
अयोध्याकाण्डे त्रयोदशः सर्गः | Kaikeyi Presses the Boons; Dasaratha’s Lament and Collapse
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 13, la crise au palais s’exacerbe. Daśaratha est décrit prosterné, peu accoutumé à l’humiliation, semblable au roi Yayāti tombé du ciel après avoir épuisé son mérite : image de sa chute morale et intérieure. Kaikeyī, ayant atteint son but immédiat, presse sans relâche l’octroi des dons promis, affichant la crainte en apparence mais demeurant résolue au fond d’elle-même. Dans l’angoisse et l’indignation, Daśaratha exalte les vertus de Rāma—beauté, force, science, maîtrise de soi, patience et pardon—et demande comment l’on peut infliger l’exil vers Daṇḍaka à celui qui est digne du bonheur. Il condamne l’intention de Kaikeyī comme cruelle et prévoit pour elle l’infamie et le déshonneur. Le temps devient lui-même un ressort du récit : le soleil se couche, la nuit survient, et pourtant elle paraît plus sombre encore au roi endeuillé. Il supplie la Nuit de ne pas amener l’aurore, ou de passer vite afin qu’il n’ait pas à voir Kaikeyī. Puis, les mains jointes, il tente de l’apaiser, la priant d’accorder sa faveur et de laisser Rāma recevoir le royaume « par elle », lui promettant la renommée ; Kaikeyī demeure inflexible. Accablé de chagrin et de chocs répétés, Daśaratha s’évanouit et perd connaissance ; la nuit terrible s’écoule au rythme de ses soupirs, et l’on retient même l’éveil coutumier par les panégyristes, signe de l’effondrement de l’ordre royal.
Verse 1
अतदर्हं महाराजं शयानमतथोचितम्।ययातिमिव पुण्यान्ते देवलोकात्परिच्युतम्।।।।अनर्थरूपा सिद्धार्था ह्यभीता भयदर्शिनी।पुनराकारयामास तमेव वरमङ्गना।।।।
Le grand roi gisait prostré, indigne d’un tel traitement et peu accoutumé à cela, tel Yayāti chuté du ciel lorsque son mérite fut épuisé. Cette femme, incarnation du malheur, son dessein accompli, sans crainte mais feignant l’effroi, le pressa de nouveau au sujet de ces mêmes dons.
Verse 2
अतदर्हं महाराजं शयानमतथोचितम्।ययातिमिव पुण्यान्ते देवलोकात्परिच्युतम्।।2.13.1।।अनर्थरूपा सिद्धार्था ह्यभीता भयदर्शिनी।पुनराकारयामास तमेव वरमङ्गना।।2.13.2।।
Le grand roi, étendu là, indigne d’un tel traitement et peu accoutumé à pareille offense, ressemblait à Yayāti tombé du séjour des dieux lorsque son mérite fut épuisé. Cette femme, figure même du malheur, son dessein accompli, sans crainte mais feignant l’effroi, le pressa de nouveau au sujet de ces mêmes faveurs promises.
Verse 3
त्वं कत्थसे महाराज सत्यवादी दृढव्रतः।मम चेमं वरं कस्माद्विधारयितुमिच्छसि।।।।
Tu te vantes, ô grand roi, d’être véridique et ferme dans ton vœu ; pourquoi donc veux-tu à présent te dérober à m’accorder cette grâce ?
Verse 4
एवमुक्तस्तु कैकेय्या राजा दशरथस्तदा।प्रत्युवाच ततः क्रुद्धो मुहूर्तं विह्वलन्निव।।।।
Ainsi interpellé par Kaikeyī, le roi Daśaratha répondit alors, courroucé, et, l’espace d’un instant, comme égaré et chancelant.
Verse 5
मृते मयि गते रामे वनं मनुजपुङ्गवे।हन्तानार्ये ममामित्रे सकामा सुखिनी भव।।।।
Quand je serai mort et que Rāma, le meilleur des hommes, sera parti pour la forêt, hélas, ô indigne, mon ennemie : ton désir accompli, sois alors heureuse.
