Adhyaya 21
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 2141 Verses

कामदाहोत्तरवृत्तान्तः / Aftermath of Kāma’s Burning (Pārvatī’s Fear and Himavān’s Consolation)

Cet adhyāya est transmis sous forme de questions–réponses entre Nārada et Brahmā. Nārada demande ce qui advint après que Smara (Kāma) eut été réduit en cendres par le feu du troisième œil de Śiva et qu’il fut entré dans l’océan, et ce que fit ensuite Pārvatī—où elle alla avec ses compagnes et comment la situation se déroula. Brahmā raconte qu’au moment même de l’incinération de Kāma, un son immense et prodigieux emplit le ciel, signe cosmique immédiat de l’action ardente et surhumaine de Śiva. En voyant l’événement et en entendant ce fracas, Pārvatī est saisie de peur et troublée; accompagnée de ses sakhī, elle retourne promptement chez elle. Le même son étonne Himavān, roi des montagnes, qui, se souvenant de sa fille, s’alarme et part à sa recherche. Voyant Pārvatī accablée, pleurant de la séparation —ou du sentiment d’éloignement— d’avec Śambhu (Śiva), Himavān la console, essuie ses larmes, l’exhorte à ne pas craindre, la prend sur ses genoux et la conduit au palais en apaisant son agitation. Le mouvement général du chapitre poursuit les conséquences de l’après-Kāmadahana : retentissement émotionnel, médiation familiale et stabilisation de la résolution de Pārvatī dans le cadre du dharma, orientée vers l’union finale.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । विधे तात महाप्राज्ञ विष्णुशिष्य त्रिलोककृत् । अद्भुतेयं कथा प्रोक्ता शंकरस्य महात्मनः

Nārada dit : « Ô Vidhātr (Brahmā), père vénérable—ô très sage, disciple de Viṣṇu, créateur des trois mondes—ce récit merveilleux du magnanime Śaṅkara a été exposé. »

Verse 2

भस्मीभूते स्मरे शंभुतृतीयनयनाग्निना । तस्मिन्प्रविष्टे जलधौ वद त्वं किमभूत्ततः

Lorsque Kāma fut réduit en cendres par le feu du troisième œil de Śambhu, puis entra dans l’océan, dis-moi : que se passa-t-il ensuite ?

Verse 3

किं चकार ततो देवी पार्वती कुधरात्मजः । गता कुत्र सखीभ्यां सा तद्वदाद्य दयानिधे

Alors, que fit la Déesse Pārvatī, fille de la Montagne ? Où alla-t-elle avec ses compagnes ? Ô océan de compassion, dis-le-nous aujourd’hui.

Verse 4

ब्रह्मोवाच । शृणु तात महाप्राज्ञ चरितं शशिमौलिनः । महोतिकारकस्यैव स्वामिनो मम चादरात्

Brahmā dit : «Écoute, mon enfant bien-aimé—ô toi de grande sagesse—le récit sacré du Seigneur au croissant de lune (Śiva). Par révérence envers ce grand bienfaiteur—qui est aussi mon propre Maître—je le raconte avec dévotion.»

Verse 5

यदाहच्छंभुनेत्रोद्भवो हि मदनं शुचिः । महाशब्दोऽद्भुतोऽभूद्वै येनाकाशः प्रपूरितः

Lorsque le feu pur né de l’œil de Śambhu (Śiva) frappa Madana (Kāma), un son merveilleux et puissant s’éleva, si vaste qu’il emplit tout le ciel.

Verse 6

तेन शब्देन महता कामं दग्धं समीक्ष्य च । सखीभ्यां सह भीता सा ययौ स्वगृहमाकुला

Saisie d’effroi par ce grand fracas, elle vit Kāma réduit en cendres ; puis, prise de peur, elle s’en alla avec ses deux compagnes, regagnant sa demeure, l’esprit bouleversé.

Verse 7

तेन शब्देन हिमवान्परिवारसमन्वितः । विस्मितोऽभूदतिक्लिष्टस्सुतां स्मृत्वा गतां ततः

En entendant ce son, Himavān—entouré de ses gens—fut saisi d’étonnement ; puis, se souvenant de sa fille partie, il fut accablé d’une profonde détresse.

Verse 8

जगाम शोकं शैलेशो सुतां दृष्ट्वातिविह्वलाम् । रुदतीं शंभुविरहादाससादाचलेश्वरः

Voyant sa fille entièrement bouleversée, pleurant de la séparation d’avec Śambhu, le Seigneur des montagnes (Himālaya) fut saisi de chagrin et, le cœur oppressé, s’approcha d’elle.

