
Mathurātīrtha-praśaṃsā
Ancient-Geography
Le chapitre prend la forme d’un dialogue d’enseignement : Pṛthivī (la Terre), ayant entendu la grandeur de Varāha, demande un enseignement sur un tīrtha suprême et très rare au-delà de Lohārgala. Varāha proclame l’incomparable excellence de Mathurā et en compare méthodiquement le mérite à celui de Puṣkara, Naimiṣa, Vārāṇasī et Prayāga, soulignant que les actes quotidiens accomplis à Mathurā portent des fruits amplifiés. Le récit dresse un catalogue de tīrthas nommés dans le Mathurā-maṇḍala, liés au bain rituel, au śrāddha, à la dāna et au salut obtenu par la mort sur place, avec des repères saisonniers et astronomiques (Kārttika, saṃkrānti, éclipses). Les exempla de Tiṃduka le barbier, puis de Bali et Sūrya, illustrent la causalité morale, tandis que la Yamunā et le paysage deviennent des supports éthiques de mémoire, de maîtrise de soi et de soin envers la continuité des ancêtres.
Verse 1
अथ मथुरातीर्थ प्रशंसा ॥ सूत उवाच ॥ श्रुत्वा देवस्य माहात्म्यं लोहर्गलनिवासिनः ॥ त्रैलोक्यनाथाधिपतेर्विस्मयं परमं गता ॥
Sūta dit : Ayant entendu la grandeur du Seigneur qui demeure à Lohārgala, ils furent saisis du plus grand émerveillement envers le Souverain, Maître des trois mondes.
Verse 2
धरन्युवाच ॥ पद्मपत्र विशालाक्ष लोकनाथ जगत्पते ॥ त्वत्प्रसादाच्च देवेश श्रुतं शास्त्रं महौजसम् ॥
La Terre dit : Ô toi aux vastes yeux semblables aux feuilles de lotus, Seigneur du monde et protecteur des êtres — par ta grâce, ô Seigneur des dieux, j’ai entendu l’enseignement puissant du śāstra.
Verse 3
तव शिष्या च दासी च त्वामहं शरणङ्गता ॥ जगद्धाता जगज्ज्योतिर्जगत्प्रभुरतन्द्रितः ॥
Je suis à la fois ton élève et ta servante ; vers toi je suis venue chercher refuge. Tu es le soutien du monde, la lumière du monde, le Seigneur du monde, toujours vigilant.
Verse 4
तव सम्भावनाद्देव जातास्मि कनकोज्ज्वला ॥ अलङ्कृता च शस्ता च सर्वशास्त्रेण मानद ॥
Par ton regard honorant, ô Seigneur, je suis devenue éclatante comme l’or ; je suis parée et rendue digne par tous les enseignements des śāstras, ô dispensateur d’honneur.
Verse 5
जगद्धातुर्जगच्छास्त्रकृते न हि परिश्रमः ॥ त्वय्यायत्तं जगत्सर्वं यच्च किंचित्प्रवर्त्तते ॥
Pour le soutien du monde, il n’y a point de peine à composer l’enseignement destiné au monde ; de toi dépend l’univers entier, et tout ce qui, en quoi que ce soit, se met en mouvement.
Verse 6
इति कृत्वा च मे देव त्वाह्लादो हृदि वर्त्तते ॥ लोहर्गलात् परं श्रेष्ठं गुह्यं परमदुर्लभम् ॥
Ayant ainsi parlé, ô Seigneur, une joie à Ton sujet demeure dans mon cœur. Au-delà de Lohārgala se trouve quelque chose de plus excellent encore : secret et extrêmement difficile à obtenir.
Verse 7
तीर्थं तद्वद कल्याणं तीर्थानामुत्तमोत्तमम् ॥ यदस्ति दुर्लभं तीर्थं तत्त्वं कथय मे प्रभो ॥
Parle-moi de ce tīrtha de bon augure, le meilleur des meilleurs parmi les lieux de pèlerinage. Quel que soit ce tīrtha rare, expose-m’en la vérité, ô Seigneur.
