
Yayāti and Mātali: Embodiment, Dharma as Rejuvenation, and the Medicine of Kṛṣṇa’s Name
À la suite de la question de Pippala, Sūkarma rapporte la réponse du roi Yayāti à Mātali, cocher et messager d’Indra. Yayāti refuse d’abandonner son corps comme de retourner au ciel, soutenant que la vie incarnée et le prāṇa dépendent l’un de l’autre, et que la réussite véritable ne s’obtient ni dans l’isolement ni par le rejet de l’incarnation. Il présente le corps comme un champ du dharma : le péché engendre maladie et vieillesse, tandis que la vérité, la charité, le culte et la méditation disciplinée—surtout le souvenir au crépuscule de Hṛṣīkeśa et la récitation du Nom de Kṛṣṇa—sont le suprême « remède » qui détruit les défauts et renouvelle la vigueur. Il affirme garder une splendeur juvénile malgré de longues années. Ainsi, il résout de ne pas chercher le ciel ailleurs, mais de « créer le ciel ici », en rendant la terre semblable au ciel par le tapas, l’intention juste et la grâce de Hari. Mātali s’en va rapporter ces paroles à Indra, qui médite alors sur la manière d’amener Yayāti au ciel ; plus loin, Sūta est brièvement invoqué comme auditeur dans la chaîne de transmission purānique.
Verse 1
। पिप्पल उवाच । मातलेश्च वचः श्रुत्वा स राजा नहुषात्मजः । किं चकार महाप्राज्ञस्तन्मे विस्तरतो वद
Pippala dit : «Après avoir entendu les paroles de Mātali, qu’a fait ce roi, fils de Nahuṣa ? Ô très sage, raconte-le-moi en détail.»
Verse 2
सर्वपुण्यमयी पुण्या कथेयं पापनाशिनी । श्रोतुमिच्छाम्यहं प्राज्ञ नैव तृप्यामि सर्वदा
Ô sage, ce récit sacré est rempli de tout mérite et il détruit le péché. Je désire l’entendre, car jamais je n’en suis rassasié.
Verse 3
सुकर्मोवाच । सर्वधर्मभृतां श्रेष्ठो ययातिर्नृपसत्तमः । तमुवाचागतं दूतं मातलिं शक्रसारथिम्
Sukarma dit : Le roi Yayāti, le meilleur de ceux qui portent tous les dharmas, le plus noble des rois, s’adressa au messager arrivé : Mātali, le cocher de Śakra (Indra).
Verse 4
ययातिरुवाच । शरीरं नैव त्यक्ष्यामि गमिष्ये न दिवं पुनः । शरीरेण विना दूत पार्थिवेन न संशयः
Yayāti dit : «Je n’abandonnerai pas ce corps, et je n’irai plus au ciel. Sans un corps—ce corps terrestre, ô messager—il n’y a aucun doute (que cela ne se peut).»
Verse 5
यद्यप्येवं महादोषाः कायस्यैव प्रकीर्तिताः । पूर्वं चापि समाख्यातं त्वया सर्वं गुणागुणम्
Bien que cela soit ainsi, de graves fautes ont été attribuées au seul corps. Et auparavant, tu m’as aussi exposé pleinement toutes ses qualités et ses défauts.
Verse 6
नाहं त्यक्ष्ये शरीरं वै नागमिष्ये दिवं पुनः । इत्याचक्ष्व इतो गत्वा देवदेवं पुरंदरम्
«Je n’abandonnerai pas ce corps, et je ne retournerai plus au ciel. Va d’ici et porte ce message à Purandara, le Dieu des dieux.»
Verse 7
एकाकिना हि जीवेन कायेनापि महामते । नैव सिद्धिं प्रयात्येवं सांसारिकमिहैव हि
Ô grand d’esprit, un être vivant—fût-il doté d’un corps apte—n’atteint pas l’accomplissement en demeurant seul ; en cette vie mondaine, on ne l’obtient pas ainsi.
Verse 8
नैव प्राणं विना कायो जीवः कायं विना नहि । उभयोश्चापि मित्रत्वं नयिष्ये नाशमिंद्र न
Le corps ne subsiste pas sans le souffle vital, et l’être vivant n’existe pas sans corps. Ainsi, je ne conduirai pas à la ruine leur amitié réciproque — non, ô Indra.
