
Pāpanāśopāya-varṇanaṃ tathā Prabodhinī-Ekādaśī/Dvādaśī-māhātmyaṃ
Ritual-Manual (Vrata-Māhātmya) with Ethical-Discourse
Le chapitre s’ouvre sur Nārada s’adressant à Dharmarāja (Yama) et sollicitant un enseignement de salut et de bien-être qui s’étende aussi aux Śūdras, puisque Yama se dit impartial envers tous les êtres. Yama répond par un répertoire de pratiques expiatoires centrées sur la sainteté bovine (pañcagavya, ablutions liées à la vache et gestes de vénération), la vénération du Soleil, ainsi que des rites accomplis à des moments propices et sous des conditions lunaires et astrales déterminées. Le dialogue se déplace ensuite vers le cadre Varāha–Pṛthivī : Pṛthivī demande comment, au Kali-yuga, des hommes moralement déchus peuvent obtenir une destinée favorable malgré de graves transgressions sociales. Varāha prescrit l’observance d’Ekādaśī/Dvādaśī—surtout la Prabodhinī de Kārttika—comme discipline de retenue, de culte et de dons, présentée comme une éthique réparatrice qui stabilise la conduite humaine et, par là, l’ordre terrestre et le bien-être de Pṛthivī.
Verse 1
पुनः पापनाशोपायवर्णनम् ॥ ऋषिपुत्र उवाच ॥ एतच्छ्रुत्वा शुभं वाक्यं धर्मराजस्य नारदः ॥ इदं भावेन भक्त्या च पुनर्वचनमब्रवीत् ॥
De nouveau, l’exposé des moyens d’anéantir le péché. Le fils du ṛṣi dit : Ayant entendu cette parole de bon augure de Dharmarāja, Nārada, avec ferveur et dévotion respectueuse, reprit la parole en ces termes.
Verse 2
नारद उवाच ॥ समः सर्वेषु भूतेषु स्थावरेषु चरेषु च ॥ धर्मराज महाबाहो पितृतुल्यपराक्रम ॥
Nārada dit : «Tu es impartial envers tous les êtres, immobiles comme mobiles. Ô Dharmarāja, aux bras puissants, dont la vaillance est comparable à celle des Pitṛ (Pères ancestraux)…»
Verse 3
ब्राह्मणानां हितार्थाय यदुक्तं मे प्रदक्षिणम् ॥ इदं श्रेयतमाख्यानं श्रुतं श्रुतपरं पदम् ॥
«Pour le bien des brāhmaṇa, ce qui m’a été énoncé au sujet de la pradakṣiṇā : voici un exposé des plus salutaires, reçu comme un enseignement d’autorité suprême dans la tradition.»
Verse 4
त्रयो वर्णा महाभाग यज्ञसामान्यभागिनः ॥ शूद्रा वेदपवित्रेभ्यो ब्राह्मणैस्तु बहिष्कृताः ॥
«Trois varṇa, ô bienheureux, participent aux parts communes du sacrifice (yajña) ; mais les śūdra sont exclus par les brāhmaṇa des rites védiques de consécration.»
Verse 5
यथैव सर्वसमता तव भूतेषु मानद ॥ तथैव तेषामपि हि श्रेयो वाच्यं महामते ॥
«De même que tu manifestes une parfaite impartialité envers les êtres, ô dispensateur d’honneur, de même il convient d’énoncer pour eux aussi ce qui est salutaire, ô grand d’esprit.»
Verse 6
यथा कर्म हितं वाक्यं शूद्राणामपि कथ्यताम् ॥ यम उवाच ॥ अहं ते कथयिष्यामि चातुर्वर्ण्यस्य नित्यशः ॥
«Qu’un enseignement bénéfique, conforme à l’action et au devoir, soit aussi énoncé pour les śūdra.» Yama dit : «Je t’exposerai, de façon constante, les principes permanents concernant l’ordre des quatre varṇa.»
Verse 7
यद्धितं धर्मयुक्तं च नित्यं भवति सुव्रत ॥ केवलं श्रुतिसंयोगाच्छ्रद्धया नियमेन च ॥
Ce qui est salutaire et conforme au dharma devient durable, ô toi aux bons vœux, par le lien avec la Tradition sacrée (śruti), par la foi et par l’observance réglée.
Verse 8
करोति पापनाशार्थमिदं वक्ष्यामि तच्छृणु ॥ गावः पवित्रा मङ्गल्या देवानामपि देवताः ॥
Ceci se fait afin de détruire le péché ; je vais l’énoncer, écoute. Les vaches sont purifiantes et de bon augure, vénérées comme des divinités même parmi les dieux.
