
L’Adhyāya 22 se déploie comme un dialogue : il s’ouvre sur le récit de Brahmā, puis laisse place à la parole directe de Satī s’adressant à Śiva. Le chapitre commence par une transition saisonnière—l’arrivée des nuages de pluie, l’entrée de la mousson (jaladāgama/ghanāgama)—employée comme procédé littéraire et théologique pour intensifier l’atmosphère affective et symbolique. Satī invoque Śiva par des épithètes intimes et empreintes de bhakti, et le prie d’écouter avec une attention recueillie. Vient ensuite une description détaillée de la mousson : amas de nuages aux couleurs variées, vents puissants, tonnerre, éclairs, soleil et lune voilés, le jour semblable à la nuit, et le mouvement troublant des nuées couvrant le monde. Les arbres semblent « danser » sous le vent ; le ciel devient la scène de la crainte et du désir ardent ; ces images extériorisent le viraha (séparation/nostalgie) et l’agitation intérieure. Dans l’ensemble du Satīkhaṇḍa, cette peinture de l’orage sert de prélude quasi prophétique et d’interlude d’ambiance, montrant comment le rythme cosmique des saisons (ṛtu) résonne avec les tensions relationnelles et dharmiques autour du Kailāsa et les préoccupations imminentes de Satī.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । कदाचिदथ दक्षस्य तनया जलदागमे । कैलासक्ष्माभृतः प्राह प्रस्थस्थं वृषभध्वजम्
Brahmā dit : Un jour, à l’orée de la saison des pluies, la fille de Dakṣa, Satī, s’adressa au Seigneur à l’étendard du Taureau (Śiva), qui se préparait à quitter le Kailāsa, la montagne qui porte la terre.
Verse 2
सत्युवाच । देव देव महादेव शंभो मत्प्राणवल्लभ । शृणु मे वचनं नाथ श्रुत्वा तत्कुरु मानद
Satī dit : « Ô Dieu des dieux, Mahādeva, Śambhu, bien-aimé de mon souffle même, écoute mes paroles, ô Seigneur. Après les avoir entendues, fais ce qui convient, ô dispensateur d’honneur. »
Verse 3
घनागमोयं संप्राप्तः कालः परमदुस्सहः । अनेकवर्णमेघौघास्संगीतांबरदिक्चयाः
Alors advint la saison des nuées épaisses — un temps extrêmement difficile à supporter. Des amas de nuages aux mille couleurs se rassemblèrent, et les régions du ciel furent remplies d’un grondement résonnant, comme une musique.
Verse 4
विवांति वाता हृदयं हारयंतीत वेगिनः । कदंबरजसा धौताः पाथोबिन्दुविकर्षणाः
Les vents soufflèrent avec une violence excessive, comme s’ils dérobaient le cœur lui-même. Emportant la poussière des fleurs de kadamba, ils traînaient et dispersaient les gouttes d’eau — signes de trouble et de mauvais présage sur la route.
Verse 5
मेघानां गर्जितैरुच्चैर्धारासारं विमुंचताम् । विद्युत्पताकिनां तीव्रः क्षुब्धं स्यात्कस्य नो मनः
Quand les nuées tonnent avec fracas et déversent des torrents de pluie, et que des éclairs farouches, tels des étendards, déchirent le ciel—quel esprit ne serait ébranlé et troublé ?
Verse 6
न सूर्यो दृश्यते नापि मेघच्छन्नो निशापतिः । दिवापि रात्रिवद्भाति विरहि व्यसनाकरः
On ne voit ni le soleil, ni le seigneur de la nuit, la lune, car les nuées le voilent. Même le jour paraît nuit ; pour celui que tourmente la séparation, la douleur devient une source ininterrompue d’affliction.
Verse 7
मेघानैकत्र तिष्ठंतो ध्वनन्त पवनेरिताः । पतंत इव लोकानां दृश्यंते मूर्ध्नि शंकर
Les nuées, rassemblées en un seul lieu et grondant sous l’élan du vent, furent vues au-dessus de la tête de Śaṅkara, comme si elles allaient s’abattre sur les mondes.
Verse 8
वाताहता महावृक्षा नर्तंत इव चांबरे । दृश्यंते हर भीरूणां त्रासदाः कामुकेप्सिता
Frappés par le vent, les grands arbres semblaient danser dans le ciel. Et pour les cœurs timorés apparaissaient des visions terrifiantes—telles que les hommes débauchés, poussés par le désir, pourraient les convoiter.
