Adhyaya 14
Srishti KhandaAdhyaya 14213 Verses

Adhyaya 14

Rudra’s Removal of Brahmahatyā; Kapālamocana and Avimukta Māhātmya; Origins of Nara and Karṇa (link to Arjuna/Karna query)

À la question de Bhīṣma sur la naissance complexe d’Arjuna et sur le statut de Karṇa comme kānīna et sūta, Pulastya rapporte une suite d’événements remontant à l’âge de la création. De la colère de Brahmā naquit un guerrier issu de la sueur, Kuṇḍalī, qui menaça Rudra; Viṣṇu intervint et, par son huṁkāra, jeta l’illusion qui apaisa l’affrontement. Lors d’un épisode d’aumône et de coupe-crâne, Nara se manifesta, inséparable de Nārāyaṇa, et le long combat entre êtres nés de la sueur et du sang fut remis à la jonction de Dvāpara et de Kali. Le récit se tourne ensuite vers l’éclat des cinq visages de Brahmā et vers Rudra tranchant le cinquième, faisant naître la brahmahatyā et la condition de Kapālika. Viṣṇu prescrit l’expiation par la cendre et les insignes d’os; Rudra erre sous vœu et reçoit l’injonction d’aller à Avimukta/Vārāṇasī. Là, au tīrtha de Kapālamocana, le crâne se détache, et le bain, la dāna, le homa et le śrāddha confèrent un mérite lié à la délivrance.

Shlokas

Verse 1

भीष्म उवाच । कथं त्रिपुरुषाज्जातो ह्यर्जुनः परवीरहा । कथं कर्णस्तु कानीनः सूतजः परिकीर्त्यते

Bhīṣma dit : Comment Arjuna, pourfendeur des héros ennemis, est-il né de trois hommes ? Et comment Karṇa est-il célébré à la fois comme kānīna et comme né d’une lignée de sūta (cocher) ?

Verse 2

वरं तयोः कथं भूतं निसर्गादेव तद्वद । बृहत्कौतूहलं मह्यं तद्भवान्वक्तुमर्हति

Dis-moi comment advint la grâce concernant ces deux-là, telle qu’elle se produisit naturellement dès l’origine. Ma curiosité est grande ; il te sied de l’expliquer.

Verse 3

पुलस्त्य उवाच । छिन्ने वक्त्रे पुरा ब्रह्मा क्रोधेन महता वृतः । ललाटे स्वेदमुत्पन्नं गृहीत्वा ताडयद्भुवि

Pulastya dit : Jadis, lorsqu’un visage eut été tranché, Brahmā, saisi d’une grande colère, prit la sueur née sur son front et la frappa sur la terre.

Verse 4

स्वेदतः कुंडली जज्ञे सधनुष्को महेषुधिः । सहस्रकवची वीरः किंकरोमीत्युवाच ह

De la sueur (de la divinité) naquit Kuṇḍalī, armé d’un arc, pourvu de traits puissants; héros revêtu de mille cuirasses, il dit alors : «Que dois-je accomplir à ton service ?»

Verse 5

तमुवाच विरिंचस्तु दर्शयन्रुद्रमोजसा । हन्यतामेष दुर्बुद्धिर्जायते न यथा पुनः

Alors Viriñca (Brahmā) parla, désignant Rudra avec vigueur : «Que cet être à l’esprit mauvais soit mis à mort, afin qu’il ne renaisse plus.»

Verse 6

ब्रह्मणो वचनं श्रुत्वा धनुरुद्यम्य पृष्ठतः । संप्रतस्थे महेशस्य बाणहस्तोतिरौद्रदृक्

Ayant entendu la parole de Brahmā, il saisit l’arc derrière son dos et s’avança vers Maheśa, la flèche en main, le regard d’une férocité extrême.

Verse 7

दृष्ट्वा पुरुषमत्युग्रं भीतस्तस्य त्रिलोचनः । अपक्रांतस्ततो वेगाद्विष्णोराश्रममभ्यगात्

Voyant cet homme d’une terrifiante violence, Trilocana fut saisi de peur ; puis, se retirant à toute vitesse, il se hâta vers l’āśrama de Viṣṇu.

Verse 8

त्राहित्राहीति मां विष्णो नरादस्माच्च शत्रुहन् । ब्रह्मणा निर्मितः पापो म्लेच्छरूपो भयंकरः

«Sauve-moi, sauve-moi, ô Viṣṇu, destructeur des ennemis, de cet homme ! Brahmā a créé un pécheur effroyable, d’apparence mleccha, terrifiant.»

Verse 9

यथा हन्यान्न मां क्रुद्धस्तथा कुरु जगत्पते । हुंकारध्वनिना विष्णुर्मोहयित्वा तु तं नरम्

«Ô Seigneur du monde, agis de telle sorte que, même courroucé, il ne me frappe pas.» Alors Viṣṇu, par le son de son cri « huṁ », égara cet homme.

Verse 10

अदृश्यः सर्वभूतानां योगात्मा विश्वदृक्प्रभुः । तत्र प्राप्तं विरूपाक्षं सांत्वयामास केशवः

Invisible à tous les êtres—dont la nature même est le Yoga, le Seigneur qui voit l’univers—Keśava, parvenu en ce lieu, consola Virūpākṣa.

Verse 11

ततस्स प्रणतो भूमौ दृष्टो देवेन विष्णुना । विष्णुरुवाच । पौत्रो हि मे भवान्रुद्र कं ते कामं करोम्यहम्

Alors, tandis qu’il était prosterné à terre, il fut vu par le dieu Viṣṇu. Viṣṇu dit : «Ô Rudra, tu es vraiment mon petit-fils ; quel désir veux-tu que j’accomplisse ?»

Verse 12

दृष्ट्वा नारायणं देवं भिक्षां देहीत्युवाच ह । कपालं दर्शयित्वाग्रे प्रज्वलंस्तेजसोत्कटम्

Voyant le dieu Nārāyaṇa, il dit : «Accorde-moi l’aumône», et, présentant devant lui un bol fait d’un crâne, il s’embrasa, farouche et éblouissant de splendeur.

Verse 13

कपालपाणिं संप्रेक्ष्य रुद्रं विष्णुरचिन्तयत् । कोन्यो योग्यो भवेद्भिक्षुर्भिक्षादानस्य सांप्रतम्

Voyant Rudra tenant en main un bol-crâne, Viṣṇu réfléchit : «Qui d’autre, en cet instant, serait un mendiant digne de recevoir l’aumône ?»

Verse 14

योग्योऽयमिति संकल्प्य दक्षिणं भुजमर्पयत् । तद्बिभेदातितीक्ष्णेन शूलेन शशिशेखरः

Le jugeant « digne », il offrit son bras droit ; alors Śaśiśekhara (Śiva), de son trident d’une acuité extrême, le perça.

Verse 15

प्रावर्तत ततो धारा शोणितस्य विभोर्भुजात् । जांबूनदरसाकारा वह्निज्वालेव निर्मिता

Alors un flot de sang se mit à couler du bras du Puissant : il semblait de l’or Jāmbūnada en fusion, comme façonné de langues de feu.

Verse 16

निपपात कपालांतश्शम्भुना सा प्रभिक्षिता । ऋज्वी वेगवती तीव्रा स्पृशंती त्वांबरं जवात्

Projetée par Śambhu dans la cavité de son crâne, elle tomba—droite, rapide et farouche—si vite qu’elle semblait toucher le ciel même.

Verse 17

पंचाशद्योजना दैर्घ्याद्विस्ताराद्दशयोजना । दिव्यवर्षसहस्रं सा समुवाह हरेर्भुजात्

Longue de cinquante yojanas et large de dix, elle fut portée durant mille années divines sur le bras de Hari (Viṣṇu).

Verse 18

इयंतं कालमीशोसौ भिक्षां जग्राह भिक्षुकः । दत्ता नारायणेनाथ कापाले पात्र उत्तमे

Durant tout ce temps, ce Seigneur—bien qu’en habit de mendiant—accepta l’aumône que Nārāyaṇa, ô maître, déposa dans l’excellent bol de crâne.

Verse 19

ततो नारायणः प्राह शंभुं परमिदं वचः । संपूर्णं वा न वा पात्रं ततो वै परमीश्वरः

Alors Nārāyaṇa adressa à Śambhu ces paroles suprêmes : «Que le réceptacle soit pleinement digne ou non, le Seigneur Suprême agit selon cela».

Verse 20

सतोयांबुदनिर्घोषं श्रुत्वा वाक्यं हरेर्हरः । शशिसूर्याग्निनयनः शशिशेखरशोभितः

Hara (Śiva), ayant entendu les paroles de Hari, retentissantes comme un nuage gorgé d’eau, demeura là, les yeux pareils à la lune, au soleil et au feu, orné de la lune sur son faîte.

Verse 21

कपाले दृष्टिमावेश्य त्रिभिर्नेत्रैर्जनार्दनम् । अंगुल्या घटयन्प्राह कपालं परिपूरितम्

Fixant son regard sur la coupe-crâne et contemplant Janārdana de ses trois yeux, il l’ajusta du doigt et déclara : «Le crâne est entièrement rempli».

Verse 22

श्रुत्वा शिवस्य तां वाणीं विष्णुर्धारां समाहरत् । पश्तोऽथ हरेरीशः स्वांगुल्या रुधिरं तदा

Ayant entendu ces paroles de Śiva, Viṣṇu rassembla le flot. Puis le Seigneur, pour l’amour de Hari, fit alors jaillir du sang de son propre doigt.

