Adhyaya 151
Varaha PuranaAdhyaya 15184 Shlokas

Adhyaya 151: The Sacred Greatness of Lohārgala (The ‘Iron-Bolt’ Tīrtha)

Lohārgala-māhātmya

Tīrtha-māhātmya (Pilgrimage Geography & Ritual-Manual)

Le chapitre se présente comme un dialogue d’enseignement : Pṛthivī, après avoir entendu les récits sacrés précédents, demande à Varāha s’il existe un kṣetra plus « secret » (guhya) et plus propice que Sānandūra. Varāha décrit alors Lohārgala, un tīrtha reculé de l’Himalaya, situé parmi des mlecchas mais accessible aux méritants et à ceux qui se vouent au souvenir de Lui. Il en donne l’origine mythique : par la māyā vaiṣṇava, il établit une argala divine (barrière protectrice), dompte les forces hostiles, puis institue des bienfaits rituels. Il énumère ensuite plusieurs kuṇḍas du complexe de Lohārgala, chacun avec son nombre de filets d’eau, ses jeûnes prescrits, ses visions et rencontres (Nārada, Kumāra, Gaurī) et des destinations posthumes graduées, jusqu’à la promesse d’atteindre le propre loka de Varāha. La requête de la Terre est ainsi une quête d’ordre éthique et rituel, garant du bien-être terrestre par la discipline, la pureté et un usage réglé des eaux sacrées.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivī

Key Concepts

Lohārgala-kṣetra as a guhyatīrtha (esoteric pilgrimage complex)Ritual bathing (snāna/abhiṣeka) linked to fasting regimens (ekabhakta, pañcakāla, saptarātra, etc.)Mythic foundation via Vaiṣṇava māyā and cosmic conflict (deva–asura yuddha)Terrestrial sanctification: Earth (Pṛthivī) as interlocutor and beneficiary of regulated sacred geographySoteriological hierarchy: loka-attainments culminating in Varāha’s lokaTextual secrecy and controlled transmission (not to be given to ‘just anyone’)

Shlokas in Adhyaya 151

Verse 1

अथ लोहर्गलमाहात्म्यम् ॥ सूत उवाच ॥ सानन्दूरस्य माहात्म्यमेतच्छ्रुत्वा वसुन्धरा ॥ कृताञ्जलिपुटा भूत्वा वराहं पुनरब्रवीत् ॥

Voici maintenant (le début) de l’éloge de Lohārgala. Sūta dit : Ayant entendu ce récit de la grandeur de Sānandūra, Vasundharā (la Terre), les mains jointes en vénération, s’adressa de nouveau à Varāha.

Verse 2

धरण्युवाच ॥ श्रुतमेतज्जगन्नाथ विष्णो गुह्यमनुत्तमम् ॥ यच्छ्रुत्वा सुमहाभाग जाता॒स्मि विगतज्वरा ॥

La Terre dit : J’ai entendu ce secret sans égal, ô Seigneur du monde, ô Viṣṇu. L’ayant entendu, ô très fortuné, je suis devenue sans fièvre, c’est-à-dire délivrée de l’affliction.

Verse 3

अपरं वा॒स्ति चेत्किञ्चिद्गुह्यं क्षेत्रं शुभावहम् ॥ सानन्दूरात्परं गुह्यं क्षेत्रमस्ति न वा परम् ॥

S’il existe quelque autre lieu sacré secret, porteur d’auspice, y a-t-il un kṣetra plus secret que Sānandūra, ou n’y en a-t-il point au-delà ?

Verse 4

सुरकरण नृसिंह लोकनाथ युतससुरसुरधीऱ देववीर ॥ कमलदलसहस्रनेत्र रूपो जयति कृतान्तसमानकालरूपः ॥

Victorieux est ce Seigneur héroïque—protecteur du monde, Narasiṃha—inébranlable parmi dieux et asuras ; dont la forme porte mille yeux tels des pétales de lotus, et dont la forme de Temps égale même Kṛtānta (la Mort).

Verse 5

गद्गदं वचनं श्रुत्वा पृथिव्याः स जनार्दनः ॥ उवाच मधुरं वाक्यं सर्वलोकार्त्तिहा हरिः ॥

Ayant entendu les paroles étranglées par l’émotion de Pṛthivī, ce Janārdana—Hari, qui dissipe les souffrances de tous les mondes—prononça une réponse douce et bienveillante.