Verse 9
स्निग्धनीलांजनस्याशु सदिवौघस्य पृष्ठतः । बलाकराजी वात्युच्चैर्यमुनापृष्ठफेनवत्
Derrière la masse de nuages au mouvement rapide—sombre, luisante, bleue comme le khôl—apparut une ligne de grues, poussées très haut par le vent, pareilles à l’écume qui glisse sur le dos de la Yamunā.
Verse 10
क्षपाक्षयेषवलयं दृश्यते कालिकागता । अंबुधाविव संदीप्तपावको वडवामुखः
À l’heure où la nuit décroît, Kālikā apparut, et l’on la vit entourée des cohortes du Seigneur de la Nuit (Śiva). Dans l’océan, elle flamboyait tel le feu au visage de jument (Vaḍavāmukha) : une flamme ardente, allumée et cachée au sein des eaux.
Verse 11
प्रारोहंतीह सस्यानि मंदिरं प्राङ्गणेष्वपि । किमन्यत्र विरूपाक्ष सस्यौद्भूतिं वदाम्यहम्
«Ici les récoltes germent, jusque dans les cours des maisons. Que dire de plus, ô Virūpākṣa ? Je décris l’éclosion même et l’épanouissement de la végétation.»
Verse 12
श्यामलै राजतैरक्तैर्विशदोयं हिमाचलः । मंदराश्रयमेघौघः पत्रैर्दुग्धांबुधिर्यथा
Cet Himālaya resplendit, paré de teintes sombres, blanc-argenté et rougeâtres. Les amas de nuages posés sur les arbres Mandāra semblent l’Océan de Lait, avec ses vagues d’écume.
Verse 13
असमश्रीश्च कुटिलं भेजे यस्याथ किंशुकान् । उच्चावचान् कलौ लक्ष्मीर्गन्ता संत्यज्य सज्जनान्
Dans l’âge de Kali, Lakṣmī—la Prospérité—est changeante : elle se tourne vers les fourbes et les indignes, et délaisse les gens de bien. Elle va vers toutes sortes d’êtres, hauts et bas, sans juste discernement.
Verse 14
मंदारस्तन पीलूनां शब्देन हृषिता मुहुः । केकायंते प्रतिवने सततं पृष्ठसूचकम्
Ravis, encore et encore, des cris des oiseaux mandāra-stana et pīlū, les paons, dans chaque bosquet, lançaient sans cesse leurs appels, comme s’ils désignaient ce qui était derrière, annonçant ce qui allait suivre.
Verse 15
मेघोत्सुकानां मधुरश्चातकानां मनोहरः । धारासारशरैस्तापं पेतुः प्रतिपथोद्गतम्
Pour les cātaka à la voix suave, avides de nuages de pluie, l’averse était délicieuse. Ses traits d’eau, tels une pluie de flèches, burent la chaleur qui montait le long du chemin.
Verse 16
मेघानां पश्य मद्देहे दुर्नयं करकोत्करैः । ये छादयंत्यनुगते मयूरांश्चातकांस्तथा
Vois : jusque dans mon propre corps, les nuages sont devenus contraires, lançant des amas de grêle. Ils s’étendent et couvrent même les paons et les cātaka qui suivent après la pluie : tel est le cours de mauvais augure qui se révèle à présent.
Verse 17
शिखसारंगयोर्दृष्ट्वा मित्रादपि पराभवम् । हर्षं गच्छंति गिरिशं विदूरमपि मानसम्
Voyant que même un allié bienveillant avait été abaissé par Śikhā et Sāraṅga, ils furent remplis de joie; et le Seigneur Giriśa (Śiva)—bien qu’au dehors lointain—se réjouit aussi dans Son cœur.
Verse 18
एतस्मिन्विषमे काले नीलं काकाश्चकोरकाः । कुर्वंति त्वां विना गेहान् कथं शांतिमवाप्स्यसि
En ce temps cruel et troublé, même les corbeaux bleutés et les oiseaux chakora bâtissent leurs demeures sans toi. Comment donc obtiendras-tu la paix du cœur loin de toi ?
