
Yayāti, Yadu’s Refusal, and the Merit of the Mother–Father Tīrtha
À la suite de la question de Pippala, Sukarma raconte la crise familiale qui éclate lorsque le roi Yayāti ramène Kāmakanyā au palais. Devayānī, saisie de jalousie, dans sa colère maudit même ses propres fils, et la rivalité avec Śarmiṣṭhā s’envenime. Kāmajā, ayant appris l’intention hostile dirigée contre elle, en avertit le roi. Hors de lui, Yayāti ordonne à Yadu de mettre à mort Śarmiṣṭhā et Devayānī. Yadu refuse, rappelant que tuer sa mère est un péché terrible et soutenant qu’elles sont sans faute; l’enseignement du récit confirme que les mères, ainsi que les femmes placées sous la protection du dharma, ne doivent pas être tuées. Courroucé par cette désobéissance, Yayāti maudit Yadu et s’en va; le chapitre se clôt en recentrant l’ordre du monde sur l’austérité, la vérité et la méditation de Viṣṇu, et en rattachant l’épisode à la sainteté du Tīrtha de la Mère et du Père.
Verse 1
पिप्पल उवाच । कामकन्यां यदा राजा उपयेमे द्विजोत्तम । किं चक्राते तदा ते द्वे पूर्वभार्ये सुपुण्यके
Pippala dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, lorsque le roi prit pour épouse Kāmakanyā, que firent alors ses deux anciennes épouses, ces femmes très vertueuses ?»
Verse 2
देवयानी महाभागा शर्मिष्ठा वार्षपर्वणी । तयोश्चरित्रं तत्सर्वं कथयस्व ममाग्रतः
Devayānī, la très fortunée, et Śarmiṣṭhā, fille de Vṛṣaparvan : raconte-moi ici, devant moi, en entier, tout le récit de leur histoire.
Verse 3
सुकर्मोवाच । यदानीता कामकन्या स्वगृहं तेन भूभुजा । अत्यर्थं स्पर्धते सा तु देवयानी मनस्विनी
Sukarma dit : Lorsque ce roi ramena Kāmakanyā dans sa propre demeure, Devayānī, au cœur élevé, fut saisie d’une jalousie excessive et d’esprit de rivalité.
Verse 4
तस्यार्थे तु सुतौ शप्तौ क्रोधेनाकुलितात्मना । शर्मिष्ठां च समाहूय शब्दं चक्रे यशस्विनी
Pour lui, elle maudit ses deux fils, l’âme bouleversée par la colère ; puis, ayant fait venir Śarmiṣṭhā, la dame illustre éleva la voix et parla.
Verse 5
रूपेण तेजसा दानैः सत्यपुण्यव्रतैस्तथा । शर्मिष्ठा देवयानी च स्पर्धेते स्म तया सह
En beauté, en éclat, en dons de charité, et de même en vœux de vérité et de mérite, Śarmiṣṭhā et Devayānī rivalisaient avec elle.
Verse 6
दुष्टभावं तयोश्चापि साऽज्ञासीत्कामजा तदा । राज्ञे सर्वं तया विप्र कथितं तत्क्षणादिह
Alors Kāmajā connut aussi l’intention mauvaise de ces deux-là. Ô brāhmane, elle rapporta aussitôt ici toute chose au roi.
Verse 7
अथ क्रुद्धो महाराजः समाहूयाब्रवीद्यदुम् । शर्मिष्ठा वध्यतां गत्वा शुक्रपुत्री तथा पुनः
Alors le grand roi, saisi de colère, fit appeler Yadu et dit : « Va : que Śarmiṣṭhā soit mise à mort ; et de même, encore, la fille de Śukra. »
Verse 8
सुप्रियं कुरु मे वत्स यदि श्रेयो हि मन्यसे । एवमाकर्ण्य तत्तस्य पितुर्वाक्यं यदुस्तदा
« Fais ce qui m’est le plus agréable, mon fils, si vraiment tu le tiens pour ton propre bien. » Ayant ainsi entendu les paroles de son père, Yadu alors…
Verse 9
प्रत्युवाच नृपेंद्रं तं पितरं प्रति मानद । नाहं तु घातये तात मातरौ दोषवर्जिते
Celui qui confère l’honneur répondit à ce seigneur des rois, s’adressant à son père : « Père, je ne ferai pas mettre à mort mes parents, car ils sont sans faute. »
Verse 10
मातृघाते महादोषः कथितो वेदपंडितैः । तस्माद्घातं महाराज एतयोर्न करोम्यहम्
Les sages versés dans les Vedas ont déclaré que tuer sa mère est une faute très grave. C’est pourquoi, ô grand roi, je ne ferai pas périr ces deux-là.
