
Īśvara-gītā: The Supreme Lord as Brahman, the Source of Creation, and the Inner Self
Clôturant le septième chapitre, Īśvara annonce un enseignement plus secret encore pour franchir le saṃsāra. Il se révèle comme le Brahman non duel—paisible, éternel, sans tache—puis explique la manifestation par Māyā : en déposant la semence dans le « sein » du vaste Brahman naissent Pradhāna et Puruṣa, Mahat, bhūtādi, les tanmātras, les mahābhūtas et les indriyas, jusqu’à l’Œuf cosmique resplendissant et la naissance de Brahmā, investi par la śakti divine. Bien qu’Il pénètre tous les êtres, ceux-ci ne reconnaissent pas leur Père à cause de l’illusion. Le chapitre se tourne ensuite vers la vision salvatrice : le vrai voyant contemple le Seigneur impérissable demeurant également en tous les êtres ; ainsi il évite de se nuire et atteint la transcendance. Il présente une sotériologie technique—sept principes subtils (tanmātras, mental, soi) et le « système sextuple » de Mahādeva—définissant l’asservissement comme la mauvaise application (viniyoga) de Pradhāna. L’enseignement culmine en une théologie unitive : au-delà de la puissance latente de prakṛti se tient l’unique Maheśvara suprême, décrit par six attributs essentiels, à la fois un et multiple dans le discours, et réalisé dans la « grotte secrète » du cœur comme le but suprême ; le mouvement suivant conduit naturellement à la réalisation disciplinée (yoga/jñāna) fondée sur cette vision non duelle et harmonisante d’Īśvara.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे (ईश्वरगीतासु) सप्तमो ऽध्यायः ईश्वर उवाच अन्यद् गुह्यतमं ज्ञानं वक्ष्ये ब्राह्मणपुङ्गवाः / येनासौ तरते जन्तुर्घोरं संसारसागरम्
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la compilation de six mille vers, dans la section ultérieure—au sein de l’Īśvara-gītā—s’achève le septième chapitre. Īśvara dit : « Ô vous, les plus éminents parmi les brāhmaṇas, je vais maintenant exposer un autre enseignement, le plus secret, par lequel l’être incarné traverse l’effrayant océan du saṃsāra. »
Verse 2
अहं ब्रह्ममयः शान्तः शाश्वतो निर्मलो ऽव्ययः / एकाकी भगवानुक्तः केवलः परमेश्वरः
Je suis de la nature même de Brahman : paisible, éternel, sans tache et impérissable. Je suis l’Unique sans second, nommé Bhagavān : le seul Parameśvara, Souverain suprême et absolu.
Verse 3
मम योनिर्महद् ब्रह्म तत्र गर्भं दधाम्यहम् / मूलं मायाभिधानं तु ततो जातमिदं जगत्
Mon sein est le vaste Brahman (mahad-brahma) ; en lui je dépose la semence. Cette racine est appelée Māyā ; d’elle naît cet univers tout entier.
Verse 4
प्रधानं पुरुषो ह्यत्मा महान् भूतादिरेव च / तन्मात्राणि महाभूतानीन्द्रियाणि च जज्ञिरे
Apparurent Pradhāna (la Nature primordiale), Puruṣa (le principe conscient), l’Ātman, Mahān (Mahat, le Grand principe) et bhūtādi (l’origine des éléments) ; et de là naquirent les tanmātras (éléments subtils), les mahābhūtas (grands éléments) et les indriyas (facultés des sens).
Verse 5
ततो ऽण्डमभवद्धैमं सूर्यकोटिसमप्रभम् / तस्मिन् जज्ञे महाब्रह्मा मच्छक्त्या चोपबृंहितः
Alors surgit l’Œuf cosmique d’or, resplendissant comme dix millions de soleils. En son sein naquit le grand Brahmā, affermi et vivifié par Ma propre śakti divine.
Verse 6
ये चान्ये बहवो जीवा मन्मयाः सर्व एव ते / न मां पश्यन्ति पितरं मायया मम मोहिताः
Et les innombrables autres êtres—oui, tous sans exception—sont pénétrés de Moi ; mais, abusés par Ma Māyā, ils ne Me voient pas, Moi leur Père, la source primordiale.
Verse 7
याश्च योनिषु सर्वासु संभवन्ति हि मूर्तयः / तासां माया परा योनिर्मामेव पितरं विदुः
Quelles que soient les formes incarnées qui naissent de tous les ventres et de toutes les sources de génération, pour elles Ma Māyā suprême est la matrice supérieure ; et elles savent que Moi seul suis le Père.
Verse 8
यो मामेवं विजानाति बीजिनं पितरं प्रभुम् / स धीरः सर्वलोकेषु न मोहमधिगच्छति
Celui qui Me connaît ainsi comme le porteur de la semence, le Père et le Seigneur souverain, celui-là, sage et inébranlable, ne tombe pas dans l’illusion, en aucun monde.
Verse 9
ईशानः सर्वविद्यानां भूतानां परमेश्वरः / ओङ्कारमूर्तिर्भगवानहं ब्रह्मा प्रजापतिः
Je suis Īśāna, seigneur de toutes les sciences et connaissances, le Paramēśvara de tous les êtres. Je suis le Bhagavān dont la forme est l’Oṃkāra ; Je suis Brahmā, Prajāpati, le géniteur des créatures.
