Adhyaya 47
Uma SamhitaAdhyaya 4766 Verses

Śumbha–Niśumbha-pīḍā and Devastuti to Durgā/Śivā (Names and Forms of the Devī)

L’Adhyāya 47 s’ouvre sur le récit du ṛṣi concernant l’essor des frères daitya Śumbha et Niśumbha, dont la puissance accable les trois mondes (trailokya) et englobe tous les êtres mobiles et immobiles. Opprimés, les devas se retirent vers l’Himavat et offrent une louange révérencieuse à la Mère universelle, la reconnaissant comme bienfaitrice des êtres et comme l’agent de l’origine, du maintien et de la dissolution du cosmos. Le cœur du chapitre est une stuti structurée : les devas s’adressent à la Déesse comme Durgā et Maheśānī, puis déploient une litanie de noms et de formes—Kālikā, Chinnamastā, Śrīvidyā, Bhuvaneśī, Bhairavākṛti, Bagalāmukhī, Dhūmāvatī, Tripurasundarī, Mātaṅgī, Ajitā, Vijayā, Maṅgalā, Vilāsinī, Ghorā, Rudrāṇī—jusqu’à l’élévation vedāntique : elle est connaissable par le Vedānta, elle est le Soi suprême et la souveraine d’innombrables œufs cosmiques (brahmāṇḍas). Ésotériquement, l’enseignement affirme que la multiplicité des formes renvoie à l’unique réalité Śiva–Śakti, et que la louange elle-même est une technique rituelle de refuge et de restauration de l’ordre dharmique.

Shlokas

Verse 1

ऋषिरुवाच । आसीच्छुम्भासुरो दैत्यो निशुंभश्च प्रतापवान् । त्रैलोक्यमोजसा क्रान्तं भ्रातृभ्यां सचराचरम्

Le sage dit : « Il y avait un Daitya nommé Śumbha, et son puissant frère Niśumbha. Par la force de leur pouvoir, les trois mondes — avec tout ce qui bouge et tout ce qui ne bouge pas — furent envahis par ces deux frères. »

Verse 2

ताभ्याम्प्रपीडिता देवा हिमवन्तं समाययुः । जननीं सर्वभूतानां कामदात्रीं ववन्दिरे

Opprimés par ces deux-là, les devas se rendirent à l'Himavān. Ils s'inclinèrent devant la Mère de tous les êtres — celle qui accorde les bienfaits désirés — et lui offrirent leurs salutations respectueuses.

Verse 3

देवा ऊचुः । जय दुर्गे महेशानि जयात्मीयजनप्रिये । त्रैलोक्यत्राणकारिण्यै शिवायै ते नमोनमः

Les dieux dirent : « Victoire à toi, ô Durgā ; victoire, ô Maheshānī ; victoire à toi qui es aimée de tes propres dévots. À toi — Śivā, la protectrice et la sauveuse des trois mondes — nous nous inclinons encore et encore. »

Verse 4

नमो मुक्तिप्रदायिन्यै पराम्बायै नमोनमः । नमः समस्तसंसारोत्पत्तिस्थित्यन्तकारिके

Salutations encore et encore à la Mère Suprême, celle qui accorde la libération. Salutations à Celle qui produit l'apparition, le maintien et la dissolution de tout le processus du monde.

Verse 5

कालिकारूपसंपन्नो नमस्काराकृते नमः । छिन्नमस्तास्वरूपायै श्रीविद्यायै नमोस्तु ते

Salutations à Toi, parée de la forme de Kālikā ; salutations à Toi, qui es l’incarnation même de la prosternation révérencieuse. Salutations à Toi, dont la forme est Chinnamastā ; à Toi je rends hommage, ô Śrīvidyā, sagesse‑puissance sacrée.

Verse 6

भुवनेशि नमस्तुभ्यं नमस्ते भैरवाकृते । नमोस्तु बगलामुख्यै धूमावत्यै नमोनमः

Ô Souveraine des mondes, Bhuvaneśī, je me prosterne devant Toi. Salutations à Toi qui portes la forme de Bhairava. Hommage, certes, à Bagalāmukhī ; et encore et encore, hommage à Dhūmāvatī.

