
L’Adhyāya 16 est construit comme un échange didactique : les ṛṣi demandent un vidhāna précis pour le culte de la Pārthiva-pratimā, c’est‑à‑dire la fabrication et l’adoration d’une image en argile/terre, en sollicitant la méthode par laquelle « tous les buts désirés » sont atteints. Sūta répond en soulignant l’efficacité immédiate de cette pratique : elle apaise la peine, écarte la mort prématurée (apamṛtyu) et accorde les prospérités du foyer et des champs (époux/épouse, enfants, richesse, grains). Le chapitre en donne la justification matérielle et théologique : puisque nourriture, vêtements et nécessités proviennent de la terre, le culte rendu au moyen d’icônes de terre devient un puissant canal de grâces. L’accès est élargi : hommes et femmes possèdent l’adhikāra. La procédure prescrit de prélever l’argile dans l’eau (rivière/étang/puits), de la purifier (par exemple avec des poudres parfumées), de préparer un maṇḍapa propre, de façonner l’image à la main et de la lisser avec du lait, d’achever membres et attributs, d’installer la divinité sur un siège de lotus, puis d’adorer avec révérence. L’écologie rituelle inclut Gaṇeśa (Vighneśa), Sūrya, Viṣṇu, Ambā et Śiva, culminant dans le culte du Śiva-liṅga, suivi du ṣoḍaśopacāra, de l’aspersion et de l’abhiṣeka accompagnés de mantras. L’ensemble forme un manuel rituel concis, avec phalaśruti explicite et enchaînement clair.
Verse 1
कृत्तिकाशुक्रवारेषु गजकोमेडयाजनात्
Lorsque l’astérisme Kṛttikā coïncide avec le vendredi, le culte rendu à Śiva avec des offrandes telles qu’un éléphant et le « komeḍa » (oblations sacrificielles prescrites par la tradition) procure un fruit spirituel extraordinaire, affermit la bhakti envers Śiva et soutient la délivrance de l’âme par Sa grâce.
Verse 2
सूत उवाच । सुसाधुपृष्टं युष्माभिः सदा सर्वार्थदायकम् । सद्यो दुःखस्य शमनं शृणुत प्रब्रवीमि वः
Sūta dit : Vous avez posé une question des plus justes ; cela accorde toujours tous les buts dignes. Cela apaise aussitôt la peine ; écoutez, je vais vous l’exposer.
Verse 3
अपमृत्युहरं कालमृत्योश्चापि विनाशनम् । सद्यः कलत्रपुत्रादिधनधान्यप्रदं द्विजाः
Ô sages deux fois nés, cela écarte la mort prématurée et détruit même la mort à l’heure fixée ; et cela accorde promptement épouse, enfants, ainsi que richesse et grains.
Verse 4
अन्नादिभोज्यं वस्त्रादिसर्वमुत्पद्यते यतः । ततो मृदादिप्रतिमापूजाभीष्टप्रदा भुवि
Puisque de cela naissent toutes choses—telles la nourriture que l’on mange et les vêtements que l’on porte—, ainsi sur la terre le culte d’une image faite d’argile et autres matières semblables devient dispensateur des fruits désirés.
Verse 5
पुरुषाणां च नारीणामधिकारोत्र निश्चितम् । नद्यां तडागे कूपे वा जलांतर्मृदमाहरेत्
Il est ici fermement établi que les hommes comme les femmes ont droit à cette observance. Qu’on recueille l’argile sacrée au sein de l’eau—dans une rivière, un étang ou un puits.
Verse 6
संशोध्य गंधचूर्णेन पेषयित्वा सुमंडपे । हस्तेन प्रतिमां कुर्यात्क्षीरेण च सुसंस्कृताम्
Après l’avoir purifié avec des poudres parfumées et l’avoir bien broyé dans un beau maṇḍapa, qu’on façonne de la main l’image sacrée, dûment affinée et préparée avec du lait.
Verse 7
अंगप्रत्यंगकोपेतामायुधैश्च समन्विताम् । पद्मासनस्थितां कृत्वा पूजयेदादरेण हि
Après avoir façonné (la forme de la Déesse) complète en chacun de ses membres et sous-membres, et munie d’armes divines, qu’on l’établisse assise sur un siège de lotus, puis qu’on l’honore avec un soin révérencieux.
Verse 8
विघ्नेशादित्यविष्णूनामंबायाश्च शिवस्य च । शिवस्यशिवलिंगं च सर्वदा पूजयेद्द्विज
Ô deux-fois-né, il faut toujours vénérer Vighneśa, le Soleil, Viṣṇu, Ambā (la Mère divine) et Śiva; et surtout, vénérer sans cesse le Liṅga même de Śiva, car il est le centre durable de Sa grâce.
Verse 9
षोडशैरुपचारैश्च कुर्यात्तत्फलसिद्धये । पुष्पेण प्रोक्षणं कुर्यादभिषेकं समंत्रकम्
Afin d’obtenir le fruit visé du culte, qu’on serve (Śiva) par les seize upacāras. Qu’on fasse aussi l’aspersion avec des fleurs et qu’on accomplisse l’abhiṣeka accompagné de mantras.
Verse 10
शाल्यन्नेनैव नैवेद्यं सर्वं कुडवमानतः । गृहे तु कुडवं ज्ञेयं मानुषे प्रस्थमिष्यते
Toutes les offrandes de nourriture (naivedya) doivent être présentées avec du riz śāli, mesuré selon l’unité appelée kuḍava. Dans l’usage domestique, la mesure standard est le kuḍava ; pour l’usage ordinaire des hommes, on la tient pour un prastha.
Verse 11
दैवे प्रस्थत्रयं योग्यं स्वयंभोः प्रस्थपंचकम् । एवं पूर्णफलं विद्यादधिकं वै द्वयं त्रयम्
Pour un Liṅga consacré (divin), trois prasthas d’offrandes sont jugés convenables ; pour le Liṅga Svayambhū (auto-manifesté), cinq prasthas sont prescrits. En adorant ainsi, sachez que le fruit devient complet—et même croît au double ou au triple.
Verse 12
सहस्रपूजया सत्यं सत्यलोकं लभेद्द्विजः । द्वादशांगुलमायामं द्विगुणं च ततोऽधिकम्
En accomplissant la sahasra-pūjā (adoration mille fois) avec véracité, le dvija (deux-fois-né) atteint Satyaloka. La mesure correcte est de douze aṅgulas de longueur, et la largeur doit être le double—voire un peu davantage.