Verse 9

आसाद्य पाणिना तस्या मार्जयन्नयनद्वयम् । मा बिभीहि शिवेऽरोदीरित्युक्त्वा तां तदाग्रहीत्

S’étant approché, il essuya doucement de sa main ses deux yeux et dit : « Ne crains pas, ô Śivā ; ne pleure pas. » Après ces paroles, il la prit dans ses bras.

Verse 10

क्रोडे कृत्वा सुतां शीघ्रं हिम वानचलेश्वरः । स्वमालयमथानिन्ये सांत्वयन्नतिविह्वलाम्

Aussitôt Himavān, seigneur de la montagne, plaça sa fille sur ses genoux ; puis, la consolant dans son grand trouble, il la mena à son propre palais.

Verse 11

अंतर्हिते स्मरं दग्ध्वा हरे तद्विरहाच्छिवा । विकलाभूद् भृशं सा वै लेभे शर्म न कुत्रचित्

Après que Hari (Viṣṇu) eut disparu—ayant brûlé Kāma—Śivā (Pārvatī), tourmentée par la séparation d’avec lui, devint profondément égarée, et nulle part elle ne trouva la paix.

Verse 12

पितुर्गृहं तदा गत्वा मिलित्वा मातरं शिवा । पुनर्जातं तदा मेने स्वात्मानं सा धरात्मजा

Alors Śivā (Pārvatī) se rendit à la demeure de son père et rencontra sa mère. La fille de la Terre se sentit comme si elle-même venait de renaître.

Verse 13

निनिंद च स्वरूपं सा हा हतास्मीत्यथाब्रवीत् । सखीभिर्बोधिता चापि न बुबोध गिरीन्द्रजा

Elle se mit à blâmer sa propre apparence et s’écria : «Hélas, je suis perdue !» Bien que ses compagnes la consolassent et l’instruisissent, la fille du Seigneur des Montagnes ne retrouva pas la clarté d’esprit.

Verse 14

स्वपती च पिबंती च सा स्नाती गच्छती शिवा । तिष्ठंती च सखीमध्ये न किंचित्सुखमाप ह

Qu’elle dormît ou qu’elle bût, qu’elle se baignât ou qu’elle marchât, et même debout au milieu de ses compagnes, la déesse de bon augure (Pārvatī) ne trouvait pas la moindre joie : son esprit demeurait fixé sur Śiva seul.

Verse 15

धिक्स्वरूपं मदीयं च तथा जन्म च कर्म च । इति ब्रुवंती सततं स्मरंती हरचेष्टितम्

«Honte à ma propre forme, ainsi qu’à ma naissance et à mes actes !»—parlant ainsi sans cesse, elle se souvenait continuellement des actions et de l’intention de Hara (Śiva).

Verse 16

एवं सा पार्वती शंभुविरहोत्क्लिष्टमानसा । सुखं न लेभे किंचिद्राऽब्रवीच्छिवशिवेति च

Ainsi Pārvatī, l’esprit tourmenté par la séparation d’avec Śambhu (Śiva), ne trouva aucune joie; et sans cesse elle murmurait : «Śiva, Śiva».

Verse 17

निवसंती पितुर्ग्गेहे पिनाकिगतचेतना । शुशोचाथ शिवा तात मुमोह च मुहुर्मुहुः

Tandis qu’elle demeurait dans la maison de son père, l’esprit de Śivā restait tout entier absorbé par le Porteur du Pināka, le Seigneur Śiva. Elle se lamentait profondément, ô cher, et, de nouveau et de nouveau, elle défaillait dans la confusion.

Verse 18

शैलाधिराजोप्यथ मेनकापि मैनाकमुख्यास्तनयाश्च सर्वे । तां सांत्वयामासुरदीनसत्त्वा हरं विसस्मार तथापि नो सा

Alors le Seigneur des Montagnes (Himālaya) et Menakā, avec tous leurs fils — Maināka et les autres —, s’efforcèrent de la consoler d’un cœur constant. Pourtant, malgré cela, elle n’oublia nullement Hara (Śiva).

Verse 19

अथ देवमुने धीमन्हिमव त्प्रस्तरे तदा । नियोजितो बलभिदागमस्त्वं कामचारतः

Alors, ô muni divin, ô sage—en ce temps-là, sur les pentes de l’Himavān, Balabhid (Indra) te chargea de t’y rendre, allant librement selon ton propre vouloir.

