Varaha Purana - Adhyaya 75
Varaha PuranaAdhyaya 7582 Shlokas

Adhyaya 75: Description of Jambūdvīpa: its regions, mountains, measurements, and cosmic structure

Jambūdvīpa-varṣa-parvata-pramāṇa-varṇana

Ancient-Geography (Purāṇic Cosmography)

Dans le cadre d’enseignement Varāha–Pṛthivī, ce chapitre se présente comme une leçon de cosmographie : la voix du maître (attribuée ici à Rudra) expose la structure de Jambūdvīpa, les océans qui l’entourent, et la difficulté de saisir les réalités suprasensibles par le seul tarka (raisonnement). Le texte énumère les neuf varṣas de Jambūdvīpa et les principaux varṣa-parvatas—Himavat, Hemakūṭa, Niṣadha, Nīla, Śveta, Śṛṅgavān—avec leurs mesures en yojanas. Il met ensuite au centre le mont Meru : sa quadruple coloration, sa géométrie, sa hauteur, et les terres voisines—Bhadrāśva, Bhārata, Ketumāla, Uttara Kuru. Un excursus cosmogonique et pédagogique suit : de l’avyakta naît une terre semblable à un lotus dont Meru est la ‘karṇikā’, puis Brahmā apparaît et des assemblées divines sont décrites. L’équilibre du monde est suggéré par un zonage ordonné (montagnes, rivières, habitats) qui stabilise la vie humaine et non humaine selon les régions.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivī

Key Concepts

Jambūdvīpanavavarṣa (nine regions)saptadvīpa (seven continents) frameworksamudra-pariveṣṭana (encircling ocean)varṣa-parvata (regional boundary mountains)Meru as axis mundiyojana (traditional distance unit)tarka vs acintya (limits of reasoning)padma-cosmology (lotus model of earth)avyakta–vyakta cosmogony

Shlokas in Adhyaya 75

Verse 1

रुद्र उवाच । अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि जम्बूद्वीपं यथातथम् । संख्यां चापि समुद्राणां द्वीपानां चैव विस्तरम् ॥ ७५.१ ॥

Rudra dit : «Désormais, j’exposerai Jambūdvīpa tel qu’il est, ainsi que le nombre des océans et l’étendue des dvīpas.»

Verse 2

यावन्ति चैव वर्षाणि तेषु नद्यश्च याः स्मृताः । महाभूतप्रमाणं च गतिं चन्द्रार्कयोः पृथक् ॥ ७५.२ ॥

«(Je décrirai) le nombre d’années et les rivières dont on se souvient dans ces régions ; ainsi que les mesures des grands éléments (mahābhūtas) et, séparément, les courses de la Lune et du Soleil.»

Verse 3

द्वीपभेदसहस्राणि सप्तस्वन्तर्गतानि च । न शक्यन्ते क्रमेणेह वक्तुं यैर् विततं जगत् ॥ ७५.३ ॥

«Les milliers de divisions des dvīpas, et celles comprises au sein des sept (principaux), ne peuvent être ici énumérées dans l’ordre ; par elles le monde se déploie.»

Verse 4

सप्तद्वीपान् प्रवक्ष्यामि चन्द्रादित्यग्रहैः सह । येषां मनुष्यास्तर्केण प्रमाणानि प्रचक्षते ॥ ७५.४ ॥

«J’exposerai les sept dvīpas, avec les astres de la Lune et du Soleil ; à leur sujet, les humains, par le raisonnement, énoncent les mesures (et les critères de connaissance).»

Verse 5

अचिन्त्याः खलु ये भावाः न तांस्तर्केण साधयेत् । प्रकृतिभ्यः परं यच्च तदचिन्त्यं विभाव्यते ॥ ७५.५ ॥

En vérité, les réalités inconcevables ne doivent pas être établies par le seul raisonnement ; et tout ce qui dépasse les constituants matériels (prakṛti) est tenu pour inconcevable.

Verse 6

नव वर्षं प्रवक्ष्यामि जम्बूद्वीपं यथातथम् । विस्तारान्मण्डलाच्चैव योजनैस्तन्निबोधत ॥ ७५.६ ॥

Je vais exposer les neuf varṣa de Jambūdvīpa tels qu’ils sont en vérité : leur étendue, leur configuration circulaire et leurs mesures en yojana ; aussi, comprends-le avec attention.

Verse 7

शतमेकें सहस्राणां योजनानां समन्ततः । नानाजनपदाकीर्णं योजनेर्विविधैः शुभैः ॥ ७५.७ ॥

Il s’étend sur cent mille yojana de tous côtés et se trouve rempli de nombreux janapada (pays), délimités par diverses mesures de yojana, de bon augure.

