
Brahmā’s Puṣkara Sacrifice: Ṛtvij System, Sāvitrī’s Reconciliation, Tīrtha-Catalogue, Śrāddha & Initiation Rites, and Vrata Fruits
PP.1.34 s’ouvre sur la question de Bhīṣma au sujet du sacrifice primordial (paitāmaha) de Brahmā : son moment, les prêtres officiants et la dakṣiṇā. Pulastya répond en présentant Puṣkara comme le lieu sacré du yajña et en exposant l’organisation des seize ṛtvij, avec l’attribution de fonctions sacerdotales à de grands ṛṣi et à des divinités. L’avabhṛtha s’achève par une dakṣiṇā à l’échelle cosmique, associée aux directions et aux mondes. Vient ensuite une crise : le courroux de Sāvitrī. Brahmā dépêche Viṣṇu comme messager pour l’apaiser, aidé par les conseils de Lakṣmī et la médiation de Śiva et de Pārvatī, jusqu’au retour de Sāvitrī et sa réconciliation avec Gāyatrī. Le chapitre déploie alors le Puṣkara-māhātmya : fruits des tīrtha (santé, prospérité, destruction des fautes), stotra, catalogue des formes divines selon les lieux saints (108 demeures), et prescriptions rituelles concernant maṇḍala et kalaśa, procédures proches de la dīkṣā, règles de śrāddha et rites d’apaisement des planètes. Il se clôt en introduisant l’exemple du roi Śveta, frappé de faim dans l’au-delà pour avoir retenu le don de nourriture.
Verse 1
। भीष्म उवाच । कस्मिन्काले भगवता ब्रह्मणा लोककारिणा । यज्ञियैर्यष्टुमारब्धं तद्भवान्वक्तुमर्हति
Bhīṣma dit : «En quel temps le Bienheureux Brahmā, artisan des mondes, commença-t-il à accomplir le yajña selon les rites sacrificiels ? Daigne me l’exposer».
Verse 2
किं नामान ऋत्विजस्ते ब्रह्मणा ये प्रकल्पिताः । का च वै दक्षिणा तेषां दत्ता तेन महात्मना
Quels étaient les noms de ces ṛtvij, prêtres du sacrifice institués par Brahmā ? Et quelle fut, en vérité, la dakṣiṇā, l’honoraire sacré que leur donna ce grand d’âme ?
Verse 3
यथाभूतं यथावृत्तं तथा त्वं मे प्रकीर्तय । सुमहत्कौतुकं जातं यज्ञं पैतामहं प्रति
Raconte-le-moi tel qu’il fut, tel qu’il advint. Une très grande curiosité s’est éveillée en moi au sujet du yajña paitāmaha, le sacrifice ancestral des aïeux.
Verse 4
पुलस्त्य उवाच । पूर्वमेव मया ख्यातं यदा स्वायंभुवो मनुः । सृष्ट्वा प्रजापतीन्सर्वानुक्तः सृष्टिं कुरुष्व वै
Pulastya dit : Je l’ai déjà exposé auparavant : lorsque Svāyambhuva Manu, ayant créé tous les Prajāpati, reçut l’injonction : «Accomplis donc l’acte de création».
Verse 5
स्वयं तु पुष्करं गत्वा यज्ञस्याहृत्य विस्तरम् । ससंभारान्समानाय्य वह्न्यगारे स्थितोभवत्
Alors il se rendit lui-même à Puṣkara, en rapporta l’ordonnance complète du yajña ; rassembla les ustensiles et les offrandes, et demeura dans le sanctuaire du feu sacré.
Verse 6
गायंति नित्यं गंधर्वा नृत्यंत्यप्सरसां गणाः । ब्रह्मोद्गाता होताध्वर्युश्चत्वारो यज्ञवाहकाः
Les Gandharva chantent sans cesse, et les troupes d’Apsaras dansent. Brahmā, l’Udgātṛ, le Hotṛ et l’Adhvaryu : ces quatre-là portent et font avancer le yajña.
Verse 7
एकैकस्य त्रयश्चान्ये परिवाराः स्वयंकृताः । ब्रह्मा च ब्रह्मणाच्छंसी पोता चाग्नीध्र एव च
Pour chacun d’eux, trois autres assistants se constituèrent d’eux-mêmes : Brahmā ; le Brahmanācchaṃsī, récitant et louangeur de Brahman ; le Potā, officier sacerdotal ; et Agnīdhra également.
Verse 8
आन्वीक्षिकी सर्वविद्या ब्राह्मी ह्येषा चतुष्टयी । उद्गाता च प्रत्युद्गाता प्रतिहर्ता सुब्रह्मण्यः
L’ānvīkṣikī —l’enquête, science de l’examen et du raisonnement— se tient comme le fondement universel de toute connaissance ; en vérité, telle est la discipline brahmique en quatre : l’Udgātṛ, le Pratyudgātṛ, le Pratihartṛ et le Subrahmaṇya.
Verse 9
चतुष्टयी द्वितीयैषा तूद्गातुश्च प्रकीर्तिता । होता च मैत्रावरुणस्तथाऽच्छावाक एव च
Ceci est proclamé comme le second quatuor de prêtres relevant de l’Udgātṛ : à savoir le Hotṛ, le Maitrāvaruṇa, et l’Acchāvāka également.
Verse 10
ग्रावस्तुच्च चतुर्थोत्र तृतीया च चतुष्टयी । अध्वर्युश्च प्रतिष्ठाता नेष्टोन्नेता तथैव च
Ici, le quatrième est le Grāvastut ; et le troisième est le quatuor. S’y trouvent aussi l’Adhvaryu, le Pratiṣṭhātṛ, le Neṣṭṛ, et l’Unnetṛ également.
Verse 11
चतुष्टयी चतुर्थ्येषा प्रोक्ता शंतनुनंदन । एते वै षोडश प्रोक्ता ऋत्विजो वेदचिंतकैः
Ô fils de Śantanu, ce quatrième quatuor a été exposé. Ainsi, ces seize prêtres officiants (ṛtvij) sont véritablement proclamés par ceux qui méditent la sagesse védique.
Verse 12
शतानि त्रीणि षष्टिश्च यज्ञाः सृष्टाः स्वयंभुवा । एतांश्चैतेषु सर्वेषु प्रवदंति सदा द्विजान्
Trois cent soixante sacrifices (yajña) furent institués par Svayaṃbhū (Brahmā) ; et dans chacun d’eux, les dvija, les « deux-fois-nés », récitent et expliquent sans cesse les injonctions sacrées.
Verse 13
सदस्यं केचिदिच्छंति त्रिसामाध्वर्युमेव च । ब्रह्माणं नारदं चक्रे ब्राह्मणाच्छंसि गौतमम्
Certains souhaitaient pour officiant le Sadasya, et aussi l’Adhvaryu versé dans les trois chants Sāman. Nārada établit Brahmā comme prêtre Brahman, et Gautama comme Brāhmaṇācchaṃsin.
Verse 14
देवगर्भं च पोतारमाग्नीध्रं चैव देवलम् । उद्गातांगिरसः प्रत्युद्गाता च पुलहस्तथा
Il y avait aussi Devagarbha et Potāra, Āgnīdhra et Devala ; et Āṅgirasa comme Udgātā, le Pratyudgātā, ainsi que Pulaha.
Verse 15
नारायणः प्रतिहर्ता सुब्रह्मण्योत्रिरुच्यते । तस्मिन्यज्ञे भृगुर्होता वसिष्ठो मैत्र एव च
Dans ce yajña, Nārāyaṇa officia comme Pratihartṛ, le prêtre répondant ; et Atri est dit Subrahmaṇya. En ce même sacrifice, Bhṛgu fut le Hotṛ, et Vasiṣṭha ainsi que Maitra y étaient aussi présents.
Verse 16
अच्छावाकः क्रतुः प्रोक्तो ग्रावस्तुच्च्यवनस्तथा । पुलस्त्योद्ध्वर्युरेवासीत्प्रतिष्ठाता च वै शिबिः
On dit que Kratu fut le prêtre Acchāvāka, et Cyavana le Grāvastut ; Pulastya, en vérité, fut l’Adhvaryu, et Śibi celui qui établit et affermit le rite.
Verse 17
बृहस्पतिस्तत्र नेष्टा उन्नेता शांशपायनः । धर्मः सदस्यस्तत्रासीत्पुत्रपौत्रसहायवान्
Là, Bṛhaspati officia comme prêtre principal (neṣṭā), et Śāṃśapāyana fut le guide prééminent (unnetā). Dharma s’y trouvait aussi, membre de l’assemblée, entouré et soutenu par ses fils et ses petits-fils.
Verse 18
भरद्वाजः शमीकश्च पुरुकुत्सो युगंधरः । एनकस्तीर्णकश्चैव केशः कुतप एव च
S’y trouvaient Bharadvāja et Śamīka, Purukutsa et Yugaṃdhara, ainsi qu’Enaka, Tīrṇaka, Keśa et Kutapa.
Verse 19
गर्गो वेदशिराश्चैव त्रिसामाद्ध्वर्यवः कृताः । कण्वादयस्तथा चान्ये मार्कंडो गंडिरेव च
Garga et Vedaśiras furent établis, ainsi que les prêtres Adhvaryu du Tri-sāman; de même Kaṇva et d’autres encore, dont Mārkaṇḍa et Gaṇḍira.
Verse 20
पुत्रपौत्रसमेताश्च सशिष्याः सहबांधवाः । कर्माणि तत्र कुर्वाणा दिवानिशमतंद्रिताः
Avec leurs fils et leurs petits-fils, avec leurs disciples et leurs proches, ils accomplissaient là les rites et devoirs, sans relâche, jour et nuit, sans la moindre torpeur.
Verse 21
मन्वंतरे व्यतीते तु यज्ञस्यावभृथोभवत् । दक्षिणा ब्रह्मणे दत्ता प्राची होतुस्तु दक्षिणा
Lorsque le Manvantara fut écoulé, eut lieu l’avabhṛtha, l’ablution finale du yajña. La dakṣiṇā fut offerte à Brahmā, et au prêtre Hotṛ fut donné, en présent, le domaine de l’Orient.
