
Jaḍa Bharata Instructs King Rahūgaṇa: The Mind as Bondage and the Two Kṣetrajñas
Poursuivant la rencontre, le roi Rahūgaṇa, humilié après avoir offensé le porteur en apparence stupide, Jaḍa Bharata, sollicite un enseignement spirituel. Jaḍa Bharata réfute la logique matérielle du roi sur « maître et serviteur » ainsi que sur la douleur et le plaisir du corps, les déclarant extérieurs à la Vérité Absolue (1–3). Il propose ensuite une analyse méthodique du mental sous les trois guṇas : tel un éléphant indompté, le mental amplifie les actes pieux et impies, engendre le karma et entraîne des renaissances répétées à travers les espèces (4–8). Il décrit le champ d’action du mental—sens et objets des sens, identifications corporelles et sociales, et faux ego—d’où surgissent d’innombrables modifications, tout en demeurant sous la direction du Seigneur Suprême (9–11). Le chapitre culmine avec la doctrine des deux kṣetrajñas (jīva et Paramātmā/Nārāyaṇa/Vāsudeva) et une injonction pratique : vaincre le mental par un service attentif au guru et aux pieds de lotus de Bhagavān (13–17), préparant une reddition plus profonde et l’accent sur la libération par la bhakti réalisée.
Verse 1
ब्राह्मण उवाच अकोविद: कोविदवादवादान्वदस्यथो नातिविदां वरिष्ठ: । न सूरयो हि व्यवहारमेनंतत्त्वावमर्शेन सहामनन्ति ॥ १ ॥
Le brāhmaṇa Jaḍa Bharata dit : « Ô roi, bien que tu manques d’expérience, tu argumentes comme si tu étais très averti ; c’est pourquoi tu ne peux être tenu pour un homme accompli. Les sages véritables, lorsqu’ils examinent la Vérité absolue, ne parlent pas ainsi des rapports maître‑serviteur ni des plaisirs et peines matériels, car ce ne sont que des activités extérieures. »
Verse 2
तथैव राजन्नुरुगार्हमेध-वितानविद्योरुविजृम्भितेषु । न वेदवादेषु हि तत्त्ववाद:प्रायेण शुद्धो नु चकास्ति साधु: ॥ २ ॥
Ô roi, les propos sur la relation maître–serviteur, roi–sujet et autres ne sont, pour l’essentiel, que des discours sur l’activité matérielle. Ceux qui s’attachent au karma-kāṇḍa des Veda placent leur foi dans les sacrifices et les actes extérieurs; pour eux, la connaissance de la vérité et l’essor spirituel se manifestent rarement.
Verse 3
न तस्य तत्त्वग्रहणाय साक्षाद्वरीयसीरपि वाच: समासन् । स्वप्ने निरुक्त्या गृहमेधिसौख्यंन यस्य हेयानुमितं स्वयं स्यात् ॥ ३ ॥
Pour saisir la vérité directement, même la parole védique la plus excellente ne suffit pas. De même qu’un rêve se révèle de lui-même illusoire, lorsque l’on comprend que le bonheur du grihamedhī est méprisable, les Veda deviennent insuffisants pour donner la connaissance directe du réel.
Verse 4
यावन्मनो रजसा पूरुषस्यसत्त्वेन वा तमसा वानुरुद्धम् । चेतोभिराकूतिभिरातनोतिनिरङ्कुशं कुशलं चेतरं वा ॥ ४ ॥
Tant que le mental de l’être vivant demeure lié par les trois guṇa—bonté, passion et ignorance—il ressemble à un éléphant sans aiguillon. Par les sens et les impulsions, il étend les actes pieux et impies; ainsi l’âme reste dans le monde matériel, goûtant plaisirs et peines selon le karma.
Verse 5
स वासनात्मा विषयोपरक्तोगुणप्रवाहो विकृत: षोडशात्मा । बिभ्रत्पृथङ्नामभि रूपभेद-मन्तर्बहिष्ट्वं च पुरैस्तनोति ॥ ५ ॥
Le mental, fait de vāsanā, se colore des objets des sens et se transforme sous le courant des guṇa; parmi les seize éléments, il est le principal. Par les différences de nom et de forme, il déploie l’intérieur et l’extérieur et bâtit la « cité du corps »; ainsi il mène à des naissances en corps élevés ou bas : devas, humains, bêtes et oiseaux.
