
The Sumanā Episode: Suvrata’s Childhood Devotion and All-Activity Remembrance of Hari
Vyāsa demande à Brahmā le récit complet de Suvrata. Brahmā raconte une vie sacrée où Suvrata, dès le sein maternel, reçoit la darśana de Nārāyaṇa et grandit en enfant dont les jeux mêmes sont un Hari-smaraṇa ininterrompu. Il appelle ses compagnons par des noms divins—Keśava, Mādhava, Madhusūdana—, chante Kṛṣṇa avec rythme et mélodie, et récite des formules de refuge semblables à des stotra. Le chapitre élargit l’enseignement du souvenir : dans l’étude, le rire, le sommeil, le voyage, le mantra, la connaissance et les bonnes actions, il faut garder Hari présent. Les gestes du foyer deviennent culte : la nourriture est vue comme Viṣṇu, des offrandes sont faites, et le repos s’accomplit en gardant Kṛṣṇa à l’esprit. Puis le récit se tourne vers les tīrtha : Suvrata demeure sur le mont Vaiḍūrya près du Siddheśvara-liṅga et pratique l’ascèse sur la rive méridionale de la Narmadā, unissant la bhakti vaiṣṇava à un lieu sacré śaiva.
Verse 1
सूत उवाच । एकदा व्यास देवोऽसौ ब्रह्माणं जगतः पतिम् । सुव्रताख्यानकं सर्वं पप्रच्छातीव विस्मितः
Sūta dit : Un jour, le divin Vyāsa, saisi d’un grand étonnement, interrogea Brahmā, le Seigneur du monde, au sujet de tout le récit appelé l’histoire de Suvrata.
Verse 2
व्यास उवाच । लोकात्मंल्लोकविन्यास देवदेव महाप्रभो । सुव्रतस्याथ चरितं श्रोतुमिच्छामि सांप्रतम्
Vyāsa dit : Ô Âme du monde, ô Ordonnateur du monde, ô Dieu des dieux, grand Seigneur, je désire à présent entendre le récit de la vie et des actes de Suvrata.
Verse 3
ब्रह्मोवाच । पाराशर्यमहाभाग श्रूयतां पुण्यमुत्तमम् । सुव्रतस्य सुविप्रस्य तपश्चर्यासमन्वितम्
Brahmā dit : «Ô illustre Pārāśarya, écoute ce récit suprême et sacré, concernant Suvrata, l’excellent brāhmane, pourvu d’austérité (tapas) et d’une pratique religieuse disciplinée.»
Verse 4
सुव्रतो नाम मेधावी बाल्यादपि स चिंतयन् । गर्भे नारायणं देवं दृष्टवान्पुरुषोत्तमम्
Il y avait un sage nommé Suvrata ; dès l’enfance il contemplait sans cesse le Seigneur. Alors qu’il était encore dans le sein maternel, il vit Nārāyaṇa, le Seigneur suprême, Puruṣottama.
Verse 5
स पूर्वकर्माभ्यासेन हरेर्ध्यानं गतस्तदा । शंखचक्रधरं देवं पद्मनाभं सुपुण्यदम्
Alors, par la puissance de sa pratique issue d’actes antérieurs, il entra en méditation sur Hari : le divin Seigneur Padmanābha, porteur de la conque et du disque, dispensateur d’un grand mérite.
Verse 6
ध्यायते चिंतयेत्सो हि गीते ज्ञाने प्रपाठने । एवं देवं हरिं ध्यायन्सदैव द्विजसत्तमः
En vérité, qu’il médite et contemple le Seigneur lorsqu’il récite les hymnes sacrés, lorsqu’il étudie la connaissance spirituelle et lorsqu’il lit à haute voix. Ainsi, méditant sans cesse sur le Dieu Hari, le meilleur des deux-fois-nés demeure à jamais absorbé en Lui.
Verse 7
क्रीडत्येवं सदा डिंभैः सार्द्धं च बालकोत्तमः । बालकानां स्वकं नाम हरेश्चैव महात्मनः
Ainsi, le meilleur des garçons jouait sans cesse avec les tout-petits ; et parmi les enfants, son propre nom était prononcé « Hari », en vérité, de cette grande âme.
