
L’Adhyāya 12, dans un enseignement de Sūta aux ṛṣis, présente un catalogue des Śiva-kṣetra comme «vimukti-dam», dispensateurs de délivrance. Il établit d’abord que la stabilité cosmique procède de l’ājñā (ordre souverain) de Śiva, affirmant que l’ordre du monde est gouverné par Lui. Les domaines sacrés sont ensuite décrits comme des constructions de grâce : les kṣetra ont été «kalpita» par le Seigneur pour le mokṣa des résidents; une typologie est suggérée, incluant les lieux svayaṃbhū (auto-manifestés) et d’autres fondés pour la loka-rakṣā (protection du monde). La conduite requise en tīrtha/kṣetra est précisée : snāna, dāna et japa sont obligatoires; leur omission entraîne roga (maladie), dāridrya (pauvreté) et affaiblissement. Un principe d’intensification éthique est énoncé : le pāpa commis en kṣetra devient «dṛḍha» (endurci), d’où la nécessité d’éviter même la faute subtile en puṇya-kṣetra. Enfin, le discours évoque un réseau géographique de kṣetra le long du Sindhu et des systèmes de Sarasvatī et de la Gaṅgā, citant Kāśī et d’autres champs sacrés, esquissant une écologie de pèlerinage culminant dans le brahma-pada, l’état suprême.
Verse 1
सूत उवाच । शृणुध्वमृषयः प्राज्ञाः शिवक्षेत्रं विमुक्तिदम् । तदागमांस्ततो वक्ष्ये लोकरक्षार्थमेव हि
Sūta dit : «Écoutez, ô ṛṣi sages, le champ sacré de Śiva, dispensateur de délivrance. Aussi vais-je maintenant en proclamer les traditions et les āgama, et cela, en vérité, pour la sauvegarde du monde.»
Verse 2
पंचाशत्कोटिविस्तीर्णा सशैलवनकानना । शिवाज्ञया हि पृथिवी लोकं धृत्वा च तिष्ठति
Étendue sur cinquante koṭi, parée de montagnes, de forêts et de bosquets, cette Terre, par le seul ordre de Śiva, porte les mondes et demeure inébranlable.
Verse 3
तत्र तत्र शिवक्षेत्रं तत्र तत्र निवासिनाम् । मोक्षार्थं कृपया देवः क्षेत्रं कल्पितवान्प्रभुः
En tout lieu se trouve un kṣetra sacré de Śiva pour les habitants de ce lieu. Pour la délivrance, le Seigneur, par compassion, a institué de tels domaines saints.
Verse 4
परिग्रहादृषीणां च देवानां परिग्रहात् । स्वयंभूतान्यथान्यानि लोकरक्षार्थमेव हि
En vérité, par les dons accordés aux ṛṣi et par les prérogatives conférées aux dieux, surgissent—d’elles-mêmes et aussi selon d’autres modes prescrits—diverses dispositions, uniquement pour la sauvegarde et le maintien des mondes.
Verse 5
तीर्थे क्षेत्रे सदाकार्यं स्नानदानजपादिकम् । अन्यथा रोगदारिद्र य्मूकत्वाद्याप्नुयान्नरः
Dans un tīrtha (gué sacré) et dans un kṣetra (domaine saint), il faut toujours accomplir des actes tels que le bain rituel, le don charitable et la récitation des mantras, et autres pratiques. Autrement, l’homme peut encourir des maux comme la maladie, la pauvreté, voire la mutité, et autres afflictions semblables.
Verse 6
अथास्मिन्भारते वर्षे प्राप्नोति मरणं नरः । स्वयंभूस्थानवासेन पुनर्मानुष्यमाप्नुयात्
Or, si un homme rencontre la mort en cette terre de Bhārata, alors, en demeurant au Svayambhū-sthāna —la demeure de Śiva auto-manifestée— il obtient de nouveau la naissance humaine, revenant à un corps propre à reprendre l’effort spirituel.
Verse 7
क्षेत्रे पापस्य करणं दृढं भवति भूसुराः । पुण्यक्षेत्रे निवासे हि पापमण्वपि नाचरेत्
Ô brahmanes, dans un lieu sacré l’accomplissement du péché devient une faute qui lie avec une fermeté redoutable. Aussi, en demeurant dans un champ de mérite (puṇya-kṣetra), qu’on ne commette pas même la plus infime faute.
