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Sarga 33

कुशनाभकन्याशतविवाहः — The Marriage of Kuśanābha’s Hundred Daughters (and the Birth of Brahmadatta)

बालकाण्ड

Ce sarga tisse deux récits éthiques étroitement liés. D’abord, les cent filles de Kuśanābha rapportent la tentative brutale du dieu du Vent omniprésent, Vāyu, et affirment qu’elles ne disposent pas d’un choix autonome en matière de mariage : toute demande doit passer par le consentement du père. Kuśanābha répond par un enseignement de cour et de morale, louant leur unanimité et leur kṣamā (patience, indulgence) comme sauvegarde de la lignée et soutien cosmique du dharma. Ensuite, le texte propose une issue généalogique et providentielle : l’ascète célibataire Cūlī, satisfait du service dévot de la gandharvī Somadā (fille d’Ūrmilā), lui accorde un fils né de l’esprit, Brahmadatta, qui régnera plus tard à Kāṃpilya. Après avoir consulté ses ministres sur le moment, le lieu et l’époux convenables, Kuśanābha décide de donner ses cent filles à Brahmadatta. Lorsque leurs mains sont acceptées selon l’ordre rituel, les jeunes filles sont aussitôt guéries de leur difformité et de leur détresse, signe du rétablissement de l’harmonie sociale et corporelle par un mariage conforme au dharma. Le sarga s’achève sur l’accomplissement des rites nuptiaux et sur la satisfaction de Somadā devant la conduite digne de son fils.

Shlokas

Verse 1

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा कुशनाभस्य धीमत:।शिरोभिश्चरणौ स्पृष्ट्वा कन्याशतमभाषत।।1.33.1।।

Ayant entendu les paroles du sage Kūśanābha, ses cent filles touchèrent ses pieds de leur front, puis prirent la parole.

Verse 2

वायुस्सर्वात्मको राजन् प्रधर्षयितुमिच्छति।अशुभं मार्गमास्थाय न धर्मं प्रत्यवेक्षते।।1.33.2।।

Ô Roi, Vāyu, le Vent qui pénètre tout, cherche à nous outrager ; ayant emprunté une voie néfaste, il ne tient aucun compte du dharma.

Verse 3

पितृमत्यस्स्म भद्रं ते स्वच्छन्दे न वयं स्थिता:।पितरं नो वृणीष्व त्वं यदि नो दास्यते तव।।1.33.3।।

«Nous avons un père —bénédiction sur toi—, aussi ne sommes-nous pas libres de choisir à notre gré. Adresse-toi à notre père ; s’il nous accorde à toi, alors qu’il en soit ainsi.»

Verse 4

तेन पापानुबन्धेन वचनं न प्रतीच्छता।एवं ब्रुवन्त्यस्सर्वास्स्म वायुना निहता भृशम्।।1.33.4।।

Tandis que nous parlions toutes ainsi, celui-là, lié à une voie de péché et refusant d’accueillir nos paroles, nous frappa violemment, sous l’impulsion de Vāyu.

Verse 5

तासां तद्वचनं श्रुत्वा राजा परमधार्मिक:।प्रत्युवाच महातेजा: कन्याशतमनुत्तमम्।।1.33.5।।

Entendant ces paroles de ses filles, le roi, souverainement juste et d’un grand éclat, répondit à ses cent jeunes vierges incomparables.

Verse 6

क्षान्तं क्षमावतां पुत्र्य: कर्तव्यं सुमहत्कृतम्।ऐकमत्यमुपागम्य कुलं चावेक्षितं मम।।1.33.6।।

«Mes filles, vous avez manifesté la patience qui sied aux âmes vraiment patientes : un acte immensément grand. En demeurant unies d’un même accord, vous avez préservé l’honneur de ma lignée.»

Verse 7

अलङ्कारो हि नारीणां क्षमा तु पुरुषस्य वा।दुष्करं तच्च यत् क्षान्तं त्रिदशेषु विशेषत:।।1.33.7।।यादृशी व: क्षमा पुत्र्यस्सर्वासामविशेषत:।

«Pour les femmes, et pour les hommes aussi, la patience est un ornement. Difficile est cet acte de pardon, surtout même parmi les dieux. Pourtant telle est votre patience, mes filles : chez vous toutes, sans la moindre division.»

