Adhyaya 56
Srishti KhandaAdhyaya 5646 Verses

Adhyaya 56

The Five Narratives (Pañcākhyāna): Desire, Forbearance, Devotion, and Merit of Hearing

Le chapitre 56 (Pañcākhyāna) tisse plusieurs courts récits didactiques en une seule unité génératrice de mérite. Il s’ouvre sur un épisode saisissant concernant Śiva : sa passion et ses jeux avec des femmes ; Gaurī/Umā le perçoit par la clairvoyance yogique et, courroucée, entre sous la forme de Kṣemaṅkarī. L’issue se scelle par une malédiction qui marque le destin de ces femmes et leur mise à l’écart sociale. Le texte se tourne ensuite vers l’enseignement dévotionnel et moral : la puissance de kāma (le désir) est reconnue même chez les grandes divinités, tandis que kṣamā (la patience, l’indulgence) est louée comme une qualité qui fait de l’homme un « seigneur ». Vient alors un passage vaiṣṇava, soulignant l’accessibilité de Hari/Janārdana dans la demeure du dévot, et la primauté du service rendu aux parents et d’un culte sincère. La phalaśruti finale affirme que l’écoute ou la récitation de ce quintuple récit protège du malheur et confère des mérites équivalents à de grands dons et à des pèlerinages vers les tīrtha sacrés.

Shlokas

Verse 1

श्रीभगवानुवाच । पुरा शर्वः स्त्रियो दृष्ट्वा युवती रूपशालिनीः । गंधर्वकिन्नराणां च मनुष्याणां च सर्वतः

Le Seigneur Bienheureux dit : Jadis, Śarva (Śiva), voyant des femmes — jeunes et belles de forme — parmi les Gandharvas et les Kinnaras, et aussi parmi les humains de toutes parts,

Verse 2

मंत्रेण ताः समाकृष्य त्वतिदूरे विहायसि । तपोव्याजपरो देवस्तासु संगतमानसः

Les ayant attirées vers toi par un mantra, il les abandonne ensuite très loin dans le ciel ; et ce dieu, qui ne prend l’austérité que pour prétexte, garde son esprit attaché à ces femmes.

Verse 3

अतिरम्यां कुटीं कृत्वा ताभिः सह महेश्वरः । क्रीडां चकार सहसा मनोभव पराभवः

Ayant bâti une hutte d’une beauté exquise, Maheśvara —lui qui avait dompté Manobhava (Kāma)— se mit soudain à s’y livrer au jeu divin avec elles.

Verse 4

एतस्मिन्नंतरे गौर्याश्चित्तमुद्भ्रांततां गतम् । अपश्यद्ध्यानयोगेन क्रीडंतं जगदीश्वरम्

Cependant, l’esprit de Gaurī fut saisi de trouble ; et par le yoga de la méditation elle vit le Seigneur de l’univers, s’adonnant au jeu sacré.

Verse 5

स्त्रीभिरंतर्गतं ज्ञात्वा रोषस्य वशगाभवत् । ततः क्षेमंकरी रूपा भूत्वा च प्रविवेश सा

Sachant qu’il s’était retiré au milieu des femmes, elle tomba sous l’emprise de la colère. Alors, prenant la forme de Kṣemaṅkarī, elle y entra à son tour.

Verse 6

व्योमैकांतेतिदूरे च कामदेव समप्रभम् । वामातिमध्यगं शुभ्रं पुरुषं पुरुषोत्तमम्

Dans l’immensité solitaire du ciel, très au loin, (il) contempla Puruṣottama, la Personne suprême : rayonnant tel Kāma-deva, pur et éclatant, placé légèrement à gauche du centre.

Verse 7

स्त्रीभिः सह समालिग्य प्रक्रीडंतं मुहुर्मुहुः । चुंबंतं निर्भरं देवं हरं रागप्रपीडितम्

L’enlaçant avec les femmes, elles jouèrent avec Lui encore et encore ; elles baisaient ardemment le dieu Hara, accablé par la passion.

Verse 8

वृत्तं क्षेमंकरी दृष्ट्वा निपपाताग्रतस्तदा । तासां केशेषु चाकृष्य चकार चरणाहतिम्

Alors, voyant Vṛtta et Kṣemaṅkarī, il se jeta sur elles de face ; les saisissant par les cheveux, il les frappa du pied.

Verse 9

त्रपया पीडितश्शर्वः पराङ्मुखमवस्थितः । केशेष्वाकृष्य रोषात्ताः पातयामास भूतले

Tourmenté par la honte, Śarva (Śiva) demeura le visage détourné ; puis, dans sa colère, les saisissant par les cheveux, il les jeta à terre.

