
The Glory of Śrāddha at Sacred Fords and the Determination of the Kutapa Time
Bhīṣma interroge Pulastya sur le moment convenable pour accomplir le śrāddha et sur les tīrthas qui donnent le plus grand fruit. Pulastya, dans le cadre narratif purāṇique, répond en recensant les pitṛ-tīrthas de Bhārata—Puṣkara, Naimiṣa, Kurukṣetra, Gayā, les confluents des rivières et les lieux de liṅga—et affirme que le dāna, le homa, le japa et le śrāddha accomplis en ces lieux deviennent d’un mérite inépuisable. Il expose ensuite une doctrine précise du temps : la journée est divisée en quinze muhūrtas ; le śrāddha ne doit pas être fait au crépuscule, période dite « Rākṣasī ». Le Kutapa—huitième muhūrta après midi—est loué comme particulièrement fécond. Sont aussi confirmés les « tīrthas intérieurs » des vertus : vérité, compassion, maîtrise de soi et paix du cœur. Gayā est mise à part comme lieu où le śrāddha accorde la délivrance (mokṣa).
Verse 1
भीष्म उवाच । कस्मिन्वासरभागे तु श्राद्धी श्राद्धं समाचरेत् । तीर्थेषु केषु वै श्राद्धं कृतं बहुफलं द्विज
Bhīṣma dit : «À quel moment du jour celui qui veut accomplir le śrāddha doit-il l’exécuter selon le rite ? Et dans quels tīrthas sacrés le śrāddha, une fois accompli, donne-t-il un fruit abondant, ô deux-fois-né ?»
Verse 2
पुलस्त्य उवाच । तीर्थं तु पुष्करं नाम यत्तु श्रेष्ठतमं स्मृतम् । सर्वेषां द्विजमुख्यानां मनोरथमिव स्थितम्
Pulastya dit : «Il est un lieu de pèlerinage sacré nommé Puṣkara, tenu en mémoire comme le plus excellent des tīrthas, demeurant tel le vœu même du cœur de tous les plus éminents parmi les deux-fois-nés.»
Verse 3
तत्र दत्तं हुतं जप्तमनन्तं भवति ध्रुवम् । पितॄणां वल्लभं नित्यमृषीणां परमं मतम्
Là, tout don (dāna), toute offrande au feu sacré, toute récitation en japa devient sans fin : cela est certain. C’est à jamais cher aux pitṛs (ancêtres) et tenu pour l’enseignement suprême des ṛṣis.
Verse 4
नंदाथ ललिता तद्वत्तीर्थं मायापुरी शुभा । तथा मित्रपदं राजंस्ततः केदारमुत्तमम्
Viennent ensuite Nandā et Lalitā ; de même le tīrtha de ce lieu ; l’auspicieuse Māyāpurī ; et aussi Mitrapada, ô roi ; puis l’excellent Kedāra.
Verse 5
गंगासागरमित्याहुः सर्वतीर्थमयं शुभम् । तीर्थं ब्रह्मसरस्तद्वच्छतद्रुसलिलं शुभम्
On dit que Gaṅgāsāgara est auspicieux et renferme le mérite de tous les tīrthas. De même, Brahma-saras est un tīrtha sacré, et telles sont aussi les eaux bénies de la Śatadru.
Verse 6
तीर्थं तु नैमिषं नाम सर्वतीर्थफलप्रदम् । गंगोद्भेदस्तु गोमत्यां यत्रोद्भूतः सनातनः
Il est un tīrtha sacré nommé Naimiṣa, dispensateur des fruits de tous les lieux saints. Là, dans la rivière Gomati, se révèle l’éternelle émergence de la Gaṅgā.
Verse 7
तथा यज्ञवराहस्तु देवदेवश्च शूलधृक् । यत्र तत्कांचनं दानमष्टादशभुजो हरः
De même, là l’on vénère Yajña-Varāha, ainsi que le Dieu des dieux, porteur du trident. Là encore est exalté le don d’or, là où se tient Hara, le Seigneur aux dix-huit bras.
Verse 8
नेमिस्तु धर्मचक्रस्य शीर्णा यत्राभवत्पुरा । तदेतन्नैमिशारण्यं सर्वतीर्थनिषेवितम्
Voici la Forêt de Naimiṣa, où jadis s’usa le bord (nemi) de la Roue du Dharma. Elle est visitée et honorée par tous les tīrthas.
Verse 9
देवदेवस्य तत्रापि वराहस्य च दर्शनम् । यः प्रयाति स पूतात्मा नारायणपुरं व्रजेत्
Là encore, on obtient le darśana, la vision sacrée, du Dieu des dieux, et aussi de Varāha. Quiconque s’en retourne après la visite devient pur d’âme et gagne la cité de Nārāyaṇa, Nārāyaṇapura.