Verse 8

सिद्धचारणसंकीर्णं पर्वतैरुपशोभितम् । सर्वधातुविवृद्धैश्च शिलाजालसमुद्भवैः । पर्वतप्रभवाभिश्च नदीभिः सर्वतश्चितम् ॥ ७५.८ ॥

Il est foisonnant de Siddha et de Cāraṇa, et embelli par des montagnes : il abonde en toutes sortes de richesses minérales et en réseaux de roches qui y prennent naissance ; et, de toutes parts, il est rempli de rivières issues des montagnes.

Verse 9

जम्बूद्वीपः पृथुः श्रीमान् सर्वतः परिमण्डलः । नवभिश्चावृतः श्रीमान् भुवनैर्भूतभावनः ॥ ७५.९ ॥

Jambūdvīpa est vaste et splendide, circulaire de toutes parts. Il est entouré de neuf varṣa ; il est resplendissant et, par ses mondes, il nourrit les êtres vivants.

Verse 10

लवणेन समुद्रेण सर्वतः परिवारितः । जम्बूद्वीपस्य विस्तारात् समेन तु समन्ततः ॥ ७५.१० ॥

Il est entouré de toutes parts par l’Océan de Sel ; et, tout autour, il s’étend uniformément selon la largeur de Jambūdvīpa.

Verse 11

तस्य प्रागायताः दीर्घाः षडेते वर्षपर्वताः । उभयत्रावगाढाश्च समुद्रौ पूर्वपश्चिमौ ॥ ७५.११ ॥

Pour cette région, qui s’étend vers l’orient et se déploie en grande longueur, voici les six « montagnes des varṣa » ; et, de part et d’autre, se trouvent les océans, à l’est et à l’ouest.

Verse 12

हिमप्रायश्च हिमवान् हेमकूटश्च हेमवान् । सर्वत्र सुसुखश्चापि निषधः पर्वतो महान् ॥ ७५.१२ ॥

Himaprāya et Himavān, Hemakūṭa et Hemavān ; et aussi Niṣadha —la grande montagne— (sont décrits comme) apportant partout aisance et bien-être.

Verse 13

चतुर्वर्णः स सुवर्णो मेरुश्चोल्बमयो गिरिः । वृत्ताकृतिप्रमाणश्च चतुरस्त्रः समुच्छितः ॥ ७५.१३ ॥

Le mont Meru est décrit comme ayant quatre couleurs ; il est d’or, montagne faite d’une masse minérale ou métallique rayonnante. Sa mesure est de forme circulaire et, pourtant, aussi quadrangulaire, s’élevant très haut.

Verse 14

नानावर्णस्तु पार्श्वेषु प्रजापतिगुणान्वितः । नाभिमण्डलसम्भूतो ब्रह्मणः परमेष्ठिनः ॥ ७५.१४ ॥

Sur ses flancs, il apparaît de couleurs diverses, pourvu des qualités d’un Prajāpati ; et il naquit de la région du nombril de Brahmā, le Seigneur suprême (Parameṣṭhin).

Verse 15

पूर्वतः श्वेतवर्णस्तु ब्राह्मण्यं तेन तस्य तत् । पीतश्च दक्षिणेनासौ तेन वैश्यत्वमिष्यते ॥ ७५.१५ ॥

Tourné vers l’orient, il est de complexion blanche ; c’est pourquoi on lui assigne l’état de brāhmaṇa. Et, lorsqu’au côté méridional il est jaune, c’est pourquoi on lui attribue l’état de vaiśya.

Verse 16

भृङ्गपत्रनिभश्चासौ पश्चिमेन यतोऽथ सः । तेनास्य शूद्रता प्रोक्ता मेरोर् नामार्थकर्मणः ॥ ७५.१६ ॥

Et l’on dit qu’il ressemble à une feuille de la plante bhṛṅga ; de plus, puisqu’il se tient vers l’occident, on énonce pour lui la classification de « śūdra », selon le nom, le sens et la fonction associés à Meru.

Verse 17

पार्श्वमुत्तरतस्तस्य रक्तवर्णं विभाव्यते। तेनास्य क्षत्रभावः स्यादिति वर्णाः प्रकीर्तिताः॥ ७५.१७॥

Sur son côté septentrional, on observe une coloration rouge ; par là, on infère en lui une disposition de Kṣatriya — ainsi sont décrits les varṇa.

Verse 18

वृत्तः स्वभावतः प्रोक्तो वर्णतः परिमाणतः । नीलश्च वैडूर्यमयः श्वेतशुक्लो हिरण्मयः । मयूरबर्हिवर्णस्तु शातकुम्भश्च श्रृङ्गवान् ॥ ७५.१८ ॥

Il est décrit comme naturellement rond, caractérisé par la couleur et par la mesure : bleu et fait de vaidūrya (gemme semblable au lapis), blanc — blanc pur — doré ; et de la teinte d’une plume de paon, aussi de śātakaumbha (or très fin), et pourvu de cornes.