Verse 8
श्रीवराह उवाच ॥ न विद्यते च पाताले नान्तरिक्षे न मानुषे ॥ समानं मथुराया हि प्रियं मम वसुन्धरे ॥
Śrī Varāha dit : Ni dans Pātāla, ni dans l’espace intermédiaire, ni parmi les domaines humains, il n’est rien d’égal à Mathurā ; car Mathurā m’est chère, ô Terre.
Verse 9
सूत उवाच ॥ तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य प्रियं च वसुधा तदा ॥ प्रणम्य शिरसा देवी वराहं पुनरब्रवीत् ॥
Sūta dit : Ayant entendu ses paroles, Vasudhā en fut alors réjouie. Inclinant la tête, la déesse parla de nouveau à Varāha.
Verse 10
श्रीवराह उवाच ॥ शृणु कार्त्स्न्येन वसुधे कथ्यमानं मयानघे ॥ मथुरेति च विख्यातं तस्मान्नास्ति परं मम ॥
Śrī Varāha dit : Écoute entièrement, ô Vasudhā, ô irréprochable, ce que je déclare. Le lieu renommé « Mathurā » — au-delà de cela, rien n’est plus élevé pour moi.
Verse 11
सा रम्या च सुशस्ता च जन्मभूमिस्तथा मम ॥ शृणु देवि यथा स्तौमि मथुरां पापहारिणीम्
Elle est ravissante et hautement louée ; en vérité, elle est ma propre terre natale. Écoute, ô Déesse, tandis que je glorifie Mathurā, celle qui dissipe le démérite.
Verse 12
तत्र वासी नरो याति मोक्षं नास्त्यत्र संशयः ॥ महामाघ्यां प्रयागे तु यत्फलं लभते नरः
L’homme qui y demeure atteint la délivrance ; il n’y a là aucun doute. Et quel que soit le fruit qu’un être obtient à Prayāga durant la grande observance de Māgha—
Verse 13
तत्फलं लभते देवि मथुरायां दिने दिने ॥ पूर्णे वर्षसहस्रं तु वाराणस्यां तु यत्फलम्
Ce même fruit, ô Déesse, s’obtient à Mathurā jour après jour. Et le fruit qui se gagne à Vārāṇasī seulement après mille années accomplies—
Verse 14
तत्फलं लभते देवि मथुरायां क्षणेन हि ॥ कार्त्तिक्यां चैव यत्पुण्यं पुष्करे तु वसुन्धरे
Ce fruit, ô Déesse, s’obtient à Mathurā en un instant. Et quel que soit le mérite (puṇya) acquis à Puṣkara au mois de Kārttika, ô Terre—
Verse 15
तत्फलं लभते देवि मथुरायां जितेन्द्रियः ॥ मथुरां तु परित्यज्य योऽन्यत्र कुरुते रतिम्
Ce fruit, ô Déesse, est atteint à Mathurā par celui qui a maîtrisé les sens. Mais celui qui, délaissant Mathurā, porte son attachement ailleurs—
Verse 16
मूढो भ्रमति संसारे मोहितो मम मायया ॥ यः शृणोति वरारोहे माथुरं मम मण्डलम्
Trompé par ma māyā, l’insensé erre dans le saṃsāra. Mais quiconque écoute, ô toi aux belles hanches, au sujet de mon saint domaine de Mathurā—
Verse 17
अन्येनोच्चारितं शश्वत्सोऽपि पापैः प्रमुच्यते ॥ पृथिव्यां यानि तीर्थानि आसमुद्रं सरांसि च
Même si un autre le récite sans cesse, lui aussi est délivré des fautes. Quels que soient les tīrtha sur la terre, et les lacs jusqu’à l’océan—
Verse 18
मथुरायां प्रयान्त्यत्र सुप्ते चैव जनार्दने ॥ मथुरामण्डलं प्राप्य श्राद्धं कृत्वा यथाविधि
Ils viennent ici à Mathurā, même lorsque Janārdana est en repos. Ayant atteint le domaine de Mathurā et accompli le śrāddha selon la règle—
Verse 19
तेऽपि यान्ति परां सिद्धिं मत्प्रसादान्न संशयः ॥ कुब्जाम्रके सौकरवे मथुरायां विशेषतः
Eux aussi atteignent la siddhi suprême; par ma grâce, sans aucun doute. Surtout à Mathurā, à Kubjāmraka et à Saukarava—
Verse 20
विना सांख्येन योगेन मत्प्रसादान्न संशयः ॥ मथुरायां महापुर्यां ये वसन्ति शुचिव्रताः
Même sans Sāṃkhya ni Yoga, par ma grâce il n’y a aucun doute. Ceux qui demeurent dans la grande cité de Mathurā, observant des vœux purs—
Verse 21
बलिभिक्षाप्रदातारो देवास्ते नरविग्रहाः ॥ भविष्यामि वरारोहे द्वापरे युगसंस्थिते
Ces dieux, dispensateurs d’offrandes et d’aumônes, paraîtront sous forme humaine. Ô toi aux hanches gracieuses, je me manifesterai dans l’âge de Dvāpara lorsque ce yuga sera établi.