Verse 10
कोकामुखं परं तीर्थमिन्द्रमार्गोपि लक्ष्यते । अथापि पितृतीर्थं तु ब्रह्मणोव्यक्तजन्मनः
Kokāmukha est un tīrtha suprême, et l’on y distingue aussi la Voie d’Indra. Là se trouve encore le tīrtha des Ancêtres (Pitṛ) de Brahmā, dont la naissance demeure non manifestée.
Verse 11
पुष्करारण्यसंस्थोसौ यत्र देवः पितामहः । विरिंचिदर्शनं श्रेष्ठमपवर्गफलप्रदम्
Il demeure dans la forêt de Puṣkara, où réside le divin Pitāmaha. La vision de Viriñci (Brahmā) est suprême et accorde le fruit de la délivrance (mokṣa).
Verse 12
कृतं नाम महापुण्यं सर्वपापनिषूदनम् । यत्राद्यो नारसिंहस्तु स्वयमेव जनार्दनः
Il est un lieu nommé Kṛta, d’un mérite immense et destructeur de tous les péchés, où le Narasiṃha primordial n’est autre que Janārdana (Viṣṇu) Lui-même.
Verse 13
तीर्थमिक्षुमतीनाम पितॄणां च शुभावहा । तुष्यन्ति पितरो नित्यं गंगायमुनसंगमे
Il est un gué sacré nommé Ikṣumatī, porteur d’heureux présages pour les ancêtres. À la confluence de la Gaṅgā et de la Yamunā, les Pitṛs sont toujours comblés.
Verse 14
कुरुक्षेत्रं महापुण्यं यत्र मार्गोपि लक्ष्यते । अद्यापि पितृतीर्थं तु सर्वकामफलप्रदम्
Kurukṣetra est d’un mérite suprême, si renommé que même le chemin qui y mène est clairement connu. Aujourd’hui encore, le Pitṛ-tīrtha qui s’y trouve accorde les fruits de tous les vœux.
Verse 15
नीलकण्ठमिति ख्यातं पितृतीर्थं नराधिप । तथा भद्रसरः पुण्यं सरो मानसमेव च
Ô roi, il est un Pitṛ-tīrtha renommé sous le nom de Nīlakaṇṭha ; de même, l’étang sacré appelé Bhadrasaras, ainsi que le lac Mānasa.
Verse 16
मंदाकिनी तथाऽच्छोदा विपाशा च सरस्वती । सर्वमित्रपदं तद्वद्वैद्यनाथं महाफलम्
Mandākinī, ainsi qu’Acchodā, Vipāśā et Sarasvatī ; de même le lieu sacré nommé Sarvamitrapada ; et pareillement Vaidyanātha : tous ceux-là procurent un grand fruit spirituel à qui les visite et les vénère.
Verse 17
क्षिप्रा नदी तथा पुण्या तथा कालञ्जरं शुभम् । तीर्थोद्भेदं हरोद्भेदं गर्भभेदं महालयम्
La rivière Kṣiprā est elle aussi sacrée ; de même l’auspicieux Kālañjara. Sont également saints : Tīrthodbheda, Harodbheda, Garbhabheda et Mahālaya.
Verse 18
भद्रेश्वरं विष्णुपदं नर्मदा द्वारमेव च । गयापिंडप्रदानेन समान्याहुर्महर्षयः
Les grands sages déclarent que Bhadreśvara, Viṣṇupada et la porte de la Narmadā sont d’un mérite égal à l’offrande des piṇḍa (boules de riz funéraires) à Gayā.
Verse 19
एतानि पितृतीर्थानि सर्वपापहराणि च । स्मरणादपि लोकानां किमु श्राद्धप्रदायिनाम्
Ce sont des tīrtha des ancêtres (pitṛ-tīrtha), et ils effacent tous les péchés. S’ils purifient les hommes par le seul souvenir, combien plus ceux qui y accomplissent le śrāddha !
Verse 20
ओंकारं पितृतीर्थं तु कावेरीकपिलोदकम् । संभेदश्चण्डवेगायां तथैवामरकंटकम्
Om̐kāra ; le pitṛ-tīrtha (gué sacré des ancêtres) ; les eaux de la Kāverī et de la Kapilā ; la confluence sur la Caṇḍavegā ; et pareillement Amarakaṇṭaka : tels sont les lieux saints nommés.
Verse 21
कुरुक्षेत्राच्चद्विगुणं तस्मिन्स्नानादिकं भवेत् । शुक्लतीर्थं तु विख्यातं तीर्थं सोमेश्वरं परम्
Il confère un mérite deux fois supérieur à celui de Kurukṣetra ; le bain rituel et les autres observances sacrées accomplies en ce lieu portent un tel fruit. Ce gué saint est renommé Śukla-tīrtha, et le plus haut lieu de pèlerinage qui s’y trouve est Someśvara.
