Adhyaya 42
Svarga KhandaAdhyaya 4225 Verses

Adhyaya 42

The Greatness of Prayāga: Fruits of Pilgrimage, Remembrance, and Cow-Gift

Le chapitre 42 magnifie davantage la puissance salvatrice de Prayāga. Parvenir au saṅgama, la confluence du Gaṅgā et de la Yamunā, efface les fautes; même les êtres accablés par la maladie ou la détresse, s’ils s’y établissent, ne perdent pas le fruit spirituel. Le texte décrit les récompenses après la mort pour ceux qui quittent le corps au saṅgama : chars célestes, délices parmi les Gandharvas et les Apsaras, puis, lorsque le mérite s’épuise, renaissance dans des lignées prospères. Une insistance particulière est mise sur le smaraṇa : le simple souvenir de Prayāga donne accès au fruit du tīrtha, et celui qui s’en souvient à l’instant de la mort atteint Brahmaloka. L’enseignement se tourne ensuite vers le dharma du dāna, surtout le go-dāna : offrir une vache à un brāhmaṇa qualifié au lieu de la confluence. Il promet de vastes honneurs au ciel, une protection contre les enfers, et proclame le don de la vache comme le plus éminent des dons.

Shlokas

Verse 1

मार्कंडेय उवाच । शृणु राजन्प्रयागस्य माहात्म्यं पुनरेव तु । यं गत्वा सर्वपापेभ्यो मुच्यते नात्र संशयः

Mārkaṇḍeya dit : Ô roi, écoute encore la sainte grandeur de Prayāga ; qui s’y rend est délivré de tous les péchés, sans aucun doute.

Verse 2

आर्तानां च दरिद्राणां निश्चितव्यवसायिनाम् । स्थानं मुक्त्वा प्रयागं तु नाक्षयं तु कदाचन

Pour les affligés et les pauvres, pour ceux dont la résolution est ferme : ayant quitté leur ancien lieu et étant venus à Prayāga, leur gain spirituel ne se perd jamais.

Verse 3

गंगायमुनमासाद्य यस्तु प्राणान्परित्यजेत् । दीप्तकांचनवर्णाभे विमाने सूर्यवर्चसि

Mais celui qui, parvenu au Gaṅgā et à la Yamunā, y abandonne son souffle vital, obtient un vimāna céleste, éclatant comme l’or enflammé, portant la splendeur du soleil.

Verse 4

गंधर्वाप्सरसां मध्ये स्वर्गे मोदति मानवः । ईप्सितांल्लभतेकामान्वदंति ऋषिपुंगवाः

Au ciel, au milieu des Gandharvas et des Apsaras, l’homme se réjouit; et les plus éminents ṛṣis affirment qu’il obtient les plaisirs qu’il désire.

Verse 5

सर्वरत्नमयैर्दिव्यैर्नानाध्वजसमाकुलैः । वरांगना समाकीर्णैर्मोदते शुभलक्षणैः

Orné de demeures divines faites de toutes sortes de joyaux, foisonnant d’innombrables étendards et rempli de nobles femmes aux signes auspiceux, il s’y réjouit dans la splendeur.

Verse 6

गीतवादित्रनिर्घोषैः प्रसुप्तः प्रतिबुध्यते । यावन्न स्मरते जन्म तावत्स्वर्गे महीयते

Réveillé de son sommeil par le tumulte des chants et des instruments, il demeure honoré au ciel tant qu’il ne se souvient pas de sa naissance passée.

Verse 7

तत्र स्वर्गात्परिभ्रष्टः क्षीणकर्म्मा दिवश्च्युतः । हिरण्यरत्नसंपूर्णे समृद्धे जायते कुले

Là, déchu du ciel—son mérite épuisé et rejeté du monde céleste—il renaît dans une lignée prospère, comblée d’or et de joyaux.

Verse 8

तदेव स्मरते तीर्थं स्मरणात्तत्र गच्छति । देशस्थो यदि वारण्ये विदेशे यदि वा गृहे

Par le seul souvenir de ce tīrtha sacré, on l’atteint par le souvenir même—qu’on soit en sa propre contrée, dans la forêt, en terre étrangère, ou même chez soi.

Verse 9

प्रयागं स्मरमात्रोपि यस्तु प्राणान्परित्यजेत् । स ब्रह्मलोकमाप्नोति वदंति ऋषिपुंगवाः

Même en ne faisant que se souvenir de Prayāga, puis en abandonnant le souffle de vie, on atteint Brahmaloka—ainsi le déclarent les plus éminents des ṛṣis.

Verse 10

सर्वकामफलावृत्ता मही यत्र हिरण्मयी । ऋषयो मुनयः सिद्धा यत्र लोके प्रगच्छति

Là où la terre est d’or et foisonne des fruits de tout désir—en ce monde cheminent les ṛṣis, les munis et les siddhas.

Verse 11

स्त्रीसहस्रा कुले रम्ये मंदाकिन्यास्तटे शुभे । मोदते ऋषिभिः सार्द्धं स्वकृतेनेह कर्मणा

Dans un lieu charmant et de bon augure, rempli de milliers de femmes, sur la rive sainte de la Mandākinī, il se réjouit avec les ṛṣis—fruit des actes qu’il accomplit lui-même ici.

