Adhyaya 13
Brahma KhandaAdhyaya 1385 Verses

Adhyaya 13

The Greatness of Hari’s Janmāṣṭamī (Jayantī) Vow

PP.4.13 s’ouvre sur la demande de Śaunaka concernant la grandeur suprême de Janmāṣṭamī (Jayantī). Sūta confirme que ce vœu mène à la demeure de Viṣṇu et élève de nombreuses lignées, surtout lorsque l’Aṣṭamī coïncide avec Rohiṇī et des jours favorables. Le chapitre inscrit ensuite l’observance dans un récit de causalité : l’oppression de la Terre par Kaṃsa entraîne une consultation divine (Śiva → Brahmā → Viṣṇu), aboutissant à la descente de Viṣṇu dans le sein de Devakī et à une naissance parallèle dans la maison de Yaśodā. Sont évoqués l’échange du nourrisson, la réaction de Kaṃsa, puis la suite d’événements menant à Pūtanā et, finalement, à la mort de Kaṃsa. Le discours revient aux règles du vrata : conjonctions de tithi, prescriptions d’évitement et critères liés à Rohiṇī. En conclusion, l’exemple du roi pécheur Citrāsena montre qu’une observance même modeste de Jayantī, avec écoute dévote, jeûne discipliné et juste timing, conduit à la demeure de Hari.

Shlokas

Verse 1

शौनक उवाच । कृष्णजन्माष्टमी सूत तस्या माहात्म्यमुत्तमम् । कथयस्व महाप्राज्ञ चोद्धरस्व महार्णवात्

Śaunaka dit : «Ô Sūta, raconte-moi la grandeur suprême de la Janmāṣṭamī de Kṛṣṇa. Ô très sage, expose-la et fais-moi traverser le vaste océan (du doute et de l’existence mondaine).»

Verse 2

सूत उवाच । कृष्णजन्माष्टमीं ब्रह्मन्भक्त्या करोति यो नरः । अंते विष्णुपुरं याति कुलकोटियुतो द्विज

Sūta dit : «Ô brahmane, l’homme qui célèbre avec dévotion la Janmāṣṭamī de Kṛṣṇa, à la fin de sa vie, gagne la demeure de Viṣṇu, accompagné du mérite d’un crore de ses lignées, ô deux-fois-né.»

Verse 3

अष्टमी बुधवारे च सोमे चैव द्विजोत्तम । रोहिणीऋक्षसंयुक्ता कुलकोटिविमुक्तिदा

Ô le meilleur des deux-fois-nés, lorsque la huitième tithi tombe un mercredi ou un lundi et qu’elle est conjointe à la constellation Rohiṇī, elle devient dispensatrice de délivrance pour dix millions de lignées.

Verse 4

महापातकसंयुक्तः करोति व्रतमुत्तमम् । सर्वपापविनिर्मुक्तश्चांते याति हरेर्गृहम्

Même celui qui est accablé de grands péchés, s’il accomplit le vœu suprême, est délivré de toute faute et, à la fin, parvient à la demeure de Hari.

Verse 5

कृष्णजन्माष्टमीं ब्रह्मन्न करोति नराधमः । इह दुःखमवाप्नोति स प्रेत्य नरकं व्रजेत्

Ô brahmane, le plus vil des hommes qui n’observe pas la Janmāṣṭamī de Kṛṣṇa souffre de peine en ce monde ; et après la mort, il va en enfer.

Verse 6

न करोति च या नारी कृष्णजन्माष्टमीव्रतम् । वर्षे वर्षे तु सा मूढा नरकं याति दारुणम्

La femme qui n’observe pas le vœu de la Janmāṣṭamī de Kṛṣṇa, d’année en année, cette égarée va au terrible enfer.

Verse 7

जन्माष्टमीदिने यो वै नरोऽश्नाति विमूढधीः । महानरकमश्नाति सत्यं सत्यं वदाम्यहम्

Quiconque, l’esprit égaré, mange le jour de la Janmāṣṭamī, tombe dans un grand enfer. C’est la vérité, la vérité, je le proclame.

Verse 8

दिलीपेन पुरा पृष्टो वसिष्ठो मुनिसत्तमः । तच्छृणुष्व महाप्राज्ञ सर्वपातकनाशनम्

Autrefois, Dilīpa interrogea Vasiṣṭha, le meilleur des sages. Ô très sage, écoute cet enseignement qui détruit tous les péchés.