Verse 22
अद्ध्वर्यवे प्रतीची तु उद्गातुश्चोत्तरा तथा । त्रैलोक्यं सकलं ब्रह्मा ददौ तेषां तु दक्षिणाम्
À l’Adhvaryu il donna le quartier de l’Ouest, et de même à l’Udgātṛ le quartier du Nord ; Brahmā leur accorda, comme dakṣiṇā (don sacrificiel), l’entier triple monde.
Verse 23
धेनूनां च शतं प्राज्ञैर्दातव्यं यज्ञसिद्धये । अष्टौ तु यज्ञवाहानां चत्वारिंशाधिकास्तथा
Pour que le yajña s’accomplisse avec succès, les sages doivent offrir cent vaches laitières ; et de même, pour les bêtes qui portent les charges du sacrifice, il convient d’en donner quarante-huit.
Verse 24
द्वितीयस्थानिनां चैव चतुर्विंशत्प्रकीर्तिताः । षोडशैव तृतीयानां देया वै धेनवः शुभाः
Pour ceux du second rang, il est proclamé vingt-quatre (vaches) ; et pour ceux du troisième rang, il faut donner, en vérité, seize vaches laitières de bon augure.
Verse 25
द्वादशैव तथा चान्या आग्नीध्रादिषु दापयेत् । अनया संख्यया चैव ग्रामान्दासीरजाविकं
De même, douze et d’autres parts doivent être accordées à l’Agnīdhra et aux autres ; et selon ce même décompte, il convient aussi d’offrir des villages, des servantes et des troupeaux de chèvres et de brebis.
Verse 26
सहस्रभोज्यं दातव्यं स्नात्वा चावभृथे क्रतौ । यजमानेन सर्वस्वं देयं स्वायंभुवोब्रवीत्
Après s’être baigné lors de l’avabhṛtha, le rite final du kratu, on doit offrir un festin pour mille convives. Le yajamāna doit donner toute sa richesse : ainsi l’a proclamé Svāyaṃbhuva.
Verse 27
अद्ध्वर्यूणां सदस्यानां स्वेच्छया दानमिष्यते । विष्णुं चाहूय वै ब्रह्मा वाक्यमाह मुदान्वितः
«Pour les adhvaryu et les membres de l’assemblée du sacrifice, il est approuvé d’offrir des dons selon son libre élan.» Puis, ayant mandé Viṣṇu, Brahmā prononça ces paroles, rempli de joie.
Verse 28
अभिप्रसाद्य सावित्रीं त्वमिहानय सुव्रत । त्वयि दृष्टे न सा कोपं करिष्यति शुभानना
Après avoir apaisé Sāvitrī, amène-la ici, ô toi aux vœux excellents. Dès qu’elle te verra, cette dame au beau visage ne se mettra pas en colère.
Verse 29
स्निग्धैः सानुनयैर्वाक्यैर्हेतुयुक्तैर्विशेषतः । त्वं सदा मधुराभाषी जिह्वा ते स्रवतेमृतम्
Par des paroles tendres et apaisantes—surtout appuyées sur une juste raison—tu parles toujours avec douceur; de ta langue, dirait-on, s’écoule l’amṛta, le nectar.
Verse 30
यः करोति न ते वाक्यं त्रैलोक्ये न स दृश्यते । गंधर्वैः सहितो गत्वा प्रियां मम समानय
Celui qui n’accomplit pas ta parole ne se trouve nulle part dans les trois mondes. Va donc avec les Gandharvas et ramène-moi mon aimée.
Verse 31
त्वया प्रसादिता साद्ध्वी तुष्टा सा त्वेष्यति ध्रुवम् । विलंबो न त्वया कार्यो व्रज माधव माचिरम्
Par toi, cette dame vertueuse a été apaisée; satisfaite, elle viendra à toi assurément. Ne tarde pas : pars sur-le-champ, ô Mādhava, sans attendre.
Verse 32
लक्ष्मीस्ते पुरतो यातु सावित्र्याः सदनं शुभा । तस्यास्त्वं पदवीं गच्छ सांत्वयस्व प्रियां मम
Que l’auspicieuse Lakṣmī marche devant toi vers la demeure bénie de Sāvitrī. Toi aussi, suis sa voie et console mon bien-aimé.
Verse 33
न च ते विप्रियं देवि विविक्तं कर्तुमीहते । मुखं प्रेक्ष्य सदा कालं वर्तते तव सुंदरि
Et, ô Déesse, il ne souhaite point faire en secret quoi que ce soit qui te déplaise. Ô belle, il passe son temps à contempler sans cesse ton visage.
Verse 34
एवंविधानि वाक्यानि मधुराणि बहूनि च । देवी श्रावयितव्या सा यथातुष्टाऽचिराद्भवेत्
Bien des paroles douces de cette sorte doivent être dites à l’oreille de la Déesse, afin qu’elle soit promptement satisfaite.
Verse 35
एवमुक्तस्तदा विष्णुर्ब्रह्मणा लोककारिणा । जगाम त्वरितो भूत्वा सावित्री यत्र तिष्ठति
Ainsi, exhorté par Brahmā, bienfaiteur des mondes, Viṣṇu se hâta et se rendit là où demeurait Sāvitrī.
Verse 36
दूरादेवागच्छमानं पत्न्या सह च केशवम् । उत्तस्थौ सत्वरा भूत्वा विष्णुना चाभिवंदिता
Voyant de loin Keśava s’avancer avec son épouse, elle se leva en hâte ; et Viṣṇu la salua comme il se doit.
Verse 37
नमस्ते देवदेवेशि ब्रह्मपत्नि नमोस्तु ते । त्वां नमस्कृत्य सर्वो हि जनः पापात्प्रमुच्यते
Hommage à Toi, ô Déesse souveraine des dieux, épouse de Brahmā—hommage à Toi. En vérité, quiconque se prosterne devant Toi est délivré du péché.
Verse 38
पतिव्रता महाभागा ब्रह्मणस्त्वं हृदि स्थिता । अहर्निशं चिंतयंस्त्वां प्रसादं तेभिकांक्षति
Ô très fortunée, épouse chaste, demeurant au cœur de Brahmā : lui, Te contemplant jour et nuit, aspire à Ta grâce bienveillante.
Verse 39
सखीं चैनां प्रियां पृच्छ लक्ष्मीं भृगुसुतां सतीम् । यदि च श्रद्दधा नासि वाक्यादस्मात्सुलोचने
Et interroge-la, ta chère amie, Lakṣmī, la vertueuse fille de Bhṛgu. Si tu n’as pas foi en mes paroles, ô aux beaux yeux, alors demande-lui.
Verse 40
एवमुक्त्वा ततः शौरिः सावित्र्याश्चरणद्वयम् । उभाभ्यां चैव हस्ताभ्यां क्षम देवि नमोस्तु ते
Ayant ainsi parlé, Śauri saisit de ses deux mains les deux pieds de Sāvitrī et dit : «Pardonne-moi, ô Déesse ; hommage à Toi».
Verse 41
जगद्वंद्ये जगन्मातरिति स्पृष्ट्वाऽभ्यवन्दत । संकोच्य पादौ सा देवी स्वकरेण करौ हरेः
Le touchant et disant : «Ô Mère de l’univers, vénérée par tous les mondes», elle s’inclina avec dévotion. Puis la déesse, retirant ses pieds, de sa propre main saisit les mains de Hari.
Verse 42
गृहीत्वोवाच तं विष्णुं सर्वं क्षान्तं मयाच्युत । इयं लक्ष्मीः सदा वत्स हृदये ते निवत्स्यति
Le prenant par la main, elle dit à Viṣṇu : « Ô Acyuta, tu as pardonné tout ce que j’ai fait. Cette Lakṣmī, cher enfant, demeurera à jamais dans ton cœur. »
Verse 43
विना त्वया न चान्यत्र रतिं यास्यति कर्हिचित् । भृगोः पत्न्यां समुत्पन्ना पत्न्येषा तव सुव्रता
Sans toi, jamais, en aucun temps, elle ne portera son amour ailleurs. Née de l’épouse de Bhṛgu, cette femme vertueuse est ton épouse, fidèle à la juste conduite.
Verse 44
देवदानवयत्नेन संभूता चोदधौ पुनः । भगवान्यत्र तत्रैषा अवतारं च कुर्वती
Elle fut de nouveau manifestée dans l’océan par l’effort conjoint des devas et des asuras. Cette Dame divine, où et quand il le faut, ne cesse de prendre des incarnations.
Verse 45
देवत्वे देवदेहा वै मानुषत्वे च मानुषी । त्वत्सहाया न संदेहो दांपत्यव्रतिनी चिरम्
Dans l’état divin, j’aurai vraiment un corps de deva ; et dans l’état humain, un corps humain. Sans nul doute je serai ton soutien, longtemps vouée au vœu de l’union conjugale.
Verse 46
यन्मया चात्र कर्त्तव्यं प्रभोतन्मां वदस्व वै । विष्णुरुवाच । यज्ञावसानं संजातं प्रेषितोहं तवांतिकं
« Ô Seigneur, dis-moi donc ce que je dois faire ici. » Viṣṇu dit : « Le yajña est parvenu à son achèvement ; j’ai été envoyé auprès de toi. »
Verse 47
सावित्रीमानय क्षिप्रं मया स्नानं समाचरेत् । आगच्छ त्वरिता देवि याहि तत्र मुदान्विता
«Amène vite Sāvitrī, afin que j’accomplisse le rite sacré du bain. Viens sans tarder, ô Déesse ; rends-toi là-bas, le cœur empli de joie.»
Verse 48
पश्यस्व स्वपतिं गत्वा देवैः सर्वैस्समन्वितम् । लक्ष्मीरुवाच । आर्ये उत्तिष्ठ शीघ्रं त्वं याहि यत्र पितामहः
«Va et vois ton propre époux, entouré de tous les dieux.» Lakṣmī dit : «Ô noble dame, lève-toi vite et va là où se tient le Pitāmaha (Brahmā).»
