
L’Adhyāya 28 prend la forme d’une mise au point ferme de Pārvatī face à l’apparition d’un visiteur étrange ou déguisé. Elle affirme qu’elle a désormais pleinement compris la situation et refuse d’être égarée par des paroles contradictoires ou des sophismes. Le chapitre se tourne ensuite vers un argument théologique ramassé : Śiva est, en son fond, le Brahman nirguṇa, tout en apparaissant saguṇa par association causale et opérative ; ainsi, naissance, âge et limitation ne sauraient s’appliquer à Lui. Pārvatī reconnaît Sadāśiva comme le substrat éternel de toutes les vidyā, rendant absurde l’idée que Śiva « ait besoin » d’apprendre. Elle proclame aussi la primauté des Veda comme le « souffle » même de Śiva, accordé au commencement de la création, et rejette toute tentative de mesurer l’Être primordial par des critères temporels. L’enseignement s’achève sur une affirmation dévotionnelle et salvifique : ceux qui adorent Śaṅkara comme seigneur de la śakti reçoivent une puissance durable—souvent décrite comme une triade de śakti—montrant que la bhakti donne participation à l’énergie divine plutôt qu’un simple assentiment intellectuel.
Verse 1
पार्वत्युवाच । एतावद्धि मया ज्ञातं कश्चिदन्योयमागतः । इदानीं सकलं ज्ञातमवध्यस्त्वम्विशेषतः
Pārvatī dit : «Je ne savais que ceci : qu’un autre était venu ici. Mais à présent tout est clair : toi, en particulier, tu es invincible, impossible à mettre à mort.»
Verse 2
त्वयोक्तं विदितं देव तदलीकं न चान्यथा । यदि त्वयोदितं स्याद्वै विरुद्धं नोच्यते त्वया
«Ô Deva, ce que tu as dit est reconnu comme vrai : jamais faux, jamais autrement. En effet, s’il y avait la moindre contradiction, tu ne le dirais pas.»
Verse 3
कदाचिद्दृश्यते तादृक् वेषधारी महेश्वरः । स्वलीलया परब्रह्म स्वरागोपात्तविग्रहः
Parfois, on voit réellement Mahādeva revêtu d’un tel déguisement. Ce Brahman suprême, par sa propre līlā divine, assume une forme manifeste selon son libre vouloir et sa joie.
Verse 4
ब्रह्मचारिस्वरूपेण प्रतारयितुमुद्यतः । आगतश्छलसंयुक्तं वचोवादीः कुयुक्तितः
Prenant l’apparence d’un brahmacārin (ascète célibataire), il vint avec l’intention de la tromper ; la ruse au cœur, il proféra des paroles forgées par un raisonnement dévoyé.
Verse 5
शंकरस्य स्वरूपं तु जानामि सुविशेषतः । शिवतत्त्वमतो वच्मि सुविचार्य्य यथार्हतः
Je connais la véritable nature de Śaṅkara avec une clarté toute particulière. C’est pourquoi, après mûre réflexion et comme il convient, je vais maintenant exposer le tattva, le principe de Śiva.
Verse 6
वस्तुतो निर्गुणो ब्रह्म सगुणः कारणेन सः । कुतो जातिर्भवेत्तस्य निर्गुणस्य गुणात्मनः
En vérité, le Brahman (la Réalité suprême) est au-delà des guṇa ; pourtant, afin d’être le fondement causal, on le dit pourvu d’attributs. Comment donc y aurait-il une « naissance » pour Cette Réalité—transcendant les guṇa, tout en apparaissant comme la base de toutes les qualités ?
Verse 7
स सर्वासां हि विद्यानामधिष्ठानं सदाशिवः । किं तस्य विद्यया कार्य्यं पूर्णस्य परमात्मनः
En vérité, Sadāśiva est le fondement et le soutien de toutes les connaissances. Quel besoin le Paramātman, parfait et accompli, aurait-il du savoir comme moyen, puisqu’Il est déjà plénitude en Lui-même ?
Verse 8
वेदा उच्छ्वासरूपेण पुरा दत्ताश्च विष्णवे । शंभुना तेन कल्पादौ तत्समः कोऽस्ति सुप्रभुः
Dans les temps anciens, les Veda—manifestés comme le souffle même de Śambhu—furent accordés à Viṣṇu. Ainsi, au commencement du kalpa, qui pourrait être l’égal de ce Seigneur Śambhu, souverainement lumineux ?