Verse 20

ततस्त्वं पूजितस्तेन भूधरेण महात्मना । कुशलं पृष्टवांस्तं वै तदाविष्टो वरासने

Ensuite, cette Montagne à la grande âme te rendit un culte comme il se doit. Toi, assis sur un siège excellent, dans une paix d’inspiration divine, tu lui demandas vraiment de ses nouvelles et de son bien-être.

Verse 21

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे नारदोपदेशो नामैकविंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa — dans la seconde division, la Rudra Saṃhitā, et dans sa troisième section, le Pārvatīkhaṇḍa — s’achève le vingt-et-unième chapitre, intitulé « L’Instruction de Nārada ».

Verse 22

श्रुत्वावोचो मुने त्वं तु तं शैलेशं शिवं भज । तमामंत्र्योदतिष्ठस्त्वं संस्मृत्य मनसा शिवम्

Ayant entendu ces paroles, ô sage, tu dis alors : « Vénère Śiva, le Seigneur de la montagne. » Puis, après avoir pris congé de lui, tu te relevas, te souvenant de Śiva au-dedans de ton esprit.

Verse 23

तं समुत्सृज्य रहसि कालीं तामगमंस्त्वरा । लोकोपकारको ज्ञानी त्वं मुने शिववल्लभः

L’ayant laissé en secret, tu te rendis en hâte auprès de cette Kālī. Ô sage, tu es savant et voué au bien du monde ; tu es en vérité l’aimé de Śiva.

Verse 24

आसाद्य कालीं संबोध्य तद्धिते स्थित आदरात् । अवोचस्त्वं वचस्तथ्यं सर्वेषां ज्ञानिनां वरः

T’étant approché de Kālī et l’ayant interpellée avec respect, demeurant soucieux de son bien, tu prononças des paroles vraies et salutaires — ô le meilleur de tous les sages.

Verse 25

नारद उवाच । शृणु कालि वचो मे हि सत्यं वच्मि दयारतः । सर्वथा ते हितकरं निर्विकारं सुकामदम्

Nārada dit : «Ô Kālī, écoute mes paroles. Par compassion, je dis la vérité. En tout, elles sont pour ton bien — sans souillure ni défaut, et capables d’accorder l’accomplissement des désirs nobles.»

Verse 26

सेवितश्च महादेवस्त्वयेह तपसा विना । गर्ववत्या यदध्वंसीद्दीनानुग्रहकारकः

Ici même, tu as véritablement adoré Mahādeva sans même pratiquer d’austérités ; car Lui—le compatissant dispensateur de grâce aux affligés—brisa l’orgueil de l’arrogante.

Verse 27

विरक्तश्च स ते स्वामी महायोगी महेश्वरः । विसृष्टवान्स्मरं दग्ध्वा त्वां शिवे भक्तवत्सलः

Ô Śivā, ton Seigneur—Maheśvara, le grand Yogin—est véritablement détaché. Après avoir réduit Kāma, le dieu du désir, en cendres, il t’a affranchie de la contrainte de la passion, car il est plein de tendresse et de compassion pour ses dévots.

Verse 28

तस्मात्त्वं सुतपोयुक्ता चिरमाराधयेश्वरम् । तपसा संस्कृतां रुद्रस्स द्वितीयां करिष्यति

Ainsi donc, pourvue d’une austérité noble, adore le Seigneur longtemps. Quand, purifiée et accomplie par le tapas, Rudra fera de toi sa seconde épouse légitime.

Verse 29

त्वं चापि शंकरं शम्भुं न त्यक्ष्यसि कदाचन । नान्यं पतिं हठाद्देवि ग्रहीष्यसि शिवादृते

Toi non plus, tu n’abandonneras jamais Śaṅkara, Śambhu, en aucun temps. Ô Déesse, hormis Śiva, tu n’accepteras nul autre époux, quand bien même on t’y contraindrait par la force.

Verse 30

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्यवचस्ते हि मुने सा भूधरात्मजा । किंचिदुच्छ्वसिता काली प्राह त्वां सांजलिर्मुदा

Brahmā dit : «Ô sage, ayant ainsi entendu tes paroles, la fille de la Montagne—Kālī—respira un peu plus librement, puis, les mains jointes, elle s’adressa à toi avec joie.»

Verse 31

शिवोवाच । त्वं तु सर्वज्ञ जगतामुपकारकर प्रभो । रुद्रस्याराधनार्थाय मंत्रं देहि मुने हि मे

Śiva dit : «Tu es omniscient, ô Seigneur, et bienfaiteur des mondes. Aussi, ô sage, accorde-moi un mantra afin d’adorer Rudra».

