
Sūta raconte qu’après l’enseignement antérieur de Sanaka sur le jour d’observance sacrée de Hari, Nārada demande un exposé bien ordonné du vœu le plus méritoire, puis étend sa question aux règles de varṇa, aux devoirs des āśrama et aux procédures de prāyaścitta (expiation). Sanaka répond que l’impérissable Hari est honoré par une conduite accordée au varṇāśrama. Il définit les quatre varṇa et les trois groupes de dvija établis par l’upanayana ; il insiste sur l’adhésion au svadharma et aux rites domestiques (gṛhya), et n’admet la coutume régionale que si elle ne contredit pas la smṛti. Il énumère les pratiques à éviter ou à restreindre au Kali-yuga (dont certains sacrifices et rites exceptionnels) et avertit que l’abandon du svadharma mène à l’hétérodoxie. Sanaka résume ensuite les devoirs du brāhmaṇa, du kṣatriya, du vaiśya et du śūdra, énonce des vertus universelles (simplicité, joie, patience, humilité) et explique la progression des āśrama comme moyen d’atteindre le dharma suprême. Le chapitre se clôt en louant le karma-yoga uni à la bhakti envers Viṣṇu comme voie vers la demeure suprême sans retour.
Verse 1
सूत उवाच । एतन्निशम्य सनकोदितमप्रमेयं पुण्यं हरेर्दिनभवं निखिलोत्तमं च । पापौघशांतिकरणं व्रतसारमेवं ब्रह्मात्मजः पुनरभाषत हर्षयुक्तः ॥ १ ॥
Sūta dit : Ayant entendu cet enseignement incommensurable et souverainement auspicious, prononcé par Sanaka—au sujet du jour sacré d’observance de Hari, le meilleur de tous, et l’essence des vœux qui apaise les flots de péché—le fils de Brahmā parla de nouveau, rempli de joie.
Verse 2
नारद उवाच । कथितं भवता सर्वं मुने तत्त्वार्थकोविद । व्रताख्यानं महापुण्यं यथावद्धरिभक्तिदम् ॥ २ ॥
Nārada dit : Ô sage, connaisseur du sens véritable du tattva, tu as tout expliqué. À présent, raconte selon la juste règle le récit du vœu, d’un très grand mérite, car il confère la bhakti envers Hari (Viṣṇu).
Verse 3
इदानीं श्रोतुमिच्छामि वर्णाचचारविधिं मुने । तथा सर्वाश्रमाचारं प्रायश्चित्तविधिं तथा ॥ ३ ॥
À présent, ô sage, je désire entendre les règles prescrites de conduite pour les varṇa, ainsi que les devoirs de tous les āśrama, et aussi les procédures de prāyaścitta (expiation).
Verse 4
एतत्सर्वं महाभाग सर्वतत्त्वार्थकोविद । कृपया परया मह्यं यथावद्वक्तुमर्हसि ॥ ४ ॥
Ô illustre, connaisseur du sens de tous les principes : par suprême compassion, daigne m’exposer tout cela correctement, dans l’ordre convenable.
Verse 5
सनक उवाच । श्रृणुष्व मुनिशार्दूल यथा भक्तप्रियंकरः । वर्णाश्रमाचारपरैः पूज्यते हरिरव्ययः ॥ ५ ॥
Sanaka dit : « Écoute, ô tigre parmi les sages, comment l’impérissable Hari—qui réjouit Ses dévots—est vénéré par ceux qui s’attachent à la juste conduite des varṇa et des āśrama. »
Verse 6
मन्वाद्यैरुदितं यच्च वर्णाश्रमनिबन्धनम् । तत्ते वक्ष्यामि विधिवद्भक्तोऽसि त्वमधोक्षजे ॥ ६ ॥
Cette règle de conduite des varṇa et des āśrama, enseignée par Manu et d’autres sages, je vais te l’exposer selon la juste ordonnance ; car tu es dévot d’Adhokṣaja, le Seigneur au-delà des sens.
Verse 7
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्राश्चत्वार एव ते । वर्णा इति समाख्याता एतेषु ब्राह्मणोऽधिकः ॥ ७ ॥
Brahmanes, kṣatriya, vaiśya et śūdra : tels sont bien les quatre. On les nomme collectivement les varṇa ; et parmi eux, le brahmane est tenu pour le premier.
