
Ṛṣabhadeva Instructs His Sons: Tapasya, Mahātmā-Sevā, and Cutting the Heart-Knot
Poursuivant l’arc Ṛṣabhadeva–Bharata, ce chapitre quitte le cadre royal pour une instruction spirituelle décisive destinée à préparer les fils du Seigneur à la fois au gouvernement et à la délivrance. Ṛṣabhadeva oppose la rareté de la vie humaine à la jouissance sensorielle animale et établit la tapasya comme la porte d’une bhakti purifiée et d’une félicité éternelle. Il désigne le levier déterminant du salut — le mahātmā-sevā, le service rendu aux grandes âmes — et avertit que la fréquentation de matérialistes centrés sur le sexe mène à une servitude infernale. L’enseignement analyse comment le karma colore le mental, comment l’ignorance entretient la renaissance, et comment l’attirance homme–femme forme le « nœud du cœur » qui engendre le « moi et le mien ». Ṛṣabhadeva prescrit une discipline complète de bhakti-yoga : refuge auprès du guru, écoute et chant du Nom, équanimité, maîtrise de soi, étude des śāstras, chasteté et détachement, même vis-à-vis des moyens de libération. Il définit aussi la vraie responsabilité : nul ne devrait accepter les rôles de maître, parent ou roi sans pouvoir délivrer ses dépendants du saṁsāra. Le chapitre culmine en affirmant Sa forme sac-cid-ānanda, la révérence envers les brāhmaṇas et les Vedas, l’absence d’envie envers tous et l’engagement des sens au service. Puis Śukadeva amorce le récit de la conduite exemplaire d’avadhūta de Ṛṣabhadeva, préparant le chapitre suivant sur Son errance et les persécutions publiques.
Verse 1
ऋषभ उवाच नायं देहो देहभाजां नृलोके कष्टान् कामानर्हते विड्भुजां ये । तपो दिव्यं पुत्रका येन सत्त्वं शुद्ध्येद्यस्माद् ब्रह्मसौख्यं त्वनन्तम् ॥ १ ॥
Ṛṣabhadeva déclara : Mes fils, ayant reçu le corps humain, il ne convient pas de peiner jour et nuit pour la jouissance des sens, accessible même aux chiens et aux porcs mangeurs d’immondices. Accomplissez une austérité divine ; le cœur s’en trouve purifié et, par la bhakti-sevā, on atteint la félicité de Brahman, infinie et éternelle.
Verse 2
महत्सेवां द्वारमाहुर्विमुक्ते- स्तमोद्वारं योषितां सङ्गिसङ्गम् । महान्तस्ते समचित्ता: प्रशान्ता विमन्यव: सुहृद: साधवो ये ॥ २ ॥
Le service rendu aux mahātmās est la porte de la délivrance ; la fréquentation des compagnons de ceux qui s’attachent aux femmes et au sexe est la porte des ténèbres (de l’enfer). Les mahātmās sont égaux d’esprit, paisibles, sans colère, bienveillants envers tous, des sādhus, toujours engagés dans la bhakti-sevā.
Verse 3
ये वा मयीशे कृतसौहृदार्था जनेषु देहम्भरवार्तिकेषु॒ । गृहेषु जायात्मजरातिमत्सु न प्रीतियुक्ता यावदर्थाश्च लोके ॥ ३ ॥
Ceux qui veulent raviver la conscience de Kṛṣṇa et accroître leur amour pour Dieu n’aiment pas agir sans lien avec Kṛṣṇa. Ils ne recherchent pas la compagnie de ceux qui ne s’occupent que d’entretenir le corps. Même chefs de famille, ils ne s’attachent ni à la maison, ni à l’épouse, aux enfants, aux amis ou aux richesses ; pourtant ils n’abandonnent pas leurs devoirs et ne prennent que le nécessaire pour vivre.