Verse 23

दिव्यवर्षसहस्रं च दृष्टिपातैर्ममंथ सः । मथ्यमाने ततो रक्ते कलिलं बुद्बुदं क्रमात्

Et durant mille années divines, il le baratta par le seul jet de son regard. Tandis que cette masse de sang était ainsi barattée, une écume trouble et des bulles s’élevèrent peu à peu.

Verse 24

बभूव च ततः पश्चात्किरीटी सशरासनः । बद्धतूणीरयुगलो वृषस्कंधोङ्गुलित्रवान्

Puis il apparut, couronné, portant l’arc; muni d’une paire de carquois solidement attachés, aux épaules larges et puissantes comme celles d’un taureau, et portant le protège-doigt de l’archer.

Verse 25

पुरुषो वह्निसंकाशः कपाले संप्रदृश्यते । तं दृष्ट्वा भगवान्विष्णुः प्राह रुद्रमिदं वचः

Une Personne, flamboyante comme le feu, se voyait distinctement dans le crâne. L’ayant vue, le Seigneur bienheureux Viṣṇu adressa ces paroles à Rudra (Śiva).

Verse 26

कपाले भव को वाऽयं प्रादुर्भूतोऽभवन्नरः । वचः श्रुत्वा हरेरीशस्तमुवाच विभो शृणु

«Ô Bhava (Śiva), qui donc est cet homme apparu sur le crâne ?» Entendant les paroles de Hari (Viṣṇu), le Seigneur lui répondit : «Ô Puissant, écoute».

Verse 27

नरो नामैष पुरुषः परमास्त्रविदां वरः । भवतोक्तो नर इति नरस्तस्माद्भविष्यति

Cette personne se nomme Nara, le meilleur de ceux qui connaissent les armes suprêmes. Puisque tu l’as appelé «Nara», c’est pourquoi il sera, en vérité, Nara.

Verse 28

नरनारायणौ चोभौ युगे ख्यातौ भविष्यतः । संग्रामे देवकार्येषु लोकानां परिपालने

Tous deux, Nara et Nārāyaṇa, deviendront célèbres en l’âge : dans la bataille, dans les œuvres accomplies pour les dieux et dans la sauvegarde des mondes.

Verse 29

एष नारायणसखो नरस्तस्माद्भविष्यति । अथासुरवधे साह्यं तव कर्ता महाद्युतिः

De cette cause, il deviendra Nara, l’ami de Nārāyaṇa ; et dans l’abattement des asura, cet être d’un grand éclat te prêtera assistance.

Verse 30

मुनिर्ज्ञानपरीक्षायां जेता लोके भविष्यति । तेजोधिकमिदं दिव्यं ब्रह्मणः पंचमं शिरः

Dans l’épreuve de la connaissance, le muni sera vainqueur dans le monde. Ceci, divin et d’un éclat surpassant, est la cinquième tête de Brahmā.

Verse 31

तेजसो ब्रह्मणो दीप्ताद्भुजस्य तव शोणितात् । मम दृष्टि निपाताच्च त्रीणि तेजांसि यानि तु

Du rayonnement flamboyant de Brahmā, du sang de ton bras et de la chute de mon regard : tels sont les trois feux, les trois puissances lumineuses, qui sont nés.

Verse 32

तत्संयोगसमुत्पन्नः शत्रुं युद्धे विजेष्यति । अवध्या ये भविष्यंति दुर्जया अपि चापरे

Né de cette conjonction, il vaincra l’ennemi au combat ; et même ceux qui seraient invulnérables, et d’autres encore, quoique difficiles à vaincre, seront abattus.

Verse 33

शक्रस्य चामराणां च तेषामेष भयंकरः । एवमुक्त्वा स्थितः शंभुर्विस्मितश्च हरिस्तदा

«Pour Śakra (Indra) et pour les immortels, celui-ci est redoutable.» Ayant ainsi parlé, Śambhu demeura debout, et Hari, alors, fut saisi d’étonnement.

Verse 34

कपालस्थः स तत्रैव तुष्टाव हरकेशवौ । शिरस्यंजलिमाधाय तदा वीर उदारधीः

Assis là sur le crâne, ce héros à l’esprit magnanime loua Hara et Keśava, et, portant ses paumes jointes sur sa tête, leur rendit hommage.

Verse 35

किंकरोमीति तौ प्राह इत्युक्त्वा प्रणतः स्थितः । तमुवाच हरः श्रीमान्ब्रह्मणा स्वेन तेजसा

Après avoir dit : « Que dois-je faire (pour vous) ? », il demeura debout, incliné en révérence. Alors l’illustre Hara (Śiva), rayonnant de son propre tejas, lui adressa la parole, comme s’il s’adressait à Brahmā.

Verse 36

सृष्टो नरो धनुष्पाणिस्त्वमेनं तु निषूदय । इत्थमुक्त्वांजलिधरं स्तुवंतं शंकरो नरम्

«Un homme a été créé, l’arc à la main ; maintenant, tu dois l’abattre.» Ayant ainsi parlé, Śaṅkara s’adressa à l’homme qui, paumes jointes, demeurait en louange.

Verse 37

तथैवांजलिसंबद्धं गृहीत्वा च करद्वयम् । उद्धृत्याथ कपालात्तं पुनर्वचनमब्रवीत्

Alors, saisissant ses deux mains jointes en añjali et le relevant du crâne, il lui parla de nouveau.

Verse 38

स एष पुरुषो रौद्रो यो मया वेदितस्तव । विष्णुहुंकाररचितमोहनिद्रां प्रवेशितः

«Voici cet être farouche dont je t’ai informé ; on l’a fait entrer dans le sommeil d’illusion, façonné par le huṃkāra sacré de Viṣṇu.»

Verse 39

विबोधयैनं त्वरितमित्युक्त्वान्तर्दधे हरः । नारायणस्य प्रत्यक्षं नरेणानेन वै तदा

Après avoir dit : « Réveille-le sans tarder », Hara (Śiva) disparut. Alors, par l’entremise de cet homme, Nārāyaṇa se manifesta directement devant eux.

Verse 40

वामपादहतः सोपि समुत्तस्थौ महाबलः । ततो युद्धं समभवत्स्वेदरक्तजयोर्महत्

Bien qu’il fût frappé du pied gauche, lui aussi—d’une force immense—se releva. Alors s’engagea un grand combat entre Sveda et Rakta.

Verse 41

विस्फारितधनुः शब्दं नादिताशेषभूतलम् । कवचं स्वेदजस्यैकं रक्तजेन त्वपाकृतम्

Le son de l’arc bandé retentit sur toute la terre; et l’unique armure de celui né de la sueur fut alors arrachée par celui né du sang.

Verse 42

एवं समेतयोर्युद्धे दिव्यं वर्षद्वयं तयोः । युध्यतोः समतीतं च स्वेदरक्तजयोर्नृप

Ainsi, lorsqu’ils se rencontrèrent au combat, deux années divines s’écoulèrent tandis qu’ils luttaient, ô roi—ruisselants de sueur et maculés de sang.

Verse 43

रक्तजं द्विभुजं दृष्ट्वा स्वेदजं चैव संगतौ । विचिन्त्य वासुदेवोगाद्ब्रह्मणः सदनं परम्

Voyant le né du sang, pourvu de deux bras, et le né de la sueur réunis, Vāsudeva réfléchit puis se rendit à la demeure suprême de Brahmā.

Verse 44

ससंभ्रममुवाचेदं ब्रह्माणं मधुसूदनः । रक्तजेनाद्य भो ब्रह्मन्स्वेदजोयं निपातितः

Dans une vive agitation, Madhusūdana dit à Brahmā : «Ô Brahman, aujourd’hui cet être né de la sueur a été terrassé par un être né du sang.»

Verse 45

श्रुत्वैतदाकुलो ब्रह्मा बभाषे मधुसूदनम् । हरे द्यजन्मनि नरो मदीयो जीवतादयम्

À ces mots, Brahmā fut troublé et dit à Madhusūdana : «Ô Hari, dans la prochaine naissance, que cet homme qui est mien revive, selon ma prière.»

Verse 46

तथा तुष्टोऽब्रवीत्तं च विष्णुरेवं भविष्यति । गत्वा तयो रणमपि निवार्याऽऽह च तावुभौ

Ainsi satisfait, Viṣṇu lui dit : «Ainsi sera-t-il.» Puis il alla vers eux, mit fin à leur combat et s’adressa à tous deux.

Verse 47

अन्यजन्मनि भविता कलिद्वापरयोर्मिथः । संधौ महारणे जाते तत्राहं योजयामि वां

Dans une autre naissance, lorsqu’une grande bataille éclatera au point de jonction entre les âges de Kali et de Dvāpara, alors je vous réunirai tous deux pour cette rencontre.

Verse 48

विष्णुना तु समाहूय ग्रहेश्वरसुरेश्वरौ । उक्ताविमौ नरौ भद्रौ पालनीयौ ममाज्ञया

Mais Viṣṇu convoqua le seigneur des planètes et le seigneur des dieux, et dit : «Ces deux hommes de bien doivent être protégés selon mon ordre.»

Verse 49

सहस्रांशो स्वेदजोयं स्वकीयोंऽशो धरातले । द्वापरांतेवतार्योयं देवानां कार्यसिद्धये

Celui-ci est l’astre aux mille rayons, le Soleil ; né de la sueur, il est sa propre part sur la terre. À la fin de l’âge de Dvāpara, il se manifestera en avatāra pour accomplir l’œuvre des devas.