Verse 22
ययातिभूपवंशाच्च क्षत्रियः कुलवर्द्धनः ॥ भविष्यामि वरारोहे मथुरायां न संशयः
Et encore, issu de la lignée du roi Yayāti, en tant que kṣatriya qui accroît la dynastie—ô toi aux hanches gracieuses—je naîtrai/me manifesterai à Mathurā, sans aucun doute.
Verse 23
मूर्तिं चतुर्विधां कृत्वा स्थास्यामि ऋषिभिः स्तुतः ॥ वत्सराणां शतं तत्र युद्धेषु कृतनिश्चयः
Ayant façonné une manifestation quadruple, je demeurerai là, loué par les ṛṣis; et durant cent années en ce lieu, résolu dans les combats.
Verse 24
एका चन्दनसङ्काशा द्वितीया कनकप्रभा ॥ अशोकसदृशा चान्या अन्या चोत्पलसन्निभा
L’une est semblable au bois de santal; la seconde brille comme l’or. Une autre ressemble à l’aśoka, et une autre est comparable à un lotus bleu.
Verse 25
तत्र गुह्यानि नामानि भविष्यन्ति मम प्रिये ॥ पुण्यानि च पवित्राणि संसारच्छेदनानि च
Là, ô bien-aimée, mes noms seront secrets; et ils seront méritoires et purifiants, et aussi (dit-on) trancheront le saṃsāra, le cycle de l’existence mondaine.
Verse 26
यत्राहं पातयिष्यामि द्वात्रिंशत्तु वसुन्धरे ॥ दैत्यान्घोरान्महाभागे कंसादीन् धर्मदूषकान्
Là, ô Terre, j’abattrai trente-deux Daityas terribles, ô bienheureuse, à commencer par Kaṃsa, corrupteurs du dharma.
Verse 27
यमुना यत्र सुवहा नित्यं सन्निहिता ध्रुवम् ॥ वैवस्वतसुता रम्या यमुना यत्र विश्रुता
Là où la Yamunā coule d’un beau cours, toujours présente assurément; là où la Yamunā, charmante fille de Vaivasvata (Yama), est renommée.
Verse 28
यमुना विश्रुता देवि नात्र कार्या विचारणा ॥ तत्र तीर्थानि गुह्यानि भविष्यन्ति ममानघे
La Yamunā est renommée, ô déesse; ici, nul besoin de délibérer. Là, ô sans faute, il y aura des tīrthas secrets qui seront miens (liés à moi).
Verse 29
येषु स्नाने नरो देवि मम लोके महीयते ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम कर्मपरायणः
En se baignant en ces lieux, ô déesse, l’homme est honoré dans mon monde; et ensuite, s’il y abandonne ici son souffle vital, voué à mes actes et rites, il atteint cet état.
Verse 30
न जायते स मर्त्येषु जायते च चतुर्भुजः ॥ अविमुक्ते नरः स्नातो मुक्तिं प्राप्नोत्यसंशयम्
Il ne renaît pas parmi les mortels; et là se manifeste Celui aux quatre bras. Celui qui se baigne à Avimukta obtient la délivrance, sans aucun doute.
Verse 31
तथात्र मुञ्चते प्राणान्मम लोकं स गच्छति ॥ विश्रान्तिसंज्ञकं नाम तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् ॥
Et celui qui ici abandonne le souffle vital parvient à mon monde. C’est le tīrtha nommé Viśrānti, renommé dans les trois mondes.