Verse 8
चकार स हि मेधावी पुण्यात्मा पुण्यवत्सलः । समाह्वयति वै मित्रं हरेर्नाम्ना महामतिः
En vérité, cet homme sage et au cœur noble — attaché au dharma et aimant les actes méritoires — appela alors son ami, l’invoquant par le nom de Hari.
Verse 9
भोभोः केशव एह्येहि एहि माधवचक्रधृक् । क्रीडस्व च मया सार्धं त्वमेव पुरुषोत्तम
«Ô Keśava ! Viens ici — viens ! Ô Mādhava, porteur du disque, viens ! Joue avec moi ; toi seul es la Personne suprême.»
Verse 10
सममेवं प्रगंतव्यमावाभ्यां मधुसूदन । एवमेव समाह्वानं नामभिश्च हरेर्द्विजः
«Ô Madhusūdana, nous deux devons avancer de cette même manière. De même, le deux-fois-né doit invoquer Hari ainsi, en l’appelant par Ses noms.»
Verse 11
क्रीडने पठने हास्ये शयने गीतप्रेक्षणे । याने च ह्यासने ध्याने मंत्रे ज्ञाने सुकर्मसु
Dans le jeu, l’étude, le rire, le sommeil, à l’écoute ou à la contemplation du chant; en voyage, assis, dans la méditation; dans le mantra, la connaissance et l’accomplissement des bonnes œuvres—que l’esprit demeure éveillé au Sacré.
Verse 12
पश्यत्येवं वदत्येवं जगन्नाथं जनार्दनम् । स ध्यायते तमेकं हि विश्वनाथं महेश्वरम्
Ainsi, voyant ainsi et parlant ainsi de Jagannātha, de Janārdana, il médite sur l’Unique: Viśvanātha, le Grand Seigneur, Maheśvara.
Verse 13
तृणे काष्ठे च पाषाणे शुष्के सार्द्रे हि केशवम् । पश्यत्येवं स धर्मात्मा गोविंदं कमलेक्षणम्
Dans l’herbe, le bois et la pierre—qu’ils soient secs ou humides—ainsi il contemple Keśava; l’âme droite voit Govinda, le Seigneur aux yeux de lotus.
Verse 14
आकाशे भूमिमध्ये तु पर्वतेषु वनेषु च । जले स्थले च पाषाणे जीवेष्वेव महामतिः
Dans le ciel et au sein de la terre; dans les montagnes et les forêts; dans l’eau et sur la terre ferme; dans les pierres—et, certes, dans les êtres vivants—demeure la Grande Intelligence, le principe suprême.
Verse 15
नृसिंहं पश्यते विप्रः सुव्रतः सुमनासुतः । बालक्रीडां समासाद्य रमत्येवं दिनेदिने
Le brāhmane Suvrata, fils de Sumanā, contemple Narasiṁha; et, prenant le jeu d’un enfant, il se réjouit ainsi jour après jour.
Verse 16
गीतैश्च गायते कृष्णं सुरागैर्मधुराक्षरैः । तालैर्लयसमायुक्तैः सुस्वरैर्मूर्च्छनान्वितैः
Et par des chants ils célèbrent Kṛṣṇa—sur de nobles mélodies aux syllabes suaves—accompagnées de mesure et de tempo, aux belles notes, enrichies de modes musicaux.
Verse 17
सुव्रत उवाच । ध्यायंति वेदविदुषः सततं सुरारिं यस्यांगमध्ये सकलं हि विश्वम् । योगेश्वरं सकलपापविनाशनं च व्रजामि शरणं मधुसूदनस्य
Suvrata dit : Je prends refuge en Madhusūdana, sans cesse contemplé par les connaisseurs des Veda, ennemi des ennemis des dieux ; en le corps duquel demeure vraiment l’univers entier ; Seigneur du Yoga et destructeur de tous les péchés.