Verse 9
यस्ताः शुश्रूषते भक्त्या स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥ सौम्ये मुहूर्ते संयुक्ते पञ्चगव्यं तु यः पिबेत् ॥
Celui qui les sert (les vaches) avec dévotion est délivré des péchés. Et celui qui boit le pañcagavya à un muhūrta favorable et bien conjoint (temps rituel)…
Verse 10
सर्वतीर्थफलṃ प्राप्य स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥ प्रस्रवेण च यः स्नायाद्रोहिण्यां मानवॆ द्विज ॥
Ayant obtenu le fruit de tous les tīrthas, il est délivré des péchés. Et celui qui se baigne au moyen d’une source jaillissante (prasrava), sous Rohiṇī, ô homme, ô deux-fois-né (dvija)…
Verse 11
सर्वपापकृतान्दोषान्दहत्याशु न संशयः ॥ धेनुस्तनाद्विनिष्क्रान्तां धारां क्षीरस्य यो नरः ॥
Cela brûle promptement les fautes issues de tous les péchés, sans aucun doute. L’homme qui reçoit ou emploie le jet de lait sorti du pis de la vache…
Verse 12
शिरसा प्रतिगृह्णाति स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥ ब्राह्मणस्तु सदा स्नातो भक्त्या परमया युतः ॥
Celui qui le reçoit la tête inclinée est délivré des péchés. Le brāhmane, toujours purifié par le bain rituel, agit animé d’une dévotion suprême.
Verse 13
नमस्येत्प्रयतो भूत्वा स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥ उदयान्निःसृतं सूर्यं भक्त्या परमया युतः ॥
Devenu discipliné, qu’il se prosterne avec révérence ; il est délivré des péchés, en vénérant le Soleil qui se lève à l’aurore, animé d’une dévotion suprême.
Verse 14
नमस्येत्प्रयतो भूत्वा स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥ दध्यक्षताञ्जलीभिस्तु त्रिभिः पूजयते शुचिः ॥
Devenu discipliné, qu’il se prosterne ; il est affranchi des péchés. Étant pur, il rend un culte avec trois poignées (añjalis) de caillé mêlé d’akṣata (riz non décortiqué).
Verse 15
तस्य भानुः प्रसन्नश्च ह्यशुभं यत्समर्जितम् ॥ तस्य भानुः स संदह्य दूरीकुर्यात्सदा द्विज ॥
Pour lui, le Soleil devient bienveillant ; et toute infortune accumulée, son Soleil la brûle et l’écarte toujours au loin, ô deux-fois-né.
Verse 16
तावकं दधिमिश्रं तु पात्रे औदुम्बरे स्थितम् ॥ सोमाय पौर्णमास्यां हि दत्वा पापैः प्रमुच्यते ॥
Mais, le jour de la pleine lune, ayant offert à Soma cette offrande mêlée de caillé et placée dans un récipient de bois d’udumbara, on est délivré des péchés.
Verse 17
अरुन्धतीं बुधं चैव तथा सर्वान्महामुनीन् ॥ अभ्यर्च्य वेदविधिना तेभ्यो दत्त्वा च तावकम् ॥
Après avoir honoré comme il se doit Arundhatī et Budha, ainsi que tous les grands sages, selon la procédure védique, et leur avoir remis également cette offrande, (on obtient la purification).
Verse 18
एकाग्रमानसो भूत्वा यो नमस्येत्कृताञ्जलिः ॥ किल्बिषं तस्य वै सर्वं तत्क्षणादेव नश्यति ॥
Quiconque, l’esprit fixé en un seul point, se prosterne les mains jointes en añjali, voit en vérité toutes ses souillures morales (kilbiṣa) s’évanouir à l’instant même.
Verse 19
विषुवेषु च योगेषु शुचिर्दत्त्वा पयो नरः ॥ तस्य जन्मकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति ॥
Aux viṣuva (équinoxes et solstices) et lors des jours de yoga propice, un homme, étant pur, ayant offert du lait, voit le péché accumulé depuis la naissance s’évanouir à l’instant même.
Verse 20
प्राचीनीग्राङ्कुशान् कृत्वा स्थापयित्वा वृषं नरः ॥ द्विजैः सह नमस्कृत्य सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥
Ayant disposé des repères semblables à des aiguillons (aṅkuśa) tournés vers l’est, puis installé un taureau, un homme, s’étant prosterné avec les dvija (deux-fois-nés), est délivré de tous les péchés.
Verse 21
दक्षिणावर्तसव्येन कृत्वा प्राक्स्रोतसं नदीम् ॥ कृत्वा अभिषेकं विधिवत्ततः पापात्प्रमुच्यते ॥
Ayant ordonné le rite selon la circumambulation vers la droite (dakṣiṇāvarta), en orientant vers l’est le courant de la rivière, puis ayant accompli l’abhiṣeka selon la règle, on est ensuite affranchi du péché.
Verse 22
दक्षिणावर्तशङ्खेन कृत्वा चैव करे जलम् ॥ शिरसा तद्गृहीत्वा तु विप्रो हृष्टमनाः शुचिः ॥
Au moyen d’une conque tournant vers la droite, il prit de l’eau dans sa main; puis, la recevant sur sa tête, le brāhmane—pur et le cœur réjoui—accomplit le rite.
Verse 23
तस्य जन्मकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति ॥ प्राक्स्रोतसं नदीं गत्वा नाभिमात्रजले स्थितः ॥
Le péché accumulé depuis la naissance est détruit à l’instant même; s’étant rendu à une rivière dont le courant va vers l’est, il se tient dans l’eau jusqu’au nombril.
