
Kalki-dvādaśī-vrata-vidhiḥ tathā Viśāla-rājopākhyānam
Ritual-Manual with Purāṇic Exemplum (Avatāra-Theology and Royal Ethics)
Dans le cadre d’enseignement de Varāha et Pṛthivī, le chapitre prescrit l’observance de la Dvādaśī de Bhādrapada-śukla vouée à Kalki, forme de Viṣṇu : louange avec invocation des membres nom par nom (à la manière de l’aṅga-nyāsa), installation d’une effigie d’or de Kalki et don à un brāhmaṇa savant. Le récit se tourne ensuite vers l’exemple du roi Viśāla de Kāśī, qui perd son royaume et se retire à Gandhamādana près de Badarī ; il y rencontre Nara et Nārāyaṇa, reçoit l’offre d’une grâce et demande la capacité d’accomplir des yajñas avec diverses dakṣiṇās. Nara expose la suite des avatāras de Viṣṇu et relie des formes de culte à des buts précis : connaissance, sauvegarde de la lignée, protection, prospérité, descendance, beauté et destruction des ennemis. Il est conclu que la Dvādaśī de Viśāla rétablit sa souveraineté et le mène finalement à la délivrance, montrant le rite discipliné comme garant de l’ordre social et de la stabilité terrestre.
Verse 1
दुर्वासा उवाच । तद्वद् भाद्रपदे मासि शुक्लपक्षे तु द्वादशीम् । सङ्कल्प्य विधिना देवं अर्च्छयेत् परमेश्वरम् ॥ ४८.१ ॥
Durvāsā dit : «De même, au mois de Bhādrapada, dans la quinzaine claire, au jour de dvādaśī, après avoir posé le saṅkalpa (l’intention rituelle), on doit adorer le Seigneur suprême, Parameśvara, selon la règle prescrite.»
Verse 2
नमोऽस्तु कल्किने पादौ हृषीकेशाय वै कटिम् । म्लेच्छविध्वंसनायेति जगन्मूर्त्ते तथोदरम् ॥ ४८.२ ॥
Hommage à Kalkin—à ses pieds ; à Hṛṣīkeśa—à sa taille ; au « destructeur des mleccha » ; et de même, hommage au ventre de Celui dont la forme est l’univers.
Verse 3
शितिकण्ठाय कण्ठं तु खड्गपाणेति वै भुजौ । चतुर्भुजायेति हस्तौ विश्वमूर्त्ते तथा शिरः ॥ ४८.३ ॥
Que la gorge soit désignée « pour Śitikaṇṭha » ; que les bras soient, en vérité, « ceux de Khaḍgapāṇi » ; que les mains soient « celles du Quatre-bras » ; et de même, que la tête soit « du Viśvamūrti, à la forme universelle ».
Verse 4
एवमभ्यर्च्य मेधावी प्राग्वत् तस्याग्रतो घटम् । विन्यसेत् कल्किनं देवं सौवर्णं तत्र कारयेत् ॥ ४८.४ ॥
Après avoir ainsi rendu le culte, le pratiquant avisé doit, comme auparavant, placer devant lui un vase d’eau ; là, il doit installer le dieu Kalkin et y faire façonner une (image) d’or de lui.
Verse 5
सितवस्त्रयुगच्छन्नं गन्धपुष्पोपशोभितम् । कृत्वा प्रभाते विप्राय प्रदेयं शास्त्रवित्तमे । एवं कृते भवेद्यस्तु तन्निबोध महामुने ॥ ४८.५ ॥
L’ayant préparé, recouvert d’une paire de vêtements blancs et embelli de parfums et de fleurs, on doit l’offrir à l’aube à un brāhmaṇa versé dans les śāstra. Et quel fruit naît lorsqu’on agit ainsi—écoute-le, ô grand sage.
Verse 6
पूर्वं राजा विशालोऽभूत् काश्यां पुर्यां महाबलः । गोत्रजैर्हृतराज्योऽसौ गन्धमादनमाविशत् ॥ ४८.६ ॥
Autrefois, dans la cité de Kāśī, il y eut un roi très puissant nommé Viśāla. Dépossédé de sa royauté par des membres de sa propre lignée, il entra (se rendit) à Gandhamādana.
Verse 7
तस्य द्रोण्यां महाराज बदरीं प्राप्य शोभनाम् । हृतराज्यो विशेषेण गतश्रीको नरोत्तमः ॥ ४८.७ ॥
Ô grand roi, parvenu au splendide Badarī dans cette vallée, le meilleur des hommes—dépouillé de son royaume et, tout particulièrement, privé de son ancienne prospérité—y arriva.
