Adhyaya 5
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 565 Verses

संध्याचरित्रवर्णनम् (Sandhyā-caritra-varṇana) — “Account of Sandhyā’s Story”

L’Adhyāya 5 est encadré par le récit de Sūta d’un dialogue où Nārada, après avoir entendu les événements précédents, questionne Brahmā. Nārada demande précisément au sujet de Sandhyā : où alla-t-elle après le départ des mānasaputra vers leurs demeures, que fit-elle ensuite, et par qui fut-elle mariée. Brahmā, en tant que tattvavit connaissant la vérité, invoque Śaṅkara et entreprend une explication à la fois généalogique et doctrinale : Sandhyā est décrite comme la fille née de l’esprit de Brahmā, qui accomplit le tapas, abandonna son corps et renaquit sous le nom d’Arundhatī. Le chapitre passe ainsi de l’interrogation au récit des origines, reliant la figure primordiale Sandhyā à l’idéal exemplaire de pativratā, Arundhatī, et fondant cette transformation sur l’ascèse et l’ordonnance divine selon les directives de Brahmā–Viṣṇu–Maheśa.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य ब्रह्मणो मुनिसत्तमः । स मुदोवाच संस्मृत्य शंकरं प्रीतमानसः

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Brahmā, le meilleur des sages—le cœur doucement comblé d’amour—se souvint de Śaṅkara (Śiva) et parla ensuite avec joie.

Verse 2

नारद उवाच । ब्रह्मन् विधे महाभाग विष्णुशिष्य महामते । अद्भुता कथिता लीला त्वया च शशिमौलिनः

Nārada dit : « Ô Brahman, ô Vidhe, le Créateur, ô très fortuné—ô sage disciple de Viṣṇu—tu as bel et bien raconté la līlā merveilleuse du Seigneur au croissant de lune (Śiva). »

Verse 3

गृहीतदारे मदने हृष्टे हि स्वगृहे गते । दक्षे च स्वगृहं याते तथा हि त्वयि कर्तरि

Lorsque Kāma (Madanā), réjoui d’avoir assumé sa tâche, retourna dans sa demeure, et lorsque Dakṣa aussi rentra chez lui—de même, ô Auteur (Śiva), Tu demeuras l’agent souverain derrière tout ce qui advint.

Verse 4

मानसेषु च पुत्रेषु गतेषु स्वस्वधामसु । संध्या कुत्र गता सा च ब्रह्मपुत्री पितृप्रसूः

Lorsque les fils nés de l’esprit furent partis vers leurs demeures respectives, Brahmā se demanda : «Où donc est allée Sandhyā—elle, fille de Brahmā et mère des Pitṛ (les Ancêtres) ?»

Verse 5

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां द्वितीये सतीखण्डे संध्याचरित्रवर्णनो नाम पंचमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cinquième chapitre, intitulé «Description du récit de Sandhyā», dans la seconde (Rudra Saṃhitā) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein de la seconde section appelée Satī Khaṇḍa.

Verse 6

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य ब्रह्मपुत्रश्च धीमतः । संस्मृत्य शंकरं सक्त्या ब्रह्मा प्रोवाच तत्त्ववित्

Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, le sage fils de Brahmā (Nārada) se souvint de Śaṅkara avec une śakti intérieure pleinement concentrée ; alors Brahmā, connaisseur de la vérité, prit la parole.

Verse 7

ब्रह्मोवाच । शृणु त्वं च मुने सर्वं संध्यायाश्चरितं शुभम् । यच्छ्रुत्वा सर्वकामिन्यस्साध्व्यस्स्युस्सर्वदा मुने

Brahmā dit : Ô sage, écoute en entier le récit auspicious de Sandhyā. En l’entendant, ô sage, les femmes de toute aspiration deviennent à jamais vertueuses et inébranlables dans le dharma.