Verse 9

दिलीप उवाच । भाद्रे मास्यसिताष्टम्यां यस्यां जातो जनार्द्दनः । तदहं श्रोतुमिच्छामि कथयस्व महामुने

Dilīpa dit : «Au mois de Bhādra, le huitième tithi (Aṣṭamī) de la quinzaine sombre, jour où naquit Janārdana, je désire en entendre le récit. Dis-le-moi, ô grand muni.»

Verse 10

कथं वा भगवान्जातः शंखचक्रगदाधरः । देवकीजठरे विष्णुः किं कर्तुं केन हेतुना

Comment donc naquit le Seigneur Bienheureux, portant conque, disque et massue ? Pourquoi Viṣṇu entra-t-il dans le sein de Devakī, et dans quel dessein, pour quelle cause, le fit-il ?

Verse 11

वसिष्ठ उवाच । शृणु राजन्प्रवक्ष्यामि कस्माज्जातो जनार्द्दनः । पृथिव्यां त्रिदिवं त्यक्त्वा भवते कथयाम्यहम्

Vasiṣṭha dit : «Écoute, ô Roi ; je vais t’exposer pourquoi et comment naquit Janārdana : comment, quittant le monde céleste, il se manifesta sur la terre. Je te le dirai.»

Verse 12

पुरा वसुंधरा ह्यासीत्कंसादिनृपपीडिता । स्वाधिकारप्रमत्तेन कंसदूतेन ताडिता

Autrefois, la Terre, Vasundharā, fut réellement accablée par des rois tels que Kaṃsa ; et elle fut frappée par le messager de Kaṃsa, enivré de sa propre autorité.

Verse 13

इति श्रीपाद्मे महापुराणे ब्रह्मखंडे हरिजन्माष्टमीव्रतमाहात्म्यं । नाम त्रयोदशोऽध्यायः

Ainsi, dans le vénérable Padma Mahāpurāṇa, au sein du Brahma-khaṇḍa, s’achève le treizième chapitre intitulé «La grandeur du vœu de Janmāṣṭamī de Hari».

Verse 14

कंसेन ताडिता नाथ इति तस्मै निवेदितुम् । बाष्पवारीणि वर्षंति विवर्णा साविमानिता

Pour lui rapporter : «Ô Seigneur, Kaṃsa m’a frappée», elle voulut parler ; mais, humiliée et le teint défait, elle versa des flots de larmes.

Verse 15

क्रंदंतीं तां समालोक्य कोपेन स्फुरिताधरः । उमयासहितः सर्वैर्देववृंदैरनुव्रतः

La voyant en pleurs, les lèvres frémissantes de colère, lui—accompagné d’Umā et suivi de toutes les cohortes des devas—s’avança.

Verse 16

आजगाम महादेवो विधातृभवनं रुषा । गत्वा चोवाच ब्रह्माणं कंसध्वंसनहेतवे

Mahādeva, rempli de courroux, vint à la demeure du Créateur. Y étant allé, il s’adressa à Brahmā afin d’amener la destruction de Kaṃsa.

Verse 17

उपायः सृज्यतां ब्रह्मन्भवता विष्णुना सह । ऐश्वरं तद्वचः श्रुत्वा गंतुं प्राह कृतात्मभूः

«Ô Brahman, qu’un moyen soit conçu par toi avec Viṣṇu.» Entendant ces paroles souveraines, le Créateur, maître de lui, déclara qu’il irait.

Verse 18

क्षीरोदे यत्र वैकुंठः सुप्तोऽस्ति भुजगोपरि । हंसपृष्ठं समारुह्य हरेरंतिकमाययौ

Dans l’Océan de Lait, où Vaikuṇṭha repose endormi sur le serpent, il monta sur le dos d’un hamsa et parvint auprès de Hari.

Verse 19

तत्र गत्वा च तं धाता देववृंदैर्हरादिभिः । संयुक्तः स्तूयते वाग्भिः कोमलं वाग्विदांवरः

S’y étant rendu, le Créateur (Dhātā), entouré des multitudes de dieux—Hara en tête—fut loué par des paroles douces et éloquentes, proférées par le plus éminent des maîtres de la parole.