Verse 50

यदूनां तु कुले भावी शूरोनाम महाबलः । तस्य कन्या पृथा नाम रूपेणाप्रतिमा भुवि

Dans la lignée des Yadu naîtra un homme puissant nommé Śūra. Sa fille se nommait Pṛthā, sans pareille en beauté sur la terre.

Verse 51

उत्पत्स्यति महाभागा देवानां कार्यसिद्धये । दुर्वासास्तु वरं तस्यै मंत्रग्रामं प्रदास्यति

Cette dame très fortunée naîtra pour accomplir l’œuvre des devas ; et Durvāsā, assurément, lui accordera une grâce, lui remettant un ensemble de mantras sacrés.

Verse 52

मंत्रेणानेन यं देवं भक्त्या आवाहयिष्यति । देवि तस्य प्रसादात्तु तव पुत्रो भविष्यति

Par ce mantra, la divinité qu’elle invoquera avec dévotion—ô Déesse—par la grâce de cette divinité, tu auras assurément un fils.

Verse 53

सा च त्वामुदये दृष्ट्वा साभिलाषा रजस्वला । चिंताभिपन्ना तिष्ठंती भजितव्या विभावसो

Et elle, t’ayant vu à l’aurore, pleine de désir et en son temps menstruel, demeura là, accablée d’angoisse. Ô Vibhāvasu (Feu), elle doit être accueillie et approchée comme compagne.

Verse 54

तस्या गर्भे त्वयं भावी कानीनः कुंतिनंदनः । भविष्यति सुतो देवदेवकार्यार्थसिद्धये

Dans son sein tu seras conçu, ô fils de Kuntī, comme un enfant né hors mariage ; et cet enfant adviendra pour l’accomplissement du dessein de l’œuvre divine des dieux.

Verse 55

तथेति चोक्त्वा प्रोवाच तेजोराशिर्दिवाकरः । पुत्रमुत्पादयिष्यामि कानीनं बलगर्वितम्

Disant : «Qu’il en soit ainsi», le Soleil, amas de splendeur, déclara : «J’engendrerai un fils, un fils illégitime, fier de sa force».

Verse 56

यस्य कर्णेति वै नाम लोकः सर्वो वदिष्यति । मत्प्रसादादस्य विष्णो विप्राणां भावितात्मनः

Le monde entier, assurément, le nommera «Karṇa». Ô Viṣṇu, par ma grâce, cet être à l’âme noble sera tenu en haute estime parmi les brāhmaṇas.

Verse 57

अदेयं नास्ति वै लोके वस्तु किंचिच्च केशव । एवं प्रभावं चैवैनं जनये वचनात्तव

Ô Keśava, en ce monde il n’est rien qui doive être refusé et non donné. Ainsi, par ta seule parole, je fais naître en lui une telle puissance et une telle efficacité.

Verse 58

एवमुक्त्वा सहस्रांशुर्देवं दानवघातिनम् । नारायणं महात्मानं तत्रैवांतर्दधे रविः

Après avoir ainsi parlé à Nārāyaṇa, le Seigneur magnanime, destructeur des Dānavas, Sahasrāṁśu (le Soleil) disparut en ce même lieu.

Verse 59

अदर्शनं गते देवे भास्करे वारितस्करे । वृद्धश्रवसमप्येवमुवाच प्रीतमानसः

Lorsque le Soleil divin eut disparu et que les voleurs eurent été maîtrisés, lui, l’esprit réjoui, parla ainsi aussi à Vṛddhaśravas.

Verse 60

सहस्रनेत्ररक्तोत्थो नरोऽयं मदनुग्रहात् । स्वांशभूतो द्वापरांते योक्तव्यो भूतले त्वया

Par ma grâce, cet homme est né du sang de Celui aux Mille Yeux. Il est issu comme une part de ma propre essence ; à la fin de l’âge de Dvāpara, tu devras le dépêcher sur la terre.

Verse 61

यदा पांडुर्महाभागः पृथां भार्यामवाप्स्यति । माद्रीं चापि महाभाग तदारण्यं गमिष्यति

Lorsque le très fortuné Pāṇḍu prendra pour épouse Pṛthā (Kuntī), et aussi Mādrī, ô noble, alors il se rendra dans la forêt.

Verse 62

तस्याप्यरण्यसंस्थस्य मृगः शापं प्रदास्यति । तेन चोत्पन्नवैराग्यः शतशृगं गमिष्यति

Même tandis qu’il demeure dans la forêt, un cerf proférera contre lui une malédiction ; de là naîtra le détachement, et il se rendra à Śataśṛṅga.

Verse 63

पुत्रानभीप्सन्क्षेत्रोत्थान्भार्यां स प्रवदिष्यति । अनीप्संती तदा कुंती भर्त्तारं सा वदिष्यति

Désirant des fils nés du « champ » (par le niyoga), il parlera à son épouse. Mais Kuntī, ne le souhaitant pas, parlera alors à son mari.

Verse 64

नाहं मर्त्यस्य वै राजन्पुत्रानिच्छे कथंचन । दैवतेभ्यः प्रसादाच्च पुत्रानिच्छे नराधिप

Ô roi, je ne désire en aucune manière des fils d’un homme mortel. Ô souverain des hommes, je ne souhaite des fils que par la grâce et la faveur des dieux.

Verse 65

प्रार्थयंत्यै त्वया शक्र कुंत्यै देयो नरस्ततः । वचसा च मदीयेन एवं कुरु शचीपते

Ô Śakra (Indra), puisque Kuntī te supplie, qu’un homme lui soit accordé. Et par ma parole : fais ainsi, ô seigneur de Śacī.

Verse 66

अथाब्रवीत्तदा विष्णुं देवेशो दुःखितो वचः । अस्मिन्मन्वंतरेऽतीते चतुर्विंशतिके युगे

Alors le Seigneur des dieux, accablé de tristesse, adressa ces paroles à Viṣṇu : «Dans ce Manvantara déjà écoulé, dans la vingt-quatrième ère (yuga)…».

Verse 67

अवतीर्य रघुकुले गृहे दशरथस्य च । रावणस्य वधार्थाय शांत्यर्थं च दिवौकसाम्

Descendant dans la lignée de Raghu, dans la demeure de Daśaratha, (il vint) pour abattre Rāvaṇa et apporter la paix aux habitants du ciel.

Verse 68

रामरूपेण भवता सीतार्थमटता वने । मत्पुत्रो हिंसितो देव सूर्यपुत्रहितार्थिना

Ô Seigneur, tandis que tu errais dans la forêt sous la forme de Rāma à la recherche de Sītā, mon fils fut tué par celui qui cherchait le bien du fils du Soleil (Sugrīva).

Verse 69

वालिनाम प्लवंगेंद्रः सुग्रीवार्थे त्वया यतः । दुःखेनानेन तप्तोहं गृह्णामि न सुतं नरम्

Parce que Vāli, seigneur des singes, fut tué par toi pour l’amour de Sugrīva, cette peine me consume ; aussi, ô homme, je n’accepterai pas ton fils.

Verse 70

अगृह्णमानं देवेंद्रं कारणांतरवादिनम् । हरिः प्रोचे शुनासीरं भुवो भारावतारणे

Comme Indra, seigneur des dieux, refusait et avançait d’autres prétextes, Hari s’adressa à Śunāsīra au sujet de l’allègement du fardeau de la Terre.

Verse 71

अवतारं करिष्यामि मर्त्यलोके त्वहं प्रभो । सूर्यपुत्रस्य नाशार्थं जयार्थमात्मजस्य ते

Ô Seigneur, je descendrai dans le monde des mortels afin de détruire le fils du Soleil et d’assurer la victoire à ton fils.

Verse 72

सारथ्यं च करिष्यामि नाशं कुरुकुलस्य च । ततो हृष्टोभवच्छक्रो विष्णुवाक्येन तेन ह

«Je serai aussi le cocher—et (j’amènerai) la ruine de la lignée des Kuru.» En entendant ces paroles de Viṣṇu, Śakra (Indra) fut comblé de joie.

Verse 73

प्रतिगृह्य नरं हृष्टः सत्यं चास्तु वचस्तव । एवमुक्त्वा वरं देवः प्रेषयित्वाऽच्युतः स्वयम्

Accueillant l’homme avec joie, le Seigneur dit : «Qu’il en soit ainsi ; que tes paroles soient vraies.» Ayant accordé la grâce, le Dieu, Acyuta, le renvoya, et Lui-même poursuivit son œuvre.

Verse 74

गत्वा तु पुंडरीकाक्षो ब्रह्माणं प्राह वै पुनः । त्वया सृष्टमिदं सर्वं त्रैलोक्यं सचराचरम्

Alors Puṇḍarīkākṣa, le Seigneur aux yeux de lotus, se rendit auprès de Brahmā et dit de nouveau : « Par toi tout ceci a été créé — l’ensemble des trois mondes, avec les êtres mobiles et immobiles. »

Verse 75

आवां कार्यस्य करणे सहायौ च तव प्रभो । स्वयं कृत्वा पुनर्नाशं कर्तुं देव न बुध्यसे

Ô Seigneur, nous deux sommes tes auxiliaires pour accomplir l’œuvre. Pourtant, l’ayant faite toi-même, tu ne comprends pas, ô Dieu, comment y mettre fin de nouveau, comment la défaire.

Verse 76

कृतं जुगुप्सितं कर्म शंभुमेतं जिघांसता । त्वया च देवदेवस्य सृष्टः कोपेन वै पुमान्

Tu as commis un acte blâmable en cherchant à tuer ce Śambhu ; et, par ta colère, un homme fut réellement créé, né de l’emportement du Dieu des dieux.