Verse 9
सर्वेषामादिभूतस्य वयोमानं कुतस्ततः । प्रकृतिस्तु ततो जाता किं शक्तेस्तस्य कारणम्
D’où viendrait donc une mesure d’âge pour Celui qui est la source première de tout ? Et si l’on dit que Prakṛti naît de Lui, qu’est-ce donc qui pourrait être la cause de Sa Śakti ?
Verse 10
ये भजंति च तं प्रीत्या शक्तीशं शंकरं सदा । तस्मै शक्तित्रयं शंभुः स ददाति सदाव्ययम्
À ceux qui vénèrent toujours avec amour dévotionnel Śaṅkara—Śambhu, Seigneur de la Śakti—Śambhu accorde la triple puissance divine, impérissable et éternelle.
Verse 11
तस्यैव भजनाज्जीवो मृत्युं जयति निर्भयः । तस्मान्मृत्युंजयन्नाम प्रसिद्धम्भुवनत्रये
En l’adorant Lui seul, l’âme individuelle triomphe de la mort et devient sans crainte. C’est pourquoi, dans les trois mondes, il est renommé sous le nom de « Mṛtyuñjaya », le Vainqueur de la Mort.
Verse 12
तस्यैव पक्षपातेन विष्णुर्विष्णुत्वमाप्नुयात् । ब्रह्मत्वं च यथा ब्रह्मा देवा देवत्वमेव च
Par sa seule grâce et sa faveur, Viṣṇu obtient son état de Viṣṇu ; de même Brahmā obtient son état de Brahmā, et les dieux obtiennent leur propre divinité.
Verse 13
दर्शनार्थं शिवस्यादौ यथा गच्छति देवराट् । भूतादयस्तत्परस्य द्वारपालाश्शिवस्य तु
De même que le roi des dieux se rend d’abord pour obtenir le darśana de Śiva, de même les Bhūta et les autres serviteurs—toujours tournés vers Lui—font office de gardiens de la porte de Śiva.
Verse 14
दण्डैश्च मुकुटं विद्धं मृष्टं भवति सर्वतः । किं तस्य बहुपक्षेण स्वयमेव महाप्रभुः
Quand la couronne est frappée et entaillée par des bâtons, elle en devient polie de toutes parts. À quoi bon tant d’arguments ? Le Grand Seigneur Lui-même est l’ultime autorité.
Verse 15
कल्याणरूपिणस्तस्य सेवयेह न किं भवेत् । किं न्यूनं तस्य देवस्य मामिच्छति सदाशिवः
En servant Celui dont la nature même est auspice, quel bien ne naîtrait pas ici ? Que pourrait-il manquer à ce Dieu pour que Sadāśiva me désire ?
Verse 16
सप्तजन्मदरिद्रः स्यात्सेवेन्नो यदि शंकरम् । तस्यैतत्सेवनाल्लोको लक्ष्मीः स्यादनपायिनी
Si un homme ne sert ni n’adore Śaṅkara, il demeure pauvre même durant sept naissances. Mais par ce service même, Lakṣmī—la prospérité—devient infaillible et ne quitte plus sa vie.
Verse 17
यदग्रे सिद्धयोष्टौ च नित्यं नृत्यंति तोषितुम् । अवाङ्मुखास्सदा तत्र तद्धितं दुर्ल्लभं कुतः
En Sa présence, même les huit Siddhi—les huit perfections—dansent sans cesse pour Le réjouir, demeurant toujours le visage baissé par révérence; comment le bien suprême qu’Il accorde pourrait-il être difficile à obtenir ?
Verse 18
यद्यस्य मंगालानीह सेवते शंकरस्य न । यथापि मंगलन्तस्य स्मरणादेव जायते
Même si quelqu’un ici ne pratique pas formellement les observances propices liées à Śaṅkara, l’auspice naît pourtant pour lui par le seul souvenir de ce Seigneur Auspicieux.
Verse 19
यस्य पूजाप्रभावेण कामास्सिद्ध्यन्ति सर्वशः । कुतो विकारस्तस्यास्ति निर्विकारस्य सर्वदा
Par la seule puissance de Son culte, tous les buts désirés s’accomplissent de toute manière. Comment donc un changement ou un défaut pourrait-il appartenir à Celui qui est éternellement immuable ?
