
Śarkarā-dhenu-dāna-vidhiḥ
Ritual-Manual (Dāna-vidhi) with Ethical-Discourse on Worthy Recipients
Dans le cadre d’instruction Varāha–Pṛthivī, le texte expose un manuel prescriptif pour façonner et offrir la śarkarā-dhenu (« vache de sucre ») à un auditeur royal. Il précise la préparation du sol rituel (peau d’antilope noire et herbe kuśa), les normes de proportion (uttamā, madhyamā, kaniṣṭhā) pour la vache et son veau, ainsi qu’une iconographie détaillée : graines aux quatre directions, or pour le visage et les cornes, perles pour les yeux, et diverses substances comestibles et étoffes pour les membres et les parures. Il définit les bénéficiaires dignes—śrotriya, pauvres vertueux, savants, gardiens des feux domestiques—et écarte les envieux. Il indique les moments favorables (ayana, viṣuva, vyatīpāta, fin du jour) et le protocole du don (orientation, mantras, dakṣiṇā), puis énonce les fruits karmiques et la portée salvifique pour le donateur et le récitant.
Verse 1
होतोवाच तद्वच्च शर्कराधेनुं शृणु राजन् यथार्थतः । अनुलिप्ते महीपृष्ठे कृष्णाजिनकुशोत्तरे ॥ १०३-१ ॥ धेनुं शर्करया राजन् कृत्वा भारचतुष्टयम् । उत्तमा कथ्यते सद्भिश्चतुर्थांशेन वत्सकम् ॥
Le Hotṛ dit : «De même, ô roi, écoute avec exactitude le (rite de la) śarkarā-dhenu, la vache faite de sucre. Sur un sol enduit et préparé, avec une peau d’antilope noire et de l’herbe kuśa étendues au-dessus—ayant façonné, ô roi, la vache en sucre d’un poids total de quatre bhāras : les sages la déclarent “excellente”, avec un veau représentant le quart».
Verse 2
तदर्धं मध्यमा प्रोक्ता कनिष्ठा भारकेण तु । तद्वद्वत्सं प्रकुर्वीत चतुर्थांशेन तत्त्वतः ॥
La moitié de cela est dite “moyenne”, tandis que la “inférieure” se fait avec un seul bhāra. De même, il faut façonner le veau selon la juste proportion—un quart—conformément au principe exact.
Verse 3
अथ कुर्यादष्टशतैरूर्ध्वं नृपतिसत्तम । स्वशक्त्या कारयेद् धेनुं तथात्मानं पीडयेत् ॥
Ensuite, ô le meilleur des rois, on peut le faire avec huit cents et davantage ; selon sa propre capacité, qu’on fasse façonner la vache (rituelle), et qu’ainsi on ne se tourmente pas soi-même.
Verse 4
सर्वबीजानि संस्थाप्य चतुर्दिक्षु समन्ततः । सुवर्णस्य मुखं शृङ्गे मौक्तिकैर्नयने तथा ॥
Après avoir disposé toutes sortes de semences tout autour, dans les quatre directions, (qu’on façonne) une bouche d’or, et de même les cornes et les yeux avec des perles.
Verse 5
गुडेन तु मुखं काये जिह्वा पिष्टमयी तथा । कम्बलं पट्टसूत्रेण कण्ठाभरणभूषिताम् ॥
Et avec du jaggery on façonne la bouche sur le corps ; de même, la langue est faite de farine. (On fournit) une couverture avec du fil de soie, ornée de parures pour le cou.
Verse 6
इक्षुपादां रौप्यखुरां तवनीतस्तनीं तथा । प्रशस्तपत्रश्रवणां सितचामरपभूषिताम् ॥
(Qu’on la fasse) avec des pattes de canne à sucre, des sabots d’argent, et aussi des pis de beurre ; avec d’excellentes oreilles semblables à des feuilles, ornée de chasse-mouches blancs en queue de yak.
Verse 7
पञ्चरत्नसमायुक्तां वस्त्रेणाच्छादितां तथा । गन्धपुष्पैरलङ्कृत्य ब्राह्मणाय निवेदयेत् ॥
L’ayant pourvue des cinq gemmes, et de même recouverte d’un tissu, l’ornant de parfums et de fleurs, qu’on la présente à un brāhmaṇa.
Verse 8
श्रोत्रियाय दरिद्राय साधुवृत्ताय धीमते । वेदवेदाङ्गविदुषे साग्निकाय कुटुम्बिने । अदुष्टाय प्रदातव्या न तु मत्सरिणे द्विजे ॥
Il convient de donner à un śrotriya—maître de maison instruit des Veda—pauvre, de conduite vertueuse et d’intelligence pénétrante, connaissant le Veda et les Vedāṅga, entretenant le feu sacré et soutenant sa famille. Qu’on donne à un brāhmaṇa sans malveillance, non à un dvija jaloux.
Verse 9
अयने विषुवे पुण्ये व्यतीपाते दिनक्षये । एषु पुण्येषु कालेषु तथाविभवशक्तितः ॥
Aux ayana (solstices), au viṣuva (équinoxe), lors du vyatīpāta propice et à la fin du jour : en ces moments méritoires, qu’on donne selon ses moyens et sa capacité.
Verse 10
सत्पात्रञ्च द्विजं दृष्ट्वा आगतं श्रोत्रियं गृहे । तादृशाय प्रदातव्या पुच्छदेशे विमृश्य च ॥
Ayant vu un récipiendaire digne—un dvija, un śrotriya—venu à la maison, qu’on donne à un tel homme, après avoir touché et examiné la région de la queue (de la vache), selon la règle.