Verse 19

एते पर्वतराजानः सिद्धचारणसेविताः । तेषामन्तरविष्कम्भो नवसाहस्र उच्यते ॥ ७५.१९ ॥

Telles sont les montagnes royales, servies par les Siddha et les Cāraṇa ; leur largeur intérieure (ou l’intervalle entre elles) est dite de neuf mille (unités).

Verse 20

मध्ये त्विलावृतं नाम महामेरोः स सम्भवः । नवैव तु सहस्राणि विस्तीर्णः सर्वतश्च सः ॥ ७५.२० ॥

Au milieu se trouve la région nommée Ilāvṛta, le domaine central associé au Mahāmeru. Elle s’étend sur neuf mille yojanas dans toutes les directions.

Verse 21

मध्यं तस्य महामेरुर्विधूम इव पावकः । वेद्यर्धं दक्षिणं मेरोरुत्तरार्धं तथोत्तरम् ॥ ७५.२१ ॥

En son centre se dresse le grand Meru, tel un feu sans fumée. La moitié méridionale de Meru est appelée Vedya-ardha, et de même la moitié septentrionale est la division du Nord.

Verse 22

वर्षाणि यानि षडत्र तेषां ते वर्षपर्वताः । योजनाग्रं तु वर्षाणां सर्वेषां तद्विधीयते ॥ ७५.२२ ॥

Ici, les six régions (varṣas) décrites possèdent chacune leurs montagnes de varṣa (varṣaparvatas). Pour toutes ces varṣas, la largeur est fixée selon la norme d’un yojana.

Verse 23

द्वे द्वे वर्षे सहस्राणां योजनानां समुच्छ्रयः । जम्बूद्वीपस्य विस्तारस्तेषामायाम उच्यते ॥ ७५.२३ ॥

Pour chaque paire de varṣas, l’élévation est dite de deux mille yojanas ; et la largeur de Jambūdvīpa est décrite comme leur étendue longitudinale.

Verse 24

योजनानां सहस्राणि शतौ द्वौ चायतौ गिरौ । नीलश्च निषधश्चैव ताभ्यां हीनाश्च ये परे । श्वेतश्च हेमकूटश्च हिमवान् शृङ्गवांश्च यः ॥ ७५.२४ ॥

Deux montagnes — Nīla et Niṣadha — s’étendent sur deux cent mille yojanas. Celles qui se trouvent au-delà sont de moindre étendue : Śveta, Hemakūṭa et Himavān, la chaîne de montagnes aux nombreux sommets.

Verse 25

जम्बूद्वीपप्रमाणेन निषधः परिकीर्तितः । तस्माद् द्वादशभागेन हेमकूटः प्रहीयते । हिमवान् विंशभागेन हेमकूटात् प्रहीयते ॥ ७५.२५ ॥

Conformément aux mesures de Jambūdvīpa, Niṣadha est ainsi décrit. D’après cette norme, Hemakūṭa est diminué d’un douzième ; et Himavān est diminué d’un vingtième par rapport à Hemakūṭa.

Verse 26

अष्टाशीतिसहस्राणि हेमकूटो महागिरिः । अशीतिर्हिमवान्शैल आयतः पूर्वपश्चिमे ॥ ७५.२६ ॥

La grande montagne Hemakūṭa s’étend sur quatre-vingt-huit mille yojanas. La chaîne de l’Himavān s’étend sur quatre-vingt mille (yojanas) d’est en ouest.

Verse 27

द्वीपस्य मण्डलीभावाद् ह्रासवृद्धी प्रकीर्त्यते । वर्षाणां पर्वतानां च यथा चेमे तथोत्तरम् ॥ ७५.२७ ॥

Parce que le continent (dvīpa) prend une forme circulaire, on en décrit la diminution et l’accroissement ; de même sont exposées les régions (varṣa) et les montagnes : comme cela a été énoncé ici, ainsi le sera-t-il dans la suite.

Verse 28

तेषां मध्ये जनपदास्तानि वर्षाणि चैव तत् । प्रपातविषमैस्तैस्तु पर्वतैरावृतानि तु ॥ ७५.२८ ॥

Parmi eux se trouvent les pays habités (janapada), et aussi ces régions (varṣa). Elles sont entourées de montagnes âpres, aux précipices et aux reliefs inégaux.

Verse 29

संततानि नदीभेदैरगम्यानि परस्परम् । वसन्ति तेषु सत्त्वानि नानाजातीनि सर्वशः ॥ ७५.२९ ॥

Séparées par les ramifications des rivières, ces étendues se prolongent et demeurent inaccessibles les unes aux autres ; en elles vivent des êtres de multiples espèces, en toutes directions.

