
Ṛtūpaskara (Ṛtukarma-vidhiḥ)
Ritual-Manual (Seasonal Vrata and Mantra Practice) with Ethical-Discourse (Liberation-oriented conduct)
Le chapitre se déploie comme un dialogue d’enseignement entre Varāha (Nārāyaṇa sous la forme du sanglier) et Pṛthivī (Vasundharā). Varāha expose d’abord une procédure dévotionnelle selon les saisons : durant la quinzaine claire de Phālguna, au jour de Dvādaśī, le pratiquant cueille des fleurs printanières parfumées et accomplit le culte avec une attention paisible, purifiée par les mantras, en récitant un stotra à Nārāyaṇa. Le texte décrit ensuite une louange cosmique—Ṛṣis, Gandharvas, Apsarases et grandes divinités glorifient Keśava—et Pṛthivī précise que les dieux souhaitent contempler la forme de Varāha. Elle enchaîne par de vastes questions éthico-philosophiques sur la causalité du karma, les devoirs liés aux varṇa, l’alimentation et la conduite, et les moyens d’éviter la renaissance et les matrices infra-humaines. Varāha répond en enseignant des mantras et des rites propres à chaque saison (printemps, été, pluies) comme discipline tournée vers la libération, tout en posant des règles de transmission prudente afin d’éviter tout détournement.
Verse 1
अथ ऋतूपस्करम् ॥ श्रीवराह उवाच ॥ फाल्गुनस्य तु मासस्य शुक्लपक्षस्य द्वादशीम् ॥ गृहीत्वा वासन्तिकान् पुष्पान् सुगन्धा ये क्रमागताः ॥
Maintenant, les requis pour les saisons. Śrī Varāha dit : Au douzième jour lunaire (dvādaśī) de la quinzaine claire du mois de Phālguna, après avoir recueilli des fleurs printanières—parfumées et obtenues selon l’ordre prescrit—(qu’on procède au rite).
Verse 2
श्वेतं पाण्डुरकं चैव सुगन्धं शोभनं बहु ॥ विधिना मन्त्रयुक्तेन सुप्रीतेनान्तरात्मना ॥
(Des fleurs) blanches et pâles, parfumées et abondamment belles—qu’on les offre selon la règle, accompagnées de mantra, avec une disposition intérieure paisible et pleinement satisfaite.
Verse 3
तत एवं विधिं कृत्वा सर्वं भागवतं शुचिः ॥ यस्तु जानाति कर्माणि सर्वं मन्त्रविनिश्चितः ॥
Ainsi, après avoir accompli selon la règle le rite prescrit, l’homme purifié achève entièrement l’observance Bhāgavata. Mais celui qui connaît les actes rituels—tous établis par le mantra—est apte à les accomplir correctement.
Verse 4
तदाहरति कर्माणि विधिदृष्टेन कर्मणा ॥ विधिना मन्त्रपूतेन कुर्याच्छान्तमनोऽमलः ॥
Ensuite, l’on met en œuvre les actes rituels par une action conforme à la règle reconnue. Par la procédure purifiée par le mantra, l’homme pur doit les accomplir l’esprit paisible et sans souillure.
Verse 5
सपुष्पितस्येह वसन्तकाले वनस्पतेर्गन्धरसप्रयुक्ताः ॥ पश्यंश्च मां पुष्पितपादपेन्द्रं वसन्तकाले समुपागते च ॥
Ici, au temps du printemps, parmi les arbres en fleurs, pourvus de parfum et de saveur, me contemplant, moi, seigneur parmi les arbres florissants, lorsque le printemps est pleinement advenu, (l’on accomplit l’observance).
Verse 6
यश्चैतेन विधानॆन कुर्यान्मासे तु फाल्गुने ॥ न स गच्छति संसारं मम लोकाय गच्छति ॥
Et quiconque accomplit (le rite) selon cette ordonnance au mois de Phālguna ne va pas au saṃsāra ; il va en mon monde.
Verse 7
यत्तु पृच्छसि सुश्रोणि मासे वैशाख उत्तमे ॥ शुक्लपक्षे तु द्वादश्यां यत्फलं तच्छृणुष्व मे ॥
Mais quant à ce que tu demandes, ô toi aux belles hanches : dans l’excellent mois de Vaiśākha, au douzième jour (dvādaśī) de la quinzaine claire, écoute de moi le fruit (de cette observance).