Verse 20

नमः कमलनेत्राय हरये परमात्मने । जगतः पालयित्रे च लक्ष्मीकांत नमोऽस्तु ते

Hommage à Hari, aux yeux de lotus, le Soi suprême, protecteur du monde. Ô bien-aimé de Lakṣmī, que mon salut soit pour Toi.

Verse 21

इति तेभ्यः स्तुतिं श्रुत्वा प्रत्युवाच जनार्द्दनः । देवान्क्लिष्टमुखान्सर्वान्भवद्भिरागतं कथम्

Ayant entendu leur hymne de louange, Janārdana répondit : «Comment se fait-il que vous soyez venus ici, vous tous les dieux, le visage accablé de détresse ?»

Verse 22

ब्रह्मोवाच । शृणु देव जगन्नाथ यस्मादस्माकमागतम् । कथयामि सुरश्रेष्ठ तदहं लोकभावन

Brahmā dit : «Écoute, ô Dieu, Seigneur de l’univers, la raison de notre venue. Ô le meilleur des suras, soutien des mondes, je te l’exposerai.»

Verse 23

शूलिदत्तवरोन्मत्तः कंसो राजा दुरासदः । वसुधा ताडिता तेन करघातेन पीडिता

Le roi Kaṃsa—rendu furieux par la grâce accordée par Śūlin (Śiva), et dès lors difficile à vaincre—frappa la terre ; et le sol fut tourmenté par les coups de ses mains.

Verse 24

वरं दत्वा पुराप्यग्रे मायया तु प्रवंचितः । भागिनेयं विना शंभो मरणं भविता न मे

Ayant jadis accordé une grâce, j’ai été vraiment trompé par la māyā. Ô Śambhu, sans le fils de ma sœur, la mort ne viendra pas à moi.

Verse 25

तस्माद्गच्छ स्वयं देव कंसं हंतुं दुरासदम् । देवकीजठरे जन्म लब्ध्वा गत्वा च गोकुलम्

C’est pourquoi, ô Seigneur, va Toi-même et tue Kaṃsa, si difficile à vaincre. Prends naissance dans le sein de Devakī, puis rends-toi aussi à Gokula.

Verse 26

ब्रह्मणा प्रेरितो देवः प्रत्युवाच च शूलिनम् । पार्वतीं देहि देवेश अब्दं स्थित्वा गमिष्यति

Poussé par Brahmā, le dieu répondit au Porteur du trident (Śiva) : «Ô Seigneur des dieux, donne-moi Pārvatī ; après être demeuré un an, il s’en ira».

Verse 27

उमया रक्षया सार्द्धं शंखचक्रगदाधरः । उद्दिश्य मथुरां चक्रे प्रयाणं कमलासनः

Avec Umā pour escorte protectrice, le Seigneur portant conque, disque et massue se mit en route vers Mathurā ; et Kamalāsana (Brahmā) entreprit lui aussi le voyage, ayant ce but en vue.

Verse 28

देवकीजठरे जन्म लेभे तत्र गदाधरः । यशोदाकुक्षिमध्यास्ते शर्वाणी मृगलोचना

Là, Gadādhara (Viṣṇu/Kṛṣṇa) prit naissance dans le sein de Devakī ; et Śarvāṇī (Pārvatī), aux yeux de biche, demeura dans le sein de Yaśodā.

Verse 29

नवमासांश्च विश्रम्य कुक्षौ नवदिनांतकान् । भाद्रे मास्यसिते पक्षे चाष्टमीसंज्ञका तिथिः

Après avoir reposé dans le sein maternel neuf mois, et jusqu’à l’achèvement de neuf jours, au mois de Bhādra, durant la quinzaine sombre, survient le jour lunaire nommé Aṣṭamī, la huitième tithi.

Verse 30

रोहिणीतारकायुक्ता रजनीघनघोषिता । तस्यां जातो जगन्नाथः कंसारिर्वसुदेवजः

En cette nuit—jointe à l’étoile Rohiṇī et retentissante de nuées au tonnerre profond—naquit Jagannātha : le meurtrier de Kaṁsa, le fils de Vasudeva.

Verse 31

वैराटी नंदपत्नी च यशोदाऽजीजनत्सुताम् । पुत्रं पद्मकरं पद्मनाभं पद्मदलेक्षणम्

Et Vairāṭī, l’épouse de Nanda—Yaśodā—enfanta un fils : Padmakara, Padmanābha, aux yeux semblables aux pétales de lotus.