Verse 10

स्त्रियः सर्वाधरां प्राप्य सहसा विकृताननाः । उमाशापप्रदग्धांगा म्लेच्छानां वशमागताः

Parvenues à Sarvādhara, les femmes eurent soudain le visage défiguré ; les membres brûlés par la malédiction d’Umā, elles tombèrent sous la domination des Mlecchas.

Verse 11

ताश्चांडालस्त्रियः ख्याता अधवा धवसंयुताः । अद्याप्युमाकृतं शापं सर्वास्ताश्च समश्नुयुः

On les connaît comme les femmes des Caṇḍālas, ou encore comme celles liées à des époux ; et, jusqu’à ce jour, toutes subissent la malédiction proférée par Umā.

Verse 12

अथोमा शतधा रूपं कृत्वेशं संगता तदा । एवं प्रभावं जानीहि कामस्य सततं द्विज

Alors Umā, prenant cent formes, s’approcha du Seigneur. Sache ainsi, ô deux-fois-né, la puissance constante de Kāma (le désir).

Verse 13

ततश्चिरात्तया सार्द्धं गतः कैलासमंदिरं । अतः क्षेमंकरीं दृष्ट्वा येभिनंदंति मानवाः

Puis, après longtemps, il partit avec elle vers le palais de Kailāsa. Ainsi, en voyant Kṣemaṅkarī, les hommes se réjouissent.

Verse 14

तेषां वित्तर्द्धि विभवा भवंतीह परत्र च । कुंकुमारक्तसर्वांगि कुंदेन्दुधवलानने

Pour eux naissent prospérité, richesse et splendeur, ici-bas et dans l’au-delà. Ô toi dont tout le corps est teint de vermillon, ô toi dont le visage est blanc et lumineux comme le jasmin et la lune.

Verse 15

सर्वमंगलदे देवि क्षेमंकरि नमोस्तु ते । योगिनीसाम्यं तेनैव संमुखा विमुखापि वा

Ô Déesse, dispensatrice de toute auspiciosité, Kṣemaṅkarī, salutations à toi. Par cette même puissance, on atteint l’état des Yoginīs, qu’on te fasse face ou même qu’on se détourne.

Verse 16

दृष्ट्वा तां नाभिवंदेद्यस्तस्य युद्धे पराजयः । राजगृहेषु विद्यायां नमस्काराज्जयो भवेत्

Quiconque, l’ayant vue, ne s’incline pas avec révérence, subit la défaite au combat. Mais dans les cours royales et dans la quête du savoir, la victoire naît de l’hommage respectueux.

Verse 17

एवं कामस्य माहात्म्यं भवो मोहवशं गतः । अयं देवासुराणां च क्षमया प्रभुतां गतः

Telle est la grandeur de Kāma (le Désir) : même Bhava (Śiva) tomba sous l’emprise de l’illusion. Et celui-ci obtint la souveraineté sur dieux et asura par la kṣamā, la patience sacrée.

Verse 18

अस्यैव सदृशो लोके न भूतो न भविष्यति । रामामङ्कस्थितां रम्यां क्षमातल्पगतेन च

En ce monde, nulle pareille n’a existé jadis, ni ne paraîtra à l’avenir. Elle est ravissante, assise sur les genoux de Rāmā, et repose aussi sur la couche de la Terre.

Verse 19

त्यक्त्वैव साधिता लोकास्सुरासुरसुदुर्लभाः । एवं वैष्णवमुख्यश्च सुरासुरगणार्चितः

Par la seule renonciation s’accomplissent des mondes extrêmement difficiles à obtenir même pour les dieux et les asura. Ainsi le plus éminent des Vaiṣṇava est adoré par les troupes des dieux et des asura.

Verse 20

यो नो ददाति भुक्त्यग्र्यं शेषं च स्वयमश्नुते । एवमभ्यासधैर्येण दीर्घकाले सुखंगते

Celui qui ne nous donne pas la meilleure part du repas et mange lui-même le reste : par une telle pratique obstinée et persévérante, au long du temps il parvient au bonheur.

Verse 21

प्राक्संगमात्स्वभार्यां च दृष्ट्वा मां प्रददौ मुदा । द्वादशाब्दं प्रसंकल्प्य प्राग्भोगो मयि वेशितः

Avant notre union, il me remit avec joie à sa propre épouse. Ayant fixé douze années, la jouissance due auparavant fut imposée sur moi.

Verse 22

तेन तस्य गृहे नित्यं तिष्ठामि गृहरक्षणात् । तथा धात्रीफलस्यापि सदा स्वर समीहते

C’est pourquoi je demeure toujours dans sa demeure, afin de protéger la maison; de même, le fruit de la dhātrī (āmalakī) aspire sans cesse au séjour céleste.