Verse 8

क्षमा दानं क्षमा यज्ञः क्षमा सत्यं हि पुत्रिका:।।1.33.8।।क्षमा यश: क्षमा धर्म: क्षमया निष्ठितं जगत्।

La patience est charité ; la patience est sacrifice ; la patience, en vérité, est la vérité, ô filles. La patience est gloire ; la patience est dharma : par la patience le monde est maintenu.

Verse 9

विसृज्य कन्या: काकुत्स्थ राजा त्रिदशविक्रम:।।1.33.9।।मन्त्रज्ञो मन्त्रयामास प्रदानं सह मन्त्रिभि:। देशकालौ प्रदानस्य सदृशे प्रतिपादनम्।।1.33.10।।

Ô Kakutstha, après avoir congédié ses filles, le roi —dont la vaillance égalait celle des dieux et qui excellait en conseil— délibéra avec ses ministres au sujet du don des jeunes filles en mariage : le lieu et le temps convenables pour l’offrande, et un époux digne et approprié.

Verse 10

विसृज्य कन्या: काकुत्स्थ राजा त्रिदशविक्रम:।।1.33.9।।मन्त्रज्ञो मन्त्रयामास प्रदानं सह मन्त्रिभि:। देशकालौ प्रदानस्य सदृशे प्रतिपादनम्।।1.33.10।।

Ô descendant de Kakutstha, après avoir congédié ses filles, le roi—vaillant comme les dieux et expert en conseil—délibéra avec ses ministres au sujet de leur mariage : le lieu et le moment convenables, et un époux digne.

Verse 11

एतस्मिन्नेव काले तु चूली नाम महातपा:।ऊर्ध्वरेताश्शुभाचारो ब्राह्मं तप उपागमत्।।1.33.11।।

En ce même temps, un grand ascète nommé Cūlī—vivant dans la chasteté et d’une conduite pure—entreprit des austérités brahmaniques en quête de Brahman.

Verse 12

तप्यन्तं तमृषिं तत्र गन्धर्वी पर्युपासते।सोमदा नाम भद्रं ते ऊर्मिला तनया तदा।।1.33.12।।

Là, tandis que ce rishi accomplissait ses austérités, une jeune gandharvī le servait : Somadā de nom, fille d’Ūrmilā. Bénédictions sur toi.

Verse 13

सा च तं प्रणता भूत्वा शुश्रूषणपरायणा।उवास काले धर्मिष्ठा तस्यास्तुष्टोऽभवद्गुरु:।।1.33.13।।

Et elle, s’inclinant devant lui, demeura entièrement vouée au service. Avec le temps, vivant avec une droiture inébranlable selon le dharma, elle réjouit son guru, et le maître fut pleinement satisfait d’elle.

Verse 14

स च तां कालयोगेन प्रोवाच रघुनन्दन।परितुष्टोऽस्मि भद्रं ते किं करोमि तव प्रियम्।।1.33.14।।

Et, le moment venu, ô joie de la lignée des Raghu, il lui dit : «Je suis satisfait. Bénédiction sur toi ; quel bienfait puis-je accomplir pour te plaire ?»

Verse 15

परितुष्टं मुनिं ज्ञात्वा गन्धर्वी मधुरस्वरा।उवाच परमप्रीता वाक्यज्ञा वाक्यकोविदम्।।1.33.15।।

Sachant le muni satisfait, la jeune Gandharvî, à la voix suave et comblée de joie, s’adressa—habile en paroles—à ce maître de l’éloquence.

Verse 16

लक्ष्म्या समुदितो ब्राह्म्या ब्रह्मभूतो महातपा:।ब्राह्मेण तपसा युक्तं पुत्रमिच्छामि धार्मिक।।1.33.16।।

«Ô grand ascète, rayonnant de splendeur brahmanique, semblable à Brahmā lui-même ; ô juste : je désire un fils, pourvu d’une austérité brahmanique.»

Verse 17

अपतिश्चास्मि भद्रं ते भार्या चास्मि न कस्यचित्।ब्राह्मेणोपगतायाश्च दातुमर्हसि मे सुतम्।।1.33.17।।

Je suis sans époux—que la bénédiction soit sur toi—et je n’appartiens à nul comme épouse. Puisque je suis venue à toi en quête de refuge, il te convient de m’accorder un fils par la puissance de ton brahman, le mérite de ton ascèse.