Verse 4
नूनं प्रमत्त: कुरुते विकर्म यदिन्द्रियप्रीतय आपृणोति । न साधु मन्ये यत आत्मनोऽय- मसन्नपि क्लेशद आस देह: ॥ ४ ॥
Celui qui fait de la jouissance des sens le but de la vie devient assurément insensé et s’adonne à toutes sortes d’actes fautifs. Il ignore que, par ses méfaits passés, il a déjà reçu ce corps qui, bien que temporaire, est cause de souffrance. Aussi, il ne sied pas à l’homme intelligent de se replonger dans des activités de plaisir sensoriel qui l’enchaînent à corps après corps.
Verse 5
पराभवस्तावदबोधजातो यावन्न जिज्ञासत आत्मतत्त्वम् । यावत्क्रियास्तावदिदं मनो वै कर्मात्मकं येन शरीरबन्ध: ॥ ५ ॥
Tant qu’on ne s’enquiert pas de la vérité de l’ātma, on subit la défaite née de l’ignorance et ses souffrances. Qu’il soit pieux ou fautif, tout karma porte un fruit ; engagé dans le karma, le mental devient karmātmaka, et c’est ainsi que naît l’enchaînement au corps. Tant que le mental est impur, la conscience n’est pas limpide ; et tant qu’on s’attache aux résultats, on doit reprendre corps encore et encore.
Verse 6
एवं मन: कर्मवशं प्रयुङ्क्ते अविद्ययाऽऽत्मन्युपधीयमाने । प्रीतिर्न यावन्मयि वासुदेवे न मुच्यते देहयोगेन तावत् ॥ ६ ॥
Ainsi, l’être vivant, voilé par l’ignorance, asservit son mental au karma et aux actes intéressés. Tant que l’amour dévotionnel envers Moi, Vāsudeva, ne s’éveille pas, il ne se délivre pas de reprendre un corps matériel encore et encore.
Verse 7
यदा न पश्यत्ययथा गुणेहां स्वार्थे प्रमत्त: सहसा विपश्चित् । गतस्मृतिर्विन्दति तत्र तापा- नासाद्य मैथुन्यमगारमज्ञ: ॥ ७ ॥
Même savant, s’il ne voit pas tel qu’il est le jeu des guṇas et s’enivre de son intérêt personnel, il oublie son vrai bien; il se réfugie alors dans le foyer fondé sur l’union sexuelle et n’y récolte que mille tourments.
Verse 8
पुंस: स्त्रिया मिथुनीभावमेतं तयोर्मिथो हृदयग्रन्थिमाहु: । अतो गृहक्षेत्रसुताप्तवित्तै- र्जनस्य मोहोऽयमहं ममेति ॥ ८ ॥
L’attirance entre l’homme et la femme est le principe même de l’existence matérielle. De cette méprise naît le nœud du cœur, et l’on s’attache au corps, au foyer, à la terre, aux enfants, aux proches et à la richesse, en pensant : « moi » et « mien ».
Verse 9
यदा मनोहृदयग्रन्थिरस्य कर्मानुबद्धो दृढ आश्लथेत । तदा जन: सम्परिवर्ततेऽस्माद् मुक्त: परं यात्यतिहाय हेतुम् ॥ ९ ॥
Lorsque le nœud puissant du cœur, lié par les fruits du karma, se relâche, on se détourne de l’attachement au foyer, à l’épouse et aux enfants. En abandonnant la racine de l’illusion — « moi et mien » — on est libéré et l’on gagne le monde transcendant.
