देवसैन्यान्तकं महत् । स तेन पूजितो भक्त्या तदा लोकचरो मुनिः ॥

Voyant le grand héros qui avait obtenu une grâce—puissant, destructeur des armées des dieux—le sage errant à travers les mondes fut alors honoré par lui avec dévotion.

Verse 22

प्रीतात्मा नारदस्तस्मै देव्याः रूपमनुत्तमम् । आचचक्षे यथान्यायं यद्दृष्टं देवतापुरे ॥

L’esprit réjoui, Nārada lui exposa, selon l’ordre convenable, la forme incomparable de la Déesse qu’il avait vue dans la cité des dieux.

Verse 23

तस्मात्क्षोभात्समुत्तस्थुः कुमार्यः सौम्यलोचनाः । नीलकुञ्चितकेशान्ता बिम्बोष्ठायतलोचनाः । नितम्बशनोड्डामा नूपुराढ्याः सुवर्चसः ॥

De cette agitation se levèrent des jeunes filles : au regard doux, aux cheveux sombres bouclés aux extrémités, aux lèvres semblables au fruit bimba et aux yeux allongés ; aux hanches bien formées, richement parées de grelots de cheville (nūpura), resplendissantes de leur éclat.

Verse 24

नारद उवाच । असुरेन्द्र शृणुष्वेकं कन्यारत्नं समाहितः । येन लब्धं तु त्रैलोक्यं वरदानाच्चराचरम् ॥

Nārada dit : «Ô seigneur des asura, écoute avec recueillement un unique joyau parmi les jeunes filles : par sa grâce dispensatrice de dons, les trois mondes, le mobile et l’immobile, ont été obtenus».

Verse 25

ब्रह्मलोकादहं दैत्य मन्दराद्रिमुपागतः । तत्र देवीपुरं दृष्टं कुमारिशतसङ्कुलम् ॥

«Depuis le Brahmaloka, ô Daitya, je suis venu au Mandarādri. Là, j’ai vu la cité de la Déesse, remplie de centaines de jeunes filles».

Verse 26

तत्र प्रधानाया कन्या तापसी व्रतधारिणी । सा देवदैत्ययक्षाणां मध्ये काचिन्न दृश्यते ॥

«Là, la jeune fille la plus éminente — une ascète (tapasī), observant des vœux — n’apparaît nullement comme une personne ordinaire, même parmi les deva, les daitya et les yakṣa».

Verse 27

यादृशी सा शुभा दैत्य तादृश्येकाण्डमध्यतः । भ्रमता तादृशी दृष्ट्वा न कदाचिन्मया सती ॥

«Telle qu’est cette Auspicieuse, ô Daitya, telle, en errant au cœur de la sphère cosmique, je n’en ai jamais vu de semblable, moi, à aucun moment».

Verse 28

तस्याश्च देवगन्धर्वा ऋषयः सिद्धचारणाः । उपासांचक्रिरे सर्वे येऽप्यन्ये दैत्यनायकाः ॥

Et les Deva-Gandharva, les Ṛṣi, les Siddha et les Cāraṇa—tous ensemble—ainsi que d’autres chefs des Daitya, lui offrirent présence, hommage et service.

Verse 29

तां दृष्ट्वा वरदां देवीमहं तूर्णमिहागतः । अजित्वा देवगन्धर्वान् न तां जयति कश्चन ॥

L’ayant vue, elle qui accorde les bienfaits, je suis venu ici en hâte. Sans d’abord vaincre les Deva-Gandharva, nul ne peut la vaincre.

Verse 30

एवमुक्त्वा क्षणं स्थित्वा तमनुज्ञाप्य नारदः । यथागतं ययौ धीमानन्तर्धानेन तत्क्षणात् ॥

Ayant ainsi parlé et demeuré un instant, Nārada—après avoir pris congé de lui—s’en alla comme il était venu, disparaissant aussitôt.

Verse 31

एवंविधाः स्त्रियो देव्याः क्षोभिते मनसि द्रुतम् । उत्तस्थुः शतसाहस्राः कोटिशो विविधाननाः ॥

Lorsque l’esprit de la déesse fut troublé, des femmes de cette sorte se levèrent aussitôt—par centaines de milliers, voire par crores—aux visages variés.

Verse 32

दृष्ट्वा कुमार्यः सा देवी तस्मिन्नेव गिरौ शुभा । तपसा निर्ममे देवी पुरं हर्म्यशताकुलम् ॥

Voyant les jeunes filles, la déesse de bon augure, sur cette même montagne, créa par la puissance de son tapas une cité remplie de centaines de palais.

Verse 33

विशालरथ्यं सौवर्णप्रासादैरुपशोभितम् । अन्तरजालानि वेश्मानि मणिसोपानवन्ति च । रत्नजालगवाक्षाणि आसन्नोपवनानि च ॥

Il avait de vastes avenues, ornées de palais d’or ; des demeures aux intérieurs à claire-voie et aux escaliers de gemmes ; des fenêtres tissées de joyaux, et, tout près, des bosquets de délices.

Verse 34

असंख्यातानि हर्म्याणि तथा कन्या धराधरे । प्राधान्येन प्रवक्ष्यामि कन्यानामानि शोभने ॥

Il y avait d’innombrables palais, et de même des jeunes filles sur la montagne. Ô belle, je dirai, selon l’ordre de préséance, les noms des jeunes filles.

Verse 35

विद्युत्प्रभा चन्द्रकान्तिः सूर्यकान्तिस्तथाऽपरा । गम्भीरा चारुकेशी च सुजाता मुञ्जकेशिनी ॥

Vidyutprabhā, Candrakānti, et une autre nommée Sūryakānti ; ainsi encore Gambhīrā, Cārukeśī, Sujātā et Muñjakeśinī.

Verse 36

घृताची चोर्वशी चान्या शशिनी शीलमण्डिता । चारुकन्या विशालाक्षी धन्या पीनपयोधरा ॥

Ghṛtācī et Urvaśī, et une autre (nommée) Śaśinī, parée de bonne conduite ; Cārukanyā, Viśālākṣī, Dhanyā et Pīnapayodharā.

Frequently Asked Questions

The chapter foregrounds disciplined self-regulation through tapas and the kaumāra-vrata, presenting restraint and non-attachment (niṣkāmatā) as a source of power and order. It also models social ethics via formal hospitality (atithi-satkāra) even within ascetic settings.

No explicit tithi, nakṣatra, lunar phase, month, or seasonal marker is specified in the given text. The narrative uses qualitative time (kālena mahatā, “after a long time”) rather than calendrical scheduling.

While not explicitly framed as environmental doctrine, the narrative situates transformative practice within a mountain ecology (Mandarādri) and depicts a non-destructive mode of ‘world-making’—a city manifested through tapas rather than extraction. The episode can be read as emphasizing restraint and disciplined power as stabilizing forces that indirectly support terrestrial balance, aligning with Varāha–Pṛthivī’s broader Earth-centered frame.

The principal cultural figure is Nārada (identified as Brahmā’s son, brahmaṇaḥ sutaḥ), functioning as a trans-lokic mediator. The chapter also references Mahiṣa (an asura leader) and invokes broader classes (deva, gandharva, siddha, cāraṇa, yakṣa, kinnara, rakṣas) rather than specific royal lineages.