Verse 8
येन केनाप्युपायेन पुण्यक्षेत्रे वसेन्नरः । सिंधोः शतनदीतीरे संति क्षेत्राण्यनेकशः
Par quelque moyen que ce soit, l’homme doit demeurer dans une région de pèlerinage méritoire (puṇya-kṣetra). Sur la rive du Sindhu, à Śatanadī-tīra, se trouvent de nombreux kṣetras de cette sorte.
Verse 9
सरस्वती नदी पुण्या प्रोक्ता षष्टिमुखा तथा । तत्तत्तीरे वसेत्प्राज्ञः क्रमाद्ब्रह्मपदं लभेत्
Le fleuve sacré Sarasvatī est proclamé d’un mérite suprême, et l’on dit aussi qu’il possède soixante « bouches » (branches, courants). Le sage qui, selon l’ordre prescrit, demeure successivement sur ses diverses rives, obtient l’état de Brahman, la plus haute demeure de la délivrance.
Verse 10
हिमवद्गिरिजा गंगा पुण्या शतमुखा नदी । तत्तीरे चैव काश्यादिपुण्यक्षेत्राण्यनेकशः
La Gaṅgā, née de l’Himālaya, est un fleuve d’une sainteté suprême, aux cent courants. Sur ses rives se trouvent, en vérité, de nombreux lieux saints de pèlerinage—à commencer par Kāśī—dispensant mérite et pureté.
Verse 11
तत्र तीरं प्रशस्तं हि मृगे मृगबृहस्पतौ । शोणभद्रो दशमुखः पुण्योभीष्टफलप्रदः
Là, certes, se trouve une rive fluviale sacrée, tout particulièrement célébrée, liée au signe lunaire Mṛga et à l’astérisme Mṛga-bṛhaspati. Ce lieu saint—Śoṇabhadrā, « aux Dix Visages »—est d’un mérite suprême et accorde aux dévots les fruits souhaités.
Verse 12
तत्र स्नानोपवासेन पदं वैनायकं लभेत् । चतुर्वींशमुखा पुण्या नर्मदा च महानदी
Là, par le bain sacré et l’observance du jeûne, on obtient l’état saint associé à Vaināyaka (le Seigneur Gaṇeśa). La sainte Narmadā, grand fleuve, est d’un mérite suprême, louée comme « aux vingt-quatre bouches », riche de multiples voies de sanctification.
Verse 13
तस्यां स्नानेन वासेन पदं वैष्णवमाप्नुयात् । तमसा द्वादशमुखा रेवा दशमुखा नदी
En se baignant dans ses eaux et en y demeurant, on atteint l’état vaiṣṇava (le séjour bienheureux de Viṣṇu). On dit que la rivière Tamasā est « aux douze bouches », et que la Revā (Narmadā) est « aux dix bouches », se divisant en de multiples courants.
Verse 14
गोदावरी महापुण्या ब्रह्मगोवधनाशिनी । एकविंशमुखा प्रोक्ता रुद्र लोकप्रदायिनी
La Godāvarī est souverainement sainte, détruisant le péché du meurtre d’un brahmane et de l’abattage d’une vache. On la dit « aux vingt et une bouches », et elle accorde le monde de Rudra (la demeure du Seigneur Śiva).
Verse 15
कृष्णवेणी पुण्यनदी सर्वपापक्षयावहा । साष्टादशमुखाप्रोक्ता विष्णुलोकप्रदायिनी
La Kṛṣṇaveṇī est une rivière sacrée, qui emporte la destruction de tous les péchés. On la dit « aux dix-huit bouches » (branches), et elle accorde l’accès au monde céleste de Viṣṇu.
Verse 16
तुंगभद्रा दशमुखा ब्रह्मलोकप्रदायिनी । सुवर्णमुखरी पुण्या प्रोक्ता नवमुखा तथा
On dit que la Tuṅgabhadrā est « aux dix bouches », accordant l’accès au Brahmaloka. De même, la sainte Suvarṇamukharī est proclamée « aux neuf bouches ».
Verse 17
तत्रैव सुप्रजायंते ब्रह्मलोकच्युतास्तथा । सरस्वती च पंपा च कन्याश्वेतनदी शुभा
Là même, ceux qui étaient déchus du Brahmaloka renaissent de la manière la plus propice. Là encore surgissent les rivières sacrées : Sarasvatī, Pampā et la bienheureuse Kanyā-Śvetanadī.