Verse 8
नमो नारायणेत्युक्त्वा इमं मन्त्रमुदीरयेत् ॥ मन्त्रः— नमोऽस्तु देवदेवेश शङ्खचक्रगदाधर ॥ नमोऽस्तु ते लोकनाथ प्रवीराय नमोऽस्तु ते ॥
Après avoir prononcé « Hommage à Nārāyaṇa », qu’on récite ce mantra : « Hommage à Toi, Seigneur des dieux, porteur de la conque, du disque et de la massue. Hommage à Toi, Seigneur des mondes ; hommage à Toi, héros vaillant. »
Verse 9
पुष्पितेषु च शालेशु तथान्येषु द्रुमेषु च ॥ गृहीत्वा शालपुष्पाणि मम कर्मणि संस्थिताः ॥
Et parmi les śāla en fleurs, ainsi que parmi d’autres arbres, ayant cueilli des fleurs de śāla, ils demeurèrent appliqués à mon acte rituel.
Verse 10
ऋषयः स्तुवन्ति मन्त्रेण वेदोक्तेन च माधवि ॥ गन्धर्वाप्सरसश्चैव गीतनृत्यैः सवादितैः ॥
Les ṛṣi le louent par des mantras et par ce qui est énoncé dans le Veda, ô Mādhavī ; et les Gandharva et les Apsaras aussi le louent par le chant et la danse, accompagnés d’instruments.
Verse 11
स्तुवन्ति देवलोकाश्च पुराणं पुरुषोत्तमम् ॥ सिद्धाविद्याधरा यक्षाः पिशाचोरगराक्षसाः ॥
Les habitants des mondes divins louent le Purāṇa concernant la Personne suprême ; et les Siddha, Vidyādhara, Yakṣa, Piśāca, Nāga et Rākṣasa offrent eux aussi leur louange.
Verse 12
स्तुवन्ति देवं भूतानां सर्वलोकस्य चेश्वरम् ॥ आदित्या वसवो रुद्रा अश्विनौ च मरुद्गणाः ॥
Ils louent le dieu, Seigneur des êtres et souverain de tous les mondes : les Āditya, les Vasu, les Rudra, les deux Aśvin et les cohortes des Marut.
Verse 13
स्तुवन्ति देवदेवेशं युगानां सङ्क्षयेऽक्षयम् ॥ ततो वायुश्च विश्वे च अश्विनौ च समन्विताः ॥
Ils louent le Seigneur des dieux, impérissable même lors de la dissolution des âges (yuga). Puis Vāyu, les Viśvedevas et les deux Aśvins, unis, l’exaltent à leur tour.
Verse 14
स्तुवन्ति केशवं देवमादिकालमयं प्रभुम् ॥ ततो ब्रह्मा च सोमश्च शक्रश्चाग्निसमन्वितः ॥ स्तुवन्ति नाथं भूतानां सर्वलोकमहेश्वरम् ॥
Ils louent Keśava, le Dieu, le Seigneur qui incarne le temps primordial. Puis Brahmā et Soma, et Śakra avec Agni, louent aussi le protecteur des êtres, le grand Seigneur de tous les mondes.
Verse 15
नारदः पर्वतश्चैव असितो देवलस्तथा ॥ पुलहश्च पुलस्त्यश्च भृगुश्चाङ्गिर एव च ॥
Nārada et Parvata, ainsi qu’Asita et Devala; Pulaha et Pulastya, Bhṛgu et aussi Aṅgiras (sont présents).
Verse 16
एते चान्ये च बहवो मित्रावसुपरावसू ॥ स्तुवन्ति नाथं भूतानां योगिनां योगमुत्तमम् ॥
Ceux-ci et bien d’autres—Mitrāvasu et Parāvasu—louent le protecteur des êtres, l’accomplissement yogique suprême parmi les yogins.
Verse 17
श्रुत्वा तु प्रतिनिर्घोषं देवानां तु महौजसाम् ॥ ततो नारायणो देवः प्रत्युवाच वसुन्धराम् ॥
Mais, ayant entendu l’acclamation retentissante des dieux à la grande puissance, le dieu Nārāyaṇa répondit alors à Vasundharā, la Terre.