Verse 9
यस्य प्रसादभावाद्वै सुखमश्नाति केवलम् । शरीरस्याप्ययं प्राणो भोगानन्यान्मनोनुगान्
Par la grâce bienveillante de qui l’on goûte la félicité à elle seule ; et par cette même grâce, ce souffle vital dans le corps jouit d’autres plaisirs, conformes aux désirs du mental.
Verse 10
एवं ज्ञात्वा स्वर्गभोग्यं न भोज्यं देवदूतक । संभवंति महादुष्टा व्याधयो दुःखदायकाः
Sachant ainsi, ô messager des dieux, que ce qui est destiné aux jouissances du ciel ne doit pas être consommé ici, naissent les maladies les plus funestes, dispensatrices de douleur.
Verse 11
मातले किल्बिषाच्चैव जरादोषात्प्रजायते । पश्य मे पुण्यसंयुक्तं कायं षोडशवार्षिकम्
Ô Mātali, c’est bien du péché que naît le défaut de la vieillesse. Vois mon corps, uni au mérite, paraissant âgé de seize ans.
Verse 12
जन्मप्रभृति मे कायः शतार्धाब्दं प्रयाति च । तथापि नूतनो भावः कायस्यापि प्रजायते
Depuis ma naissance, ce corps à moi a franchi cent cinquante années ; pourtant, un état toujours nouveau naît encore et encore dans le corps.
Verse 13
मम कालो गतो दूत अब्दा प्रनंत्यमनुत्तमम् । यथा षोडशवर्षस्य कायः पुंसः प्रशोभते
Ô messager, mon temps s’est écoulé, les années ont glissé. Pourtant, au sens le plus élevé, le corps resplendit, tel celui d’un homme de seize ans.
Verse 14
तथा मे शोभते देहो बलवीर्यसमन्वितः । नैव ग्लानिर्न मे हानिर्न श्रमो व्याधयो जरा
Ainsi mon corps resplendit, pourvu de force et de vigueur ; je n’ai ni langueur ni déclin : ni fatigue, ni maladies, ni vieillesse.
Verse 15
मातले मम कायेपि धर्मोत्साहेन वर्द्धते । सर्वामृतमयं दिव्यमौषधं परमौषधम्
Ô Mātali, même dans mon propre corps cela croît par l’ardeur pour le dharma : ce remède divin, fait de nectar universel, le remède suprême.
Verse 16
पापव्याधिप्रणाशार्थं धर्माख्यं हि कृतम्पुरा । तेन मे शोधितः कायो गतदोषस्तु जायते
Autrefois, afin d’anéantir le péché et la maladie, j’accomplis le rite nommé « Dharma ». Par lui, mon corps fut purifié, et je devins exempt de toute souillure et faute.
Verse 17
हृषीकेशस्य संध्यानं नामोच्चारणमुत्तमम् । एतद्रसायनं दूत नित्यमेवं करोम्यहम्
La méditation au temps du crépuscule sur Hṛṣīkeśa et l’excellente invocation de Son Nom : tel est mon élixir de rajeunissement, ô messager ; ainsi je le pratique chaque jour.
Verse 18
तेन मे व्याधयो दोषाः पापाद्याः प्रलयं गताः । विद्यमाने हि संसारे कृष्णनाम्नि महौषधे
Par cette puissance, mes maladies, mes défauts et mes péchés ont été réduits à néant ; car, en ce monde, il existe vraiment le grand remède : le Nom de Kṛṣṇa.
Verse 19
मानवा मरणं यांति पापव्याधि प्रपीडिताः । न पिबंति महामूढाः कृष्ण नाम रसायनम्
Accablés par la maladie du péché, les hommes vont à la mort ; mais ces grands insensés ne boivent pas l’élixir rajeunissant du Nom de Kṛṣṇa.
Verse 20
तेन ध्यानेन ज्ञानेन पूजाभावेन मातले । सत्येन दानपुण्येन मम कायो निरामयः
Par cette méditation, cette connaissance et cette disposition d’adoration, ô Mātali ; par la véracité et par le mérite du don charitable, mon corps est devenu sans maladie.
Verse 21
पापर्द्धेरामयाः पीडाः प्रभवंति शरीरिणः । पीडाभ्यो जायते मृत्युः प्राणिनां नात्र संशयः
De l’accumulation du péché naissent maladies et tourments pour les êtres incarnés ; des tourments naît la mort pour les créatures vivantes—là-dessus, nul doute.
