
The Glory of Tulasī and Dhātrī (Āmalakī): Protection from Yama and Attainment of Vaikuṇṭha
Śaunaka demande à Sūta la gloire purificatrice de Tulasī. Sūta répond par un māhātmya qui sacralise l’espace domestique : une demeure proche d’un bosquet de tulasī devient un tīrtha, et les serviteurs de Yama s’en détournent, car la protection de Hari y demeure. Le chapitre énumère des actes salvateurs—planter, soigner, toucher, voir, porter la tulasī-mālā, employer l’eau ou la terre liée à tulasī—et déclare que même de grands pécheurs peuvent atteindre la demeure de Viṣṇu. Il étend ensuite cette sainteté à Dhātrī (Āmalakī), surtout durant Kārtika, en prescrivant son culte et en avertissant contre la cueillette fautive à Kārtika Dvādaśī. Enfin, un récit exemplaire montre un être accablé de karma délivré de la revendication de Yama par le contact avec une eau passée sur la racine de tulasī, manifestant la supériorité de la bhakti envers Viṣṇu sur les mécanismes punitifs de l’au-delà.
Verse 1
शौनकौवाच । माहात्म्यं ब्रूहि सर्वज्ञ शृण्वतां पापनाशनम् । सर्वप्राणिहितार्थाय तुलस्या अनुकंपया
Śaunaka dit : Ô Omniscient, expose la gloire de Tulasī, qui anéantit les péchés de ceux qui l’écoutent, par compassion pour le bien de tous les êtres vivants.
Verse 2
सूत उवाच । तुलस्याः परिसरे यस्य काननं तिष्ठति द्विज । गृहस्य तीर्थरूपत्वान्नायांति यमकिंकराः
Sūta dit : Ô deux-fois-né, dans la demeure où se tient un bosquet près de Tulasī, cette maison devient un tīrtha en sa forme ; ainsi les serviteurs de Yama n’y viennent pas.
Verse 3
तुलस्याः काननं विप्र सर्वपापहरं शुभम् । रोपयंति नराः श्रेष्ठास्ते न पश्यंति भास्करिम्
Ô brāhmane, un bosquet de Tulasī est de bon augure et enlève tous les péchés. Les meilleurs des hommes le plantent ; ils ne revoient jamais le soleil de la souffrance.
Verse 4
रोपणं पालनं सेवां दर्शनं स्पर्शनं तु यः । कुर्य्यात्तस्य प्रणष्टं स्यात्सर्वपापं द्विजोत्तम
Ô le meilleur des deux-fois-nés, quiconque accomplit la plantation, l’entretien, le service, la contemplation et même le toucher, pour lui tout péché est détruit.
Verse 5
कोमलैस्तुलसीपत्रैरर्चयंति हरिं तु ये । कालस्य सदनं विप्र ते न यांति महाशयाः
Ô brāhmane, ces âmes nobles qui vénèrent Hari avec de tendres feuilles de Tulasī ne vont pas à la demeure de la Mort, celle de Yama.
Verse 6
गंगाद्याः सरितः श्रेष्ठा विष्णु ब्रह्म महेश्वराः । देवैस्तीर्थैः पुष्कराद्यैस्तिष्ठंति तुलसीदले
Parmi les fleuves, la Gaṅgā et les autres sont les plus excellents ; et Viṣṇu, Brahmā et Maheśvara—avec les devas et les tīrthas sacrés tels que Puṣkara—demeurent dans une feuille de Tulasī.
Verse 7
यो युक्तस्तुलसीपत्रैः पापी प्राणान्विमुञ्चति । विष्णोर्निकेतनं याति सत्यमेतन्मयोदितम्
Même un pécheur qui rend son dernier souffle paré de feuilles de Tulasī atteint la demeure de Viṣṇu ; telle est la vérité que je proclame.
Verse 8
तुलसीमृत्तिकालिप्तो युक्तः पापशतैरपि । विमुंचति नरः प्राणान्स याति हरिमन्दिरम्
Quand bien même un homme serait chargé de centaines de péchés, si son corps est enduit de la terre de Tulasī, au moment où il rend le souffle il va au séjour de Hari.