Verse 22
सर्वव्याधिहरंपुण्यंफलंकोटिगुणाधिकम् । श्राद्धेदानेतथाहोमेस्वाध्यायेचापिसन्निधौ
Son mérite est saint, il dissipe toutes les maladies et accorde un fruit multiplié par dix millions, que ce soit lors du śrāddha pour les ancêtres, dans le dāna (don), dans le homa (offrande au feu) et aussi en présence du svādhyāya (étude et récitation védique).
Verse 23
कायावारोहणं नाम देवदेवस्य शूलिनः । अवतारं रोचमानं ब्राह्मणावसथे शुभे
Il est une manifestation nommée « Kāyāvarohaṇa » du Seigneur des seigneurs, le Porteur du trident, Śiva : une descente rayonnante qui se manifesta dans une demeure brahmanique de bon augure.
Verse 24
जातं तत्सुमहापुण्यं तथा चर्मण्वती नदी । शूलतापी पयोष्णी च पयोष्णीसंगमस्तथा
Là prit naissance ce lieu d’un mérite immense ; et de même la rivière Carmaṇvatī, ainsi que Śūlatāpī et Payoṣṇī, avec aussi la sainte confluence (saṅgama) de la Payoṣṇī.
Verse 25
महौषधी चारणा च नागतीर्थप्रवर्त्तिनी । महावेणा नदी पुण्या महाशालस्तथैव च
Sont également mentionnés Mahauṣadhī, Cāraṇā et Nāgatīrtha-pravartinī ; la sainte rivière Mahāveṇā ; et de même Mahāśāla.
Verse 26
गोमती वरुणा तद्वत्तीर्थं हौताशनं परम् । भैरवं भृगुतुंगं च गौरीतीर्थमनुत्तमम्
La Gomati, la Varuṇā, et de même ce gué sacré ; le très saint Hautāśana ; Bhairava ; Bhṛgutunga ; et l’incomparable Gaurī-tīrtha.
Verse 27
तीर्थं वैनायकं नाम वस्त्रेश्वरमनुत्तमम् । तथा पापहरं नाम पुण्या वेत्रवती नदी
Il est un tīrtha nommé Vaināyaka, et l’incomparable (lieu saint) Vastreśvara. De même, il est un (tīrtha) nommé Pāpahara ; et s’y trouve la rivière sacrée Vetravatī.
Verse 28
महारुद्रं महालिंगं दशार्णा च महानदी । शतरुद्रा शताह्वा च तथा पितृपदं पुरम्
Mahārudra, le grand Liṅga, la Daśārṇā —grand fleuve également—, Śatarudrā, Śatāhvā, et aussi la cité nommée Pitṛpada.
Verse 29
अंगारवाहिका तद्वन्नदौ द्वौ शोणघर्घरौ । कालिका च नदी पुण्या पितरा च नदी शुभा
De même se trouve la rivière Aṅgāravāhikā ; et il est deux rivières, Śoṇa et Gharghara. Il y a aussi la rivière sacrée Kālikā, et la rivière propice Pitarā.
Verse 30
एतानि पितृतीर्थानि शस्यंते स्नानदानयोः । श्राद्धमेतेषु यद्दत्तं तदनंतफलं स्मृतम्
Ceux-ci sont loués comme des pitṛ-tīrthas, lieux saints des Ancêtres, pour le bain rituel et la dāna (aumône). Tout Śrāddha offert en ces lieux est tenu pour porter un fruit infini.
Verse 31
शतावटा नदी ज्वाला शरद्वी च नदी तथा । द्वारका कृष्णतीर्थं च तथा ह्युदक्सरस्वती
Les rivières Śatāvaṭā et Jvālā, ainsi que la rivière Śaradvī ; et encore Dvārakā, le gué sacré (tīrtha) de Kṛṣṇa, ainsi que l’Udaksarasvatī.
Verse 32
नदी मालवती नाम तथा च गिरिकर्णिका । धूतपापं तथा तीर्थं समुद्रे दक्षिणे तथा
Il est une rivière nommée Mālavatī, et aussi (une autre) appelée Girikarṇikā ; de même se trouve le gué sacré nommé Dhūtapāpa, établi sur la mer du Sud.
Verse 33
गोकर्णो गजकर्णश्च तथा चक्रनदी शुभा । श्रीशैलं शाकतीर्थं च नारसिंहमतः परम्
Gokarṇa, Gajakarṇa et l’auspicieuse Cakranadī ; Śrīśaila, Śākatīrtha, puis, au-delà de ceux-ci, (le sanctuaire de) Narasiṃha : tels sont les lieux sacrés.