Verse 30

एतद्धैमवतं वर्षं भारती यत्र सन्ततिः । हेमकूटं परं यत्र नाम्ना किम्पुरुषोत्तमः ॥ ७५.३० ॥

Voici la région Haimavata (himalayenne), où demeure la lignée Bhāratī (la descendance de Bhārata) ; et là se dresse l’éminent Hemakūṭa, connu sous le nom de Kiṁpuruṣottama.

Verse 31

हेमकूटात् तु निषधं हरिवर्षं तदुच्यते । हरिवर्षात् परं चैव मेरुपार्श्व इलावृतम् ॥ ७५.३१ ॥

Depuis Hemakūṭa, la contrée de Niṣadha est dite Harivarṣa ; et au-delà de Harivarṣa, sur le flanc du mont Meru, se trouve Ilāvṛta.

Verse 32

इलावृतात् परं नीलं रम्यकं नाम विश्रुतम् । रम्यकाच्च परं श्वेतं विश्रुतं तद्धिरण्मयम् । हिरण्मयात् परं चैव शृङ्गवन्तं कुरु स्मृतम् ॥ ७५.३२ ॥

Au-delà d’Ilāvṛta se trouvent le Nīla et la région renommée appelée Ramyaka. Au-delà de Ramyaka est le mont Śveta, célèbre; et au-delà de celui-ci, la contrée Hiraṇmaya. Au-delà d’Hiraṇmaya, Kuru est rappelée sous le nom de Śṛṅgavant (la terre liée aux monts Śṛṅgavat).

Verse 33

धनुःसंस्थे तु द्वे वर्षे विज्ञेये दक्षिणोत्तरे । द्वीपानि खलु चत्वारि चतुरस्त्रमिलावृतम् ॥ ७५.३३ ॥

Dans la région disposée en forme d’arc, il faut reconnaître deux varṣas : le méridional et le septentrional. Il y a en vérité quatre îles (dvīpa), et Ilāvṛta est de forme quadrangulaire.

Verse 34

अर्वाक् च निषधस्याथ वेद्यर्धं दक्षिणं स्मृतम् । परं शृङ्गवतो यच्च वेद्यर्धं हि तदुत्तरम् ॥ ७५.३४ ॥

Au sud de Niṣadha, on comprend traditionnellement la moitié méridionale de la Vedi ; et ce qui est au-delà de Śṛṅgavat est bien la moitié septentrionale de la Vedi.

Verse 35

वेद्यर्धे दक्षिणे त्रीणि वर्षाणि त्रीणि चोत्तरे । तयोर्मध्ये तु विज्ञेयो यत्र मेरुस्त्विलावृतः ॥ ७५.३५ ॥

Dans la moitié méridionale de la Vedi se trouvent trois régions (varṣa), et de même trois dans la moitié septentrionale. Entre les deux, il faut comprendre la région centrale, où se situe le mont Meru, à savoir Ilāvṛta.

Verse 36

दक्षिणेन तु नीलस्य निषधस्योत्तरेण च । उदगायतो महाशैलो माल्यवान्नाम पर्वतः ॥ ७५.३६ ॥

Au sud du mont Nīla et au nord du mont Niṣadha s’étend, vers le nord, une grande montagne nommée Mālyavān.

Verse 37

योजनानां सहस्रे द्वे विष्कम्भोच्छ्रय एव च । आयामतश्चतुस्त्रिंशत् सहस्राणि प्रकीर्तितः ॥ ७५.३७ ॥

Son diamètre et sa hauteur sont chacun dits de deux mille yojanas ; et sa longueur est proclamée de trente-quatre mille yojanas.

Verse 38

तस्य प्रतीच्यां विज्ञेयः पर्वतो गन्धमादनः । आयामोच्छ्रयविस्तारात् तुल्यो माल्यवता तु सः ॥ ७५.३८ ॥

À son occident, il faut connaître la montagne appelée Gandhamādana ; par sa longueur, sa hauteur et sa largeur, elle est comparable à Mālyavat.

Verse 39

परिमण्डलस्तयोर्मध्ये मेरुः कनकपर्वतः । चतुर्वर्णः ससौवर्णश्चतुरस्त्रः समुच्छ्रितः ॥ ७५.३९ ॥

Au milieu de ces régions se tient le mont Meru, la montagne d’or : de forme circulaire ; aux quatre colorations, resplendissant d’éclat doré ; à quatre faces et d’une haute élévation.

Verse 40

अव्यक्ता धातवः सर्वे समुत्पन्ना जलादयः । अव्यक्तात् पृथिवीपद्मं मेरुस्तस्य च कर्णिका ॥ ७५.४० ॥

De l’Inmanifesté (avyakta) naquirent tous les constituants élémentaires, à commencer par l’eau et les autres. De cet Inmanifesté, la Terre surgit telle un lotus, et le mont Meru est dit être sa karṇikā, le cœur central.