Verse 10
हंसे गुरौ मयि भक्त्यानुवृत्या वितृष्णया द्वन्द्वतितिक्षया च । सर्वत्र जन्तोर्व्यसनावगत्या जिज्ञासया तपसेहानिवृत्त्या ॥ १० ॥ मत्कर्मभिर्मत्कथया च नित्यं मद्देवसङ्गाद् गुणकीर्तनान्मे । निर्वैरसाम्योपशमेन पुत्रा जिहासया देहगेहात्मबुद्धे: ॥ ११ ॥ अध्यात्मयोगेन विविक्तसेवया प्राणेन्द्रियात्माभिजयेन सध्य्रक् । सच्छ्रद्धया ब्रह्मचर्येण शश्वद् असम्प्रमादेन यमेन वाचाम् ॥ १२ ॥ सर्वत्र मद्भावविचक्षणेन ज्ञानेन विज्ञानविराजितेन । योगेन धृत्युद्यमसत्त्वयुक्तो लिङ्गं व्यपोहेत्कुशलोऽहमाख्यम् ॥ १३ ॥
Ô Mes fils, prenez refuge auprès d’un maître spirituel très élevé, un paramahaṁsa, et placez en Moi, Vāsudeva, votre foi et votre amour dévotionnel. Détestez la jouissance des sens, supportez la dualité plaisir-douleur, voyez la misère des êtres en tous lieux, interrogez la vérité et pratiquez des austérités pour la bhakti. Écoutez Mes kathās, fréquentez les dévots, chantez et glorifiez Mes qualités, regardez tous les êtres avec égalité sur le plan spirituel, abandonnez l’inimitié, apaisez colère et lamentation, et renoncez à l’idée que le soi est le corps et la maison. Étudiez les Écritures, servez dans la solitude, maîtrisez prāṇa, mental et sens; ayez une foi ferme dans les Vedas, observez le brahmacarya, évitez la négligence et retenez la parole. Ainsi, par le bhakti-yoga, connaissance et réalisation resplendiront, et le faux ego sera écarté.
Verse 11
हंसे गुरौ मयि भक्त्यानुवृत्या वितृष्णया द्वन्द्वतितिक्षया च । सर्वत्र जन्तोर्व्यसनावगत्या जिज्ञासया तपसेहानिवृत्त्या ॥ १० ॥ मत्कर्मभिर्मत्कथया च नित्यं मद्देवसङ्गाद् गुणकीर्तनान्मे । निर्वैरसाम्योपशमेन पुत्रा जिहासया देहगेहात्मबुद्धे: ॥ ११ ॥ अध्यात्मयोगेन विविक्तसेवया प्राणेन्द्रियात्माभिजयेन सध्य्रक् । सच्छ्रद्धया ब्रह्मचर्येण शश्वद् असम्प्रमादेन यमेन वाचाम् ॥ १२ ॥ सर्वत्र मद्भावविचक्षणेन ज्ञानेन विज्ञानविराजितेन । योगेन धृत्युद्यमसत्त्वयुक्तो लिङ्गं व्यपोहेत्कुशलोऽहमाख्यम् ॥ १३ ॥
Ô mes fils, vous devez accepter un paramahaṁsa très élevé, un maître spirituel avancé. De cette façon, vous devez placer votre foi et votre amour en Moi, la Personnalité Suprême de la Divinité. Vous devez détester la gratification des sens.
Verse 12
हंसे गुरौ मयि भक्त्यानुवृत्या वितृष्णया द्वन्द्वतितिक्षया च । सर्वत्र जन्तोर्व्यसनावगत्या जिज्ञासया तपसेहानिवृत्त्या ॥ १० ॥ मत्कर्मभिर्मत्कथया च नित्यं मद्देवसङ्गाद् गुणकीर्तनान्मे । निर्वैरसाम्योपशमेन पुत्रा जिहासया देहगेहात्मबुद्धे: ॥ ११ ॥ अध्यात्मयोगेन विविक्तसेवया प्राणेन्द्रियात्माभिजयेन सध्य्रक् । सच्छ्रद्धया ब्रह्मचर्येण शश्वद् असम्प्रमादेन यमेन वाचाम् ॥ १२ ॥ सर्वत्र मद्भावविचक्षणेन ज्ञानेन विज्ञानविराजितेन । योगेन धृत्युद्यमसत्त्वयुक्तो लिङ्गं व्यपोहेत्कुशलोऽहमाख्यम् ॥ १३ ॥
Enquérez-vous philosophiquement de la vérité. Ensuite, subissez toutes sortes d'austérités et de pénitences pour le service de dévotion. Abandonnez l'effort pour la jouissance des sens et engagez-vous dans le service du Seigneur.