Verse 19
महतीवाद्य नो भीतिर्मा मेघोत्था पिनाकधृक् । यतस्व यस्माद्वासाय माचिरं वचनान्मम
Ne crains pas le grand fracas; et que le tonnerre né des nuées ne t’effraie point, ô porteur du Pināka. Efforce-toi donc d’établir une demeure : ne tarde pas à agir selon mes paroles.
Verse 20
कैलासे वा हिमाद्रौ वा महाकाश्यामथ क्षितौ । तत्रोपयोग्यं संवासं कुरु त्वं वृषभध्वज
Que ce soit au Kailāsa, ou sur l’Himālaya, ou dans la grande Kāśī, ou ailleurs sur la terre : là, établis une demeure convenable et réside, ô Vṛṣabhadhvaja (dont l’étendard porte le taureau).
Verse 21
ब्रह्मोवाच । एवमुक्तस्तया शंभुर्दाक्षायण्या तथाऽसकृत । संजहास च शीर्षस्थचन्द्ररश्मिस्मितालयम्
Brahmā dit : Ainsi interpellé maintes fois par la fille de Dakṣa, Dakṣāyaṇī, Śambhu sourit ; Son visage devint la demeure d’un doux rire, comme éclairé par les rayons apaisants de la lune posée sur Sa tête.
Verse 22
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां द्वितीये सतीखंडे शिवाशिवविहारवर्णनं नाम द्वाविंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la deuxième Saṃhitā appelée Rudra‑saṃhitā, au sein de la seconde section nommée Satī‑khaṇḍa, s’achève le vingt-deuxième chapitre intitulé « Description des jeux divins de Śiva et de Satī ».
Verse 23
ईश्वरः उवाच । यत्र प्रीत्यै मया कार्यो वासस्तव मनोहरे । मेघास्तत्र न गंतारः कदाचिदपि मत्प्रिये
Īśvara dit : «Ô toi qui charmes le cœur, en ce lieu où, avec amour, j’ordonnerai ta demeure pour ma joie, les nuages n’iront jamais là, à aucun moment, ô ma bien-aimée.»
Verse 24
मेघा नितंबपर्यंतं संचरंति महीभृतः । सदा प्रालेयसानोस्तु वर्षास्वपि मनोहरे
Les nuages ne vont qu’à la base des pentes de la montagne; mais les sommets vêtus de neige demeurent à jamais ravissants—même durant la saison des pluies, ô belle.
Verse 25
कैलासस्य तथा देवि पादगाः प्रायशो घनाः । संचरंति न गच्छंति तत ऊर्द्ध्वं कदाचन
Ô Déesse, autour du Kailāsa les ruisseaux sont d’ordinaire nombreux et abondants ; ils coulent et se meuvent, mais jamais, en aucun temps, ils ne dépassent ce lieu vers le haut.
Verse 26
सुमेरोर्वा गिरेरूर्द्ध्वं न गच्छंति बलाहकाः । जम्बूमूलं समासाद्य पुष्करावर्तकादयः
Les nuages porteurs de pluie ne s’élèvent pas au-dessus du mont Sumeru. Parvenus à la région près de la racine de l’arbre Jambū, des nuages tels que Puṣkara et Āvartaka, et d’autres, s’y meuvent et y tourbillonnent.
Verse 27
इत्युक्तेषु गिरीन्द्रेषु यस्योपरि भवेद्धि ते । मनोरुचिर्निवासाय तमाचक्ष्व द्रुतं हि मे
Après qu’il a été ainsi parlé de ces montagnes souveraines, dis-moi vite : sur laquelle ton esprit se plaît-il le plus à demeurer comme demeure ?
Verse 28
स्वेच्छाविहारैस्तव कौतुकानि सुवर्णपक्षानिलवृन्दवृन्दैः । शब्दोत्तरंगैर्मधुरस्वनैस्तैर्मुदोपगेयानि गिरौ हिमोत्थे
Sur la montagne d’Himavat, tes jeux et délices—nés de tes libres errances—sont chantés avec joie par des volées d’oiseaux aux ailes d’or et par des cortèges de brises, dont les doux appels montent et descendent comme des vagues de son.
Verse 29
सिद्धाङ्गनास्ते रचितासना भुवमिच्छंति चैवोपहृतं सकौतुकम् । स्वेच्छाविहारे मणिकुट्टिमे गिरौ कुर्वन्ति चेष्यंति फलादिदानकैः
Ces femmes siddha, ayant disposé leurs sièges, désirent avec joie l’offrande de terre apportée avec émerveillement. Sur cette montagne au pavage de gemmes, elles se meuvent à leur gré, accomplissent leurs rites et se réjouissent des dons tels que des fruits et d’autres offrandes.