Verse 20
शिवेति मंगलन्नाम मुखे यस्य निरन्तरम् । तस्यैव दर्शनादन्ये पवित्रास्संति सर्वदा
Celui dont les lèvres portent sans cesse le Nom auspicieux «Śiva»—à la seule vue d’un tel dévot, les autres aussi sont purifiés en tout temps.
Verse 21
यद्यपूतम्भवेद्भस्म चितायाश्च त्वयोदितम् । नित्यमस्यांगगं देवैश्शिरोभिर्द्धार्यते कथम्
Si, comme tu l’as dit, la cendre du bûcher funéraire (citā) est impure, comment se fait-il que les dieux portent sans cesse cette cendre sacrée sur leur corps — et surtout sur leur tête ?
Verse 22
यो देवो जगतां कर्ता भर्ता हर्ता गुणान्वितः । निर्गुणश्शिवसंज्ञश्च स विज्ञेयः कथम्भवेत्
Comment connaître en vérité cette Divinité — Celui qui crée, soutient et résorbe les mondes, associé aux guṇas et pourtant aussi nirguṇa, connu sous le nom de Śiva, le Suprêmement Auspicieux ?
Verse 23
अगुणं ब्रह्मणो रूपं शिवस्य परमात्मनः । तत्कथं हि विजानन्ति त्वादृशास्तद्बहिर्मुखाः
Śiva, le Soi suprême, a pour nature le Brahman sans qualités (nirguṇa), au-delà de tous les guṇa. Comment donc des gens comme toi, tournés vers l’extérieur et détournés de Cela, pourraient-ils Le connaître en vérité ?
Verse 24
दुराचाराश्च पापाश्च देवेभ्यस्ते विनिर्गताः । तत्त्वं ते नैव जानन्ति शिवस्यागुणरूपिणः
Ceux dont la conduite est mauvaise et la nature pécheresse, bien qu’issus des dieux, ne connaissent nullement la réalité véritable de Śiva, dont l’essence est nirguṇa, au-delà des guṇa.
Verse 25
शिवनिन्दां करोतीह तत्त्वमज्ञाय यः पुमान् । आजन्मसंचितं पुण्यं भस्मीभवति तस्य तत्
Ici-bas, quiconque, sans comprendre la réalité véritable de Śiva, se livre à Le blâmer, voit le mérite amassé depuis la naissance se réduire en cendres.
Verse 26
त्वया निंदा कृता यात्र हरस्यामित तेजसः । त्वत्पूजा च कृता यन्मे तस्मात्पापम्भजाम्यहम्
Parce que là tu as proféré un blâme contre Hara, dont l’éclat est sans mesure, et parce que tu m’as aussi offert un culte, c’est pourquoi je prends sur moi ce péché.
Verse 27
शिवविद्वेषिणं दृष्ट्वा सचेलं स्नानमाचरेत् । शिवविद्वेषिणं दृष्ट्वा प्रायश्चितं समाचरेत्
En voyant un ennemi de Śiva, qu’on accomplisse un bain de purification sans ôter ses vêtements ; et, en voyant un ennemi de Śiva, qu’on entreprenne aussi, selon le rite, un acte d’expiation (prāyaścitta).
Verse 28
रे रे दुष्ट त्वया चोक्तमहं जानामि शंकरम् । निश्चयेन न विज्ञातश्शिव एव सनातनः
«Hé, misérable ! Tu dis : “Je connais Śaṅkara.” Mais en vérité, tu n’as certainement pas connu Śiva l’Éternel — Lui seul est le Sanātana, le Seigneur sans commencement et toujours demeurant.»
Verse 29
यथा तथा भवेद्रुद्रो यथा वा बहुरूपवान् । ममाभीष्टतमो नित्यं निर्विकारी सतां प्रियः
Quel que soit Rudra — ainsi ou autrement, fût-ce en d’innombrables formes — Il demeure à jamais le plus cher à mon cœur. Il est immuable (nirvikārī) et éternellement aimé des vertueux et des sages.
Verse 30
विष्णुर्ब्रह्मापि न समस्तस्य क्वापि महात्मनः । कुतोऽन्ये निर्जराद्याश्च कालाधीनास्सदैवतम्
Même Viṣṇu et Brahmā ne sont nullement le Grand Soi suprême qui englobe tout. À plus forte raison les autres dieux—à commencer par les devas dits « immortels »—qui, avec toute leur divinité, demeurent à jamais soumis au Temps (Kāla).