Verse 49
विना त्वया न यास्यामि स्पृष्टौ पादौ मया तव । उत्थाप्य साग्रहीद्धस्तं दक्षिणा दक्षिणे करे
«Sans toi, je n’irai pas. J’ai touché tes pieds.» L’ayant relevé, elle saisit fermement sa main : sa main droite tenant sa main droite.
Verse 50
चिरायमाणां सावित्रीं ज्ञात्वा देवः पितामहः । समीपस्थं महादेवमिदमाह तदा वचः
S’apercevant que Sāvitrī tardait à venir, le divin Pitāmaha (Brahmā) s’adressa alors à Mahādeva, qui se tenait tout près, en ces paroles.
Verse 51
गच्छ त्वमनया सार्द्धं पार्वत्याऽसुरदूषण । गौरी त्वदग्रतो यातु पश्चात्त्वं गच्छ शंकर
«Va de concert avec cette Pārvatī, ô destructeur des asuras. Que Gaurī marche devant toi ; et toi, ô Śaṅkara, avance derrière.»
Verse 52
प्रतिबोध्यानय यथा शीघ्रमायाति तत्कुरु । एवमुक्तौ तदा तौ तु पार्वतीपरमेश्वरौ
«Réveille-le et amène-le ici ; fais ce qu’il faut pour qu’il vienne sans tarder.» Ainsi interpellés, alors Pārvatī et Parameśvara (Śiva) agirent en conséquence.
Verse 53
गत्वादिष्टौ दंपती तां प्रोचतुर्ब्रह्मणः प्रियाम् । बृहत्कृत्यं त्वया तत्र करणीयं पतिव्रते
S’y étant rendus selon l’ordre, l’époux et l’épouse s’adressèrent à la bien-aimée de Brahmā : «Ô pativrata, là-bas une grande œuvre doit être accomplie par toi».
Verse 54
पृच्छस्वेमां वरारोहां गौरीं पर्वतनंदिनीम् । लक्ष्मीं चैतां विशालाक्षीमिंद्राणीं वा शुभानने
Ô toi au visage gracieux, interroge-la : cette noble Dame, Gaurī, fille de la montagne ; ou cette Lakṣmī aux vastes yeux ; ou encore Indrāṇī au visage de bon augure.
Verse 55
यासां वा श्रद्धधासि त्वं पृच्छ देवि नमोस्तु ते । आशीर्वादस्तया दत्तो देवदेवस्य शूलिनः
Ô Déesse, celle en qui tu places ta foi, interroge-la ; salutations à toi. Par elle fut accordée une bénédiction à Śūlin, le Dieu des dieux.
Verse 56
शरीरार्धे च ते गौरी सदा स्थास्यति शंकर । अनया शोभसे देव त्वया त्रैलोक्यसुंदर
Ô Śaṅkara, Gaurī demeurera à jamais dans la moitié de ton corps. Avec elle tu resplendis, ô Deva ; et par toi elle devient la beauté des trois mondes.
Verse 57
सुखभागि जगत्सर्वं त्वया नाथेन शत्रुहन् । एवं ब्रुवंती सावित्री गृहीता ब्रह्मणः प्रिया
«Avec toi pour Seigneur, ô destructeur des ennemis, le monde entier devient participant du bonheur.» Ainsi parla Sāvitrī —la bien-aimée de Brahmā— et elle fut reçue comme épouse.
Verse 58
गौर्य्या च वामहस्ते तु लक्ष्म्या वै दक्षिणे करे । अभिवंद्य तु तां देवीं शंकरो वाक्यमब्रवीत्
Tenant Gaurī de la main gauche et Lakṣmī de la main droite, Śaṅkara, après avoir rendu hommage à cette Déesse, prononça ces paroles.
Verse 59
एह्यागच्छ महाभागे यत्र तिष्ठति ते पतिः । तत्र गच्छ वरारोहे स्त्रीणां भर्ता परागतिः
Viens, ô fortunée; va là où demeure ton époux. Va en ce lieu, ô dame aux belles hanches; car pour la femme, le mari est le refuge suprême.
Verse 60
बृहदाग्रहणे देवि प्रणयाद्गंतुमर्हसि । लक्ष्मीश्चैषा पार्वती च स्थिता देवि तवाग्रतः
Ô Déesse, par amour tu dois consentir à aller vers la grande étreinte. Et voici, devant toi, ô Devī, se tiennent aussi Lakṣmī et Pārvatī.
Verse 61
एतयोर्वचसा देवि आवयोश्च शुभानने । मानभंगो न ते कर्तुं यज्यते ब्रह्मणः प्रिये
Ô Déesse au visage radieux, par les paroles de ces deux et par notre propre engagement, il ne convient pas que nous te fassions subir la moindre humiliation, ô bien-aimée de Brahmā.
Verse 62
अस्मदभ्यर्थिता देवि तत्र याहि मुदान्विता । गौर्युवाच । अहं च ते प्रिया देवि सर्वदा वदसि स्वयम्
Ô Déesse, puisque nous t’en avons priée, rends-toi là-bas dans la joie. Gaurī dit : «Moi aussi je t’ai chère, ô Déesse — toi-même le dis toujours».
Verse 63
लक्ष्मीश्च ते करे लग्ना दक्षिणे च मया धृता । एह्यागच्छ महाभागे यत्र तिष्ठति ते पतिः
Lakṣmī s’est attachée à ta main, et moi j’ai saisi ta main droite. Viens, ô très fortunée ; allons là où se tient ton époux.
Verse 64
नीता सा तु तदा ताभ्यां देवी सा मध्यतः कृता । पुरस्सरौ विष्णुरुद्रौ शक्राद्याश्च तथा सुराः
Alors cette Déesse fut conduite par ces deux-là et placée au milieu ; devant marchaient Viṣṇu et Rudra, ainsi qu’Indra et les autres dieux.
Verse 65
गंधर्वाप्सरसश्चैव त्रैलोक्यं सचराचम् । तत्रायाता च सा देवी सावित्री ब्रह्मणः प्रिया
Avec les Gandharvas et les Apsaras, les trois mondes entiers — mobiles et immobiles — s’y rassemblèrent. Alors arriva aussi la Déesse Sāvitrī, bien-aimée de Brahmā.
Verse 66
सावित्रीं सुमुखीं दृष्ट्वा सर्वलोकपितामहः । गायत्र्या सहितो ब्रह्मा इदं वचनमब्रवीत्
Voyant Sāvitrī au beau visage, Brahmā, l’aïeul de tous les mondes, accompagné de Gāyatrī, prononça ces paroles.
Verse 67
एषा देवी कर्मकरी अहं ते वशगस्थितः । समादिश वरारोहे यत्ते कार्यं मया त्विह
Cette Déesse est prête telle une servante; moi aussi je demeure sous ton pouvoir. Ordonne, ô toi aux hanches gracieuses, toute œuvre que tu veux que j’accomplisse ici.
Verse 68
एवमुक्ता च सा देवी स्वयं देवेन ब्रह्मणा । त्रपयाधोमुखी देवी न च किंचिदवोचत
Ainsi interpellée par le dieu Brahmā lui-même, la Déesse, le visage baissé par pudeur, ne prononça pas un seul mot.
Verse 69
पादयोः पतिता देवी गायत्री ब्रह्मचोदिता । कृतवत्यपराधं ते क्षम देवि नमोस्तु ते
Poussée par Brahmā, la déesse Gāyatrī se jeta à tes pieds et dit : «J’ai commis une offense envers toi. Pardonne-moi, ô Déesse; salutations à toi».
Verse 70
आलिंग्य सादरं कंठे सा परिष्वज्य पीडितां । गायत्रीं सांत्वयामास मान्यश्चैष पतिर्मम
L’enlaçant avec respect autour du cou, elle serra contre elle la Gāyatrī accablée et la réconforta en disant : «Mon époux est vraiment digne d’honneur».
Verse 71
कर्त्तव्यं वचनं तस्य स्त्रीणां प्राणेश्वरः पतिः । उक्तं भगवता पूर्वं सृष्टिकाले विरिंचिना
Pour les femmes, l’époux—seigneur même de leur souffle de vie—est celui dont la parole doit être accomplie. Cela fut jadis proclamé par le Bienheureux Viriñci (Brahmā) au temps de la création.
Verse 72
न च स्त्रीणां पृथग्यज्ञो न व्रतं नाप्युपोषणम् । भर्ता यद्वदते वाक्यं तत्तु कुर्यादकुत्सया
Pour les femmes, il n’est point de sacrifice séparé, ni de vœu distinct, ni même de jeûne comme observance indépendante. Quelle que soit la parole que le mari prononce, qu’elle l’accomplisse sans mépris.
Verse 73
भर्तृनिंदां या कुरुते स्वसृनिंदां तथैव च । परिवादं प्रलापं वा नरकं सा तु गच्छति
La femme qui blâme son mari, et de même blâme sa sœur, et qui se livre à la médisance ou à des propos vains et malveillants, celle-là, en vérité, va en enfer.
Verse 74
पत्यौ जीवति या नारी उपवासव्रतं चरेत् । आयुष्यं हरते भर्तुर्मृता नरकमिच्छति
La femme qui observe un vœu de jeûne alors que son mari est encore vivant, ravit la durée de vie de son époux; et, après la mort, elle va en enfer.
Verse 75
एवं ज्ञात्वा त्वया भर्तुर्न कार्यं विप्रियं सति । न चास्य दक्षिणं त्वंगं त्वया सेव्यं कथंचन
Sachant cela, ô femme vertueuse, ne fais rien qui déplaise à ton mari. Et jamais, en aucune circonstance, ne sers ni ne te tiens à son côté droit.
Verse 76
सर्वकार्ये त्वहं चास्य दक्षिणं पक्षमाश्रिता । सव्यं त्वमायेस्साध्वि पार्श्वे नारदपुष्करौ
«Dans toute action, je demeure à son côté droit; toi, noble dame, viens à sa gauche. Aux deux côtés se tiennent Nārada et Puṣkara.»
