
Cet adhyāya est un schéma liturgique technique, transmis comme enseignement d’Īśvara, portant sur la construction du sannyāsa-maṇḍala (diagramme consacré lié à l’initiation renonçante et au mantra-yoga). Il s’ouvre sur le choix du lieu et la préparation du sol : la terre est examinée selon des qualités sensibles (odeur, couleur, goût, etc.), puis nivelée et enduite jusqu’à devenir lisse comme un miroir. Un carré précis est tracé selon la mesure standard de deux aratnis, et le tālapatra (feuille de palmier) sert d’aide à la mesure et au plan pour des divisions proportionnelles, dont une segmentation en 13 parts. Le pratiquant adopte une orientation déterminée (face à l’ouest) et dispose des fils colorés et durables aux quatre directions, en fixant le nombre élevé de 169 fils comme contrainte rituelle et architecturale. Le maṇḍala est décrit avec des compartiments (koṣṭha) : une karṇikā centrale (péricarde), un ensemble extérieur de huit (koṣṭhāṣṭaka) et une structure à huit pétales (dalāṣṭaka). Le symbolisme des couleurs est prescrit—pétales blancs, karṇikā jaune, bord circulaire rouge—puis une coloration graduée des jointures des pétales en rouge et noir. Enfin, la karṇikā reçoit un yantra qui « illumine le sens du praṇava », et les placements associés (pīṭha en bas, Śrīkaṇṭha en haut) manifestent une théologie verticale inscrite dans le diagramme.
Verse 1
ईश्वर उवाच । परीक्ष्य विधिवद्भूमिं गंधवर्णरसादिभिः । मनोभिलषिते तत्र वितानवितताम्बरे
Le Seigneur (Īśvara) dit : «Après avoir examiné le sol selon la règle—par son parfum, sa couleur, sa saveur et d’autres signes—qu’on choisisse un lieu agréable à l’esprit; là, sous un dais déployé au-dessus, que le rite soit accompli.»
Verse 2
सुप्रलिप्ते महीपृष्ठे दर्पणोदरसन्निभे । अरत्नियुग्ममानेन चतुरस्रं प्रकल्पयेत्
Sur le sol bien enduit et rendu lisse—brillant comme la face intérieure d’un miroir—qu’on dispose un carré, mesurant deux aratnis (deux avant-bras) de chaque côté.
Verse 3
तालपत्रं समादाय तत्समायामविस्तरम् । तस्मिन्भागान्प्रकुर्वीत त्रयोदशसमां कलाम्
Prenant une feuille de palmier et la gardant d’une mesure égale, sans l’élargir, qu’on y trace des divisions, constituant une unité de mesure en treize parts égales.
Verse 4
तत्पत्रं तत्र निक्षिप्य पश्चिमाभिमुखः स्थितः । तत्पूर्वभागे सुदृढं सूत्रमादाय रंजितम्
Ayant déposé cette feuille en ce lieu, il demeura debout, tourné vers l’ouest. Puis, sur son côté oriental, il prit un fil solide—déjà teint (consacré)—et le tint prêt pour le rite.
Verse 5
इति श्रीशिवमहापुराणे षष्ठ्यां कैलाससंहितायां संन्यासमण्डलविधिवर्णनं नाम पंचमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sixième Livre, la Kailāsa‑saṃhitā, s’achève le cinquième chapitre, intitulé : « Description de la procédure du maṇḍala rituel du renonçant (saṃnyāsin) ».
Verse 6
कोष्ठानि स्युस्ततस्तस्य मध्यकोष्ठं तु कर्णिका । कोष्ठाष्टकं बहिस्तस्य दलाष्टकमिहोच्यते
Ensuite viennent ses compartiments ; le compartiment central est la karṇikā, le cœur du lotus. À l’extérieur se trouvent huit compartiments : il est déclaré ici qu’ils sont les huit pétales.
Verse 7
दलानि श्वेतवर्णानि दलाष्टकमिहोच्यते । दलानि श्वेतवर्णात्रि समग्राणि प्रकल्पयेत् । पीतरूपां कर्णिकां च कृत्वा रक्तं च वृत्तकम्
Ici, l’on doit tracer un lotus à huit pétales, aux pétales blancs. Que tous les pétales soient d’un blanc uniforme ; puis, ayant fait jaune la karṇikā (le centre), qu’on dessine aussi un anneau circulaire rouge.