Verse 6

श्रीवराह उवाच ॥ शृणु देवि च तत्त्वेन यन्मां त्वं परिपृच्छसि ॥ गुह्यमन्यत्प्रवक्ष्यामि मद्व्रतः कर्मणो जनिः ॥

Śrī Varāha dit : «Écoute, ô Déesse, en vérité, ce que tu me demandes. Je t’exposerai aussi une autre chose, de nature secrète : l’origine du vrata et de son rite».

Verse 7

ततः सिद्धवटे गत्वा त्रिंशद्योजनदूरतः ॥ म्लेच्छमध्ये वरारोहे हिमवन्तं समाश्रितम् ॥

Puis, étant allé à Siddhavaṭa, à trente yojanas de distance, ô toi aux hanches gracieuses, j’atteignis un lieu au milieu des mlecchas, prenant refuge près de l’Himālaya.

Verse 8

तत्र लोहर्गले क्षेत्रे निवासो विहितः शुभः ॥ गुह्यं पञ्चदशायामं समन्तात्पञ्चयोजनम् ॥

Là, dans le kṣetra nommé Lohārgala, fut établie une demeure de bon augure. Le lieu est dit «secret» : quinze de longueur, et cinq yojanas d’étendue de tous côtés.

Verse 9

दुर्गमं दुःसहं चैव पापैः सर्वत्र वेष्टितम् ॥ सुलभं पुण्ययुक्तानां मम चिन्तानुसारिणाम् ॥

Il est difficile à atteindre et pénible à supporter, entouré partout de péché ; pourtant il est aisément accessible à ceux qui sont pourvus de mérite, à ceux qui suivent avec constance le souvenir de moi.

Verse 10

ततो मे दानवाः सर्वे क्रमन्तो लोकमुत्तमम् ॥ मया चैवान्तरं कृत्वा कृत्वा मायां च वैष्णवीम् ॥

Alors tous mes Dānavas s’avancèrent vers le monde suprême ; et moi, ayant ménagé un intervalle (une séparation), je fis aussi surgir la Vaiṣṇavī māyā, la ruse sacrée liée à Viṣṇu.

Verse 11

तत्र ब्रह्मा च रुद्राश्च स्कन्देन्द्रो समुरुद्गणाः ॥ आदित्या वसवो वायुरश्विनौ च महौजसम् ॥

Là se tenaient Brahmā et les Rudra, Skanda et Indra avec les cohortes des Marut ; les Āditya, les Vasu, Vāyu et les Aśvin, d’un éclat immense.

Verse 12

सोमो बृहस्पतिश्चैव ये चान्ये वै दिवौकसः ॥ तेषां चैवार्गलं दत्त्वा चक्रं गृह्य महौजसम् ॥

Soma et Bṛhaspati, ainsi que les autres habitants du ciel ; et, leur ayant donné une argala, un verrou protecteur, je saisis le disque éclatant (cakra).

Verse 13

शतकोटिसहस्राणि शीघ्रमेव निपातितम् ॥ ततश्च देवताः सर्वास्तुष्यमाणा इतस्ततः ॥

Cent koṭi de milliers furent promptement abattus ; puis toutes les divinités, comblées, allaient çà et là.

Verse 14

एवं लोहर्गलं नाम क्षेत्रं चैव मया कृतम् ॥ ततो देवासुरे युद्धे हत्वा त्रिदशकण्टकान् ॥

Ainsi j’établis le lieu sacré nommé Lohārgala. Puis, dans la guerre entre devas et asuras, ayant abattu les « épines » des Trente—les adversaires des devas—(le récit se poursuit).

Verse 15

तेषां संस्थापनं तत्र कृतं चैव महौजसाम् ॥ यो मां पश्यति तत्रस्थं प्रयत्नेन कदाचन

Là, l’établissement de ces êtres puissants fut véritablement accompli. Quiconque, avec effort, à quelque moment que ce soit, me voit demeurant en ce lieu—

Verse 16

सोऽपि भागवतो भूमे भवत्येव सुनिष्ठितः ॥ तस्मिन्कुण्डे तु सुश्रोणि यः स्नाति नियतो नरः

—celui-là aussi devient un dévot du Seigneur, ô Terre, fermement établi. Et, ô toi aux belles hanches, l’homme qui se baigne dans ce kuṇḍa avec maîtrise de soi—

Verse 17

उपोष्य च त्रिरात्रं तु विधिदृष्टेन कर्मणा ॥ ततः स्वर्गसहस्रेषु मोदते नात्र संशयः

Et, ayant jeûné trois nuits selon l’acte prescrit par le rite, ensuite il se réjouit dans des milliers de cieux ; là-dessus, il n’y a aucun doute.