Verse 24
स्नात्वा कृष्णतिलैर्मिश्राः दद्यात्सप्ताञ्जलीर्नरः ॥ प्राणायामत्रयं कृत्वा ब्रह्मचारी जितेन्द्रियः ॥
Après s’être baigné, l’homme doit offrir sept poignées d’eau mêlée de sésame noir; ayant accompli trois cycles de prāṇāyāma, qu’il soit brahmacārin, maître de ses sens.
Verse 25
यावज्जीवकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति ॥ अच्छिद्रपद्मपत्रेण सर्वरत्नोदकेन तु ॥
Le péché commis durant toute la vie est détruit à l’instant même; (cela se fait) au moyen d’une feuille de lotus intacte, sans trou, et avec l’eau dite « eau de toutes les gemmes ».
Verse 26
त्रिधा यस्तु नरः स्नायात्सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥ अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि गुह्याद्गुह्यतरं मुने ॥
Mais l’homme qui se baigne trois fois est délivré de tous les péchés. Et de plus, je te dirai encore ceci—plus secret que le secret, ô sage.
Verse 27
कार्त्तिकेऽमलपक्षे तु स्मृता ह्येकादशी तिथिः ॥ भुक्तिमुक्तिप्रदा या तु नाम्ना ख्याता प्रबोधिनी ॥
Au mois de Kārttika, durant la quinzaine claire et pure, on se souvient du tithi d’Ekādaśī : elle accorde à la fois la prospérité en ce monde et la délivrance, et elle est renommée sous le nom de Prabodhinī.
Verse 28
ये उपोष्यन्ति विधिवन्नारायणपरायणाः ॥ न तेषामशुभं किञ्चिज्जन्मकोटिकृतं मुने ॥
Ceux qui jeûnent selon la règle, voués à Nārāyaṇa : pour eux, aucune infortune ne subsiste, fût-elle accumulée au cours de crores de naissances, ô sage.
Verse 29
एकादशीं समाश्रित्य पुरा पृष्टो महेश्वरः ॥ वाराहरूपी धरया सर्वलोकहिताय वै ॥
Autrefois, au sujet d’Ekādaśī, Maheśvara fut interrogé ; et Dharā (la Terre) s’adressa à Celui qui était sous la forme de Varāha, assurément pour le bien de tous les mondes.
Verse 30
धरण्युवाच ॥ अस्मिन्कलियुगे घोरे नराः पापरताः प्रभो ॥ ब्रह्मस्वहरणे युक्ता तथा ब्राह्मणघातकाः ॥
Dharā dit : « En ce terrible Kali-yuga, les hommes sont voués au péché, ô Seigneur : ils s’adonnent au vol des biens consacrés à Brahman et, de même, au meurtre des brāhmaṇas. »
Verse 31
गुरुद्रोहरता देव मित्रद्रोहरतास्तथा ॥ स्वामिद्रोहरताश्चैव परदाराभिमर्शकाः ॥
Ils trahissent les maîtres spirituels, ô Dieu, et trahissent aussi les amis ; ils trahissent également leurs seigneurs, et commettent l’offense d’approcher les épouses d’autrui.
Verse 32
परद्रव्यापहरणे संसक्ताश्च सुरेश्वर ॥ अभक्ष्यभक्षणरता वेदब्राह्मणनिन्दकाः
Ô Seigneur des dieux, certains s’attachent au vol des biens d’autrui ; ils se délectent de ce qui est interdit à manger et ils outragent les Veda et les brāhmaṇa.
Verse 33
दाम्भिका भिन्नमर्यादा नायमस्तीति वादिनः ॥ असत्प्रतिग्रहे सक्ता अगम्यागमने रताः
Ils sont hypocrites, transgressent les limites établies ; ils soutiennent que «cet ordre (dharma) n’existe pas» ; ils s’attachent à l’acceptation indue de dons et se complaisent à s’unir à ceux avec qui l’union est interdite.
Verse 34
एतैश्चान्यैश्च पापैश्च संसक्ता ये नरा विभो ॥ किमासाद्य गतिर्देव तेषां वद सुरेश्वर
Ô Puissant, ces hommes empêtrés dans ces péchés et d’autres encore : après avoir atteint quoi, ô Dieu, est leur destinée ? Dis-le, ô Seigneur des dieux.
Verse 35
श्रीवराह उवाच ॥ साधु देवि महाभागे यत्पृष्टोऽहं वरानने ॥ रहस्यं ते प्रवक्ष्यामि लोकानां हितकाम्यया
Śrī Varāha dit : Ta question est juste, ô Devī de grande fortune, ô au beau visage. Je te révélerai un enseignement secret, dans l’intention d’assurer le bien des mondes.
Verse 36
महापातकयुक्ता ये नराः सुकृतवर्जिताः ॥ तेषां मया हितार्थाय निर्मितं तच्छृणुष्व मे
Ceux qui sont chargés de grands forfaits et dépourvus de mérites : pour leur bien, j’ai établi un moyen ; écoute-le de ma bouche.