Verse 77
ब्रह्मस्थानानि चान्यानि स्थितान्यायतनानि च । लभे वै शोभमानेह यावत्सृष्टिः प्रजायते
Puissé-je obtenir en vérité le mérite de ces demeures resplendissantes de Brahmā et des autres sièges sacrés établis ici, tant que la création continue de se déployer.
Verse 78
भवत्या च मया चैव स्थातव्यं च न संशयः । पुष्करे ब्रह्मणः पार्श्वे वामं च त्वं समाश्रय
Toi et moi devons demeurer ici, sans aucun doute. À Puṣkara, auprès de Brahmā, prends place à sa gauche.
Verse 79
अनेन चोपदेशेन सुखं तिष्ठ मयान्विता । गायत्र्युवाच । एवमेतत्करिष्यामि तव निर्देशकारिका
«Par cet enseignement, demeure heureuse, accompagnée de moi.» Gāyatrī dit : «Ainsi soit-il ; j’agirai selon ton indication.»
Verse 80
तवैवाज्ञा मया कार्या त्वं मे प्राणसमा सखी । अहं ते त्वनुजा देवि सदा मां पातुमर्हसि
Ton ordre seul doit être accompli par moi. Tu es mon amie, aussi chère que mon souffle même. Ô Déesse, je suis ta cadette : daigne me protéger toujours.
Verse 81
देवदेवस्तदा ब्रह्मा पुष्करे विष्णुना सह । स्नानावसाने देवानां सर्वेषां प्रददौ वरान्
Alors le Dieu des dieux, Brahmā — avec Viṣṇu à Puṣkara —, à l’issue du bain sacré, accorda des grâces à tous les dieux.
Verse 82
देवानां च पतिं शक्रं ज्योतिषां च दिवाकरं । नक्षत्राणां तथा सोमं रसानां वरुणं तथा
Il établit Indra (Śakra) comme seigneur des dieux; le Soleil (Divākara) comme chef des luminaires; Soma (la Lune) comme maître des constellations; et Varuṇa comme seigneur des eaux et de leurs essences.
Verse 83
प्रजापतीनां दक्षं च नदीनां चैव सागरं । कुबेरं च धनाध्यक्षं तथा चक्रे च रक्षसां
Il désigna Dakṣa parmi les Prajāpatis; Sāgara parmi les fleuves; Kubera comme gardien des richesses; et de même il établit un souverain pour les Rākṣasas.
Verse 84
भूतानां चैव सर्वेषां गणानां च पिनाकिनम् । मानवानां मनुं चैव पक्षिणां गरुडं तथा
Parmi tous les êtres, il est le premier; parmi les troupes d’assistants, le Porteur du Pināka (Śiva); parmi les hommes, Manu; et parmi les oiseaux, Garuḍa également.
Verse 85
ऋषीणां च वसिष्ठं च ग्रहाणां च प्रभाकरं । एवमादीनि वै दत्वा देवदेवः पितामहः
Et parmi les ṛṣis il assigna Vasiṣṭha; et parmi les planètes il établit Prabhākara (le Soleil). Ayant ainsi conféré ces charges et d’autres semblables, le Pitāmaha, Dieu des dieux, poursuivit.
Verse 86
विष्णुं च शंकरं चैव ब्रह्मा प्रोवाच सादरम् । पृथिव्याः सर्वतीर्थेषु भवंतौ पूज्यसत्तमौ
Alors Brahmā s’adressa avec respect à Viṣṇu et à Śaṅkara : «Dans tous les tīrthas sacrés de la terre, vous deux êtes les plus sublimes et les plus dignes d’être adorés».
Verse 87
भवद्भ्यां न विना तीर्थं पुण्यतामेति कर्हिचित् । लिंगं वा प्रतिमा वापि दृश्यते यत्रकुत्रचित्
Sans vous deux, nul tīrtha n’atteint jamais la sainteté; qu’on y voie un liṅga ou une image sacrée, où que ce soit.
Verse 88
तत्तीर्थं पुण्यतां याति सर्वमेव फलप्रदं । मानवा ह्युपहारैश्च ये करिष्यंति पूजनं
Ce tīrtha gagne une sainteté plus haute et devient pleinement dispensateur de fruits, lorsque les hommes y accomplissent le culte avec des offrandes.
Verse 89
युष्माकं मां पुरस्कृत्य तेषां रोगभयं कुतः । येषु राष्ट्रेषु युष्माकमुत्सवाः पूजनादिकाः
Lorsqu’ils me placent au premier rang comme divinité présidante, d’où viendrait pour eux la crainte des maladies, dans ces royaumes où vos fêtes, cultes et rites connexes sont accomplis comme il se doit ?
Verse 90
प्रवर्त्स्यंति क्रियाः सर्वा यत्फलं तेषु तच्छृणु । नाधयो व्याधयश्चैव नोपसर्गा न क्षुद्भयं
Tous les rites prescrits se déploieront; écoutez maintenant le fruit qui en naît : point d’afflictions de l’esprit, point de maladies, point de calamités, point de crainte de la faim.
Verse 91
विप्रयोगो न चापीष्टैरनिष्टैर्नापि संगतिः । नाक्षिरोगः शिरार्तिर्वा पित्तशूल भगंदराः
Nulle séparation d’avec les êtres chers, nulle fréquentation de ce qui est indésirable; point de maladie des yeux ni de douleur de tête, ni de maux tels que la colique bilieuse et la fistule.
Verse 92
नाभिचारं भयं तत्रापस्मारो न विषूचिका । वृद्धिर्निकामतस्तस्मिन्सम्यग्बुद्धिरनुत्तमा
Là, nulle crainte de sorcellerie ne s’élève; ni l’épilepsie ni le choléra n’y surviennent. En ce lieu, on obtient la prospérité selon son vœu et une clarté sans égale de la juste compréhension.
Verse 93
आरोग्यं सर्वतश्चैव दीर्घायुश्च प्रजाधनं । नाकाले भविता मृत्युर्गावो नाल्पपयोमुचः
Là, la santé sera de toutes parts, ainsi qu’une longue vie et l’abondance en peuple et en richesses. La mort ne viendra pas avant l’heure, et les vaches ne donneront pas un lait chiche.
Verse 94
नाकालफलिता वृक्षा नोत्पातभयमण्वपि । एतच्छ्रुत्वा ततो विष्णुर्ब्रह्माणं स्तोतुमुद्यतः
Les arbres ne portaient pas de fruits hors saison, et il n’y avait pas même la plus légère crainte de calamités. Ayant entendu cela, Viṣṇu se mit alors en route pour louer Brahmā.
Verse 95
विष्णुरुवाच । नमोस्त्वनंताय विशुद्धचेतसे स्वरूपरूपाय सहस्रबाहवे । सहस्ररश्मिप्रभवाय वेधसे विशालदेहाय विशुद्धकर्मणे
Viṣṇu dit : Hommage à l’Infini, à la conscience parfaitement purifiée; à Celui dont l’essence même est la Forme suprême; au Seigneur aux mille bras; à la source de mille rayons; au Créateur (Vedhas); à Celui dont le corps cosmique est immense; et à Celui dont les actes sont absolument purs.
Verse 96
समस्तविश्वार्तिहराय शंभवे समस्तसूर्यानलतिग्मतेजसे । नमोस्तु विद्यावितताय चक्रिणे समस्तधीस्थानकृते सदा नमः
Hommage à Śambhu, qui ôte les souffrances de l’univers entier, dont l’éclat pénétrant égale celui de tous les soleils et de tous les feux. Hommage au Porteur du disque, vaste déploiement de toute connaissance; hommage éternel à Celui qui est le sol et le soutien de tout intellect.
Verse 97
अनादिदेवाच्युत शेखरप्रभो भाव्युद्भवद्भूतपते महेश्वर । महत्पते सर्वपते जगत्पते भुवस्पते भुवनपते सदा नमः
Ô Dieu sans commencement, ô Acyuta, ô Seigneur rayonnant couronné de souveraineté; ô Mahādeva, Maître des êtres—de ceux à venir, de ceux qui naissent et de ceux qui furent—; Seigneur du grand, Seigneur de tous, Seigneur du monde, Seigneur de la terre, Seigneur de l’univers: à Toi, toujours, je me prosterne.
Verse 98
यज्ञेश नारायण जिष्णु शंकर क्षितीश विश्वेश्वर विश्वलोचन । शशांकसूर्याच्युतवीरविश्वप्रवृत्तमूर्तेमृतमूर्त अव्यय
Ô Seigneur du sacrifice, Nārāyaṇa; ô l’Invaincu; ô Śaṅkara; ô seigneur de la terre; ô Seigneur de l’univers, ô Regard qui voit tout—dont la forme manifestée met en mouvement le monde entier, resplendissant comme la lune et le soleil; ô Acyuta, ô héros de l’univers—ô Impérissable, ô Inaltérable.
Verse 99
ज्वलद्धुताशार्चि निरुद्धमंडल प्रदेशनारायण विश्वतोमुख । समस्तदेवार्तिहरामृताव्यय प्रपाहि मां शरणगतं तथा विभो
Ô Nārāyaṇa, dont la sphère est contenue par des langues de feu flamboyantes; ô Seigneur de l’univers aux visages tournés vers tous les côtés; ô toi qui ôtes la détresse de tous les devas, ô Immortel et Impérissable—protège-moi, car je suis venu à Toi en refuge, ô Seigneur tout-puissant.
Verse 100
वक्त्राण्यनेकानि विभो तवाहं पश्यामि यज्ञस्य गतिं पुराणम् । ब्रह्माणमीशं जगतां प्रसूतिं नमोस्तु तुभ्यं प्रपितामहाय
Ô Seigneur, je contemple tes nombreux visages. Je vois la voie antique et l’ultime accomplissement du sacrifice. Tu es Brahmā—le Souverain, la source des mondes. Salut à Toi, ô Grand Aïeul.