Verse 18

अथात्र मुञ्चते प्राणान्स्वकर्मपरिनिष्ठितः ॥ सर्वान्स्वर्गान्परित्यज्य मम लोकं प्रपद्यते

Alors, ici, établi dans ses propres devoirs, il dépose ses souffles vitaux ; renonçant à tous les cieux, il parvient à mon monde.

Verse 19

चतुर्विंशतिद्वादश्यां मासेन विधिना मम ॥ बलिः प्रदीयते तत्र सर्वकामविशोधनः

Lors de la vingt-quatrième Dvādaśī, au mois ainsi indiqué, selon le rite que j’ai prescrit, on y présente le bali, offrande qui purifie tous les désirs.

Verse 20

अश्वो मे कल्पितस्तत्र सर्वरत्नविभूषितः ॥ श्वेतः कुमुदवर्णाभः शङ्खकुन्दसमप्रभः

Là, pour moi, un cheval est façonné, paré de tous les joyaux : blanc, de la teinte du lotus d’eau, et d’un éclat comparable à la conque et au jasmin.

Verse 21

मार्गणा मे धनुस्तत्र अक्षसूत्रं कमण्डलुः ॥ आसनं विततं दिव्यं दीयतेऽश्वोपरि स्थिरम्

Là, pour moi, se trouvent des flèches et un arc, un rosaire et un kamaṇḍalu (vase d’eau) ; et l’on donne un siège divin, étendu, stable sur le cheval.

Verse 22

श्वेतपर्वतमारोह्य पतमानः कुरून् बहून् ॥ पतितस्तत्र दृश्येत क्षतं तत्र न दृश्यते

Étant monté sur la Montagne Blanche et tombant à travers de nombreux kurus (mesure), on le voit comme tombé là ; pourtant, là, aucune blessure n’est visible.

Verse 23

अनेकान्येव रूपाणि पातयित्वा नभस्तलात् ॥ शान्तो दान्तः परिक्लिष्टः स चाश्वो दिवि वर्तते

Après avoir fait choir bien d’autres formes depuis la voûte du ciel, ce cheval—paisible, maître de soi et épuisé—demeure au ciel.

Verse 24

सूत उवाच ॥ ततो भूम्या वचः श्रुत्वा ब्रह्मपुत्रो महामुनिः ॥ विस्मयं परमं प्राप्तो विष्णुमायोपबृंहितः

Sūta dit : Alors, ayant entendu les paroles de la Terre, le grand sage, fils de Brahmā, parvint à l’étonnement suprême, intensifié par la māyā de Viṣṇu.

Verse 25

ततः स विस्मयाविष्टो ब्रह्मपुत्रो महामतिः ॥ सनत्कुमारो भगवान् पुनरेवमभाषत

Alors le fils de Brahmā, à l’intelligence magnanime, saisi d’émerveillement—le vénérable Bhagavān Sanatkumāra—parla de nouveau en ces termes.

Verse 26

सनत्कुमार उवाच ॥ धन्यासि देवि सुश्रॊणि सुपुण्यासि वरानने ॥ देवि यल्लोकनाथस्य साक्षाद्दर्शनमागता

Sanatkumāra dit : «Tu es bénie, ô Déesse, aux hanches gracieuses, riche en mérite, au visage charmant, puisque tu es parvenue à la vision directe du Seigneur du monde».

Verse 27

पद्मपत्रविशालाक्षो यत्त्वया परिभाषितः ॥ तेनोक्तं शंस सकलं सर्वेषां सुखवर्धनम्

«Celui aux yeux vastes comme des pétales de lotus, à qui tu t’es adressée : rapporte en entier ce qu’il a dit, car cela accroît le bien de tous».

Verse 28

ततः स पुण्डरीकाक्षः किमाचष्ट ततः परम् ॥ कर्मणा विधिदृष्टेन सर्वभागवतप्रियः

Alors Puṇḍarīkākṣa, celui aux yeux de lotus—que raconta-t-il ensuite ? Il est cher à tous les dévots et parle selon le rite, conformément aux règles observées dans l’action prescrite.

Verse 29

(सूत उवाच) ॥ तस्य तद्वचनं श्रुत्वा कुमारस्य महौजसः ॥ उवाच मधुरं वाक्यमाभाष्य ब्रह्मणः सुतम्

Sūta dit : Ayant entendu ces paroles du lumineux Kumāra, il s’adressa au fils de Brahmā et prononça des mots doux.