Verse 37
तामुपोष्य नरा भद्रे महापापरताश्च ये ॥ पुण्यपापविनिर्मुक्ता गच्छन्ति पदमव्ययम्
Ô noble dame, ces hommes —même ceux adonnés à de grands péchés—, ayant jeûné selon cette observance, sont délivrés du mérite comme du péché et parviennent à l’état impérissable.
Verse 38
उपायोऽतः परो नान्यो विद्यते हि वसुन्धरे ॥ एकादशीं विना येन सर्वपापक्शयो भवेत्
Ô Vasundharā, il n’existe pas de moyen plus élevé que celui-ci ; en dehors d’Ekādaśī, par laquelle s’opère la destruction de tous les péchés, nul autre moyen ne se trouve.
Verse 39
यथा शुक्ला तथा कृष्णा ह्युपोष्या सा प्रयत्नतः ॥ शुक्ला भक्तिप्रदा नित्यं कृष्णा मुक्तिं प्रयच्छति
De même que l’Ekādaśī de la quinzaine claire, de même celle de la quinzaine sombre doit être observée avec effort. La claire accorde sans cesse la dévotion ; la sombre confère la délivrance.
Verse 40
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कर्त्तव्या द्वादशी सदा ॥ यदीच्छेद्वैष्णवं लोकं गन्तुं वै भूतधारिणि
C’est pourquoi, avec tout effort, Dvādaśī doit toujours être observée, si l’on souhaite aller au monde vaiṣṇava, ô porteuse des êtres (Terre).
Verse 41
मनसा वचसा चैव कर्मणा समुपार्जितम् ॥ पापं मासकृतं पुंसां दहत्येकादशी कृता
Le péché accumulé par les hommes durant un mois—par la pensée, la parole et l’acte—est consumé lorsque l’Ekādaśī est observée.
Verse 42
दहन्तीह पुराणानि भूयोभूयो वरानने ॥ न भोक्तव्यं न भोक्तव्यं सम्प्राप्ते हरिवासरे
Ô toi au beau visage, manger en cette occasion consume, encore et encore, les mérites enseignés dans les Purāṇa ; lorsque le Harivāsara est arrivé, il ne faut pas manger—il ne faut pas manger.
Verse 43
यदीच्छथ नराः गन्तुं तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ न भोक्तव्यं न भोक्तव्यं तदा केशववासरे
Si les hommes désirent atteindre la demeure suprême de Viṣṇu, alors—au jour sacré de Keśava—il ne faut pas manger, il ne faut pas manger.
Verse 44
ऊर्ध्वबाहुर्विरौम्येष प्रलापं मे शृणुष्व तम् ॥ आराधयस्व विश्वेशमेकादश्यामतन्द्रितः
Les bras levés, je le proclame ; écoute ma déclaration : adore Viśveśa à Ekādaśī, sans négligence.
Verse 45
न शङ्खेन पिबेत्तोयं न हन्यान्मत्स्यसूकरौ ॥ एकादश्यां न भुञ्जीत पक्षयोरुभयोऽपि
On ne doit pas boire l’eau au moyen d’une conque ; on ne doit pas tuer poissons ni sangliers. À Ekādaśī, on ne doit pas manger—dans l’une ou l’autre quinzaine (croissante ou décroissante).
Verse 46
किं तेन न कृतं पापं दुर्वृत्तेनात्मघातिना ॥ एकादश्यां विशालाक्षि भुक्तं येन विजानता
Ô toi aux grands yeux, quel péché n’a pas commis cet être de mauvaise conduite, destructeur de lui-même, qui a mangé sciemment à Ekādaśī ?
Verse 47
एकादशीं च यः शुक्लामसमर्थं उपोषितुम् ॥ तदा नक्तं प्रकर्तव्यं तथाऽयाचितमेव वा
Et si quelqu’un n’est pas en mesure de jeûner lors de l’Ekādaśī de la quinzaine claire (śukla-pakṣa), qu’il observe alors le nakta, c’est-à-dire un repas pris la nuit ; ou bien qu’il ne prenne que ce qui n’a pas été demandé (ayācita).
Verse 48
एकभक्तेन दानेन कर्तव्यं द्वादशीव्रतम् ॥ न करोति यदा भूमे व्रतं वा दानमेव वा
Le vœu de Dvādāśī doit être accompli avec un seul repas (eka-bhakta) et par le don (dāna). Ô Terre, lorsque l’on n’accomplit ni le vœu ni même le don—
Verse 49
एका सा द्वादशी पुण्या उपोष्या सा प्रबोधिनी ॥ तस्यामाराध्य विश्वेशं जगतामीश्वरश्वरम्
Cette unique Dvādāśī est sainte et méritoire ; il convient d’y jeûner : elle est Prabodhinī. En ce jour, après avoir adoré Viśveśa, le Seigneur des seigneurs des mondes—
Verse 50
प्राप्नोति सकलं चैतद्द्वादशद्वादशीफलम् ॥ पूर्वाभाद्रपदायोगे सैव या द्वादशी भवेत
On obtient tout cela — le fruit de douze Dvādāśī — lorsque cette même Dvādāśī se produit en conjonction avec Pūrvābhādrapadā (yoga du nakṣatra).