Verse 32
यस्मिन्स्नातो नरो देवि मम लोकं प्रपद्यते ॥ सर्वतीर्थेषु यत्स्नानं सर्वतीर्थेषु यत्फलम् ॥
Ô Déesse, l’homme qui s’y baigne atteint mon monde. Quel que soit le bain prescrit dans tous les tīrthas, et quel que soit le fruit obtenu dans tous les tīrthas—
Verse 33
तत्फलं लभते देवि दृष्ट्वा देवं गतश्रमः ॥ न च यज्ञैर्न तपसा न ध्यानैर्न च संयमैः ॥
Ce fruit, ô Déesse, l’obtient celui qui, la fatigue apaisée, contemple la Divinité. Et non (aussi aisément) par les sacrifices, ni par l’ascèse, ni par les méditations, ni par les disciplines de maîtrise de soi—
Verse 34
तत्फलं लभते स्नातो यथा विश्रान्तिसंज्ञके ॥ कालत्रयं तु वसुधे यः पश्यति गतश्रमः ॥
Ce fruit, celui qui se baigne l’obtient, comme (on l’obtient) au lieu nommé Viśrānti. Et, ô Terre, quiconque—la fatigue apaisée—contemple le triple temps (passé, présent et futur)…
Verse 35
कृत्वा प्रदक्षिणे द्वे तु विष्णुलोकं स गच्छति ॥ अस्ति चान्यत्परं गुह्यं सर्वसंसारमोक्षणम् ॥
Après avoir accompli deux pradakṣiṇās (circumambulations révérencieuses), il va au monde de Viṣṇu. Et il est un autre secret, plus élevé : la délivrance de tout le cycle du saṃsāra.
Verse 36
यस्मिन्स्नातो नरो देवि मम लोकं प्रपद्यते ॥ प्रयागं नाम तीर्थं तु देवानामपि दुर्लभम् ॥
Ô Déesse, l’homme qui s’y baigne parvient à mon monde. C’est le tīrtha nommé Prayāga, difficile à obtenir même pour les dieux.
Verse 37
अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम लोके स गच्छति ॥ तथा कनखलं नाम तीर्थं गुह्यं परं मम ॥
À présent, celui qui y abandonne le souffle vital va dans mon monde. De même, il est un tīrtha nommé Kanakhala, mon lieu sacré suprême et secret.
Verse 38
स्नानमात्रेण तत्रापि नाकपृष्ठे स मोदते ॥ अस्ति क्षेत्रं परं गुह्यं तिन्दुकं नाम नामतः ॥
Même par le seul bain en ce lieu, il se réjouit au sommet du ciel. Il existe aussi un domaine sacré, plus élevé et secret, nommé Tinduka.
Verse 39
तस्मिन्स्नातो नरो देवि मम लोके महीयते ॥ अस्मिंस्तीर्थे पुरा वृत्तं तच्छृणुष्व वसुन्धरे ॥
Ô Déesse, l’homme qui se baigne en ce lieu est honoré dans mon monde. En ce tīrtha, il advint jadis quelque chose : écoute cela, ô Terre.
Verse 40
पाञ्चालविषये देवि काम्पिल्यं च पुरोत्तमम् ॥ धनधान्यसमायुक्तं ब्रह्मदत्तेन पालितम् ॥
Dans le pays des Pāñcālas, ô Déesse, se trouvait Kāmpilya, une cité éminente, pourvue de richesses et de grains, gouvernée par Brahmadatta.
Verse 41
तस्मिंस्तु वसते देवि तिन्दुको नाम नापितः॥ तस्मिंस्तु वसतस्तस्य नापितस्य पुरोत्तमे॥
Ô Déesse, tandis qu’il demeurait en ce lieu, un barbier nommé Tinduka habitait cette cité excellente ; et là, tandis que ce barbier y résidait…
Verse 42
कालेन महता तस्य कुटुम्बं च क्षयं गतम्॥ क्षीणे कुटुम्बे तु तदा सुभृशं दुःखपीडितः॥
Au bout d’un long temps, sa maisonnée aussi tomba en ruine. Lorsque la famille eut décliné, il fut alors cruellement accablé par la peine.