Verse 11
पूर्वाभिमुखमास्थाय अथवा स उदङ्मुखः । गां पूर्वाभिमुखीं कृत्वा वत्समुत्तरतो न्यसेत् ॥
Tourné vers l’est—ou bien vers le nord—ayant placé la vache face à l’est, qu’on mette le veau du côté nord.
Verse 12
दानकाले तु ये मन्त्रास्तान्पठित्वा समर्पयेत् । सम्पूज्य विधिवद्विप्रं मुद्रिकाकर्णभूषणैः ॥
Au moment du don, après avoir récité les mantras prescrits, qu’on remette l’offrande; et, honorant le brāhmaṇa selon le rite, qu’on offre aussi des bagues et des ornements d’oreille.
Verse 13
स्वशक्त्या दक्षिणा देया वित्तशाठ्यविवर्ज्जितः । हस्ते तु दक्षिणां दत्त्वा गन्धपुष्पसचन्दनाम् । धेनुं समर्पयेत्तस्य मुखञ्च च विलोकयेत् ॥
La dakṣiṇā doit être donnée selon ses moyens, sans avarice envers les richesses. Après avoir placé la dakṣiṇā dans sa main—avec parfums, fleurs et bois de santal—qu’on offre la vache, puis qu’on contemple son visage.
Verse 14
एकाहं शर्कराहारो ब्राह्मणस्त्रिदिनं वसेत् । सर्वपापहरा धेनुः सर्वकामप्रदायिनी ॥
Pendant un jour, ne se nourrissant que de sucre, le brāhmaṇa doit demeurer en observance durant trois jours. On dit que la vache enlève tous les péchés et accorde tous les buts désirés.
Verse 15
सर्वकामसमृद्धस्तु जायते नात्र संशयः । दीयमानं प्रपश्यन्ति ते यान्ति परमां गतिम् ॥
On naît comblé par l’accomplissement de tous les buts; il n’y a là aucun doute. Ceux qui voient qu’on la donne atteignent la destination suprême.
Verse 16
य इदं शृणुयाद्भक्त्या पठते वापि मानवः । मुच्यते सर्वपापेभ्यो विष्णुलोकं स गच्छति ॥
Celui qui écoute ceci avec dévotion, ou bien le récite, est délivré de tous les péchés et se rend au monde de Viṣṇu.
Within the Varāha–Pṛthivī upadeśa frame, Varāha addresses a royal patron (rājan/nṛpati) and introduces a prescriptive dāna-vidhi: how to construct and donate the śarkarā-dhenu (sugar-cow) on a ritually prepared earth-surface.
Step-by-step specification of the rite: preparing the ground with kṛṣṇājina (black antelope skin) and kuśa; establishing directional order by placing seeds in the four quarters; constructing the cow and calf in graded sizes (uttamā/madhyamā/kaniṣṭhā) with precise iconography (gold face and horns, pearl eyes) and edible/textile components for limbs, ornaments, and coverings; followed by rules for selecting a worthy recipient (pātra-parīkṣā) and rejecting the envious.
The protocol culminates in the actual gifting sequence: choosing auspicious times (ayana, viṣuva, vyatīpāta, dina-kṣaya), orienting the donation correctly, reciting the appropriate mantras, and completing the act with dakṣiṇā—explicitly insisting on non-deceit in charity (vittā-śāṭhya-vivarjita) and on giving to a qualified śrotriya/virtuous householder with fires.
A stated phala closes the manual: the donor gains puṇya, pāpa-kṣaya, and elevated post-mortem/soteriological outcomes; the reciter/hearer of the procedure likewise accrues merit (śravaṇa–kīrtana-phala).
No explicit toponyms are mentioned in the provided passage. Spatial/ecological markers are ritual-ecological rather than geographic: the prepared ‘earth-surface’ (mahī-pṛṣṭha), placement in the four directions (caturdiś), and materials drawn from agrarian and pastoral ecologies (seeds/bīja, sugar/śarkarā, ghee/tavanīta, sugarcane/ikṣu, kuśa grass).
The text frames charity as both procedural and ethical: the gift must be properly prepared and offered without deceit (vittā-śāṭhya-vivarjita), and it must be directed to a qualified recipient (pātra), defined as learned and disciplined (śrotriya, vedavedāṅga-vid), socially responsible (householder with fires, sagnikāya kuṭumbine), and non-malicious; envy (mātsarya) is explicitly disqualifying.
The passage specifies auspicious temporal markers: ayana (solstitial transition), viṣuva (equinox), vyatīpāta (an astronomically inauspicious/marked yoga treated as ritually significant in many dharma sources), and dina-kṣaya (the day’s end). These are presented as preferred windows for performing the donation according to one’s capacity (yathā-vibhava-śaktitaḥ).
While primarily a ritual manual, the chapter embeds an Earth-oriented material ecology: it requires a prepared ground (mahī-pṛṣṭha), uses plant-based and agrarian substances (bīja, ikṣu, guḍa), and organizes space by the four directions (caturdiś). In an environmental-ethics reading aligned with the Varāha–Pṛthivī frame, the instruction models regulated extraction and redistribution of agricultural surplus through formalized gifting, linking social welfare (supporting the poor and learned) with disciplined stewardship of terrestrial resources.
No dynastic lineages are named in the provided verses. The social categories invoked are cultural-institutional: rājan/nṛpati (royal patron), brāhmaṇa/dvija (recipient class), śrotriya (Vedic-trained specialist), and vedavedāṅga-vid (expert in Veda and auxiliaries), along with the household institution marked by maintaining ritual fires (sagnikāya kuṭumbine).
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