Verse 18
लोकेषु यो हि सकलेष्वनुवर्तते यो लोकाश्च यस्मिन्निवसंति सर्वे । दोषैर्विहीनमखिलैः परमेश्वरं तं तस्यैव पादयुगलं सततं नमामि
Je me prosterne sans cesse devant la paire de pieds de ce Seigneur Suprême : lui qui pénètre tous les mondes, en qui tous les mondes demeurent, et qui est entièrement exempt de toute faute.
Verse 19
नारायणं गुणनिधानमनंतवीर्यं वेदांतशुद्धमतयः प्रपठंति नित्यम् । संसारसागरमनंतमगाधदुर्गमुत्तारणार्थमखिलं शरणं प्रपद्ये
Je prends refuge en Nārāyaṇa, trésor des vertus, à la puissance infinie, que récitent sans cesse ceux dont l’intelligence est purifiée par le Vedānta. Afin de traverser l’océan sans fin du saṃsāra, profond et difficile à franchir, je m’abandonne entièrement à Lui comme refuge.
Verse 20
योगींद्र मानससरोवरराजहंसं शुद्धं प्रभावमखिलं सततं हि यस्य । तस्यैव पादयुगलं विमलं विशालं दीनस्य मेऽसुररिपो कुरु तस्य रक्षाम्
Ô Indra parmi les yogins—tel un cygne royal sur le Mānasarovara—dont l’éclat, total et toujours présent, est pur : ô ennemi des asuras, protège-moi, moi le démuni, en sauvegardant ces deux mêmes pieds, immaculés et vastes.
Verse 21
इति श्रीपद्मपुराणे पंचपंचाशत्सहस्रसंहितायां भूमिखंडे ऐंद्रे सुमनोपाख्याने एकविंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le saint Padma Purāṇa—au sein de la compilation de cinquante-cinq mille vers—dans le Bhūmi-khaṇḍa, dans la section Aindra, dans l’épisode nommé « Sumanopākhyāna », s’achève le vingt-et-unième chapitre.
Verse 22
गायाम्यहं सुरसगीतकतालमानैः श्रीरंगमेकमनिशं भुवनस्य देवम् । अज्ञाननाशकमलं च दिनेशतुल्यमानंदकंदमखिलं महिमा समेतम्
Avec les rythmes, les battements et les mesures du chant céleste, je chante sans cesse Śrī Raṅga, l’unique Seigneur des mondes : dont l’éclat est tel le soleil, qui dissipe l’impureté de l’ignorance, racine même de la béatitude, paré de toute gloire.
Verse 23
संपूर्णमेवममृतस्यकलानिधानं तं गीतकौशलमनन्यरसैः प्रगाये । युक्तं स्वयोगकरणैः परमार्थदृष्टिं विश्वं स पश्यति चराचरमेव नित्यम्
Ainsi, d’un goût unique et d’un cœur sans partage, qu’on Le chante : trésor parfait du nectar de l’essence immortelle, maîtrise même du chant sacré. Uni aux disciplines de son propre yoga et doté de la vision de la vérité suprême, le dévot voit sans cesse l’univers entier—mobile et immobile—tel qu’il est en vérité.
Verse 24
पश्यंति नैव यमिहाथ सुपापलोकास्तं केशवं शरणमेवमुपैति नित्यम्
Ici, même les plus pécheurs ne voient pas Yama ; car celui qui, ainsi, prend sans cesse refuge en Keśava.
Verse 25
कराभ्यां वाद्यमानस्तु तालं तालसमन्वितम् । गीतेनगायते कृष्णं बालकैः सह मोदते
Battant la mesure des deux mains et soutenant le rythme par des claquements, il chante Kṛṣṇa en chant, et se réjouit avec les enfants.
Verse 26
एवं क्रीडारतो नित्यं बालभावेन वै तदा । सुव्रतः सुमनापुत्रो विष्णुध्यानपरायणः
Ainsi, en ce temps-là, Suvrata, fils de Sumanā, se plaisait sans cesse au jeu avec une âme d’enfant, et pourtant demeurait tout entier voué à la méditation sur Viṣṇu.