Verse 7

नमस्त्रिपुरसुन्दर्य्यै मातङ्गयै ते नमोनमः । अजितायै नमस्तुभ्यं विजयायै नमोनमः

Salut, encore et encore, à Toi en tant que Tripurasundarī; salut à Toi en tant que Mātaṅgī. Salut à Toi, Ajitā, l’Inconquise; salut, encore et encore, à Toi en tant que Vijayā, la Victoire.

Verse 8

जयायै मंगलायै ते विलासिन्यै नमोनमः । दोग्ध्रीरूपे नमस्तुभ्यं नमो घोराकृतेऽस्तु ते

Salut, encore et encore, à Toi comme Jayā (Victoire), comme Maṅgalā (Auspiciosité) et comme la Dame joueuse, en līlā. Salut à Toi sous la forme de la Mère nourricière qui ‘trait’ la grâce; et que mon salut aille aussi à Ta forme redoutable et saisissante.

Verse 9

मनोऽपराजिताकारे नित्याकारे नमोनमः । शरणागतपालिन्यै रुद्राण्यै ते नमोनमः

Salut, encore et encore, à Toi dont la forme est invincible même pour l’esprit, dont la forme est éternelle. Salut, encore et encore, à Toi, Rudrāṇī, protectrice de ceux qui prennent refuge en Toi.

Verse 10

नमो वेदान्तवेद्यायै नमस्ते परमात्मने । अनन्तकोटिब्रह्माण्डनायिकायै नमोनमः

Salut à Celle que révèle le Vedānta; salut à Toi, le Soi suprême (Paramātman). Encore et encore, salut à la Souveraine qui préside à d’infinis crores d’univers.

Verse 11

इति देवैः स्तुता गौरी प्रसन्ना वरदा शिवा । प्रोवाच त्रिदशान्सर्वान्युष्माभिः स्तूयतेऽत्र का

Ainsi louée par les dieux, Gaurī—bienveillante, gracieuse et dispensatrice de dons—fut comblée de joie. Alors la Déesse de bon augure dit à tous les trente-trois dieux : «Qui donc, ici, chantez-vous en hymnes ?»

Verse 12

ततो गौरीतनोरेका प्रादुरासीत्कुमारिका । सोवाच मिषतां तेषां शिवशक्तिं परादरात्

Alors, du propre corps de Gaurī, une jeune fille se manifesta soudain. Tandis que tous regardaient, stupéfaits, elle proclama—par l’ordonnance suprême—la puissance (Śakti) de Śiva.

Verse 13

स्तोत्रं मे क्रियते मातः समस्तैः स्वर्गवासिभिः । निशुंभशुंभदैत्याभ्यां प्रबलाभ्यां प्रपीडितैः

«Ô Mère, tous les habitants du ciel m’offrent un hymne de louange, car ils sont cruellement accablés par les deux puissants daityas, Niśumbha et Śumbha.»

Verse 14

शरीरकोशाद्यत्तस्या निर्गता तेन कौशिकी । नाम्ना सा गीयते साक्षाच्छुंभासुरनिबर्हिणी

Parce qu’elle sortit de l’enveloppe (kośa) de son propre corps, on la célèbre sous le nom de Kauśikī ; en vérité, elle est renommée comme la destructrice de l’asura Śumbha.

Verse 15

चैवोग्रतारिका प्रोक्ता महोग्रतारिकापि च । प्रादुर्भूता यतः सा वै मातंगीत्युच्यते भुवि

On la déclare aussi Ugratārikā, et de même Mahogratārikā. Et puisqu’elle se manifesta de cette source, on l’appelle véritablement dans le monde « Mātaṅgī ».