Verse 30
फणीन्द्रकन्या गिरिकन्यकाश्च या नागकन्याश्च तुरंगमुख्याः । सर्वास्तु तास्ते सततं सहायतां समाचरिष्यंत्यनुमोदविभ्रमैः
Les filles du roi des serpents, les vierges des montagnes, les jeunes Nāga, et les coursiers les plus rapides—toutes te prêteront sans cesse assistance, se réjouissant de ton ordre et s’activant dans une allégresse prompte.
Verse 31
रूपं तदेवमतुलं वदनं सुचारु दृष्ट्वांगना निजवपुर्निजकांतिसह्यम् । हेला निजे वपुषि रूपगणेषु नित्यं कर्तार इत्यनिमिषेक्षणचारुरूपाः
Voyant cette forme sans égale et ce visage d’une beauté parfaite, la jeune fille comprit que son propre corps et son éclat ne pouvaient s’y mesurer. Avec une insouciance presque joueuse pour son apparence et pour toutes les autres formes, elle fixa sur cette Beauté suprême un regard sans clignement, ne tenant que Lui pour le véritable Créateur.
Verse 32
या मेनका पर्वतराज जाया रूपैर्गुणैः ख्यातवती त्रिलोके । सा चापि ते तत्र मनोनुमोदं नित्यं करिष्यत्यनुनाथनाद्यैः
Cette Menakā —épouse du roi des montagnes—, renommée dans les trois mondes pour sa beauté et ses vertus, sera aussi là, et par un service dévot et une présence respectueuse, assurera sans cesse ton assentiment intérieur et ton bien-être.
Verse 33
पुरं हि वर्गैर्गिंरिराजवंद्यैः प्रीतिं विचिन्वद्भिरुदाररूपा । शिक्षा सदा ते खलु शोचितापि कार्याऽन्वहं प्रीतियुता गुणाद्यैः
«Dans la cité, parmi les nobles assemblées —vénérées même par le roi des montagnes— recherche la bienveillance avec une âme généreuse. Même si la peine t’atteint, accomplis toujours tes devoirs jour après jour avec affection, soutenu par les vertus et la juste conduite.»
Verse 34
विचित्रैः कोकिलालापमोदैः कुंजगणावृतम् । सदा वसंतप्रभवं गंतुमिच्छसि किं प्रिये
Bien-aimée, désires-tu aller vers ce bosquet toujours printanier, ceint de groupes de tonnelles, et rendu délicieux par les appels variés et suaves des coucous ?
Verse 35
नानाबहुजलापूर्णसरश्शीत समावृतम् । पद्मिनीशतशोयुक्तमचलेन्द्रं हिमालयम्
L’Himālaya, roi des montagnes, était entouré de lacs frais regorgeant d’eaux abondantes et diverses, et paré de centaines d’étangs de lotus.
Verse 36
सर्वकामप्रदैर्वृक्षैश्शाद्वलैः कल्पसंज्ञकैः । सक्षणं पश्य कुसुमान्यथाश्वकरि गोव्रजे
Regarde à l’instant : voici des fleurs, dans cet enclos à vaches, comme si cheval et éléphant les avaient apportées ; ce lieu est rempli d’arbres exauçant tous les vœux et de pelouses verdoyantes appelées « kalpa ».
Verse 37
प्रशांतश्वापदगणं मुनिभिर्यतिभिर्वृतम् । देवालयं महामाये नानामृगगणैर्युतम्
Ô Mahāmāyā, c’était un sanctuaire divin où les bandes de bêtes sauvages s’étaient apaisées ; entouré de sages et d’ascètes, et rempli de troupeaux d’animaux de toutes sortes.
Verse 38
स्फटिक स्वर्णवप्राद्यै राजतैश्च विराजितम् । मानसादिसरोरंगैरभितः परिशोभितम्
Il resplendissait, orné de digues et d’ouvrages semblables façonnés de cristal et d’or, et brillant aussi d’argent ; et de toutes parts il était embelli par des lacs et des paysages d’eaux, à commencer par le Mānasarovara.