Verse 13
प्रमाणमंगुलस्यैकं तदूर्ध्वं पंचकत्रयम् । अयोदारुकृतं पात्रं शिवमित्युच्यते बुधैः
Sa mesure est d’un aṅgula, et au-dessus se trouvent trois groupes de cinq (soit quinze aṅgulas). Un récipient fait de fer ou de bois est appelé par les sages « Śiva-pātra ».
Verse 14
तदष्टभागः प्रस्थः स्यात्तच्चतुःकुडवं मतम् । दशप्रस्थं शतप्रस्थं सहस्रप्रस्थमेव च
Son huitième partie est appelée prastha ; et ce prastha est, selon la tradition, compris comme valant quatre kuḍavas. De même, sont aussi reconnus les dix-prastha, cent-prastha et mille-prastha.
Verse 15
जलतैलादिगंधानां यथायोग्यं च मानतः । मानुषार्षस्वयंभूनां महापूजेति कथ्यते
Lorsque l’on offre l’eau, l’huile et d’autres parfums d’une manière convenable et selon la juste mesure, alors—que le Liṅga soit façonné par l’homme, établi par les Ṛṣi ou auto-manifesté (svayaṃbhū)—un tel culte est proclamé « Mahā-pūjā », la Grande Adoration.
Verse 16
इति श्रीशिवमहापुराणे विद्येश्वरसंहितायां षोडशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le seizième chapitre de la Vidyeśvara-saṃhitā du saint Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 17
दीपाज्ज्ञानमवाप्नोति तांबूलाद्भोगमाप्नुयात् । तस्मात्स्नानादिकं षट्कं प्रयत्नेन प्रसाधयेत्
Par l’offrande d’une lampe, on obtient la connaissance véritable ; par l’offrande de tāmbūla (bétel), on reçoit jouissance et bien-être. C’est pourquoi l’on doit, avec effort, accomplir l’ensemble des six observances commençant par le bain rituel, pour parfaire le culte.
Verse 18
नमस्कारो जपश्चैव सर्वाभीष्टप्रदावुभौ । पूजान्ते च सदाकार्यौ भोगमोक्षार्थिभिर्नरैः
La prosternation (namaskāra) et la récitation répétée du mantra (japa) accordent toutes les grâces désirées. C’est pourquoi, à la fin de la pūjā, elles doivent toujours être accomplies par ceux qui aspirent soit aux jouissances du monde (bhoga), soit à la délivrance (mokṣa).
Verse 19
संपूज्य मनसा पूर्वं कुर्यात्तत्तत्सदा नरः । देवानां पूजया चैव तत्तल्लोकमवाप्नुयात्
Après avoir d’abord rendu un culte par l’esprit, que l’homme accomplisse sans cesse l’acte de vénération correspondant ; et, par l’adoration des dieux, qu’il obtienne le monde propre à cette divinité.
Verse 20
तदवांतरलोके च यथेष्टं भोग्यमाप्यते । तद्विशेषान्प्रवक्ष्यामि शृणुत श्रद्धया द्विजाः
Et dans ces mondes intermédiaires, on obtient des jouissances selon son désir et son mérite. J’en exposerai maintenant les distinctions particulières : écoutez avec foi, ô dvijas.
Verse 21
विघ्नेशपूजया सम्यग्भूर्लोकेऽभीष्टमाप्नुयात् । शुक्रवारे चतुर्थ्यां च सिते श्रावणभाद्र के
Par l’adoration accomplie comme il se doit de Vighneśa (Gaṇeśa), on obtient en ce monde terrestre l’accomplissement désiré. Cela s’observe tout particulièrement le vendredi, au quatrième tithi (Caturthī) de la quinzaine claire, aux mois de Śrāvaṇa et de Bhādrapada.
Verse 22
भिषगृक्षे धनुर्मासे विघ्नेशं विधिवद्यजेत् । शतं पूजासहस्रं वा तत्संख्याकदिनैर्व्रजेत्
Lorsque l’astérisme lunaire est Bhīṣag (Dhaniṣṭhā) et durant le mois de Dhanur (Mārgaśīrṣa), qu’on adore Vighneśa selon le rite prescrit. Qu’on accomplisse cent pūjā, ou mille, en les achevant sur un nombre de jours correspondant.
Verse 23
देवाग्निश्रद्धया नित्यं पुत्रदं चेष्टदं नृणाम् । सर्वपापप्रशमनं तत्तद्दुरितनाशनम्
Accompli chaque jour avec foi envers les Deva et le Feu sacré, il accorde aux hommes une descendance et l’accomplissement de leurs buts légitimes ; il apaise tous les péchés et détruit chaque démérite particulier.
Verse 24
वारपूजांशिवादीनामात्मशुद्धिप्रदां विदुः । तिथिनक्षत्रयोगानामाधारं सार्वकामिकम्
Les sages savent que le culte accompli selon les jours de la semaine—en commençant par Śiva et les autres—accorde la purification intérieure. Il est le fondement universel, exauçant les vœux, des observances fondées sur le tithi, le nakṣatra et le yoga propice.
Verse 25
तथा बृद्धिक्षयाभावात्पूर्णब्रह्मात्मकं विदुः । उदयादुदयं वारो ब्रह्मप्रभृति कर्मणाम्
De même, parce qu’il est exempt d’accroissement et de déclin, les sages le connaissent comme le Brahman parfait en son essence. D’apparition en apparition, la succession des actes—depuis Brahmā et au-delà—se lève encore et encore par sa puissance d’ordonnancement.
Verse 26
तिथ्यादौ देवपूजा हि पूर्णभोगप्रदा नृणाम् । पूर्वभागः पितृणां तु निशि युक्तः प्रशस्यते
Au commencement du tithi, le culte rendu aux Devas accorde vraiment aux hommes des jouissances et des accomplissements complets. Mais pour les Pitṛ (êtres ancestraux), la première partie de la nuit, observée comme il convient, est louée comme le moment approprié.
Verse 27
परभागस्तु देवानां दिवा युक्तः प्रशस्यते । उदयव्यापिनी ग्राह्या मध्याह्ने यदि सा तिथिः
Pour les devas, la partie ultérieure du temps, lorsqu’elle est jointe au plein jour, est louée comme de bon augure. Si le tithi s’étend jusqu’au lever du soleil, ce tithi doit être retenu ; de même, s’il est présent à midi, il doit être tenu pour valable dans le rite.
Verse 28
देवकार्ये तथा ग्राह्यास्थिति ऋक्षादिकाः शुभाः । सम्यग्विचार्य वारादीन्कुर्यात्पूजाजपादिकम्
Dans les rites destinés au divin, il convient de n’admettre que des conditions favorables—telles que des nakṣatra (ṛkṣa) propices et les facteurs qui s’y rattachent. Après avoir examiné avec justesse le jour de la semaine et les autres éléments du temps, qu’on accomplisse alors le culte, le japa et les autres observances de dévotion envers le Seigneur Śiva.