Verse 30

शृणु वत्स जगन्नाथो यथा मामाह चोदितः ॥ श्रीवराह उवाच ॥ एवं तत्रैव कर्माणि क्रियन्ते विधिपूर्वकम्

Écoute, cher enfant : je dirai comment le Seigneur du monde, sollicité, me parla. Śrī Varāha dit : Ainsi, là même, les rites sont accomplis selon la règle prescrite.

Verse 31

शोधकानि च पापानां मृदूनि च शुभानि च ॥ अश्वानां तत्कुलीनानामावहन्ति सुमध्यमे

Ils apportent, ô toi à la taille gracieuse, des chevaux de noble lignée : des offrandes qui purifient les fautes, douces et de bon augure.

Verse 32

नान्यं वहन्ति ते चाश्वा मम वाहा दुरत्ययाः ॥ कुण्डं पञ्चसरो नाम गुह्यं क्षेत्रं परं मम

Ces chevaux ne portent nul autre : ce sont mes montures, difficiles à vaincre. Il est un bassin nommé Pañcasara — mon lieu sacré, secret et suprême.

Verse 33

चतुर्धाराः पतन्त्यत्र शङ्खवर्णा मनोजवाः ॥ तत्र स्नानं तु कुर्वीत चतुर्भक्तोषितो नरः

Ici tombent quatre courants, blancs comme la conque et rapides comme la pensée. Là, l’homme, content de quatre repas (mesure et discipline), doit accomplir le bain rituel.

Verse 34

लोकं चैत्राङ्गदं गत्वा गन्धर्वैः सह मोदते ॥ अथ चेन्मुञ्चते प्राणांस्तस्मिन्क्षेत्रे परे मम

Étant allé au monde nommé Caitrāṅgada, il se réjouit avec les Gandharvas. Et s’il venait à déposer ses souffles vitaux dans ce lieu sacré suprême qui est mien…

Verse 35

गन्धर्वलोकमुत्सृज्य मम लोकं स गच्छति ॥ ततो नारदकुण्डे तु मम क्षेत्रे परे महत्

Ayant quitté le monde des Gandharva, il se rend en mon séjour. Ensuite, au Nārada-kuṇḍa, dans mon domaine sacré suprême, grandement vénéré, (le rite doit y être accompli).

Verse 36

पञ्च धाराः पतन्त्यत्र तालवृक्षसमोपमाः ॥ तत्र स्नानं तु कुर्वीत एकभक्तोषितो नरः

Ici tombent cinq courants, comparables en hauteur à des palmiers. Là, l’homme doit se baigner, après avoir observé la règle de ne prendre nourriture qu’une fois (par jour).

Verse 37

प्रमुच्य नारदं दिव्यं मम लोकं च गच्छति ॥ ततो वसिष्ठकुण्डं तु तस्मिन्क्षेत्रं परं मम

Ayant été délivré (de ses effets) au divin Nārada-(kuṇḍa), il se rend aussi en mon royaume. Ensuite vient le Vasiṣṭha-kuṇḍa ; en lui se trouve mon domaine sacré suprême.

Verse 38

धाराः पतन्ति तिस्रस्तु न स्थूला नाति वै कृशाः ॥ तत्राभिषेकं कुर्वीत पञ्च कालोषितो नरः

Là tombent trois courants, ni épais ni trop ténus. Là, l’homme doit accomplir l’ablution rituelle (abhiṣeka), après avoir observé la discipline des cinq temps (pañca-kāla).

Verse 39

वासिष्ठं लोकमासाद्य मोदते नात्र संशयः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम कर्मसु निष्ठितः ॥ वासिष्ठं लोकमुत्सृज्य मम लोकं प्रपद्यते ॥ पञ्चकुण्डेति विख्यातं तस्मिन्क्षेत्रे परे मम

Ayant atteint le monde de Vasiṣṭha, il se réjouit, sans aucun doute. Puis, établi dans mes rites, il y abandonne ici ses souffles vitaux. Ayant quitté le monde de Vasiṣṭha, il parvient à mon royaume. (Vient ensuite) le lieu renommé Pañcakuṇḍa, dans mon domaine sacré suprême.

Verse 40

पञ्च धाराः पतन्त्यत्र हिमकूटविनिःसृताः ॥ तत्राभिषेकं कुर्वीत पञ्चकालोषितो नरः

Ici tombent cinq courants, jaillissant du Himakūṭa. Là, l’homme doit accomplir l’abhiṣeka, après avoir observé la discipline du pañca-kāla.