Verse 32

न सिद्यति क्रिया कापि सर्वेषां सद्गुरुं विना । मया श्रुता पुरा सत्यं श्रुतिरेषा सनातनी

Sans le véritable Sadguru, aucune pratique spirituelle ne réussit pour quiconque. Cette vérité, je l’ai entendue jadis ; c’est un enseignement éternel de la Śruti, la sagesse révélée.

Verse 33

ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्याः पार्वत्या मुनिसत्तमः । पंचाक्षरं शम्भुमन्त्रं विधिपूर्वमुपादिशः

Brahmā dit : «Ayant ainsi entendu les paroles de Pārvatī, le meilleur des sages l’instruisit—selon le rite prescrit—du mantra de Śambhu aux cinq syllabes».

Verse 34

अवोचश्च वचस्तां त्वं श्रद्धामुत्पादयन्मुने । प्रभावं मन्त्रराजस्य तस्य सर्वाधिकं मुने

Ô sage, tu prononças ces paroles de manière à éveiller la foi. Puis tu proclamais—ô muni—la grandeur suprême, sans égale, de ce Roi des Mantras.

Verse 35

नारद उवाच । शृणु देवि मनोरस्य प्रभावं परमाद्भुतम् । यस्य श्रवणमात्रेण शंकरस्तु प्रसीदति

Nārada dit : « Ô Déesse, écoute la puissance suprêmement merveilleuse de Manora ; à la seule audition de cela, Śaṅkara (le Seigneur Śiva) s’apaise, se réjouit et accorde sa grâce. »

Verse 36

मंत्रोयं सर्वमंत्राणामधिराजश्च कामदः । भुक्तिमुक्तिप्रदोऽत्यंतं शंकरस्य महाप्रियः

Ce mantra est le souverain de tous les mantras et l’accomplisseur des désirs. Il accorde pleinement la jouissance du monde et la libération ultime, et il est infiniment cher à Śaṅkara (le Seigneur Śiva).

Verse 37

सुभगे येन जप्तेन विधिना सोऽचिराद् द्रुतम् । आराधितस्ते प्रत्यक्षो भविष्यति शिवो ध्रुवम्

Ô toi l’auspicieuse, par le japa accompli selon la règle prescrite qui L’invoque, Śiva sera assurément satisfait; et très bientôt, promptement, le Seigneur se manifestera à toi en personne—cela est certain.

Verse 38

चिंतयती च तद्रूपं नियमस्था शराक्षरम् । जप मन्त्रं शिवे त्वं हि संतुष्यति शिवो द्रुतम्

Établie dans la discipline des observances, médite sur Sa propre forme et récite le mantra aux six syllabes. Ô Devī, par ce seul japa, Śiva se satisfait promptement.

Verse 39

एवं कुरु तप साध्वि तपस्साध्यो महेश्वरः । तपस्येव फलं सर्वैः प्राप्यते नान्यथा क्वचित्

Ainsi donc, fais cela, ô vertueuse : entreprends le tapas, l’austérité sacrée. Mahēśvara s’atteint par le tapas. En vérité, le fruit est obtenu par tous uniquement grâce au tapas ; jamais, en aucun temps, il ne s’acquiert autrement.

Verse 40

ब्रह्मोवाच । एवमुक्त्वा तदा कालीं नारद त्वं शिवप्रियः । यादृच्छिकोऽगमस्त्वं तु स्वर्गं देवहिते रतः

Brahmā dit : «Après avoir ainsi parlé à Kālī en ce temps-là, toi—ô Nārada, bien-aimé de Śiva—tu vins ici par hasard ; et toi, voué au bien des dieux, tu poursuivis ensuite vers le ciel.»

Verse 41

पार्वती च तदा श्रुत्वा वचनं तव नारद । सुप्रसन्ना तदा प्राप पंचाक्षरमनूत्तमम्

Ô Nārada, alors Pārvatī, ayant entendu tes paroles, fut comblée de joie ; puis elle reçut l’incomparable mantra aux cinq syllabes — la Pañcākṣarī — l’essence même de la dévotion au Seigneur Śiva.

Frequently Asked Questions

The immediate aftermath of Kāmadahana—Kāma being burned to ashes by the fire from Śiva’s third eye—and the resulting cosmic sign (a great sound filling the sky).

It functions as a Purāṇic marker of a reality-shifting act: Śiva’s jñāna-agni (fire of higher awareness) subduing desire, with the cosmos audibly registering the transformation.

Śiva appears as the ascetic Lord whose third eye purifies; Pārvatī as the emotionally affected yet destined śakti; Himavān as the dharmic guardian mediating fear and restoring composure.