Verse 32

तदा हर्षितुमारेभे दृष्ट्वा ह्यानकदुंदुभिः । कंसासुरभयत्रस्ता प्रोवाच देवकी तदा

Alors, en voyant Ānakadundubhi (Vasudeva), elle se mit à se réjouir. Mais Devakī—tremblante de crainte devant l’asura Kaṃsa—parla en cet instant.

Verse 33

वैराटीं गच्छ भो नाथ सुतं प्रत्यर्पितं किल । पुत्रं दत्वा यशोदायै सुतां तस्याः समानय

«Va vers Vairāṭī, ô seigneur ; là, en vérité, l’enfant mâle a été confié. Après avoir remis le fils à Yaśodā, ramène sa fille.»

Verse 34

तस्या वचः समाकर्ण्य वसुदेवोऽपि दुःखितः । अंके कुमारमादाय वैराट्यभिमुखंययौ

Ayant entendu ses paroles, Vasudeva aussi fut saisi de tristesse. Prenant le jeune enfant sur ses genoux, il se dirigea vers Vairāṭa.

Verse 35

यमुनाजलसंपूर्णा तत्पथे मध्यवर्त्मनि । आसीद्घोरा महादीर्घा गम्भीरोदकपूरभाक्

Au milieu de cette route se trouvait un passage terrible et fort long, rempli des eaux de la Yamunā, profond et débordant.

Verse 36

एवं दृष्ट्वा तटे स्थित्वा यमुनामवलोकयन् । वसुदेवोऽपि दुःखार्तो विललापातिचिंतया

Voyant cela, demeurant sur la rive et contemplant la Yamunā, Vasudeva, accablé de peine, se lamenta, submergé d’une vive inquiétude.

Verse 37

किं करोमि क्व गच्छामि विधिनापि हि वंचितः । कथमत्र गमिष्यामि वैराटीं नंदमंदिरम्

Que faire, et où aller, si même le destin m’a trompé ? Comment, en cet état, atteindrai-je Vairāṭī, la demeure-sanctuaire de Nanda ?

Verse 38

हरिणा तत्र सानंदं मायया वंचितः पिता । क्षणमात्रं तटे स्थित्वा यमुनामवलोकयन्

Là, le père, tout joyeux, fut abusé par la māyā de Hari. Ne demeurant qu’un instant sur la rive, il contempla la Yamunā.

Verse 39

तेन दृष्टा पुनः सापि क्षणाज्जानुवहाभवत् । तां दृष्ट्वा हृष्ट उत्तस्थौ प्रस्थानमकरोद्यथा

Quand il la revit, aussitôt elle devint comme un appui sur son genou. La voyant, il se leva, le cœur réjoui, et se prépara à partir comme auparavant.

Verse 40

मायां कृत्वा जगन्नाथः पितुरंकाज्जलेऽपतत् । तं पुत्रं पतितं दृष्ट्वा हाहाकृत्वा सुदुःखितः

Revêtant une forme de māyā, le Seigneur de l’univers tomba du giron de son père dans l’eau. Voyant son fils tombé, le père, criant «Hélas ! Hélas !», fut accablé de douleur.

Verse 41

महोपायं पुनः कर्तुं विधिना तेन वंचितः । त्राहि मां जगतां नाथ सुतं रक्ष सुरोत्तम

Privé par ce destin du grand moyen d’agir encore, je t’implore : Sauve-moi, ô Seigneur des mondes ; protège mon fils, ô le plus éminent des dieux.

Verse 42

जनकक्रंदितं दृष्ट्वा कंसारिः कृपया मुहुः । जलक्रीडां समाचर्य पितुःक्रोडमगात्पुनः

Voyant son père en pleurs, l’ennemi de Kaṃsa (Kṛṣṇa) fut, à maintes reprises, saisi de compassion. Après s’être ébattu dans l’eau, il retourna encore dans le giron de son père.

Verse 43

यथा तेन यदुश्रेष्ठो जगाम नंदमंदिरम् । सुतं दत्त्वा यशोदायै सुतां तस्याः समानयत्

Alors le meilleur des Yadus se rendit à la demeure de Nanda ; après avoir remis à Yaśodā l’enfant mâle, il emmena la fille de celle-ci.