Verse 9
यो नरो धारयेद्विप्र तुलसीकाष्ठचंदनम् । तस्याङ्गं न स्पृशेत्पापं स याति परमं पदम्
Ô brāhmane, l’homme qui porte le bois de Tulasī (en chapelet) et le santal (en marques sacrées) n’est pas touché par le péché ; il atteint la demeure suprême.
Verse 10
तुलसीकाष्ठमालां तु कण्ठस्थां वहते तु यः । अप्यशौचोप्यनाचारो भक्त्या याति हरेर्गृहम्
Quiconque porte au cou une guirlande de bois de Tulasī—fût-il impur ou de conduite blâmable—par la dévotion atteint la demeure de Hari.
Verse 11
धात्रीफलकृतामाला तुलसीकाष्ठसंभवा । दृश्यते यस्य देहे तु स वै भागवतो नरः
Celui sur le corps duquel on voit une guirlande faite de fruits d’āmalakī et façonnée de bois de tulasī, celui-là est véritablement un Bhāgavata, un dévot du Seigneur.
Verse 12
तुलसीदलजां मालां कण्ठस्थां वहते तु यः । विष्णूच्छिष्टां विशेषेण स नमस्यो दिवौकसाम्
Quiconque porte au cou une guirlande faite de feuilles de tulasī—surtout celle qui a été offerte au Seigneur Viṣṇu—est digne de révérence même pour les habitants du ciel.
Verse 13
यः पुनस्तुलसीमालां कण्ठे कृत्वा जनार्दनम् । पूजयेत्पुण्यमाप्नोति प्रतिपुष्पं गवायुतम्
Celui qui, ayant mis au cou une guirlande de tulasī, adore Janārdana, obtient un mérite: pour chaque fleur, l’équivalent d’un « gavāyuta », une immense offrande de vaches.
Verse 14
धारयन्ति न ये मालां हैतुकाः पापबुद्धयः । नरकान्न निवर्तंते दग्धाः कोपाग्निना हरेः
Ces gens à l’esprit pécheur qui, par pur calcul, ne portent pas la guirlande sacrée, ne reviennent pas de l’enfer, brûlés par le feu de la colère de Hari.
Verse 15
न जह्यात्तुलसीमालां धात्रीमालां विशेषतः । महापातकसंहर्त्रीं धर्मकामार्थदायिनीम्
Qu’on n’abandonne pas la guirlande de tulasī—et surtout la guirlande de dhātrī (āmalakī) : elle détruit les grands péchés et accorde dharma, désir et prospérité.
Verse 16
स्पृशेच्च यानि लोमानि धात्रीमाला कलौ नृणाम् । तावद्वर्षसहस्राणि वसते केशवालये
À l’âge de Kali, autant de cheveux d’un homme sont effleurés par la guirlande de dhātrī (āmalakī), autant de milliers d’années il demeure dans la demeure de Keśava.
Verse 17
निवेद्य केशवे मालां तुलसीकाष्ठसंभवाम् । वहते यो नरो भक्त्या तस्य वै नास्ति पातकम्
Après avoir d’abord offert à Keśava une guirlande faite de bois de tulasī, l’homme qui la porte avec dévotion n’a véritablement aucun péché.
Verse 18
तुलसीकाष्ठमालां तु प्रेतराजस्य दूतकाः । दृष्ट्वा नश्यन्ति दूरेण वातोद्धूतं यथा दलम्
Mais en voyant une guirlande faite de bois de tulasī, les messagers de Yama, seigneur des défunts, périssent de loin, tels une feuille emportée par le vent.
Verse 19
तुलस्या विपिने धात्र्याश्छायासु यो नरोत्तमः । पिण्डं ददाति पितरो मुक्तिं यान्ति द्विजोत्तम
Ô meilleur des brāhmaṇas, le meilleur des hommes qui offre un piṇḍa dans le bosquet de Tulasī, à l’ombre de l’arbre Āmalakī (Dhātrī), fait que ses ancêtres atteignent la délivrance.
Verse 20
पाणौ मूर्ध्नि गले चैव कर्णयोश्च मुखे द्विज । धात्रीफलं यस्तु धत्ते स विज्ञेयो हरिः स्वयम्
Ô deux-fois-né, quiconque porte le fruit d’āmalakī (dhātrī) à la main, sur la tête, au cou, aux oreilles ou à la bouche, doit être reconnu comme Hari Lui-même.