Verse 29
पूजार्यते ह्यनेनेति वेदेष्वर्थस्य योजना । पूर्णभोगफलसिद्धिश्च जायते तेन कर्मणा
Dans les Veda, le sens est établi ainsi : «Par ce rite, on devient digne d’être honoré». Et par cet acte même, naît l’obtention complète des fruits de la jouissance et de l’accomplissement.
Verse 30
मनोभावांस्तथा ज्ञानमिष्टभोगार्थयोजनात् । पूजाशब्दर्थ एवं हि विश्रुतो लोकवेदयोः
Parce qu’elle met en juste accord les nobles dispositions de l’esprit et la connaissance droite en vue d’obtenir le fruit désiré, tel est bien le sens, célèbre dans le monde comme dans les Veda, du mot « pūjā » (culte).
Verse 31
नित्यनैमित्तिकं कालात्सद्यः काम्ये स्वनुष्ठिते । नित्यं मासं च पक्षं च वर्षं चैव यथाक्रमम्
Les rites obligatoires et les rites occasionnels portent leur fruit au temps voulu; mais le rite kāmya, accompli correctement avec un désir déterminé, donne son résultat sur-le-champ. Selon l’ordre: immédiat (pour le kāmya) et, pour les autres—quotidien, mensuel, par quinzaine et annuel.
Verse 32
तत्तत्कर्मफलप्राप्तिस्तादृक्पापक्षयः क्रमात् । महागणपतेः पूजा चतुर्थ्यां कृष्णपक्षके
En son temps, on obtient les fruits convenables de chaque acte, et les péchés de même nature s’effacent peu à peu. C’est pourquoi la pūjā à Mahāgaṇapati doit être accomplie le jour de Caturthī (quatrième jour lunaire) durant le kṛṣṇa‑pakṣa, la quinzaine sombre.
Verse 33
पक्षपापक्षयकरी पक्षभोगफलप्रदा । चैत्रे चतुर्थ्यां पूजा च कृता मासफलप्रदा
Le culte accompli en Caturthī au mois de Caitra détruit les péchés amassés durant une quinzaine et accorde les jouissances et les fruits de cette quinzaine. En vérité, une telle pūjā confère un mérite égal au fruit d’un mois entier.
Verse 34
वर्षभोगप्रदा ज्ञेया कृता वै सिंहभाद्र के । श्रवण्यादित्यवारे च सप्तम्यां हस्तभे दिने
Sachez que cette observance est réputée donner jouissance et prospérité pour une année entière, lorsqu’elle est accomplie au mois de Bhādrapada sous le signe de Siṃha (Lion) : un dimanche, avec la nakṣatra Śravaṇā, au septième jour lunaire (saptamī), lorsque la Lune est en Hasta.
Verse 35
माघशुक्ले च सप्तम्यामादित्ययजनं चरेत् । ज्येष्ठभाद्र कसौम्ये च द्वादश्यां श्रवर्णक्षके
Au septième jour lunaire (Saptamī) de la quinzaine claire de Māgha, qu’on accomplisse le culte d’Āditya (le Soleil). De même, aux mois de Jyeṣṭha et de Bhādrapada—lorsque c’est un lundi (Soma), au douzième jour lunaire (Dvādaśī), et quand la nakṣatra Śravaṇa est présente—qu’on entreprenne dûment l’adoration prescrite.
Verse 36
द्वादश्यां विष्णुयजनमिष्टंसंपत्करं विदुः । श्रावणे विष्णुयजनमिष्टारोग्यप्रदं भवेत्
Les sages proclament que l’adoration de Viṣṇu accomplie au jour de Dvādaśī est un acte de bon augure qui apporte la prospérité. Et l’adoration de Viṣṇu durant le mois de Śrāvaṇa devient dispensatrice de la santé souhaitée et de la délivrance des maladies.
Verse 37
गवादीन्द्वादशानर्थान्सांगान्दत्वा तु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति द्वादश्यां विष्णुतर्पणात्
Quel que soit le mérite acquis en offrant, pleinement et avec les accompagnements requis, douze dons précieux à commencer par des vaches, ce même fruit est obtenu par le tarpaṇa (libation rituelle) à Viṣṇu au jour de Dvādaśī.
Verse 38
द्वादश्यां द्वादशान्विप्रान्विष्णोर्द्वादशनामतः । षोडशैरुपचारैश्च यजेत्तत्प्रीतिमाप्नुयात्
Au jour de Dvādaśī, on doit vénérer douze brāhmaṇas savants, en invoquant les douze noms de Viṣṇu et en les honorant par les seize offrandes traditionnelles ; ainsi l’on obtient la grâce et la satisfaction de cette divinité.
Verse 39
एवं च सर्वदेवानां तत्तद्द्वादशनामकैः । द्वादशब्रह्मयजनं तत्तत्प्रीतिकरं भवेत्
De même, pour toutes les divinités, le culte accompli au moyen de leurs séries respectives de douze noms devient un « sacrifice brahmanique en douze formes » et procure joie et satisfaction à chacune d’elles.
Verse 40
कर्कटे सोमवारे च नवम्यां मृगशीर्षके । अंबां यजेद्भूतिकामः सर्वभोगफलप्रदाम्
Lorsque la Lune est en Cancer, un lundi, au neuvième tithi, sous le nakṣatra Mṛgaśīrṣa, celui qui désire la prospérité doit vénérer Ambā ; elle accorde les fruits de toute jouissance et de tout accomplissement.
Verse 41
आश्वयुक्छुक्लनवमी सर्वाभीष्टफलप्रदा । आदिवारे चतुर्दश्यां कृष्णपक्षे विशेषतः
La Navamī (neuvième tithi) de la quinzaine claire du mois d’Āśvayuja accorde tous les fruits désirés. Et plus encore, la Caturdaśī (quatorzième tithi) de la quinzaine sombre, lorsqu’elle tombe un dimanche, est d’une puissance particulière pour l’accomplissement des buts par le culte de Śiva.
Verse 42
आर्द्रायां च महार्द्रायां शिवपूजा विशिष्यते । माघकृष्णचतुर्दश्यां सर्वाभीष्टफलप्रदा
Le culte de Śiva est tout particulièrement éminent lorsqu’il est accompli en Ārdrā et en Mahā-Ārdrā. Et lorsqu’il est célébré à la Caturdaśī (quatorzième tithi) de la quinzaine sombre du mois de Māgha, il accorde tous les fruits désirés.