Verse 41

स तत्र गच्छेद्वै भूमे यत्र पञ्चशिखो मुनिः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम भक्तो जितेन्द्रियः

Qu’il s’y rende, en vérité, au lieu sur la terre où se trouve le sage Pañcaśikha. Alors, ici, mon dévot—maître de ses sens—dépose ses souffles vitaux.

Verse 42

पञ्चचूडं समुत्सृज्य स याति परमां गतिम् ॥ सप्तर्षिकुण्डं विख्यातमस्मिन्क्षेत्रे परे मम

Ayant quitté Pañcacūḍa, il atteint l’état suprême. (Vient ensuite) le célèbre Saptarṣi-kuṇḍa, au sein de ce lieu sacré, le mien, suprême.

Verse 43

सप्त धाराः पतन्त्यत्र हिमवत्पर्वतस्थिताः ॥ तत्राभिषेकं कुर्वीत सप्तभक्तोषितो नरः

Ici tombent sept courants, situés sur le mont Himavat. Là, l’homme doit accomplir l’abhiṣeka, après avoir observé la discipline du sapta-bhakta (sept repas/parts).

Verse 44

मोदते ऋषिलोकेषु ऋषिकन्याभिसंवृतः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्रागलोभविवर्जितः

Il se réjouit dans les mondes des ṛṣis, entouré des jeunes filles des sages. Alors, ici, exempt de passion et d’avidité, il dépose ses souffles vitaux.

Verse 45

तत्र धारा पतत्येका शरभङ्गश्रिता नदी ॥ स्नानं यस्तत्र कुर्वीत षष्ठभक्तोषितो नरः

Là, un seul filet d’eau (dhārā) tombe : une rivière liée à Śarabhaṅga. L’homme qui s’y baigne, après avoir observé la discipline du ṣaṣṭha-bhakta (jeûne réglé ou nourriture limitée),

Verse 46

मोदते तस्य लोकेषु ऋषिकन्याप्रमोदितः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान् सर्वसङ्गविवर्जितः

—se réjouit dans ces mondes, comblé par les jeunes filles des sages (ṛṣi-kanyās). Puis, ici même, il dépose ses souffles vitaux, affranchi de tout attachement.

Verse 47

शरभङ्गं समुत्सृज्य मम लोके महीयते ॥ कुण्डमग्निसरो नाम सर्वमायाभिसंवृतम्

Ayant laissé derrière lui la sphère de Śarabhaṅga, il est honoré dans mon monde. Il est un bassin nommé Agnisara, entièrement enveloppé de māyā (voile/illusion).

Verse 48

भूमिं नीत्वा जलं तत्र तिष्ठत्येव वरानने ॥ तत्र स्नानं प्रकुर्वीत चाष्टकालोषितो नरः

Ayant fait venir l’eau sur la terre, elle y demeure réellement, ô toi au beau visage. L’homme qui a observé la période des huit temps (cāṣṭa-kāla) doit y accomplir le bain rituel.

Verse 49

गच्छत्यङ्गिरसो लोकं सुखभागी न संशयः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम कर्मपरायणः

Il va au monde d’Aṅgiras, participant au bonheur, sans aucun doute. Puis, ici, il dépose ses souffles vitaux, voué à mes actes prescrits (karman).

Verse 50

अग्निलोकं समुत्सृज्य मम लोकं स गच्छति ॥ कुण्डं बृहस्पतेर्भूमे सर्ववेदोदकाश्रितम्

Ayant laissé derrière lui le monde d’Agni, il se rend en mon monde. Il y a l’étang sacré de Bṛhaspati, ô Terre, soutenu par les eaux de tous les Veda.

Verse 51

धारा चैका पतत्यत्र हिमकूटसमाश्रिता ॥ तत्र स्नानं प्रकुर्वीत षष्ठकालोषितो नरः

Et ici tombe un unique courant, rattaché à Himakūṭa. L’homme qui a observé la période du ṣaṣṭha-kāla doit s’y baigner.

Verse 52

गत्वा बृहस्पतेर्लोकं मुनिकन्याभिमोदितः ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम लोकं समाश्रितः

Étant allé au monde de Bṛhaspati, accueilli avec joie par les jeunes filles des sages, alors ici il dépose ses souffles vitaux, ayant pris refuge en mon monde.