Verse 51
अतीव महती तस्यां सर्वं कृतमिहाक्षयम् ॥ उत्तराभाद्रसहिता यदि सैकादशी भवेत
En cette occasion, c’est d’une grandeur extrême ; tout ce qui est accompli ici devient impérissable, si cette Ekādaśī se produit avec Uttarābhādrapadā.
Verse 52
तदा कोटिगुणं पुण्यं केशवात् लभते फलम् ॥ सकृद्देवेऽर्च्चिते तस्यां लभते भूतधारिणि
Alors le mérite est multiplié par dix millions ; de Keśava on en obtient le fruit. Ô Bhūtadhāriṇī (la Terre, soutien des êtres), en adorant le Deva ne fût-ce qu’une seule fois ce jour-là, on obtient le résultat.
Verse 53
यथा प्रबोधिनी पुण्या तथा यस्यां स्वपेद्धरिः ॥ उपोष्या हि महाभागे त्वनन्तफलदा हि सा
De même que le jour de Prabodhinī est méritoire, de même l’est aussi le jour où l’on dit que Hari s’endort. Ô noble dame, il convient de l’observer par le jeûne, car il dispense des fruits sans fin.
Verse 54
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन द्वादशीं समुपोषयेत् ॥ यदीच्छेत्तु विशालाक्षि शाश्वतीं गतिमात्मनः
C’est pourquoi, avec tous ses efforts, on doit observer pleinement le jeûne de Dvādaśī. Ô toi aux grands yeux, si l’on désire pour soi une voie (destination) éternelle, tel en est le moyen.
Verse 55
एकादशी सोमयुता कार्त्तिके मासि भामिनि ॥ उत्तराभाद्रसंयोगे अनन्तफलदा हि सा
Ô resplendissante, lorsque l’Ekādaśī du mois de Kārttika est conjointe au lundi et coïncide avec la conjonction d’Uttarabhādrapadā, cette observance est vraiment dispensatrice de fruits sans fin.
Verse 56
तस्यां यत्क्रियते भद्रे तदनन्तगुणं स्मृतम् ॥ एकादशी भौमयुता यदा स्याद्भूतधारिणि
Ô bienheureuse, tout ce qui est accompli en cette occasion est tenu pour être d’une multiplication sans fin. Ô Bhūtadhāriṇī (la Terre, soutien des êtres), lorsque l’Ekādaśī est conjointe au mardi (Bhauma)…
Verse 57
स्नात्वा देवे समभ्यर्च्य प्राप्नोति परमं फलम् ॥ प्राप्नोति सकलं चैव द्वादशद्वादशीफलम्
Après s’être baigné et avoir dûment adoré le Deva, on obtient le fruit suprême. En vérité, on reçoit pleinement le fruit du rite de Dvādaśa et de Dvādaśī.
Verse 58
जलपूर्णं तथा कुम्भं स्थापयित्वा विचक्षणः ॥ पञ्चरत्नसमोपेतं घृतपात्रयुतं तथा
Après avoir installé un kumbha rempli d’eau, le pratiquant avisé le prépare muni des cinq gemmes, et également accompagné d’un récipient de ghee.
Verse 59
तस्योपरि न्यसेन्मत्स्यस्वरूपं तु जनार्दनम् ॥ निष्कमात्रसुवर्णेन घटितं तु वरानने
Par-dessus, on doit placer Janārdana sous la forme de Matsya. Ô toi au beau visage, qu’il soit façonné en or selon la mesure d’un niṣka.
Verse 60
पञ्चामृतेन संस्नाप्य कुंकुमेन विलेपितम् ॥ पीतवस्त्रयुगच्छन्नं छत्रोपानद्युगान्वितम्
L’ayant baigné de pañcāmṛta et oint de kunkuma, qu’on le couvre d’une paire de vêtements jaunes et qu’on l’accompagne d’un parasol et d’une paire de sandales.
Verse 61
पूजयेत् कमलैर्देवि मद्भक्तः संयतेन्द्रियः ॥ मत्स्यं कूर्मं वराहं च नरसिंहं च वामनम्
Ô déesse, mon dévot—maîtrisant ses sens—doit adorer avec des lotus, en se remémorant Matsya, Kūrma, Varāha, Narasiṁha et Vāmana.
Verse 62
रामं रामं च कृष्णं च बुद्धं चैव च कल्किनम् ॥ एवं दशावतारांश्च पूजयेद्भक्तिसंयुतः ॥
Doué de dévotion, qu’on adore Rāma, Rāma, Kṛṣṇa, le Buddha, et aussi Kalkin ; ainsi sont honorés les dix avatāra.
Verse 63
रात्रौ चोत्थापनं कार्यं देवदेवस्य सुव्रते ॥ प्रभाते विमले स्नात्वा भक्त्या सम्पूज्य केशवम् ॥
Ô toi au vœu excellent, la nuit il faut accomplir le rite d’éveil pour le Dieu des dieux ; à l’aube, après s’être baigné dans la pureté, qu’on adore Keśava avec dévotion.