Verse 23

तस्मादुक्तो मयान्येषां वैष्णवानां च वैष्णवः । पुरा ये विप्र मे भक्तास्सुरा मत्पथगामिनः

C’est pourquoi je l’ai proclamé Vaiṣṇava parmi les autres Vaiṣṇavas. Jadis, ô brāhmaṇa, ces devas qui étaient mes dévots suivirent ma voie.

Verse 24

तैरेव न कृतं यच्च तदनेन कृतं परम् । तस्माद्वैष्णवसर्वस्वं नाम रम्यं मया कृतम्

Ce qu’eux n’avaient pas accompli, lui l’a accompli souverainement. C’est pourquoi j’ai composé cette œuvre charmante nommée « Vaiṣṇava-sarvasva », l’Essence du Vaiṣṇavisme.

Verse 25

अस्य वेश्मनि तिष्ठामि मुहूर्तं न चलाम्यहम् । अतो ये चैवमद्भक्तास्तेष्वहं सुलभो द्विज

Je demeure dans la maison de ce dévot et ne m’en éloigne pas même un instant. Ainsi, ô deux-fois-né, pour ceux qui sont de tels dévots, je suis aisément accessible.

Verse 26

अस्माकं पदवीं तेभ्यो ह्यद्य दद्मि स्वकारणम् । आवयोर्विप्रसौजन्यं स्वप्नभोज्यादिकं समम्

Aujourd’hui je leur dévoilerai la cause de notre état. Entre nous deux, ô brāhmaṇa, la bienveillance digne d’un brāhmaṇa et des choses telles que la nourriture goûtée en rêve se ressemblent, car elles sont d’une même irréalité.

Verse 27

सायुज्यं च सखित्वं च पश्य भूदेवनांतरम् । ततो मूकादयः सर्वे स्वागता हरिमीश्वरम्

«Vois la différence parmi les dieux de la terre : les uns obtiennent sāyujya, l’union au Seigneur, et les autres obtiennent sakhya, l’amitié avec Lui. Alors tous—à commencer par les muets—accueillirent Hari, l’Īśvara suprême.»

Verse 28

गंतुकामा दिवं पुण्यास्सदाराः सपरिच्छदाः । ये च तेषां गृहाभ्याशेप्यात्मनो गृहगोधिकाः

«Ces êtres méritants, désireux de gagner le ciel, s’en vont avec leurs épouses et tous leurs biens ; et même les lézards de maison demeurant près de leurs demeures—comme appartenant à leur foyer—les accompagnent.»

Verse 29

नाना कीटादयो ये च तेषामनुययुः सुराः । व्यास उवाच । एतस्मिन्नंतरे देवाः सिद्धाश्च परमर्षयः

«Et les divers insectes et autres êtres qui se trouvaient là les suivirent ; et les devas marchèrent à leur suite. Vyāsa dit : Cependant, dans ce même intervalle, apparurent les devas, les Siddhas et les ṛṣis suprêmes.»

Verse 30

प्रचक्रुः पुष्पवर्षाणि साधुसाध्वित्यनादयन् । देवदुंदुभयो नेदुर्विमानेषु वनेषु च

«Ils firent pleuvoir des fleurs, clamant : “Sādhu ! Sādhu ! Bien ! Bien !” Et les tambours célestes retentirent, dans les vimānas comme dans les forêts.»

Verse 31

समारुह्य रथं स्वं स्वं हरिवीथीपुरं ययुः । तदद्भुतं समालोक्य विप्रोऽवोचज्जनार्दनम्

«Montant chacun sur son propre char, ils partirent pour Harivīthīpura. Voyant cette merveille, le brāhmane s’adressa à Janārdana.»

Verse 32

उपदेशं च देवेश ब्रूहि मे मधुसूदन । श्रीभगवानुवाच । गच्छ स्वपितरौ तात शोकविक्लवमानसौ

«Ô Seigneur des dieux, Madhusūdana, accorde-moi l’enseignement sacré.» Le Seigneur Bienheureux dit : «Va, cher enfant, vers tes propres parents, dont l’esprit est accablé par le chagrin.»

Verse 33

समाराध्य प्रयत्नेन मद्गृहं प्राप्स्यसेऽचिरात् । पितृमातृसमा देवा न तिष्ठंति सुरालये

Si tu m’adores et me sers avec un effort sincère, tu atteindras bientôt ma demeure. Les dieux—pareils au père et à la mère—ne demeurent pas enfermés au ciel.

