
Ce chapitre, énoncé par Īśvara, associe l’explication étymologique à l’autorisation du tīrtha. Il commence par interpréter des termes liés à la royauté et à la reine (rājā/rājñī) ainsi qu’à la notion d’« ombre » (chāyā), au moyen de dérivations fondées sur les dhātu, afin de montrer que le nom et l’identité portent une signification théologique. Le récit situe ensuite le Manu actuel dans une lignée et présente une figure marquée par l’iconographie vaiṣṇava (śaṅkha-cakra-gadā-dhara). Parallèlement, Yama est décrit comme affligé, qualifié de « hīna-pāda », ce qui appelle un remède rituel. Yama se rend à Prabhāsa-kṣetra et accomplit un tapas prolongé, vénérant un liṅga durant une période immense. Īśvara, satisfait, accorde de nombreux bienfaits et institue un titre cultuel durable : le lieu est désormais connu sous le nom de « Yameśvara ». En conclusion, une promesse de type phalaśruti affirme qu’au jour de Yama-dvitīyā, la vision de Yameśvara détourne de la vision/expérience de Yama-loka, soulignant la portée salvifique et calendérique du pèlerinage à Prabhāsa.
Verse 1
ईश्वर उवाच । या संज्ञा सा स्मृता राज्ञी छाया या सा तु निक्षुभा । राजृ दीप्तौ स्मृतो धातू राजा राजति यः सदा
Īśvara dit : « Celle qui est Saṃjñā est rappelée comme “Rājñī” ; et celle qui est Chāyā est “Nikṣubhā”. La racine verbale rāj est connue au sens de “briller” ; ainsi, celui qui resplendit toujours est appelé “Rājā” (roi). »
Verse 2
अधिकं सर्वभूतेभ्यस्तस्माद्राजा स उच्यते । राजपत्नी तु सा यस्मात्तस्माद्राज्ञी प्रकीर्तिता
Parce qu’il est supérieur à tous les êtres, il est donc appelé “Rājā” (roi). Et parce qu’elle est l’épouse du roi, elle est célébrée comme “Rājñī” (reine).
Verse 3
क्षुभ संचलने धातुर्निश्चला तेन निक्षुभा । भवंति ह्यथवा यस्मात्स्वांगीयाः क्षुद्विवर्जिताः
La racine verbale «kṣubh» s’emploie au sens d’« agitation/mouvement »; puisqu’elle demeure immobile, on l’appelle donc Nikṣubhā. Ou encore, parce que ceux qui naissent de son propre corps deviennent exempts de la faim.
Verse 4
छाया तां विशते दिव्या स्मृता सा तेन निक्षुभा । सांप्रतं वर्तते योऽयं मनुर्लोके महामते
La divine Chāyā entra en elle (Saṃjñā) ; c’est pourquoi on se souvient d’elle sous ce nom, Nikṣubhā. Et le Manu qui, à présent, œuvre dans le monde, ô grand d’âme—
Verse 5
तस्यान्ववाये जातस्तु शंखचकगदाधरः । यमस्तु मात्रा संशप्तो हीनपादो धरातले
Dans sa lignée naquit un être portant la conque, le disque et la massue. Mais Yama, maudit par sa mère, demeura sur la terre avec les pieds affaiblis.
Verse 6
प्रभासक्षेत्रमासाद्य चचार विपुलं तपः । वर्षाणामयुतं साग्रं लिंगं पूजितवान्प्रिये
Parvenu au kṣetra sacré de Prabhāsa, il accomplit une austérité immense ; et durant un peu plus de dix mille ans, ô bien-aimée, il adora le Liṅga.
Verse 7
तुष्टश्चाहं ततस्तस्य वराणां च शतं ददौ । अद्यापि तत्र देवेशि यमेश्वरमिति श्रुतम् । यमद्वितीयायां दृष्ट्वा यमलोकं न पश्यति
Satisfait, je lui accordai alors cent grâces. Aujourd’hui encore, ô Déesse des dieux, ce lieu est renommé sous le nom de « Yameśvara ». Et celui qui contemple (ce Seigneur) au jour de Yamadvitīyā ne verra pas le royaume de Yama.
Verse 12
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये यमेश्वरोत्पत्तिवर्णनंनाम द्वादशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le douzième chapitre, intitulé «Récit de l’origine de Yameśvara», dans le premier Prabhāsakṣetra Māhātmya du septième livre, le Prabhāsa Khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa de quatre-vingt-un mille vers.