Verse 53

सोऽपि याति परां सिद्धिं समुत्सृज्य बृहस्पतिम् ॥ वैश्वानरस्य कुण्डं तु गुह्यं क्षेत्रं परं मम

Lui aussi atteint la siddhi suprême, après avoir laissé Bṛhaspati. Mais l’étang de Vaiśvānara est un kṣetra sacré secret, mon domaine suprême.

Verse 54

गत्वा बृहस्पतेर्लोकं मुनिकन्याभिमोहितः ॥ वैश्वानरेषु लोकेषु मोदते नात्र संशयः

Étant allé au monde de Bṛhaspati, séduit par les jeunes filles des sages, il se réjouit dans les mondes de Vaiśvānara ; il n’y a là aucun doute.

Verse 55

अथात्र मुंचते प्राणान्मम कर्मपरायणः ॥ वैश्वानरं समुत्सृज्य मम लोकं स गच्छति

Or, celui qui ici dépose les souffles vitaux—dévoué aux rites prescrits—ayant quitté la sphère de Vaiśvānara, se rend en mon monde.

Verse 56

कार्त्तिकेयस्य कुण्डं तु गुह्यं क्षेत्रं परं मम ॥ यत्र पञ्चदशा धाराः पतन्ति हिमपर्वतात्

L’étang de Kārttikeya est vraiment un domaine sacré secret—suprêmement mien—où quinze courants dévalent du mont Himālaya.

Verse 57

तत्र स्नानं प्रकुर्वीत षष्ठकालोषितो नरः ॥ कुमारं पश्यति व्यक्तं षण्मुखं शुभदर्शनम्

Là, l’homme qui a observé une résidence durant six périodes rituelles doit accomplir le bain; il voit Kumāra manifesté, à six visages, d’heureuse vision.

Verse 58

अथात्र मुंचते प्राणान्कृत्वा चान्द्रायणं शुचिः ॥ कार्त्तिकेयं समुत्सृज्य मोदते मम मण्डले

Or, celui qui ici dépose les souffles vitaux—pur, après avoir accompli l’observance du Cāndrāyaṇa—ayant quitté la sphère de Kārttikeya, se réjouit en mon domaine.

Verse 59

उमाकुण्डमिति ख्यातं तस्मिन्क्षेत्रे परं मम ॥ सा गौरी यत्र चोत्पन्ना महादेववराङ्गना

Il est renommé sous le nom d’Umā-kuṇḍa—dans cette région sacrée, suprêmement mienne—où naquit Gaurī, l’épouse élue de Mahādeva.

Verse 60

तत्र स्नानं तु कुर्वीत दशरात्रोषितो नरः ॥ गौरीं देवीं स पश्येत्तु तस्या लोके च मोदते

Là, l’homme qui a demeuré dix nuits doit accomplir le bain sacré ; il contemple la déesse Gaurī et se réjouit dans son monde.

Verse 61

अथ प्राणान्प्रमुंचेत दशरात्रोषितो नरः ॥ उमालोकं समुत्सृज्य मम लोकं प्रपद्यते

Alors, l’homme qui a demeuré dix nuits peut abandonner les souffles vitaux ; quittant le monde d’Umā, il parvient à mon monde.

Verse 62

महेश्वरस्य वै कुण्डं यत्र चोद्वाहिताः उमा ॥ कादम्बैश्चक्रवाकैश्च हंससारससेवितम्

En vérité, il est l’étang de Maheśvara où Umā fut unie en mariage ; il est fréquenté par les oiseaux kādamba, les cakravāka, ainsi que par les cygnes et les grues.

Verse 63

तत्र स्नानं तु कुर्वीत द्वादशाहोषितो नरः ॥ मोदते रुद्रलोकेषु रुद्रकन्याभिरावृतः

Là, l’homme qui a demeuré douze jours doit accomplir le bain sacré ; il se réjouit dans les mondes de Rudra, entouré des jeunes filles de Rudra.

Verse 64

अथात्र मुञ्चते प्राणान्कृत्वा कर्म सुदुष्करम् ॥ रुद्रलोकं समुत्सृज्य मम लोकं च गच्छति

Et ici, quiconque abandonne les souffles vitaux—après avoir accompli une observance des plus ardues—, quittant le monde de Rudra, va aussi à mon monde.

Verse 65

प्रख्यातं ब्रह्मकुण्डं तु वेदा यत्र समुत्थिताः ॥ चतस्रो वेदधारास्तु पतन्ति च हिमालयात् ॥

Le Brahmakuṇḍa est renommé : c’est là, dit-on, que les Veda prirent naissance. Du Himālaya descendent quatre courants, reconnus comme les « flux védiques ».