Verse 34

याभ्यां सुगर्हितं देहं शिशुत्वे पालितं सदा । अज्ञानदोषसहितं प्रपुष्टं चापि वर्धितम्

Par ces deux-là, ce corps—bien que fort blâmable—fut toujours protégé durant l’enfance ; même avec les défauts nés de l’ignorance, il fut nourri et conduit à la maturité.

Verse 35

याभ्यां तयोस्समं नास्ति त्रैलोक्ये सचराचरे । ततो देवगणास्सर्वे पंचभिस्तैर्मुदान्विताः

Dans les trois mondes—mobiles et immobiles—rien n’égale ces deux-là. Aussi toutes les cohortes des dieux, dans l’allégresse, furent-elles remplies de joie grâce à ces cinq.

Verse 36

माधवं संस्तुवंतश्च गतास्ते हरिमंदिरम् । खचितां च पुरीं रम्यां विश्वकर्मविनिर्मिताम्

Louant Mādhava, ils se rendirent au sanctuaire de Hari, dans cette cité charmante, richement incrustée, façonnée par Viśvakarmā.

Verse 37

रत्नाढ्यामिष्टसंपूर्णां कल्पवृक्षादिभिर्युताम् । शातकुम्भमयैर्गेहैस्सर्वरत्नैस्सकर्बुराम्

Riche en joyaux et comblée de mets délicats, ornée d’arbres exauçant les vœux et d’autres merveilles ; avec des demeures faites d’or pur, chatoyante de toutes sortes de gemmes.

Verse 38

वज्रवैडूर्यसोपानां स्वर्णदीतोयसंयुताम् । गीतवाद्यादिसंपूर्णां सर्वदुर्गसमाकुलाम्

Pourvue d’escaliers de diamant et de gemmes vaiḍūrya, reliés à des ruisseaux d’eau d’or ; remplie de chants, d’instruments et autres harmonies, et entourée de forteresses et d’accès imprenables.

Verse 39

कोकिलालापबहुलां सिद्धगंधर्वसेविताम् । रूपाढ्यैः सुजनैः पूर्णां प्रयांतीमिव खे पुरीम्

Riche du chant des coucous, honorée par les Siddhas et les Gandharvas, et pleine d’êtres beaux et nobles : elle semblait une cité céleste voguant dans le firmament.

Verse 40

ततः स्थित्वाऽच्युताः सर्वे सर्वलोकोर्ध्वतो भृशम् । द्विजोपि पितरौ गत्वा समाराध्य प्रयत्नतः

Alors tous les dévots d’Acyuta, demeurant fermes, s’élevèrent bien au-dessus de tous les mondes. De même, le brāhmane alla vers ses ancêtres et les adora avec soin et ardeur.

Verse 41

अचिरेणैव कालेन सकुटुंबो हरिं ययौ । पंचाख्यानमिदं पुण्यं मया ते समुदाहृतम्

En peu de temps, lui—avec toute sa famille—parvint à Hari. Ainsi t’ai-je rapporté ce saint récit en cinq volets.

Verse 42

यः पठेच्छृणुयाद्वापि तस्य नास्तीह दुर्गतिः । ब्रह्महत्यादिभिः पापैर्न लिप्येत कदाचन

Celui qui le récite —ou même qui l’entend— ne rencontre ici-bas aucune infortune ; jamais il n’est souillé par des fautes telles que le meurtre d’un brahmane et autres.

Verse 43

गवां कोटिप्रदानेन यत्फलं लभते नरः । तत्फलं समवाप्नोति पंचाख्यानावगाहनात्

Le mérite qu’un homme obtient en donnant dix millions de vaches, ce même mérite il l’atteint pleinement en s’immergeant dans les Cinq Récits.

Verse 44

स्नानेन पुष्करे नित्यं भागीरथ्यां च सर्वदा । यत्फलं तदवाप्नोति सकृच्छ्रवणगोचरात्

Le fruit obtenu en se baignant chaque jour à Puṣkara et en se baignant toujours dans la Bhāgīrathī (Gaṅgā), ce même fruit est acquis en n’entendant (ce récit sacré) qu’une seule fois.

Verse 45

दुःस्वप्नं नाशयेत्क्षिप्रं तथारोग्यं प्रयच्छति । लक्ष्म्यारोग्यकरं चैव तस्माच्छ्रोतव्यमेव हि

Il détruit promptement les mauvais rêves et accorde aussi la santé. Il procure prospérité et vigueur ; c’est pourquoi, assurément, il doit être écouté.

Verse 56

इति श्रीपाद्मपुराणे प्रथमे सृष्टिखंडे पंचाख्यानंनाम षट्पंचाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cinquante-sixième chapitre, nommé « Pañcākhyāna » (Les Cinq Récits), dans la première section, le Sṛṣṭikhaṇḍa, du Śrī Padma Purāṇa.