Verse 8

सा च संध्या सुता मे हि मनोजाता पुराऽ भवत् । तपस्तप्त्वा तनुं त्यक्त्वा सैव जाता त्वरुंधती

«Cette Sandhyā fut vraiment ma fille, jadis née de mon esprit. Après avoir accompli des austérités et quitté ce corps, elle renaquit elle-même en Arundhatī, la chaste.»

Verse 9

मेधातिथेस्सुता भूत्वा मुनिश्रेष्ठस्य धीमती । ब्रह्मविष्णुमहेशानवचनाच्चरितव्रता

Devenue la fille sage du plus éminent des sages, Medhātithi, elle accomplit avec fidélité ses observances votives selon la parole de Brahmā, de Viṣṇu et de Maheśāna (Śiva).

Verse 10

वव्रे पतिं महात्मानं वसिष्ठं शंसितव्रतम् । पतिव्रता च मुख्याऽभूद्वंद्या पूज्या त्वभीषणा

Elle choisit pour époux le magnanime Vasiṣṭha, renommé pour ses observances louées. Devenue la première parmi les pativratā, elle fut digne de vénération et d’adoration, et redoutable par sa puissance spirituelle.

Verse 12

नारद उवाच । कथं तया तपस्तप्तं किमर्थं कुत्र संध्यया । कथं शरीरं सा त्यक्त्वाऽभवन्मेधातिथेः सुता । कथं वा विहितं देवैर्ब्रह्मविष्णुशिवैः पतिम् । वसिष्ठं तु महात्मानं संवव्रे शंसितव्रतम्

Nārada dit : «Comment a-t-elle pratiqué l’austérité, dans quel but, et à quelle sandhyā sacrée (temps/lieu de jonction) ? Comment a-t-elle quitté son corps et est-elle devenue la fille de Medhātithi ? Et comment les dieux—Brahmā, Viṣṇu et Śiva—lui ont-ils prescrit un époux, de sorte qu’elle choisit le magnanime Vasiṣṭha, renommé pour ses vœux loués ?»

Verse 13

एतन्मे श्रोष्यमाणाय विस्तरेण पितामह । कौतूहलमरुंधत्याश्चरितं ब्रूहि तत्त्वतः

Ô vénérable Aïeul, puisque je brûle d’entendre, raconte-moi en détail, selon la vérité, le merveilleux récit d’Arundhatī, qui a éveillé en moi une grande curiosité.

Verse 14

ब्रह्मोवाच । अहं स्वतनयां संध्यां दृष्ट्वा पूर्वमथात्मनः । कामायाशु मनोऽकार्षं त्यक्त्वा शिवभयाच्च सा

Brahmā dit : «Autrefois, en voyant ma propre fille Sandhyā, mon esprit—hélas—fut promptement entraîné vers le désir. Mais elle, par crainte de Śiva, abandonna cette situation et se retira.»

Verse 15

संध्यायाश्चलितं चित्तं कामबाणविलोडितम् । ऋषीणामपि संरुद्धमानसानां महात्मनाम्

Au crépuscule, l’esprit, agité et bouleversé par les flèches de Kāma, peut chanceler même chez les grands sages à l’âme noble, dont les facultés sont pourtant bien maîtrisées.

Verse 16

भर्गस्य वचनं श्रुत्वा सोपहासं च मां प्रति । आत्मनश्चलितत्वं वै ह्यमर्यादमृषीन्प्रति

Entendant les paroles de Bharga—dites avec raillerie à mon égard—je reconnus en moi un vacillement de maîtrise, et je vis une atteinte aux convenances dans la manière dont on traitait les sages ṛṣi.

Verse 17

कामस्य तादृशं भावं मुनिमोहकरं मुहुः । दृष्ट्वा संध्या स्वयं तत्रोपयमायातिदुःखिता

Voyant sans cesse un tel état de Kāma—capable d’égarer même les munis—Saṃdhyā elle-même, accablée, vint en ce lieu et s’y réfugia, en quête de protection.