Verse 41

चतुष्पत्रं समुत्पन्नं व्यक्तं पञ्चगुणं महत् । ततः सर्वाः समुद्भूता वितता हि प्रवृत्तयः ॥ ७५.४१ ॥

Alors surgit un principe à quatre pétales : manifesté, grand, et doté de cinq qualités ; de lui, en vérité, naquirent toutes les pravṛttis, activités et impulsions, et elles se déployèrent au loin.

Verse 42

अनेककल्पजीवद्भिः पुरुषैः पुण्यकारिभिः । कृतात्मभिर्महात्मभिः प्राप्यते पुरुषोत्तमः ॥ ७५.४२ ॥

Le Puruṣottama, la Personne Suprême, est atteint par ceux qui ont vécu à travers de nombreux âges, accomplissent des actes méritoires et se sont maîtrisés : des âmes magnanimes.

Verse 43

महायोगी महादेवो जगद्ध्येयो जनार्दनः । सर्वलोकगतोऽनन्तो व्यापको मूर्तिरव्ययः ॥ ७५.४३ ॥

Il est le grand yogin, le grand Seigneur ; Janārdana, objet de méditation pour le monde. Il est l’Infini présent en tous les mondes, pénétrant tout, incarné, et impérissable.

Verse 44

न तस्य प्राकृताः मूर्तिर्मांसमेदोऽस्थिसंभवा । योगित्वाच्चेश्वरत्वाच्च सत्त्वरूपधरो विभुः ॥ ७५.४४ ॥

Sa forme n’est pas matérielle (prākṛta), ni issue de chair, de graisse et d’os ; mais, par sa nature yogique et par sa souveraineté, l’Omniprésent porte une forme faite de sattva (clarté et pureté).

Verse 45

तन्निमित्तं समुत्पन्नं लोके पद्मं सनातनम् । कल्पशेषस्य तस्यादौ कालस्य गतिरीदृशी ॥ ७५.४५ ॥

De cette cause naquit dans le monde le lotus éternel. Au commencement de la phase restante du kalpa, telle était la marche du temps.

Verse 46

तस्मिन् पद्मे समुत्पन्नो देवदेवश्चतुर्मुखः । प्रजापतिपतिर्देव ईशानो जगतः प्रभुः ॥ ७५.४६ ॥

De ce lotus naquit le dieu des dieux, celui aux quatre visages. Seigneur des Prajāpatis, souverain divin, maître et gouverneur du monde.

Verse 47

तस्य बीजनिसर्गं हि पुष्करस्य यथार्थवत् । कृत्स्नं प्रजानिसर्गेण विस्तरेणैव वर्ण्यते ॥ ७५.४७ ॥

En vérité, le récit de son origine issue de la semence—celle de Puṣkara—sera exposé selon son sens authentique, pleinement et en détail, à travers la narration de l’émanation des êtres (prajā-sarga).

Verse 48

तदम्बु वैष्णवः कायो यतो रत्नविभूषितः । पद्माकाराऽ समुत्पन्ना पृथिवी सवनद्रुमा ॥ ७५.४८ ॥

Cette eau devint un corps vaiṣṇava, paré de joyaux ; et la Terre surgit sous la forme d’un lotus, avec ses forêts et ses arbres.

Verse 49

तत् तस्य लोकपद्मस्य विस्तारं सिद्धभाषितम् । वर्ण्यमानं विभागेन क्रमशः शृणुत द्विजाः ॥ ७५.४९ ॥

Écoutez maintenant, ô deux-fois-nés, dans l’ordre et par divisions, l’étendue de ce « lotus du monde », telle qu’elle est décrite dans la parole des Siddhas.

Verse 50

महावर्षाणि ख्यातानि चत्वार्यत्र च संस्थिताः । तत्र पर्वतसंस्थानो मेरुर्नाम महाबलः ॥ ७५.५० ॥

Ici, l’on dit que quatre grands domaines renommés (mahāvarṣa) sont établis ; là se dresse une étendue en forme de montagne, le puissant nommé Meru.

Verse 51

नानावर्णः स पार्श्वेषु पूर्वतः श्वेत उच्यते । पीतं च दक्षिणं तस्य भृङ्गवर्णं तु पश्चिमम् ॥ ७५.५१ ॥

On le décrit comme portant diverses couleurs sur ses flancs : à l’est, on le dit blanc ; au sud, jaune ; et à l’ouest, de la couleur de l’abeille (sombre).

Verse 52

उत्तरं रक्तवर्णं तु तस्य पार्श्वं महात्मनः । मेरुस्तु शोभते शुक्लो राजवंशे तु धिष्टितः ॥ ७५.५२ ॥

Le flanc nord de ce grand être est de couleur rouge ; mais le mont Meru resplendit de blancheur, établi au sein de la lignée royale.