Verse 31
इति बुध्या समालोक्य स्वया सत्या सुतत्त्वतः । शिवार्थं वनमागत्य करोमि विपुलं तपः
Ainsi, après avoir contemplé avec son propre discernement véridique et compris le réel tel qu’il est, elle vint dans la forêt pour atteindre Śiva et entreprit d’abondantes austérités (tapas).
Verse 32
स एव परमेशानस्सर्वेशो भक्तवत्सलः । संप्राप्तुम्मेऽभिलाषो हि दीनानुग्रहकारकम्
Lui seul est Parameśāna, le Seigneur suprême, le Maître de tous, plein de tendresse pour ses dévots. En vérité, mon désir est de L’atteindre, Lui qui accorde la grâce aux humbles et aux affligés.
Verse 33
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा गिरिजा सा हि गिरीश्वरसुता मुने । विरराम शिवं दध्यो निर्विकारेण चेतसा
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, Girijā, la fille du Seigneur des montagnes, ô sage, se tut et, l’esprit immuable et paisible, contempla Śiva.
Verse 34
तदाकर्ण्य वचो देव्या ब्रह्मचारी स वै द्विजः । पुनर्वचनमाख्यातुं यावदेव प्रचक्रमे
Entendant les paroles de la Déesse, ce brahmacārī—vraiment un « deux-fois-né »—se remit aussitôt à exposer sa réponse.
Verse 35
उवाच गिरिजा तावत्स्वसखीं विजयां द्रुतम् । शिव सक्तमनोवृत्तिश्शिवनिंदापराङ्मुखी
Alors Girijā parla promptement à sa propre amie Vijayā — son esprit entièrement absorbé par Śiva, et détourné de tout dénigrement envers Śiva.
Verse 36
गिरिजोवाच । वारणीयः प्रयत्नेन सख्ययं हि द्विजाधमः । पुनर्वक्तुमनाश्चैव शिवनिंदां करिष्यति
Girijā dit : « Ce vil brâhmane doit être contenu avec effort, car il est enclin à la querelle. Et de nouveau, avec l'intention de parler davantage, il commettra une calomnie envers Śiva. »
Verse 37
न केवलम्भवेत्पापं निन्दां कर्तुश्शिवस्य हि । यो वै शृणोति तन्निन्दां पापभाक् स भवेदिह
Le péché n’appartient pas seulement à celui qui outrage le Seigneur Śiva. Quiconque écoute cette blasphème devient, ici même en cette vie, co-partageur de ce péché.
Verse 38
शिवनिन्दाकरो वध्यस्सर्वथा शिवकिंकरैः । ब्राह्मणश्चेत्स वै त्याज्यो गन्तव्यं तत्स्थलाद्द्रुतम्
Celui qui outrage Śiva mérite d’être châtié de toutes manières par les serviteurs de Śiva. Fût-il brāhmane, il doit être abandonné, et l’on doit quitter ce lieu sans tarder.
Verse 39
अयं दुष्टः पुनर्निन्दां करिष्यति शिवस्य हि । ब्राह्मणत्वादवध्यश्चैत्त्याज्योऽदृश्यश्च सर्वथा
«Cet homme pervers outragera de nouveau le Seigneur Śiva. Pourtant, parce qu’il est brāhmane, il ne doit pas être mis à mort ; qu’on l’abandonne donc et qu’on le tienne hors de vue, écarté de toute manière.»
Verse 40
हित्वैतत्स्थलमद्येव यास्यामोऽन्यत्र मा चिरम् । यथा संभाषणं न स्यादनेनाऽविदुषा पुनः
«Quittons ce lieu dès aujourd’hui et allons ailleurs sans tarder, afin de ne plus avoir à parler de nouveau avec cet ignorant.»
Verse 41
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा चोमया यावत्पादमुत्क्षिप्यते मुने । असौ तावच्छिवस्साक्षादालंबे प्रियया स्वयम्
Brahmā dit : «Ô sage, tandis qu’Umā venait de parler ainsi et s’apprêtait à lever le pied, à cet instant même le Seigneur Śiva en personne—manifesté directement—devint de son plein gré le soutien de sa bien-aimée.»