Verse 43
आयुष्करी मृत्युहरा सर्वसिद्धिकरी नृणाम् । ज्येष्ठमासे महार्द्रायां चतुर्दशीदिनेपि च
Pour les hommes, cela confère une longue vie, dissipe la crainte de la mort et accorde toute perfection—surtout lorsqu’on l’accomplit au mois de Jyeṣṭha, sous la grande Ārdrā (nakṣatra), et aussi le quatorzième jour lunaire, la caturdaśī.
Verse 44
मार्गशीर्षार्द्रकायां वा षोडशैरुपचारकैः । तत्तन्मूर्तिशिवं पूज्य तस्य वै पाददर्शनम्
Ou bien, lors de l’observance sacrée d’Ārdrakā au mois de Mārgaśīrṣa, qu’on adore Śiva dans cette forme manifestée avec les seize offrandes rituelles ; ainsi, en vérité, on obtient l’auspicieuse vision de Ses pieds.
Verse 45
शिवस्य यजनं ज्ञेयं भोगमोक्षप्रदं नृणाम् । वारादिदेवयजनं कार्तिके हि विशिष्यते
Sache que l’adoration de Śiva accorde aux hommes à la fois la jouissance du monde et la libération. En vérité, au mois de Kārttika, le culte rendu à Śiva et aux autres divinités devient tout particulièrement efficace.
Verse 46
कार्तिके मासि संप्राप्ते सर्वान्देवान्यजेद्बुधः । दानेन तपसा होमैर्जपेन नियमेन च
Lorsque le mois de Kārttika advient, le dévot avisé doit adorer tous les dieux : par le don, l’austérité, les offrandes du homa, la récitation des mantras et l’observance disciplinée des règles sacrées.
Verse 47
षोडशैरुपचारैश्च प्रतिमा विप्रमंत्रकैः । ब्राह्मणानां भोजनेन निष्कामार्तिकरो भवेत्
En vénérant l’image sacrée par les seize offrandes, accompagnées des mantras prononcés par des brāhmaṇa savants, et en nourrissant les brāhmaṇa, on devient l’accomplisseur d’un culte désintéressé : un ārati offert sans désir de profit personnel.
Verse 48
कार्तिके देवयजनं सर्वभोगप्रदं भवेत् । व्याधीनां हरणं चैव भवेद्भूतग्रहक्षयः
Si l’on accomplit le devayajana (culte à la Divinité) durant le mois de Kārttika, il devient dispensateur de toute jouissance digne et de bénédictions. Il enlève aussi les maladies et apaise, jusqu’à les détruire, les afflictions causées par les bhūta et les graha (influences saisissantes).
Verse 49
कार्तिकादित्यवारेषु नृणामादित्यपूजनात् । तैलकार्पासदानात्तु भवेत्कुष्ठादिसंक्षयः
Au mois de Kārtika, lorsque les hommes vénèrent le Soleil les dimanches et qu’ils font aussi don d’huile et de coton, les afflictions, à commencer par la lèpre (kuṣṭha), s’amoindrissent et sont détruites.
Verse 50
हरीतकीमरीचीनां वस्त्रक्षीरादिदानतः । ब्रह्मप्रतिष्ठया चैव क्षयरोगक्षयो भवेत्
Par le don de harītakī et de poivre noir, ainsi que de vêtements, de lait et autres offrandes—et par l’établissement du culte à Brahman—la consomption (kṣaya) et les maladies d’épuisement sont détruites.
Verse 51
दीपसर्षपदानाच्च अपस्मारक्षयो भवेत् । कृत्तिकासोमवारेषु शिवस्य यजनं नृणाम्
Par le don d’une lampe et de graines de moutarde (sarsapa), l’affliction d’apasmāra (crises et voilement de la mémoire) est détruite. Pour les hommes, l’adoration du Seigneur Śiva—surtout lorsque le nakṣatra Kṛttikā coïncide avec le lundi—devient particulièrement efficace.
Verse 52
महादारिद्र्य शमनं सर्वसंपत्करं भवेत् । गृहक्षेत्रादिदानाच्च गृहोपकरणादिना
Les dons tels qu’une maison, des terres et d’autres biens domestiques deviennent un remède à la grande pauvreté et la cause de toute prospérité.
Verse 53
कृत्तिकाभौमवारेषु स्कंदस्य यजनान्नृणाम् । दीपघंटादिदानाद्वै वाक्सिद्धिरचिराद्भवेत्
Lorsque l’astérisme Kṛttikā coïncide avec le mardi, si les hommes vénèrent Skanda, alors, en offrant des lampes, des cloches et autres objets, ils obtiennent sans tarder la vāk-siddhi, la puissance accomplie de la parole.
Verse 54
कृत्तिकासौम्यवारेषु विष्णोर्वै यजनं नृणाम् । दध्योदनस्य दानं च सत्संतानकरं भवेत्
Lorsque le nakṣatra Kṛttikā coïncide avec le mercredi (Saumya-vāra), il est dit qu’il est bénéfique aux hommes d’accomplir le culte du Seigneur Viṣṇu ; et l’offrande en don de dadhy-odana, riz cuit au caillé, devient cause d’une descendance vertueuse.
Verse 55
कृतिकागुरुवारेषु ब्रह्मणो यजनाद्धनैः । मधुस्वर्णाज्यदानेन भोगवृद्धिर्भवेन्नृणाम्
Lorsque l’astérisme Kṛttikā coïncide avec un jeudi (Guru-vāra), en honorant un brāhmaṇa par des richesses et en offrant en don du miel, de l’or et du ghee, les hommes obtiennent un accroissement des jouissances et de la prospérité mondaines.
Verse 56
गंधपुष्पान्नदानेन भोग्यवृद्धिर्भवेन्नृणाम्
Par l’offrande de parfums, de fleurs et de nourriture dans le culte, les hommes obtiennent un accroissement du bhogya : les jouissances légitimes et les provisions nécessaires.
Verse 57
वंध्या सुपुत्रं लभते स्वर्णरौप्यादिदानतः । कृत्तिकाशनिवारेषु दिक्पालानां च वंदनम्
Une femme stérile obtient un fils vertueux par le don d’or, d’argent et autres offrandes; et au jour de Kṛttikā ainsi que les samedis, il convient de présenter de pieuses salutations aux Gardiens des Directions.
Verse 58
दिग्गजानां च नागानां सेतुपानां च पूजनम् । त्र्यंबकस्य च रुद्रस्य विष्णोः पापहरस्य च
Il faut offrir le culte aux éléphants gardiens des directions, aux nāgas et aux protecteurs des chaussées sacrées; de même à Tryambaka—Rudra Lui-même—et aussi à Viṣṇu, le destructeur des péchés.