Verse 53

तरुणादित्यसंकाशो विधूम इव पावकः । योजनानां सहस्राणि चतुराशीतिरुच्छ्रितः ॥ ७५.५३ ॥

Il resplendissait tel le jeune soleil, tel un feu sans fumée ; sa hauteur s’élevait à quatre-vingt-quatre mille yojanas.

Verse 54

प्रविष्टः षोडशाधस्ताद्विस्तृतः षोडशैव तु । शरावसंस्थितत्वाच्च द्वात्रिंशन्मूर्ध्नि विस्तृतः ॥ ७५.५४ ॥

Il s’enfonce de seize (unités) vers le bas et s’étend pareillement de seize (unités) en largeur ; et, parce qu’il est disposé comme un bol peu profond (śarāva), il s’élargit au sommet jusqu’à trente-deux (unités).

Verse 55

विस्तारस्त्रिगुणश्चास्य परिणाहः समन्ततः । मण्डलेन प्रमाणेन व्यस्यमानं तदिष्यते ॥ ७५.५५ ॥

On dit que sa largeur est triple et que sa circonférence s’étend de tous côtés ; lorsqu’on le trace et le mesure selon la norme du cercle, telle est la mesure admise.

Verse 56

नवतिश्च सहस्राणि योजनानां समन्ततः । ततः षट्काधिकानां च व्यस्यमानं प्रकीर्तितम् । चतुरस्त्रेण मानेन परिणामः समन्ततः ॥ ७५.५६ ॥

«Son étendue est de quatre-vingt-dix mille yojanas de tous côtés. Ensuite, on proclame aussi un ajout de six (mille yojanas) comme diamètre. Selon la norme d’une mesure quadrangulaire, sa circonférence est indiquée sur chaque côté.»

Verse 57

स पर्वतो महादिव्यो दिव्यौषधिसमन्वितः । सवैनैरावृतः सर्वो जातरूपमयैः शुभैः ॥ ७५.५७ ॥

Cette montagne est d’une splendeur éminente et céleste, pourvue d’herbes médicinales divines ; elle est entièrement revêtue d’éléments auspices faits d’or.

Verse 58

तत्र देवगणाः सर्वे गन्धर्वोरगराक्षसाः । शैलराजे प्रमोदन्ते तथैवाप्सरसां गणाः ॥ ७५.५८ ॥

Là, toutes les troupes des devas—avec les Gandharvas, les Nāgas et les Rākṣasas—se réjouissent sur le roi des montagnes ; de même les assemblées d’Apsaras.

Verse 59

स तु मेरुः परिवृतो भवनैर्भूतभावनैः । चत्वारो यस्य देशास्तु नानापार्श्वेषु धिष्ठिताः ॥ ७५.५९ ॥

Ce mont Méru, quant à lui, est entouré de demeures qui soutiennent les êtres ; et il possède quatre régions, établies sur ses divers côtés.

Verse 60

भद्राश्वो भारतश्चैव केतुमालश्च पश्चिमे । उत्तरे कुरवश्चैव कृतपुण्यप्रतिश्रयाः ॥ ७५.६० ॥

Bhadrāśva et Bhārata, ainsi que Ketumāla à l’occident; et de même les Kurus au nord : ce sont des demeures qui servent de refuge à ceux qui ont acquis le mérite (puṇya).

Verse 61

कर्णिका तस्य पद्मस्य समन्तात् परिमण्डला । योजनानां सहस्राणि योजनानां प्रमाणतः ॥ ७५.६१ ॥

Le péricarpe (karnikā, cœur central) de ce lotus est circulaire de toutes parts; selon l’étalon de mesure du yojana, il s’étend sur des milliers de yojanas.

Verse 62

तस्य केसरजालानि नवषट् च प्रकीर्तिताः । चतुरशीतिरुत्सेधो विवरान्तरगोचराः ॥ ७५.६२ ॥

On déclare que ses réseaux de kesara (filaments du pollen) sont au nombre de cinquante-neuf; sa hauteur est de quatre-vingt-quatre, s’étendant dans les espaces entre les ouvertures (interstices).

Verse 63

त्रिंशच्चापि सहस्राणि योजनानां प्रमाणतः । तस्य केसरजालानि विकीर्णानि समन्ततः ॥ ७५.६३ ॥

Mesuré en yojanas, il s’étend jusqu’à trente mille; et ses réseaux de kesara sont dispersés de toutes parts.

Verse 64

शतसाहस्रमायाममशीतिḥ पृथुलानि च । चत्वारि तत्र पर्णानि योजनानां चतुर्दश ॥ ७५.६४ ॥

Sa longueur est de cent mille yojanas et sa largeur de quatre-vingts; on y trouve quatre parṇa (feuilles), chacune mesurant quatorze yojanas.