Verse 18

ततस्तु ब्रह्मणा शप्ते मदने च मया मुने । अंतर्भूते मयि शिवे गते चापि निजास्पदे

Alors, ô sage, lorsque Kāma eut été maudit par Brahmā et aussi par moi, il entra en moi ; et moi, Śiva, je retournai à ma demeure propre.

Verse 19

आमर्षवशमापन्ना सा संध्या मुनिसत्तम । मम पुत्री विचार्यैवं तदा ध्यानपराऽभवत्

Ô le meilleur des sages, Sandhyā, saisie d’indignation, réfléchit ainsi ; puis ma fille se voua entièrement à la méditation.

Verse 20

ध्यायंती क्षणमेवाशु पूर्वं वृत्तं मनस्विनी । इदं विममृशे संध्या तस्मिन्काले यथोचितम्

La résolue Satī contempla promptement, l’espace d’un instant, ce qui s’était produit auparavant ; puis, en ce même moment, elle décida avec discernement de ce qu’il convenait de faire.

Verse 21

संध्योवाच । उत्पन्नमात्रां मां दृष्ट्वा युवतीं मदनेरितः । अकार्षित्सानुरागोयमभिलाषं पिता मम

Sandhyā dit : «Dès l’instant où je vins à l’existence, mon père—ému par Kāma, le dieu du désir—me vit comme une jeune femme et fut saisi d’un ardent désir mêlé d’attachement.»

Verse 22

पश्यतां मानसानां च मुनीनां भावितात्मनाम् । दृष्ट्वैव माममर्यादं सकाममभवन्मनः

Même sous le regard de ces sages—maîtres d’un mental discipliné et de la contemplation intérieure—dès qu’ils me virent agir sans la retenue convenable, leur esprit fut troublé par le désir.

Verse 24

फलमेतस्य पापस्य मदनस्स्वयमाप्तवान् । यस्तं शशाप कुपितः शंभोरग्रे पितामहः

Kama (Madana) lui-même reçut le fruit de cet acte pécheur ; car Pitamaha (Brahma), irrité en présence de Shambhu (Shiva), prononça une malédiction contre lui.

Verse 26

यन्मां पिता भ्रातरश्च सकाममपरोक्षतः । दृष्ट्वा चक्रुस्स्पृहां तस्मान्न मत्तः पापकृत्परा

En me voyant de leurs propres yeux, mon père et mes frères—poussés par le désir mondain—se mirent à me regarder avec convoitise. Ainsi, nul n’est plus pécheur que moi.

Verse 27

ममापि कामभावोभूदमर्यादं समीक्ष्य तान् । पत्या इव स्वकेताते सर्वेषु सहजेष्वषि

Les voyant agir sans retenue, le désir s’éveilla même en moi ; et, comme s’ils avaient été mes propres époux, mon cœur se porta aussi vers tous ces compagnons.

Verse 28

करिष्यारम्यस्य पापस्य प्रायश्चित्तमहं स्वयम् । आत्मानमग्नौ होष्यामि वेदमार्गानुसारत

« Pour le péché que je m’apprête à commettre, je serai moi-même l’expiation. Suivant la voie prescrite par les Veda, j’offrirai mon propre être dans le feu sacré. »

Verse 29

किं त्वेकां स्थापयिष्यामि मर्यादामिह भूतले । उत्पन्नमात्रा न यथा सकामास्स्युश्शरीरिणः

Pourtant, j’établirai ici sur la terre une limite : que les êtres incarnés, dès leur naissance, ne soient pas entraînés par le désir et la quête du plaisir.

Verse 30

एतदर्थमहं कृत्वा तपः परम दारुणम् । मर्यादां स्थापयिष्यामि पश्चात्त्यक्षामि जीवितम्

« C’est pour cela même que j’accomplirai des austérités d’une rigueur extrême. J’établirai la juste limite du dharma, puis je renoncerai à cette vie. »

Verse 31

यस्मिञ्च्छरीरे पित्रा मे ह्यभिलाषस्स्वयं कृतः । भातृभिस्तेन कायेन किंचिन्नास्ति प्रयोजनम्

Ce corps même, au sujet duquel mon père a conçu de lui-même son désir : à quoi me sert donc ce corps, ou la vie qui s’y appuie, au milieu de mes frères ?