Verse 59
ज्ञानदं ब्रह्मणश्चैव धन्वंतर्यश्विनोस्तथा । रोगापमृत्युहरणं तत्कालव्याधिशांतिदम्
Il confère la connaissance spirituelle telle celle de Brahmā, et accorde le pouvoir de guérison de Dhanvantari et des Aśvinī-kumāra. Il enlève la maladie et la mort avant l’heure, et apaise sur-le-champ les affections soudaines.
Verse 60
लवणायसतैलानां माषादीनां च दानतः । त्रिकटुफलगंधानां जलादीनां च दानतः
En offrant en don le sel, le fer et les huiles; en donnant le haricot noir (māṣa) et d’autres grains; en présentant les trois piquants (trikaṭu), des fruits et des substances parfumées; et en donnant l’eau et autres nécessités—on acquiert un mérite spirituel qui soutient la bhakti envers le Seigneur Śiva et la voie de la purification.
Verse 61
द्रवाणां कठिनानां च प्रस्थेन पलमानतः । स्वर्गप्राप्तिर्धनुर्मासे ह्युषःकाले च पूजनम्
En offrant à Śiva des portions mesurées d’articles liquides et solides—selon la mesure prastha et le poids en palas—on atteint le ciel. Et le culte accompli au mois de Dhanur, surtout à l’aube, est d’un mérite tout particulier.
Verse 62
शिवादीनां च सर्वेषां क्रमाद्वै सर्वसिद्धये । शाल्यन्नस्य हविष्यस्य नैवेद्यं शस्तमुच्यते
Pour Śiva et pour toutes les autres divinités, lorsque le culte est accompli selon l’ordre prescrit afin d’obtenir la réussite parfaite, l’offrande (naivedya) de riz cuit—nourriture havis, pure—est proclamée la plus digne d’éloge.
Verse 63
विविधान्नस्य नैवेद्यं धनुर्मासे विशिष्यते । मार्गशीर्षेऽन्नदस्यैव सर्वमिष्टफलं भवेत्
Au mois de Dhanur (Dhanuḥ), le naivedya de mets cuits variés est tenu pour particulièrement excellent. Et au mois de Mārgaśīrṣa, pour le dévot qui offre la nourriture, tous les fruits auspices désirés sont obtenus.
Verse 64
पापक्षयं चेष्टसिद्धिं चारोग्यं धर्ममेव च । सम्यग्वेदपरिज्ञानं सदनुष्ठानमेव च
Cela apporte la destruction des péchés, l’accomplissement des buts légitimes et la bonne santé ; cela établit le dharma, accorde la juste connaissance des Vedas et conduit à une observance religieuse correcte et disciplinée.
Verse 65
इहामुत्र महाभोगानंते योगं च शाश्वतम् । वेदांतज्ञानसिद्धिं च मार्गशीर्षान्नदो लभेत्
Celui qui offre de la nourriture au mois de Mārgaśīrṣa obtient de grandes jouissances en ce monde et dans l’autre ; et, à la fin, il reçoit le Yoga éternel (l’union à Śiva) ainsi que l’accomplissement de la connaissance du Vedānta.
Verse 66
मार्गशीर्षे ह्युषःकाले दिनत्रयमथापि वा । यजेद्देवान्भोगकामो नाधनुर्मासिको भवेत्
Au mois de Mārgaśīrṣa, à l’aurore, celui qui désire les jouissances du monde doit vénérer les dieux durant trois jours (ou du moins pendant ce temps). Ainsi, il ne se trouve pas lié par l’observance restrictive du vœu de Dhanurmāsa.
Verse 67
यावत्संगवकालं तु धनुर्मासो विधीयते । धनुर्मासे निराहारो मासमात्रं जितेंद्रियः
La période appelée Dhanurmāsa s’observe jusqu’au temps de Saṅgava (milieu de matinée). Durant Dhanurmāsa, on doit demeurer sans nourriture pendant un mois entier, les sens maîtrisés et tenus en bride.
Verse 68
आमध्याह्नजपेद्विप्रो गायत्रीं वेदमातरम् । पंचाक्षरादिकान्मंत्रान्पश्चादासप्तिकं जपेत्
À midi, le deux-fois-né (brahmane) doit réciter la Gāyatrī, Mère des Veda. Ensuite, qu’il répète les mantras commençant par la Pañcākṣarī—« Om Namaḥ Śivāya », puis qu’il poursuive son japa jusqu’à la septième série selon la règle.
Verse 69
ज्ञानं लब्ध्वा च देहांते विप्रो मुक्तिमवाप्नुयात् । अन्येषां नरनारीणां त्रिःस्नानेन जपेन च
Ayant obtenu la vraie connaissance spirituelle, un brāhmaṇa, à la fin du corps (à la mort), atteint la libération, mokṣa. Pour les autres hommes et femmes, on s’en approche par la discipline du bain trois fois par jour et par la pratique du japa, la répétition du mantra sacré, selon les observances purificatrices enseignées pour le culte de Śiva.
Verse 70
सदा पंचाक्षरस्यैव विशुद्धं ज्ञानमाप्यते । इष्टमन्त्रान्सदा जप्त्वा महापापक्षयं लभेत्
Par la dévotion constante au mantra aux cinq syllabes (pañcākṣara) seul, on obtient une connaissance pure, sans tache. Et en répétant sans cesse le mantra choisi (iṣṭa-mantra), on obtient la destruction même des grands péchés.
Verse 71
धनुर्मासे विशेषेण महानैवेद्यमाचरेत् । शालितंडुलभारेण मरीचप्रस्थकेन च
Surtout durant le mois de Dhanur, qu’on accomplisse une grande offrande de nourriture (mahā-naivedya) au Seigneur Śiva, en utilisant une pleine charge de riz śāli et aussi une mesure (prastha) de poivre noir (marīca).
Verse 72
गणनाद्द्वादशं सर्वं मध्वाज्यकुडवेन हि । द्रोणयुक्तेन मुद्गेन द्वादशव्यंजनेन च
Dans tous ces éléments, le compte doit être de douze : avec une mesure kuḍava de miel et de ghee (ghṛta), avec une mesure droṇa de haricot mungo (mudga), et aussi avec douze sortes de mets d’accompagnement préparés.
Verse 73
घृतपक्वैरपूपैश्च मोदकैः शालिकादिभिः । द्वादशैश्च दधिक्षीरैर्द्वादशप्रस्थकेन च
(On doit offrir) des gâteaux cuits au ghee (ghṛta), avec les apūpa sucrés et les modaka, ainsi que du riz fin (śāli) et autres semblables ; et encore douze mesures de caillé et de lait, faisant au total douze prasthas.