Verse 12

सिद्धचारणगन्धर्वैः पूज्यते दिवि दैवतैः । ततः स्वर्गात्परिभ्रष्टो जंबुद्वीपपतिर्भवेत्

Au ciel, il est honoré par les Siddhas, les Cāraṇas et les Gandharvas, et par les dieux eux-mêmes. Puis, lorsqu’il retombe du ciel, il devient un souverain en Jambūdvīpa.

Verse 13

ततः शुभानि कर्माणि चिंतयानः पुनः पुनः । गुणवान्वित्तसंपन्नो भवतीह न संशयः

Ainsi, celui qui, sans cesse, médite sur les actes propices devient vertueux et comblé de richesses en ce monde même — sans nul doute.

Verse 14

कर्मणा मनसा वाचा सत्यधर्मप्रतिष्ठितः । गंगायमुनयोर्मध्ये यस्तु दानं प्रयच्छति

Établi dans la vérité et le dharma par l’acte, la pensée et la parole, quiconque fait l’aumône dans la contrée entre la Gaṅgā et la Yamunā—

Verse 15

सुवर्णंमणिमुक्तां वा यदि धान्यं प्रतिग्रहम् । स्वकार्ये पितृकार्ये वा देवताभ्यर्चनेऽपि वा

Qu’il reçoive en don de l’or, des gemmes et des perles, ou même des grains—que ce soit pour ses besoins, pour les rites aux ancêtres, ou encore pour le culte des divinités—

Verse 16

निष्फलं तस्य तत्तीर्थं यावत्तत्फलमश्नुते । एवं तीर्थेन गृह्णीयात् पुण्येष्वायतनेषु च

Pour lui, ce gué sacré (tīrtha) demeure sans fruit tant qu’il n’en a pas reçu le fruit promis. De même, qu’on acquière le mérite par les pèlerinages et aussi dans d’autres demeures saintes.

Verse 17

निमित्तेषु च सर्वेषु अप्रमत्तो द्विजो भवेत् । कपिलां पाटलावर्णां प्रयागे यः प्रयच्छति

En toute circonstance, le deux-fois-né (dvija) doit demeurer vigilant. Celui qui offre à Prayāga une vache kapilā, d’une teinte rougeâtre comme la rose, acquiert un grand mérite.

Verse 18

स्वर्णशृंगीं रौप्यखुरां चैलकंठीं पयस्विनीम् । प्रयागे श्रोत्रियं साधुं ग्राहयित्वा यथाविधि

À Prayāga, selon le rite prescrit, il fit accepter par un brāhmane védique, savant et saint, une vache laitière en don, aux cornes d’or, aux sabots d’argent et au cou entouré d’un tissu.

Verse 19

शुक्लांबरधरं शांतं धर्मज्ञं वेदपारगम् । सा गौस्तस्मै च दातव्या गंगायमुनसंगमे

Au confluent du Gaṅgā et de la Yamunā, cette vache doit être donnée à cet homme paisible vêtu de blanc, connaisseur du dharma et accompli dans les Veda.

Verse 20

वासांसि च महार्हाणि रत्नानि विविधानि च । यावद्रोमाणि तस्या गोः संति गात्रेषु सत्तम

«Ô le meilleur des hommes, on obtient des vêtements précieux et des joyaux de toutes sortes, autant qu’il y a de poils sur le corps de cette vache.»

Verse 21

तावद्वर्षसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते । यत्रासौ लभते जन्म सा गौस्तत्राभिजायते

Pendant autant de milliers d’années, il est honoré dans le monde céleste; et là où cette âme renaît ensuite, cette même vache y renaît aussi.

Verse 22

न च पश्यत्यसौ घोरं नरकं तेन कर्मणा । उत्तरान्स कुरून्प्राप्य मोदते कालमक्षयम्

Et par cet acte il ne voit pas l’horrible enfer. Parvenu chez les Kurus du Nord, il se réjouit durant un temps impérissable.

Verse 23

गवां शतसहस्रेभ्यो दद्यादेकां पयस्विनीम् । पुत्रान्दारान्तथा भृत्यान्गौरेका प्रतितारयेत्

Parmi des centaines de milliers de vaches, qu’on offre une seule vache laitière ; par cette unique vache, on aide à délivrer ses fils, son épouse et même ses serviteurs.

Verse 24

तस्मात्सर्वेषु दानेषु गोदानं तु विशिष्यते । दुर्गमे विषमे घोरे महापातकसंभवे । गौरेव रक्षां कुरुते तस्माद्देया द्विजातये

Ainsi, parmi tous les dons, le don d’une vache est tenu pour éminent. Dans les circonstances ardues, inégales et terribles—surtout là où peuvent naître de grands péchés—la vache seule assure la protection ; c’est pourquoi une vache doit être offerte à un « deux-fois-né » (brāhmane).

Verse 42

इति श्रीपाद्मे महापुराणे स्वर्गखंडे द्विचत्वारिंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le quarante-deuxième chapitre du Svarga-khaṇḍa du glorieux Padma Mahāpurāṇa.