Verse 18
किमयं श्रूयते शब्दो ब्रह्मघोषेण संयुतः ॥ देवानां च महाभागे महाशब्दोऽत्र श्रूयते ॥
« Quel est ce son que l’on entend, accompagné de la solennelle proclamation (brahma-ghoṣa) ? Et, ô très fortuné, on entend ici un grand retentissement des dieux. »
Verse 19
देवाः काङ्क्षन्ति ते देव वाराहीं रूपसंस्थितिम् ॥ त्वन्नियोगनियुक्ताश्च तदर्थं लोकभावन ॥
« Les dieux, ô Seigneur, désirent cette manifestation en forme de sanglier (vārāhī rūpa). Et, mandatés par ton ordre à cette fin, (ils sont venus), ô soutien du monde. »
Verse 20
ततो नारायणो देवः पृथिवीं प्रत्युवाच ह ॥ अहं जानामि तान्देवि मार्गमाणानुपस्थितान् ॥
Alors Nārāyaṇa, le Seigneur, répondit à Pṛthivī : « Je les connais, ô déesse — ceux qui cherchent et se sont approchés. »
Verse 21
दिव्यं वर्षसहस्रं वै धारितासि वसुन्धरे ॥ मया लीलायमानैने एकदंष्ट्राग्रकेण वै ॥
« Durant mille années divines, ô Vasundharā, je t’ai portée et soutenue — comme en un jeu — sur la pointe d’une seule défense. »
Verse 22
इहागच्छामि भद्रं ते द्रष्टुकामा दिवौकसः ॥ आदित्या वसवो रुद्राः स्कन्देन्द्रौ सपितामहाः ॥
« Je viens ici — que le bien soit sur toi — et les habitants du ciel, désireux de voir cela, viennent aussi : les Ādityas, les Vasus, les Rudras, Skanda et Indra, avec le Pitāmaha (Brahmā). »
Verse 23
एवं तस्य वचः श्रुत्वा माधवस्य वसुन्धरा ॥ शिरस्यञ्जलिमाधाय ततस्तु चरणेऽपतत् ॥
Ainsi, ayant entendu les paroles de Mādhava, Vasundharā posa ses mains jointes sur sa tête ; puis elle se prosterna à Ses pieds.
Verse 24
वाराहं पुरुषं देवं विज्ञापयति सा धरा ॥ उद्धृतासि त्वया देव रसातलगता ह्यहम् ॥
Alors la Terre s’adressa à la Personne divine en forme de sanglier : «C’est Toi, ô Seigneur, qui m’as relevée, car j’étais descendue à Rasātala».
Verse 25
शरणं त्वां प्रपन्नाहं त्वद्भक्ता त्वं गतिः प्रभुः ॥ किं कर्म कर्मणा केन किं वा जन्मपरायणम् ॥
«En Toi je prends refuge ; je suis Ta dévote ; Tu es mon asile et mon Seigneur, mon guide. Quel acte—par quel type d’action—mène au bien ? Et quelle disposition faut-il adopter envers la vie et la naissance ?»
Verse 26
कथं वा तुष्यसे देव पूज्यसे केन कर्मणा ॥ तवाऽहं कर्तुमिच्छामि यच्च मुख्यं सुखावहम् ॥
«Comment, ô Dieu, es-Tu satisfait ? Par quel type d’action dois-Tu être honoré ? Je désire l’accomplir pour Toi, surtout ce qui est essentiel et porteur de bien-être.»
Verse 27
न च मेऽस्ति व्यथा काचित्तव कर्मणि नित्यशः ॥ न ग्लानिर्न जरा काचिन्न जन्ममरणे तथा ॥
«Et en moi il n’y a aucune affliction quant à Ton œuvre, en tout temps. Il n’y a ni lassitude ni vieillesse, ni même les conditions de la naissance et de la mort.»
Verse 28
कानि कर्माणि कुर्वन्ति ये त्वां पश्यन्ति माधव ।। किमाहाराः किमाचारास्त्वां पश्यन्तीह माधव ॥
Quelles actions accomplissent ceux qui te contemplent, ô Mādhava ? Quelle est leur nourriture, et quelle est leur conduite—ceux qui te voient ici, ô Mādhava ?