Verse 34
महेंद्रं च तथा पुण्या पुण्या चापि महानदी । एतेष्वपि सदा श्राद्धमनंतफलदं स्मृतम्
De même à Mahendra, à Puṇyā, et aussi sur le grand fleuve Puṇyā : il est enseigné que l’accomplissement du śrāddha en ces lieux confère toujours des fruits sans fin.
Verse 35
दर्शनादपि पुण्यानि सद्यः पापहराणि वै । तुंगभद्रा नदी पुण्या तथा चक्ररथीति च
Rien que les voir est déjà méritoire ; en vérité, ils effacent aussitôt les péchés. La rivière Tuṅgabhadrā est sacrée, et de même le lieu saint nommé Cakrarathī.
Verse 36
भीमेश्वरं कृष्णवेणा कावेरी चांजना नदी । नदी गोदावरी पुण्या त्रिसंध्या पूर्णमुत्तमम्
Bhīmeśvara ; les rivières Kṛṣṇaveṇā et Kāverī ; la rivière Aṃjanā ; et la sainte Godāvarī : toutes celles-ci, avec Trisaṃdhyā, sont des lieux sacrés suprêmement excellents et parfaits.
Verse 37
तीर्थं त्रैयंबकं नाम सर्वतीर्थनमस्कृतम् । यत्रास्ते भगवान्भीमः स्वयमेव त्रिलोचनः
Il est un gué sacré nommé Traiyambaka, vénéré comme celui que saluent tous les autres lieux saints ; là demeure en personne le Seigneur Bhīma—Trilocana, le Dieu aux Trois Yeux.
Verse 38
श्राद्धमेतेषु सर्वेषु दत्तं कोटिगुणं भवेत् । स्मरणादपि पापानि व्रजंति शतधा नृप
Ô roi, le śrāddha offert en tous ces lieux devient multiplié par un crore ; même par le seul souvenir d’eux, les péchés s’en vont au centuple.
Verse 39
श्रीपर्णा च नदी पुण्या व्यासतीर्थमनुत्तमम् । तथा मत्स्यनदी कारा शिवधारा तथैव च
Il y a aussi la rivière sacrée Śrīparṇā, le gué de pèlerinage sans égal nommé Vyāsa-tīrtha ; de même la rivière Matsya, Kārā, et pareillement Śiva-dhārā.
Verse 40
भवतीर्थं च विख्यातं पुण्यतीर्थं च शाश्वतम् । पुण्यं रामेश्वरं तद्वद्वेणापुरमलंपुरम्
Bhavatīrtha est renommé, gué sacré et éternel ; de même, le saint Rāmeśvara est plein de mérite, et ainsi encore Veṇāpura et Malaṃpura.
Verse 41
अंगारकं च विख्यातमात्मदर्शमलंबुषम् । वत्सव्रातेश्वरं तद्वत्तथागोकामुखं परम्
Il y a aussi le renommé Aṅgāraka ; le tīrtha nommé Ātma-darśa ; Alambuṣa ; de même Vatsavrāṭeśvara ; et pareillement le tīrtha suprême appelé Gokāmukha.
Verse 42
गोवर्द्धनं हरिश्चंद्रं पुरश्चन्द्रं पृथूदकम् । सहस्राक्षं हिरण्याक्षं तथा च कदलीनदी
(Sont cités) Govardhana, Hariścandra, Puraścandra, Pṛthūdaka ; Sahasrākṣa, Hiraṇyākṣa — et aussi la rivière Kadālī.
Verse 43
नामधेयानि च तथा तथा सौमित्रिसंगतम् । इंद्रनीलं महानादं तथा च प्रियमेलकम्
Et de même il énonça aussi les noms : Saumitrisaṅgata, Indranīla, Mahānāda, et encore Priyamelaka.
Verse 44
एतान्यपि सदा श्राद्धे प्रशस्तान्यधिकानि च । एतेषु सर्वदेवानां सांनिध्यं पठ्यते यतः
Ceux-ci aussi sont toujours recommandés pour le rite du śrāddha — et même tout particulièrement loués — car il est enseigné qu’en eux s’obtient la présence de tous les dieux.
Verse 45
दानमेतेषु सर्वेषु भवेत्कोटिशताधिकम् । बाहुदा च नदी पुण्या तथा सिद्धवटं शुभम्
Dans toutes ces aumônes, le mérite du dāna devient supérieur à cent koṭis ; de même, la rivière Bāhudā est sainte, et pareillement l’auspicieux Siddhavaṭa.
Verse 46
तीर्थं पाशुपतं चैव नदी पर्यटिका तथा । श्राद्धमेतेषु सर्वेषु दत्तं कोटिशतोत्तरम्
Au lieu saint de Pāśupata, et de même sur la rivière nommée Paryaṭikā, tout śrāddha offert en tous ces lieux engendre un mérite dépassant des centaines de koṭis.