Verse 39
हिरण्मयै रत्ननालैः पंकजैर्मुकुलैर्वृतम् । शिशुमारैस्तथासंख्यैः कच्छपैर्मकरैः करैः
Il était ceint de lotus à l’éclat d’or, aux tiges semblables à des joyaux, serrés de boutons ; et ses eaux étaient pleines d’innombrables êtres aquatiques : créatures pareilles à des dauphins, tortues, makaras, et même des éléphants se mouvant dans l’onde.
Verse 40
निषेवितं मंजुलैश्च तथा नीलोत्पलादिभिः । देवेशि तस्मान्मुक्तैश्च सर्वगंधैश्च कुंकुमैः
Ô Devēśī, épouse du Seigneur des Devas, ce lieu était dûment paré et offert avec révérence : de fleurs gracieuses, de lotus bleus et autres ; et encore de perles, de toutes sortes de substances parfumées, et de kunkuma (safran).
Verse 41
लसद्गंधजलैः शुभ्रैरापूर्णैः स्वच्छकांतिभिः । शाद्वलैस्तरुणैस्तुंगैस्तीरस्थैरुपशोभितम्
Le lieu était embelli par des eaux lumineuses et parfumées—pures, pleines à ras bord, rayonnant d’une clarté limpide—et orné de jeunes gazons verts, frais et élevés, ainsi que d’herbes nouvelles le long des rives.
Verse 42
नृत्यद्भिरिव शाखोटैर्वर्जयंतं स्वसंभवम् । कामदेवैस्सारसैश्च मत्तचक्रांगशोभितैः
Comme si les branches elles-mêmes dansaient, elles semblaient repousser leur propre progéniture ; et le paysage était orné d’oiseaux qui éveillent l’amour—grues et semblables—ainsi que de cakravāka, ivres d’allégresse, resplendissants de beauté.
Verse 43
मधुराराविभिर्मोदकारिभिर्भ्रमरादिभिः । शब्दायमानं च मुदा कामोद्दीपनकारकम्
Tout y résonnait du doux bourdonnement des abeilles et d’autres êtres—sons qui donnent la joie—et, dans une allégresse foisonnante, cela éveillait et attisait l’élan du désir.
Verse 44
वासवस्य कुबेरस्य यमस्य वरुणस्य च । अग्नेः कोणपराजस्य मारुतस्य परस्य च
(Cela concerne) Indra, Kubera, Yama et Varuṇa ; ainsi qu’Agni, Koṇaparāja, Māruta et Para.
Verse 45
पुरीभिश्शोभिशिखरं मेरोरुच्चैस्सुरालयम् । रंभाशचीमेनकादिरंभोरुगणसेवितम्
Tout en haut du mont Meru se dresse la cité rayonnante des dieux, dont le sommet resplendit de nombreux palais splendides. Elle est entourée de dames célestes—Rambhā, Śacī, Menakā et d’autres—et servie par des troupes d’apsarās à la beauté enchanteresse.
Verse 46
किं त्वमिच्छसि सर्वेषां पर्वतानां हि भूभृताम् । सारभूते महारम्ये संविहर्तुं महागिरौ
Que désires-tu donc—t’ébattre et errer sur cette grande montagne qui, parmi tous les sommets portant la terre, est l’essence même et la plus exquise?
Verse 47
तत्र देवी सखियुता साप्सरोगणमंडिता । नित्यं करिष्यति शची तव योग्यां सहायताम्
Là, la déesse Śacī—entourée de ses compagnes et parée des troupes d’Apsaras—t’accordera sans cesse l’aide convenable, digne de toi.
Verse 48
अथवा मम कैलासे पर्वतेंद्रे सदाश्रये । स्थानमिच्छसि वित्तेशपुरीपरिविराजिते
Ou bien, si tu désires une demeure en mon Kailāsa—roi des montagnes, refuge éternel—resplendissant de la cité glorieuse du Seigneur des Richesses, Kubera.
Verse 49
गंगाजलौघप्रयते पूर्णचन्द्रसमप्रभे । दरीषु सानुषु सदा ब्रह्मकन्याभ्युदीरिते
Il ressemble au flot impétueux des eaux du Gaṅgā et resplendit de l’éclat de la pleine lune. Toujours célébré par les vierges, filles de Brahmā, il se trouve dans les vallées et sur les pentes de la montagne.
