
L’Adhyāya 88 rapporte l’indication de lieu donnée par Īśvara à Mahādevī, orientant le pèlerin vers le sanctuaire de Nīlarudra, présenté comme un « second » Nīlarudra. L’emplacement est défini avec précision : au nord de Bhūteśa, à une distance traditionnelle dite « seizième » mesure, liée au dhanuṣ (arc) comme repère de distance. Le cœur du chapitre décrit l’ordre du culte : bain rituel du mahāliṅga, pūjā fondée sur les mantras avec l’Īśa-mantra, offrandes florales de kumuda et d’utpala, puis pradakṣiṇā et namaskāra. L’énoncé du fruit (phala) affirme que cette observance procure un mérite comparable au Rājasūya, et ajoute une exigence de dāna : offrir en don un taureau (vṛṣa) à ceux qui désirent le plein fruit de la yātrā. La conclusion étiologique explique l’épithète « Nīlarudra » par un événement ancien : le dieu tua un daitya sombre, couleur de khôl, nommé Āntaka ; ainsi il est commémoré comme « Nīlarudra », en lien aussi avec les lamentations des femmes (rodana). Ce māhātmya est loué comme destructeur de péchés et doit être écouté et reçu avec śraddhā par ceux qui aspirent au darśana.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि नीलरुद्रं द्वितीयकम् । भूतेशादुत्तरे भागे धनुषां षोडशे स्थितम्
Īśvara dit : « Ensuite, ô grande Déesse, il faut se rendre auprès de Nīlarudra, le second des Rudra. Il se trouve au nord de Bhūteśvara, à une distance de seize dhanuṣ (longueurs d’arc). »
Verse 2
महालिंगं महादेवि गणगंधर्वपूजितम् । संस्नाप्य तं विधानेन ईशमंत्रेण पूजयेत्
« Là se trouve un grand liṅga, ô Mahādevī, vénéré par les Gaṇa et les Gandharva. Après l’avoir baigné selon le rite prescrit, qu’on l’adore avec l’Īśa-mantra. »
Verse 3
कुमुदोत्पलसंभारैः सम्यक्संभावितात्मवान् । कृत्वा प्रदक्षिणां तस्य नमस्कारेण पूजयेत्
Avec des gerbes de fleurs de kumuda et d’utpala, l’âme bien recueillie et pleine de révérence, après avoir accompli la pradakṣiṇā autour de Lui, qu’on L’honore par des salutations et des prosternations.
Verse 4
एवं कृत्वा नरो देवि राजसूयफलं लभेत् । वृषस्तत्रैव दातव्यः सम्यग्यात्राफलेप्सुभिः
Ayant agi ainsi, ô Déesse, un homme obtient un mérite égal à celui du sacrifice royal Rājasūya. Et ceux qui désirent le plein fruit du pèlerinage doivent offrir sur place un taureau en don sacré.
Verse 5
नीलांजननिभो दैत्यो निहतश्चांतकः पुरा । तस्य रोदयिता स्त्रीणां नीलरुद्रस्ततः स्मृतः
Autrefois, un daitya nommé Antaka, sombre comme le collyre bleu, fut mis à mort. Et parce qu’il devint la cause des lamentations des femmes, on se souvient de lui sous le nom de « Nīlarudra ».
Verse 6
तस्य संक्षेपतः प्रोक्तं माहात्म्यं पापनाशनम् । सम्यक्छ्रद्धान्वितैः प्राप्यं श्राव्यं तद्दर्शनोत्सुकैः
Ainsi, sa grandeur a été dite en bref, et elle détruit le péché. Qu’on s’en approche avec une foi véritable, et qu’elle soit écoutée par ceux qui aspirent à son darśana.
Verse 88
इतिश्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्य एकादशरुद्रमाहात्म्ये नील रुद्रमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टाशीतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quatre-vingt-huitième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Nīlarudra », dans le saint Skanda Mahāpurāṇa, au sein du Prabhāsa Khaṇḍa, dans le Prabhāsa-kṣetra Māhātmya et la glorification des Onze Rudra.