Verse 101
संसारचक्रक्रमणैरनेकैः क्वचिद्भवान्देववराधिदेवः । तत्सर्वविज्ञानविशुद्धसत्वैरुपास्यसे किं प्रणमाम्यहं त्वाम्
Au fil de maintes révolutions de la roue du saṃsāra, vient un jour où l’on Te rencontre: Seigneur suprême, au-dessus même des meilleurs des devas. Ceux dont l’être est purifié par la connaissance parfaite T’adorent; que puis-je donc faire, sinon me prosterner devant Toi?
Verse 102
एवं भवंतं प्रकृतेः पुरस्ताद्यो वेत्त्यसौ सर्वविदां वरिष्ठः । गुणान्वितेषु प्रसभं विवेद्यो विशालमूर्तिस्त्विह सूक्ष्मरूपः
Ainsi, celui qui Te connaît comme existant avant la Prakṛti est le plus éminent de tous les connaisseurs. Bien que l’on Te discerne puissamment dans les êtres pourvus de guṇas, ici Tu revêts une forme immense, et pourtant Ta nature véritable demeure subtile.
Verse 103
वाक्पाणिपादैर्विगतेन्द्रियोपि कथं भवान्वै सुगतिस्सुकर्मा । संसारबंधे निहितेंद्रियोपि पुनः कथं देववरोसि वेद्यः
Bien que Tu sois privé de parole, de mains et de pieds, comment es-Tu vraiment un bienheureux aux œuvres méritoires ? Et bien que Tes sens soient placés dans les liens du saṃsāra, comment es-Tu de nouveau connu comme le meilleur des dieux, digne d’être compris ?
Verse 104
मूर्त्तादमूर्त्तं न तु लभ्यते परं परं वपुर्देवविशुद्धभावैः । संसारविच्छित्तिकरैर्यजद्भिरतोवसीयेत चतुर्मुख त्वम्
Du manifesté, on n’atteint pas le Suprême non-manifesté ; c’est plutôt la Forme suprême qui est atteinte par ceux dont la dévotion envers le Seigneur est purifiée. C’est pourquoi, ô Toi aux quatre visages, demeure auprès de ceux qui adorent d’une manière qui tranche le saṃsāra.
Verse 105
परं न जानंति यतो वपुस्ते देवादयोप्यद्भुतरूपधारिन् । विभोवतारेग्रतरं पुराणमाराधयेद्यत्कमलासनस्थम्
Même les dieux et les autres ne connaissent pas pleinement Ta forme suprême, ô Toi qui portes des apparences merveilleuses. C’est pourquoi, ô Seigneur qui pénètres tout, il faut vénérer ce Purāṇa, le plus excellent parmi Tes manifestations : celui qui repose auprès de l’Assis-sur-le-lotus (Brahmā).
Verse 106
न ते तत्त्वं विश्वसृजोपि योनिमेकांततो वेत्ति विशुद्धभावः । परं त्वहं वेद्मि कथं पुराणं भवंतमाद्यं तपसा विशुद्धम्
Même le créateur de l’univers, bien que d’une disposition pure, ne connaît pas entièrement Ta réalité véritable, Ta source. Comment donc pourrais-je Te connaître, ô Très-Ancien, primordial et purifié par l’austérité (tapas) ?
Verse 107
पद्मासनो वै जनकः प्रसिद्ध एवं प्रसिद्धिर्ह्यसकृत्पुराणात् । संचिंत्य ते नाथ विभुं भवंतं जानाति नैवं तपसाविहीनः
Janaka est en vérité renommé comme « assis sur le lotus » ; et cette renommée est maintes fois attestée dans les Purāṇa. Pourtant, ô Seigneur, c’est seulement par une profonde contemplation de Toi—le Souverain—que l’on Te connaît réellement ; celui qui est dépourvu d’austérité ne le peut.
Verse 108
अस्मादृशैश्च प्रवरैर्विबोध्यं त्वां देवमूर्खाः स्वमतिं विभज्य । प्रबोद्धुमिच्छन्ति न तेषु बुद्धिरुदारकीर्तिष्वपि वेदहीनाः
C’est par des êtres éminents comme nous que Tu dois être instruit, ô Dieu ; pourtant ces insensés, divisant et s’attachant à leurs propres opinions, veulent T’instruire. En eux il n’y a pas de véritable intelligence ; même lorsqu’ils profèrent des louanges grandiloquentes, ils demeurent privés de la connaissance védique.
Verse 109
जन्मांतरैर्वेद विवेकबुद्धिभिर्भवेद्यथा वा यदि वा प्रकाशः । तल्लाभलुब्धस्य न मानुषत्वं न देवगंधर्वपतिः शिवः स्यात्
Quand bien même, au fil de nombreuses naissances, on obtiendrait l’intelligence discriminante des Veda, ou même l’illumination spirituelle, celui qui convoite le gain de cet acquis n’est pas vraiment humain ; jamais il ne pourrait devenir Śiva, l’auspicieux seigneur des dieux et des Gandharva.
Verse 110
न विष्णुरूपो भगवान्सुसूक्ष्मः स्थूलोसि देवः कृतकृत्यतायाः । स्थूलोपि सूक्ष्मः सुलभोसि देव त्वद्बाह्यकृत्या नरकेपतंति
Ô Seigneur—sans te manifester sous une forme de Viṣṇu—Tu es d’une subtilité suprême ; et pourtant, ô Dieu, Tu es aussi manifeste, menant les êtres à l’accomplissement. Manifeste, Tu es subtil ; subtil, Tu es aisément accessible. Mais ceux dont les actes ne sont qu’extérieurs, sans vraie dévotion envers Toi, tombent en enfer.
Verse 111
विमुच्यते वा भवति स्थितेस्मिन्दस्रेन्दुवह्न्यर्कमरुन्महीभिः । तत्वैः स्वरूपैः समरूपधारिभिरात्मस्वरूपे वितत स्वभावः
En cet état, on est délivré (des liens) ou l’on parvient au véritable être ; car sa nature se déploie dans la forme même du Soi, au moyen des tattva dans leurs formes propres, prenant des figures correspondantes comme les Aśvin, la Lune, le Feu, le Soleil, le Vent et la Terre.
Verse 112
इति स्तुतिं मे भगवन्ह्यनंत जुषस्व भक्तस्य विशेषतश्च । समाधियुक्तस्य विशुद्धचेतसस्त्वद्भावभावैकमनोनुगस्य
Ainsi, ô Seigneur Bienheureux, ô Ananta, daigne accueillir cet hymne de ma part—surtout de moi, Ton dévot—établi dans le samādhi, au mental purifié, et dont l’unique attention ne suit que la contemplation de Ton Être.
Verse 113
सदा हृदिस्थो भगवन्नमस्ते नमामि नित्यं भगवन्पुराण । इति प्रकाशं तव मे तदीशस्तवं मया सर्वगतिप्रबुद्ध
Ô Seigneur Bienheureux, demeurant à jamais dans mon cœur, hommage à Toi. Ô Purāṇa vénérable et divin, je me prosterne devant toi sans cesse. Ainsi, ô Maître, que cet hymne de louange à Toi se manifeste par moi, éveillé à toutes les voies de compréhension.
Verse 114
संसारचक्रे भ्रमणादियुक्ता भीतिं पुनर्नः प्रतिपालयस्व
Enchaînés à l’errance dans la roue du saṃsāra, nous tremblons—protège-nous encore.
Verse 115
ब्रह्मोवाच । सर्वज्ञस्त्वं न संदेहो प्रज्ञाराशिश्च केशव । देवानां प्रथमः पूज्यः सर्वदा त्वं भविष्यसि
Brahmā dit : «Tu es omniscient, sans aucun doute, et tu es un trésor de sagesse, ô Keśava. Parmi les dieux, tu seras toujours le premier, digne d’adoration».
Verse 116
नारायणादनंतरं रुद्रो भक्त्या विरिंचनम् । तुष्टाव प्रणतो भूत्वा ब्रह्माणं कमलोद्भवम्
Après Nārāyaṇa, Rudra, rempli de dévotion, se prosterna et loua Viriñca (Brahmā), le Seigneur né du lotus.
Verse 117
नमः कमलपत्राक्ष नमस्ते पद्मजन्मने । नमः सुरासुरगुरो कारिणे परमात्मने
Hommage à Toi, aux yeux pareils aux pétales du lotus ; hommage à Toi, né du lotus. Hommage au maître des dieux et des asuras, au Soi suprême, auteur de toute œuvre.
Verse 118
नमस्ते सर्वदेवेश नमो वै मोहनाशन । विष्णोर्नाभिस्थितवते कमलासन जन्मने
Hommage à Toi, Seigneur de tous les dieux ; hommage, en vérité, à Celui qui détruit l’illusion. Ô Toi qui sièges sur le lotus, né du lotus demeurant au nombril de Viṣṇu.
Verse 119
नमो विद्रुमरक्तांग पाणिपल्लवशोभिने । शरणं त्वां प्रपन्नोस्मि त्राहि मां भवसंसृतेः
Hommage à Toi, dont les membres sont rouges comme le corail, dont les mains resplendissent comme de tendres pousses. En Toi je prends refuge ; délivre‑moi du cycle du devenir.
Verse 120
पूर्वं नीलांबुदाकारं कुड्मलं ते पितामह । दृष्ट्वा रक्तमुखं भूयः पत्रकेसरसंयुतम्
Auparavant, ô Pitāmaha, ayant vu ce bouton semblable à un nuage sombre de pluie, puis l’ayant revu avec une bouche teintée de rouge, pourvu de pétales et de filaments—
Verse 121
पद्मं चानेकपत्रान्तमसंख्यातं निरंजनम् । तत्र स्थितेन त्वयैषा सृष्टिश्चैव प्रवर्तिता
Et il y avait un lotus aux pétales innombrables, infini et sans tache ; et Toi, assis là, cette création fut véritablement mise en mouvement.