Verse 13
हंसे गुरौ मयि भक्त्यानुवृत्या वितृष्णया द्वन्द्वतितिक्षया च । सर्वत्र जन्तोर्व्यसनावगत्या जिज्ञासया तपसेहानिवृत्त्या ॥ १० ॥ मत्कर्मभिर्मत्कथया च नित्यं मद्देवसङ्गाद् गुणकीर्तनान्मे । निर्वैरसाम्योपशमेन पुत्रा जिहासया देहगेहात्मबुद्धे: ॥ ११ ॥ अध्यात्मयोगेन विविक्तसेवया प्राणेन्द्रियात्माभिजयेन सध्य्रक् । सच्छ्रद्धया ब्रह्मचर्येण शश्वद् असम्प्रमादेन यमेन वाचाम् ॥ १२ ॥ सर्वत्र मद्भावविचक्षणेन ज्ञानेन विज्ञानविराजितेन । योगेन धृत्युद्यमसत्त्वयुक्तो लिङ्गं व्यपोहेत्कुशलोऽहमाख्यम् ॥ १३ ॥
Chantez et glorifiez le Seigneur Suprême, et considérez tout le monde sur un pied d'égalité sur le plan spirituel. Abandonnez l'inimitié et maîtrisez la colère et la lamentation. Abandonnez l'identification du soi avec le corps et la maison.
Verse 14
कर्माशयं हृदयग्रन्थिबन्ध- मविद्ययासादितमप्रमत्त: । अनेन योगेन यथोपदेशं सम्यग्व्यपोह्योपरमेत योगात् ॥ १४ ॥
Comme je vous l'ai conseillé, mes chers fils, vous devez agir en conséquence. Soyez très prudents. Par ces moyens, vous serez libérés de l'ignorance de l'activité fruitive, et le nœud de l'esclavage dans le cœur sera complètement tranché.
Verse 15
पुत्रांश्च शिष्यांश्च नृपो गुरुर्वा मल्लोककामो मदनुग्रहार्थ: । इत्थं विमन्युरनुशिष्यादतज्ज्ञान् न योजयेत्कर्मसु कर्ममूढान् । कं योजयन्मनुजोऽर्थं लभेत निपातयन्नष्टदृशं हि गर्ते ॥ १५ ॥
Si l'on est sérieux au sujet de retourner à la maison, retourner à Dieu, on doit considérer la miséricorde de la Personnalité Suprême de la Divinité comme le but principal de la vie. Les gens ignorants qui s'engagent dans des activités fruitives devraient être engagés dans le service de dévotion.
Verse 16
लोक: स्वयं श्रेयसि नष्टदृष्टि- र्योऽर्थान् समीहेत निकामकाम: । अन्योन्यवैर: सुखलेशहेतो- रनन्तदु:खं च न वेद मूढ: ॥ १६ ॥
Par ignorance, l’homme matérialiste, à la vue égarée, ne connaît pas la voie bénie de son véritable bien. Lié par les désirs, il ne recherche que la jouissance des sens; pour un plaisir fugitif, il engendre une société d’envie et d’hostilité et se jette dans l’océan d’une souffrance sans fin, sans même s’en rendre compte.
Verse 17
कस्तं स्वयं तदभिज्ञो विपश्चिद् अविद्यायामन्तरे वर्तमानम् । दृष्ट्वा पुनस्तं सघृण: कुबुद्धिं प्रयोजयेदुत्पथगं यथान्धम् ॥ १७ ॥
Si quelqu’un, plongé dans l’ignorance, est attaché au chemin du saṁsāra, comment un sage compatissant, avancé en connaissance spirituelle, pourrait-il l’engager dans des actes intéressés et l’enlacer davantage? Comme un aveugle marchant sur une mauvaise route, comment un homme de bien le laisserait-il aller vers le danger?
Verse 18
गुरुर्न स स्यात्स्वजनो न स स्यात् पिता न स स्याज्जननी न सा स्यात् । दैवं न तत्स्यान्न पतिश्च स स्या- न्न मोचयेद्य: समुपेतमृत्युम् ॥ १८ ॥
Celui qui ne peut délivrer ceux qui dépendent de lui du chemin des naissances et des morts répétées ne devrait jamais devenir maître spirituel, parent, père, mère, époux ni divinité digne d’adoration.