Verse 50
नानामृगगणैर्युक्ते पद्माकरशतावृते । सर्वैर्गुणैश्च सद्वस्तुसुमेरोरपि सुंदरि
Ô belle, il était rempli de troupeaux d’animaux de toutes sortes et entouré de centaines de lacs de lotus ; doté de toutes les qualités, il était plus splendide encore que le noble mont Sumeru.
Verse 51
स्थानेष्वेतेषु यत्रापि तवांतःकरणे स्पृहा । तं द्रुतं मे समाचक्ष्व वासकर्तास्मि तत्र ते
Parmi ces lieux sacrés, celui que ton cœur intérieur désire vraiment—dis-le-moi sans tarder; car c’est là que j’établirai ma demeure pour toi.
Verse 52
ब्रह्मोवाच । इतीरिते शंकरेण तदा दाक्षायणी शनैः । इदमाह महादेवं लक्षणं स्वप्रकाशनम्
Brahmā dit : Lorsque Śaṅkara eut parlé ainsi, Dākṣāyaṇī (Satī), doucement et lentement, adressa ces paroles à Mahādeva—révélant le signe (lakṣaṇa) qui brille de sa propre lumière.
Verse 53
सत्युवाच । हिमाद्रावेव वसितुमहमिच्छे त्वया सह । न चिरात्कुरु संवासं तस्मिन्नेव महागिरौ
Satī dit : «Je souhaite demeurer sur Himādri même, avec toi. Sans tarder, établis notre demeure sur cette grande montagne.»
Verse 54
ब्रह्मोवाच । अथ तद्वाक्यमाकर्ण्य हरः परममोहितः । हिमाद्रिशिखरं तुंगं दाक्षायण्या समं ययौ
Brahmā dit : Entendant ces paroles, Hara (le Seigneur Śiva) fut entièrement saisi d’émerveillement; et, avec Dākṣāyaṇī (Satī), il se rendit au sommet élevé de l’Himādri.
Verse 55
सिद्धांगनागणयुतमगम्यं चैव पक्षिभिः । अगमच्छिखरं रम्यं सरसीवनराजितम्
Elle atteignit un sommet ravissant, embelli de lacs et de bosquets luxuriants—escortée par des troupes de jeunes Siddha, et si élevé que même les oiseaux ne pouvaient aisément s’en approcher.
Verse 56
विचित्ररूपैः कमलैः शिखरं रत्नकर्बुरम् । बालार्कसदृशं शंभुराससाद सतीसखः
Accompagné de Satī, Śambhu parvint à ce sommet—orné de lotus aux formes merveilleuses et bigarré de joyaux—rayonnant tel le soleil à peine levé.
Verse 57
स्फटिकाभ्रमये तस्मिन् शादवलद्रुमराजिते । विचित्रपुष्पावलिभिस्सरसोभिश्च संयुते
Là, dans ce domaine clair comme le cristal et lumineux comme un nuage—paré de pelouses d’un vert tendre et d’arbres splendides—le lieu était encore embelli par des rangées de fleurs merveilleuses et par de gracieux lacs qui s’y joignaient.
Verse 58
प्रफुल्लतरुशाखाग्रं गुंजद्भ्रमरसेवितम् । पंकेरुहैः प्रफुल्लैश्च नीलोत्पलचयैस्तथा
Les extrémités des branches des arbres étaient en pleine floraison, fréquentées par des abeilles bourdonnantes ; et le lieu était aussi paré de lotus épanouis et d’amas de nénuphars bleus.
Verse 59
शोभितं चक्रवाकाद्यैः कादंबैर्हंसशंकुभिः । प्रमत्तसारसैः क्रौंचैर्नीलस्कंधैश्च शब्दितैः
Ce lieu était embelli par des volées de cakravāka et d’autres oiseaux—par les oiseaux kādamba et des rangs de cygnes; et il résonnait des cris des sārasas (grues) exubérants, des krauñcas et des oiseaux au cou bleu.
Verse 60
पुंस्कोकिलानां निनदैर्मधुरैर्गणसेवितैः । तुरंगवदनैस्सिद्धैरप्सरोभिश्च गुह्यकैः
Il résonnait des doux chants des kokilas mâles, et il était servi par les gaṇas de Śiva; avec des Siddhas accomplis, des Apsarās et les discrets Guhyakas, dont certains portaient même un visage semblable à celui d’un cheval.