Verse 8
वनभिद्दलदक्षं तु समारभ्य सुरेश्वरि । रक्तकृष्णाः क्रमेणैव दलसन्धीन्विचित्रयेत्
Ô Déesse, en commençant par le pétale du côté sud, selon l’ordre prescrit, orne les jonctions entre les pétales de couleurs rouge et noire.
Verse 9
कर्णिकायां लिखेद्यंत्रं प्रणवार्थप्रकाशकम् । अधः पीठं समालिख्य श्रीकण्ठं च तदूर्ध्वतः
Dans le péricarpe central, qu’on inscrive le yantra qui éclaire le sens du Praṇava (Oṁ). Au-dessous, qu’on trace avec soin le pīṭha; et au-dessus, qu’on figure Śrīkaṇṭha, le Seigneur Śiva à la gorge de bon augure.
Verse 10
तदुपर्य्यमरेशं च महाकालं च मध्यतः । तन्मस्तकस्थं दण्डं च तत ईश्वरमालिखेत्
Au-dessus de cela, qu’on représente Amareśa, Seigneur des Immortels, et qu’au centre l’on place Mahākāla. Sur sa tête, qu’on trace le bâton (daṇḍa) ; puis qu’on figure Īśvara (Śiva) selon l’ordonnance rituelle.
Verse 11
श्यामेन पीठं पीतेन श्रीकण्ठं च विचित्रयेत् । अमरेशं महाकालं रक्तं कृष्णं च तौ क्रमात्
Qu’on peigne le piédestal (pīṭha) en bleu sombre et qu’on représente Śrīkaṇṭha en jaune. Puis, selon l’ordre prescrit, qu’Amareśa soit montré en rouge et Mahākāla en noir.
Verse 12
कुर्यात्सुधूम्रं दण्डं च धवलं चेश्वरं बुधः । एवं यंत्रं समालिख्य रक्तं सद्येन वेष्टयेत्
Le pratiquant avisé doit façonner le bâton (daṇḍa) d’une subtile teinte gris-fumée et représenter le Seigneur (Īśvara) en blanc. Ayant ainsi tracé avec soin ce yantra sacré, qu’il l’enveloppe aussitôt d’un tissu rouge.
Verse 13
तदुत्थेनैव नादेन विद्यादीशानमीश्वरि । तद्वासपंक्तीर्गृह्णीयादाग्नेयादिक्रमेण वै
Ô Déesse, par ce son même (nāda) qui s’élève, qu’on reconnaisse Īśāna, le Seigneur. Puis, selon l’ordre, en commençant par la direction Agneya (sud-est), qu’on recueille les rangées de Ses demeures/placements.
Verse 14
कोष्ठानि कोणभागेषु चत्वार्येतानि सुन्दरि । शुक्लेनापूर्य्य वर्णादि चतुष्कं रक्तधातुभिः
Ô belle, dans les sections d’angle se trouvent ces quatre compartiments. Remplis-les d’une substance blanche et prépare l’ensemble quadruple, en commençant par les couleurs, au moyen de pigments minéraux rouges.
Verse 15
आपूर्य्य तानि चत्वारि द्वाराणि परिकल्पयेत् । ततस्तत्पार्श्वयोर्द्वंद्वं पीतेनैव प्रपूरयेत्
Après l’avoir entièrement rempli, on doit disposer ces quatre portes. Puis, de part et d’autre de chacune, on remplira complètement les espaces jumelés de jaune, conformément à la règle.
Verse 16
आग्नेयकोष्ठमध्ये तु पीताभे चतुरस्रके । अष्टपत्रं लिखेत्पद्मं रक्ताभं पीतकर्णिकम्
Dans le compartiment Agneya (sud‑est), au sein d’un carré teinté de jaune, on tracera un lotus à huit pétales, d’une nuance rougeâtre, avec un cœur (karṇikā) jaune.
Verse 17
हकारं विलिखेन्मध्ये विन्दुयुक्तं समाहितः । पद्मस्य नैरृते कोष्ठे चतुरस्रन्तदा लिखेत्
L’esprit stable et recueilli, qu’on inscrive au centre la syllabe « ha », unie au bindu. Puis, dans le compartiment sud‑ouest du diagramme de lotus, qu’on trace alors un carré.