Verse 32

मया येन शरीरेण तातेषु सहजेषु च । उद्भावितः कामभावो न तत्सुकृतसाधनम्

Ce corps qui est le mien, par lequel, même parmi les proches par nature, s’est éveillée une passion de désir—une telle chose n’est nullement un moyen de mérite (puṇya).

Verse 33

इति संचित्य मनसा संध्या शैलवरं ततः । जगाम चन्द्रभागाख्यं चन्द्रभागापगा यतः

Ainsi résolue en son cœur, Sandhyā quitta cette montagne excellente et se rendit au lieu nommé Candrabhāgā, là où coule la rivière Candrabhāgā.

Verse 34

अथ तत्र गतां ज्ञात्वा संध्यां गिरिवरं प्रति । तपसे नियतात्मानं ब्रह्मावोचमहं सुतम्

Alors Brahmā, apprenant que Sandhyā s’y était rendue vers la montagne la plus éminente—l’esprit maîtrisé et voué à l’ascèse—s’adressa à moi, son fils.

Verse 35

वशिष्ठं संयतात्मानं सर्वज्ञं ज्ञानयोगिनम् । समीपे स्वे समासीनं वेदवेदाङ्गपारगम्

Tout près était assis Vasiṣṭha—maître de lui-même, omniscient, yogin établi dans la voie de la connaissance—assis à mes côtés, parfaitement accompli dans les Védas et leurs sciences auxiliaires.

Verse 36

ब्रह्मोवाच । वसिष्ठ पुत्र गच्छ त्वं संध्यां जातां मनस्विनीम् । तपसे धृतकामां च दीक्षस्वैनां यथा विधि

Brahmā dit : «Ô fils de Vasiṣṭha, va vers Sandhyā, devenue résolue et d’un esprit ferme, ayant choisi avec constance la voie du tapas. Confère-lui la dīkṣā, selon le rite prescrit, pour l’austérité sacrée.»

Verse 37

मंदाक्षमभवत्तस्याः पुरा दृष्ट्वैव कामुकान् । युष्मान्मां च तथात्मानं सकामां मुनिसत्तम

Ô le meilleur des sages, jadis—à la seule vue de ceux que la convoitise enflammait—son regard s’abaissait; et elle jugeait que vous, moi, et même elle-même, demeurions encore marqués par le désir.

Verse 38

अभूतपूर्वं तत्कर्म पूर्व मृत्युं विमृश्य सा । युष्माकमात्मनश्चापि प्राणान्संत्यक्तुमिच्छति

Ayant médité cet acte comme une chose sans précédent, et ayant déjà envisagé la mort auparavant, elle souhaite maintenant abandonner son souffle vital — et cela aussi à cause de vous-mêmes.

Verse 39

समर्यादेषु मर्यादां तपसा स्थापयिष्यति । तपः कर्तुं गता साध्वी चन्द्रभागाख्यभूधरे

Afin de maintenir l’ordre sacré parmi ceux qui respectent la bienséance, la vertueuse Satī résolut d’établir les justes limites par l’austérité; et pour accomplir le tapas, elle se rendit à la montagne nommée Chandrabhāgā.

Verse 40

न भावं तपसस्तात सानुजानाति कंचन । तस्माद्यथोपदेशात्सा प्राप्नोत्विष्टं तथा कुरु

Ô cher, nul ne peut vraiment autoriser ni déterminer l’intention intime et le fruit de l’austérité d’autrui. Agis donc exactement selon l’enseignement reçu, afin qu’elle obtienne le but désiré.

