
Le chapitre 183 rapporte l’enseignement d’Īśvara à Devī au sujet d’un tīrtha éminent nommé Miśra-tīrtha, célèbre comme Trisaṅgama : la confluence de la Sarasvatī, de la Hiraṇyā et de l’océan. Ce lieu est exalté comme d’une rareté exceptionnelle, même pour les dieux, et proclamé premier parmi les tīrtha, surtout lors des fêtes solaires (sūrya-parvan), où son efficacité rituelle est dite surpasser celle de Kurukṣetra. Le texte expose une doctrine d’amplification du mérite : le bain sacré, le don et le japa (récitation de mantras) accomplis là-bas donnent des fruits « multipliés par des crores ». Il développe aussi une théologie de proximité autour d’un liṅga associé à Maṅkīśvara, en décrivant d’innombrables tīrtha contenus dans l’intervalle menant jusqu’à ce repère. Dans un esprit d’inclusivité, il affirme que même les êtres socialement marginalisés y obtiennent des destinées célestes, signe de la puissance transformatrice du lieu. Pour une yātrā fructueuse, il est recommandé d’offrir à un brāhmaṇa des vêtements déjà portés, de l’or et une vache, et d’accomplir les offrandes aux ancêtres le quatorzième jour de la quinzaine sombre. Le chapitre s’achève en nommant Trisaṅgama destructeur des grands péchés, particulièrement efficace au mois de Vaiśākha, et en conseillant la libération rituelle d’un taureau (vṛṣotsarga) pour l’effacement des fautes et la satisfaction des ancêtres.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि मिश्रतीर्थमनुत्तमम् । त्रिसंगमेति विख्यातं सौरं तीर्थमनुत्तमम्
Īśvara dit : « Ensuite, ô grande Déesse, il faut se rendre au Miśra-tīrtha sans pareil, renommé sous le nom de Trisaṅgama, tīrtha solaire d’excellence, sans rival parmi les lieux saints. »
Verse 2
सरस्वती हिरण्या च समुद्रश्चैव भामिनि । त्रयाणां संगमो यत्र दुष्प्राप्यो दैवतैरपि
Ô dame rayonnante, là se trouve la confluence de trois : Sarasvatī, Hiraṇyā et l’Océan ; un sangama difficile à atteindre même pour les dieux.
Verse 3
सर्वेषां तत्र तीर्थानां प्रधानं तीर्थमुत्तमम् । सूर्यपर्वणि संप्राप्ते कुरुक्षेत्राद्विशिष्यते
Parmi tous les tīrtha qui s’y trouvent, celui-ci est le premier, le plus excellent. Quand survient l’occasion sacrée du Soleil, il surpasse même Kurukṣetra.
Verse 4
स्नानं दानं जपस्तत्र सर्वं कोटिगुणं भवेत्
Là-bas, le bain sacré, l’aumône et la récitation du japa : tout y est multiplié au cent-millionième (koṭi).
Verse 5
मंकीश्वरान्महादेवि यावल्लिंगं कृतस्मरम् । एतस्मिन्नन्तरे देवि तीर्थानां दशकोटयः
Ô grande Déesse, de Maṃkīśvara jusqu’au liṅga nommé Kṛtasmarā : dans cet intervalle, ô Déesse, se trouvent dix koṭis de tīrthas.
Verse 6
कृमिकीटपतंगाश्च श्वपचा वा नराधमाः । सोऽपि स्वर्गमवाप्नोति किं पुनर्भावितात्मवान्
Même les vers, les insectes et les oiseaux—ou les cuiseurs de chien et les plus vils des hommes—peuvent y atteindre le ciel ; combien plus celui dont l’âme est purifiée et maîtrisée.
Verse 7
तत्र पीतानि वस्त्राणि काञ्चनं सुरभिस्तथा । ब्राह्मणाय प्रदातव्या सम्यग्यात्राफलेप्सुभिः
Là, ceux qui désirent le plein fruit du pèlerinage doivent offrir comme il se doit à un brāhmaṇa des vêtements jaunes, de l’or, et aussi une bonne vache au doux parfum.
Verse 8
कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां स्नात्वा यस्तर्पयेत्पितॄन् । तर्पिताः पितरस्तेन यावच्चन्द्रार्कतारकम्
Quiconque se baigne le quatorzième jour de la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa) et offre le tarpaṇa aux ancêtres—par lui les Pitṛs sont comblés aussi longtemps que dureront la lune, le soleil et les étoiles.
Verse 9
एतत्त्रिसंगमं देवि महापातकनाशनम् । दुर्लभं त्रिषु लोकेषु वैशाख्यां तु विशेषतः
Ô Déesse, ce Trisaṅgama anéantit les grands péchés. Il est rare dans les trois mondes, surtout au mois de Vaiśākha.
Verse 10
वृषो त्सर्गो विशेषेण तत्र कार्यो नरोत्तमैः । सर्वपापविनाशाय पितॄणां प्रीतये प्रिये
Ô bien-aimée, là-bas les meilleurs des hommes doivent accomplir tout particulièrement le don avec relâchement d’un taureau (vṛṣotsarga), afin de détruire tous les péchés et de réjouir les Ancêtres (Pitṛ).
Verse 183
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये त्रिसंगममाहात्म्यवर्णनंनाम त्र्यशीत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans le septième livre, le Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section appelée Prabhāsa-kṣetra Māhātmya, s’achève le cent quatre-vingt-troisième chapitre, intitulé «Description de la grandeur de Trisaṅgama».