Verse 42
कृत्वा स्वरूपं सुभगं शिवाध्यानं यथा तथा । दर्शयित्वा शिवायै तामुवाचावाङ्मुखीं शिवः
Revêtant une forme très auspicieuse et belle, telle qu’il sied à la méditation sur Śiva, le Seigneur Śiva la révéla à Śivā (Pārvatī). Puis Śiva lui parla, tandis qu’elle se tenait le visage baissé, dans une pudeur révérencieuse.
Verse 43
शिव उवाच । कुत्र यास्यसि मां हित्वा न त्वं त्याज्या मया पुनः । प्रसन्नोऽस्मि वरं ब्रूहि नादेयम्विद्यते तव
Śiva dit : «Où iras-tu en Me laissant ? Je ne dois plus jamais t’abandonner. Je suis comblé : dis le vœu que tu désires ; pour toi, il n’est rien que Je ne puisse accorder.»
Verse 44
अद्यप्रभृति ते दासस्तपोभिः क्रीत एव ते । क्रीतोऽस्मि तवसौन्दर्यात्क्षणमेकं युगाय ते
«Dès ce jour, je suis ton serviteur—comme si mes propres austérités m’avaient acheté pour toi. Enivré par ta beauté, je suis comme acquis par toi ; pour moi, un seul instant auprès de toi devient tel un yuga tout entier.»
Verse 45
त्यज्यतां च त्वया लज्जा मम पत्नी सनातनी । गिरिजे त्वं हि सद्बुध्या विचारय महेश्वरि
Ô Girijā, renonce à cette pudeur. Tu es Mon épouse éternelle. Ô Maheśvarī, avec ton noble discernement, considère cela avec justesse.
Verse 46
मया परीक्षितासि त्वं बहुधा दृढमानसे । तत्क्षमस्वापराधम्मे लोकलीलानुसारिणः
Ô toi au cœur ferme, je t’ai éprouvée de bien des manières. Pardonne donc mon tort, car j’ai agi selon la līlā, le jeu du Seigneur dans le monde.
Verse 47
न त्वादृशीम्प्रणयिनीं पश्यामि च त्रिलोकके । सर्वथाहं तवाधीनस्स्वकामः पूर्य्यतां शिवे
Je ne vois pas, dans les trois mondes, une bien-aimée telle que toi. De toutes les manières, je suis sous ton empire ; c'est pourquoi, ô auspicieuse (Shive), que mon propre désir soit accompli.
Verse 48
एहि प्रिये मत्सकाशं पत्नी त्वं मे वरस्तव । त्वया साकं द्रुतं यास्ये स्वगृहम्पर्वत्तोत्तमम्
Viens, bien-aimée, près de Moi. Tu es Mon épouse, et ton vœu a été exaucé. Avec toi, J'irai promptement vers Notre splendide demeure — la plus excellente des montagnes.
Verse 49
ब्रह्मोवाच । इत्युक्ते देवदेवेन पार्वती मुदमाप सा । तपोजातं तु यत्कष्टं तज्जहौ च पुरातनम्
Brahmā dit : Quand le Seigneur des seigneurs eut ainsi parlé, Pārvatī fut remplie de joie. Et l'ancienne épreuve née de ses austérités, elle s'en dépouilla alors.
Verse 50
सर्वः श्रमो विनष्टोभूत्स त्यास्तु मुनिसत्तम । फले जाते श्रमः पूर्वो जन्तोर्नाशमवाप्नुयात्
Ô le meilleur des sages, il est vrai : lorsque le fruit est obtenu, toute peine antérieure semble s’évanouir. Pour un être, dès que le résultat se manifeste, la fatigue d’autrefois s’efface et ne se ressent plus.
A disguised/oddly appearing figure is perceived (implied as a veṣadhārī Maheśvara), prompting Pārvatī to declare she recognizes Śiva’s identity and cannot be deceived by contradictory or sophistical speech.
The episode functions as a test of discernment (viveka): the supreme can assume forms through līlā, but doctrinally remains beyond birth, age, and limitation; true recognition is grounded in tattva-jñāna rather than surface appearance.
Śiva is presented as Parabrahman/Sadāśiva (nirguṇa) who can appear saguṇa and even in a brahmacārin-like guise; he is also framed as lord of śakti who grants a durable triad of śaktis to devoted worshippers.