Verse 44

निजागारं ततः प्राप्य पत्न्यै प्रत्यर्पिता सुता । देवकी च प्रसूतेति वार्ता प्राप्ता सुरारिणा

Puis, parvenu à sa demeure, il remit la fille à son épouse. Et la nouvelle—«Devakī a enfanté»—parvint à l’ennemi des devas.

Verse 45

आनेतुं प्रस्थिता दूताः सुतं दुहितरं तदा । आगत्य कंसदूतास्ते सुतां नेतुं प्रचक्रमुः

Alors les messagers partirent pour amener l’enfant, le fils et la fille. Arrivés, les messagers de Kaṃsa se mirent à emmener la fille.

Verse 46

बलादेनां समाकृष्य देवकी वसुदेवयोः । कंसदूतैर्गृहीत्वा सा अर्पिता तु सुरारये

La tirant de force loin de Devakī et de Vasudeva, les messagers de Kaṃsa la saisirent et la livrèrent à l’ennemi des devas.

Verse 47

स धृत्वा तां महाराजः सभयोऽभूद्दुरासदः । शुद्धकांचनवर्णाभां पूर्णेंदुसदृशाननाम्

L’ayant prise, le grand roi devint craintif et difficile d’accès; elle rayonnait de la teinte de l’or pur, et son visage ressemblait à la pleine lune.

Verse 48

कंसो हसंतीं तां दृष्ट्वा विद्युत्स्फुरितलोचनाम् । आदिदेशासुरश्रेष्ठो जहि नीत्वा शिलोपरि

La voyant rire, les yeux étincelants comme l’éclair, Kaṃsa—le premier des asuras—ordonna : «Emmenez-la et tuez-la sur une pierre».

Verse 49

आज्ञां लब्ध्वाऽसुरास्ते वै निष्पेष्टुं तां प्रवर्तिताः । विद्युच्छीघ्रतया गौरी जगाम शंकरांतिकम्

Ayant reçu l’ordre, ces asuras partirent vraiment pour l’écraser. Mais Gaurī, rapide comme l’éclair, se rendit auprès de Śaṅkara.

Verse 50

गौर्युवाच । शृणु राजन्प्रवक्ष्यामि यत्रास्ते शत्रुरुत्तमः । नंदस्य निलये गुप्तस्तव हंताऽसुरोत्तम

Gaurī dit : «Écoute, ô roi ; je vais te dire où demeure l’ennemi le plus éminent. Caché dans la demeure de Nanda se tient le meilleur des asuras, celui qui doit te tuer».

Verse 51

वसिष्ठ उवाच । एवमुक्त्वा तु सा देवी जगाम निजमंदिरम् । श्रुत्वा वाक्यं ततो देव्याः कंसो राजा सुदुःखितः

Vasiṣṭha dit : Ayant ainsi parlé, la déesse se rendit à son propre sanctuaire. Entendant les paroles de la déesse, le roi Kaṃsa fut accablé de chagrin.

Verse 52

भगिनीं पूतनामाह गच्छ त्वं नंदमंदिरम् । छद्मना तं सुतं हत्वा गच्छ ते वांच्छितं बहु

Il appela sa sœur Pūtanā et dit : «Va à la maison de Nanda ; par ruse, tue cet enfant, et tu obtiendras alors bien des choses désirées».

Verse 53

दास्यामि शत्रुं हंतुं मे व्रज शीघ्रतरं शुभे । आज्ञां प्राप्य राक्षसी सा गोकुलाभिमुखं गता

«Je te donnerai (les moyens) de tuer mon ennemi ; va sur-le-champ, ô bienheureuse, plus vite encore.» Ayant reçu l’ordre, cette rākṣasī se mit en route vers Gokula.

Verse 54

मायया सुंदरी रूपा प्रविष्टा तत्र गोकुले । पयोधरे गरं सा तु धृत्वा हंतुमुपागता

Par le pouvoir de māyā, prenant l’apparence d’une femme d’une grande beauté, elle entra là, à Gokula ; portant le poison en son sein, elle s’approcha avec l’intention de tuer.

Verse 55

पशुपानां गृहद्वारि प्रविष्टालक्षितेति च । गत्वांतरुत्थाप्य शिशुं स्तनं दत्वापसद्गतिम्

Elle franchit sans être remarquée le seuil de la demeure des bouviers ; puis, entrée à l’intérieur, elle souleva le nourrisson et, lui offrant son sein, s’achemina vers une fin basse et pécheresse.