Verse 43
सर्वसङ्गं परित्यज्य सोऽगच्छन्मथुरां तदा॥ ब्राह्मणावसथे सोऽपि वसमानो वसुन्धरे॥
Renonçant à tout attachement, il se rendit alors à Mathurā. Ô Terre, lui aussi y demeura, logeant dans un gîte associé aux brāhmaṇas.
Verse 44
तस्य कर्मशतं कृत्वा स्नात्वैव यमुनां नदीम्॥ नित्यं स यमुनां स्नाति चिरकालं दृढव्रतः॥
Après avoir accompli cent actes de service et de devoir rituel, il se baigna dans la rivière Yamunā. Ferme dans son vœu, il se baignait chaque jour dans la Yamunā durant longtemps.
Verse 45
ततः कालेन महता पञ्चत्वं समुपागतः॥ स च तीर्थप्रभावेण जातोऽसौ ब्राह्मणोत्तमः॥
Puis, au bout d’un long temps, il parvint à la mort. Et par la puissance de ce tīrtha, il naquit comme un brāhmaṇa éminent.
Verse 46
तत्तीर्थस्य प्रभावेण जाता मुक्तिः सुदुर्लभा॥ ततः परं सूर्यतीर्थं सर्वपापप्रमोचनम्॥
Par la puissance de ce tīrtha, la délivrance—si difficile à obtenir—fut atteinte. Ensuite vient Sūryatīrtha, lieu réputé effacer tous les péchés.
Verse 47
विरोचनेन बलिना सूर्यस्त्वाराधितः पुरा॥ भ्रष्टराज्येन हि तथा धनकामेन सुन्दरि॥
Autrefois, Sūrya fut adoré par Bali, fils de Virocana. Ô belle, ayant perdu son royaume et désirant la richesse, il entreprit ce culte.
Verse 48
ऊर्ध्वबाहुर्निराहारस्तताप परमं तपः॥ साग्रं संवत्सरं देवि ततः काममवाप्तवान्॥
Les bras levés et sans nourriture, il accomplit une austérité suprême. Pendant une année entière, ô Déesse, puis il obtint l’objet de son désir.
Verse 49
तस्य प्रसन्नो भगवान् द्युमणिः प्रत्यभाषत॥ किं कारणं बले ब्रूहि तपस्यसि महत्तपः॥
Satisfait de lui, le bienheureux Dyumaṇi (le Soleil) lui adressa la parole : «Dis-moi, ô Bali, pour quelle raison pratiques-tu une si grande austérité ?»
Verse 50
बलिरुवाच॥ भ्रष्टराज्योऽस्मि देवेश पाताले निवसाम्यहम्॥ वित्तेनापि विहीनस्य कुटुम्बभरणं कृतः॥
Bali dit : «Ô Seigneur des dieux, j’ai été privé de mon royaume ; je demeure en Pātāla. Même dépourvu de richesses, j’ai dû faire vivre ma maisonnée.»
Verse 51
मुकुटात्तस्य वै सूर्यॊ ददौ चिन्तामणिं ततः ॥ चिन्तामणिं समासाद्य पातालमगमद्बलिः ॥
De sa couronne, Sūrya accorda en vérité la Cintāmaṇi, le joyau exauçant les vœux. Ayant obtenu la Cintāmaṇi, Bali descendit à Pātāla.
Verse 52
तस्मिंस्तीर्थे नरः स्नातः सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥ तत्राथ मुञ्चते प्राणान्मम लोकं स गच्छति ॥
L’homme qui se baigne à ce gué sacré est délivré de tous les péchés. Et s’il y abandonne ensuite son souffle vital, il parvient à mon monde.
Verse 53
आदित्याहनि संक्रान्तौ ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः ॥ तस्मिन्स्नातो नरो देवि राजसूयफलं लभेत् ॥
Un dimanche, lors de la saṃkrānti (passage solaire) et aux éclipses de la lune ou du soleil—si l’on s’y baigne, ô Déesse, on obtient le fruit du sacrifice Rājasūya.