Verse 65

तत्र या सा मया तुभ्यं कर्णिकीत्यभिविश्रुता । तां वर्ण्यमानामेकाग्र्यात् समासेन निबोधत । मणिपर्णशतैश्चित्रां नानावर्णप्रभासिताम् ॥ ७५.६५ ॥

Là se trouve ce qui est renommé sous le nom de «Karṇikī», dont je t’ai parlé—écoute d’un esprit recueilli tandis qu’on le décrit brièvement : il est bigarré de centaines de feuilles pareilles à des joyaux, illuminé par l’éclat de multiples couleurs.

Verse 66

अनेकपर्णनिचयं सौवर्णमरुणप्रभम् । कान्तं सहस्रपर्वाणं सहस्रोदरकन्दरम् । सहस्रशतपत्रं च वृत्तमेकं नगोत्कतमम् ॥ ७५.६६ ॥

On décrivit une unique montagne d’excellence, de forme arrondie, portant un amas de feuilles innombrables et resplendissant d’une lueur dorée et rougeâtre ; belle à contempler, avec mille arêtes, mille cavernes en son sein, et des formations semblables au lotus aux mille et aux cent pétales.

Verse 67

मणिरत्नार्पितश्वभ्रैर्मणिभिश्चित्रवेदिकाम् । सुवर्णमणिचित्राङ्गैर्मणिचर्चिततोरणैः ॥ ७५.६७ ॥

Avec des renfoncements incrustés de gemmes et de joyaux, et une estrade (vedikā) ornée de pierres précieuses variées ; avec des éléments de structure bigarrés d’or et de gemmes, et des portiques (toraṇa) embellis de joyaux.

Verse 68

तत्र ब्रह्मसभा रम्या ब्रह्मर्षिजनसंकुला । नाम्ना मनोव्रती नाम सर्वलोकेषु विश्रुता ॥ ७५.६८ ॥

Là se trouvait une ravissante salle d’assemblée de Brahmā, remplie de cohortes de brahmarṣi. Elle était renommée dans tous les mondes sous le nom de «Manovratī».

Verse 69

तत्रेशानस्य देवस्य सहस्रादित्यवर्चसः । महाविमानसंस्थस्य महिमा वर्त्तते सदा ॥ ७५.६९ ॥

Là, la gloire du divin Īśāna—rayonnant comme mille soleils, demeurant dans un grand pavillon céleste—subsiste à jamais.

Verse 70

तत्र सर्वे देवगणाश्चतुर्वक्त्रं स्वयं प्रभुम् । इष्ट्वा पूज्यनमस्कारैरर्चनीयमुपस्थिताः ॥ ७५.७० ॥

Là, toutes les cohortes des dieux—ayant adoré le Seigneur auto-lumineux aux quatre visages—demeurèrent présentes, offrant révérence, vénération et salutations à Celui qui est digne des honneurs rituels.

Verse 71

यैस्तदा दिहसंकल्पैर्ब्रह्मचर्यं महात्मभिः । चीर्‍णं चारुमनोभिश्च सदाचारपथि स्थितैः ॥ ७५.७१ ॥

Par ces êtres magnanimes—alors—dont les résolutions étaient fermes, au cœur raffiné et établis sur la voie de la bonne conduite, la discipline du brahmacarya fut observée comme il se doit.

Verse 72

सम्यगिष्ट्वा च भुक्त्वा च पितृदेवार्चने रताः । गृहाश्रमपरास्तत्र विनीताः अतिथिप्रियाः ॥ ७५.७२ ॥

Après avoir accompli comme il convient les devoirs sacrificiels puis pris leur repas, ils demeurent voués au culte des ancêtres (pitṛ) et des dieux ; là, ils se consacrent à l’āśrama du maître de maison (gṛhastha), disciplinés dans leur conduite et aimant honorer les hôtes.

Verse 73

गृहिणः शुक्लकर्मस्थाः विरक्ताः कारणात्मकाः । यमैर्नियमदानैश्च दृढनिर्दग्धकिल्बिषाः ॥ ७५.७३ ॥

Les maîtres de maison, établis dans des actes purs, détachés et fondés sur le discernement de la causalité, ont consumé fermement leurs démérites par les yama, les niyama et les actes de dāna (don).

Verse 74

तेषां निवसनं शुक्लब्रह्मलोकमनिन्दितम् । उपर्युपरि सर्वासां गतिनां परमा गतिः । चतुर्दशसहस्राणि योजनानां तु कीर्तितम् ॥ ७५.७४ ॥

Leur demeure est décrite comme le Śukla-brahma-loka sans tache ; elle est, toujours plus haut au-delà de toutes les destinées, la destination suprême parmi toutes les voies. Son étendue est dite de quatorze mille yojanas.