Verse 56

ततस्तु शकटं क्षिप्त्वा तृणावर्तादिमर्दनम् । कालीयदमनं कृत्वा गतो मधुपुरीं ततः

Puis, après avoir renversé le chariot et écrasé Tṛṇāvarta et d’autres, et après avoir dompté Kāliya, il se rendit ensuite à Madhupurī (Mathurā).

Verse 57

गत्वा कंसो हतः क्रूरः कंसमल्लानजीजयत् । एतत्ते कथितं राजन्विष्णोर्जन्मदिनव्रतम्

S’y étant rendu, le cruel Kaṃsa fut mis à mort, et les lutteurs de Kaṃsa furent vaincus. Ainsi, ô Roi, t’ai-je exposé le Janmadina-vrata, la sainte observance du jour de naissance de Viṣṇu.

Verse 58

श्रुत्वा पापानि नश्यंति कुर्यात्किं वा भविष्यति । य इदं कुरुते मर्त्यो या च नारी हरेर्व्रतम्

Rien qu’en l’entendant, les péchés s’anéantissent — que dire alors si l’on l’accomplit ? Tout homme mortel, et toute femme aussi, qui observe ce vœu de Hari (Viṣṇu)…

Verse 59

ऐश्वर्यमतुलं प्राप्य जन्मन्यत्र यथेप्सितम् । पूर्वविद्धा न कर्त्तव्या तृतीयाषष्ठिरेव च

Ayant obtenu une prospérité sans égale et une naissance ici selon le désir, qu’on n’accomplisse pas le rite nommé pūrvaviddhā ; qu’on observe plutôt seulement la troisième tithi et la sixième, rien de plus.

Verse 60

अष्टम्येकादशीभूता धर्मकामार्थवांच्छुभिः । वर्जयित्वा प्रयत्नेन सप्तमीसंयुताष्टमी

Pour ceux qui recherchent dharma, kāma et artha : lorsque l’aṣṭamī se trouve conjointe à l’ekādaśī, qu’on évite avec soin l’aṣṭamī jointe à la saptamī.

Verse 61

विना ऋक्षेऽपि कर्तव्या नवमीसंयुताष्टमी । उदये चाष्टमी किंचित्सकला नवमी यदि

Même sans tenir compte du nakṣatra, on doit observer l’Aṣṭamī conjointe à la Navamī. Si, au lever du soleil, l’Aṣṭamī est présente ne fût-ce qu’un instant et que la Navamī prévaut entièrement, alors cette observance doit être accomplie.

Verse 62

मुहूर्तरोहिणीयुक्ता संपूर्णा चाष्टमी भवेत् । अष्टमी बुधवारेण रोहिणीसहिता यदि

Lorsque la tithi d’Aṣṭamī est entière et qu’elle est jointe au nakṣatra Rohiṇī ne fût-ce que pour un muhūrta, on la tient pour une Aṣṭamī « complète ». Et si l’Aṣṭamī survient avec Rohiṇī un mercredi, elle revêt une importance particulière.

Verse 63

सोमेनैव भवेद्राजन्किंकृतैर्व्रतकोटिभिः । नवम्यामुदयात्किंचित्सोमे सापि बुधेऽपि च

Ô Roi, c’est par Soma (la Lune) seul que cela s’accomplit : à quoi bon accomplir des crores de vœux ? Même un peu de mérite de la Navamī, dès son lever, vient par Soma ; et ce bienfait est aussi présent le mercredi (Budha).

Verse 64

अपि वर्षशतेनापि लभ्यते वा न लभ्यते । विना ऋक्षं न कर्तव्या नवमीसंयुताष्टमी

Même après cent ans, on peut l’obtenir—ou ne pas l’obtenir. Sans le nakṣatra (demeure lunaire) requis, l’Aṣṭamī conjointe à la Navamī ne doit pas être observée.

Verse 65

कार्याविद्धापि सप्तम्यां रोहिणीसंयुताष्टमी । कलाकाष्ठामुहूर्तेऽपि यदा कृष्णाष्टमीतिथिः

Même si la Saptamī n’est pas propice aux rites, lorsque l’Aṣṭamī est jointe à Rohiṇī—fût-ce pour une kalā, une kāṣṭhā ou un muhūrta—ce moment est tenu pour la tithi de Kṛṣṇa-aṣṭamī.