Verse 64
अनेनैव विधानेन कुर्यादेकादशीव्रतम् ॥ तस्य पुण्यं भवेद्यत्तु तच्छृणुष्व वसुन्धरे ॥
Par cette même règle, qu’on accomplisse le vœu d’Ekādaśī. Et le mérite qui en résulte, écoute-le, ô Vasundharā.
Verse 65
पुष्पधूपादिनैवेद्यैः फलैर्नानाविधैः शुभैः ॥ ततस्तु पूजयेद्विद्वानाचार्यं भक्तिसंयुतः ॥
Avec des offrandes telles que fleurs, encens, oblations de nourriture et divers fruits de bon augure, alors le savant, uni à la dévotion, doit honorer le maître (ācārya).
Verse 66
अलङ्कारोपहारैश्च वस्त्राद्यैश्च स्वशक्तितः ॥ पूजयित्वा विधानेन तं देवं प्रतिपादयेत् ॥
Avec des parures et des présents, et avec des vêtements et autres choses selon ses moyens, l’ayant adoré selon le rite, qu’on présente et remette formellement cette divinité (comme prescrit).
Verse 67
जगदादिर्जगद्रूपो जगदादिरनादिमान् ॥ जगदादिर्जगद्योनिः प्रीयतां मे जनार्दनः ॥
Origine du monde, forme même du monde; origine du monde, sans commencement; origine du monde, matrice et source du monde—que Janārdana soit satisfait de moi.
Verse 68
यदि वक्त्रसहस्राणां सहस्राणि भवन्ति तैः ॥ सङ्ख्यातुं नैव शक्यन्ते प्रबोधिन्यास्तथा गुणाः ॥
Quand bien même il y aurait des milliers et des milliers de bouches, même par elles il serait impossible d’énumérer pleinement les qualités de Prabodhinī.
Verse 69
तथाप्युद्देशमात्रेण शक्त्या वक्ष्यामि तच्छृणु ॥ चन्द्रतारार्कसङ्काशमधिष्ठायानुजीविभिः ॥
Pourtant, ne serait-ce que par une brève indication, je les exposerai selon ma capacité—écoute. (On obtient) un état rayonnant comparable à la lune, aux étoiles et au soleil, y demeurant avec des serviteurs et dépendants.
Verse 70
सहैव यानमागच्छेन्मम लोकं वसुन्धरे ॥ ततः कल्पसहस्रान्ते सप्तद्वीपेश्वरो भवेत् ॥
Ô Vasundharā, avec un char céleste on parviendrait à mon monde; puis, au terme de mille kalpas, on deviendrait le souverain des sept continents (saptadvīpa).
Verse 71
आयुरारोग्यसम्पन्नो जन्मातीतो भवेत् ततः ॥ ब्रह्मघ्नश्च सुरापश्च स्तेयी च गुरुतल्पगः ॥
Ensuite, on est pourvu de longévité et de santé, et l’on devient «au-delà de la (re)naissance». Même celui qui a tué un brāhmaṇa, celui qui boit des enivrants, le voleur, et celui qui souille le lit du maître (grave faute sexuelle) entrent dans le champ de cette efficacité.
Verse 72
पश्ये च धीमानधनोऽपि भक्त्या स्पृशेन्मनुष्यं इह चिन्त्यमानः॥ शृणोति भक्तस्य मतिं ददाति विकल्मषः सोऽपि दिवं प्रयाति॥
Je vois que même un sage, bien que pauvre, lorsqu’il est ici rappelé avec dévotion, peut être touché par un être humain. Il écoute l’intention du dévot et accorde l’intelligence; délivré de toute souillure, celui-là aussi parvient à l’état céleste.
Verse 73
दुःस्वप्नः प्रशममुपैति पठ्यमाने माहात्म्ये भवभयहारके नरस्य॥ यः कुर्याद्व्रतवरमेतदव्ययाया बोधिन्याः किमुत फलं तु तस्य वाच्यम्॥
Les mauvais rêves s’apaisent lorsque l’on récite le Māhātmya, qui ôte à l’homme la crainte du devenir mondain. Si quelqu’un accomplissait cet excellent vœu de l’impérissable Bodhinī, combien plus son fruit serait-il au-delà de toute parole !
Verse 74
ते धन्यास्ते कृतार्थाश्च तैरेव सुकृतं कृतम्॥ तैरात्मजन्म सफलं कृतं ये व्रतकाःरकाः॥
Bienheureux sont-ils, accomplis sont-ils : par eux, en vérité, le mérite a été réalisé. Par eux, leur propre naissance a été rendue féconde, eux qui accomplissent le vœu.
Verse 75
नारायणाच्युतानन्त वासुदेवेत यो नरः॥ सततं कीर्त्तयेद्भूमे याति मल्लयतां प्रिये॥
Ô Terre, quiconque parmi les hommes célèbre sans cesse, en récitant : «Nārāyaṇa, Acyuta, Ananta, Vāsudeva», celui-là, ô bien-aimée, atteint la mallayatā.
Verse 76
किं पुनः श्रद्धया युक्तः पूजयेनमामनन्यधीः॥ गुरूपदिष्टमार्गेण याति मल्लयतां नरः॥
À plus forte raison, une personne pourvue de foi et d’une intention sans partage, qui m’adore : par la voie enseignée par le guru, elle atteint la mallayatā.