Verse 8
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्या द्विजाः प्रोक्तास्त्रयस्तथा । मातृतश्चोपनयनाद्दिजत्वं प्राप्यते त्रिभिः ॥ ८ ॥
Brahmanes, kṣatriya et vaiśya : ces trois-là sont dits « dvija », les “deux fois nés”. Pour eux, l’état de dvija s’obtient par le rite d’upanayana (initiation sacrée), selon les prescriptions liées à la mère.
Verse 9
एतैर्वर्णैः सर्वधर्माः कार्या वर्णानुरुपतः । स्ववर्णधर्मत्यागेन पाषंडः प्रोच्यते बुधैः ॥ ९ ॥
Selon ces varṇa, tous les devoirs doivent être accomplis d’une manière conforme à son propre varṇa. Celui qui abandonne le dharma de son varṇa est déclaré par les sages pāṣaṇḍa (déviant/hétérodoxe).
Verse 10
स्वगृह्यचोदितं कर्मद्विजः कुर्वन्कृती भवेत् । अन्यथा पतितो भूयात्सर्वधर्मबहिष्कृतः ॥ १० ॥
Le dvija (deux fois né), en accomplissant les actes prescrits par sa propre tradition Gṛhya, devient accompli ; autrement, il tombe (patita) et se voit exclu de toute observance du dharma.
Verse 11
युगधर्मः परिग्राह्यो वेर्णैरेतैर्यथोचितम् । देशाचारास्तथाग्राह्याः स्मृतिधर्माविरोधतः ॥ ११ ॥
Le dharma propre à chaque yuga doit être adopté par ces varṇa selon ce qui leur convient. De même, les usages locaux doivent être acceptés, pourvu qu’ils ne contredisent pas le dharma enseigné dans les Smṛti.
Verse 12
कर्मणा मनसा वाचा यत्नाद्धर्म्मं समाचरेत् । अस्वर्ग्यं लोकविद्विष्टं धर्म्यमप्याचरेन्नतु ॥ १२ ॥
Par l’action, la pensée et la parole, qu’on s’applique avec effort à pratiquer le dharma. Mais qu’on n’accomplisse pas, fût-ce ‘juste’ en apparence, ce qui ne mène pas au ciel et que le monde réprouve (car il viole l’ordre moral).
Verse 13
समुद्रयात्रास्वीकारः कमंडलुविधारणम् । द्विजानामसवर्णासु कन्यासूपयमस्तथा ॥ १३ ॥
Le refus (ou l’évitement) des voyages par mer, le port du kamaṇḍalu (la cruche d’eau du mendiant), et aussi le mariage des hommes dvija avec des jeunes filles d’un autre varṇa (upayama) : voilà ce qui est indiqué ici.
Verse 14
देवराच्च सुतोत्पत्तिर्मधुपर्के पशोर्वधः । मांसादनं तथा श्राद्धे वानप्रस्थाश्रमस्तथा ॥ १४ ॥
Engendrer un fils par le devara (frère du mari), immoler un animal pour l’offrande de madhuparka, manger de la viande lors du rite de śrāddha, et de même la discipline de l’āśrama de vānaprastha (demeurant en forêt) — tout cela doit être compris selon les cadres rituels prescrits.
Verse 15
दत्ताक्षतायाः कन्यायाः पुनर्दानं वराय च । नैष्टिकं ब्रह्मचर्यं च नरमेधाश्चमेधकौ ॥ १५ ॥
Redonner en mariage une jeune fille déjà donnée officiellement (par le rite de l’akṣata), et la donner de nouveau à un autre époux; de même le vœu rigide de brahmacarya à vie; et les sacrifices nommés naramedha et medha — en ce contexte, tout cela est énuméré comme de graves fautes, dignes de réprobation.
Verse 16
महाप्रस्थानगमनं गोमेधश्च तथा मखः । एतान्धर्मान्कलियुके वर्ज्यानाहुर्मनीषिणः ॥ १६ ॥
Le grand rite du mahāprasthāna (marcher vers le départ ultime), le sacrifice de la vache appelé gomedha, et certains rites sacrificiels (makha) — les sages déclarent que ces formes de dharma doivent être évitées à l’âge de Kali.