Verse 54
ध्रुवेण यत्र सन्तप्तं स्वेच्छया परमं तपः ॥ तत्र वै स्नानमात्रेण ध्रुवलोके महीयते ॥
Là où Dhruva, de sa propre volonté, accomplit l’austérité suprême—là, en vérité, par le seul bain, on est honoré dans le monde de Dhruva.
Verse 55
पितॄंस्तारयते सर्वं पितृपक्षे विशेषतः ॥ दक्षिणे ध्रुवतीर्थस्य तीर्थराजं प्रकीर्तितम् ॥
Il délivre tous les ancêtres, surtout durant Pitṛpakṣa, la quinzaine consacrée aux pères. Au sud de Dhruva-tīrtha est proclamé le « roi des lieux saints ».
Verse 56
तस्मिन् स्नाते नरो देवि मम लोकं प्रपद्यते ॥ तद्दक्षिणे महादेवि ऋषितीर्थं परं मम ॥
Lorsqu’un homme s’y baigne, ô Déesse, il parvient à mon monde. Au sud de ce lieu, ô Grande Déesse, se trouve mon suprême Ṛṣi-tīrtha.
Verse 57
तत्र स्नातो नरो देवि ऋषिलोकं प्रपद्यते ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम लोके महीयते ॥
Celui qui s’y baigne, ô Déesse, atteint le monde des ṛṣis. Et s’il y dépose son souffle vital, il est honoré dans mon monde.
Verse 58
दक्षिणे ऋषितीर्थस्य मोक्षतीर्थं परं मम ॥ तत्र वै स्नानमात्रेण मोक्षमेव प्रपद्यते ॥
Au sud du Ṛṣi-tīrtha se trouve mon suprême Mokṣa-tīrtha. Là, en vérité, par le seul bain on atteint la libération elle-même.
Verse 59
तत्र वै कोटितीर्थं हि देवानामपि दुर्लभम् ॥ तत्र स्नानेन दानेन मम लोके महीयते ॥
Là se trouve en vérité le Koṭi-tīrtha, difficile à obtenir même pour les dieux. Là, par le bain et par le don (dāna), on est honoré dans mon monde.
Verse 60
कोटितीर्थे नरः स्नात्वा सन्तर्प्य पितृदेवताः ॥ तारिताः पितरस्तेन तथैव प्रपितामहाः ॥
Au Koṭi-tīrtha, après s’être baigné et avoir satisfait par des offrandes les divinités ancestrales, par cet acte ses pères sont délivrés, ainsi que les pères de ses aïeux.
Verse 61
कोटितीर्थे नरः स्नात्वा ब्रह्मलोके महीयते ॥ तत्रैव वायुतीर्थं तु पितॄणामपि दुर्लभम् ॥
Après s’être baigné à Koṭitīrtha, l’homme est honoré dans le monde de Brahmā. Là même se trouve Vāyutīrtha, un gué sacré que l’on dit difficile à obtenir même pour les pitṛ (ancêtres).
Verse 62
पिण्डदानात्तु तत्रैव पितृलोके स गच्छति ॥ गया पिण्डप्रदानेन यत्फलं लभते नरः ॥ तत्फलं लभते देवि ज्येष्ठे दानान्न संशयः ॥
En offrant des piṇḍa en ce lieu même, il se rend au monde des ancêtres. Quel que soit le fruit qu’un homme obtient en offrant des piṇḍa à Gayā, ce même fruit, ô Déesse, est obtenu en Jyeṣṭha par le don (dāna) ; il n’y a aucun doute.
Verse 63
द्वादशैतानि तीर्थानि देवानां दुर्लभानि च ॥ स्नानं दानं जपं होमं सहस्रगुणितं भवेत् ॥
On dit que ces douze tīrtha sont difficiles à atteindre même pour les dieux. Le bain rituel, le don, la récitation (japa) et l’offrande au feu (homa) accomplis en ces lieux sont multipliés au millième.
Verse 64
पृथिव्युवाच ॥ पुष्करं नैमिषं चैव पुरीं वाराणसीं तथा ॥ एतान् हित्वा महाभाग मथुरां किं प्रशंसति ॥
Pṛthivī dit : «Puṣkara, Naimiṣa, et aussi la cité de Vārāṇasī ; les laissant de côté, ô bienheureux illustre, pour quelle raison loue-t-on Mathurā ?»