Verse 19
इदं शरीरं मम दुर्विभाव्यं सत्त्वं हि मे हृदयं यत्र धर्म: । पृष्ठे कृतो मे यदधर्म आराद् अतो हि मामृषभं प्राहुरार्या: ॥ १९ ॥
Mon corps transcendantal ressemble à une forme humaine, mais il n’est pas matériel; il est sac-cid-ānanda-vigraha, inconcevable. Je ne suis pas contraint par la nature d’accepter un corps; je le revêts selon Ma douce volonté. Mon cœur est lui aussi spirituel: il est le siège du dharma et de la voie du bhakti; l’adharma et les actes sans dévotion, Je les ai rejetés loin de Mon cœur. Ainsi les nobles Me prient comme Ṛṣabhadeva, le Seigneur Suprême.
Verse 20
तस्माद्भवन्तो हृदयेन जाता: सर्वे महीयांसममुं सनाभम् । अक्लिष्टबुद्ध्या भरतं भजध्वं शुश्रूषणं तद्भरणं प्रजानाम् ॥ २० ॥
Ainsi, chers fils, vous êtes tous nés de Mon cœur, siège des qualités spirituelles. Ne devenez pas comme les matérialistes envieux. Avec une intelligence sans trouble, adorez et servez votre frère aîné Bharata, éminent dans le bhakti; en le servant, vous Me servez aussi, et la protection ainsi que le gouvernement des sujets s’accompliront d’eux-mêmes.
Verse 21
भूतेषु वीरुद्भ्य उदुत्तमा ये सरीसृपास्तेषु सबोधनिष्ठा: । ततो मनुष्या: प्रमथास्ततोऽपि गन्धर्वसिद्धा विबुधानुगा ये ॥ २१ ॥ देवासुरेभ्यो मघवत्प्रधाना दक्षादयो ब्रह्मसुतास्तु तेषाम् । भव: पर: सोऽथ विरिञ्चवीर्य: स मत्परोऽहं द्विजदेवदेव: ॥ २२ ॥
Au-delà de la matière inerte, les plantes porteuses de force vitale sont supérieures; au-dessus d’elles, les reptiles qui se meuvent; au-dessus, les animaux doués d’intelligence; au-dessus des animaux, les humains; au-dessus des humains, les pramathas; puis les gandharvas et les siddhas : tel est l’ordre de supériorité.
Verse 22
भूतेषु वीरुद्भ्य उदुत्तमा ये सरीसृपास्तेषु सबोधनिष्ठा: । ततो मनुष्या: प्रमथास्ततोऽपि गन्धर्वसिद्धा विबुधानुगा ये ॥ २१ ॥ देवासुरेभ्यो मघवत्प्रधाना दक्षादयो ब्रह्मसुतास्तु तेषाम् । भव: पर: सोऽथ विरिञ्चवीर्य: स मत्परोऽहं द्विजदेवदेव: ॥ २२ ॥
Parmi devas et asuras, Indra est le principal; au-dessus d’Indra se tiennent les fils directs de Brahmā, tels Dakṣa; parmi eux, le plus haut est le Seigneur Śiva; au-dessus de Śiva est Brahmā, mais Brahmā aussi M’est subordonné; Je suis le Dieu des dvijas, le Dvija-deva-deva.
Verse 23
न ब्राह्मणैस्तुलये भूतमन्यत् पश्यामि विप्रा: किमत: परं तु । यस्मिन्नृभि: प्रहुतं श्रद्धयाह- मश्नामि कामं न तथाग्निहोत्रे ॥ २३ ॥
Ô brāhmaṇas vénérables, en ce monde je ne vois nul être égal ou supérieur aux brāhmaṇas. Quand, avec foi, les hommes M’offrent la nourriture par la bouche d’un brāhmaṇa, Je la reçois avec entière satisfaction; Je ne goûte pas un tel plaisir de l’offrande jetée dans le feu de l’agnihotra.