Verse 6
स्वर्गेऽपि खलु रामस्य कुशलं दैवतैरहम्।प्रत्यादेशादभिहितं धारयिष्ये कथं बत।।।।
Même au ciel, lorsque les dieux m’interrogeront sur le bien-être de Rāma, comment pourrai-je soutenir ce que j’ai proféré en dénégation et en rejet ? Hélas, quel malheur !
Verse 7
कैकेय्याः प्रियकामेन रामः प्रव्राजितो मया।यदि सत्यं ब्रवीम्येतत्तदसत्यं भविष्यति।।।।
Si je dis la vérité nue : «Pour satisfaire le désir de Kaikeyī, j’ai envoyé Rāma en exil», cette vérité même passera pour mensonge.
Verse 8
अपुत्रेण मया पुत्रश्श्रमेण महता महान्।रामो लब्धो महाबाहु स्सकथं त्यज्यते मया।।।।
Quand je n’avais pas de fils, c’est au prix d’un grand effort que j’ai obtenu pour fils Rāma, le grand, aux bras puissants. Comment pourrais-je l’abandonner ?
Verse 9
शूरश्च कृतविद्यश्च जितक्रोधो क्षमापरः।कथं कमलपत्राक्षो मया रामो विवास्यते।।।।
Comment pourrais-je exiler Rāma—l’héroïque et le savant, qui a vaincu la colère, voué au pardon, aux yeux pareils à des pétales de lotus ?
Verse 10
कथमिन्दीवरश्यामं दीर्घबाहुं महाबलम्।अभिराममहं रामं प्रेषयिष्यामि दण्डकान्।।।।
Comment pourrais-je envoyer Rāma dans la forêt de Daṇḍaka—Rāma au teint de lotus bleu, aux longs bras, à la grande force, dont la seule présence est ravissante ?
Verse 11
सुखानामुचितस्यैव दुःखैरनुचितस्य च।दुखं नामानुपश्येयं कथं रामस्य धीमतः।।।।
Rāma est fait pour le bonheur, non pour la souffrance ; comment pourrais-je supporter de voir ce sage Rāma dans la détresse ?
Verse 12
यदि दुःखमकृत्वाऽद्य मम संक्रमणं भवेत्।अदुःखार्हस्य रामस्य तत स्सुखमवाप्नुयाम्।।।।
Si la mort venait à moi aujourd’hui sans que j’aie causé de peine à Rāma—lui qui ne mérite aucune peine—alors, de cela même, j’obtiendrais la paix.
Verse 13
नृशंसे पापसङ्कल्पे रामं सत्यपराक्रमम्।किं विप्रियेण कैकेयि प्रियं योजयसे मम।।।।अकीर्तिरतुला लोके ध्रुवं परिभवश्च मे।
Ô Kaikeyī, cruelle, aux desseins impies, pourquoi veux-tu m’imposer ce qui est odieux à Rāma, dont la vaillance repose sur la vérité et qui m’est si cher ? En ce monde, pour moi, s’élèveront sûrement une infamie sans pareille et l’humiliation.
Verse 14
तथा विलपतस्तस्य परिभ्रमितचेतसः।।।।अस्तमभ्यगमत्सूर्यो रजनी चाभ्यवर्तत।
Tandis qu’il se lamentait ainsi, l’esprit égaré, le soleil se coucha et la nuit survint.
Verse 15
सा त्रियामा तथार्त्तस्य चन्द्रमण्डलमण्डिता।।।।राज्ञो विलपमानस्य न व्यभासत शर्वरी।
Bien que la nuit des trois yāmas fût ornée du disque de la lune, elle ne paraissait pas lumineuse au roi qui pleurait dans une telle détresse.
Verse 16
तथैवोष्णं विनिश्वस्य वृद्धो दशरथो नृपः।।।।विललापार्तवद्युखं गगनासक्तलोचनः।
De même, le vieux roi Daśaratha, poussant des soupirs brûlants, se lamenta de sa peine comme un malade, les yeux attachés au ciel.
Verse 17
न प्रभातं त्वयेच्छामि निशे नक्षत्रभूषणे।।।।क्रियतां मे दया भद्रे मयाऽयं रचितोऽञ्जलिः।
Ô Nuit, parée d’étoiles, je ne souhaite pas que l’aube vienne par toi. Ô douce, aie pitié de moi : vois, je t’offre cette prière, les mains jointes.