Verse 18
एतासां तीरवासेन इंद्र लोकमवाप्नुयात् । सह्याद्रि जा महापुण्या कावेरीति महानदी
En demeurant sur les rives de ces eaux sacrées, on peut atteindre le séjour céleste d’Indra. Née des monts Sahya, cette grande rivière au mérite suprême est appelée Kāverī.
Verse 19
सप्तविंशमुखा प्रोक्ता सर्वाभीष्टं प्रदायिनी । तत्तीराः स्वर्गदाश्चैव ब्रह्मविष्णुपदप्रदाः
On proclame qu’Elle possède vingt-sept « visages » (aspects) et qu’Elle accorde tous les dons désirés. Les tīrtha sacrés de ses rives donnent le ciel et confèrent même l’état sublime atteint par Brahmā et Viṣṇu.
Verse 20
शिवलोकप्रदा शैवास्तथाऽभीष्टफलप्रदाः । नैमिषे बदरे स्नायान्मेषगे च गुरौ रवौ
Ces observances śaiva accordent le séjour de Śiva (Śivaloka) et donnent aussi les fruits désirés. Qu’on se baigne à Naimiṣa et à Badarī, ainsi que lorsque le Soleil est en Meṣa, et un dimanche coïncidant avec un jeudi.
Verse 21
ब्रह्मलोकप्रदं विद्यात्ततः पूजादिकं तथा । सिंधुनद्यां तथा स्नानं सिंहे कर्कटगे रवौ
Sache que ce culte, avec les rites qui l’accompagnent, confère l’accès au monde de Brahmā. De même, se baigner dans le fleuve Sindhu lorsque le Soleil est en Siṃha (Lion) et (la Lune) en Karkaṭa (Cancer) est proclamé d’un mérite éminent.
Verse 22
केदारोदकपानं च स्नानं च ज्ञानदं विदुः । गोदावर्यां सिंहमासे स्नायात्सिंहबृहस्पतौ
Les sages savent que boire l’eau sacrée de Kedāra et s’y baigner confèrent l’illumination du savoir spirituel. De même, il convient de se baigner dans la Godāvarī durant le mois de Siṃha (Lion), surtout lorsque Bṛhaspati (Jupiter) est en Siṃha, car ce bain est d’un grand mérite.
Verse 23
शिवलोकप्रदमिति शिवेनोक्तं तथा पुरा । यमुनाशोणयोः स्नायाद्गुरौ कन्यागते रवौ
Ainsi, jadis, Śiva lui-même déclara que cela confère le monde de Śiva. Qu’on se baigne au confluent de la Yamunā et de la Śoṇa lorsque Bṛhaspati (Jupiter) est en Kanyā (Vierge) et que le Soleil est entré en Kanyā—acte loué pour conduire l’âme vers la demeure de Śiva.
Verse 24
धर्मलोके दंतिलोके महाभोगप्रदं विदुः । कावेर्यां च तथास्नायात्तुलागे तु रवौ गुरौ
Ils déclarent que le bain sacré et l’observance accomplis en Dharmaloka et en Dantiloka confèrent de grandes jouissances et des fruits auspicious. De même, il convient de se baigner dans la rivière Kāverī—surtout lorsque le Soleil et Guru (Jupiter) sont en Tulā (Balance)—car ce bain devient hautement méritoire.
Verse 25
विष्णोर्वचनमाहात्म्यात्सर्वाभीष्टप्रदं विदुः । वृश्चिके मासि संप्राप्ते तथार्के गुरुवृश्चिके
Ils savent que, par la grandeur de la parole de Viṣṇu, cela devient dispensateur de tout bien désiré—surtout lorsque le mois de Vṛścika est arrivé et lorsque le Soleil et Guru (Jupiter) se trouvent tous deux en Vṛścika.
Verse 26
नर्मदायां नदीस्नानाद्विष्णुलोकमवाप्नुयात् । सुवर्णमुखरीस्नानं चापगे च गुरौ रवौ
Celui qui se baigne dans la rivière Narmadā atteint le séjour céleste de Viṣṇu. Et celui qui se baigne à Suvarṇamukharī, ainsi que dans le fleuve sacré (la Gaṅgā), surtout le jeudi (jour de Guru) et le dimanche (jour de Ravi), obtient le mérite ainsi proclamé.