Verse 122
त्वां मुक्त्वा नान्यतस्त्राणं जगद्वंद्य नमोस्तु ते । सावित्रीशापदग्धोहं लिंगं मे पतितं क्षितौ
Hors de toi, il n’est point d’autre refuge. Ô toi que le monde entier vénère, salutations à toi. Brûlé par la malédiction de Sāvitrī, je suis anéanti ; mon liṅga est tombé sur la terre.
Verse 123
इदानीं कुरु मे शांतिं त्राहि मां सह भार्यया । ब्रह्मा वै पातु मे पादौ जंघे वै कमलासनः
À présent, accorde-moi la paix ; protège-moi avec mon épouse. Que Brahmā, assis sur le lotus, garde mes pieds ; et que le Lotus-siégeant protège mes jambes.
Verse 124
विरिंचो मे कटिं पातु सृष्टिकृद्गुह्यमेव च । नाभिं पद्मनिभः पातु जठरं चतुराननः
Que Viriñca protège ma taille, et que le Créateur garde aussi mes parties secrètes. Que le semblable au lotus protège mon nombril, et que le Quatre-Visages protège mon ventre.
Verse 125
उरस्तु विश्वसृक्पातु हृदयं पातु पद्मजः । सावित्रीपतिर्मे कंठं हृषीकेशो मुखं मम
Que Viśvasṛk protège ma poitrine ; que Padmaja garde mon cœur. Que l’époux de Sāvitrī protège ma gorge, et que Hṛṣīkeśa protège mon visage.
Verse 126
पद्मवर्णश्च नयने परमात्मा शिरो मम । एवं न्यस्य गुरोर्नाम शंकरो नामशंकरः
Que le Lotus-hué demeure dans mes yeux ; que le Soi suprême soit ma tête. Ainsi, ayant assigné et déposé le Nom du Guru, il devient « Śaṅkara », le sanctificateur du Nom.
Verse 127
नमस्ते भगवन्ब्रह्मन्नित्युक्त्वा विरराम ह । ततस्तुष्टो हरं ब्रह्मा वाक्यमेतदुवाच ह
Ayant ainsi dit : « Salut à Toi, ô Brahman bienheureux », il se tut. Alors Brahmā, satisfait de Hara (Śiva), prononça ces paroles.
Verse 128
कं ते कामं करोम्यद्य पृच्छ मां यद्यदिच्छसि । रुद्र उवाच । यदि प्रसन्नो मे नाथ वरदो यदि वा मम
«Quel désir tiens-tu à ce que j’accomplisse aujourd’hui ? Demande-moi tout ce que tu veux.» Rudra dit : «Si Tu es satisfait de moi, ô Seigneur—si Tu veux m’accorder une grâce—alors, pour moi…».
Verse 129
तदेकं मे वद विभो यस्मिन्स्थाने भवान्स्थितः । केषुकेषु च स्थानेषु त्वां पश्यंति सदा द्विजाः
Ô Seigneur, dis-moi ce lieu unique où Tu demeures ; et en quels lieux les deux-fois-nés (dvija) Te contemplent-ils sans cesse ?
Verse 130
नाम्ना च केन ते स्थानं शोभते धरणीतले । तन्मे वदस्व सर्वेश तव भक्तिरतस्य च
Et sous quel nom Ton lieu sacré resplendit-il à la surface de la terre ? Dis-le-moi, ô Seigneur de tout, car je suis voué à Toi par la bhakti.
Verse 131
ब्रह्मोवाच । पुष्करेहं सुरश्रेष्ठो गयायां च चतुर्मुखः । कान्यकुब्जे देवगर्भो भृगुकक्षे पितामहः
Brahmā dit : «À Puṣkara, je suis (connu comme) Suraśreṣṭha ; à Gayā, comme Caturmukha, le Quatre-Visages. À Kānyakubja, (je suis nommé) Devagarbha ; et à Bhṛgukakṣa, Pitāmaha, le Grand-Père primordial.»
Verse 132
कावेर्य्यां सृष्टिकर्ता च नंदिपुर्य्यां बृहस्पतिः । प्रभासे पद्मजन्मा च वानर्यां च सुरप्रियः
Au bord de la Kāverī, Il est Sṛṣṭikartā, le Créateur ; à Nandipurī, Il est Bṛhaspati ; à Prabhāsa, Il est Padmajanmā ; et à Vānarī, Il est Surapriya, aimé des dieux.
Verse 133
द्वारवत्यां तु ऋग्वेदी वैदिशे भुवनाधिपः । पौंड्रके पुंडरीकाक्षः पिंगाक्षो हस्तिनापुरे
À Dvāravatī, Il est adoré comme Ṛgvedī ; à Vidiśā, comme Bhuvanādhipa, Seigneur des mondes ; à Pauṇḍra, comme Puṇḍarīkākṣa, aux yeux de lotus ; et à Hastināpura, comme Piṅgākṣa, aux yeux d’or.
Verse 134
जयंत्यां विजयश्चास्मि जयंतः पुष्करावते । उग्रेषु पद्महस्तोहं तमोनद्यां तमोनुदः
À Jayantī, Je suis connu comme Vijaya ; à Puṣkarāvata, Je suis Jayanta. Parmi les Ugras, Je suis Padmahasta, à la main de lotus ; et près de la Tamo-nadī, Je suis Tamo-nuda, Celui qui chasse les ténèbres.
Verse 135
अहिच्छन्ने जया नंदी कांचीपुर्यां जनप्रियः । ब्रह्माहं पाटलीपुत्रे ऋषिकुंडे मुनिस्तथा
À Ahicchanna, Je suis Jayā ; à Kāñcīpurī, Je suis Nandī, aimé du peuple. À Pāṭalīputra, Je suis Brahmā ; et à Ṛṣikuṇḍa, Je suis pareillement le Muni, le sage saint.
Verse 136
महितारे मुकुंदश्च श्रीकंठः श्रीनिवासिते । कामरूपे शुभाकारो वाराणस्यां शिवप्रियः
À Mahitāra, Il est Mukunda, dispensateur de délivrance ; à Śrīnivāsa, Il est Śrīkaṇṭha. À Kāmarūpa, Il est Śubhākāra, de forme bénie ; et à Vārāṇasī, Il est Śivapriya, aimé de Śiva.
Verse 137
मल्लिकाक्षे तथा विष्णुर्महेंद्रे भार्गवस्तथा । गोनर्दे स्थविराकार उज्जयिन्यां पितामहः
À Mallikākṣa, il est adoré comme Viṣṇu ; à Mahendra, comme Bhārgava ; à Gonarda, sous la forme d’un ascète âgé ; et à Ujjayinī, comme Pitāmaha, le Grand-Père, Brahmā.
Verse 138
कौशांब्यां तु महाबोधिरयोध्यायां च राघवः । मुंनींद्रश्चित्रकूटे तु वाराहो विंध्यपर्वते
À Kauśāmbī se tient la Grande Bodhi ; à Ayodhyā, Rāghava (Rāma). À Citrakūṭa demeure le Seigneur des sages ; et sur la montagne Vindhya, Varāha.
Verse 139
गंगाद्वारे परमेष्ठी हिमवत्यपि शंकरः । देविकायां स्रुचाहस्तः स्रुवहस्तश्चतुर्वटे
À Gaṅgādvāra se tient Parameṣṭhī (Brahmā) ; à Himavat, Śaṅkara (Śiva). À Devikā, il apparaît la louche sacrificielle en main, et à Caturvaṭa il tient la cuillère des offrandes.
Verse 140
वृंदावने पद्मपाणिः कुशहस्तश्च नैमिषे । गोप्लक्षे चैव गोपीन्द्रः सचंद्रो यमुनातटे
À Vṛndāvana, il est Padmapāṇi ; à Naimiṣa, Kuśahasta. À Goplakṣa, il est Gopīndra ; et sur la rive de la Yamunā, il est Sa-candra.
Verse 141
भागीरथ्यां पद्मतनुर्जलानंदो जलंधरे । कौंकणे चैव मद्राक्षः कांपिल्ये कनकप्रियः
Sur la Bhāgīrathī (Gaṅgā), il est Padmatanū ; à Jalaṅdhara, il est Jalānanda. Dans le Koṅkaṇa, il est Madrākṣa ; et à Kāmpilya, il est Kanakapriya.
Verse 142
वेंकटे चान्नदाता च शंभुश्चैव क्रतुस्थले । लंकायां च पुलस्त्योहं काश्मीरे हंसवाहनः
À Veṅkaṭa, je suis Annadātā, le dispensateur de nourriture ; sur le lieu du sacrifice, je suis Śambhu ; à Laṅkā, je suis Pulastya ; et au Kāśmīra, je suis Haṃsavāhana, celui qui monte le cygne.
Verse 143
वसिष्ठश्चार्बुदे चैव नारदश्चोत्पलावते । मेलके श्रुतिदाताहं प्रपाते यादसांपतिः
Vasiṣṭha demeure à Arbuda, et Nārada à Otpalāvata. À Melaka, je suis le donateur du savoir sacré ; et à Prapāta, je suis le seigneur des êtres des eaux.
Verse 144
सामवेदस्तथा यज्ञे मधुरे मधुरप्रियः । अंकोटे यज्ञभोक्ता च ब्रह्मवादे सुरप्रियः
Dans le sacrifice, je suis le Sāma-Veda ; dans la douceur, je suis l’ami du doux. À Aṃkoṭa, je suis le jouisseur du sacrifice ; et dans la parole sur Brahman, je suis cher aux dieux.
Verse 145
नारायणश्च गोमंते मायापुर्यां द्विजप्रियः । ऋषिवेदे दुराधर्षो देवायां सुरमर्दनः
Nārāyaṇa, à Gomanta, est connu comme le bien-aimé des dvija de Māyāpura. Dans Ṛṣiveda, il est invincible ; et à Devāyā, il écrase les ennemis des dieux.
Verse 146
विजयायां महारूपः स्वरूपो राष्ट्रवर्द्धने । पृथूदरस्तु मालव्यां शाकंभर्यां रसप्रियः
À Vijayā, il est Mahārūpa, la grande Forme ; à Rāṣṭravardhana, il est Svarūpa, la forme essentielle. En Mālavā, il est Pṛthūdara ; et à Śākambharī, il est Rasapriya, l’ami des saveurs.