Verse 61
विद्याधरीभिर्देवीभिः किन्नरीभिर्विहारितम् । पुरंध्रीभिः पार्वतीभिः कन्याभिरभिसंगतम्
Elle fut joyeusement servie et divertie par des jeunes filles Vidyādharī, par des Devī divines et par des Kinnarī célestes ; et, de toutes parts, elle était entourée de dames nobles, d’assistantes semblables à Pārvatī et de jeunes vierges.
Verse 62
विपंचीतांत्रिकामत्तमृदंगपटहस्वनैः । नृत्यद्भिरप्सरोभिश्च कौतुकोत्थैश्च शोभितम्
Le lieu était magnifiquement paré des sons de la vīṇā et d’autres instruments à cordes, de la résonance enivrante des mṛdaṅga et des tambours paṭaha ; et il s’embellissait encore par les danses des apsarās et par maintes réjouissances nées d’un émerveillement joyeux.
Verse 63
देविकाभिर्दीर्घिकाभिर्गंधिभिस्सुसमावृतम् । प्रफुल्लकुसुमैर्नित्यं सकुंजैरुपशोभितम्
Ce lieu était magnifiquement entouré d’étangs parfumés et de lacs de lotus, et toujours orné de fleurs pleinement épanouies et de bosquets charmants.
Verse 64
शैलराजपुराभ्यर्णे शिखरे वृषभध्वजः । सह सत्या चिरं रेमे एवंभूतेषु शोभनम्
Près de la cité du Seigneur des Montagnes, sur un sommet élevé, Vṛṣabhadhvaja (Śiva, dont l’étendard porte le taureau) se divertit longtemps avec Satī ; en cet état, tout paraissait de bon augure et splendide.
Verse 65
तस्मिन्स्वर्गसमे स्थाने दिव्यमानेन शंकरः । दशवर्षसहस्राणि रेमे सत्या समं मुदा
En ce lieu pareil au ciel, Śaṅkara, rayonnant d’une splendeur divine, demeura dans une joie bienheureuse, se divertissant avec Satī durant dix mille ans.
Verse 66
स कदाचित्ततस्स्थानादन्यद्याति स्थलं हरः । कदाचिन्मेरुशिखरं देवी देववृतं सदा
Parfois Hara (Śiva) quitte cette demeure et se rend en un autre lieu. Parfois, ô Devī, il monte au sommet du mont Meru, toujours entouré des dieux.
Verse 67
द्वीपान्नाना तथोद्यानवनानि वसुधातलम् । गत्वागत्वा पुनस्तत्राभ्येत्य रेमे सतीसुखम्
Errant sans cesse à travers de nombreuses îles et sur la face de la terre—par jardins et forêts—Satī y revenait maintes fois et se délectait de sa propre joie et quiétude.
Verse 68
न जज्ञे स दिवा रात्रौ न ब्रह्मणि तपस्समम् । सत्यां हि मनसा शंभुः प्रीतिमेव चकार ह
Ni le jour ni la nuit ne parut d’égal en austérité—pas même parmi Brahmā. Car Śambhu, gardant Satī en son cœur, ne connut que l’amour et la joie.
Verse 69
एवं महादेवमुखं सत्यपश्यत्स्म सर्वदा । महादेवोऽपि सर्वत्र सदाद्राक्षीत्सतीमुखम्
Ainsi Satī ne cessait de contempler le visage de Mahādeva ; et Mahādeva aussi, où qu’Il fût, regardait sans relâche le visage de Satī.
Verse 70
एवमन्योन्यसंसर्गादनुरागमहीरुहम् । वर्द्धयामासतुः कालीशिवौ भावांबुसेचनैः
Ainsi, par leur intimité réciproque, Kālī et Śiva firent croître le grand arbre de la dévotion aimante, l’arrosant du flot vivifiant de leurs élans spirituels intérieurs.
The chapter presents a Kailāsa-set dialogue context: Brahmā narrates and Satī addresses Śiva during the onset of the monsoon, using the storm’s arrival as the immediate narrative occasion rather than a single ritual event.
The monsoon functions as an outer mirror of inner states—viraha, agitation, and anticipatory tension—showing how cosmic processes (ṛtu and atmospheric upheaval) can signify shifts in dharma, relationship, and impending narrative conflict.
Thunderous cloud-masses, violent winds, lightning, obscuration of sun and moon, day resembling night, and wind-driven trees and clouds—depicted as overwhelming, fear-inducing, and psychologically stirring phenomena.