Verse 16

बभाषे निखिलान्देवान्यूयं तिष्ठत निर्भयाः । कार्यं वः साधयिष्यामि स्वतन्त्राहं विनाश्रयम्

Il s’adressa à tous les dieux : « Demeurez sans crainte. J’accomplirai votre œuvre. Je suis souverainement libre, sans dépendre d’aucun appui. »

Verse 17

इत्युक्त्वा सा तदा देवी तरसान्तर्हिताऽभवत् । चाण्डमुण्डौ तु तान्देवीमद्राष्टां सेवकौ तयोः

Après avoir ainsi parlé, la Déesse disparut promptement aux regards. Mais Caṇḍa et Muṇḍa—les deux serviteurs—virent cette Déesse.

Verse 18

दृष्ट्वा मनोहरं तस्या रूपं नेत्रसुखावहम् । पेततुस्तौ धरामध्ये नष्टसंज्ञौ विमोहितौ

À la vue de sa forme ravissante, joie pour les yeux, tous deux tombèrent à terre—troublés, privés de conscience, submergés par l’illusion.

Verse 19

गत्वा व्याजह्रतुः सर्वं राज्ञे वृत्तान्तमादितः । दृष्टा काचिन्मया पूर्वा नारी राजन्मनोरमा

S’y étant rendus, ils rapportèrent au roi tout le récit depuis le commencement : «Ô Roi, jadis j’ai vu une femme, charmante et ravissante.»

Verse 20

हिमवच्छिखरे रम्ये संस्थिता सिंहवाहिनी । समन्ताद्देवकन्याभिः सेविता बद्धपाणिभिः

Sur un beau sommet de l’Himalaya se tenait la Déesse, Celle qui monte le lion ; de toutes parts, des jeunes filles célestes la servaient, les mains jointes en pieuse révérence.

Verse 21

कुरुते पादसंवाहं काचित्संस्कुरुते कचान् । पाणिसंवाहनं काचित्काचिन्नेत्राञ्जनं न्यधात्

Une servante massa les pieds ; une autre arrangea et para les cheveux. L’une frictionna doucement les mains, et une autre posa l’añjana (collyre) sur les yeux.

Verse 22

काचिद् गृहीत्वा हस्तेनादर्शं दर्शयते मुखम् । नागवल्लीं ददात्येका लवंगैलादिसंयुताम्

L’une, tenant un miroir en sa main, lui montre son visage ; une autre offre des feuilles de bétel (nāgavalī) mêlées de clou de girofle, de cardamome et d’autres aromates.

Verse 23

पतद्ग्रहं करे कृत्वा स्थिता काचित्सखी पुरः । भूषयत्यखिलांगानि काचिद्भूषाम्बरादिभिः

Une compagne se tint devant, un vêtement à la main ; une autre para tous les membres d’ornements, de beaux habits et autres atours.

Verse 24

कदलीस्तंभजंघोरुः कीरनासाऽहिदौर्लता । रणन्मञ्जीरचरणा रम्यमेखलया युता

Ses jambes et ses cuisses étaient lisses comme la tige du bananier; son nez, tel le bec du perroquet; ses bras, pareils à des lianes gracieuses. Ses pieds, parés de grelots aux tintements doux, résonnaient légèrement, et une ceinture charmante rehaussait sa beauté.

Verse 25

लसत्कस्तूरिकामोदमुक्ताहारचलस्तनी । ग्रैवेयकलसद्ग्रीवा ललन्तीदाममण्डिता

Sur sa poitrine reposait un collier de perles, parfumé d’un musc éclatant, et son sein ondoyait doucement. Son cou resplendissait d’un superbe collier, et elle était ornée d’une belle guirlande drapée sur le front.

Verse 26

अर्द्धचन्द्रधरा देवी मणिकुण्डलधारिणी । रम्यवेणिर्विंशालाक्षी लोचनत्रयभूषिता

La Déesse, portant le croissant de lune, arbore des boucles d’oreilles serties de gemmes. Ses tresses sont harmonieusement arrangées, ses yeux vastes et lumineux ; et, parée du troisième œil, elle resplendit comme la puissance manifeste (saguṇa) et propice de Śiva.