Verse 27
शिवलोकप्रदमिति ब्राह्मणो वचनं यथा । मृगमासि तथा स्नायाज्जाह्नव्यां मृगगे गुरौ
De même que la parole du Brāhmane proclame que cela confère le monde de Śiva (Śiva-loka), ainsi—lorsque le Soleil est en Mṛga, qu’on se baigne dans la Jāhnavī (la Gaṅgā) un jeudi, quand la Lune est en Mṛga ; une telle observance mène le dévot vers Śiva-loka.
Verse 28
शिवलोकप्रदमिति ब्रह्मणो वचनं यथा । ब्रह्मविष्ण्वोः पदे भुक्त्वा तदंते ज्ञानमाप्नुयात्
De même que la parole de Brahmā le déclare « dispensateur de Śiva-loka », ainsi—après avoir goûté la station sublime de Brahmā et de Viṣṇu, on obtient finalement, au terme, la connaissance vraie et libératrice (jñāna). La grâce de Śiva ne s’arrête pas aux cieux élevés : elle s’accomplit en jñāna au-delà des liens.
Verse 29
गंगायां माघमासे तु तथाकुंभगते रवौ । श्राद्धं वा पिंडदानं वा तिलोदकमथापिवा
Dans la Gaṅgā, surtout au mois de Māgha, et aussi lorsque le Soleil est en Kumbha (Verseau), qu’on accomplisse le śrāddha, qu’on offre des piṇḍa ou même des libations d’eau au sésame (tilodaka), ces actes deviennent hautement méritoires.
Verse 30
वंशद्वयपितृणां च कुलकोट्युद्धरं विदुः । कृष्णवेण्यां प्रशंसंति मीनगे च गुरौ रवौ
Les sages déclarent que c’est un moyen d’élever les Pitṛ des deux lignées et de racheter des crores de familles. On le loue tout particulièrement lorsque la Lune est en Kṛṣṇā-veṇī, et lorsque le Soleil est en Poissons tandis que Jupiter (Guru/Bṛhaspati) demeure dans son propre signe.
Verse 31
तत्तत्तीर्थे च तन्मासि स्नानमिंद्र पदप्रदम् । गंगां वा सह्यजां वापि समाश्रित्य वसेद्बुधः
Se baigner au tīrtha convenable, durant le mois sacré qui lui est propre, confère la dignité du rang d’Indra. Le sage dévot doit demeurer en prenant refuge sur la rive de la Gaṅgā ou du fleuve né des monts Sahya, y vivant dans la discipline de la bhakti envers Śiva.
Verse 32
तत्कालकृतपापस्य क्षयो भवति निश्चितम् । रुद्र लोकप्रदान्येव संति क्षेत्राण्यनेकशः
L’anéantissement des fautes commises jusqu’à cet instant même est assuré. En vérité, il existe de nombreux kṣetras sacrés qui accordent l’accès au monde de Rudra (Rudra-loka).
Verse 33
ताम्रपर्णी वेगवती ब्रह्मलोकफलप्रदे । तयोस्तीरे हि संत्येव क्षेत्राणि स्वर्गदानि च
Les rivières Tāmraparṇī et Vegavatī accordent le fruit de l’accès à Brahmaloka. En vérité, sur leurs rives se trouvent des kṣetras sacrés qui donnent aussi le ciel.
Verse 34
संति क्षेत्राणि तन्मध्ये पुण्यदानि च भूरिशः । तत्र तत्र वसन्प्राज्ञस्तादृशं च फलं लभेत्
En son sein se trouvent de nombreux kṣetra sacrés, dispensant un mérite abondant. Le sage qui demeure en ces lieux, chacun à sa manière, obtient le fruit correspondant—selon la sainteté et la discipline de ce kṣetra.
Verse 35
सदाचारेण सद्वृत्त्या सदा भावनयापि च । वसेद्दयालुः प्राज्ञो वै नान्यथा तत्फलं लभेत्
Par la bonne conduite, par la noblesse de caractère et par la contemplation juste et constante, le compatissant et clairvoyant doit vivre. Nul autre moyen ne permet d’obtenir ce fruit spirituel.