Verse 21
धात्रीपत्रैः फलैर्विप्र श्रीहरिं चार्चयेद्द्विज । कोटिजन्मार्जितं पापं पूजया नश्यति सकृत्
Ô brāhmane, adore Śrī Hari avec les feuilles et les fruits du dhātrī (āmalakī) ; par un seul acte d’une telle pūjā, le péché amassé durant dix millions de naissances est détruit.
Verse 22
यज्ञादेवाश्च मुनयस्तीर्थानि कार्तिके द्विज । धात्रीवृक्षं समाश्रित्य तिष्ठन्ति कार्तिके सदा
Ô deux-fois-né, au mois de Kārtika les devas, les munis et les tīrthas sacrés demeurent toujours, prenant refuge auprès de l’arbre de dhātrī.
Verse 23
धात्रीपत्रं कार्तिके च द्वादश्यां तुलसीदलम् । चिनोति यो नरो गच्छेन्निरयं यातनामयम्
L’homme qui, au mois de Kārtika, le jour de Dvādaśī, cueille des feuilles d’āmalakī et des feuilles de tulasī, va en enfer, plein de tourments.
Verse 24
धात्रीछायासु यो विप्र चान्नं भुनक्ति कार्तिके । अन्नसंसर्गजं पापमावर्षं तस्य नश्यति
Ô brāhmane, quiconque mange de la nourriture à l’ombre de l’arbre de dhātrī (āmalakī) durant le mois de Kārtika, voit s’anéantir pour un an le péché né du contact avec la nourriture.
Verse 25
तुलसीवनमध्ये च धात्रीमूले च कार्तिके । कुर्याद्धर्यर्चनं विप्र वैकुण्ठं याति स ध्रुवम्
Ô brāhmane, celui qui adore Hari au mois de Kārtika—au milieu d’un bosquet de tulasī ou au pied d’un arbre d’āmalakī (dhātrī)—atteint assurément Vaikuṇṭha.
Verse 26
तुलसीमूलदेशेऽपि स्थितं वारि द्विजोत्तम । गृह्णाति मस्तके भक्त्या पापी याति हरेर्गृहम्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, même l’eau demeurée au pied de la sainte Tulasī—si un pécheur la porte sur sa tête avec dévotion—parvient à la demeure de Hari.
Verse 27
तुलसीपत्रगलितं यस्तोयं शिरसावहेत् । सर्वतीर्थेषु स स्नातश्चांते याति हरेर्गृहम्
Celui qui porte sur sa tête l’eau ayant ruisselé sur les feuilles de Tulasī est tenu pour s’être baigné en tous les tīrthas; et, à la fin, il va à la demeure de Hari.
Verse 28
पुरा कश्चिद्द्विजश्रेष्ठो द्वापरेऽभून्महामुने । स्नात्वैकदा तुलस्यै स वनं दत्वा गृहं गतः
Ô grand sage, jadis, à l’âge de Dvāpara, vivait un brāhmaṇa d’excellence. Un jour, après s’être baigné, il offrit à Tulasī un bosquet, puis rentra chez lui.
Verse 29
आदित्यो वर्चसा नाम्ना मार्त्तंड इव पुण्यतः । तृषार्तो भक्षकः कश्चिदागतो बहुकल्मषः
Il y avait un homme nommé Āditya Varcas, vertueux comme Mārtaṇḍa, le Soleil. Brûlé par la soif, vint un certain dévoreur, chargé de nombreux péchés.
Verse 30
तुलस्यामूलतस्तोयं पीत्वा चासौ हतांहसः । त्वरयाप्यागतो व्याधो नाम्ना यश्चासिमर्द्दनः
Ayant bu l’eau au pied de la Tulasī, il fut délivré du péché. Puis, en hâte, arriva un chasseur nommé Āsimardana.
Verse 31
उवाच भुक्तं चान्नं च भुक्त्वा भग्नं गतः किमु । कृत्वा मे पाकभांडस्थं चागतो हिंसकस्य ते
Il dit : «Tu as mangé la nourriture ; et après avoir mangé, pourquoi l’as-tu brisée et t’en es-tu allé ? Ayant endommagé mon récipient de cuisson, tu es revenu — ô être violent !»