Verse 27

साक्षरा मालिकोपेता पणिराजितकंकणा । स्वर्णोर्मिकांगुलिर्भ्राजत्पारिहार्य्यलसत्करा

Ses mains brillaient de guirlandes auspicieuses faites de lettres sacrées ; ses poignets étaient ornés de bracelets éclatants ; et ses doigts, lumineux de bagues d’or, resplendissaient de parures convenables.

Verse 28

शुभवस्त्रावृता गौरी पद्मासनविराजिता । काश्मीरबिन्दुतिलका चन्द्रालंकृतमस्तका

Gaurī, revêtue de vêtements propices, resplendissait, assise sur un siège de lotus. Elle portait un tilaka marqué de points de safran, et sa tête était ornée de la lune, révélant la splendeur bienveillante et manifeste (saguṇa) par laquelle la Mère est contemplée et vénérée.

Verse 29

तडिद्द्युतिर्महामूल्याम्बर चोलोन्नमत्कुचा । भुजैरष्टाभिरुत्तुंगैर्धारयन्ती वरायुधान्

Elle rayonnait de l’éclat de l’éclair ; ses vêtements précieux et son corsage rehaussaient sa poitrine altière. De ses huit bras levés, elle portait des armes excellentes, manifestant une forme divine redoutable et protectrice.

Verse 30

तादृशी नासुरी नागी न गन्धर्वी न दानवी । विद्यते त्रिषु लोकेषु यादृशी सा मनोरमा

Dans les trois mondes, il n’existe ni Asurī, ni Nāgī, ni Gandharvī, ni Dānavī qui soit pareille à cette enchanteresse, Manoramā.

Verse 31

तस्मात्संभोगयोग्यत्वं तस्यास्त्वय्येव शोभते । नारीरत्नं यतः सा वै पुंरत्नं च भवान्प्रभो

Ainsi, son aptitude à l’union sacrée ne resplendit vraiment qu’avec toi. Car elle est en vérité un joyau parmi les femmes, et toi, ô Seigneur, un joyau parmi les hommes.

Verse 32

इत्युक्तं चण्डमुण्डाभ्यां निशम्य स महासुरः । दूतं सुग्रीवनामानं प्रेषयामास तां प्रति

Ayant entendu ce qui avait été dit par Caṇḍa et Muṇḍa, ce grand asura envoya vers elle un messager nommé Sugrīva.

Verse 33

गच्छ दूत तुषाराद्रौ तत्रास्ते कापि सुन्दरी । सा नेतव्या प्रयत्नेन कथयित्वा वचो मम

«Va, ô messager, au mont Tuṣāra. Là demeure une belle jeune fille. Après lui avoir transmis mes paroles, amène-la ici avec tout ton effort».

Verse 34

इति विज्ञापितस्तेन सुग्रीवो दानवोत्तमः । गत्वा हिमाचलं प्राह जगदम्बां महेश्वरीम्

Ainsi averti par lui, Sugrīva—le plus éminent des Dānava—se rendit à Himācala et s’adressa à Jagadambā, la grande Déesse Maheśvarī.

Verse 35

दूत उवाच । देवि शुंभासुरो दैत्यो निशुंभस्तस्य चानुजः । विख्यातस्त्रिषु लोकेषु महा बलपराक्रमः

Le messager dit : « Ô Déesse, le Daitya nommé Śumbhāsura, et Niśumbha, son frère cadet, sont renommés dans les trois mondes pour leur force immense et leur vaillance. »

Verse 36

चारोहं प्रेषितस्तेन सन्निधिन्ते समागमम् । स यज्जगौ सुरेशानि तत्समाकर्णयाधुना

«Je suis l’espion envoyé par lui, et je suis venu en votre présence. Ô seigneurs des dieux, écoutez maintenant de ma bouche ce qu’il a dit.»

Verse 37

इन्द्रादीन्समरे जित्वा तेषां रत्नान्यपाहरम् । देवभागं स्वयं भुञ्जे यागे दत्तं सुरादिभिः

Ayant vaincu Indra et les autres dieux au combat, je me suis emparé de leurs joyaux. Je prends moi-même part à la part des dieux — la portion offerte en sacrifice et accordée par les Devas et les autres.