Verse 24
धृता तनूरुशती मे पुराणी येनेह सत्त्वं परमं पवित्रम् । शमो दम: सत्यमनुग्रहश्च तपस्तितिक्षानुभवश्च यत्र ॥ २४ ॥
Les Vedas sont Mon incarnation sonore éternelle, Mon antique corps de parole, lumineux; en eux demeure le sattva le plus pur. Chez les brāhmaṇas resplendissent śama, dama, satya, anugraha, tapas, titikṣā et l’anubhava du jīva et du Seigneur Suprême.
Verse 25
मत्तोऽप्यनन्तात्परत: परस्मात् स्वर्गापवर्गाधिपतेर्न किञ्चित् । येषां किमु स्यादितरेण तेषा- मकिञ्चनानां मयि भक्तिभाजाम् ॥ २५ ॥
Je suis l’Infini, le Tout-Puissant, dispensateur de la félicité céleste et de la délivrance; pourtant les brāhmaṇas akincana, qui partagent Ma bhakti, ne Me demandent pas des jouissances. Celui qui demeure uniquement dans Mon service dévotionnel, de quoi aurait-il besoin auprès d’autrui ?
Verse 26
सर्वाणि मद्धिष्ण्यतया भवद्भि- श्चराणि भूतानि सुता ध्रुवाणि । सम्भावितव्यानि पदे पदे वो विविक्तदृग्भिस्तदु हार्हणं मे ॥ २६ ॥
Mes fils, n’enviez aucun être, qu’il soit mobile ou immobile. Sachant que Je demeure en tous, offrez à chacun le respect à chaque instant ; ainsi, c’est à Moi que vous rendez hommage.
Verse 27
मनोवचोदृक्करणेहितस्य साक्षात्कृतं मे परिबर्हणं हि । विना पुमान् येन महाविमोहात् कृतान्तपाशान्न विमोक्तुमीशेत् ॥ २७ ॥
L’activité véritable du mental, de la parole, du regard et de tous les sens est de s’engager pleinement dans Mon service. Sans cela, l’être ne peut se délivrer du grand enchevêtrement de l’existence matérielle, pareil au lien rigoureux de Yamarāja.
Verse 28
श्रीशुक उवाच एवमनुशास्यात्मजान् स्वयमनुशिष्टानपि लोकानुशासनार्थं महानुभाव: परमसुहृद्भगवानृषभापदेश उपशमशीलानामुपरतकर्मणां महामुनीनां भक्तिज्ञानवैराग्यलक्षणं पारमहंस्यधर्ममुपशिक्षमाण: स्वतनयशतज्येष्ठं परमभागवतं भगवज्जनपरायणं भरतं धरणिपालनायाभिषिच्य स्वयं भवन एवोर्वरितशरीरमात्रपरिग्रह उन्मत्त इव गगनपरिधान: प्रकीर्णकेश आत्मन्यारोपिताहवनीयो ब्रह्मावर्तात्प्रवव्राज ॥ २८ ॥
Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi, le Seigneur Ṛṣabhadeva, grand bienfaiteur de tous, instruisit Ses propres fils afin d’offrir un exemple au monde. Ces enseignements instruisent aussi les grands munis, apaisés et affranchis des actes intéressés, dans le dharma du paramahaṁsa, marqué par la bhakti, la connaissance et le détachement. Puis le Seigneur intronisa Son fils aîné, Bharata—un bhāgavata éminent, dévoué aux vaiṣṇavas—pour gouverner la terre. Ensuite, bien qu’encore au foyer, Il vécut comme un insensé : nu, les cheveux épars ; recueillant en Lui le feu sacrificiel, Il quitta Brahmāvarta pour parcourir le monde entier.
Verse 29
जडान्धमूकबधिरपिशाचोन्मादकवदवधूतवेषोऽभिभाष्यमाणोऽपि जनानां गृहीतमौनव्रतस्तूष्णीं बभूव ॥ २९ ॥
Ayant adopté l’aspect d’un avadhūta, le Seigneur Ṛṣabhadeva traversa la société humaine comme un aveugle, un sourd-muet, une pierre inerte, un fantôme ou un insensé. Bien que les gens l’interpellent ainsi, Il observa le vœu de silence et ne parla à personne.