Verse 66

नवम्यां सैव वा ग्राह्या सप्तमीसंयुता न हि । किं पुनर्बुधवारेण सोमेनापि विशेषतः

Elle doit être retenue sur la seule Navamī; on ne doit pas la prendre lorsqu’elle est conjointe à la Saptamī. À plus forte raison si elle tombe un mercredi—et plus encore lorsqu’elle coïncide avec le jour de la Lune, le lundi.

Verse 67

किं पुर्नर्नवमीयुक्ता कुलकोट्यास्तु मुक्तिदा । पलवेधेन राजेंद्र सप्तम्या अष्टमीं त्यजेत्

À plus forte raison, lorsqu’elle est jointe à la Navamī : ne donnerait-elle pas la délivrance à dix millions de lignées ? Ô roi des rois, pour une infime entorse, fût-ce la rupture d’une feuille, qu’on délaisse l’Aṣṭamī au profit de la Saptamī.

Verse 68

सुरायाबिंदुनास्पृष्टं गंगांभः कलशं यथा । दिलीप उवाच । केन चादौ कृतं चेदं केन वा तत्प्रकाशितम् । किं पुण्यं किं फलं देव कथयस्व महामुने

«Tel un vase rempli d’eau du Gaṅgā, que n’a effleuré pas même une goutte d’alcool…» Le roi Dilīpa dit : «Par qui cela fut-il établi d’abord, et par qui fut-ce rendu manifeste ? Quel mérite (puṇya) en naît, et quel fruit spirituel (phala) en résulte ? Ô vénérable, dis-le-moi, grand sage».

Verse 69

वसिष्ठ उवाच । चित्रसेनो महाराजा महापापपरो महान् । अगम्यागमनं कृत्वा स्वर्णस्तेयं द्विजस्य च

Vasiṣṭha dit : « Le roi Citrasena, extrêmement pervers et chargé d’un grand péché, s’unit charnellement à celle qui lui était interdite et déroba aussi l’or appartenant à un brāhmaṇa. »

Verse 70

सुरायां च सदा तृप्तो वृथामांसे सदा रतः । एवं पापसमायुक्तो नित्यं प्राणिवधे रतः

Toujours rassasié d’alcool, toujours adonné à la vaine consommation de chair ; ainsi lié au péché, il demeurait sans cesse porté au meurtre des êtres vivants.

Verse 71

चांडालैः पतितैः सार्द्धमालापं सर्वदाकरोत् । एतदेवं विधो राजा मृगयायां मनो दधे

Il conversait sans cesse avec des caṇḍāla et des déchus. Tel étant le comportement du roi, il tourna son esprit vers la chasse.

Verse 72

अरण्ये द्वीपिनं ज्ञात्वा वेष्टयित्वा च सर्वतः । सावधानं भटान्सर्वान्वाक्यमेतदुवाच ह

Ayant reconnu un léopard dans la forêt et l’ayant encerclé de toutes parts, il adressa à tous les soldats ces paroles : « Soyez vigilants. »

Verse 73

अहमेव निहन्म्येनं योऽन्योस्मिन्प्रहरिष्यति । स वध्यो नात्र संदेहो व्याघ्रो राज्ञः पथा ययौ

« Moi seul le tuerai ; quiconque, autre que moi, le frappera, sera mis à mort, sans aucun doute. » Ainsi le tigre s’en alla par la route du roi.

Verse 74

सलज्जोऽपि ततो राजा व्याघ्रं पश्चाज्जगाम ह । अनेकक्लेशदुःखेन व्याघ्रं हंतुं समाहितः

Alors le roi, bien qu’empreint de honte, suivit le tigre, résolu à le tuer, endurant maintes peines et souffrances.

Verse 75

क्षुत्पिपासाकुलक्लेशः संध्यायां यमुनातटे । अष्टमीरोहिणीयुक्ता तद्दिनं जन्मवासरम्

Tourmenté par la faim et la soif, au crépuscule sur la rive de la Yamunā—lorsque l’Aṣṭamī se joignait à l’astre Rohiṇī—ce jour-là même était (Son) jour de naissance.