Verse 36
पुण्यक्षेत्रे कृतं पुण्यं बहुधा ऋद्धिमृच्छति । पुण्यक्षेत्रे कृतं पापं महदण्वपि जायते
Le mérite accompli en un kṣetra sacré croît et se multiplie de bien des façons ; de même, le péché commis en un lieu saint, fût-il infime, devient immense.
Verse 37
तत्कालं जीवनार्थश्चेत्पुण्येन क्षयमेष्यति । पुण्यमैश्वर्यदं प्राहुः कायिकं वाचिकं तथा
Si l’on ne cherche de quoi vivre que pour l’instant présent, une telle vie s’épuise par le (simple) mérite. Les sages déclarent que le mérite accorde la prospérité—qu’il soit accompli par le corps ou par la parole.
Verse 38
मानसं च तथा पापं तादृशं नाशयेद्द्विजाः । मानसं वज्रलेपं तु कल्पकल्पानुगं तथा
Ô deux-fois-nés, de même que la faute extérieure est détruite, le péché mental l’est aussi. Mais le « revêtement adamantin » de l’esprit—durci au fil des âges et des âges—doit pareillement être dissous (par une discipline constante tournée vers Śiva et par la grâce).
Verse 39
ध्यानादेव हि तन्नश्येन्नान्यथा नाशमृच्छति । वाचिकं जपजालेन कायिकं कायशोषणात्
En vérité, c’est par la seule méditation qu’il est détruit ; par nul autre moyen il ne s’éteint. La faute de parole est consumée par le réseau du japa, et la faute du corps par l’austérité qui, par la maîtrise de soi, « dessèche » le corps.
Verse 40
दानाद्धनकृतं नश्येन्नाऽन्यथाकल्पकोटिभिः । क्वचित्पापेन पुण्यं च वृद्धिपूर्वेण नश्यति
La richesse amassée ne s’épuise véritablement que par le don (dāna) — et non autrement, fût-ce au cours de millions d’âges. Pourtant, en certains cas, le mérite (puṇya) lui aussi est détruit par le péché : il périt après avoir d’abord enflé (comme s’il croissait).
Verse 41
बीजांशश्चैव वृद्ध्यंशो भोगांशः पुण्यपापयोः । ज्ञाननाश्यो हि बीजांशो वृद्धिरुक्तप्रकारतः
Dans le mérite et le démérite, il y a une « part-semence », une « part de croissance » et une « part d’expérience (fruition) ». La part-semence est détruite par la connaissance libératrice (jñāna), tandis que la croissance se déploie selon la manière déjà décrite.
Verse 42
भोगांशो भोगनाश्यस्तु नान्यथा पुण्यकोटिभिः । बीजप्ररोहे नष्टे तु शेषो भोगाय कल्पते
La part du karma déjà entrée en fruition comme expérience (bhoga) ne s’épuise qu’en étant vécue ; autrement, jamais, fût-ce par des crores d’actes méritoires. Mais lorsque la semence et la pousse du karma sont détruites, ce qui demeure n’est plus bon qu’à se « dépenser » en expérience résiduelle, sans engendrer de nouveaux liens.
Verse 43
देवानां पूजया चैव ब्रह्मणानां च दानतः । तपोधिक्याच्च कालेन भोगः सह्यो भवेन्नृणाम् । तस्मात्पापमकृत्वैव वस्तव्यं सुखमिच्छता
Par le culte rendu aux dieux, par les dons offerts aux brāhmaṇas, et par l’accroissement du tapas au fil du temps, les jouissances mondaines deviennent supportables pour les hommes. Ainsi, celui qui recherche le vrai bonheur doit vivre sans commettre de péché.
It anchors sacred geography in Śiva’s sovereignty: the earth and its stability are upheld by Śiva’s ājñā, and kṣetras are instituted by the Lord as intentional mechanisms of grace for mokṣa and for loka-rakṣā.
The chapter implies that sacred space amplifies moral causality: because kṣetra is a concentrated field of sanctity and vow-bound practice, violations harden karmic residues rather than dissipate them, making ethical restraint an intrinsic component of kṣetra-based liberation.
River systems and their banks are foregrounded—Sindhu with many kṣetras, Sarasvatī described as multi-mouthed, and Gaṅgā arising from Himavat with many sacred domains including Kāśī—signifying a networked pilgrimage map where residence/observance along tīras is portrayed as a progressive route toward brahma-pada.