Verse 27
क्रीडमानं प्राह माता सुव्रतं चारुलक्षणम् । भोजनं कुरु मे वत्स क्षुधा त्वां परिपीडयेत्
Le voyant jouer, la mère dit à Suvrata, son enfant bien élevé aux traits gracieux : «Mange, mon fils chéri, de peur que la faim ne te tourmente».
Verse 28
तामुवाच पुनः प्राज्ञः सुमना मातरं पुनः । महामृतेन तृप्तोस्मि हरिध्यानरसेन वै
Alors le sage Suvrata s’adressa de nouveau à sa mère Sumanā : «Vraiment, je suis rassasié, comblé par le grand nectar, l’essence bienheureuse de la méditation sur Hari».
Verse 29
भोजनासनमारूढो मिष्टमन्नं प्रपश्यति । इदमन्नं स्वयं विष्णुरात्मा ह्यन्नं समाश्रितः
Assis sur le siège du repas, il contemple la nourriture douce. Car cette nourriture est véritablement Viṣṇu Lui-même ; le Soi, en vérité, demeure soutenu par la nourriture.
Verse 30
आत्मरूपेण यो विष्णुरनेनान्नेन तृप्यतु । क्षीरसागरसंवासो यस्यैव परिसंस्थितः
Que ce Viṣṇu—présent ici sous la forme du Soi—soit satisfait par cette offrande de nourriture, Lui dont la demeure est solidement établie dans l’Océan de Lait.
Verse 31
जलेनानेन पुण्येन तृप्तिमायातु केशवः । तांबूलचंदनैर्गंधैरेभिः पुष्पैर्मनोहरैः
Que Keśava soit comblé par cette offrande d’eau méritoire, et par ces fleurs ravissantes, avec les parfums du bétel et du bois de santal.
Verse 32
आत्मस्वरूपेण तृप्तस्तृप्तिमायातु केशवः । शयने याति धर्मात्मा तदा कृष्णं प्रचिंतयेत्
Que Keśava, éternellement comblé en Sa propre nature véritable, accorde la paix du contentement. Quand l’homme juste s’étend pour dormir, qu’alors il médite sur Kṛṣṇa.
Verse 33
योगनिद्रान्वितं कृष्णं तमहं शरणं गतः । भोजनाच्छादनेष्वेवमासने शयने द्विजः
Je prends refuge en Kṛṣṇa, plongé dans le sommeil yogique. Ainsi, ô brāhmaṇa, pour la nourriture et le vêtement, et de même pour le siège et la couche, agis dans cet esprit de refuge.
Verse 34
चिंतयेद्वासुदेवं तं तस्मै सर्वं प्रकल्पयेत् । तारुण्यं प्राप्य धर्मात्मा कामभोगान्विहाय वै
Qu’il médite sur ce Vāsudeva et Lui dédie toute chose. Parvenu à la jeunesse, l’homme au cœur juste doit, en vérité, renoncer aux jouissances des plaisirs des sens.
Verse 35
स युक्तः केशवध्याने वैडूर्यपर्वतोत्तमे । यत्र सिद्धेश्वरं लिंगं वैष्णवं पापनाशनम्
Absorbé dans la méditation de Keśava, il demeura sur l’excellent mont Vaiḍūrya, où se trouve le Liṅga de Siddheśvara, voué à Viṣṇu et destructeur des péchés.
Verse 36
रुद्रमोंकारसंज्ञं च ध्यात्वा चैव महेश्वरम् । ब्रह्मणा वर्द्धितं देवं नर्मदादक्षिणे तटे
En méditant sur Maheśvara, connu comme le Rudra-Om̐kāra, qu’on adore cette Divinité exaltée par Brahmā, sur la rive méridionale de la Narmadā.
Verse 37
सिद्धेश्वरं समाश्रित्य तपोभावं व्यचिंतयत्
Ayant pris refuge en Siddheśvara, il contempla la discipline et l’élan intérieur de l’austérité (tapas).