Verse 11
दोषाणां तु सहस्रेण माता लिप्ता यदा भवेत् । भगिनी च महाराज दुहिता च तथा पुनः
Mais lorsqu’une mère est souillée par mille fautes, ô grand roi, la sœur l’est aussi, et de même la fille.
Verse 12
पुत्रैर्वा भ्रातृभिश्चैव नैव वध्या भवेत्कदा । एवं ज्ञात्वा महाराज मातरौ नैव घातये
Que ce soit par les fils ou par les frères, elle ne doit jamais être mise à mort. Sachant cela, ô grand roi, ne tue pas les deux mères.
Verse 13
यदोर्वाक्यं तदा श्रुत्वा राजा क्रुद्धो बभूव ह । शशाप तं सुतं पश्चाद्ययातिः पृथिवीपतिः
Entendant alors les paroles de Yadu, le roi s’emplit de colère. Ensuite, Yayāti, seigneur de la terre, maudit ce fils qui était le sien.
Verse 14
यस्मादाज्ञाहता त्वद्य त्वया पापि समोपि हि । मातुरंशं भजस्व त्वं मच्छापकलुषीकृतः
Puisqu’aujourd’hui tu as été frappé par mon ordre—bien que tu sois pécheur et pourtant mon égal—va donc prendre la part de ta mère, car tu as été souillé par ma malédiction.
Verse 15
एवमुक्त्वा यदुं पुत्रं ययातिः पृथिवीपतिः । पुत्रं शप्त्वा महाराजस्तया सार्द्धं महायशाः
Après avoir ainsi parlé à son fils Yadu, Yayāti—seigneur de la terre—maudit son fils; puis ce grand roi, illustre de gloire, s’en alla avec elle.
Verse 16
रमते सुखभोगेन विष्णोर्ध्यानेन तत्परः । अश्रुबिंदुमतीसा च तेन सार्द्धं सुलोचना
Absorbé dans la méditation de Viṣṇu et tout dévoué à Lui, il se réjouissait de la jouissance du bonheur ; et Aśrubindumatī, aux beaux yeux, avec lui, se réjouissait pareillement.
Verse 17
बुभुजे चारुसर्वांगी पुण्यान्भोगान्मनोनुगान् । एवं कालो गतस्तस्य ययातेस्तु महात्मनः
La dame charmante, aux membres harmonieux, goûta des plaisirs méritoires, agréables à l’esprit. Ainsi s’écoula le temps pour le grand‑âme Yayāti.
Verse 18
अक्षया निर्जराः सर्वा अपरास्तु प्रजास्तथा । सर्वे लोका महाभाग विष्णुध्यानपरायणाः
Tous les dieux sont impérissables, et les autres êtres le sont aussi. Dans tous les mondes, ô noble, tous sont voués à la méditation de Viṣṇu.
Verse 19
तपसा सत्यभावेन विष्णोर्ध्यानेन पिप्पल । सर्वे लोका महाभाग सुखिनः साधुसेवकाः
Par l’ascèse, la vérité du cœur et la méditation de Viṣṇu, ô Pippala — ô bienheureux — tous les mondes deviennent heureux, voués au service des justes.
Verse 80
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने मातापितृतीर्थवर्णने ययातिचरित्रेऽशीतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quatre‑vingtième chapitre du Bhūmi‑khaṇḍa du glorieux Padma Purāṇa, dans le récit de Vena, décrivant le tīrtha sacré de la Mère et du Père, et retraçant l’histoire de Yayāti.