Verse 47
तथैव पंचतीर्थं च यत्र गोदावरी नदी । युता लिंगसहस्रेण सव्येतर जलावहा
De même se trouve le saint Pañcatīrtha, où coule la rivière Godāvarī, accompagnée de mille liṅgas, portant ses eaux sur la rive gauche comme sur la rive droite.
Verse 48
जामदग्न्यस्य तत्तीर्थं मोदायतनमुत्तमम् । प्रतीकस्य भयात्सिद्धा यत्र गोदावरी नदी
Ce gué sacré de Jāmadagnya est l’excellent sanctuaire nommé Modāyatana, où coule la rivière Godāvarī, rendue sainte et efficace par la crainte de Pratīka.
Verse 49
तीर्थं तद्धव्यकव्यानामप्सरोगणसंयुतम् । श्राद्धाग्नि दानकार्यं च तत्र कोटिशताधिकम्
Ce tīrtha sacré est entouré de troupes d’Apsarās, et les offrandes aux dieux comme aux ancêtres y sont d’une grande efficacité ; le mérite d’y accomplir le śrāddha, d’entretenir le feu rituel et de faire l’aumône y croît de plus de cent koṭis.
Verse 50
तथा सहस्रलिंगं च राघवेश्वरमुत्तमम् । सेन्द्रकाला नदी पुण्या तत्र शक्रो गतः पुरा
De même se trouvent Sahasraliṅga et l’excellent sanctuaire de Rāghaveśvara. Là aussi coule la rivière sainte Sendrakālā ; jadis Śakra (Indra) s’y rendit.
Verse 51
निहत्य नमुचिं मित्रं तपसा स्वर्गमाप्तवान् । तत्र दत्तं नरैः श्राद्धमनंतफलदं भवेत्
Après avoir terrassé son ami Namuci, il atteignit le ciel par la puissance de l’ascèse (tapas). On dit que tout rite de śrāddha accompli en ce lieu par les hommes procure un fruit sans fin.
Verse 52
पुष्करं नाम वै तीर्थं शालग्रामं तथैव च । शोणपातश्च विख्यातो यत्र वैश्वानराशयः
Là se trouve le gué sacré nommé Puṣkara, ainsi que Śālagrāma ; et l’on célèbre aussi Śoṇapāta, où se trouve la demeure (ou le réservoir) de Vaiśvānara.
Verse 53
तीर्थं सारस्वतं चैव स्वामितीर्थं तथैव च । मलंदरा नदी पुण्या कौशिकी चंद्रका तथा
(S’y trouvent) le Tīrtha de Sārasvata, ainsi que le Svāmitīrtha ; la sainte rivière Malaṃdarā ; et encore Kauśikī et Caṃdrakā.
Verse 54
विदर्भा चाथ वेगा च पयोष्णी प्राङ्मुखा परा । कावेरी चोत्तरांगा च तथा जालंधरो गिरिः
S’y trouvent aussi Vidarbhā, Vegā, Payoṣṇī et l’excellente Prāṅmukhā ; ainsi que Kāverī, Uttarāṅgā, et encore la montagne Jālaṃdhara.
Verse 55
एतेषु श्राद्धतीर्थेषु श्राद्धमानंत्यमश्नुते । लोहदंडं तथा तीर्थं चित्रकूटस्तथैव च
Dans ces tīrthas consacrés au śrāddha, celui qui accomplit le śrāddha obtient un mérite sans fin. Il y a aussi le tīrtha nommé Lohadaṇḍa, et de même Citrakūṭa.
Verse 56
दिव्यं सर्वत्र गंगायास्तथा नद्यास्तटं शुभम् । कुब्जाम्रकं तथा तीर्थमुर्वशीपुलिनं तथा
Partout le long de la Gaṅgā règne le divin ; de même, la rive bénie du fleuve est sacrée. Sont également saints le tīrtha nommé Kubjāmraka, et pareillement le banc de sable appelé Urvaśī-pulina.
Verse 57
संसारमोचनं तीर्थं तथैव ऋणमोचनम् । एतेषु पितृतीर्थेषु श्राद्धमानंत्यमश्नुते
Il est un gué sacré nommé Saṃsāra-mocana, délivrance des liens du monde, et de même le tīrtha appelé Ṛṇa-mocana, libération des dettes. En ces tīrthas des ancêtres, celui qui accomplit le śrāddha obtient un fruit sans fin.
Verse 58
अट्टहासं तथा तीर्थं गौतमेश्वरमेव च । तथा वसिष्ठतीर्थं च भारतं च ततः परम्
Il évoqua aussi le gué sacré nommé Aṭṭahāsa, et Gautameśvara ; de même le Vasiṣṭha-tīrtha, puis, au-delà encore, Bhārata, la terre de l’Inde.