Verse 8
कदाचिदागतौ तत्र पुराणावृषिसत्तमौ । नरनारायणौ देवौ सर्वदेवनमस्कृतौ ॥ ४८.८ ॥
Un jour, y arrivèrent les deux plus éminents sages d’autrefois—Nara et Nārāyaṇa—êtres divins honorés par tous les dieux.
Verse 9
तौ दृष्ट्वा तत्र राजानं पूर्वागतमरिंदमौ । ध्यायन्तं परमं ब्रह्म विष्ण्वाख्यं परमं पदम् ॥ ४८.९ ॥
Les voyant, ces deux dompteurs d’ennemis aperçurent le roi, arrivé auparavant, méditant sur le Brahman suprême, la demeure la plus haute appelée Viṣṇu.
Verse 10
तौ प्रीतावूचतुस् तं तु राजानं क्षीणकल्मषम् । वरं वृणीष्व राजेन्द्र वरदौ स्वस्तवागतौ ॥ ४८.१० ॥
Satisfaits, tous deux s’adressèrent au roi, dont les souillures étaient épuisées : «Ô seigneur des rois, choisis une grâce. Nous sommes arrivés sains et saufs, et nous sommes dispensateurs de dons».
Verse 11
राजोवाच । भवन्तौ कौ न जानामि कस्य गृह्णाम्यहं वरम् । आराधयामि यत् तस्माद् वरमिच्छामि शोभनम् ॥ ४८.११ ॥
Le roi dit : «Je ne sais qui vous êtes tous deux ; de qui dois-je recevoir une grâce ? Puisque j’adore Celui que je vénère, je désire donc une grâce de bon augure».
Verse 12
एवमुक्तौ तु तौ राज्ञा कामाराधयसे प्रभो । कं वा वरं वृणुष्व त्वं कथयस्व कुतूहलात् ॥ ४८.१२ ॥
Ainsi interpellés par le roi, il dit : «Ô Seigneur, daigne accueillir ma requête selon ton bon vouloir. Choisis la grâce (vara) que tu désires, et dis-la-moi, par simple curiosité.»
Verse 13
एवमुक्तस्ततो राजा विष्णुमाराधयाम्यहम् । कथयित्वा स्थितस्तूष्णीं ततस्तावूचतुः पुनः ॥ ४८.१३ ॥
Ainsi interpellé, le roi dit alors : «Je rendrai un culte à Viṣṇu.» Après ces mots, il demeura silencieux ; puis les deux reprirent la parole.
Verse 14
राजन् तस्यैव देवस्य प्रसादादावयोर् वरः । दातव्यस् ते वरं ब्रूहि कस् ते मनसि वर्तते ॥ ४८.१४ ॥
«Ô roi, par la grâce de ce même dieu, il nous revient à nous deux de t’accorder une grâce. Parle : énonce le don ; qu’est-ce qui demeure en ton esprit ?»
Verse 15
राजोवाच । यथा यज्ञेश्वरं देवं यज्ञैर्विविधदक्षिणैः । यष्टुं समर्थता मे स्यात् तथा मे ददतां वरम् ॥ ४८.१५ ॥
Le roi dit : «Accorde-moi une grâce telle que je puisse célébrer le Dieu, Seigneur du sacrifice (Yajñeśvara), par des rites sacrificiels accompagnés de diverses offrandes honorifiques (dakṣiṇā).»
Verse 16
नर उवाच । स्वयं नारायणो देवो लोकमार्गप्रदर्शकः । मया सह तपः कुर्याद् बदर्यां लोकभावनः ॥ ४८.१६ ॥
Nara dit : «Que Nārāyaṇa lui-même — le Divin qui révèle la voie du monde — accomplisse avec moi l’ascèse (tapas) à Badarī, lui qui fait vivre et prospérer les mondes.»
Verse 17
अयं मत्स्योऽभवत् पूर्वं पुनः कूर्मस्वरूपवान् । वराहश्चाभवद् देवो नरसिंहस्ततोऽभवत् ॥ ४८.१७ ॥
Autrefois, Il devint Matsya, le Poisson; puis, de nouveau, Il prit la forme de Kūrma, la Tortue. Le Dieu devint aussi Varāha, le Sanglier; et ensuite Il devint Narasiṁha, l’Homme-Lion.
Verse 18
वामनस्तु ततो जातो जामदग्न्यो महाबलः । पुनर्दाशरथिर्भूत्वा वासुदेवः पुनर्बभौ ॥ ४८.१८ ॥
Puis naquit Vāmana; ensuite Jāmadagnya, le très puissant (Paraśurāma). De nouveau, étant devenu le fils de Daśaratha (Rāma), Vāsudeva se manifesta encore une fois.