Verse 22
तस्माद्धर्मः प्रकर्तव्यः पुण्यसत्याश्रयैर्नरैः । पंचभूतात्मकः कायः शिरासंधिविजर्जरः
C’est pourquoi les hommes qui prennent refuge dans le mérite et la vérité doivent pratiquer le dharma ; car le corps, composé des cinq éléments, s’use, et ses veines et articulations s’affaiblissent.
Verse 23
एवं संधीकृतो मर्त्यो हेमकारीव टंकणैः । तत्र भाति महानग्निर्द्धातुरेव चरः सदा
Ainsi, affiné et bien préparé, le mortel—tel l’orfèvre qui traite le métal avec le borax—resplendit ; car en lui le grand feu se meut sans cesse, comme dans le minerai.
Verse 24
शतखंडमये विप्र यः संधत्ते सबुद्धिमान् । हरेर्नाम्ना च दिव्येन सौभाग्येनापि पिप्पल
Ô brāhmane, le sage qui assemble l’offrande aux cent parts et l’accomplit avec le Nom divin de Hari—par heureuse fortune aussi—obtient grand mérite et bénédiction.
Verse 25
पंचात्मका हि ये खंडाः शतसंधिविजर्जराः । तेन संधारिताः सर्वे कायो धातुसमो भवेत्
Car ces parties du corps, constituées des cinq éléments, sont usées par des centaines d’articulations ; lorsque toutes sont soutenues par ce principe de soutien, le corps devient stable comme le métal.
Verse 26
हरेः पूजोपचारेण ध्यानेन नियमेन च । सत्यभावेन दानेन नूत्नः कायो विजायते
Par le service dévotionnel rendu à Hari—par la méditation et les observances réglées—et par l’aumône offerte dans un esprit de vérité, un corps renouvelé et purifié vient à naître.
Verse 27
दोषा नश्यंति कायस्य व्याधयः शृणु मातले । बाह्याभ्यंतरशौचं हि दुर्गंधिर्नैव जायते
Les défauts du corps et les maladies sont détruits—écoute, ô Mātali. En vérité, lorsque la pureté est à la fois extérieure et intérieure, aucune mauvaise odeur ne naît.
Verse 28
शुचिस्ततो भवेत्सूत प्रसादात्तस्य चक्रिणः । नाहं स्वर्गं गमिष्यामि स्वर्गमत्र करोम्यहम्
Alors, ô Sūta, par la grâce de ce Seigneur qui porte le disque, on devient pur. Je n’irai pas au ciel : c’est ici même que je ferai le ciel.
Verse 29
तपसा चैव भावेन स्वधर्मेण महीतलम् । स्वर्गरूपं करिष्यामि प्रसादात्तस्य चक्रिणः
Par l’ascèse, par l’intention droite et par la fidélité à mon propre dharma, je ferai que cette terre prenne la nature du ciel, par la grâce de ce Seigneur porteur du disque.
Verse 30
एवं ज्ञात्वा प्रयाहि त्वं कथयस्व पुरंदरम् । सुकर्मोवाच । समाकर्ण्य ततः सूतो नृपतेः परिभाषितम्
«Sachant cela, va, et rapporte-le à Purandara (Indra)», dit Sūkarma. Alors Sūta, ayant entendu les paroles du roi, poursuivit le récit.
Verse 31
आशीर्भिरभिनंद्याथ आमंत्र्य नृपतिं गतः । सर्वं निवेदयामास इंद्राय च महात्मने
Alors, l’ayant salué par des bénédictions et ayant pris congé du roi, il s’en alla ; puis il rapporta tout en détail à Indra, l’âme magnanime.
Verse 32
समाकर्ण्य सहस्राक्षो ययातेस्तु महात्मनः । तस्याथ चिंतयामासानयनार्थं दिवं प्रति
Ayant entendu parler de Yayāti, l’âme magnanime, le Mille-Yeux (Indra) se mit alors à réfléchir à la manière de l’élever jusqu’au ciel.
Verse 72
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने मातापितृतीर्थवर्णने ययाति । चरिते द्विसप्ततितमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa, dans l’épisode de Vena—lorsqu’est décrit le tīrtha sacré de la Mère et du Père, dans le récit de Yayāti—s’achève le soixante-douzième chapitre.