Verse 77

शुद्ध्यर्थमस्य पापस्य प्रायश्चित्तं परं कुरु । गृह्णन्वह्नित्रयं देव अग्निहोत्रमुपाहर

Pour te purifier de ce péché, accomplis l’expiation suprême. Ô Seigneur, prenant les trois feux sacrés, entreprends le rite de l’Agnihotra.

Verse 78

पुण्यतीर्थे तथा देशे वने वापि पितामह । स्वपत्न्या सहितो यज्ञं कुरुष्वास्मत्परिग्रहात्

Ô Pitāmaha, en un tīrtha sacré, ou en une contrée sainte, ou même dans la forêt, accomplis un yajña avec ta propre épouse, en usant de ce que tu as reçu de nous comme offrande et provision requise.

Verse 79

सर्वे देवास्तथादित्या रुद्राश्चापि जगत्पते । आदेशं ते करिष्यंति यतोस्माकं भवान्प्रभुः

Tous les dieux—avec les Āditya et aussi les Rudra, ô Seigneur du monde—exécuteront ton ordre, car Tu es notre Maître.

Verse 80

एकोहि गार्हपत्योग्निर्दक्षिणाग्निर्द्वितीयकः । आहवनीयस्तृतीयस्तु त्रिकुंडेषु प्रकल्पय

Le feu Gārhapatya est l’unique (principal) ; le Dakṣiṇāgni est le second ; et l’Āhavanīya est le troisième : établis-les dans les trois foyers.

Verse 81

वर्तुले त्वर्चयात्मानम्मामथो धनुराकृतौ । चतुःकोणे हरं देवं ऋग्यजुःसामनामभिः

Adore-Moi sous une forme circulaire ; puis sous une forme d’arc. Sous une forme à quatre angles, adore le divin Seigneur Hara par les noms de Ṛg, Yajus et Sāma.

Verse 82

अग्नीनुत्पाद्य तपसा परामृद्धिमवाप्य च । दिव्यं वर्षसहस्रं तु हुत्वाग्नीन्शमयिष्यसि

Après avoir allumé les feux sacrés et, par l’austérité, atteint la prospérité suprême, tu offriras des oblations durant mille années divines, puis tu éteindras les feux.

Verse 83

अग्निहोत्रात्परं नान्यत्पवित्रमिह पठ्यते । सुकृतेनाग्निहोत्रेण प्रशुद्ध्यंति भुवि द्विजाः

Ici, nul purificateur n’est enseigné comme supérieur à l’Agnihotra. Par l’Agnihotra accompli avec mérite, les dvija (deux fois nés) sont purifiés sur la terre.

Verse 84

पंथानो देवलोकस्य ब्राह्मणैर्दशितास्त्वमी । एकोग्निः सर्वदा धार्यो गृहस्थेन द्विजन्मना

Les voies menant au monde des dieux ont été indiquées par les brahmanes. Le deux-fois-né, en maître de maison, doit toujours entretenir l’unique feu sacré.

Verse 85

विनाग्निना द्विजेनेह गार्हस्थ्यन्न तु लभ्यते । भीष्म उवाच । योऽसौ कपालादुत्पन्नो नरो नाम धनुर्द्धरः

Sans le feu sacré, le deux-fois-né n’obtient pas ici la nourriture propre à la vie du maître de maison. Bhīṣma dit : «Cet archer nommé Nara, né d’un crâne…»

Verse 86

किमेष माधवाज्जात उताहो स्वेन कर्मणा । उत रुद्रेण जनितो ह्यथवा बुद्धिपूर्वकम्

Celui-ci est-il né de Mādhava (Viṣṇu), ou bien produit par son propre karma ? Ou fut-il engendré par Rudra, ou encore, délibérément, avec dessein et préméditation ?

Verse 87

ब्रह्मन्हिरण्यगर्भोऽयमंडजातश्चतुर्मुखः । अद्भुतं पञ्चमं तस्य वक्त्रं तत्कथमुत्थितम्

Ô Brahman, ce Hiraṇyagarbha —né de l’œuf cosmique— est à quatre visages. Comment donc ce merveilleux cinquième visage s’est-il levé pour lui ?

Verse 88

सत्वे रजो न दृश्येत न सत्वं रजसि क्वचित् । सत्वस्थो भगवान्ब्रह्मा कथमुद्रेकमादधात्

Dans le sattva, on ne voit pas le rajas ; et jamais le sattva ne se trouve dans le rajas. Si le Bienheureux Brahmā demeure en sattva, comment pourrait-il prendre un surcroît de rajas ?

Verse 89

मूढात्मना नरो येन हंतुं हि प्रहितो हरं । पुलस्त्य उवाच । महेश्वरहरी चैतो द्वावेव सत्पथि स्थितौ

Pulastya dit : «Cet homme égaré qui fut dépêché pour tuer Hara (Śiva) — sache que Maheśvara (Śiva) et Hari (Viṣṇu) sont bien ces deux-là, tous deux établis sur la voie véridique».

Verse 90

तयोरविदितं नास्ति सिद्धासिद्धं महात्मनोः । ब्रह्मणः पंचमं वक्त्रमूर्द्ध्वमासीन्महात्मनः

Pour ces deux êtres à la grande âme, rien—qu’il fût possible ou impossible à atteindre—n’était inconnu. Et chez le grand Brahmā se trouvait un cinquième visage, tourné vers le haut.

Verse 91

ततो ब्रह्माभवन्मूढो रजसा चोपबृंहितः । ततोऽयं तेजसा सृष्टिममन्यत मया कृता

Alors Brahmā devint égaré, enflé davantage par le rajas. Puis, porté par son propre éclat, il s’imagina que cette création avait été accomplie par lui.

Verse 92

मत्तोऽन्यो नास्ति वै देवो येन सृष्टिः प्रवर्तिता । सह देवाः सगंधर्वाः पशुपक्षिमृगाकुलाः

«En vérité, il n’est point d’autre dieu que moi par qui cette création ait été mise en mouvement» — avec les devas, les gandharvas, et les foules de bêtes, d’oiseaux et d’animaux sauvages.

Verse 93

एवं मूढः स पंचास्यो विरिंचिरभवत्पुनः । प्राग्वक्त्रं मुखमेतस्य ऋग्वेदस्य प्रवर्तकम्

Ainsi, bien qu’égaré, celui aux cinq visages redevint Viriñci (Brahmā). Sa bouche tournée vers l’orient devint l’initiatrice du Ṛgveda.

Verse 94

द्वितीयं वदनं तस्य यजुर्वेदप्रवर्तकम् । तृतीयं सामवेदस्य अथर्वार्थं चतुर्थकम्

Son deuxième visage mit en mouvement le Yajurveda ; son troisième fut la source du Sāmaveda ; et son quatrième porta le sens et l’intention de l’Atharvaveda.

Verse 95

सांगोपांगेतिहासांश्च सरहस्यान्ससंग्रहान् । वेदानधीते वक्त्रेण पंचमेनोर्द्ध्वचक्षुषा

Par sa cinquième bouche — le regard tourné vers le haut — il étudia les Veda avec leurs auxiliaires, les Itihāsa, leurs enseignements secrets et les recueils compilés.

Verse 96

तस्याऽसुरसुराः सर्वे वक्त्रस्याद्भुतवर्चसः । तेजसा न प्रकाशंते दीपाः सूर्योदये यथा

Devant l’éclat merveilleux de son visage, tous les devas et les asuras cessèrent de briller, comme des lampes qui ne donnent plus de lumière au lever du soleil.

Verse 97

स्वपुरेष्वपि सोद्वेगा ह्यवर्तंत विचेतसः । न कंचिद्गणयेच्चान्यं तेजसा क्षिपते परान्

Même dans leurs propres cités, ils allaient, inquiets, l’esprit troublé. Ils ne tenaient nul autre pour digne d’égard, et, par leur puissance ardente, ils terrassaient les autres.

Verse 98

नाभिगंतु न च द्रष्टुं पुरस्तान्नोपसर्पितुम् । शेकुस्त्रस्ताः सुरास्सर्वे पद्मयोनिं महाप्रभुम्

Saisis de crainte, tous les dieux ne purent s’approcher, ni même le regarder, ni s’avancer devant le grand et rayonnant Né-du-Lotus (Brahmā).

Verse 99

अभिभूतमिवात्मानं मन्यमाना हतत्विषः । सर्वे ते मंत्रयामासुर्दैवता हितमात्मनः

Se jugeant comme accablés, leur éclat éteint, tous ces dieux tinrent conseil ensemble sur ce qui serait pour leur propre salut.

Verse 100

गच्छामः शरणं शंभुं निस्तेजसोऽस्य तेजसा । देवा ऊचुः । नमस्तेसर्वसत्वेश महेश्वर नमोनमः

Terrassés par son éclat et privés de notre propre splendeur, nous prenons refuge en Śambhu. Les dieux dirent : «Salut à Toi, Seigneur de tous les êtres ; ô Maheśvara, encore et encore nous nous prosternons devant Toi».

Verse 101

जगद्योने परंब्रह्म भूतानां त्वं सनातनः । प्रतिष्ठा सर्वजगतां त्वं हेतुर्विष्णुना सह

Ô matrice de l’univers, ô Brahman suprême, Tu es l’Éternel de tous les êtres. Tu es l’appui de tous les mondes, et avec Viṣṇu Tu es la cause de la création et de l’existence.