Verse 41

इदं रूपं परित्यज्य निजं रूपांतरं मुने । परिगृह्यांतिके तस्यास्तपश्चर्यां निदर्शयन्

Ô sage, abandonnant cette forme et revêtant une autre forme qui lui est propre, Il demeura près d’elle et manifesta la puissance disciplinée du tapas—révélant, par l’observance ascétique, la voie śaiva par laquelle l’âme mûrit vers la grâce de Śiva.

Verse 42

इदं स्वरूपं भवतो दृष्ट्वा पूर्वं यथात्र वाम् । नाप्नुयात्साऽथ किंचिद्वै ततो रूपांतरं कुरु

Puisqu’elle a déjà contemplé ici auparavant cette même forme qui est la tienne, elle n’en retirerait rien de nouveau à présent ; prends donc une autre forme.

Verse 43

ब्रह्मोवाच नारदेत्थं वसिष्ठो मे समाज्ञप्तो दयावता । यथाऽस्विति च मां प्रोच्य ययौ संध्यांतिकं मुनिः

Brahmā dit : « Ô Nārada, c’est ainsi que le compatissant Vasiṣṭha m’instruisit. Après m’avoir dit : “Qu’il en soit ainsi”, le sage s’en alla accomplir les rites du crépuscule (saṃdhyā). »

Verse 44

तत्र देवसरः पूर्णं गुणैर्मानससंमितम् । ददर्श स वसिष्टोथ संध्यां तत्तीरगामपि

Là, il aperçut un lac divin, accompli en qualités de bon augure et comparable au lac sacré Mānasa. Puis Vasiṣṭha vit aussi Sandhyā, la déesse du crépuscule, cheminer le long de sa rive.

Verse 45

तीरस्थया तया रेजे तत्सरः कमलोज्ज्वलम् । उद्यदिंदुसुनक्षत्र प्रदोषे गगनं यथा

Debout sur la rive, elle fit resplendir ce lac éclatant de lotus—comme le ciel au crépuscule, lorsque la lune montante et la belle multitude d’étoiles le font scintiller.

Verse 46

मुनिर्दृष्ट्वाथ तां तत्र सुसंभावां स कौतुकी । वीक्षांचक्रे सरस्तत्र बृहल्लोहितसंज्ञकम्

La voyant là—si propice et riche de signes nobles—le sage, saisi d’émerveillement, regarda alentour et aperçut un lac connu sous le nom de Bṛhallohita.

Verse 47

चन्द्रभागा नदी तस्मात्प्राकाराद्दक्षिणांबुधिम् । यांती सा चैव ददृशे तेन सानुगिरेर्महत्

Depuis ce rempart, la rivière Candrabhāgā s’écoulait vers le sud, en direction de l’océan. En chemin, elle aperçut—avec les montagnes qui l’entourent—un paysage vaste et majestueux.

Verse 48

निर्भिद्य पश्चिमं सा तु चन्द्रभागस्य सा नदी । यथा हिमवतो गंगा तथा गच्छति सागरम्

Frayant sa voie vers l’occident, ce fleuve—Candrabhāgā—s’écoule sans cesse. De même que la Gaṅgā, jaillie de l’Himavat, atteint l’océan, ainsi elle aussi se rend à la mer.

Verse 49

तस्मिन् गिरौ चन्द्रभागे बृहल्लोहिततीरगाम् । संध्यां दृष्ट्वाथ पप्रच्छ वसिष्ठस्सादरं तदा

Là, sur cette montagne du pays nommé Candrabhāgā, Vasiṣṭha vit Sandhyā s’avancer depuis la rive du fleuve Bṛhallohita ; puis, avec révérence, il l’interrogea.