Verse 17
देशाचाराः परिग्राह्यास्तत्तद्देशगतैर्नरैः । अन्यथा पतितो ज्ञेयः सर्वधर्मबहिष्कृतः ॥ १७ ॥
Les hommes doivent adopter les usages du pays où ils résident, tels que les pratiquent ceux qui y vivent. Autrement, on doit les tenir pour déchus (patita), exclus de toute observance du dharma.
Verse 18
ब्राह्मणक्षत्रियविशां शूद्राणां च द्विजोत्तमा । क्रियाः सामान्यतो वक्ष्ये तच्छृणुष्व समाहितः ॥ १८ ॥
Ô meilleur des dvija, je vais maintenant exposer, d’une manière générale, les devoirs et pratiques prescrites en commun aux brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas et śūdras. Écoute avec l’esprit recueilli.
Verse 19
दानं दद्याद्ब्राह्मणेभ्यस्तथा यज्ञैर्यजेत्सुरान् । वृत्त्यर्थं याचयेच्चैव अन्यानध्यापयेत्तथा ॥ १९ ॥
Qu’on fasse l’aumône aux brāhmanes et, de même, qu’on honore les dieux par les sacrifices (yajña). Pour assurer sa subsistance, on peut aussi mendier et enseigner aux autres.
Verse 20
याजयेद्यजने योग्यान्विप्रो नित्योदकी भवेत् । कुर्य्याच्च वेदग्रहणं तथाग्रेश्च परिग्रहम् ॥ २० ॥
Le brāhmane doit officier les yajña pour ceux qui y sont aptes ; qu’il demeure toujours purifié par l’eau (ablutions quotidiennes). Qu’il étudie et retienne le Veda, et qu’il reçoive la dakṣiṇā (honoraires/dons) selon l’usage établi.
Verse 21
ग्राह्ये द्र्व्ये च पारक्ये समबुद्धिर्भवेत्तथा । सर्वलोकहितं कृर्यान्मृदुवाक्यमुदीरयेत् ॥ २१ ॥
Qu’il garde une égale sérénité, qu’il s’agisse de ce qu’il convient d’accepter ou du bien d’autrui. Qu’il agisse pour le bien de tous les êtres et qu’il prononce des paroles douces.
Verse 22
ऋतावभिगमः पत्न्यां शस्यते ब्राह्मणस्य वै । न कस्याप्यहितं ब्रूयाद्विष्णुपूजापरो भवेत् ॥ २२ ॥
Pour un brāhmane, s’unir à son épouse seulement au temps convenable est véritablement louable. Qu’il ne dise rien qui nuise à quiconque et qu’il soit voué au culte de Viṣṇu.
Verse 23
दद्याद्दानानि विप्रेभ्यः क्षत्रियोऽपि द्विजोत्तम । कुर्य्याच्च वेदग्रहणं यज्ञैर्द्देवान्यजेत्तथा ॥ २३ ॥
Ô meilleur des deux-fois-nés, le kṣatriya aussi doit offrir des dons aux brāhmanes. Qu’il entreprenne également l’étude du Veda et qu’il honore les dieux par les yajña.
Verse 24
शस्त्राजीवी भवेच्चैव पालयेद्धर्मतो महीम् । दुष्टानां शासनं कुर्य्याच्छिष्टानां पालनं तथा ॥ २४ ॥
Qu’il vive du métier des armes et, selon le dharma, protège la terre. Qu’il châtie les méchants et, de même, sauvegarde les disciplinés et vertueux.
Verse 25
पाशुपाल्यं च वाणिज्यं कृंषिश्च द्विजसत्तम । वेदस्याध्ययनं चैव वैश्यस्यापि प्रकीर्त्तितम् ॥ २५ ॥
Ô meilleur des deux-fois-nés, l’élevage du bétail, le commerce et l’agriculture sont déclarés comme devoirs ; et l’étude du Veda est aussi prescrite au vaiśya.
Verse 26
कुर्याच्च दारग्रहणं धर्माश्चैव समाचरेत् । क्रयविक्रयजर्वापि धनैः कारुक्रियोद्भवैः ॥ २६ ॥
Qu’il prenne aussi épouse et accomplisse comme il se doit les devoirs du dharma ; et qu’il s’adonne également à l’achat et à la vente, avec des richesses issues d’un labeur artisanal honnête.