Verse 102

एवं संस्तूयमानोसौ देवर्षिपितृदानवैः । अंतर्हित उवाचेदं देवाः प्रार्थयतेप्सितम्

Ainsi loué par les dieux, les sages divins, les ancêtres et les Dānavas, lui—demeurant invisible—prononça ces paroles : «Ô dieux, demandez la grâce que vous désirez».

Verse 103

देवा ऊचुः । प्रत्यक्षदर्शनं दत्वा देहि देव यथेप्सितम् । कृत्वा कारुण्यमस्माकं वरश्चापि प्रदीयताम्

Les dieux dirent : «Ô Seigneur, accorde-nous d’abord Ta vision directe, puis donne ce qui est désiré. Par compassion envers nous, daigne aussi octroyer une grâce».

Verse 104

यदस्माकं महद्वीर्यं तेज ओजः पराक्रमः । तत्सर्वं ब्रह्मणा ग्रस्तं पंचमास्यस्य तेजसा

Quel que fût notre grand courage, notre éclat, notre vigueur et notre prouesse, tout cela fut englouti par Brahmā, par la radiance de sa forme aux cinq visages.

Verse 105

विनेशुः सर्वतेजांसि त्वत्प्रसादात्पुनः प्रभो । जायते तु यथापूर्वं तथा कुरु महेश्वर

Toutes les splendeurs ont péri ; par ta grâce, ô Seigneur, fais qu’elles renaissent de nouveau comme auparavant. Agis ainsi, ô Maheśvara.

Verse 106

ततः प्रसन्नवदनो देवैश्चापि नमस्कृतः । जगाम यत्र ब्रह्माऽसौ रजोहंकारमूढधीः

Alors, le visage apaisé —et salué aussi par les prosternations des dieux— il se rendit là où se trouvait ce Brahmā, dont l’intelligence était égarée par le rajas et l’ego.

Verse 107

स्तुवंतो देवदेवेशं परिवार्य समाविशन् । ब्रह्मा तमागतं रुद्रं न जज्ञे रजसावृतः

Louant le Dieu des dieux, ils l’entourèrent et pénétrèrent (en ce lieu). Mais Brahmā —voilé par le rajas— ne reconnut pas Rudra qui était venu.

Verse 108

सूर्यकोटिसहस्राणां तेजसा रंजयन्जगत् । तदादृश्यत विश्वात्मा विश्वसृग्विश्वभावनः

Par l’éclat de milliers de millions de soleils, illuminant le monde, alors apparut l’Âme universelle — Créateur de l’univers et son soutien.

Verse 109

सपितामहमासीनं सकलं देवमंडलम् । अभिगम्य ततो रुद्रो ब्रह्माणं परमेष्ठिनम्

Alors Rudra s'approcha de Brahmā, le Seigneur Suprême, en présence duquel toute l'assemblée des dieux, y compris le Pitāmaha, était assise.

Verse 110

अहोतितेजसा वक्त्रमधिकं देव राजते । एवमुक्त्वाट्टहासं तु मुमोच शशिशेखरः

« Ah ! Ô dieu, ton visage brille excessivement d'une splendeur flamboyante. » Ayant ainsi parlé, Śaśiśekhara éclata d'un grand rire.

Verse 111

वामांगुष्ठनखाग्रेण ब्रह्मणः पंचमं शिरः । चकर्त कदलीगर्भं नरः कररुहैरिव

Avec la pointe acérée de l'ongle de son pouce gauche, il trancha la cinquième tête de Brahmā, tout comme un homme coupe le cœur tendre d'un bananier avec ses ongles.

Verse 112

विच्छिन्नं तु शिरः पश्चाद्भवहस्ते स्थितं तदा । ग्रहमंडलमध्यस्थो द्वितीय इव चंद्रमाः

Alors la tête coupée vint reposer dans la main de Bhava ; et, positionnée au milieu du cercle des planètes, elle apparut comme une seconde lune.

Verse 113

करोत्क्षिप्तकपालेन ननर्त च महेश्वरः । शिखरस्थेन सूर्येण कैलास इव पर्वतः

Avec un bol crânien levé dans sa main, Mahādeva dansa ; et la montagne, avec le soleil posé sur son sommet, ressemblait au Mont Kailāsa.

Verse 114

छिन्ने वक्त्रे ततो देवा हृष्टास्तं वृषभध्वजम् । तुष्टुवुर्विविधैस्तोत्रैर्देवदेवं कपर्दिनम्

Alors, lorsque le visage fut tranché, les dieux, transportés de joie, célébrèrent ce Seigneur au drapeau du taureau (Śiva), Dieu des dieux, le chevelu aux mèches nouées, par maints hymnes.

Verse 115

देवा ऊचुः । नमः कपालिने नित्यं महाकालस्य कालिने । ऐश्वर्यज्ञानयुक्ताय सर्वभागप्रदायिने

Les dieux dirent : «Hommage sans cesse à Kapālin, au Temps de Mahākāla ; à Celui qui possède souveraineté et connaissance, et qui accorde toute part de grâce et de mérite».

Verse 116

नमो हर्षविलासाय सर्वदेवमयाय च । कलौ संहारकर्ता त्वं महाकालः स्मृतो ह्यसि

Hommage à Toi dont le jeu est joie et délice, et qui contiens en Toi tous les dieux. Dans l’âge de Kali, Tu es l’artisan de la dissolution ; oui, l’on se souvient de Toi comme Mahākāla.

Verse 117

भक्तानामार्तिनाशस्त्वं दुःखांतस्तेन चोच्यसे । शंकरोष्याशुभक्तानां तेन त्वं शंकरः स्मृतः

Tu anéantis les détresses des dévots ; c’est pourquoi l’on Te nomme «fin de la douleur». Et puisque Tu accordes l’auspice à ceux qui deviennent promptement dévots, l’on se souvient de Toi comme «Śaṅkara».

Verse 118

छिन्नं ब्रह्मशिरो यस्मात्त्वं कपालं बिभर्षि च । तेन देव कपाली त्वं स्तुतो ह्यद्य प्रसीद नः

Parce que Tu as tranché la tête de Brahmā et que, pour cela, Tu portes le crâne, ô Dieu, Tu es nommé Kapālī. Aujourd’hui nous Te louons : sois-nous favorable.

Verse 119

एवं स्तुतः प्रसन्नात्मा देवान्प्रस्थाप्य शंकरः । स्वानि धिष्ण्यानि भगवांस्तत्रैवासीन्मुदान्वितः

Ainsi loué, Śaṅkara, l’âme apaisée, renvoya les devas; et le Seigneur Bienheureux, après y avoir établi ses demeures divines, demeura en ce lieu même, rempli de joie.

Verse 120

विज्ञाय ब्रह्मणो भावं ततो वीरस्य जन्म च । शिरो नीरस्य वाक्यात्तु लोकानां कोपशांतये

Ayant compris l’intention de Brahmā, puis la naissance de l’être héroïque, la tête fut produite par l’ordre concernant le «sans eau», afin d’apaiser la colère des mondes.

Verse 121

शिरस्यंजलिमाधाय तुष्टावाथ प्रणम्य तम् । तेजोनिधि परं ब्रह्म ज्ञातुमित्थं प्रजापतिम्

Posant ses paumes jointes sur sa tête, il le loua ensuite et se prosterna devant lui, cherchant ainsi à connaître Prajāpati, le Brahman suprême, trésor de splendeur.

Verse 122

निरुक्तसूक्तरहस्यैरृग्यजुः सामभाषितैः । रुद्र उवाच । अप्रमेय नमस्तेस्तु परमस्य परात्मने

Par les sens ésotériques des hymnes et le dessein secret des Veda—exprimés dans la langue du Ṛg, du Yajus et du Sāman—Rudra dit : «Ô Incommensurable, salutations à Toi, au Suprême, au Soi le plus haut».

Verse 123

अद्भुतानां प्रसूतिस्त्वं तेजसां निधिरक्षयः । विजयाद्विश्वभावस्त्वं सृष्टिकर्ता महाद्युते

Tu es la source d’où naissent les merveilles, le trésor inépuisable des splendeurs. Par la victoire, tu deviens la nature même de l’univers; ô toi de grande radiance, tu es le créateur de la création.

Verse 124

ऊर्द्ध्ववक्त्र नमस्तेस्तु सत्वात्मकधरात्मक । जलशायिन्जलोत्पन्न जलालय नमोस्तु ते

Ô Toi au visage tourné vers le haut, salutations à Toi, dont l’essence est sattva et qui portes la terre. Ô Toi qui reposes sur les eaux, né des eaux et demeure même des eaux : salutations à Toi.

Verse 125

जलजोत्फुल्लपत्राक्ष जय देव पितामह । त्वया ह्युत्पादितः पूर्वं सृष्ट्यर्थमहमीश्वर

Ô toi dont les yeux sont tels des pétales de lotus pleinement épanouis, victoire à Toi, ô divin Pitāmaha (Brahmā) ! Car moi, le Seigneur, fus jadis engendré par toi pour l’œuvre de la création.

Verse 126

यज्ञाहुतिसदाहार यज्ञांगेश नमोऽस्तु ते । स्वर्णगर्भ पद्मगर्भ देवगर्भ प्रजापते

Salutations à Toi, ô Seigneur des membres du yajña, dont la nourriture constante est l’oblation du sacrifice. Ô Prajāpati, Hiraṇyagarbha (Germe d’Or), Padmagarbha (Germe de Lotus), Devagarbha (Germe Divin) !