Verse 50

वशिष्ठ उवाच । किमर्थमागता भद्रे निर्जनं त्वं महीधरम् । कस्य वा तनया किं वा भवत्यापि चिकीर्षितम्

Vasiṣṭha dit : « Ô dame de bon augure, dans quel dessein es-tu venue sur cette montagne solitaire ? De qui es-tu la fille, et que veux-tu donc accomplir ? »

Verse 51

एतदिच्छाम्यहं श्रोतुं वद गुह्यं न चेद्भवेत् । वदनं पूर्णचन्द्राभं निश्चेष्टं वा कथं तव

Je désire entendre cela—dis-le-moi, si cela n’a pas à demeurer secret. Comment se fait-il que ton visage, rayonnant comme la pleine lune, soit devenu immobile et sans expression ?

Verse 52

ब्रह्मोवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य वशिष्ठस्य महात्मनः । दृष्ट्वा च तं महात्मानं ज्वलंतमिव पावकम्

Brahmā dit : Ayant entendu les paroles de Vasiṣṭha, l’âme magnanime, et voyant ce noble sage flamboyer tel un feu, (ils furent saisis de révérence et d’attention).

Verse 53

शरीरधृग्ब्रह्मचर्यं विलसंतं जटाधरम् । सादरं प्रणिपत्याथ संध्योवाच तपोधनम्

Voyant cet ascète—rayonnant du vœu de brahmacarya, portant les jaṭā et soutenant son corps par une discipline de maîtrise—Sandhyā se prosterna avec respect devant ce trésor d’austérité, puis elle parla.

Verse 54

संध्योवाच । यदर्थमागता शैलं सिद्धं तन्मे निबोध ह । तव दर्शनमात्रेण यन्मे सेत्स्यति वा विभो

Sandhyā dit : «Ô Seigneur puissant, fais-moi savoir clairement quel dessein t’a conduit sur cette montagne accomplie. Par la seule vision de toi, qu’est-ce qui s’accomplira pour moi désormais, ô Vibhū ?»

Verse 55

तपश्चर्तुमहं ब्रह्मन्निर्जनं शैलमागता । ब्रह्मणोहं सुता जाता नाम्ना संध्येति विश्रुता

«Ô Brahman, je suis venue sur cette montagne solitaire pour accomplir le tapas. Je suis née fille de Brahmā et je suis connue sous le nom de Sandhyā.»

Verse 56

यदि ते युज्यते सह्यं मां त्वं समुपदेशय । एतच्चिकीर्षितं गुह्यं नान्यैः किंचन विद्यते

Si cela te convient et t’est acceptable, instruis-moi pleinement. Mon intention est secrète : nul autre n’en sait quoi que ce soit.

Verse 57

अज्ञात्वा तपसो भावं तपोवनमुपाश्रिता । चिंतया परिशुष्येहं वेपते हि मनो मम

Sans comprendre l’esprit véritable de l’austérité, je me suis réfugiée dans cette forêt de pénitence. Pourtant, ici je me dessèche d’inquiétude, et mon esprit tremble en vérité.

Verse 58

ब्रह्मोवाच । आकर्ण्य तस्या वचनं वसिष्ठो ब्रह्मवित्तमः । स्वयं च सर्वकृत्यज्ञो नान्यत्किंचन पृष्टवान्

Brahmā dit : Ayant entendu ses paroles, Vasiṣṭha—le plus éminent des connaisseurs de Brahman—lui-même parfaitement instruit de tous les devoirs et rites, ne lui posa plus aucune question.

Verse 59

अथ तां नियतात्मानं तपसेति धृतोद्यमाम् । प्रोवाच मनसा स्मृत्वा शंकरं भक्तवत्सलम्

Alors, la voyant maîtresse d’elle-même et résolue à entreprendre des austérités, Dakṣa parla—après avoir, en son for intérieur, évoqué Śaṅkara, le Seigneur toujours tendre envers Ses dévots.

Verse 60

वसिष्ठ उवाच । परमं यो महत्तेजः परमं यो महत्तपः । परमः परमाराध्यः शम्भुर्मनसि धार्यताम्

Vasiṣṭha dit : Que Śambhu soit gardé dans l’esprit : Lui qui est suprêmement rayonnant, suprêmement austère, le Très-Haut, et le plus digne de toute adoration.