Verse 147
पिंडारके तु गोपालः शंखोद्धारेंगवर्द्धनः । कादंबके प्रजाध्यक्षो देवाध्यक्षः समस्थले
À Piṇḍāraka, Il est Gopāla ; à Śaṅkhoddhāra, Il est Aṅga-varddhana. À Kādambaka, Il est Prajādhyakṣa ; et à Samasthala, Il est Devādhyakṣa.
Verse 148
गंगाधरो भद्रपीठे जलशाप्यहमर्बुदे । त्र्यंबके त्रिपुराधीशः श्रीपर्वते त्रिलोचनः
À Bhadrapīṭha, Je suis Gaṅgādhara, le porteur de la sainte Gaṅgā ; à Arbuda, Je suis Jalaśāpy(a). À Tryambaka, Je suis Tripurādhīśa ; sur Śrīparvata, Je suis Trilocana, le Trois-Yeux.
Verse 149
महादेवः पद्मपुरे कापाले वैधसस्तथा । शृंगिबेरपुरे शौरिर्नैमिषे चक्रपाणिकः
À Padmapura, Il est vénéré comme Mahādeva ; à Kāpāla, de même comme Vaidhāsa. À Śṛṅgiberapura, Il est Śauri ; et à Naimiṣa, Il est Cakrapāṇi, Celui qui porte le disque.
Verse 150
दंडपुर्यां विरूपाक्षो गौतमो धूतपापके । हंसनाथो माल्यवति द्विजेंद्रो वलिके तथा
À Daṇḍapurī, Il est Virūpākṣa ; à Dhūtapāpaka, Il est Gautama. À Mālyavatī, Il est Haṃsanātha ; et de même à Valikā, Il est Dvijendra, seigneur des deux-fois-nés.
Verse 151
इंद्रपुर्यां देवनाथो द्यूतपायां पुरंदरः । हंसवाहस्तु लंबायां चंडायां गरुडप्रियः
À Indrapurī, Il est Devanātha, Seigneur des devas ; à Dyūtapā, Il est Purandara. À Laṃbā, Il est Celui qui a pour monture le cygne ; et à Caṇḍā, Il est le bien-aimé de Garuḍa.
Verse 152
महोदये महायज्ञः सुयज्ञो यज्ञकेतने । सिद्धिस्मरे पद्मवर्णः विभायां पद्मबोधनः
À Mahodaya, Il est nommé Mahāyajña ; à Yajñaketana, Suyajña. À Siddhismara, Padmavarṇa ; et à Vibhā, Padmabodhana.
Verse 153
देवदारुवने लिंगं महापत्तौ विनायकः । त्र्यंबको मातृकास्थाने अलकायां कुलाधिपः
Dans la forêt de Deodāru, Il est le Liṅga ; à Mahāpatti, Il est Vināyaka. Au siège des Mères, Il est Tryambaka ; et à Alakā, Il est le Seigneur de la lignée.
Verse 154
त्रिकूटे चैव गोनर्दः पाताले वासुकिस्तथा । पद्माध्यक्षश्च केदारे कूष्मांडे सुरतप्रियः
À Trikūṭa, Il est Gonarda ; de même, en Pātāla, Il est Vāsuki. À Kedāra, Il est Padmādhyakṣa ; et à Kūṣmāṇḍa, Il est Suratapriya.
Verse 155
कुंडवाप्यां शुभांगस्तु सारण्यां तक्षकस्तथा । अक्षोटे पापहा चैव अंबिकायां सुदर्शनः
À Kuṇḍavāpī, la Divinité est Śubhāṅga ; de même, à Sāraṇyā, Elle est Takṣaka. À Akṣoṭa, Elle est Pāpahā ; et à Ambikā, Elle est Sudarśana.
Verse 156
वरदायां महावीरः कांतारे दुर्गनाशनः । अनंतश्चैव पर्णाटे प्रकाशायां दिवाकरः
À Varadā, Il est Mahāvīra ; à Kāntāra, le destructeur des détresses. À Parṇāṭa, Il est Ananta ; et à Prakāśā, Il est Divākara, le Soleil.
Verse 157
विराजायां पद्मनाभः स्वरुद्रश्च वृकस्थले । मार्कंडो वटके चैव वाहिन्यां मृगकेतनः
Dans Virājā réside Padmanābha ; dans Vṛkasthala, Svarudra. Dans Vaṭaka se tient Mārkaṇḍa ; et dans Vāhinī, Mṛgaketana.
Verse 158
पद्मावत्यां पद्मगृहो गगने पद्मकेतनः । अष्टोत्तरं स्थानशतं मया ते परिकीर्तितम्
Dans Padmāvatī se trouve Padmagṛha, et dans le ciel, Padmaketana. Ainsi t’ai-je énuméré les cent huit demeures sacrées.
Verse 159
यत्र वै मम सांनिध्यं त्रिसंध्यं त्रिपुरांतक । एतेषामपि यस्त्वेकं पश्यते भक्तिमान्नरः
Ô Tripurāntaka, là où se fait sentir ma présence aux trois sandhyā—à l’aube, à midi et au couchant—le dévot qui, avec foi, en contemple ne fût-ce qu’une seule, en obtient le fruit.
Verse 160
स्थानं सुविरजं लब्ध्वा मोदते शाश्वतीः समाः । मानसं वाचिकं चैव कायिकं यच्च दुष्कृतम्
Ayant obtenu une demeure souverainement pure, on se réjouit durant des années éternelles ; et tout mal accompli—par la pensée, par la parole ou par le corps—s’efface.
Verse 161
तत्सर्वं नाशमायाति नात्र कार्या विचारणा । यस्त्वेतानि च सर्वाणि गत्वा मां पश्यते नरः
Tout cela s’en va vers l’anéantissement ; ici, nul besoin de réflexion. Mais l’homme qui, ayant visité toutes ces demeures, Me contemple…
Verse 162
भवते मोक्षभागी च यत्राहं तत्र वै स्थितः । पुष्पोपहारैर्धूपैश्च ब्राह्मणानां च तर्पणैः
Toi aussi tu auras part à la délivrance, car en vérité Je demeure là où tu résides, lorsque l’on M’honore par des offrandes de fleurs, par l’encens et par des rites de satisfaction rendus aux brāhmaṇas.
Verse 163
ध्यानेन च स्थिरेणाशु प्राप्यते परमेश्वरः । तस्य पुण्यफलं चाग्र्यमंते मोक्षफलं तथा
Par une méditation ferme, le Seigneur Suprême est promptement atteint. Le mérite qui en naît est le plus éminent, et, à la fin, il donne aussi le fruit de la délivrance.
Verse 164
स ब्रह्मलोकमासाद्य तत्कालं तत्र तिष्ठति । पुनः सृष्टौ भवेद्देवो वैराजानां महातपाः
Parvenu à Brahmaloka, il y demeure pour cette durée; et lorsque la création recommence, ce grand ascète devient un être divin parmi les Vairājas.
Verse 165
ब्रह्महत्यादि पापानि इहलोके कृतान्यपि । अकामतः कामतो वा तानि नश्यंति तत्क्षणात्
Même des péchés tels que le brahmahatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa), bien qu’accomplis en ce monde—sans intention ou avec intention—sont anéantis à l’instant même.
Verse 166
इहलोके दरिद्रो यो भ्रष्टराज्योथवा पुनः । स्थानेष्वेतेषु वै गत्वा मां पश्यति समाधिना
En ce monde, qu’il soit pauvre ou même déchu de la royauté, s’il se rend en ces lieux sacrés et Me contemple dans le samādhi, il est comblé de grâce.
Verse 167
कृत्वा पूजोपहारं च स्नानं च पितृतर्पणम् । कृत्वा पिंडप्रदानं च सोचिराद्दुःखवर्जितः
Après avoir offert le culte et les présents, s’être baigné, accompli les libations aux ancêtres, et fait aussi l’offrande de piṇḍa, il demeure longtemps exempt de chagrin.
Verse 168
एकच्छत्रो भवेद्राजा सत्यमेतन्न संशयः । इह राज्यानि सौभाग्यं धनं धान्यं वरस्त्रियः
Il deviendra un roi souverain, régnant sous un seul parasol ; ceci est vérité, sans aucun doute. En ce monde, il obtiendra des royaumes, la bonne fortune, la richesse, les grains et d’excellentes épouses.
Verse 169
भवंति विविधास्तस्य यैर्यात्रा पुष्करे कृता । इदं यात्राविधानं यः कुरुते कारयेत वा
Pour ceux qui ont accompli le pèlerinage à Puṣkara, naissent des mérites et des fruits variés. Quiconque observe ce rite prescrit de la yātrā, ou le fait accomplir, en reçoit pareillement le bienfait.
Verse 170
शृणोति वा स पापैस्तु सर्वैरेव प्रमुच्यते । अगम्यागमनं येन कृतं जानाति मानवः
Quiconque l’entend est délivré de tous les péchés. Même celui qui sait avoir commis la faute d’approcher ce qui ne doit pas être approché s’en trouve ainsi libéré.
Verse 171
ब्रह्मक्रियाया लोपेन बहुवर्षकृतेन च । यात्रां चेमां सकृत्कृत्वा वेदसंस्कारमाप्नुयात्
Même si l’on a négligé les rites de Brahma, fût-ce durant de longues années, en accomplissant une seule fois ce pèlerinage, on obtient la consécration purificatrice liée aux Veda.
Verse 172
किमत्र बहुनोक्तेन इदमस्तीह शंकर । अप्राप्यं प्राप्यते तेन पापं चापि विनश्यति
À quoi bon tant de paroles ici, ô Śaṅkara ? Voici l’essentiel : par cela, même l’inaccessible est atteint, et le péché aussi est anéanti.