Verse 38

स्त्रीरत्नं त्वामहं मन्ये सर्वरत्नोपरि स्थितम् । सा त्वं ममानुजं मां वा भजतात्कामजै रसैः

Je te considère comme un joyau parmi les femmes, s'élevant au-dessus de tous les autres trésors. Par conséquent, puisses-tu accepter — selon ton désir — soit mon frère cadet, soit moi-même, et prendre plaisir aux délices nés de l'amour.

Verse 39

इति दूतोक्तमाकर्ण्य वचनं शुंभभाषितम् । जगाद सा महामाया भूतेशप्राणवल्लभा

Entendant ainsi la déclaration du messager — les paroles prononcées au nom de Śumbha — elle, la Grande Māyā, la bien-aimée de Bhūteśa (le Seigneur Śiva), répondit.

Verse 40

देव्युवाच । सत्यं वदसि भो दूत नानृतं किंचिदुच्यते । परन्त्वेका कृता पूर्वं प्रतिज्ञा तान्निबोध मे

La Déesse dit : « Ô messager, tu dis la vérité ; pas le moindre mensonge n'est prononcé. Pourtant, j'avais fait auparavant un seul vœu — comprends-le maintenant de ma part. »

Verse 41

यो मे दर्पं विधुनुते यो मां जयति संगरे । उत्सहे तमहं कर्तुं पतिं नान्यमिति ध्रुवम्

« Celui qui ébranle mon orgueil, celui qui me vainc au combat—lui seul je consens à le prendre pour époux ; nul autre, cela est certain. »

Verse 42

स त्वं कथय शुंभाय निशुंभाय वचो मम । यथा युक्तं भवेदेवं विदधातु तथाऽत्र सः

Va donc transmettre mes paroles à Śumbha et à Niśumbha. Qu’il règle ici les choses exactement de la manière juste et convenable.

Verse 43

इत्थं देवीवचः श्रुत्वा सुग्रीवो नाम दानवः । राज्ञे विज्ञापयामास गत्वा तत्र सविस्तरम्

Ainsi, après avoir entendu les paroles de la Déesse, un dānava nommé Sugrīva se rendit auprès du roi et lui rapporta l’affaire en ce lieu avec tous les détails.

Verse 44

अथ दूतोक्तमाकर्ण्य शुंभो भैरवशासनः । धूम्राक्षं प्राह सक्रोधः सेनान्यं बलिनां वरम्

Alors Śuṃbha—qui régnait selon l’ordre du redoutable Bhairava—ayant entendu le rapport du messager, s’adressa avec colère à Dhūmrākṣa, chef de l’armée, le plus éminent des vaillants.

Verse 45

हे धूम्राक्ष तुषाराद्रौ वर्तते कापि सुन्दरी । तामानय द्रुतं गत्वा यथा यास्यति सात्र वै

«Ô Dhūmrākṣa, sur la montagne Tuṣāra demeure une jeune fille d’une beauté rare. Va sur-le-champ et amène-la ici sans délai, afin qu’elle vienne véritablement en ce lieu.»

Verse 46

तस्या आनयने भीतिर्न कार्य्याऽसुरसत्तम । युद्धं कार्यं प्रयत्नेन यदि सा योद्धुमिच्छति

Ô le meilleur des Asuras, ne crains pas de l’amener ici. Si elle souhaite combattre, alors livre bataille avec tous tes efforts.

Verse 47

इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां धूम्रलोचन चण्डमुण्डरक्तबीजवधो नाम सप्तचत्वारिंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Cinquième Livre — l’Umāsaṃhitā — s’achève le quarante-septième chapitre, intitulé « La mise à mort de Dhūmralocana, de Caṇḍa‑Muṇḍa et de Raktabīja ».