Verse 59
ब्रह्मावर्तं कुशावर्तं हंसतीर्थं तथैव च । पिंडारकं च विख्यातं शंखोद्धारं तथैव च
Brahmāvarta, Kuśāvarta et Haṃsatīrtha ; de même le renommé Piṇḍāraka, et aussi Śaṅkhoddhāra — des lieux saints à se remémorer et à visiter en pèlerinage.
Verse 60
भांडेश्वरं बिल्वकं च नीलपर्वतमेव च । तथा च बदरीतीर्थं सर्वतीर्थेश्वरेश्वरम्
Et il parla de Bhāṇḍeśvara, de Bilvaka et aussi de Nīlaparvata ; de même du Badarī-tīrtha, suprême, Seigneur des seigneurs de tous les lieux de pèlerinage.
Verse 61
वसुधाराह्वयं तीर्थं रामतीर्थं तथैव च । जयंती विजया चैव शुक्लतीर्थं तथैव च
Le gué sacré nommé Vasudhārā, ainsi que le Rāma-tīrtha; et encore les tīrtha appelés Jayantī et Vijayā, de même que le Śukla-tīrtha.
Verse 62
एषु श्राद्धप्रदातारः प्रयांति परमं पदम् । तीर्थं मातृगृहं नाम करवीरपुरं तथा
Ceux qui offrent le śrāddha en ces lieux atteignent l’état suprême. Parmi eux se trouvent le tīrtha nommé Mātṛgṛha, ainsi que Karavīrapura.
Verse 63
सप्तगोदावरीनाम सर्वतीर्थेश्वरेश्वरम् । तत्र श्राद्धं प्रदातव्यमनंतफलमीप्सुभिः
À Saptagodāvarī—vénéré comme le souverain suprême parmi tous les lieux saints—ceux qui désirent un fruit sans fin doivent y accomplir le śrāddha.
Verse 64
कीकटेषु गया पुण्या पुण्यं राजगृहं वनम् । च्यवनस्याश्रमं पुण्यं नदी पुण्या पुनःपुना
Dans le pays des Kīkaṭas, Gayā est sainte; sainte est la forêt de Rājagṛha. Saint est aussi l’āśrama de Cyavana, et la rivière est sainte, encore et encore.
Verse 65
विषयाराधनं पुण्यं नदी या तु पुनःपुना । यत्र गाथा विचरति ब्रह्मणा परिकीर्तिता
Bénie est, encore et encore, cette rivière dont le culte confère le mérite; là circule l’hymne sacré, ainsi que l’a proclamé Brahmā.
Verse 66
एष्टव्या बहवः पुत्रा यद्येकोपि गयां व्रजेत् । यजेत वाश्वमेधेन नीलं वा वृषमुत्सृजेत्
Qu’on souhaite de nombreux fils : car si ne fût-ce qu’un seul allait à Gayā pour le rite des ancêtres. Ou bien, qu’on accomplisse le sacrifice de l’Aśvamedha, ou qu’on relâche un taureau bleu sombre en offrande sacrée.
Verse 67
एषा गाथा विचरति तीर्थेष्वायतनेषु च । सर्वे मनुष्या राजेंद्र कीर्त्तयंतः समागताः
Ô roi, cette gāthā sacrée circule dans les tīrtha et les sanctuaires ; et tous les hommes, rassemblés, la chantent en célébrant sa louange.
Verse 68
किमस्माकं कुले कश्चिद्गयां यास्यति यः सुतः । प्रीणयिष्यति तान्गत्वा सप्तपूर्वांस्तथापरान्
Y aura-t-il dans notre lignée un fils qui ira à Gayā et, s’y rendant, les réjouira — nos sept ancêtres et aussi ceux d’après ?
Verse 69
मातामहानामप्येवं श्रुतिरेषा चिरंतनी । गंगायामस्थिनिचयं गत्वा क्षेप्स्यति यः सुतः
Ainsi, même au sujet des grands-pères maternels, il existe cette antique tradition : le fils qui va au Gaṅgā et y dépose l’amas des os (ou cendres) accomplit le rite.
Verse 70
तिलैः सप्ताष्टभिर्वापि दास्यते च जलांजलिम् । अरण्यत्रितये वापि पिंडदानं करिष्यति
Qu’il offre une poignée d’eau mêlée de sept ou huit grains de sésame ; et, dans la triade des forêts aussi, qu’il accomplisse le piṇḍa-dāna, l’offrande des boulettes de riz.
Verse 71
प्रथमं पुष्करारण्ये नैमिषे तदनंतरं । धर्मारण्यं पुनः प्राप्य श्राद्धं भक्त्या प्रदास्यति
D’abord, dans la forêt de Puṣkara, puis à Naimiṣa ; et de nouveau, parvenu à Dharmāraṇya, il offrira le śrāddha avec dévotion.