Verse 173
सर्वयज्ञफलैस्तुल्यं सर्वतीर्थफलप्रदम् । सर्वेषां चैव वेदानां समाप्तिस्तेन वै कृता
Cela équivaut aux fruits de tous les yajñas, confère le mérite de tous les tīrthas sacrés, et par cela, en vérité, l’ensemble des Veda est porté à son accomplissement.
Verse 174
यैः कृत्वा पुष्करे संध्यां सावित्री समुपासिता । स्वपत्नीहस्तदत्तेन पौष्करेण जलेन तु
Ceux qui, après avoir accompli la sandhyā à Puṣkara, ont adoré Sāvitrī, en utilisant l’eau de Puṣkara offerte par la main de leur propre épouse—
Verse 175
भृंगारेण वरेणैव मृण्मयेनापि शंकर । आनीय तज्जलं पुण्यं संध्योपास्तिर्दिनक्षये
Ô Śaṅkara, apportant cette eau sacrée—dans un beau bhṛṅgāra ou même dans un vase de terre—qu’on accomplisse l’adoration de la Sandhyā à la fin du jour.
Verse 176
समाधिना समाधेया सप्राणायामपूर्विका । तस्यां कृतायां यत्पुण्यं तच्छृणुष्व हराद्य मे
Cela doit s’accomplir par le samādhi, précédé du prāṇāyāma. Quand cela est accompli, écoute de moi, ô Hara, le mérite qui en surgit.
Verse 177
तेन द्वादशवर्षाणि भवेत्संध्या सुवंदिता । अश्वमेधफलं स्नाने दाने दशगुणं तथा
Par cette pratique, le culte de la Sandhyā est accompli comme il se doit durant douze années ; et, dans le bain rituel, il confère le fruit d’un sacrifice Aśvamedha, et, dans l’aumône, il devient pareillement dix fois plus méritoire.
Verse 178
उपवासेप्यनंतं च स्वयं प्रोक्तं मयानघ । सावित्र्याः पुरतो यस्तु दंपत्योर्भोजनं ददेत्
Ô toi sans faute, j’ai moi-même proclamé l’observance nommée Ananta même pour les jours de jeûne. Mais quiconque, en présence de Sāvitrī, offre un repas à un couple marié—
Verse 179
तेनाहं भोजितस्तत्र भवामीह न संशयः । द्वितीयं भोजयेद्यस्तु भोजितस्तेन केशवः
Ainsi, c’est bien moi qui serai nourri en ce lieu ; il n’y a là aucun doute. Mais celui qui offre un second repas, c’est Keśava (Viṣṇu) qu’il nourrit.
Verse 180
लक्ष्मीसहायो वरदो वरांस्तस्य प्रयच्छति । उमासहायस्तार्तीये भोजितोसि न संशयः
Le Seigneur dispensateur de grâces, accompagné de Lakṣmī, lui accorde les bienfaits désirés. Et le Seigneur accompagné d’Umā—au troisième (moment)—a été nourri par toi ; il n’y a aucun doute.
Verse 181
अथवा या कुमारीणां भक्त्या दद्याच्च भोजनम् । तस्याः कुले भवेद्वंध्या न कदाचिच्च दुर्भगा
Ou bien, si une femme, avec dévotion, offre de la nourriture à de jeunes vierges, il n’y aura jamais de stérilité dans sa lignée, et elle ne sera jamais infortunée.
Verse 182
न कन्या जननी क्वापि न भर्तुर्या न वल्लभा । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सावित्र्यग्रे तु भोजनम्
Une fille ne doit nulle part être tenue pour mère; ni pour l’épouse ou la bien-aimée d’un mari. C’est pourquoi, avec tout effort, l’offrande de nourriture doit être d’abord présentée à Sāvitrī.
Verse 183
पारत्रमैहिकं वापि कामयद्भिर्नरैः सदा । दातव्यं सर्वदा भीष्म कटुतैलविवर्जितम्
Ô Bhīṣma, les hommes qui désirent sans cesse le bien dans l’au-delà ou en ce monde doivent toujours donner en aumône ce qui est exempt d’huile âcre et piquante.
Verse 184
न चाम्लं न च वै क्षारं स्त्रीणां भोज्यं कदाचन । भक्ष्यं पंचप्रकारं च रसैः सर्वैस्सुसंस्कृतम्
On ne doit jamais donner aux femmes une nourriture aigre ni alcaline; mais on doit leur servir les cinq sortes de mets délicieux, bien apprêtés et assaisonnés de toutes les saveurs.
Verse 185
घृतपूर्यः सुपक्वाश्च बहुक्षीरसमन्विताः । शिखरिणी तथा पेया दधिक्षीरसमन्विता
Il y avait des pâtisseries farcies de ghee, bien cuites et richement pourvues de beaucoup de lait; et aussi la śikhariṇī et la peyā, préparations faites de caillé et de lait.
Verse 186
आह्लादकारिणी पुंसां स्त्रीणां चातीव वल्लभा । धनधान्यां जनोपेतं नारीणां च शताकुलम्
Elle réjouit les hommes et est infiniment chère aux femmes; elle est pourvue de richesses et de grains, entourée de gens, et possède des centaines de maisonnées de femmes dans sa demeure.
Verse 187
पूपकं शष्कुलं तस्यां जायते नात्र संशयः । न ज्वरो न च संतापो न दुःखं न वियोगिता
En ce lieu, naissent les gâteaux pūpaka et les pâtisseries śaṣkula, sans aucun doute. Là, point de fièvre ni de brûlure d’angoisse, point de chagrin ni de séparation.
Verse 188
असौ तारयते स्वानां कुलानामेकविंशतिं । बंधुभिश्च सुतैश्चैव दासीदासैरनंतकैः
Un tel être fait traverser et délivre vingt et une générations de sa propre lignée, avec les parents et les fils, et d’innombrables serviteurs et servantes.
Verse 189
पूरितं च कुलं तस्याः पूरिकां या प्रदास्यति । एधते च चिरं कालं पुत्रपौत्रसमन्वितम्
Et la lignée de la femme qui offre une pūrikā se trouve comblée et accomplie ; elle prospère longtemps, pourvue de fils et de petits-fils.
Verse 190
कुलं च सकलं तस्य शष्कुलं यः प्रयच्छति । पुत्रिण्यो वै दुहितरो बंधुभिः सहितं कुलम्
Quiconque offre le śaṣkula pour le bien de toute sa lignée, jusqu’aux branches collatérales, fait que les filles soient bénies de fils, et que toute la famille, avec ses proches, prospère.
Verse 191
शिखरिणीप्रदात्रीणां युवतीनां न संशयः । मोदते तु कुलं तस्याः सर्वसिद्धिप्रपूरितम्
Quant aux jeunes femmes qui offrent l’ornement nommé śikhariṇī, nul doute : leur lignée se réjouit, comblée de toute réussite et de tout accomplissement.
Verse 192
मोदकानां प्रदानेन एवमाह प्रजापतिः । एतदेव तु गौरीणां भोजनं हर शस्यते
Ainsi parla Prajāpati : par l’offrande de modakas. En vérité, cette nourriture même est louée par Hara comme le repas convenable pour les Gaurīs.
Verse 193
सुभगा पुत्रिणी साध्वी धनऋद्धिसमन्विता । सहस्रभोजिनी शंभो जन्मजन्म भविष्यति
Ô Śambhu, elle sera heureuse, comblée d’enfants, vertueuse, pourvue de richesse et de prospérité, et prodigue en nourriture abondante ; ainsi sera-t-elle, vie après vie.
Verse 194
पूपानि चैव पुण्यानि कृतानि मधुराणि च । द्राक्षारसप्रधानं च गुडखंडसमन्वितम्
Et il y avait aussi des gâteaux doux et sacrés, des mets préparés, avec une boisson faite principalement de jus de raisin, accompagnée de jaggery et de morceaux de sucre.
Verse 195
शारदेन तु धान्येन कृत्वा खंडं विमिश्रितत् । स्त्रीणां चैव तु पेयानि भक्ष्याणि च द्विजन्मनाम्
Avec le grain d’automne, on doit préparer un mélange sucré avec du sucre, en faisant des boissons convenant aux femmes et des offrandes comestibles pour les deux-fois-nés.
Verse 196
इह चाविकवासांसि वर्षायोग्यानि सर्वशः । यानियानि च पेयानि तानि योग्यानि दापयेत्
Ici, l’on doit fournir en toute manière des vêtements de laine, convenant à la saison des pluies ; et quelles que soient les boissons appropriées, ces rafraîchissements convenables doivent aussi être donnés.
Verse 197
प्रतिपूज्य विधानेन वसुदानैः सकंचुकैः । कुंकुमेनानुलिप्तांग्यः स्रग्दामभिरलंकृताः
Les ayant honorés selon le rite prescrit, avec des dons de richesse et des vêtements, leurs membres furent oints de kunkuma et parés de guirlandes et de couronnes de fleurs.
Verse 198
दत्वा तूपानहावङ्घ्र्योर्नारिकेलं करे तथा । अक्ष्णोश्चैवांजनं दत्वा सिंदूरं चैव मस्तके
Ayant offert des chaussures pour les pieds, et de même une noix de coco dans la main; ayant donné de l’añjana (collyre) pour les yeux, et aussi du sindūra (vermillon) pour la tête ou la raie du front.
Verse 199
गुडं फलानि हृद्यानि वांछितानि मृदूनि च । हस्ते दत्वा सपात्राणि प्रणिपत्य विसर्जयेत्
Qu’il dépose dans les mains du bénéficiaire du guḍa (sucre brut) et des fruits délicieux—offrandes désirées et douces—avec des récipients convenables; puis, s’étant prosterné, qu’il prenne congé avec respect.
Verse 200
स्वयं भुंजीत वै पश्चात्सबंधुर्बालकैः सह । अथवा नैव संपत्तिस्तीर्थे दानं च भाजनम्
Qu’il nourrisse d’abord ceux qui dépendent de lui—ses proches avec les enfants—et qu’ensuite seulement il mange lui-même. Sinon, la richesse est vaine: au lieu saint elle n’est plus qu’objet de don, et l’on ne devient qu’un simple « récipient » pour l’aumône.