Verse 29
ब्राह्मणस्य च किं कर्म क्षत्रियस्य च किं भवेत् ।। वैश्यः किं कुरुते कर्म शूद्रः किं कर्म कारयेत् ॥
Et quel est le devoir d’un brāhmaṇa, et quel devrait être celui d’un kṣatriya ? Quel travail accomplit un vaiśya, et quel travail un śūdra doit-il exécuter ?
Verse 30
योगो वै प्राप्यते केन तपो वा केन निश्चितम् ।। किं चात्र फलमाप्नोति तव कर्मपरायणः ॥
Par quel moyen obtient-on le yoga, et par quel moyen le tapas (austérité) est-il fermement établi ? Et quel fruit obtient, en cela, celui qui se voue à l’action pour Toi ?
Verse 31
किं च दुःखनिवासं वा भोजनं पानकं तथा ।। किं च कर्म प्रयोक्तव्यं तव भक्तैश्च माधव ॥
Et que faut-il encore éviter comme une « demeure de souffrance »—et quels sont les aliments et les boissons convenables ? Et quelles actions doivent entreprendre Tes dévots, ô Mādhava ?
Verse 32
प्रापणं कीदृशं चापि कासु दिक्षु तथा प्रभो ।। कथं योनिं न गच्छेत वियोनिं न च गच्छति ॥
Et de quelle sorte est cet « accomplissement », et dans quelles directions ou régions en parle-t-on, ô Seigneur ? Comment ne pas entrer dans un ventre (c’est-à-dire ne pas renaître), et comment ne pas aller vers un ventre impropre, non conforme ?
Verse 33
तिर्यग्योनिं न गच्छेत कर्मणा केन केशव ।। तन्ममाचक्ष्व सकलं येन चैव सुखं भवेत् ॥
Par quelle action ne tombe-t-on pas dans une matrice animale, ô Keśava ? Dis-m’en tout, par quoi, en vérité, le bien-être peut advenir.
Verse 34
जरा वा केन गच्छेत जन्म वा केन गच्छति ।। गर्भवासं न गच्छेत कर्मणा केन वाऽच्युत ॥
Par quel moyen la vieillesse s’éloigne-t-elle, ou par quel moyen la naissance s’éloigne-t-elle ? Par quelle action n’entre-t-on pas dans la demeure du sein, ô Acyuta ?
Verse 35
संसारस्य न गच्छेत केन कर्मप्रभावतः ।। इत्युक्तो भगवांस्तत्र प्रत्युवाच वसुन्धराम् ॥
Par quoi—par l’efficacité de quelle action—n’entre-t-on pas dans le saṁsāra ? Ainsi interrogé, le Bienheureux répondit là à Vasundharā, la Terre.
Verse 36
शृण्वन्तु मे भागवता ये च मोक्षे व्यवस्थिताः ।। तान्मन्त्रान्कीर्त्तयिष्यामि यैस्तोषं याति नित्यशः ॥
Que m’écoutent les dévots du Seigneur, ceux qui sont établis dans la quête de la délivrance. Je proclamerai ces mantras par lesquels on obtient sans cesse une satisfaction durable (l’agrément divin).
Verse 37
एवं ग्रीष्मे विधिं चैव कुर्यात्सर्वं ममोक्तितः।। इममुच्चारयेन्मन्त्रं सर्वभागवतप्रियम् ॥
Ainsi, même durant la saison d’été, qu’on accomplisse toute l’observance prescrite selon mon enseignement. Qu’on prononce ce mantra, cher à tous les dévots.
Verse 38
मासेषु सर्वेष्वपि मुख्यभूतो मासो भवान्ग्रीष्म एकः प्रपन्नः ॥ पश्येद्भवन्तं वर्तमानं च ग्रीष्मे तेनैव सर्वं दुःखमेतु प्रशान्तिम् ॥
Parmi tous les mois, le plus éminent est celui qui est reconnu comme le mois de l’été. Qu’on te contemple comme présent durant la saison estivale ; par cette contemplation et cette observance, que toute souffrance s’apaise.
Verse 39
एवं ग्रीष्मे वरारोहे मम चैवार्चनं कुरु ॥ न जन्ममरणं येन मम लोके गतिर्भवेत् ॥
Ainsi, durant la saison d’été, ô toi aux hanches gracieuses, accomplis aussi mon culte ; par cela, il n’y aura plus de naissances et de morts répétées, et l’on atteindra mon monde.