Verse 72
गयायां धर्मपृष्ठे वा सरसि ब्रह्मणस्तथा । गयाशीर्षवटे चैव पितॄणां दत्तमक्षयम्
À Gayā — que ce soit à Dharmapṛṣṭha, au lac de Brahmā, ou encore près du banian de Gayāśīrṣa — tout ce qui est offert aux ancêtres devient impérissable.
Verse 73
व्रजन्कृत्वा निवापं यस्त्वध्वानं परिसर्पति । नरकस्थान्पितॄन्सोपि स्वर्गं नयति सत्वरं
Quiconque, en voyage, accomplit sur la route une offrande (nivāpa) et poursuit son chemin, conduit promptement au ciel même les ancêtres qui sont en enfer.
Verse 74
कुले तस्य न राजेंद्र प्रेतो भवति कश्चन । प्रेतत्वं मोक्षभावं च पिंडदानाच्च गच्छति
Ô roi, dans sa lignée nul ne devient un preta, esprit errant. Par l’offrande des piṇḍas, on quitte l’état de preta et l’on atteint la condition favorable à la délivrance.
Verse 75
एको मुनिस्ताम्रकराग्रहस्तो ह्याम्रेषु मूले सलिलं ददाति । आम्राश्च सिक्ताः पितरश्च तृप्ता एका क्रिया द्व्यर्थकरी प्रसिद्धा
Un seul sage, tenant en main un vase de cuivre, verse l’eau au pied du manguier. Les manguiers sont arrosés et les ancêtres rassasiés : un seul acte, dit-on, accomplit deux buts.
Verse 76
गयायां पिण्डदानस्य नान्यद्दानं विशिष्यते । एकेन पिंडदानेन तृप्तास्ते मोक्षगामिनः
À Gayā, nul don ne surpasse l’offrande de piṇḍa (oblations funéraires). Par une seule offrande de piṇḍa, les défunts sont rassasiés et s’engagent sur la voie de la délivrance (mokṣa).
Verse 77
धान्यप्रदानं प्रवरं वदंति वसुप्रदानं च तथामुनींद्राः । गया सुतीर्थेषु नरैः प्रदत्तं तद्धर्महेतुं प्रवरं वदंति
Les sages disent que le don de grains est éminent, et de même le don de richesses. Pourtant, ils proclament que tout ce que les hommes offrent à Gayā et aux autres gués sacrés (tīrthas) devient une cause suprême de dharma (mérite).
Verse 78
सर्वात्मना सुरुचिना महाचल महानदी । ये तु पश्यंति तां गत्वा मानसे दक्षिणोत्तरे
De tout leur être, dans une joie pure, ceux qui s’y rendent et contemplent la grande montagne et le fleuve puissant à Mānasarovara, sur ses rives du sud et du nord, sont comblés de bénédiction.
Verse 79
प्रणम्य द्विजमुख्येभ्यः प्राप्तं तैर्जन्मनः फलं । यद्यदिच्छति वै मर्त्यस्तत्तदाप्नोत्यसंशयम्
S’étant prosterné devant les plus éminents des dvija (les « deux fois nés »), le mortel obtient le vrai fruit de sa naissance. Tout ce qu’il désire, il l’atteint, sans aucun doute.
Verse 80
एष तूद्देशतः प्रोक्तस्तीर्थानां सग्रहो मया । वागीशोपि न शक्नोति विस्तरात्किमु मानुषः
Ainsi ai-je énoncé, seulement en abrégé, ce recueil des tīrthas sacrés. Même Vāgīśa (Bṛhaspati), seigneur de la parole, ne peut les décrire en détail; combien moins un simple humain.
Verse 81
सत्यं तीर्थं दया तीर्थं तीर्थमिन्द्रियनिग्रहः । वर्णाश्रमाणां गेहेपि तीर्थं शम उदाहृतम्
La vérité est un tīrtha sacré ; la compassion est un tīrtha sacré ; la maîtrise des sens est un tīrtha sacré. Même dans la vie de maison de ceux qui observent les devoirs de varṇa et d’āśrama, la paix intérieure (śama) est proclamée tīrtha.
Verse 82
येषु तीर्थेषु यच्छ्राद्धं तत्कोटिगुणमिष्यते । गयायां यत्तु वै श्राद्धं तच्छ्राद्धमपवर्गदम्
Tout śrāddha accompli en ces tīrthas est dit porter un mérite décuplé d’un crore ; mais le śrāddha offert à Gayā, en vérité, est un śrāddha qui accorde la délivrance (apavarga).
Verse 83
यस्मात्तस्मात्प्रयत्नेन तीर्थे श्राद्धं विधीयते । प्रातःकालो मुहूर्तांस्त्रीन्संगवस्तावदेव तु
C’est pourquoi, avec effort, on doit accomplir le rite de śrāddha en un tīrtha. Le moment convenable est le matin — trois muhūrtas ; et le saṅgava (avant-midi) est de même mesure.