Verse 32
विव्याध तं गतप्राणं नेतुं वै शमनाज्ञया । आगताः किंकराः क्रुद्धाः पाशमुद्गरपाणयः
Pour emporter celui qui n’avait plus de souffle, sur l’ordre de Yama, arrivèrent les serviteurs furieux de Yama, tenant des lacets et des massues en leurs mains.
Verse 33
बद्ध्वा नेतुं मनश्चक्रुरागता विष्णुकिंकराः । तदा छित्त्वा चर्मपाशं स्यंदने तं मनोहरे
Les serviteurs de Viṣṇu, étant arrivés, se préparèrent à le lier et à l’emporter. Alors, tranchant le lacet de cuir, ils le placèrent sur ce char ravissant.
Verse 34
तूर्णमारोहयामासुः पप्रच्छुर्विनयान्विताः । तेऽपि पुण्येन भोः संतः केन वै नीयतेऽप्यसौ
Ils l’aidèrent promptement à monter et, avec humilité, demandèrent : «Ô nobles êtres, par quel mérite cet homme est-il ainsi conduit vers sa demeure ?»
Verse 35
ऊचुस्तेऽसौ पुरा राजा पुण्यं बहुतरं कृतम् । अकरोद्धरणं कांचित्सुंदरीं चांगनामयम्
Ils dirent : «Autrefois, il fut un roi qui accomplit un mérite très grand ; il procura soutien et subsistance à une belle femme, affligée par la condition féminine.»
Verse 36
अनेन चांहसा राजा गतो वै शमनक्षयम् । तत्रक्लेशं तु युष्माभिर्दत्तं वै शमनाज्ञया
Par ce péché même, le roi est allé en vérité au séjour de Yama. Pourtant, sur l’ordre de Yama, c’est vous qui lui avez infligé là-bas la souffrance.
Verse 37
ताम्रमय्यास्त्रियासार्द्धं क्रीडां सुप्त्वा चकार सः । तप्तायां लोहशय्यायां वैक्लव्यं कर्मणा नृप
Après s’être diverti avec une femme faite de cuivre puis s’être endormi, lui—par la puissance de ses propres actes, ô roi—demeura sans recours sur une couche de fer chauffée à blanc.
Verse 38
तप्तायोभीषणं तप्तं लोहस्तंभं यमाज्ञया । ततः स्थितः समालिंग्य भुक्त्वा दुःखं चिरं नृपः
Sur l’ordre de Yama, on dressa un pilier de fer flamboyant, terrible de chaleur. Puis on fit tenir le roi debout et l’étreindre, et ainsi il endura la souffrance longtemps.
Verse 39
सिक्तः क्षारांबुधाराभिरन्यैर्वै शमनालये । ततो नरकशेषे च पापयोनौ मुहुर्मुहुः
Il est aspergé de jets d’eau salée et caustique, et d’autres tourments, dans le séjour de Yama ; puis, encore et encore, il est précipité dans les enfers restants et dans des matrices pécheresses (naissances basses).
Verse 40
जन्मासाद्य चिरं दुःखमनुभूतं स्वकर्मणा । तुलसीमूलकं वारि पीत्वा याति हरेर्गृहम्
Après avoir repris naissance et enduré longtemps la souffrance due à ses propres actes, celui qui boit l’eau au pied de la Tulasī parvient à la demeure de Hari (Viṣṇu).
Verse 41
इदानीं तद्वचः श्रुत्वा गतादूता यथागताः । तेन सार्द्धं विष्णुदूता गता वैकुंठमंदिरम्
Alors, ayant entendu ses paroles, les messagers s’en allèrent comme ils étaient venus ; et avec lui, les messagers de Viṣṇu gagnèrent le palais-temple de Vaikuṇṭha.
Verse 42
माहात्म्यं कथितं ब्रह्मन्तुलस्याः पापनाशनम् । कुर्वंति सेवां ये भक्त्या न जाने किं भवेन्मुने
Ô Brahmane, j’ai exposé la grandeur de Tulasī, qui anéantit les péchés. Ceux qui la servent avec dévotion—ô sage—je ne saurais dire quelle béatitude ils atteindront.