Verse 40
यावन्तः पुष्पिताः शालाः पृथिव्यां यावत्सुगन्धकाः ॥ अर्च्चितः स भवेत्सर्वैः कृतो येन ह्ययं विधिः ॥
Autant il y a sur la terre de śāla en fleurs, et autant il y a de parfums odorants, ainsi est honoré de tous celui par qui ce rite est accompli.
Verse 41
एवं वर्षास्वपि धरे मम कर्म च कारयेत् ॥ निष्कला भवतो बुद्धिः संसारे च न जायते ॥
De même, durant la saison des pluies, ô Soutien (du monde), qu’on fasse accomplir mon rite. Ton intelligence devient sans trouble, et l’attachement au saṃsāra ne surgit pas.
Verse 42
अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि कर्म संसारमोक्षणम् ॥ कदम्बमुकुलाश्चैव सरलार्जुनपादपाः ॥
Et je t’enseignerai encore un autre rite qui procure la délivrance du saṃsāra : (avec) des boutons de kadamba, ainsi que les arbres sarala et arjuna.
Verse 43
एतेषां सुमनोभिश्च पूजनीयो महादरात् ॥ मम संस्थापनं कृत्वा विधिदृष्टेन कर्मणा ॥ नमो नारायणायेति इमं मन्त्रमुदाहरेत् ॥
Avec les fleurs de ces (arbres), qu’on m’adore avec un très grand soin. Après avoir établi mon image/présence selon le rite prescrit, qu’on prononce ce mantra : « namo nārāyaṇāya ».
Verse 44
पश्यन्ति ये ध्यानपरा घनाभं त्वामाश्रिताः पूज्यमानं महिम्ना ॥ निद्रां भवान् भजतां लोकनाथ वर्षास्विमं पश्यतु मेघवर्णम् ॥
Ceux qui sont voués à la contemplation, ayant pris refuge en toi—sombre comme un nuage de pluie—et t’adorant dans ta majesté, te voient. Ô Seigneur du monde, pour ceux qui s’abandonnent au repos, qu’en la saison des pluies ils me contemplent, de teinte nuageuse.
Verse 45
आषाढमासे द्वादश्यां सर्वशान्तिकरं शुभम् ॥ य एतेन विधानॆन मम कर्म तु कारयेत् ॥
Au mois d’Āṣāḍha, le douzième jour—propice et dispensateur de paix universelle—quiconque fait accomplir mon rite selon cette prescription...
Verse 46
तरन्ति येन संसारं नराः कर्मपरायणाः ॥ एतद्गुह्यं महाभागे देवाः केऽपि न जानते ॥
Par cela, les hommes voués au rite traversent le saṃsāra. Ô très fortunée, ce secret n’est connu même d’aucuns des dieux.
Verse 47
मुक्त्वा नारायणं देवं वाराहं रूपमास्थितम् ॥ नादीक्षिताय दातव्यं मूर्खाय पिशुनाय च ॥
Laissant tout le reste, ceci concerne le dieu Nārāyaṇa qui a pris la forme de Varāha. On ne doit pas le donner à qui n’a pas reçu la dīkṣā (initiation), ni à un sot, ni à un calomniateur malveillant.
Verse 48
कुशिष्याय न दातव्यं ये च शास्त्रार्थदूषकाः ॥ न पठेद्गोघ्नमध्ये वै न पठेच्छठमध्यतः ॥
On ne doit pas le donner à un disciple indigne, ni à ceux qui altèrent le sens des enseignements. Qu’on ne le récite pas au milieu d’un tueur de vaches, ni dans la compagnie des trompeurs.
Verse 49
धनधर्मक्षयस्तेषां पठनादाशु जायते ॥ पठेद्भागवतानां च ये च धर्मेण दीक्षिताः ॥
Pour eux, d’une telle récitation naissent vite la perte des richesses et la perte du dharma. Qu’on le récite pour les bhāgavatas dévots et pour ceux qui ont reçu l’initiation selon le dharma.