Verse 127

त्वं यज्ञस्त्वं वषट्कारः स्वधा त्वं पद्मसंभव । वचनेन तु देवानां शिरश्छिन्नं मया प्रभो

Tu es le yajña ; Tu es l’acclamation vaṣaṭ ; Tu es l’offrande svadhā, ô Né du Lotus. Et pourtant, par ma parole, les têtes des dieux ont été tranchées, ô Seigneur.

Verse 128

ब्रह्महत्याभिभूतोस्मि मां त्वं पाहि जगत्पते । इत्युक्तो देवदेवेन ब्रह्मा वचनमब्रवीत्

«Je suis accablé par le péché d’avoir tué un brahmane ; protège-moi, ô Seigneur de l’univers.» Ainsi interpellé par le Dieu des dieux, Brahmā prononça ces paroles.

Verse 129

ब्रह्मोवाच । सखा नाराणो देवः स त्वां पूतं करिष्यति । कीर्तनीयस्त्वया धन्यः स मे पूज्यः स्वयं विभुः

Brahmā dit : « Le divin Nārāyaṇa est ton ami ; c’est lui qui te rendra pur. Ô bienheureux, chante sa louange : il est digne d’être célébré. Il est, en vérité, l’objet même de mon adoration, le Seigneur en personne. »

Verse 130

अनुध्यातोऽसि वै नूनं तेन देवेन विष्णुना । येन ते भक्तिरुत्पन्ना स्तोतुं मां मतिरुत्थिता

Assurément, tu as été rappelé à la mémoire et contemplé par ce dieu Viṣṇu ; par Lui ta dévotion est née, et ton élan pour me louer s’est éveillé.

Verse 131

शिरश्छेदात्कपाली त्वं सोमसिद्धांतकारकः । कोटीः शतं च विप्राणामुद्धर्तासि महाद्युते

Par la section de la tête, tu devins Kapālī, le Porteur du Crâne, et l’instaurateur de l’ordonnance sacrée de Soma. Ô toi de grande splendeur, tu es le libérateur de cent koṭis de brāhmanes.

Verse 132

ब्रह्महत्याव्रतं कुर्या नान्यत्किंचन विद्यते । अभाष्याः पापिनः क्रूरा ब्रह्मघ्नाः पापकारिणः

Il faut accomplir le vœu d’expiation pour le meurtre d’un brāhmane ; il n’existe aucun autre remède. Les tueurs de brāhmanes sont pécheurs et cruels, indignes qu’on leur adresse la parole, artisans du mal.

Verse 133

वैतानिका विकर्मस्था न ते भाष्याः कथंचन । तैस्तु दृष्टैस्तथा कार्यं भास्करस्यावलोकनम्

Ceux qui accomplissent des rites védiques tout en demeurant dans des actes interdits ne doivent en aucune manière être abordés. Au contraire, après les avoir vus, qu’on agisse comme il convient : en tournant son regard vers Bhāskara, le Soleil.

Verse 134

अंगस्पर्शे कृते रुद्र सचैलो जलमाविशेत् । एवं शुद्धिमवाप्नोति पूर्वं दृष्टां मनीषिभिः

Ô Rudra, lorsqu’un contact du corps a eu lieu, qu’on entre dans l’eau sans ôter ses vêtements ; ainsi obtient-on la purification reconnue par les sages d’autrefois.

Verse 135

स भवान्ब्रह्महन्तासि शुद्ध्यर्थं व्रतमाचर । चीर्णे व्रते पुनर्भूयः प्राप्स्यसि त्वं वरान्बहून्

Tu es en vérité le meurtrier d’un brāhmaṇa ; accomplis donc un vœu pour ta purification. Lorsque ce vœu aura été observé comme il se doit, tu recevras de nouveau de nombreux bienfaits.

Verse 136

एवमुक्त्वा गतो ब्रह्मा रुद्रस्तन्नाभिजज्ञिवान् । अचिंतयत्तदाविष्णुं ध्यानगत्या ततः स्वयं

Après avoir ainsi parlé, Brahmā s’en alla. Rudra ne comprit pas cela ; alors, par sa propre puissance, il se mit à contempler Viṣṇu, entrant dans la voie de la méditation.

Verse 137

लक्ष्मीसहायं वरदं देवदेवं सनातनम् । अष्टांगप्रणिपातेन देवदेवस्त्रिलोचनः

Le Seigneur aux trois yeux, maître des dieux, se prosterna selon l’hommage des huit membres devant l’éternel Seigneur des dieux—Viṣṇu—dispensateur de grâces, accompagné de Lakṣmī.

Verse 138

तुष्टाव प्रणतो भूत्वा शंखचक्रगदाधरम् । रुद्र उवाच । परं पराणाममृतं पुराणं परात्परं विष्णुमनंतवीर्यं

S’étant incliné, il loua le Seigneur qui porte la conque, le disque et la massue. Rudra dit : «Viṣṇu est le Suprême des suprêmes : immortel, l’Ancien ; au-delà du plus haut, à la vaillance sans fin».

Verse 139

स्मरामि नित्यं पुरुषं वरेण्यं नारायणं निष्प्रतिमं पुराणम् । परात्परं पूर्वजमुग्रवेगं गंभीरगंभीरधियां प्रधानम्

Je me souviens sans cesse de la Personne suprêmement digne—Nārāyaṇa—sans pareille et primordiale ; au-delà du plus haut, le Premier-né, d’une force irrésistible, et l’objet suprême de la contemplation des esprits profonds.

Verse 140

नतोस्मि देवं हरिमीशितारं परात्परं धामपरं च धाम । परापरं तत्परमं च धाम परापरेशं पुरुषं विशालम्

Je me prosterne devant Hari, le Dieu Seigneur et Souverain—transcendant au-delà du plus haut ; demeure suprême et fondement de toute demeure ; au-delà du supérieur et de l’inférieur ; refuge ultime ; Seigneur de tout ce qui est haut et bas ; la Personne immense et omniprésente.

Verse 141

नारायणं स्तौमि विशुद्धभावं परापरं सूक्ष्ममिदं ससर्ज । सदास्थितत्वात्पुरुषप्रधानं शांतं प्रधानं शरणं ममास्तु

Je loue Nārāyaṇa, à la nature parfaitement pure—transcendant et immanent—qui créa cet univers subtil. Parce qu’Il demeure à jamais, Il est la Personne suprême, le principe premier—paisible et primordial ; qu’Il soit mon refuge.

Verse 142

नारायणं वीतमलं पुराणं परात्परं विष्णुमपारपारम् । पुरातनं नीतिमतां प्रधानं धृतिक्षमाशांतिपरं क्षितीशम्

Je me prosterne devant Nārāyaṇa—sans tache et primordial—devant Viṣṇu, le Suprême au-delà du suprême, insondable et sans bornes ; l’Ancien, premier parmi les justes, dont la nature est constance, patience et paix, le Seigneur souverain de la terre.

Verse 143

शुभं सदा स्तौमि महानुभावं सहस्रमूर्द्धानमनेकपादम् । अनंतबाहुं शशिसूर्यनेत्रं क्षराक्षरं क्षीरसमुद्रनिद्रम्

Je loue sans cesse ce Seigneur de bon augure, à la grande âme—aux mille têtes et aux nombreux pieds, aux bras infinis, ayant la lune et le soleil pour yeux ; Lui qui est le périssable et l’impérissable, et qui repose sur l’Océan de Lait.

Verse 144

नारायणं स्तौमि परं परेशं परात्परं यत्त्रिदशैरगम्यम् । त्रिसर्गसंस्थं त्रिहुताशनेत्रं त्रितत्वलक्ष्यं त्रिलयं त्रिनेत्रम्

Je loue Nārāyaṇa, le Suprême, Seigneur des seigneurs, plus haut que le plus haut, inatteignable même aux devas. Il demeure comme soutien de la triple création; son œil est le triple feu sacré; il est le but discerné par les trois tattvas; il est la dissolution du triple; et il est le Trois-Yeux.

Verse 145

नमामि नारायणमप्रमेयं कृते सितं द्वापरतश्च रक्तम् । कलौ च कृष्णं तमथो नमामि ससर्ज यो वक्त्रत एव विप्रान्

Je me prosterne devant l’incommensurable Nārāyaṇa : blanc à l’âge de Kṛta, rouge à l’âge de Dvāpara, et noir à l’âge de Kali. Je me prosterne encore devant Celui qui créa les brāhmaṇas de sa propre bouche.

Verse 146

भुजांतरात्क्षत्रमथोरुयुग्माद्विशः पदाग्राच्च तथैव शूद्रान् । नमामि तं विश्वतनुं पुराणं परात्परं पारगमप्रमेयम्

De ses bras naquirent les Kṣatriyas; de la paire de ses cuisses, les Vaiśyas; et des extrémités de ses pieds, de même, les Śūdras. Je me prosterne devant l’Ancien dont le corps est l’univers, au-delà même du transcendant, incommensurable, par-delà la rive ultime.

Verse 147

सूक्ष्ममूर्त्तिं महामूर्त्तिं विद्यामूर्त्तिममूर्तिकम् । कवचं सर्वदेवानां नमस्ये वारिजेक्षणम्

Je m’incline devant le Lotus-aux-Yeux : subtil en forme, immense en forme, incarnation de la connaissance sacrée et pourtant sans forme, cuirasse protectrice de tous les devas.

Verse 148

सहस्रशीर्षं देवेशं सहस्राक्षं महाभुजम् । जगत्संव्याप्य तिष्ठंतं नमस्ये परमेश्वरम्

Je me prosterne devant le Seigneur Suprême, Seigneur des devas : aux mille têtes et aux mille yeux, aux bras puissants, qui pénètre tout et demeure en soutenant l’univers entier.