Verse 74
नारिकेलफलादीनां तथा गणनया सह । द्वादशक्रमुकैर्युक्तं षट्त्रिंशत्पत्रकैर्युतम्
Avec des noix de coco et d’autres fruits, dûment comptés et disposés, l’offrande doit être pourvue de douze noix d’arec et accompagnée de trente-six feuilles (selon la règle), comme il convient au culte du Seigneur Śiva.
Verse 75
कर्पूरखुरचूर्णेन पंचसौगंधिकैर्युतम् । तांबूलयुक्तं तु यदा महानैवेद्यलक्षणम्
Lorsque l’offrande est préparée avec du camphre et une fine poudre aromatique, mêlée aux cinq fragrances et accompagnée de tāmbūla (bétel), elle est alors reconnue comme la marque d’un «grand naivedya», une offrande rituelle d’excellence dans le culte du Seigneur Śiva.
Verse 76
महानैवेद्यमेतद्वै देवतार्पणपूर्वकम् । वर्णानुक्रमपूर्वेण तद्भक्तेभ्यः प्रदापयेत्
Ceci est véritablement le grand naivedya, l’offrande alimentaire sacrée. Après l’avoir d’abord offert comme il se doit aux divinités, qu’on le distribue ensuite aux dévots de ce Seigneur, selon l’ordre approprié des varṇas.
Verse 77
एवं चौदननैवेद्याद्भूमौ राष्ट्रपतिर्भवेत् । महानैवेद्यदानेन नरः स्वर्गमवाप्नुयात्
Ainsi, en offrant du riz cuit comme naivedya au Seigneur Śiva, on devient souverain d’un royaume sur la terre; et par le don d’un grand naivedya, l’homme atteint le ciel. Selon la perspective du Śaiva Siddhānta, ces fruits naissent de la grâce du Seigneur, répondant à la dévotion manifestée par un culte accompli selon la juste règle.
Verse 78
महानैवेद्यदानेन सहस्रेण द्विजर्षभाः । सत्यलोके च तल्लोके पूर्णमायुरवाप्नुयात्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, par l’offrande, dans le culte, de mille grands naivedyas, on atteint le Satyaloka, le monde de Brahmā; et dans ce monde même on obtient la pleine durée de la vie.
Verse 79
सहस्राणां च त्रिंशत्या महानैवेद्यदानतः । तदूर्ध्वलोकमाप्यैव न पुनर्जन्मभाग्भवेत्
En offrant le grand naivedya à la mesure de mille et trente, le dévot atteint les mondes supérieurs ; parvenu à ce séjour sublime, il ne prend plus part à la renaissance.
Verse 80
सहस्राणां च षट्त्रिंशज्जन्म नैवेद्यमीरितम् । तावन्नैवेद्यदानं तु महापूर्णं तदुच्यते
Il est déclaré que l’offrande de naivedya (offrande de nourriture) à Śiva porte un fruit équivalant à trente-six naissances parmi des milliers de mérites. Ainsi, donner le naivedya jusqu’à cette mesure est nommé une offrande « mahāpūrṇa », grandement accomplie.
Verse 81
महापूर्णस्य नैवेद्यं जन्मनैवेद्यमिष्यते । जन्मनैवेद्यदानेन पुनर्जन्म न विद्यते
Pour Mahāpūrṇa, le Seigneur Śiva, parfait en plénitude, est prescrite l’offrande de naivedya dite « offrande de la naissance ». En la présentant, il n’y a plus de renaissance.
Verse 82
ऊर्जे मासि दिने पुण्ये जन्म नैवेद्यमाचरेत् । संक्रांतिपातजन्मर्क्षपौर्णमास्यादिसंयुते
Au mois propice d’Ūrja (Kārttika), en un jour saint, qu’on accomplisse l’offrande d’anniversaire (naivedya). Cela est tout particulièrement prescrit lorsque l’occasion coïncide avec une saṅkrānti (entrée solaire), le moment sacré du pāta, l’astre natal (janma-nakṣatra), la pleine lune (paurṇamāsī) et d’autres conjonctions sacrées semblables.
Verse 83
अब्दजन्मदिने कुर्याज्जन्मनैवेद्यमुत्तमम् । मासांतरेषु जन्मर्क्षपूर्णयोगदिनेपि च
Au jour anniversaire de la naissance, qu’on accomplisse dans le culte l’excellent naivedya natal. De même, dans les mois intermédiaires : au jour de l’astre natal (janma-nakṣatra) et aussi au jour où le yoga propice est pleinement accompli.
Verse 84
मेलने च शनैर्वापि तावत्साहस्रमाचरेत् । जन्मनैवेद्यदानेन जन्मार्पणफलं लभेत्
Et au moment de la rencontre sacrée (avec le Seigneur ou son emblème), qu’on le fasse peu à peu ou d’un seul élan, on doit l’accomplir mille fois. En offrant sa propre naissance comme naivedya (offrande consacrée), on obtient le fruit de « consacrer sa naissance » à Shiva.
Verse 85
जन्मार्पणाच्छिवः प्रीतिः स्वसायुज्यं ददाति हि । इदं तज्जन्मनैवेद्यं शिवस्यैव प्रदापयेत्
En offrant sa propre naissance (sa vie et son être) à Shiva, Shiva s’en réjouit et accorde le sāyujya, l’union avec Lui. C’est pourquoi cette « naivedya de la naissance » doit être présentée à Shiva seul.
Verse 86
योनिलिंगस्वरूपेण शिवो जन्मनिरूपकः । तस्माज्जन्मनिवृत्त्यर्थं जन्म पूजा शिवस्य हि
Sous la forme du Yoni et du Liṅga, Shiva est le révélateur et l’ordonnateur de la naissance elle-même. C’est pourquoi l’adoration de Shiva en cette « forme de naissance » est accomplie afin de mettre fin à la naissance (à la renaissance).
Verse 87
बिंदुनादात्मकं सर्वं जगत्स्थावरजंगमम् । बिंदुः शक्तिः शिवो नादः शिवशक्त्यात्मकं जगत्
Tout cet univers—l’immobile et le mobile—est de la nature de Bindu et de Nāda. Bindu est Śakti, Nāda est Śiva ; ainsi le monde est, en son essence, Śiva et Śakti réunis.
Verse 88
नादाधारमिदं बिंदुर्बिंद्वाधारमिदं जगत् । जगदाधारभूतौ हि बिंदुनादौ व्यवस्थितौ
Ce Bindu repose sur Nāda, et l’univers entier repose sur Bindu. En vérité, Nāda et Bindu sont établis comme le fondement même qui soutient le cosmos.