Verse 19
बुद्धो भूत्वा जनं ह्येष मोहयामास पार्थिव । सपत्नान् दस्यवो म्लेच्छान् पुनर्हत्वा महीमिमाम् । प्रकृतिस्थां चकारायं स एष भगवान् हरिः ॥ ४८.१९ ॥
Ô roi, étant devenu le Bouddha, il plongea véritablement les gens dans l’illusion. Puis, après avoir de nouveau abattu les adversaires—brigands et mlecchas—il rétablit cette terre dans un ordre stable, conforme à sa nature. Celui-ci même est Bhagavān Hari.
Verse 20
पूज्यते मत्स्यरूपेण सर्वज्ञत्वमभीप्सुभिः । स्ववंशोद्धरणार्थाय कूर्मरूपी तु पूज्यते ॥ ४८.२० ॥
Ceux qui aspirent à l’omniscience le vénèrent sous la forme de Matsya, le Poisson. Et, afin de sauver et préserver sa propre lignée, on l’adore sous la forme de Kūrma, la Tortue.
Verse 21
भवोदधिनिमग्नेन वाराहः पूज्यते हरिः । नारसिंहेन रूपेण तद्वत् पापभयाद् नरैः ॥ ४८.२१ ॥
Celui qui a sombré dans l’océan du devenir mondain (saṁsāra) doit vénérer Hari sous la forme de Varāha. De même, les hommes tourmentés par la crainte du péché doivent le vénérer sous la forme de Narasiṁha.
Verse 22
वामनं मोहनाशाय वित्तार्थे जगदग्निजम् । क्रूरशत्रुविनाशाय यजेद् दाशरथिं बुधः ॥ ४८.२२ ॥
Pour dissiper l’illusion, le sage doit adorer Vāmana ; pour obtenir la richesse, (il doit adorer) Jagadagnija ; et pour anéantir les ennemis cruels, le sage doit adorer Dāśarathi (Rāma).
Verse 23
बालकृष्णौ यजेद् धीमान् पुत्रकामो न संशयः । रूपकामो यजेद् बुद्धं कल्किनं शत्रुघातने ॥ ४८.२३ ॥
L’homme avisé qui désire un fils doit adorer Bāla-Kṛṣṇa, sans aucun doute. Celui qui désire la beauté doit adorer le Buddha ; et (il faut adorer) Kalkin pour l’abattement des ennemis.
Verse 24
एवमुक्त्वा नरस्तस्य इमामेवाब्रवीन् मुनिः । द्वादशीं कृतवान् सोऽपि चक्रवर्ती बभूव ह । तस्यैव नाम्ना बदरी विशालाख्या अभवन् मुने ॥ ४८.२४ ॥
Après avoir ainsi parlé, Nara lui transmit cette même parole ; et lui aussi, ayant institué l’observance de la Dvādaśī, devint véritablement un cakravartin (souverain universel). Et, par son propre nom, ô muni, le lieu de Badarī fut appelé « Viśālā ».
Verse 25
इह जन्मनि राजा असौ राज्यं कृत्वा इयाद् वनम् । यज्ञैश्च विविधैरिष्ट्वा परं निर्वाणमाप्तवान् ॥ ४८.२५ ॥
En cette même vie, ce roi—après avoir exercé la royauté—se rendit dans la forêt ; et, après avoir accompli divers sacrifices, il atteignit le nirvāṇa suprême (la délivrance ultime).
The text frames disciplined ritual action (vrata, arcana, dāna, and yajña) as a mechanism for restoring social and political order while aligning human aims with a broader cosmic/terrestrial balance; the avatāra taxonomy is used to map specific intentions (knowledge, protection, prosperity, lineage, conflict resolution) to regulated forms of worship rather than impulsive action.
The observance is specified for Bhādrapada māsa during the śukla pakṣa on Dvādaśī tithi, with worship performed by rule (vidhinā) and the dāna (gift of the prepared item/image) given in the morning (prabhāte).
Although not a direct ecological manual, the chapter links dharma-centered rites and the avatāra principle to the re-establishment of the world in a stable condition (prakṛti-sthāpanā), implying that orderly governance, redistribution through dakṣiṇā/dāna, and restrained conduct contribute to Pṛthivī’s sustaining equilibrium—an Earth-centered ethic consistent with the Varāha–Pṛthivī framework.
The narrative references King Viśāla of Kāśī and the ascetic divine pair Nara and Nārāyaṇa at Badarī; it also enumerates culturally central avatāra figures of Viṣṇu (Matsya, Kūrma, Varāha, Narasiṃha, Vāmana, Jāmadagnya/Paraśurāma, Dāśarathi/Rāma, Vāsudeva/Kṛṣṇa, Buddha, and Kalki) as a doctrinal lineage of world-order interventions.