Verse 77
तस्य यज्ञवराहस्य विष्णोरमिततेजसः॥ प्रयाणं ये च कुर्वन्ति ते पूज्याः सततं सुरैः॥
Ceux qui accomplissent les rites du départ lors de la disparition de ce Varāha sacrificiel—Viṣṇu à l’éclat incommensurable—sont toujours dignes d’honneur, même parmi les dieux.
Verse 78
तस्मात् सुनियतैर्भाव्यं वैष्णवं मार्गमास्पदम्॥ दुर्ल्लभं वैष्णवत्वं हि त्रिषु लोकेषु सुन्दरी॥
Ainsi, il faut être bien discipliné, prenant pour base la voie vaiṣṇava. Car l’état de vaiṣṇava est vraiment difficile à obtenir dans les trois mondes, ô belle.
Verse 79
जन्मान्तरसहस्रेषु समाराध्य वृषध्वजम्॥ वैष्णवत्वं लभेत्कश्चित्सर्वपापक्शये सति॥
Au cours de milliers de naissances, après avoir dûment apaisé Vṛṣadhvaja, quelqu’un peut obtenir l’état de vaiṣṇava, lorsque l’anéantissement de tous les péchés a eu lieu.
Verse 80
पापक्शयमवाप्नोति चेश्वराराधने कृते॥ ज्ञानमन्विच्छता रुद्रं पूजयेत्परमेश्वरम्॥
On obtient la destruction des péchés lorsque l’adoration du Seigneur a été accomplie. Celui qui recherche la connaissance doit vénérer Rudra, le Seigneur suprême.
Verse 81
संस्मृतः कीर्तितो वापि दृष्टः स्पृष्टोऽपि वा प्रिये॥ पुनाति भगवद्भक्तश्चाण्डालोऽपि यदृच्छया॥
Ô bien-aimée, qu’il soit simplement rappelé, ou loué, ou vu, ou même touché, le dévot du Seigneur purifie; même un cāṇḍāla, rencontré par hasard, a ce pouvoir de purification.
Verse 82
एतज्ज्ञात्वा तु विद्वद्भिः पूजनीयो जनार्दनः॥ वेदोक्तविधिना भद्रे आगमोक्तेन वा सुधीः॥
Ayant compris cela, les savants doivent vénérer Janārdana, soit selon le rite enseigné par le Veda, soit, ô bienheureuse, selon celui enseigné par les Āgamas ; ainsi doit agir le sage.
Verse 83
यम उवाच॥ एतच्छ्रुत्वा महाभागा धरणी संहितव्रता॥ समाराध्य जगन्नाथं विधिना तल्लयङ्गता॥
Yama dit : Ayant entendu cela, la Terre fortunée (Dharaṇī), ferme dans son vœu, adora dûment Jagannātha selon le rite prescrit, et s’absorba en Lui.
Verse 84
महापातकभागी स्यात्सुगतिं नाप्नुयात्क्वचित्॥ उपवासासमर्थानां तथैव पृथुलोचने॥
Celui qui agirait ainsi partagerait un grand péché et n’obtiendrait nulle part une bonne destinée ; de même est-il dit au sujet de ceux qui ne peuvent observer le jeûne, ô toi aux larges yeux.
Verse 85
अतो यत्नेन वै साध्यं वैष्णवत्वं विपश्चिता॥ ये वैष्णवा महात्मानो विष्णुपूजनतत्पराः॥
C’est pourquoi, ô clairvoyant, la voie vaiṣṇava doit être pratiquée avec effort ; les vaiṣṇavas, âmes magnanimes, sont ceux qui se vouent au culte de Viṣṇu.
Verse 86
तेषां नैवास्त्ययं लोको यान्ति तत्परमं पदम्॥ ये सकृद्द्वादशीमेतामुपोष्यन्ति विधानतः॥
Pour eux, ce monde n’est plus l’ultime demeure ; ils vont au séjour suprême : ceux qui, ne fût-ce qu’une seule fois, jeûnent en cette Dvādaśī selon l’injonction.
Verse 87
प्रबोधनाख्यां सुधियस्ते यान्ति परमं पदम्॥ न यमं यातनादण्डान्नरकं न च किङ्करान्॥
Les sages, ayant observé la Dvādaśī appelée Prabodhanā, parviennent à la demeure suprême ; ils ne rencontrent ni Yama, ni les châtiments de la torture, ni l’enfer, ni ses serviteurs.
Verse 88
पश्यन्ति द्विजशार्दूल इति सत्यं मयोदितम्॥ एतत्ते सर्वमाख्यातं यथादृष्टं यथाश्रुतम्॥
«Ils ne voient rien de tout cela, ô tigre parmi les deux-fois-nés» — telle est la vérité que j’ai énoncée. Tout cela t’a été exposé, tel que je l’ai vu et tel que je l’ai entendu.