Verse 149

शरण्यं शरणं देवं विष्णुं जिष्णुं सनातनम् । नीलमेघप्रतीकाशं नमस्ये शार्ङ्गपाणिनम्

Je me prosterne devant Viṣṇu, refuge divin et dispensateur de refuge, toujours victorieux et éternel, resplendissant tel un nuage sombre de pluie, porteur de l’arc Śārṅga.

Verse 150

शुद्धं सर्वगतं नित्यं व्योमरूपं सनातनम् । भावाभावविनिर्मुक्तं नमस्ये सर्वगं हरिम्

Je me prosterne devant Hari, pur, omniprésent, éternel, de la nature du ciel (l’espace), primordial; affranchi de l’être comme du non-être, pénétrant tout.

Verse 151

न चात्र किंचित्पश्यामि व्यतिरिक्तं तवाच्युत । त्वन्मयं च प्रपश्यामि सर्वमेतच्चराचरम्

Ô Acyuta, je ne vois ici rien qui existe séparément de Toi; en vérité je contemple cet univers tout entier—mobile et immobile—comme pénétré de Toi.

Verse 152

एवं तु वदतस्तस्य रुद्रस्य परमेष्ठिनः । इतीरितेस्तेन सनातन स्वयं परात्परस्तस्य बभूव दर्शने

Ainsi parlait Rudra, le Seigneur suprême; et lorsque cela eut été déclaré par lui, l’Éternel—Lui-même, le Transcendant au-delà du transcendant—apparut devant lui sous une forme visible.

Verse 153

रथांगपाणिर्गरुडासनो गिरिं विदीपयन्भास्करवत्समुत्थितः । वरं वृणीष्वेति सनातनोब्रवीद्वरस्तवाहं वरदः समागतः

Alors l’Éternel—tenant le disque en Sa main et assis sur Garuḍa—se leva tel le soleil, illuminant la montagne. Il dit : «Choisis une grâce. Je suis venu comme dispensateur de grâces; je suis ici pour t’accorder un bienfait».

Verse 154

इतीरिते रुद्रवरो जगाद ममातिशुद्धिर्भविता सुरेश । न चास्य पापस्य हरं हि चान्यत्संदृश्यतेग्र्यं च ऋते भवं तम्

Cela dit, l’excellent Rudra répondit : «Ô Seigneur des dieux, je deviendrai parfaitement purifié. Pour ôter ce péché, nul autre remède suprême n’est aperçu—sinon Bhava (Śiva) seul.»

Verse 155

ब्रह्महत्याभिभूतस्य तनुर्मे कृष्णतां गता । शवगंधश्च मे गात्रे लोहस्याभरणानि मे

Accablé par le péché du meurtre d’un brahmane, mon corps est devenu noir; une puanteur de cadavre s’attache à mes membres, et mes parures sont devenues de fer.

Verse 156

कथं मे न भवेदेवमेतद्रूपं जनार्दनम् । किं करोमि महादेव येन मे पूर्विका तनूः

Comment Janārdana ne m’apparaîtrait-il pas sous cette forme même ? Que dois-je faire, ô Mahādeva, afin que mon état d’autrefois me soit rendu ?

Verse 157

त्वत्प्रसादेन भविता तन्मे कथय चाच्युत । विष्णुरुवाच । ब्रह्मवध्या परा चोग्रा सर्वकष्टप्रदा परा

«Par ta grâce, cela s’accomplira—dis-le-moi, ô Acyuta.» Viṣṇu répondit : «Le péché du meurtre d’un brahmane est suprême et terrible, et il engendre toutes les souffrances».

Verse 158

मनसापि न कुर्वीत पापस्यास्य तु भावनाम् । भवता देववाक्येन निष्ठा चैषा निबोधिता

Même en pensée, nul ne doit nourrir l’idée de ce péché. Par ta parole divine, cette ferme résolution a été connue et établie.

Verse 159

इदानीं त्वं महाबाहो ब्रह्मणोक्तं समाचर । भस्मसर्वाणि गात्राणि त्रिकालं घर्षयेस्तनौ

Maintenant, ô toi aux bras puissants, accomplis ce que Brahmā a ordonné : frotte la cendre sacrée sur tous les membres de ton corps, trois fois par jour.

Verse 160

शिखायां कर्णयोश्चैव करे चास्थीनि धारय । एवं च कुर्वतो रुद्र कष्टं नैव भविष्यति

Porte les ossements sur ton chignon, sur tes oreilles et aussi sur ta main. Ô Rudra, pour celui qui agit ainsi, aucune épreuve ne surviendra.

Verse 161

संदिश्यैवं स भगवांस्ततोंऽतर्द्धानमीश्वरः । लक्ष्मीसहायो गतवान्रुद्रस्तं नाभिजज्ञिवान्

Ayant ainsi donné ses instructions, ce Seigneur Bienheureux, le Souverain, disparut de la vue. Accompagné de Lakṣmī, il partit, mais Rudra ne le reconnut pas.

Verse 162

कपालपाणिर्देवेशः पर्यटन्वसुधामिमाम् । हिमवंतं समैनाकं मेरुणा च सहैव तु

Le Seigneur des dieux, Kapālapāṇi, erra à travers cette terre, allant vers l'Himavān avec le Maināka, et aussi vers le mont Meru.

Verse 163

कैलासं सकलं विंध्यं नीलं चैव महागिरिम् । कांचीं काशीं ताम्रलिप्तां मगधामाविलां तथा

Au Kailāsa, à toute la chaîne des Vindhya, et aussi à la montagne Nīla, avec la grande montagne ; de même à Kāñcī, Kāśī, Tāmraliptā et Magadhā, ainsi qu'à Āvilā.

Verse 164

वत्सगुल्मं च गोकर्णं तथा चैवोत्तरान्कुरून् । भद्राश्वं केतुमालं च वर्षं हैरण्यकं तथा

Et (il nomma) Vatsagulma et Gokarṇa, ainsi que les Kuru du Nord ; de même Bhadrāśva et Ketumāla, et la contrée appelée Hiraṇyaka.

Verse 165

कामरूपं प्रभासं च महेंद्रं चैव पर्वतम् । ब्रह्महत्याभिभूतोसौ भ्रमंस्त्राणं न विंदति

Il erra vers Kāmarūpa, vers Prabhāsa, et aussi vers le mont Mahendra ; mais, accablé par le péché de brahma-hatyā, il ne trouva ni refuge ni délivrance.

Verse 166

त्रपान्वितः कपालं तु पश्यन्हस्तगतं सदा । करौ विधुन्वन्बहुशो विक्षिप्तश्च मुहुर्मुहुः

Empli de honte, il regardait sans cesse le bol-crâne toujours dans sa main ; maintes fois il secouait ses mains et, encore et encore, les agitait dans le trouble.

Verse 167

यदास्य धुन्वतो हस्तौ कपालं पतते न तु । तदास्य बुद्धिरुत्पन्ना व्रतं चैतत्करोम्यहम्

Lorsque, tandis qu’il secouait ses mains, le crâne ne tomba point, alors l’intelligence s’éveilla en lui : «J’accomplirai ce vœu».

Verse 168

मदीयेनैव मार्गेण द्विजा यास्यंति सर्वतः । ध्यात्वैवं सुचिरं देवो वसुधां विचचार ह

«Par mon propre chemin, les deux-fois-nés voyageront en tous lieux.» Ayant ainsi longtemps médité, l’Être divin parcourut la terre.

Verse 169

पुष्करं तु समासाद्य प्रविष्टोऽरण्यमुत्तमम् । नानाद्रुमलताकीर्णं नानामृगरवाकुलम्

Parvenu à Puṣkara, il entra dans une forêt sublime, pleine d’arbres et de lianes de toutes sortes, retentissante des cris de maints animaux sauvages.

Verse 170

द्रुमपुष्पभरामोद वासितं यत्सुवायुना । बुद्धिपूर्वमिव न्यस्तैः पुष्पैर्भूषितभूतलम्

Une brise douce, lourde du parfum des fleurs des arbres, l’embaumait; et la face de la terre semblait parée de fleurs, comme si elles avaient été déposées avec soin et intention.

Verse 171

नानागधंरसैरन्यैः पक्वापक्वैः फलैस्तथा । विवेश तरुवृंदेन पुष्पामोदाभिनंदितः

Au milieu de groupes d’arbres, salués par le parfum des fleurs, il entra dans un bosquet rempli de fruits, les uns mûrs, les autres encore verts, riche de senteurs et de saveurs variées.

Verse 172

अत्राराधयतो भक्त्या ब्रह्मा दास्यति मे वरम् । ब्रह्मप्रसादात्संप्राप्तं पौष्करं ज्ञानमीप्सितम्

Ici, tandis que j’adore avec dévotion, Brahmā m’accordera une grâce. Par la faveur de Brahmā, j’ai obtenu la connaissance sacrée de Puṣkara, tant désirée.

Verse 173

पापघ्नं दुष्टशमनं पुष्टिश्रीबलवर्द्धनम् । एवं वै ध्यायतस्तस्य रुद्रस्यामिततेजसः

Il est le destructeur du péché, le dompteur des méchants, l’accroisseur de nourriture, de prospérité et de force : tel est, en vérité, le fruit de la méditation sur ce Rudra à l’éclat sans mesure.

