
Svarga-lokasya Amarāvatī-dharmasabhā ca (Sudharmā) — digpura-varṇanam
Ancient-Geography (Purāṇic Cosmography)
Dans le cadre du dialogue Varāha–Pṛthivī, ce chapitre a une visée cosmographique : Rudra décrit une région éclatante à l’est du mont Meru, ceinte d’un rempart circulaire de montagnes (cakravāṭa) et riche en minéraux variés. En son sein se trouve la métropole divine Amarāvatī, fortifiée de murailles d’or jāmbūnada, abondante en vimānas (palais aériens), grands réservoirs, bannières et ornements floraux, et peuplée de devas, yakṣas, apsaras et ṛṣis. Au centre s’élève la célèbre sabhā Sudharmā, salle sertie de joyaux où Indra (Śacīpati, Sahasrākṣa) siège parmi les êtres accomplis. Le récit cartographie ensuite des cités directionnelles associées à Agni, Yama, Nirṛti, Varuṇa, Vāyu, Kubera et Īśāna, offrant la vision d’un svarga ordonné, composé de multiples régions.
Verse 1
रुद्र उवाच । तस्यैव मेरोः पूर्वे तु देशे परमवर्चसे । चक्रवाटपरिक्षिप्ते नानाधातुविराजिते ॥ ७६.१ ॥
Rudra dit : « À l’est de ce même mont Meru se trouve une région d’une radiance suprême, ceinte d’un cakravāṭa (anneau de montagnes / barrière de vents), étincelante de multiples minerais ».
Verse 2
तत्र सर्वामरपुरं चक्रवातसमुद्धतम् । दुर्धर्षं बलदृप्तानां देवदानवरक्षसाम् । तत्र जाम्बूनदमयः सुप्राकारः सुतोरणः ॥ ७६.२ ॥
Là se dressait la cité de tous les immortels, comme soulevée par un tourbillon — imprenable même pour les dieux, les dānavas et les rākṣasas enivrés de puissance. Là, son rempart excellent était fait d’or Jāmbūnada et pourvu de beaux portails.
Verse 3
तस्याप्युत्तरपूर्वे तु देशे परमवर्चसे । आलोकजनसंपूर्णा विमानशतसंकुला ॥ ७६.३ ॥
Et dans sa région du nord-est se trouve une contrée d’éclat suprême, remplie d’êtres lumineux et encombrée de centaines de vimānas (véhicules célestes ou palais aériens).
Verse 4
महावापीसमायुक्ता नित्यं प्रमुदिता शुभा । शोभिता पुष्पशबलैः पताकाध्वजमालिनी ॥ ७६.४ ॥
Dotée d’un vaste réservoir (ou puits à degrés), toujours joyeuse et de bon augure, elle est ornée de fleurs bigarrées et parée de guirlandes d’étendards et de drapeaux.
Verse 5
देवैर्यक्षोप्सरोभिश्च ऋषिभिश्च सुषोभिता । पुरन्दरपुरी रम्या समृद्धा त्वमरावती ॥ ७६.५ ॥
Embellie par les dieux, les Yakṣas, les Apsaras et les Ṛṣis, la délicieuse cité de Purandara—oui, tu es bien Amarāvatī—est prospère et surabondante.
Verse 6
तस्या मध्येऽमरावत्यां वज्रवैडूर्यवेदिका । त्रैलोक्यगुणविख्याता सुधर्मा नाम वै सभा ॥ ७६.६ ॥
Au cœur de cette Amarāvatī se trouve une estrade de diamant et de vaidūrya (œil-de-chat/béryl). Là se tient la salle d’assemblée nommée Sudharmā, renommée pour son excellence dans les trois mondes.
Verse 7
तत्रास्ते श्रीपतेः श्रीमान् सहस्राक्षः शचीपतिः । सिद्धादिभिः परिवृतः सर्वाभिर्देवयोनिभिः ॥ ७६.७ ॥
Là demeure l’illustre Sahasrākṣa—époux de Śacī (Indra)—en présence de Śrīpati (Viṣṇu), entouré des Siddhas et d’autres êtres accomplis, ainsi que de toutes les catégories d’êtres nés de l’ordre divin.
Verse 8
तत्र चैव सुवंशः स्याद् भास्करस्य महात्मनः । साक्षात् तत्र सुराध्यक्षः सर्वदेवनमस्कृतः ॥ ७६.८ ॥
Là, en vérité, l’on dit que se trouve la noble lignée du grand Bhāskara (le Soleil) ; et là même se manifeste le Souverain des dieux, devant qui toutes les divinités s’inclinent avec vénération.