Verse 30
तत्र तत्र पुरग्रामाकरखेटवाटखर्वटशिबिरव्रजघोषसार्थगिरिवनाश्रमादिष्वनुपथमवनिचरापसदै: परिभूयमानो मक्षिकाभिरिव वनगजस्तर्जनताडनावमेहनष्ठीवनग्रावशकृद्रज:प्रक्षेपपूतिवातदुरुक्तै- स्तदविगणयन्नेवासत्संस्थान एतस्मिन् देहोपलक्षणे सदपदेश उभयानुभवस्वरूपेण स्वमहिमावस्थानेनासमारोपिताहंममाभिमानत्वादविखण्डितमना: पृथिवीमेकचर: परिबभ्राम ॥ ३० ॥
Ṛṣabhadeva se mit à parcourir villes, villages, mines, campagnes, vallées, jardins, camps, étables, hameaux des gopas, auberges, collines, forêts et ermitages. Partout où Il passait, les gens mauvais l’encerclaient comme des mouches autour d’un éléphant sorti de la forêt. On Le menaçait, on Le frappait, on urinait sur Lui et on Lui crachait dessus ; parfois on Lui jetait des pierres, des excréments et de la poussière ; parfois on lâchait devant Lui des vents fétides et on Lui lançait des paroles injurieuses. Mais Il n’en tenait aucun compte, sachant que le corps est voué à une telle fin. Établi sur le plan spirituel, comprenant parfaitement la différence entre matière et esprit, sans ego corporel et sans colère envers quiconque, Il marcha seul à travers toute la terre.
Verse 31
अतिसुकुमारकरचरणोर:स्थलविपुलबाह्वंसगलवदनाद्यवयवविन्यास: प्रकृतिसुन्दरस्वभावहाससुमुखो नवनलिनदलायमानशिशिरतारारुणायतनयनरुचिर: सदृशसुभगकपोलकर्णकण्ठनासो विगूढस्मितवदनमहोत्सवेन पुरवनितानां मनसि कुसुमशरासनमुपदधान: परागवलम्बमानकुटिलजटिलकपिशकेशभूरिभारोऽवधूतमलिननिजशरीरेण ग्रहगृहीत इवादृश्यत ॥ ३१ ॥
Les mains, les pieds et la poitrine du Seigneur Ṛṣabhadeva étaient longs; ses épaules, son visage et ses membres, d’une délicatesse extrême et d’une harmonie parfaite. Son sourire naturel ornait son visage; ses grands yeux aux reflets rougeâtres s’ouvraient comme des pétales de lotus nouveau, perlés de rosée à l’aube, et leur seule vue dissipait les peines. Son front, ses oreilles, son cou, son nez et tous ses traits étaient magnifiques; son doux sourire captivait même le cœur des femmes mariées, comme transpercé par les flèches de Kāma. Sur sa tête retombait une masse de cheveux bruns, bouclés et emmêlés; faute de soin pour son corps, ils étaient épars, si bien qu’il paraissait comme hanté par un esprit.
Verse 32
यर्हि वाव स भगवान् लोकमिमं योगस्याद्धा प्रतीपमिवाचक्षाणस्तत्प्रतिक्रियाकर्म बीभत्सितमिति व्रतमाजगरमास्थित: शयान एवाश्नाति पिबति खादत्यवमेहति हदति स्म चेष्टमान उच्चरित आदिग्धोद्देश: ॥ ३२ ॥
Lorsque le Seigneur Ṛṣabhadeva vit que la foule s’opposait à sa pratique du yoga mystique, il adopta le vœu de se comporter comme un python afin de rendre cette opposition vaine. Il demeurait couché au même endroit; allongé, il mangeait et buvait, déféquait et urinait, puis s’y roulait jusqu’à s’en enduire tout le corps, de sorte que les opposants n’osent s’approcher pour le troubler.