Verse 75

ततोऽर्द्धरुचिरे कृष्णे तरुणादित्यवर्चसि । महागिरौ ततो रम्ये रत्नधातुविचित्रिते ॥ ७५.७५ ॥

Alors ils parvinrent à une grande montagne, sombre de teinte mais à demi rayonnante, dotée de l’éclat du jeune soleil; puis à une contrée charmante, bigarrée de filons minéraux riches en gemmes.

Verse 76

नैकरत्नसमावासे मणितोरणमन्दिरे । मेरोः सर्वेषु पार्श्वेषु समन्तात् परिमण्डले ॥ ७५.७६ ॥

Dans une demeure abondante en gemmes de toutes sortes—au sein d’un palais aux portiques ornés de joyaux—sur tous les versants du mont Meru, tout autour, s’étendait une aire circulaire.

Verse 77

त्रिंशद्योजनसाहस्रं चक्रपाटो नगोत्तमः । जारुधिश्चैव शैलेन्द्र इत्येते उत्तराः स्मृताः ॥ ७५.७७ ॥

Cakrapāṭa, le plus éminent des monts, s’étend sur trente mille yojanas; et Jārudhi, lui aussi, est un seigneur des montagnes : ceux-ci sont tenus en mémoire comme les (monts/régions) du Nord.

Verse 78

एतेषां शैलमुख्यानामुत्तरेषु यथाक्रमः । स्थलीरन्तरद्रोण्यश्च सरांसि च निबोधत ॥ ७५.७८ ॥

Apprenez maintenant, dans l’ordre convenable, les plaines, les vallées intermédiaires et les lacs qui se trouvent au nord de ces montagnes principales.

Verse 79

दशयोजनविस्तीर्णा चक्रपाटोपनिर्गता । सा तूर्द्ध्ववाहिनी चापि नदी भूमौ प्रतिष्ठिता ॥ ७५.७९ ॥

Large de dix yojanas, elle (la rivière) jaillit de l’ouverture de Cakrapāṭa. Ce fleuve—qui s’écoule aussi vers le haut—fut établi sur la terre.

Verse 80

सा पुर्याममरावत्यां क्रममाणेन्दुरा प्रभौ । तया तिरस्कृता वा अपि सूर्येन्दुज्योतिषां गणाः ॥ ७५.८० ॥

Dans la cité d’Amarāvatī, cette radieuse avançait d’un pas mesuré ; par elle, même les cohortes de lumières — le soleil, la lune et les astres — semblaient comme éclipsées.

Verse 81

उदयास्तमिते सन्ध्ये ये सेवन्ते द्विजोत्तमाः । तान् तुष्यन्ते द्विजाः सर्वानष्टावप्यचलोत्तमान् ॥ ७५.८१ ॥

Aux jonctions de l’aurore et du couchant, les meilleurs des deux-fois-nés qui accomplissent l’observance prescrite ; par eux sont satisfaits tous les deux-fois-nés, et même les huit montagnes les plus éminentes.

Verse 82

परिभ्रमज्ज्योतिषां या सा रुद्रेन्द्रमता शुभा ॥ ७५.८२ ॥

Cette manifestation de bon augure, faite de lumières tournoyantes, est tenue en estime dans les doctrines associées à Rudra et à Indra.

Frequently Asked Questions

The text foregrounds an epistemic caution: certain cosmological realities are described as acintya (beyond ordinary conceptualization) and should not be reduced to tarka (discursive reasoning). Pedagogically, it frames cosmography as a disciplined account of terrestrial order—regions, mountains, and habitats—suggesting that stability in the world depends on recognizing structured boundaries and proportional measures.

No explicit tithi, māsa, or seasonal calendar prescriptions are provided in the supplied passage. The closest temporal markers are cosmological/astronomical references to the motions or brilliance of the sun and moon (candrārka-gati) and twilight (sandhyā) as a devotional moment mentioned near the end, without a detailed ritual calendar.

Environmental balance is expressed through cosmographic ordering: oceans encircle landmasses, mountain ranges partition varṣas, and river systems (though not fully listed here) render regions both connected and naturally bounded. The narrative presents mountains as stabilizing frameworks that shape habitation patterns for diverse beings (nānājātīni sattvāni), implying that ecological integrity depends on maintaining the world’s layered, proportional structure.

The passage references major cosmological figures rather than dynastic lineages: Rudra (as narrator-voice in this excerpt), Janārdana/Viṣṇu as the transcendent pervasive principle, and Brahmā (Caturmukha) arising within the lotus-cosmology. It also mentions siddhas, cāraṇas, gandharvas, nāgas, rākṣasas, and apsarases as resident classes around Meru, but no specific royal genealogies are named in the provided text.

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