Verse 10
समं सर्वेषु भूतेषु तिष्ठन्तं परमेश्वरम् / विनश्यत्स्वविनश्यन्तं यः पश्यति स पश्यति
Il voit véritablement celui qui contemple le Parameśvara, le Seigneur Suprême, demeurant également en tous les êtres—impérissable au milieu de ce qui périt.
Verse 11
समं पश्यन् हि सर्वत्र समवस्थितमीश्वरम् / न हिनस्त्यात्मनात्मानं ततो याति पराङ्गतिम्
Car celui qui voit l’Īśvara établi également partout ne blesse pas le Soi par l’ego ; de cette juste vision il atteint la suprême transcendance.
Verse 12
विदित्वा सप्त सूक्ष्माणि षडङ्गं च महेश्वरम् / प्रधानविनियोगज्ञः परं ब्रह्माधिगच्छति
Ayant réalisé les sept principes subtils et reconnu Mahādeva comme le Seigneur pourvu du système sextuple, le connaisseur de la juste application du Pradhāna atteint le Brahman Suprême.
Verse 13
सर्वज्ञता तृप्तिरनादिबोधः स्वतन्त्रता नित्यमलुप्तशक्तिः / अनन्तशक्तिश्च विभोर्विदित्वा षडाहुरङ्गानि महेश्वरस्य
Ayant compris que le Vibhu, le Seigneur qui pénètre tout, possède l’omniscience, la plénitude parfaite, la connaissance sans commencement, l’indépendance absolue, une puissance jamais défaillante et une énergie infinie—ces six sont proclamés comme les attributs essentiels de Maheshvara.
Verse 14
तन्मात्राणि मन आत्मा च तानि सूक्ष्माण्याहुः सप्त तत्त्वात्मकानि / या सा हेतुः प्रकृतिः सा प्रधानं बन्धः प्रोक्तो विनियोगो ऽपि तेन
Les tanmātras, le mental (manas) et l’ātman—on les dit subtils, constituant en essence sept principes. Cette Nature causale (prakṛti) est appelée Pradhāna ; et l’entrave (bandha) est dite provenir d’une mauvaise application (viniyoga) par son entremise.
Verse 15
या सा शक्तिः प्रकृतौ लीनरूपा वेदेषूक्ता कारणं ब्रह्मयोनिः / तस्या एकः परमेष्ठी परस्ता- न्महेश्वरः पुरुषः सत्यरूपः
Cette Puissance, demeurant latente et fondue en Prakṛti—proclamée par les Veda comme la Cause, le sein d’où naît Brahmā—de cette (Puissance) procède l’Unique Seigneur suprême au-delà de tout : Maheśvara, le Puruṣa transcendant dont la nature est Vérité.
Verse 16
ब्रह्मा योगी परमात्मा महीयान् व्योमव्यापी वेदवेद्यः पुराणः / एको रुद्रो मृत्युरव्यक्तमेकं बीजं विश्वं देव एकः स एव
Il est Brahmā, le Yogi suprême, le Paramātman—immense et pénétrant tout comme l’espace—connaissable par les Veda, l’Ancien. Lui seul est Rudra ; il est la Mort ; il est l’Unique Non-manifesté ; il est la semence et l’univers. Ce Dieu unique—c’est lui, en vérité, tout cela.
Verse 17
तमेवैकं प्राहुरन्ये ऽप्यनेकं त्वेकात्मानं केचिदन्यत्तथाहुः / अणोरणीयान् महतो ऽसौ महीयान् महादेवः प्रोच्यते वेदविद्भिः
Les uns le proclament l’Unique ; d’autres, au contraire, parlent de lui comme de multiples. Certains l’appellent l’unique Soi de tous ; d’autres le décrivent comme distinct. Plus petit que le plus petit et plus grand que le plus grand—les connaisseurs du Veda le nomment Mahādeva.
Verse 18
एवं हि यो वेद गुहाशयं परं प्रभुं पुराणं पुरुषं विश्वरूपम् / हिरण्मयं बुद्धिमतां परां गतिं स बुद्धिमान् बुद्धिमतीत्य तिष्ठति
Ainsi, quiconque connaît en vérité le Seigneur suprême demeurant dans la caverne secrète du cœur—l’antique Puruṣa souverain à la forme universelle—rayonnant comme l’or et but suprême des sages, celui-là devient vraiment sage et, ayant atteint l’intelligence parfaite, demeure établi dans cette réalisation.
It presents manifestation through Māyā: from Pradhāna and Puruṣa arise Mahat and bhūtādi, then tanmātras, mahābhūtas, and indriyas, followed by the golden cosmic Egg within which Brahmā is born—an emanation schema used to orient the seeker toward liberation rather than mere cosmography.
The Lord is declared the imperishable Brahman equally abiding in all beings; delusion arises from Māyā, but the wise who recognize the Supreme as the indwelling Self and the seed-bearing Father do not fall into error and attain transcendence.
The chapter enumerates six essential qualities: omniscience, perfect contentment, beginningless knowledge, absolute independence, unfailing power, and infinite potency—presented as defining attributes for understanding Maheśvara as the Supreme.
Bondage is framed as a distorted engagement of primordial Nature (Pradhāna/Prakṛti), whereby consciousness becomes entangled with its evolutes (mind, senses, elements); correct knowledge and yogic discernment reverse this misapplication and lead to realization of the Supreme Brahman.