Verse 84
मध्याह्नस्त्रिमुहूर्तः स्यादपराह्णस्ततः परम् । सायाह्नस्त्रिमुहूर्तः स्याच्छ्राद्धं तत्र न कारयेत्
Le midi comprend trois muhūrtas ; après cela vient l’après-midi. Le soir aussi comprend trois muhūrtas : on ne doit pas y faire accomplir le śrāddha.
Verse 85
राक्षसी नाम सा वेला गर्हिता सर्वकर्मसु । अह्नो मुहूर्ता व्याख्याता दशपंच च सर्वदा
Cette période est appelée « Rākṣasī » et elle est blâmée pour toute œuvre. Les divisions du jour (muhūrtas) sont expliquées comme étant toujours au nombre de quinze.
Verse 86
तत्राष्टमो मुहूर्तो यः स कालः कुतपः स्मृतः । मध्याह्नात्सर्वदा यस्मान्मंदी भवति भास्करः
Là, le huitième muhūrta est tenu pour le temps nommé Kutapa, car après midi le Soleil (Bhāskara) commence toujours à adoucir l’ardeur de sa lumière.
Verse 87
तस्मादनंतफलदस्तत्रारंभो विशिष्यते । खड्गपात्रं च कुतपस्तथा नैपालकंबलम्
Ainsi, l’œuvre commencée en ce temps est tenue pour éminemment privilégiée, car elle donne des fruits sans fin : (tels que des dons) un récipient-épée, un tapis de laine et une couverture népalaise.
Verse 88
रुक्मं दर्भास्तिला गावो दौहित्रश्चाष्टमः स्मृतः । पापं कुत्सितमित्याहुस्तस्य तत्तापकारिणः
L’or, l’herbe darbha, le sésame, les vaches et le fils de la fille (petit-fils maternel) sont rappelés comme le huitième. Ils disent que le péché est « vil » (kutsita), car il engendre la souffrance qui lui répond.
Verse 89
अष्टावेते यतस्तस्मात्कुतपा इति विश्रुताः । ऊर्ध्वं मुहुर्त्तात्कुतपान्महूर्त्तं च चतुष्टयम्
Parce qu’ils sont au nombre de huit, ils sont donc renommés « Kutapā ». Et au-dessus de la période Kutapā se trouve un ensemble de quatre muhūrtas, une division quadruple du temps.
Verse 90
मुहूर्त्तपंचकं चैव स्वधावाचनमिष्यते । विष्णुदेहसमुद्भूताः कुशाः कृष्णतिलास्तथा
Il est aussi prescrit une durée de cinq muhūrtas pour la récitation de l’invocation Svadhā ; et l’on dit pareillement que l’herbe kuśa et le sésame noir sont issus du corps de Viṣṇu.
Verse 91
श्राद्धस्य लक्षणं कालमिति प्राहुर्मनीषिणः । तिलोदकांजलिर्देयो जलांते तीर्थवासिभिः
Les sages disent que le signe du śrāddha est l’observance du temps juste. Ceux qui résident aux tīrtha doivent offrir, au bord de l’eau, une añjali d’eau mêlée de sésame.
Verse 92
सदर्भहस्तेनैकेन गृहे श्राद्धं गमिष्यति । पुण्यं पवित्रमायुष्यं सर्वपापविनाशनम्
Même celui qui va accomplir le śrāddha chez lui, tenant de la main seule l’herbe darbha, obtient un mérite pur, qui accroît la vie et détruit tous les péchés.
Verse 93
ब्रह्मणा चैव कथितं तीर्थश्राद्धानुकीर्तनम् । शृणोति यः पठेद्वापि श्रीमान्संजायते नरः
Ce récit des śrāddhas accomplis aux tīrtha sacrés, tel que l’a enseigné Brahmā : quiconque l’écoute ou même le récite devient un homme comblé de prospérité et de bon augure.
Verse 94
श्राद्धकाले च वक्तव्यं तथा तीर्थनिवासिभिः । सर्वपापोपशांन्त्यर्थमलक्ष्मीनाशनं मतं
On doit le réciter au moment du śrāddha, et de même par ceux qui demeurent dans les lieux saints de pèlerinage ; on le tient pour un moyen d’apaiser tous les péchés et de détruire l’infortune (alakṣmī).
Verse 95
इदं पवित्रं यशसो निधानमिदं महापातकनाशनं च । ब्रह्मार्करुद्रैरभिपूजितं च श्राद्धस्य माहात्म्यमुशंति तज्ज्ञाः
Ceci est purifiant, trésor de bonne renommée, et destructeur des grands péchés. Il est aussi honoré par Brahmā, le Soleil et Rudra : telle est, disent les sages, la grandeur du Śrāddha.