Verse 48

भर्तुर्ममान्तिकं गच्छ नोचेत्त्वां घातयाम्यहम् । पुष्ट्याऽसुराणां सहितः सहस्राणां नितंबिनि

« Va sur-le-champ en la présence de mon époux ; sinon, je te ferai mettre à mort. Ô toi aux hanches gracieuses, Puṣṭi m’accompagne, ainsi que des milliers d’asuras. »

Verse 49

देव्युवाच । दैत्यराट्प्रेषितो वीर हंसि चेत्किं करोमि ते । परन्त्वसाध्यं गमनं मन्ये संग्राममन्तरा

La Déesse dit : « Ô héros, si le roi des Daityas t’a envoyé et que tu veux me tuer, que puis-je faire pour toi ? Pourtant, je tiens pour impossible de quitter ce lieu sans bataille. »

Verse 50

इत्युक्तस्तामन्वधावद्दानवो धूम्रलोचनः । हुंकारोच्चारणेनैव तन्ददाह महेश्वरी

Ainsi interpellé, le dānava Dhūmralocana se précipita à sa poursuite. Mais Maheshvarī, par la seule profération de la syllabe « Huṃ », le réduisit en cendres.

Verse 51

ततः प्रभृति सा देवी धूमावत्युच्यते भुवि । आराधिता स्वभक्तानां शत्रुवर्गनिकर्तिनी

Dès lors, cette Déesse est connue sur la terre sous le nom de Dhūmāvatī. Lorsqu’on l’adore, elle devient celle qui tranche les cohortes d’ennemis de ses propres dévots.

Verse 52

धूम्राक्षे निहते देव्या वाहनेनातिकोपिना । चर्वितास्तद्गणास्सर्वेऽपलायन्तावशेषिताः

Lorsque Dhūmrākṣa eut été tué par la Déesse, sa monture—en proie à une colère extrême—écrasa et dévora tous ses suivants ; les rares survivants s’enfuirent.

Verse 53

इत्थं देव्या हतं दैत्यं श्रुत्वा शुंभः प्रतापवान् । चकार बहुलं कोपं सन्दष्टोष्ठपुटद्वयः

En apprenant que le démon avait ainsi été terrassé par la Déesse, le vaillant et puissant Śumbha fut saisi d’une colère brûlante, serrant fortement ses deux lèvres.

Verse 54

चण्डं मुंडं रक्तबीजं प्रैषयत्क्रमतोऽ सुरान् । तेपि चाज्ञापिता दैत्या ययुर्यत्राम्बिका स्थिता

L’un après l’autre, il dépêcha les asuras—Caṇḍa, Muṇḍa et Raktabīja. Ces daityas, ainsi mandatés, se rendirent là où Ambikā se tenait.

Verse 55

सिंहारूढा भगवतीमणिमादिभिराश्रिताम् । भासयंती दिशो भासा दृष्ट्वोचुर्द्दानवर्षभाः

Voyant la Déesse Bienheureuse montée sur un lion, parée de joyaux et d’ornements, et illuminant les directions de sa splendeur, les plus éminents des Dānavas prirent la parole.

Verse 56

हे देवि तरसा मूलं याहि शुंभनिशुंभयोः । अन्यथा घातयिष्यामः सगणां त्वां सवाहनाम्

«Ô Déesse, va sur-le-champ à la source même : Śumbha et Niśumbha. Sinon, nous te mettrons à mort, avec ta suite et même ta monture», dirent-ils.

Verse 57

वृणीष्व तं पतिं वामे लोकपालादिभिः स्तुतम् । प्रपत्स्यसे महानंदं देवानामपि दुर्लभम्

Ô douce âme, choisis ce Seigneur pour époux—Lui que louent les Lokapālas et les autres dieux. En te réfugiant en Lui, tu atteindras la grande béatitude, difficile à obtenir même pour les devas.

Verse 58

इत्युक्तमाकलय्याम्बा स्मयित्वा परमेश्वरी । उदाजहार सा देवी सूनृतं रसवद्वचः

Ayant compris ce qui venait d’être dit, la Mère Umā—la Déesse Suprême—sourit ; puis la Devī prononça des paroles véridiques, douces et pleines de saveur.