Verse 18
अथवा गम्यतां शीघ्रं नाहमिच्छामि निर्घृणाम्।।।।नृशंसां कैकयीं द्रष्टुं यत्कृते व्यसनं महत्।
Qu’il en soit ainsi, que tout s’achève vite : je ne veux pas poser les yeux sur l’impitoyable et cruelle Kaikeyī, par qui ce grand malheur est advenu.
Verse 19
एवमुक्त्वा ततो राजा कैकेयीं संयताञ्जलिः।।।।प्रसादयामास पुनः कैकेयीं चेदमब्रवीत्।
Après avoir parlé ainsi, le roi, les mains jointes avec retenue, chercha de nouveau à apaiser Kaikeyī et lui adressa ces paroles.
Verse 20
साधु वृत्तस्य दीनस्य त्वद्गतस्य गतायुषः।।2.1.20।।प्रसादः क्रियतां देवि भद्रे राज्ञो विशेषतः।
Ô reine, noble dame, accorde-moi ta grâce : à ce malheureux de conduite droite, tout voué à toi, dont la vie touche à son terme—d’autant plus que je suis ton roi.
Verse 21
शून्ये न खलु सुश्रोणि मयेदं समुदाहृतम्।।।।कुरु साधु प्रसादं मे बाले सहृदया ह्यसि।
Ô toi aux hanches gracieuses, je n’ai pas prononcé ces paroles dans le vide. Ô jeune dame, accorde-moi cette faveur, car tu as vraiment le cœur compatissant.
Verse 22
प्रसीद देवि रामोमेत्वद्दत्तं राज्यमव्यम्।।।।लभतामसितापाङ्गे यशः परमवाप्नु हि।
Sois favorable, ô reine. Accorde à Rāma cette royauté impérissable qui est mienne ; et toi, aux cils sombres, tu obtiendras assurément la gloire suprême.
Verse 23
मम रामस्य लोकस्य गुरूणां भरतस्य च।।।।प्रियमेतद्गुरुश्रोणि कुरु चारुमुखेक्षणे
Ô reine aux hanches majestueuses, au beau visage et aux yeux lumineux, accomplis cet acte agréable : pour moi, pour Rāma, pour le peuple, pour les anciens et les maîtres, et pour Bharata aussi.
Verse 24
विशुद्धभावस्य सुदुष्टभावाताम्रेक्षणस्याश्रुकलस्य राज्ञः।श्रुत्वा विचित्रं करुणं विलापंभर्तुर्नृशंसा न चकार वाक्यम्।।।।
Entendant les plaintes diverses et poignantes de son époux, le roi au cœur pur, les yeux rougis et pleins de larmes, cette femme impitoyable, au dessein mauvais, ne se plia pas à ses paroles.
Verse 25
ततस्स राजा पुनरेव मूर्छितःप्रियामतुष्टां प्रतिकूलभाषिणीम्।समीक्ष्य पुत्रस्य विवासनं प्रतिक्षितौ विसंज्ञो निपपात दुखितः।।।।
Alors le roi s’évanouit de nouveau ; voyant sa reine bien-aimée, insatisfaite et parlant contre lui, insistante sur l’exil de son fils, il tomba à terre, privé de sens par la douleur.
Verse 26
इतीव राज्ञो व्यथितस्य सा निशाजगाम घोरं श्वसतो मनस्विनःविबोध्यमानः प्रतिबोधनं तदानिवारयामास स राजसत्तमः।।।।
Ainsi s’écoula cette nuit pour le roi affligé, à l’âme noble, terrible de lourds soupirs. Puis, lorsque les bardes voulurent l’éveiller, le meilleur des rois repoussa leur réveil.
The dharma-sankat is Daśaratha’s binding promise of boons versus his duty to protect and enthrone Rāma; Kaikeyī’s insistence forces the king to confront whether oath-keeping can demand an act he deems morally destructive.
The chapter foregrounds the public cost of private desire: vows and reputational dharma sustain political order, yet coerced outcomes can fracture the moral self; the Yayāti comparison warns that merit and status can collapse when ethical foundations are exhausted.
Daṇḍaka forest is the key destination-marker for exile; Devaloka functions as a cosmological reference via the Yayāti simile, while the courtly practice of panegyrists awakening the king marks a cultural routine disrupted by grief.
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