Verse 61

धर्मार्थकाममोक्षाणां य एकस्त्वादिकारणम् । तमेकं जगतामाद्यं भजस्व पुरुषोत्तमम्

Adore ce seul Purusha suprême, l’unique cause primordiale du dharma, de l’artha, du kāma et du mokṣa ; Il est la source première et unique de tous les mondes.

Verse 62

मंत्रेणानेन देवेशं शम्भुं भज शुभानने । तेन ते सकला वाप्तिर्भविष्यति न संशयः

Ô toi au visage radieux, adore Śambhu, Seigneur des dieux, par ce mantra même. Par lui, tu obtiendras sûrement l’accomplissement total et toutes les réalisations souhaitées ; sans aucun doute.

Verse 63

ॐ नमश्शंकरायेति ओंमित्यंतेन सन्ततम् । मौनतपस्याप्रारंम्भं तन्मे निगदतः शृणु

"Om — hommage à Śaṅkara" : avec "Om" comme sceau final, répétez-le continuellement. Écoutez maintenant alors que je vous déclare le commencement de l'austérité du silence (mauna-tapas).

Verse 64

स्नानं मौनेन कर्तव्यं मौनेन हरपूजनम् । द्वयोः पूर्णजलाहारं प्रथमं षष्ठकालयोः

Le bain doit être effectué en silence, et c'est en silence que l'adoration de Hara (Śiva) doit être faite. Dans les deux cas, on ne doit prendre qu'une diète d'eau complète.

Verse 65

तृतीये षष्ठकाले तु ह्युपवासपरो भवेत् । एवं तपस्समाप्तौ वा षष्ठे काले क्रिया भवेत्

Dans la troisième phase, au sixième temps fixé, on doit se consacrer au jeûne. Ainsi, lorsque la discipline de l'austérité est terminée, l'observance rituelle doit également être accomplie au sixième temps.

Verse 66

एवं मौनतपस्याख्या ब्रह्मचर्यफलप्रदा । सर्वाभीष्टप्रदा देवि सत्यंसत्यं न संशयः

Ainsi, ô Déesse, cette discipline appelée l’austérité du silence confère le fruit du brahmacarya, la chasteté et la maîtrise de soi. Elle accorde tous les buts désirés ; c’est la vérité—la vérité même—sans aucun doute.

Verse 67

एवं चित्ते समुद्दिश्य कामं चिंतय शंकरम् । स ते प्रसन्न इष्टार्थमचिरादेव दास्यति

Ainsi, fixe ton esprit de cette manière, écarte le désir mondain et médite Śaṅkara. Lorsqu’Il sera satisfait de toi, Il t’accordera promptement l’objet de ton vœu.

Verse 68

ब्रह्मोवाच । उपविश्य वसिष्ठोथ संध्यायै तपसः क्रियाम् । तामाभाष्य यथान्यायं तत्रैवांतर्दधे मुनिः

Brahmā dit : Alors Vasiṣṭha, s’étant assis, accomplit le rite de la Sandhyā (culte du crépuscule), empreint d’austérité. Après l’avoir instruite selon la règle, le sage disparut en ce lieu même.

Frequently Asked Questions

The chapter explains Sandhyā’s subsequent fate and identity-change: after tapas and relinquishing her body, she is said to be reborn as Arundhatī, establishing an etiological link between primordial Sandhyā and the later exemplary wife-figure.

It presents tapas as a mechanism of ontological refinement and re-situation: a being’s form and role can be reconfigured to embody dharmic exemplarity, with divine sanction (Brahmā–Viṣṇu–Maheśa) anchoring the transformation.

Śiva is highlighted through epithets (Śaṅkara, Śaśimauli) and as the devotional reference-point invoked before authoritative teaching; Brahmā appears as the tattvavit narrator; Nārada functions as the epistemic catalyst through questioning.