Verse 59

देव्युवाच । अद्वितीयो महेशानः परब्रह्म सदाशिवः । यत्तत्त्वन्न विदुर्वेदा विष्ण्वादीनां च का कथा

La Déesse dit : «Maheśāna, Sadāśiva, est sans second — le Brahman suprême. Même les Veda ne connaissent pas son principe véritable ; que dire alors de Viṣṇu et des autres dieux ?»

Verse 60

तस्याहं प्रकृतिः सक्ष्मा कथमन्यं पतिम्वृणे । सिंही कामातुरा नैव जम्बुकं वृणुते क्वचित्

«Je suis Sa Prakṛti subtile (sa puissance innée et son épouse). Comment pourrais-je choisir un autre époux ? Une lionne, fût-elle embrasée de désir, ne choisit jamais un chacal.»

Verse 61

करेणुर्गर्दभं नैव द्वीपिनी शशकं न वा । मृषा वदत भो दैत्यो मृत्युव्यालनियंत्रिताः

Une éléphante ne s’unit jamais à un âne, ni une tigresse à un lièvre. Ô Daitya, tu mens : tes paroles sont tenues en bride par le serpent de la mort, et ne sauraient se dresser en vérité.

Verse 62

यूयं प्रयात पातालं युध्यध्वं शक्तिरस्ति चेत् । इति क्रोधकरं वाक्यं श्रुत्वोचुस्ते परस्परम्

«Allez donc à Pātāla et combattez, si vraiment vous en avez la force !» Entendant ces paroles qui attisaient la colère, ils se parlèrent entre eux.

Verse 63

अबलां मनसि ज्ञात्वा न हन्मो भवतीं वयम् । अथो स्थिरैहि पञ्चास्ये युद्धेच्छा मानसेऽस्ति चेत्

Sachant en notre esprit que tu es une femme (et qu’il ne convient pas de te frapper), nous ne te mettrons pas à mort. Pourtant, ô Seigneur aux cinq visages, si le désir du combat demeure vraiment en ton cœur, tiens-toi ferme.

Verse 64

तेषामेवं विवदतां कलहः समवर्द्धत । ववृषु समरे बाणा उभयोर्द्दलयोश्शिताः

Tandis qu’ils se querellaient ainsi, leur dispute ne cessait de s’envenimer. Puis, au cœur de la bataille, des flèches acérées se mirent à pleuvoir des deux armées adverses.

Verse 65

एवं तैः समरं कृत्वा लीलया परमेश्वरी । जघान चण्डमुण्डाभ्यां रक्तबीजं महासुरम्

Ainsi, après avoir livré combat contre eux, la Déesse Suprême—comme dans un jeu de sa līlā—fit mettre à mort le grand asura Raktabīja par Caṇḍa et Muṇḍa.

Verse 66

द्वेषबुद्धिं विधायापि त्रिदशस्थितयोऽप्यमी । अन्तेऽप्रापन्परं लोकं यंल्लोकं यान्ति तज्जनाः

Bien que ces êtres, établis parmi les dieux, eussent nourri un esprit de haine, ils atteignirent finalement le monde suprême—la demeure même où parviennent ceux qui Lui sont dévoués.

Frequently Asked Questions

Śumbha and Niśumbha subjugate the three worlds; the devas, afflicted, go to Himavat and invoke the Goddess through an extended hymn, initiating the narrative logic of divine intervention and restoration.

The multiplicity of names functions as a theological map: diverse iconographies are treated as convergent pointers to one supreme Śakti who is simultaneously cosmic function (creation–maintenance–dissolution) and ultimate reality (Vedānta-knowable Paramātman).

Durgā/Maheśānī/Śivā are foregrounded, with explicit invocation of Kālikā, Chinnamastā, Śrīvidyā, Bhuvaneśī, Bagalāmukhī, Dhūmāvatī, Tripurasundarī, Mātaṅgī, Ajitā, Vijayā, Maṅgalā, Ghorā, and Rudrāṇī.