Verse 18
पद्ममष्टदलं रक्तं पीतकिंजल्ककर्णिकम् । शवर्गस्य तृतीयन्तु षष्ठस्वरसमन्वितम्
«(Visualise) un lotus rouge à huit pétales, au péricarpe et au cœur central jaunes ; et (place/médite) la troisième lettre du groupe Śa‑varga, jointe à la sixième voyelle.»
Verse 19
चतुर्दशस्वरोपेतं बिन्दुनादविभूषितम् । एतद्बीजवरं भद्रे पद्ममध्ये समालिखेत्
Pourvu des quatorze voyelles et paré du bindu et du nāda, ce mantra‑graine excellent—ô bienheureuse—doit être inscrit au centre du lotus (du diagramme).
Verse 20
पद्मस्येशानकोष्ठे तु तथा पद्मं समालिखेत् । कवर्गस्य तृतीयं तु पंचमस्वरसंयुतम्
Dans le compartiment d’Īśāna du lotus, qu’on trace de même le signe du lotus. Et là, qu’on place la troisième lettre du groupe « ka », jointe à la cinquième voyelle, établissant ainsi la syllabe du mantra en son siège légitime.
Verse 21
विलिखेन्मध्यतस्तस्य बिन्दुकण्ठे स्वलंकृतम् । तद्बाह्यपंक्तित्रितये पूर्वादिपरितः क्रमात्
Qu’on l’inscrive au tout centre, en ornant la « gorge au bindu » (le point central marqué). Puis, sur les trois rangées extérieures, qu’on les dispose tout autour selon la succession, en commençant par l’est et en poursuivant dans l’ordre.
Verse 22
कोष्ठानि पंच गृह्रीयाद्गिरिराजसुते शिवे । मध्ये तु कर्णिकां कुर्यात्पीतां रक्तं च वृत्तकम्
Ô Śivā, fille du roi des montagnes, qu’on forme cinq compartiments (pétales/sections). Et au milieu, qu’on fasse la karnikā, le siège central, en forme de cercle, marqué de jaune et de rouge.
Verse 23
दलानि रक्तवर्णानि कल्पयेत्कल्पवित्तमः । दलबाह्ये तु कृष्णेन रंध्राणि परिपूरयेत्
L’adepte, expert en la visualisation sacrée, doit disposer les pétales de couleur rouge ; et, à l’extérieur des pétales, il doit remplir les ouvertures de noir, achevant la forme selon l’ordre convenable.
Verse 24
आग्नेयादीनि चत्वारि शुक्लेनैव प्रपूरयेत् । पूर्वे षड्बिन्दुसहितं षट्कोणं कृष्णमालिखेत्
Qu’on remplisse de blanc les quatre directions en commençant par le sud-est. Dans la partie orientale, qu’on dessine en noir un hexagone avec six bindus (six points).
Verse 25
रक्तवर्णं दक्षिणतस्त्रिकोणं चोत्तरे ततः । श्वेताभमर्द्धचन्द्रं च पीतवर्णं च पश्चिमे
Au sud, qu’on contemple la forme de couleur rouge; puis, au nord, un triangle. Qu’on médite aussi sur le demi-croissant d’une blancheur lumineuse, et qu’à l’ouest soit placée la forme de couleur jaune—ainsi les signes sacrés sont disposés selon leurs directions justes.
Verse 26
चतुरस्रं क्रमात्तेषु लिखेद्बीजचतुष्टयम् । पूर्वे बिन्दुं समालिख्य शुभ्रं कृष्णं तु दक्षिणे
Ensuite, à l’intérieur de ces divisions, selon l’ordre prescrit, qu’on trace un carré et qu’on y inscrive l’ensemble des quatre syllabes-semences (bīja). À l’est, qu’on dessine le bindu (le point) ; et au sud, qu’on place les marques blanche et noire.
Verse 27
उकारमुत्तरे रक्तं मकारं पश्चिमे ततः । अकारं पीतमेवं तु कृत्वा वर्णचतुष्टयम्
Place la syllabe « u » au nord, de couleur rouge; puis place la syllabe « ma » à l’ouest; et place la syllabe « a » de couleur jaune. Ainsi doit-on disposer l’ensemble des quatre syllabes sacrées.
Verse 28
सर्वोर्द्ध्वपंक्त्यधः पंक्तौ समारभ्य च सुन्दरि । पीतं श्वेतं च रक्तं च कृष्णं चेति चतुष्टयम्
Ô belle, en commençant par la rangée située sous la rangée la plus haute, se trouve un quaternaire : jaune, blanc, rouge et noir.