Verse 33
तस्य ह य: पुरीषसुरभिसौगन्ध्यवायुस्तं देशं दशयोजनं समन्तात् सुरभिं चकार ॥ ३३ ॥
Parce que le Seigneur Ṛṣabhadeva demeurait dans cet état, le public ne le dérangeait pas; pourtant, de ses excréments et de son urine ne sortait aucune mauvaise odeur. Bien au contraire, un parfum suave s’en élevait et embaumait la contrée jusqu’à dix yojanas tout autour.
Verse 34
एवं गोमृगकाकचर्यया व्रजंस्तिष्ठन्नासीन: शयान: काकमृगगोचरित: पिबति खादत्यवमेहति स्म ॥ ३४ ॥
Ainsi, le Seigneur Ṛṣabhadeva adopta la conduite des vaches, des cerfs et des corbeaux. Tantôt il marchait, tantôt il restait debout au même endroit, tantôt il s’asseyait, tantôt il se couchait, exactement comme eux. De cette manière il mangeait, buvait, déféquait et urinait, et par ce comportement il trompait les gens.
Verse 35
इति नानायोगचर्याचरणो भगवान् कैवल्यपतिऋर्षभोऽविरतपरममहानन्दानुभव आत्मनि सर्वेषां भूतानामात्मभूते भगवति वासुदेव आत्मनोऽव्यवधानानन्तरोदरभावेन सिद्धसमस्तार्थपरिपूर्णो योगैश्वर्याणि वैहायसमनोजवान्तर्धानपरकायप्रवेशदूरग्रहणादीनि यदृच्छयोपगतानि नाञ्जसा नृप हृदयेनाभ्यनन्दत् ॥ ३५ ॥
Ô roi Parīkṣit, afin d’indiquer aux yogīs la voie mystique, le Seigneur Ṛṣabhadeva pratiqua diverses disciplines de yoga et accomplit des actes merveilleux. Il était en vérité le maître de la délivrance et demeurait sans cesse absorbé dans la béatitude transcendante suprême. Unifié sans intervalle, dans le bhāva d’amour, au Bhagavān Vāsudeva — l’Ātman de tous les êtres —, il était pleinement accompli. Les puissances yogiques vinrent d’elles-mêmes à lui : voyager dans l’espace à la vitesse de la pensée, apparaître et disparaître, entrer dans le corps d’autrui, voir au loin; pourtant, il ne prit pas plaisir à les exercer.
He marks sense gratification as a non-distinctive goal that does not justify the rarity of human birth. The human advantage is buddhi and śāstra-guided inquiry, enabling tapasya that purifies the heart and awakens bhakti. Thus, pursuing the same end as animals wastes the unique capacity for nirodha (ending bondage) and attaining eternal devotional bliss.
Mahātmās embody realized detachment and devotion; serving them reshapes one’s saṅga, dissolves sex-centered material conditioning, and transmits bhakti-saṁskāras through instruction and example. This service redirects the mind from karmātmaka coloring toward Vāsudeva-bhakti, which alone breaks the cycle of repeated embodiment described in the chapter.
The hṛdaya-granthi is the binding identification produced by male–female attraction that expands into ‘I and mine’ (ahaṁ-mama): body, home, property, family, and status. It is slackened by purification—saintly association, regulated life, inquiry into truth, and sustained bhakti practices (especially hearing/chanting and sense engagement in service)—until detachment becomes natural and liberation follows.
One who cannot deliver dependents from repeated birth and death should not accept such roles. The principle is that authority is sacred and teleological: it must aim at the dependent’s ultimate welfare (mokṣa/bhakti), not merely social maintenance or karmic prosperity.
He identifies the Vedas as Bhagavān’s eternal sound-form (śabda-brahma) and praises brāhmaṇas as those who study, assimilate, and mercifully teach Vedic conclusions with sattvic qualities (śama, dama, satya, tapas, titikṣā, anubhava, etc.). The glorification underscores that true ritual culminates in devotion and that honoring realized Vedic carriers is a direct way to honor the Lord.