Verse 76

श्वःकन्या यमुनायां वै व्रतं चक्रुर्नराधिप । नानोपहारैर्द्रव्यैश्च धूपदीपैः सुशोभनैः

Ô roi, à l’occasion de Śvaḥkanyā, elles observèrent un vœu sur la Yamunā, ornant le rite de maintes offrandes et substances, d’encens et de lampes harmonieusement disposés.

Verse 77

गंधपुष्पं तथा द्रव्यं कुंकुमादिमनोहरम् । अन्नं बहुगुणं दृष्ट्वा भोक्तुं तन्मानसंकुलम्

Voyant des fleurs parfumées et diverses substances charmantes—telles le kunkuma (safran)—et apercevant une nourriture préparée avec maintes qualités, son esprit s’émut du désir de manger.

Verse 78

राजोवाच । अन्नाभावान्ममाद्याशु प्राणा यास्यंति निश्चितम् । स्त्रिय ऊचुः । जन्माष्टम्यां हरे राजन्न भोक्तव्यं त्वयानघ

Le roi dit : «Faute de nourriture, aujourd’hui mes souffles vitaux s’en iront sûrement bien vite». Les femmes dirent : «Ô roi, ô irréprochable : en Janmāṣṭamī, le jour de la naissance de Hari, tu ne dois pas manger».

Verse 79

गृध्रमांसं खरं काकं गोमांसमन्नमेव च । भुक्तवान्नात्र संदेहो यो भुंक्ते कृष्णजन्मनि

Il n’y a nul doute : quiconque mange de telles choses en l’âge sombre de Kali, c’est comme s’il avait mangé chair de vautour, d’âne, de corbeau, et même du bœuf pour nourriture.

Verse 80

किं किं छिद्रं न संजातं संसारे वसतां नृणाम् । येन देहेस्थिते प्राणे जयंती न कृता नृप

Ô roi, quel défaut, quelle brèche ne naît pas chez les hommes qui demeurent dans le monde, si bien que, tant que le souffle vital reste dans le corps, ils n’ont pas accompli l’observance de Jayantī ?

Verse 81

तत्राकृतोपवासस्य शासनं यममंदिरम् । यद्दत्तं पितरो नित्यं न गृह्णंति यथाविधि

Là, pour celui qui n’a pas observé le jeûne prescrit, le châtiment est la demeure de Yama. Et ce qui est offert chaque jour, les Pitṛs ne l’acceptent pas lorsqu’il n’est pas accompli selon la juste règle.

Verse 82

पितरः पातिताः सर्वे जयंत्यां भोजने कृते । इति श्रुत्वा ततो राजा व्रतं चक्रे नराधिप

«Tous les Pitṛs ont été délivrés lorsque le repas fut offert en Jayantī.» L’ayant entendu, le roi, seigneur des hommes, entreprit alors le vœu.

Verse 83

किंचित्पुष्पं कियद्गंधं वस्त्रं चानीय हर्षितः । एतद्व्रतं समायुक्तं तिथिभांते च पारणम् । व्रतस्यास्य प्रभावेण चित्रसेनो हरेर्गृहम्

Apportant, tout joyeux, quelques fleurs, un peu de parfum et un vêtement, il se réjouit. Ce vœu doit être observé comme il convient, et la rupture du jeûne se fait à la fin du tithi. Par la puissance de ce vœu, Citrāsena atteignit la demeure de Hari (Viṣṇu).

Verse 84

दिव्यं विमानमारुह्य गतवान्पितृभिः सह । यत्फलं मथुरां गत्वा दृष्ट्वा कृष्णमुखांबुजम्

Monté sur un vimāna divin, il s’en alla avec les Pitṛs (ancêtres), obtenant le même fruit que celui d’aller à Mathurā et de contempler le visage de Kṛṣṇa, pareil au lotus.

Verse 85

तत्फलं प्राप्यते पुंसाकृष्णजन्माष्टमीव्रतात् । यत्फलं द्वारकां गत्वा दृष्टे विश्वेश्वरे हरौ । तत्फलं प्राप्यते दीनैः कृत्वा जन्माष्टमीव्रतम्

Ce même fruit est obtenu par l’homme en observant le vœu de Kṛṣṇa Janmāṣṭamī : le fruit que l’on gagne en allant à Dvārakā et en contemplant Hari, Seigneur de l’univers. Même les pauvres atteignent ce mérite en accomplissant le vœu de Janmāṣṭamī.