Verse 66

ततः पूर्वेण पार्श्वेन समा धारा पतेच्छुभा ॥ उच्चा च रमणीया च पाण्डरोदकशोभिता ॥

Puis, sur le versant oriental, descend un courant de bon augure : d’un cours égal, élevé et agréable, embelli par une eau claire et pâle.

Verse 67

अथ पश्चिमपार्श्वेन यजुर्वेदेन संयुता ॥ अथ दक्षिणपार्श्वेन चाथर्वणसमन्विता ॥

Or, sur le versant occidental, se trouve un courant associé au Yajurveda ; et sur le versant méridional, un autre accompagné de la tradition de l’Atharva.

Verse 68

एका धारा पतत्यत्र इन्द्रगोपकसन्निभा ॥ यस्तत्र कुरुते स्नानं सप्तरात्रोषितो नरः ॥

Ici descend un courant, semblable à l’indragopaka (un insecte d’un rouge éclatant). Celui qui s’y baigne, après y avoir séjourné sept nuits, [est dit obtenir le fruit énoncé au verset suivant].

Verse 69

ब्रह्मलोकं समासाद्य ब्रह्मणा सह मोदते ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणानहङ्कारविवर्जितः ॥

Parvenu à Brahmaloka, il se réjouit en la compagnie de Brahmā. Puis, ici, dépourvu d’ego, il dépose ses souffles vitaux.

Verse 70

पुनरस्योत्तरे पार्श्वे सुवर्णसदृशोपमा ॥ ऋग्वेदः पतते धारा प्रसन्ना विमलोदका ॥

De nouveau, sur son flanc septentrional, un courant descend, comparable à l’or par son éclat : le courant du Ṛgveda, paisible, aux eaux limpides et pures.

Verse 71

ब्रह्मलोकं परित्यज्य मम लोकं प्रपद्यते ॥ गुह्याख्याने महाभागे क्षेत्रे लोहर्गले मम ॥

Ayant quitté le Brahmaloka, il parvient à mon monde. Ô bienheureux, cela se trouve dans le « récit secret » (guhyākhyāna), en mon kṣetra sacré nommé Lohārgala.

Verse 72

न तस्य कर्म विद्येत स एवमपि संस्थितः ॥ आख्यानानां महाख्यानं धर्माणां धर्म उत्तमः ॥

Pour lui, il n’est pas dit qu’il demeure un karma (liant), ainsi établi. C’est le grand récit parmi les récits, et le dharma suprême parmi les dharmas.

Verse 73

पवित्राणां पवित्रं तु न देयं यस्य कस्यचित् ॥ ये पठंति महाभागे स्थिताः शृण्वन्ति मत्पथे ॥

C’est le purificateur parmi les purificateurs ; il ne doit pas être donné à n’importe qui. Ceux qui le récitent, ô bienheureux, et ceux qui, dûment établis, l’écoutent sur ma voie—

Verse 74

तारितानि कुलानि स्युरुभयत्र दशापि च ॥ एतन्मरणकाले तु न कदाचित्तु विस्मरेत् ॥

On dit que leurs lignées sont conduites au salut de part et d’autre, fût-ce pour dix générations. Et au moment de la mort, il ne faut jamais l’oublier.

Verse 75

यदीच्छेत्पराम् सिद्धिं सर्वसंसारमोक्षणीम् ॥ एतत्ते कथितं भद्रे लोहाङ्गलमनुत्तमम् ॥

Si l’on désire l’accomplissement suprême qui délivre de l’ensemble de l’existence mondaine, ceci, ô dame de bon augure, t’a été exposé : l’incomparable Lohāṅgala.

Verse 76

माहात्म्यं पद्मपत्राक्षि गुह्यं यच्च महौजसम् ॥ माङ्गल्यं च पवित्रं च मम भक्तसुखावहम् ॥

Ô toi aux yeux semblables aux pétales de lotus, ce récit de grandeur, secret et d’une grande puissance, est de bon augure et purifiant, et il apporte le bien aux miens dévots.

Verse 77

तत्र तिष्ठाम्यहं भद्रे उदीचीं दिशमाश्रितः ॥ हिरण्यप्रतिमां कृत्वा जातरूपां न संशयः ॥

Là, ô dame de bon augure, je demeure en prenant appui sur la direction du nord ; ayant façonné une image d’or, d’or véritable, sans nul doute.