Verse 27
दद्याद्दानानि शूद्रोऽपि पाकयज्ञैर्यजेन्न च । ब्राह्मणक्षत्रियविशां शुश्रूषानि रतो भवेत् ॥ २७ ॥
Même un śūdra doit faire des dons ; mais il ne doit pas accomplir des sacrifices exigeant les rites védiques d’offrandes cuites. Qu’il se voue plutôt au service des brāhmaṇas, kṣatriyas et vaiśyas.
Verse 28
ऋतुकालाभिगामीच स्वदारेषु भवेत्तथा । सर्वलोकहितोषित्वं मंगलं प्रियवादिता ॥ २८ ॥
Qu’il ne s’unisse à sa propre épouse qu’en la saison convenable ; et qu’il se réjouisse du bien de tous—auspicieux dans sa conduite et doux dans sa parole.
Verse 29
अनायासो मनोहर्षस्तितिक्षा नातिमानिता । सामान्यं सर्ववर्णानां मुनिभिः परिकीर्तितम् ॥ २९ ॥
La simplicité sans peine, la joie intérieure, la patience et l’absence d’orgueil excessif : tels sont, disent les sages muni, les vertus communes à tous les varṇa.
Verse 30
सर्वे च मुनितां यांति स्वाश्रमोचितकर्मणा । ब्राह्मणः क्षत्रियाचारमाश्रयेदापदि द्विज ॥ ३० ॥
Tous parviennent à l’état des muni en accomplissant les devoirs convenant à leur propre āśrama. Mais en temps de détresse, ô dvija, un brāhmaṇa peut adopter la conduite d’un kṣatriya.
Verse 31
क्षत्रियोऽपि च विड्वृत्तिमत्यापदि समाश्रयेत् । नाश्रयेच्छूद्रवृत्तिं तु अत्यापद्यपि वै द्विजः ॥ ३१ ॥
Même un kṣatriya, dans une détresse extrême, peut prendre le moyen de subsistance d’un vaiśya ; mais un dvija ne doit pas adopter celui d’un śūdra, fût-ce dans la plus dure adversité.
Verse 32
यद्याश्रयेद्दिजो मूढस्तदा चांडासतां व्रजेत् । ब्राह्मणक्षत्रियविशां त्रयाणां मुनिसत्तम ॥ ३२ ॥
Si un dvija, dans son égarement, cherche refuge en un appui indigne, il tombe alors à l’état de caṇḍāla. Ô meilleur des muni, cela est dit au sujet des trois varṇa : brāhmaṇa, kṣatriya et vaiśya.
Verse 33
चत्वार आश्रमाः प्रोक्ताः पंचमो नोपपद्यते । ब्रह्मचारी गृही वानप्रस्थो भिक्षुश्च सत्तम ॥ ३३ ॥
Quatre āśramas sont enseignés ; un cinquième ne convient pas. Ce sont : le brahmacārin (étudiant chaste), le gṛhastha (maître de maison), le vānaprastha (habitant de la forêt) et le bhikṣu (mendiant renonçant), ô le meilleur des vertueux.
Verse 34
चतुर्भिराश्रमैरेभिः साध्यते धर्म उत्तमः । विष्णुस्तुष्यति विप्रेंद्र कर्मयोगरतात्मनः ॥ ३४ ॥
Par ces quatre āśramas s’accomplit le dharma suprême ; ô le meilleur des brāhmaṇas, Viṣṇu se réjouit de celui dont l’esprit est voué au Karma-yoga.
Verse 35
निःस्पृहाशांतमनसः स्वकर्मनिरतस्य च । ततो याति परं स्थानं यतो नावर्त्तते पुनः ॥ ३५ ॥
Celui qui est sans convoitise, l’esprit apaisé, et demeurant fidèle à son devoir propre, atteint la demeure suprême, d’où l’on ne revient plus.
Because the text frames svadharma and one’s inherited ritual discipline (gṛhya) as the stabilizing basis of dharmic identity; abandoning them is treated as pāṣaṇḍa-like deviation that disrupts both social order and the devotional aim of worshipping Hari through regulated karma.
It presents a yuga-sensitive dharma: certain severe, exceptional, or archaic rites (especially those involving extreme vows or sacrificial categories) are declared avoidable in Kali, while dharma is redirected toward attainable conduct—ethical speech, restraint, service, gifts, and Viṣṇu-centered karma-yoga.
The four āśramas are taught as the complete framework by which highest dharma is fulfilled; when performed without craving and with tranquility, they culminate in karma-yoga that pleases Viṣṇu and leads to the supreme abode (non-return).