Verse 65
तृप्तिं प्रयान्ति पितरो यावत्स्थित्यग्रजन्मनः ॥ ये वसन्ति महाभागे मथुरामितरे जनाः ॥
Les ancêtres parviennent à la satisfaction aussi longtemps que demeure le premier-né (l’ancêtre primordial), lorsque d’autres gens résident à Mathurā, ô noble seigneur.
Verse 66
गङ्गां प्राप्य प्रयागे या वेणीति प्रथिता भुवि ॥ गङ्गाशतगुणा पुण्या माठुरे मम मण्डले ॥
Ce courant qui, parvenu à Prayāga, est renommé sur la terre sous le nom de Veṇī—dans mon domaine de Mathurā, il est dit cent fois plus méritoire que la Gaṅgā.
Verse 67
यस्मिन् स्नातो नरो देवि अग्निष्टोमफलं लभेत् ॥ इन्द्रलोकं समासाद्य नरोऽसौ देवि मोदते ॥
En s’y baignant, ô Déesse, un homme obtient le fruit du rite Agniṣṭoma ; parvenu au monde d’Indra, cet homme, ô Déesse, se réjouit.
Verse 68
तस्मिन् वरगृहे देवि ब्राह्मणो योगिनां वरः ॥ जातिस्मरो महाप्राज्ञो विष्णुभक्तो वसुन्धरे ॥
Dans cette demeure excellente, ô Déesse, se trouve un brāhmaṇa—le plus éminent des yogins—qui se souvient de ses naissances antérieures, d’une grande sagesse, et dévoué à Viṣṇu, ô Terre.
Verse 69
तत्राथ मुञ्चते प्राणान् मम लोके महीयते ॥ ध्रुवतीर्थे तु वसुधे यः श्राद्धं कुरुते नरः ॥
Alors, en y déposant le souffle vital, on est honoré dans mon monde. Et à Dhruva-tīrtha, ô Terre, l’homme qui accomplit le śrāddha…
Verse 70
येषां स्मरणमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥ तीर्थानां चैव माहात्म्यं श्रुत्वा कामानवाप्नुयात् ॥
Par le seul souvenir desquels on est délivré de tous les péchés ; et, ayant entendu la grandeur des gués sacrés, on peut obtenir les buts désirés.
The text presents sacred geography as an ethical pedagogy: disciplined conduct (jitendriya, śucivrata), remembrance, and low-impact ritual acts (snāna, dāna, śrāddha) performed within a defined landscape (Mathurā-maṇḍala) are described as intensifying moral outcomes (puṇya) and supporting liberation (mokṣa). The narrative logic ties human behavior to place-based responsibility, where rivers and tīrthas function as structured environments for self-regulation and ancestral continuity.
The chapter explicitly references Kārttikā (as a high-merit ritual season), Adityāhāni (Sunday), saṃkrānti (solar transition), and grahaṇa of Candra and Sūrya (lunar/solar eclipses) as times when bathing at specified tīrthas yields heightened results (e.g., rājasūya- or agniṣṭoma-phala analogies).
By centering Pṛthivī as the questioner and presenting Mathurā’s landscape—especially the Yamunā river system—as a network of tīrthas, the text frames terrestrial features as moral infrastructures that sustain social memory (pitṛ-tarpaṇa, śrāddha) and personal discipline. The implied stewardship theme is that the sanctity and efficacy of rites depend on maintaining the integrity of rivers, bathing sites, and groves/fields that constitute the Mathurā-maṇḍala.
The narrative references Yayāti’s royal lineage (as the future kṣatriya embodiment in Dvāpara), Kaṃsa (as a dharma-dūṣaka adversary), Bali (Virocana’s son) in relation to Sūrya worship and the cintāmaṇi episode, Dhruva as an ascetic exemplar linked to Dhruva-tīrtha, and a local social figure Tiṃduka (a nāpita) whose rebirth as a brāhmaṇa is attributed to tīrtha-prabhāva; it also mentions Brahmadatta as ruler of Kāmpilya in Pāñcāla.
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