Verse 9
तस्याश्च दिक्षु विस्तीर्णा तत्तद्गुणसमन्विता । तेजोवती नाम पुरी हुताशस्य महात्मनः ॥ ७६.९ ॥
Et, dans les directions de cette contrée, s’étendait largement une cité, pourvue des qualités qui lui convenaient ; c’était la ville nommée Tejovatī, appartenant au magnanime Hutāśa (le Feu).
Verse 10
तत्तद्गुणवती रम्या पुरी वैवस्वतस्य च । नाम्ना संयमनी नाम पुरी त्रैलोक्यविश्रुता ॥ ७६.१० ॥
Cette cité charmante, pourvue de telles excellences, appartient aussi à Vaivasvata (Yama) ; elle se nomme Saṃyamanī, ville renommée dans les trois mondes.
Verse 11
तथा चतुर्थे दिग्भागे नैर्ऋताधिपतेः शुभा । नाम्ना कृष्णावती नाम विरूपाक्षस्य धीमतः ॥ ७६.११ ॥
De même, dans le quatrième quartier—sous l’heureuse suzeraineté du seigneur de Naiṛta (le sud-ouest)—se trouve un lieu nommé Kṛṣṇāvatī, lié au sage Virūpākṣa.
Verse 12
पञ्चमे ह्युत्तरपुटे नाम्ना शुद्धवती पुरी । उदकाधिपतेः ख्याता वरुणस्य महात्मनः ॥ ७६.१२ ॥
En vérité, dans la cinquième division du nord se trouve une cité nommée Śuddhavatī, réputée appartenir au magnanime Varuṇa, seigneur des eaux.
Verse 13
तथा पञ्चोत्तरे देवस्वस्योत्तरपुटे पुरी । वायोर्गन्धवती नाम ख्याता सर्वगुणोत्तरा ॥ ७६.१३ ॥
De même, dans le quartier du nord—sur le flanc septentrional de Devasva—se trouve une cité ; elle est renommée sous le nom de Gandhavatī, appartenant à Vāyu, et elle est dite excellente en toutes qualités.
Verse 14
तस्योत्तरपुटे रम्या गुह्यकाधिपतेः पुरी । नाम्ना महोदया नाम शुभा वैदूर्यवेदिका ॥ ७६.१४ ॥
Sur son côté nord se trouve une cité délicieuse, appartenant au seigneur des Guhyakas ; elle se nomme Mahodayā, de bon augure, et elle est pourvue de plates-formes (ou autels) en gemme vaidūrya.
Verse 15
तथाष्टमेऽन्तरपुटे ईशानस्य महात्मनः । पुरी मनोहरा नाम भूतैर्नानाविधैर्युता । पुष्पैर्धन्यैश्च विविधैर्वनैराश्रमसंस्थितैः ॥ ७६.१५ ॥
De même, dans la huitième enceinte intérieure se trouve une cité nommée Manoharā, appartenant au grand-souffle Īśāna ; elle est habitée par des êtres de maintes sortes et pourvue de fleurs, de grains et de forêts variées où sont établis des ermitages.
Verse 16
प्रार्थ्यते देवलोकोऽयं स स्वर्ग इति कीर्तितः ॥ ७६.१६ ॥
Ce monde des dieux est ardemment recherché ; c’est pourquoi on le célèbre sous le nom de « Svarga » (le Ciel).
The chapter primarily instructs through cosmographic ordering: it presents svarga as a structured, directionally organized environment centered on Meru, where civic splendor, assembly space (Sudharmā), and deity-linked regions model an ideal of regulated cosmic governance rather than a direct code of social ethics.
No explicit chronological markers (tithi, nakṣatra, māsa, or seasonal observances) appear in this passage; the content is descriptive geography/cosmography rather than ritual timing.
Environmental balance is implied via spatial design: the realm is depicted as enclosed (cakravāṭa-parikṣipta), resource-rich (nānā-dhātu-virājita), and systematically partitioned into directional cities. This models a stable, managed cosmos that can be read as an analogue for terrestrial stewardship—order, containment, and resource awareness—within the broader Varāha–Pṛthivī Earth-centered narrative tradition.
The passage references primarily deity figures rather than human lineages: Indra (Sahasrākṣa, Śacīpati), Agni (Hutāśa), Yama (Vaivasvata), Nirṛti (associated here with Virūpākṣa), Varuṇa, Vāyu, Kubera (Guhyakādhipati), and Īśāna, along with classes of beings (deva, yakṣa, apsaras, ṛṣi, siddha).