Verse 50
एतत्ते कथितं भद्रे पूर्वं यत्पृष्टवत्यसि ॥ कार्त्स्न्येन कथितं ह्येतत्किमन्यत्परिपृच्छसि ॥
Ô bienheureuse, je t’ai dit ce que tu avais demandé auparavant. En vérité, cela a été exposé entièrement ; que veux-tu encore demander ?
Verse 51
कृत्वा तु मम कर्माणि शुभानि तरुणानि च ॥ पूज्य भागवतान्सर्वान् स्थापयित्वा ततोऽग्रतः ॥
Après avoir accompli mes rites auspices ainsi que ceux nouvellement prescrits, et après avoir honoré tous les bhāgavatas, qu’on les fasse ensuite asseoir et qu’on les établisse devant, à la place d’honneur.
Verse 52
ततः कमलपत्राक्षी सर्वरूपगुणान्विता ॥ वराहरूपिणं देवं प्रत्युवाच वसुन्धरा ॥
Alors Vasundharā—aux yeux semblables à des pétales de lotus, pourvue de toute forme et de toute qualité—répondit en s’adressant au Seigneur divin qui revêt la forme de Varāha.
Verse 53
सर्वे सुरासुरा लोकाः सरुद्रेन्द्रपितामहाः ॥ क्वेष्टं निवासं कुर्वन्ति एकैकं च यशोधर ॥
Tous les mondes des devas et des asuras, avec les Rudra, les Indra et les Pitāmaha : en quel lieu chacun, un à un, établit-il sa demeure, ô Yaśodhara ?
Verse 54
मन्त्रः— मासेषु सर्वेषु च मुख्यभूतस्त्वं माधवो माधवमास एव ॥ पश्येद्देवं तं तु वसन्तकाले उपागतं गन्धरसप्रयुक्त्या ॥ नित्यं च यज्ञेषु तथेज्यते यो नारायणः सप्तलोकेषु वीरः ॥
Mantra : Parmi tous les mois, toi—Mādhava—tu es le plus éminent, en vérité dans le mois de Mādhava. On doit contempler cette Divinité au temps du printemps, en s’en approchant avec des offrandes de parfum et de saveur. Et celui qui est Nārāyaṇa, le vaillant à travers les sept mondes, est pareillement honoré sans cesse dans les sacrifices (yajña).
Verse 55
स मर्त्यो न प्रणश्येत संसारेऽस्मिन् युगेयुगे ॥ एतत्ते कथितं देवि ऋतूनां कर्म चोत्तमम् ॥
Un tel mortel ne périrait pas dans ce cycle de l’existence, âge après âge. Ô Déesse, cela t’a été exposé : l’excellent ensemble des devoirs concernant les saisons.
The text frames liberation (saṃsāra-mokṣa) as achievable through disciplined, mantra-guided seasonal observances performed with purity (śuci), calmness (śānta-manas), and correct procedure (vidhi). Pṛthivī’s questions broaden the scope to karmic causality, social duties, and conduct; Varāha’s response emphasizes regulated practice and responsible transmission as safeguards against ethical and interpretive misuse.
Key markers include Phālguna māsa, śukla-pakṣa, Dvādaśī (spring-oriented worship with fragrant flowers); a parallel instruction for Grīṣma (summer) with a dedicated mantra; Varṣā (rains/monsoon) practice characterized by ‘megha-varṇa’ imagery; and an additional timing noted as Āṣāḍha māsa Dvādaśī for a ‘sarva-śānti-kara’ (all-pacifying) observance.
Environmental balance is implied through Pṛthivī’s identity as the upheld Earth and through the ritual alignment with seasonal cycles (ṛtu). The narrative links worship to flowering trees and monsoon conditions, presenting seasonal order as a normative framework: correct human action (karma) is synchronized with ecological rhythms (spring blossoms, rain-cloud imagery), reinforcing a stewardship model where terrestrial well-being and moral discipline are interdependent.
The chapter references cosmological and sage lineages rather than dynastic history: Ṛṣis and named sages such as Nārada, Parvata, Asita, Devala, Pulaha, Pulastya, Bhṛgu, and Aṅgiras. It also enumerates major deity-groups (Ādityas, Vasus, Rudras, Aśvins, Maruts) and celestial performers (Gandharvas, Apsarases), functioning as a cultural catalogue of authority figures endorsing the rite.