Verse 29
तदधो धवलं श्यामं पीतं रक्तं चतुष्टयम् । अधस्त्रिकोणके रक्तं शुक्लं पीतं वरानने
Au-dessous se trouvent quatre teintes : blanc, bleu sombre/noir, jaune et rouge. Et dans la section triangulaire inférieure, ô toi au visage gracieux, (les couleurs sont) rouge, blanc et jaune.
Verse 30
एवन्दक्षिणमारभ्य कुर्यात्सोमान्तमीश्वरि । तद्बाह्यपंक्तौ पूर्वादिमध्यमान्तं विचित्रयेत्
«Ainsi, ô Déesse, en commençant par le côté du sud, qu’on dispose jusqu’à l’extrémité marquée par Soma (la Lune). Dans la rangée extérieure, qu’on l’orne selon l’ordre : depuis l’est, à travers le milieu, jusqu’au terme, en rendant l’agencement harmonieusement distinct.»
Verse 31
पीतं रक्तं च कृष्णं च श्यामं श्वेतं च पीतकम् । आग्रेय्यादि समारभ्य रक्तं श्यामं सितं प्रिये
«(Utilise) le jaune, le rouge, le noir, le bleu sombre, le blanc et le jaune pâle. En commençant par Agneya (le sud-est) et les autres directions, dispose/applique le rouge, le bleu sombre et le blanc, ô bien-aimée.»
Verse 32
रक्तं कृष्णं च रक्तं च षट्कमेव प्रकीर्तितम् । दक्षिणाद्यं महेशानि पूर्वावधि समीरितम्
«Rouge, noir, puis de nouveau rouge : ainsi a été proclamé l’ordre en six parties. Ô Maheśānī, il est dit qu’il commence au sud et s’étend jusqu’à la limite orientale.»
Verse 33
नैरृताद्यन्तु विज्ञेयमाग्नेयावधि चेश्वरि । वारुणं तु समारभ्य दक्षिणावधि चेरितम
Ô Déesse, sache que la limite commence au sud‑ouest (Nairṛta) et s’étend jusqu’au sud‑est (Āgneya). Et, en partant du quartier de l’Ouest (Vāruṇa), il est dit qu’elle va jusqu’à la borne méridionale.
Verse 34
वायव्याद्यं महादेवि नैरृतावधि चेरितम् । सोमार्थं परमेशानि वारुणावधि चेरितम्
Ô Mahādevī, en commençant par le nord‑ouest (Vāyavya) et en allant jusqu’au sud‑ouest (Nairṛta), ainsi faut‑il accomplir. Ô Parameśānī, pour l’intention de Soma, il convient d’accomplir jusqu’à l’Ouest (Vāruṇa).
Verse 35
ईशानाद्यं तु विज्ञेयं वायव्यावधि चाम्बिके । इत्युक्तो मण्डलविधिर्मया तुभ्यं च पार्वति
Ô Ambikā, sache que l’ordonnance commence par la direction d’Īśāna et s’étend jusqu’au quartier de Vāyavya. Ainsi, ô Pārvatī, je t’ai expliqué la juste méthode pour établir le maṇḍala sacré.
Verse 36
एवं मण्डलमालिख्य नियतात्मा यतिस्स्वतः । सौरपूजां प्रकुर्वीत स हि तद्वस्तुतत्परः
Ayant ainsi dessiné le maṇḍala sacré, l’ascète—maître de lui-même et intérieurement discipliné—doit accomplir le culte de Sūrya ; car il devient tout entier tourné vers la Réalité même (tattva) que le rite signifie.
Rather than a mythic episode, the chapter presents a theological-ritual argument: correct sacred geometry and consecrated materials can embody mantra-meaning—especially the praṇava—so that the maṇḍala becomes a functional interface between practitioner and Shiva-tattva.
The lotus-like structure (central karṇikā with eight petals) encodes a cosmological and psychophysical map: the center signifies the unifying mantra-source (praṇava), while petals/compartments represent ordered manifestation. Color prescriptions operate as semiotic constraints—white (purity/clarity), yellow (central potency/authority), red (activation/limit), and red-black junctions (differentiation and protective boundary logic).
Śiva is highlighted as Īśvara (the instructing Lord) and as Śrīkaṇṭha positioned in the yantra schema, indicating a specific iconic-theological placement within the maṇḍala; Gaurī is not foregrounded in the sampled verses of this adhyāya.