Verse 89
कथितं मे महाभाग यत्त्वया परिपृच्छितम्॥ स्वयम्भुवा यथा प्रोक्तं गुह्याख्यानं महामुने॥
Ô bienheureux, ce que tu as demandé a été dit par moi : ce récit secret, tel qu’il fut énoncé par Svayambhū (Brahmā), ô grand sage.
Verse 90
तत्ते सर्वं समासेन व्याख्यातं धर्मवत्सल॥
Tout cela t’a été expliqué brièvement, ô ami du dharma.
Verse 91
यावज्जीव कृतात्पापात्तत्क्षणादेव मुच्यते॥ लाङ्गूलेनोद्धृतं तोयं मूर्ध्ना गृह्णाति यो नरः॥
Un homme est aussitôt délivré des péchés commis durant toute sa vie : celui qui reçoit sur la tête l’eau soulevée par la queue (de Varāha).
Verse 92
द्विजं शुश्रूषते यस्तु तर्पयित्वातिभक्तितः ॥ नमस्येत्प्रयतो भूत्वा स पापेभ्यः प्रमुच्यते ॥
Celui qui sert avec dévotion un dvija (brāhmane), l’ayant satisfait par une bhakti profonde, puis—devenu maître de soi—se prosterne avec révérence, est délivré des péchés.
Verse 93
या सा विष्णोः परा मूर्तिरव्यक्तानेकरूपिणी ॥ सा क्षिप्ता मानुषे लोके द्वादशी मुनिपुङ्गव ॥
Cette manifestation suprême de Viṣṇu—non manifestée et pourtant aux formes multiples—a été établie dans le monde des hommes sous le nom de «Dvādāśī», ô le plus éminent des sages.
Verse 94
या सा विष्णोः परा शक्तिरव्यक्तानेकरूपिणी ॥ सा मर्त्ये निर्मिता भूमे द्वादशीरूपधारिणी ॥
Cette puissance suprême (śakti) de Viṣṇu—non manifestée et aux formes multiples—a été façonnée dans le monde mortel, ô Terre, revêtant la forme de Dvādāśī.
Verse 95
स ब्रह्महा सुरापश्च स स्तेयी गुरुतल्पगः ॥ एकादश्यां तु यो भुङ्क्ते पक्षयोरुभयोऽपि ॥
Celui qui mange à l’Ekādaśī—dans l’une ou l’autre quinzaine—doit être tenu pour meurtrier d’un brāhmane, buveur d’ivresse, voleur et profanateur du lit du maître.
Verse 96
शयने बोधने चैव हरेस्तु परिवर्तने ॥ उपोष्यैव विधानॆन नरो निर्मलतां व्रजेत् ॥
Lors des observances où Hari se couche, s’éveille et se tourne, l’homme—jeûnant selon la règle prescrite—parvient à la pureté.
Verse 97
पुष्पैर्धूपैस्तथा दीपनैवद्यैर्विविधैरपि ॥ सम्पूज्यैवमलङ्कारैर्विविधैरुपशोभितम् ॥
Ainsi, après avoir rendu un culte dû avec des fleurs, de l’encens, des lampes et diverses offrandes de nourriture, et l’avoir paré de multiples ornements afin d’en accroître l’éclat—
Verse 98
पापान्येतानि सर्वाणि श्रवणेनैव नाशयेत् ॥
Tous ces péchés—par la seule écoute—seraient anéantis.
Verse 99
मामाराध्य तथा याति तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ वैष्णवा हि महाभागाः पुनन्ति सकलं जगत् ॥
M’ayant apaisé et honoré comme il se doit, on parvient de même à la demeure suprême de Viṣṇu. Car les Vaiṣṇavas—vraiment, les très fortunés—purifient le monde entier.
The text frames moral repair as achievable through disciplined restraint and regulated ritual action: expiatory practices (notably cow-associated purifications and solar veneration) culminate in the prescription of Ekādaśī/Dvādaśī observance—especially Prabodhinī—as a repeatable ethical technology for reducing harmful conduct in Kali-yuga and re-aligning social life with dharma.
Key markers include Kārttika (month) and its śukla-pakṣa Ekādaśī known as Prabodhinī; the paired Dvādaśī context; references to pauṇamāsī (full-moon observance), viṣuva (solstice/equinox points), specified muhūrta (auspicious time), and astral conjunction notes involving Rohiṇī and Uttarabhādrapadā (as stated in the text’s timing claims).
Pṛthivī’s question positions Earth as a concerned witness to human misconduct. Varāha’s response links terrestrial well-being to human self-regulation: fasting, reduced consumption on Harivāsara, and structured worship/dāna are presented as practices that curb socially destructive behaviors, implying an early ecological-ethical logic where restraint and reverence support the stability of the inhabited world (Pṛthivī).
The chapter references Nārada and Dharmarāja (Yama) in the opening dialogue, then centers Varāha and Pṛthivī. It also invokes Mahādeva/Īśvara (as a prior point of inquiry about Ekādaśī), and enumerates the daśāvatāra sequence (Matsya, Kūrma, Varāha, Narasiṃha, Vāmana, Rāma, Kṛṣṇa, Buddha, Kalkin) as liturgical-cultural figures rather than dynastic lineages.
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