Verse 174

आजगाम ततो ब्रह्मा भक्तिप्रीतोऽथ कंजजः । उवाच प्रणतं रुद्रमुत्थाप्य च पुनर्गुरुः

Alors vint Brahmā, Né du Lotus, réjoui par la dévotion; relevant Rudra prosterné, le maître vénérable parla de nouveau.

Verse 175

दिव्यव्रतोपचारेण सोहमाराधितस्त्वया । भवता श्रद्धयात्यर्थं ममदर्शनकांक्षया

Par les observances et les services de ton vœu divin, tu m’as rendu un culte; avec une foi très profonde, désirant ardemment me voir.

Verse 176

व्रतस्था मां हि पश्यंति मनुष्या देवतास्तथा । तदिच्छया प्रयच्छामि वरं यत्प्रवरं वरम्

Car ceux qui demeurent établis dans le vœu me voient, les hommes comme les dieux. Selon ce désir, j’accorde le don, le plus éminent des dons.

Verse 177

सर्वकामप्रसिद्ध्यर्थं व्रतं यस्मान्निषेवितम् । मनोवाक्कायभावैश्च संतुष्टेनांतरात्मना

Ainsi, ce vœu doit être observé pour l’accomplissement de tous les désirs: par celui dont l’âme intérieure est satisfaite et qui se maîtrise en pensée, parole, corps et intention.

Verse 178

कं ददामि च वै कामं वद भोस्ते यथेप्सितम् । रुद्र उवाच । एष एवाद्य भगवन्सुपर्याप्तो महा वरः

«À qui dois-je te donner, et quel don désires-tu? Dis-le, seigneur, selon ton souhait». Rudra dit: «Ceci seul, ô Bienheureux, est aujourd’hui un grand don, pleinement suffisant».

Verse 179

यद्दृष्टोसि जगद्वंद्य जगत्कर्तर्नमोस्तुते । महता यज्ञसाध्येन बहुकालार्जितेन च

Ô Créateur du monde, ô Toi que l’univers entier vénère—hommage à Toi. Par un grand yajña, accompli après de longs efforts, je T’ai enfin contemplé.

Verse 180

प्राणव्ययकरेण त्वं तपसा देव दृश्यते । इदं कपालं देवेश न करात्पतितं विभो

Ô Dieu, c’est par une austérité (tapas) qui épuise le souffle même de la vie que l’on Te voit. Ô Seigneur des dieux, ô Toi qui pénètres tout—ce bol de crâne n’est pas tombé de Ta main, ô Puissant.

Verse 181

त्रपाकरा ऋषीणां च चर्यैषा कुत्सिता विभो । त्वत्प्रसादाद्व्रतं चेदं कृतं कापालिकं तु यत्

Ô Seigneur, cette conduite est blâmable et couvre de honte les rishis. Pourtant, par Ta grâce, cette observance même—le vœu Kāpālika—a été entreprise.

Verse 182

सिद्धमेतत्प्रपन्नस्य महाव्रतमिहोच्यताम् । पुण्यप्रदेशे यस्मिंस्तु क्षिपामीदं वदस्व मे

Cela est arrêté pour celui qui s’est réfugié. Maintenant, expose-moi ici le grand vœu, et dis-moi en quelle contrée sacrée je dois l’accomplir sans tarder; explique-le-moi.

Verse 183

पूतो भवामि येनाहं मुनीनां भावितात्मनाम् । ब्रह्मोवाच । अविमुक्तं भगवतः स्थानमस्ति पुरातनम्

«Par quoi je suis purifié—auprès des munis dont l’âme est affinée par la contemplation.» Brahmā dit : «Il est une antique demeure sacrée du Seigneur, appelée Avimukta.»

Verse 184

कपालमोचनं तीर्थं तव तत्र भविष्यति । अहं च त्वं स्थितस्तत्र विष्णुश्चापि भविष्यति

Là s’élèvera pour toi un gué sacré nommé Kapālamocana. Là, toi et moi demeurerons, et Viṣṇu aussi y sera présent.

Verse 185

दर्शने भवतस्तत्र महापातकिनोपि ये । तेपि भोगान्समश्नंति विशुद्धा भवने मम

Par ta seule vision en ce lieu, même ceux qui portent les grands péchés goûtent aux délices divins et sont purifiés dans ma demeure.

Verse 186

वरणापि असीचापि द्वे नद्यौ सुरवल्लभे । अंतराले तयोः क्षेत्रे वध्या न विशति क्वचित्

Ô bien-aimée des dieux, Varaṇā et Asī sont deux rivières. Dans le territoire sacré entre elles, celui qui est voué à l’exécution n’entre jamais.

Verse 187

तीर्थानां प्रवरं तीर्थं क्षेत्राणां प्रवरं तव । आदेहपतनाद्ये तु क्षेत्रं सेवंति मानवाः

Parmi tous les tīrtha, tu es le plus éminent; parmi tous les kṣetra, tu es le premier. Du commencement jusqu’à la chute du corps, les hommes se vouent au service de ce lieu sacré.

Verse 188

ते मृता हंसयानेन दिवं यांत्यकुतोभयाः । पंचक्रोशप्रमाणेन क्षेत्रं दत्तं मया तव

Morts en ce lieu, ils montent au ciel dans un char céleste porté par des cygnes, sans crainte de quelque côté que ce soit. Je t’ai accordé un domaine sacré mesurant cinq krośas.

Verse 189

क्षेत्रमध्याद्यदा गंगा गमिष्यति सरित्पतिम् । तदा सा महती पुण्या पुरी रुद्र भविष्यति

Lorsque la sainte Gaṅgā, du milieu du champ sacré, ira vers le seigneur des fleuves—l’océan—, alors ce lieu deviendra une grande et sainte cité de Rudra.

Verse 190

पुण्या चोदङ्मुखी गंगा प्राची चापि सरस्वती । उदङ्मुखी योजने द्वे गच्छते जाह्नवी नदी

La sainte Gaṅgā coule vers le nord, et Sarasvatī coule vers l’est ; le fleuve Jāhnavī aussi coule vers le nord sur deux yojanas.

Verse 191

तत्र वै विबुधाः सर्वे मया सह सवासवाः । आगता वासमेष्यंति कपालं तत्र मोचय

Là, en vérité, tous les dieux—avec moi et avec Indra—sont venus et y prendront demeure. Là, dépose (rejette) le crâne.

Verse 192

तस्मिंस्तीर्थे तु ये गत्वा पिण्डदानेन वै पितॄन् । श्राद्धैस्तु प्रीणयिष्यंति तेषां लोकोऽक्षयो दिवि

Mais ceux qui se rendent à ce tīrtha et réjouissent leurs ancêtres par l’offrande des piṇḍas et l’accomplissement des rites de śrāddha, pour eux il est un séjour impérissable au ciel.

Verse 193

वाराणस्यां महातीर्थे नरः स्नातो विमुच्यते । सप्तजन्मकृतात्पापाद्गमनादेव मुच्यते

À Vārāṇasī, le grand tīrtha, l’homme qui s’y baigne est délivré ; en vérité, le seul fait d’y aller le libère des péchés amassés en sept naissances.

Verse 194

तत्तीर्थं सर्वतीर्थानामुत्तमं परिकीर्तितम् । त्यजंति तत्र ये प्राणान्प्राणिनः प्रणतास्तव

Ce gué sacré est proclamé le plus élevé parmi tous les tīrtha. Les êtres qui, dévots et prosternés devant Toi, y abandonnent leur souffle de vie, atteignent la fin suprême.

Verse 195

रुद्रत्वं ते समासाद्य मोदंते भवता सह । तत्रापि हि तु यद्दत्तं दानं रुद्र यतात्मना

Ayant atteint l’état de Rudra, ils se réjouissent avec Toi. Et même là, ô Rudra, tout don offert par celui qui se maîtrise devient pleinement méritoire.

Verse 196

स्यान्महच्च फलं तस्य भविता भावितात्मनः । स्वांगस्फुटित संस्कारं तत्र कुर्वंति ये नराः

Grand sera le fruit pour le contemplatif à l’âme disciplinée. Ceux qui, là, accomplissent le rite prescrit, le corps dûment préparé et purifié par les saṃskāra, recevront une grande récompense.

Verse 197

ते रुद्रलोकमासाद्य मोदंते सुखिनः सदा । तत्र पूजा जपो होमः कृतो भवति देहिनां

Parvenus au monde de Rudra, ils se réjouissent, toujours heureux. Là, l’adoration, la récitation des mantras et les offrandes au feu sont comme accomplies pour le bien des êtres incarnés.

Verse 198

अनंतफलदः स्वर्गो रुद्रभक्तियुतात्मनः । तत्र दीपप्रदाने तु ज्ञानचक्षुर्भवेन्नरः

Pour celui dont le cœur est empli de dévotion à Rudra, le ciel accorde des fruits sans fin. Et en y offrant une lampe, l’homme acquiert l’œil de la connaissance spirituelle.

Verse 199

अव्यंगं तरुणं सौम्यं रूपवंतं तु गोसुतम् । योङ्कयित्वा मोचयति स याति परमं पदम्

Celui qui attelle puis relâche un jeune veau-taureau, sans défaut, doux et beau, atteint la demeure suprême.

Verse 200

पितृभिः सहितो मोक्षं गच्छते नात्र संशयः । अथ किं बहुनोक्तेन यत्तत्र क्रियते नरैः

Accompagné des Pitṛs (ancêtres), il parvient à la délivrance; là-dessus, nul doute. À quoi bon tant de paroles? Ce que les hommes y accomplissent, tel en est le fruit.