Verse 89
बिन्दुनादयुतं सर्वं सकलीकरणं भवेत् । सकलीकरणाज्जन्मजगत्प्राप्नोत्यसंशयः
Lorsque le principe tout entier s’unit à Bindu et à Nāda, il devient « sakalīkaraṇa », l’état de manifestation. De ce sakalīkaraṇa naît, sans aucun doute, le monde des naissances : l’univers manifesté de l’existence incarnée.
Verse 90
बिंदुनादात्मकं लिंगं जगत्कारणमुच्यते । बिंदुर्देवीशिवो नादः शिवलिंगं तु कथ्यते
Le Liṅga, dont l’essence est Bindu et Nāda, est proclamé cause de l’univers. Bindu est Devī et Śiva, et Nāda est la vibration primordiale de Śiva ; c’est pourquoi on l’appelle le Śiva-Liṅga.
Verse 91
तस्माज्जन्मनिवृत्त्यर्थं शिवलिंगं प्रपूजयेत् । माता देवी बिंदुरूपा नादरूपः शिवः पिता
Ainsi, pour mettre fin aux renaissances, il faut vénérer le Śiva-liṅga. La Déesse est la Mère sous la forme de Bindu, et Śiva, le Père, sous la forme de Nāda.
Verse 92
पूजिताभ्यां पितृभ्यां तु परमानंद एव हि । परमानंदलाभार्थं शिवलिंगं प्रपूजयेत्
Lorsque les Pitṛ (ancêtres) sont honorés comme il se doit, ils atteignent réellement la béatitude suprême. Ainsi, pour obtenir cette béatitude suprême, il faut vénérer avec ferveur le Śiva-liṅga.
Verse 93
सा देवी जगतां माता स शिवो जगतः पिता । पित्रोः शुश्रूषके नित्यं कृपाधिक्यं हि वर्धते
Elle, la Déesse, est la Mère des mondes ; et Lui, Śiva, est le Père de l’univers. Pour celui qui sert sans cesse ces deux Parents avec révérence, l’abondance de la grâce divine croît de jour en jour.
Verse 94
कृपयांतर्गतैश्वर्यं पूजकस्य ददाति हि । तस्मादंतर्गतानंदलाभार्थं मुनिपुंगवाः
Par compassion, le Seigneur Śiva accorde véritablement au dévot la seigneurie intérieure, la souveraineté spirituelle au-dedans. Ainsi, ô le plus éminent des sages, adore afin d’obtenir la béatitude (ānanda) qui surgit au cœur de soi.
Verse 95
पितृमातृस्वरूपेण शिवलिंगं प्रपूजयेत् । भर्गः पुरुषरूपो हि भर्गा प्रकृतिरुच्यते
Qu’on adore le Śiva-liṅga comme la forme même de son père et de sa mère. Car Bharga est véritablement Puruṣa, le Seigneur conscient, tandis que Bhargā est dite Prakṛti, sa Puissance et cause matérielle.
Verse 96
अव्यक्तांतरधिष्ठानं गर्भः पुरुष उच्यते । सुव्यक्तांतरधिष्ठानं गर्भः प्रकृतिरुच्यते
Ce « sein » (garbha) dont le support intérieur est l’Inmanifesté (Avyakta) est appelé Puruṣa ; et ce « sein » dont le support intérieur est le Bien-manifesté (Suvyakta) est appelé Prakṛti.
Verse 97
पुरुषत्वादिगर्भो हि गर्भवाञ्जनको यतः । पुरुषात्प्रकृतो युक्तं प्रथमं जन्म कथ्यते
Parce que le géniteur incarné (Brahmā) porte en lui la semence de la « nature de Puruṣa » et le reste, on dit que la première naissance est l’émergence de Prakṛti en conjonction avec Puruṣa.
Verse 98
प्रकृतेर्व्यक्ततां यातं द्वितीयं जन्म कथ्यते । जन्म जंतुर्मृत्युजन्म पुरुषात्प्रतिपद्यते
Lorsque l’âme (jīva) devient manifeste par Prakṛti, on appelle cela la seconde naissance. L’être incarné reçoit la naissance — et le cycle de mort et de renaissances — de Puruṣa, le Seigneur demeurant au-dedans.
Verse 99
अन्यतो भाव्यतेऽवश्यं मायया जन्म कथ्यते । जीर्यते जन्मकालाद्यत्तस्माज्जीव इति स्मृतः
Parce qu’on le conçoit inévitablement comme « autre chose » (que Śiva), on dit que son état incarné naît par Māyā. Et puisqu’il se dégrade dès l’instant même de la naissance, on s’en souvient donc comme du jīva, l’âme individuelle liée à l’existence.
Verse 100
जन्यते तन्यते पाशैर्जीवशब्दार्थ एव हि । जन्मपाशनिवृत्त्यर्थं जन्मलिंगं प्रपूजयेत्
En vérité, le jīva—ce que désigne le mot « être vivant »—naît et demeure sans cesse entravé par les liens (pāśa). C’est pourquoi, afin que cesse l’entrave des naissances répétées, qu’on adore comme il se doit le Janma-Liṅga, le Liṅga qui délivre de la naissance.
Verse 101
भं वृद्धिं गच्छतीत्यर्थाद्भगः प्रकृतिरुच्यते । प्राकृतैः शब्दमात्राद्यैः प्राकृतेंद्रियभोजनात्
Parce que la syllabe « bha » porte le sens de « ce qui croît et s’étend », le terme « bhaga » est dit être Prakṛti, la Nature primordiale. On l’appelle ainsi parce qu’elle est faite des éléments subtils naturels—à commencer par le son, simple tanmātra—et parce qu’elle est le champ de jouissance des facultés sensorielles naturelles (matérielles).
Verse 102
भगस्येदं भोगमिति शब्दार्थो मुख्यतः श्रुतः । मुख्यो भगस्तु प्रकृतिर्भगवाञ्छिव उच्यते
Le sens premier entendu du mot « bhaga » est « jouissance, fruition (bhoga) ». Pourtant, le « bhaga » suprême est Prakṛti elle-même ; c’est pourquoi Śiva est appelé « Bhagavān » — le Seigneur qui possède et gouverne cette puissance souveraine.
Verse 103
भगवान्भोगदाता हि नाऽन्यो भोगप्रदायकः । भगस्वामी च भगवान्भर्ग इत्युच्यते बुधैः
Le Bhagavān, le Seigneur Bienheureux, est à lui seul le dispensateur de toutes les jouissances ; nul autre ne les accorde. Et parce que ce Seigneur est le maître de toute prospérité et des puissances divines (bhaga), les sages l’appellent « Bharga ».