Verse 18

तस्या: प्रसन्नो ब्रह्मर्षिर्ददौ पुत्रमनुत्तमम्।ब्रह्मदत्त इति ख्यातं मानसं चूलिनस्सुतम्।।1.33.18।।

Satisfait d’elle, le brahmarṣi lui donna un fils incomparable, né de l’esprit, fils de Cūlin, qui devint célèbre sous le nom de Brahmadatta.

Verse 19

स राजा सौमदेयस्तु पुरीमध्यवसत्तदा।कांपिल्यां परया लक्ष्म्या देवराजो यथा दिवम्।।1.33.19।।

Ce roi—fils de Somadā—demeurait alors dans la cité de Kāṁpilya, comblé d’une grande prospérité, tel le seigneur des devas au ciel.

Verse 20

स बुद्धिं कृतवान् राजा कुशनाभस्सुधार्मिक:।ब्रह्मदत्ताय काकुत्स्थ दातुं कन्याशतं तदा।।1.33.20।।

Alors le roi Kūśanābha, d’une droiture parfaite—ô Kakutstha—résolut de donner à Brahmadatta ses cent filles.

Verse 21

तमाहूय महातेजा ब्रह्मदत्तं महीपति:। ददौ कन्याशतं राजा सुप्रीतेनान्तरात्मना।।1.33.21।।

Ayant fait venir Brahmadatta, ce puissant seigneur de la terre, le cœur tout empli de joie, lui donna avec allégresse les cent jeunes filles.

Verse 22

यथाक्रमं तत: पाणीन् जग्राह रघुनन्दन।ब्रह्मदत्तो महीपालस्तासां देवपतिर्यथा।।1.33.22।।

Alors, ô joie des Raghu, le roi Brahmadatta prit leurs mains selon l’ordre prescrit, tel Indra accueillant les déesses.

Verse 23

स्पृष्टमात्रे तत: पाणौ विकुब्जा विगतज्वरा:।युक्ता: परमया लक्ष्म्या बभु: कन्याशतं तदा।।1.33.23।।ृ32

Ensuite, au seul contact de sa main, celles qui étaient courbées furent délivrées de la fièvre et de la peine ; et les cent jeunes filles furent alors comblées d’une beauté et d’une grâce suprêmes.

Verse 24

स दृष्ट्वा वायुना मुक्ता: कुशनाभो महीपति:।बभूव परमप्रीतो हर्षं लेभे पुन:पुन:।।1.33.24।।

Voyant ses filles délivrées du mal infligé par Vāyu, le roi Kūśanābha fut comblé d’une joie extrême et, sans cesse, goûta la félicité.

Verse 25

कृतोद्वाहं तु राजानं ब्रह्मदत्तं महीपति:।सदारं प्रेषयामास सोपाध्यायगणं तदा।।1.33.25।।

Lorsque les noces furent dûment accomplies, le roi renvoya alors le roi Brahmadatta, avec ses épouses, accompagné de la troupe des prêtres et des maîtres.

Verse 26

सोमदाऽपि सुसंहृष्टा पुत्रस्य सदृशीं क्रियाम्।यथान्यायं च गन्धर्वी स्नुषास्ता: प्रत्यनन्दत।।1.33.26।।

Somadā, la femme gandharva, fut grandement réjouie ; voyant que son fils avait agi d’une manière digne de lui, elle loua comme il se doit ces belles-filles selon la bienséance.

Frequently Asked Questions

The sarga presents an ethical crisis of coercion: Vāyu attempts to violate the daughters’ modesty through “foul means,” and they respond by refusing autonomous elopement logic, redirecting any marital claim to lawful paternal consent. The narrative then contrasts adharma (forced outrage) with dharma (restraint, counsel, and legitimate marriage rites).

Kuśanābha frames kṣamā (forbearance) as an ornament for all persons and as a stabilizing principle—equated with charity, sacrifice, truth, glory, and virtue—by which the world is “supported.” The episode teaches that moral strength can be expressed as controlled response and unified conduct, not merely retaliation.

Kāṃpilyā (Kampilya) is named as Brahmadatta’s prosperous royal seat, situating the marriage alliance within a recognizable political geography. Culturally, the sarga highlights court consultation with ministers (mantra), deśa-kāla suitability for marriage, pāṇigrahaṇa (hand-taking), and the presence of priests (upādhyāyagaṇa) as markers of orthodox matrimonial procedure.