Verse 78

अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि यत्र तत्परमद्भुतम् ॥ लोकविस्मापनार्थाय मया तत्र च यत्कृतम् ॥

Et je te dirai encore ceci : où se trouve ce prodige suprême ; et ce que j’y ai accompli afin d’émerveiller le monde.

Verse 79

यथा यथा वदसि च धर्मसंहितं गुह्यं परं देववरप्रणीतम् ॥ गुणोत्तमं कारणसम्प्रयुक्तं तथा तथा भावयसि मनो मम ॥

De quelque manière que tu énonces ce compendium du dharma—secret, suprême, établi par le meilleur des dieux—excellent en qualités et lié à ses causes propres, d’autant tu façonnes et élèves mon esprit.

Verse 80

देवर्षिनारदं पश्येन्मोदते तेन वै समम् ॥ अथात्र मुञ्चते प्राणान्मम गुह्यविनिश्चितः ॥

Qu’on contemple le ṛṣi divin Nārada et qu’on se réjouisse à l’égal de lui ; alors, ici même, on dépose les souffles vitaux : telle est ma résolution secrète.

Verse 81

सप्तर्षीन् स समुत्सृज्य मोदते मम संस्थितः ॥ शरभङ्गस्य कुण्डं वै क्षेत्रे गुह्यं परे मम ॥

Ayant même dépassé les Sept Ṛṣis, il se réjouit, établi en moi. Dans mon suprême et secret champ sacré se trouve, en vérité, l’étang (kuṇḍa) de Śarabhaṅga.

Verse 82

धारा चैका पतत्यत्र दृश्यते हिमसंश्रयात् ॥ तत्राभिषेकं कुर्वीत षष्ठभक्तोषितो नरः ॥

Là tombe un unique filet d’eau, visible parce qu’il dépend de la neige. Là, qu’un homme accomplisse l’abhiṣeka, le bain de consécration, en observant le vœu de « repas au sixième jour ».

Verse 83

तिस्रो धाराः पतन्त्यत्र हिमवत्पर्वताश्रिताः ॥ स्थूलाश्च रमणीयाश्च न ह्रस्वाश्चातिनिर्मलाः ॥

Là tombent trois courants, adossés au mont Himavat. Ils sont larges et charmants : ni menus, et d’une limpidité extrême.

Verse 84

सिद्धिकामेन मर्त्येन गन्तव्यं नात्र संशयः ॥ समन्तात्पञ्चविंशति योजनानि वरानने ॥

Qu’un mortel désireux de siddhi s’y rende, sans aucun doute. De tous côtés, la région s’étend sur vingt-cinq yojanas, ô toi au beau visage.

Frequently Asked Questions

The text presents disciplined ritual conduct—fasting, regulated bathing, and mindful remembrance of Varāha—as a mechanism for moral purification and ordered engagement with sacred landscapes. Philosophically, it frames ‘guhya’ knowledge as transformative but requiring restraint in transmission, while Earth’s (Pṛthivī’s) inquiry positions terrestrial well-being as supported by human self-regulation and respectful interaction with sanctified waters.

A specific lunar timing is given: on caturviṃśati-dvādaśyām (interpretable as the 24th day and/or a dvādaśī observance context depending on recension), bali is prescribed “māsena vidhinā” (according to monthly rite). Additional time-structures are expressed through vrata-durations: trirātra (three nights), saptarātra (seven nights), daśarātra (ten nights), dvādaśāha (twelve days), and various ‘kāla’/‘bhakta’ regimens (e.g., ekabhakta, pañcakāla, ṣaṣṭhakāla, saptabhakta).

By making Pṛthivī the questioning interlocutor, the narrative implicitly links sacred geography to Earth’s stability: tīrthas are described as bounded ecological-religious zones (measured extents, difficult terrain, water-stream systems) that become ‘sulabha’ only to ethically qualified practitioners. The repeated emphasis on purity, restraint, and non-random access functions as a proto-conservation logic—protecting sensitive Himalayan water-sites through behavioral regulation and controlled knowledge circulation.

The chapter references divine and sage figures as cultural authorities anchoring the tīrtha network: Brahmā, Rudra/Maheśvara, Skanda/Kārttikeya (Ṣaṇmukha), Indra, Ādityas, Vasus, Vāyu, Aśvins, Soma, Bṛhaspati, Devarṣi Nārada, Vasiṣṭha, the Saptarṣis, and Śarabhaṅga. It also mentions mlecchas as a social-geographical marker for the region’s surrounding human landscape.