Verse 104
भगेन सहितं लिंगं भगंलिंगेन संयुतम् । इहामुत्र च भोगार्थं नित्यभोगार्थमेव च
Le Liṅga uni à Bhaga—conjoint comme Bhaga-Liṅga—accorde les fruits de la jouissance et du bien-être, ici-bas comme dans l’au-delà, et confère aussi une jouissance durable, sans cesse renouvelée.
Verse 105
भगवंतं महादेवं शिवलिंगं प्रपूजयेत् । लोकप्रसविता सूर्यस्तच्चिह्नं प्रसवाद्भवेत्
Qu’on adore le bienheureux Mahādeva sous la forme du Śiva-liṅga. Le Soleil est le géniteur des mondes, et son signe distinctif naît de cet acte même de génération.
Verse 106
लिंगेप्रसूतिकर्तारं लिंगिनं पुरुषो यजेत् । लिंगार्थगमकं चिह्नं लिंगमित्यभिधीयते
Que l’homme adore le Liṅgī—Śiva, le Seigneur demeurant au-dedans, cause de la manifestation (prasūti) du Liṅga. Le signe (cihna) qui fait connaître le sens du Liṅga est lui-même appelé « liṅga ».
Verse 107
लिंगमर्थं हि पुरुषं शिवं गमयतीत्यदः । शिवशक्त्योश्च चिह्नस्य मेलनं लिंगमुच्यते
On l’appelle en vérité « liṅga » parce qu’il conduit au puruṣa véritable—Śiva, le Seigneur Suprême. Le liṅga est aussi dit être l’union des principes emblématiques de Śiva et de Śakti.
Verse 108
स्वचिह्नपूजनात्प्रीतश्चिह्नकार्यं न वीयते । चिह्नकार्यं तु जन्मादिजन्माद्यं विनिवर्तते
Satisfait par le culte rendu à ses propres marques sacrées, (Śiva) fait que l’efficacité issue de ces marques ne décroît jamais ; et cette même efficacité dissipe la chaîne des naissances sans commencement et les causes qui mènent aux renaissances répétées.
Verse 109
प्राकृतैः पुरुषैश्चापि बाह्याभ्यंतरसंभवैः । षोडशैरुपचारैश्च शिवलिंगं प्रपूजयेत्
Même les gens ordinaires doivent vénérer le Śiva-liṅga par les seize services traditionnels, offrant une révérence extérieure et intérieure, née des actes visibles et de la dévotion intime.
Verse 110
एवमादित्यवारे हि पूजा जन्मनिवर्तिका । आदिवारे महालिंगं प्रणवेनैव पूजयेत्
Ainsi, il est dit que le culte accompli le dimanche apporte la cessation des renaissances. Aussi, le jour du Seigneur (dimanche), faut-il vénérer le Grand Liṅga par le seul Pranava : « Om ».
Verse 111
आदिवारे पंचगव्यैरभिषेको विशिष्यते । गोमयं गोजलं क्षीरं दध्याज्यं पंचगव्यकम्
Le dimanche, l’abhiṣeka offert à Śiva est tout particulièrement recommandé lorsqu’il est accompli avec les cinq produits de la vache (pañcagavya). Le pañcagavya est : bouse de vache, urine de vache (eau de vache), lait, caillé et ghee.
Verse 112
क्षीराद्यं च पृथक्च्चैव मधुना चेक्षुसारकैः । गव्यक्षीरान्ननैवेद्यं प्रणवेनैव कारयेत्
Qu’on offre séparément le lait et les autres substances pures, avec le miel et l’essence de la canne à sucre (sucre/jaggery). Qu’on présente aussi le naivedya, l’offrande de nourriture préparée avec du lait de vache et des grains, en accomplissant l’offrande uniquement au moyen du Praṇava, la syllabe sacrée « Oṁ ».
Verse 113
प्रणवं ध्वनिलिंगं तु नादलिंगं स्वयंभुवः । बिंदुलिंगं तु यंत्रं स्यान्मकारं तु प्रतिष्ठितम्
Le Praṇava « Oṁ » est le Liṅga en tant que son (dhvani) ; il est le Liṅga en tant que résonance intérieure (nāda), auto-manifesté. Le bindu est le Liṅga comme point sacré, à contempler comme un yantra ; et la syllabe « ma » est établie comme son ferme appui dans la consécration (pratiṣṭhā).
Verse 114
उकारं चरलिंगं स्यादकारं गुरुविग्रहम् । षड्लिंगं पूजया नित्यं जीवन्मुक्तो न संशयः
La lettre « U » est dite être le Liṅga mouvant (cara-liṅga), et la lettre « A » est la forme même du Guru. Celui qui vénère chaque jour le Liṅga en six aspects devient libéré de son vivant — sans aucun doute.
Verse 115
शिवस्य भक्त्या पूजा हि जन्ममुक्तिकरी नृणाम् । रुद्रा क्षधारणात्पादमर्धं वैभूतिधारणात्
Le culte rendu au Seigneur Śiva avec dévotion est véritablement cause de délivrance des renaissances pour les hommes. Le port du Rudrākṣa confère le quart de ce mérite, et le port de la vibhūti (cendre sacrée) en confère la moitié.
Verse 116
त्रिपादं मंत्रजाप्याच्च पूजया पूर्णभक्तिमान् । शिवलिंगं च भक्तं च पूज्य मोक्षं लभेन्नरः
Par l’application du tripuṇḍra (les trois lignes de cendre), par la récitation des mantras et par le culte, on devient un dévot accompli en bhakti. Celui qui vénère à la fois le Śiva-liṅga et les dévots de Śiva obtient le mokṣa.
Verse 117
य इमं पठतेऽध्यायं शृणुयाद्वा समाहितः । तस्यैव शिवभक्तिश्च वर्धते सुदृढा द्विजाः
Ô deux-fois-nés, quiconque, l’esprit recueilli, récite ce chapitre — ou même l’écoute — voit sa dévotion au Seigneur Śiva croître et s’établir avec une grande fermeté.
It teaches the vidhāna for forming a clay (pārthiva) icon from water-sourced earth, purifying and preparing it, shaping the deity with complete limbs and attributes, seating it in lotus posture, and completing worship via ṣoḍaśopacāra and mantra-accompanied abhiṣeka.
The chapter links earth to generativity—since food, clothing, and necessities arise from earth, the earth-made icon becomes a materially coherent medium for invoking sustenance and stability; ritually, it also encodes humility and impermanence while enabling reproducible household worship.
Gaṇeśa, Sūrya, Viṣṇu, Ambā, and Śiva are named as worship-worthy within the sequence, with explicit emphasis on Śiva and the Śiva-liṅga as the culminating focal point, completed through formal upacāra and abhiṣeka.