Verse 6
दु:खं सुखं व्यतिरिक्तं च तीव्रंकालोपपन्नं फलमाव्यनक्ति । आलिङ्ग्य मायारचितान्तरात्मास्वदेहिनं संसृतिचक्रकूट: ॥ ६ ॥
Le mental matérialiste, façonné par māyā, recouvre l’âme et la transporte vers diverses espèces : c’est la roue du saṁsāra. Par le mental, l’être goûte des fruits intenses de plaisir et de peine selon le temps; abusé, le mental engendre encore des karmas pieux et impies, et l’âme se conditionne davantage.
Verse 7
तावानयं व्यवहार: सदावि:क्षेत्रज्ञसाक्ष्यो भवति स्थूलसूक्ष्म: । तस्मान्मनो लिङ्गमदो वदन्तिगुणागुणत्वस्य परावरस्य ॥ ७ ॥
Toute l’activité mondaine se déroule toujours avec le kṣetrajña (l’âme) pour témoin, sous des formes grossières et subtiles. Ainsi les sages disent que le mental est le liṅga (corps subtil) et qu’il cause, selon les guṇa et leurs contraires, l’asservissement comme la délivrance.
Verse 8
गुणानुरक्तं व्यसनाय जन्तो: क्षेमाय नैर्गुण्यमथो मन: स्यात् । यथा प्रदीपो घृतवर्तिमश्नन् शिखा: सधूमा भजति ह्यन्यदा स्वम् । पदं तथा गुणकर्मानुबद्धं वृत्तीर्मन: श्रयतेऽन्यत्र तत्त्वम् ॥ ८ ॥
Quand le mental s’attache aux guṇa et s’absorbe dans la jouissance des sens, il devient cause de conditionnement et de souffrance; mais lorsqu’il devient nirguṇa, détaché du plaisir, il devient cause de salut et de libération. Comme une lampe : si la mèche est nourrie de ghee et brûle correctement, la lumière est pure; si elle brûle mal, il y a fumée et suie. Ainsi, le mental plongé dans le plaisir matériel engendre la peine, tandis que le mental détaché fait reparaître l’éclat originel de la conscience de Kṛṣṇa.
Verse 9
एकादशासन्मनसो हि वृत्तय आकूतय: पञ्च धियोऽभिमान: । मात्राणि कर्माणि पुरं च तासां वदन्ति हैकादश वीर भूमी: ॥ ९ ॥
Les fonctions du mental sont au nombre de onze : cinq ākūti (élans d’intention), cinq dhī (facultés de connaissance liées aux sens) et l’ahaṅkāra (faux ego). Ô héros, les objets des sens tels que le son et le toucher, les activités organiques, ainsi que la « cité » du corps et de la vie sociale, sont tenus par les sages pour les champs d’action de ces fonctions du mental.
Verse 10
गन्धाकृतिस्पर्शरसश्रवांसि विसर्गरत्यर्त्यभिजल्पशिल्पा: । एकादशं स्वीकरणं ममेति शय्यामहं द्वादशमेक आहु: ॥ १० ॥
Le son, le toucher, la forme, la saveur et l’odeur sont les objets des cinq sens de connaissance. La parole, la préhension, le déplacement, l’évacuation et l’union sexuelle sont les objets des sens d’action. S’y ajoute la notion : « ceci est à moi — mon corps, ma société, ma famille, ma nation », qui est la fonction de l’ahaṅkāra (faux ego). Selon certains philosophes, c’est la douzième fonction, dont le champ est le corps.
Verse 11
द्रव्यस्वभावाशयकर्मकालै- रेकादशामी मनसो विकारा: । सहस्रश: शतश: कोटिशश्च क्षेत्रज्ञतो न मिथो न स्वत: स्यु: ॥ ११ ॥
Les éléments physiques, la nature, la cause originelle, le karma, la destinée et le facteur temps sont des causes matérielles. Agitées par elles, les onze fonctions du mental se transforment en centaines, milliers puis millions de modalités. Mais ces transformations ne se produisent ni d’elles-mêmes ni par simple combinaison réciproque : elles sont sous la direction de la Suprême Personnalité de Dieu, le Paramātmā.
Verse 12
क्षेत्रज्ञ एता मनसो विभूती- र्जीवस्य मायारचितस्य नित्या: । आविर्हिता: क्वापि तिरोहिताश्च शुद्धो विचष्टे ह्यविशुद्धकर्तु: ॥ १२ ॥
L’âme individuelle, dépourvue de conscience de Kṛṣṇa, porte dans le mental bien des idées et activités façonnées par l’énergie externe depuis des temps sans commencement. Elles se manifestent à l’état de veille et de rêve, puis s’évanouissent dans le sommeil profond ou la transe; le jīvan-mukta les voit distinctement.
Verse 13
क्षेत्रज्ञ आत्मा पुरुष: पुराण: साक्षात्स्वयंज्योतिरज: परेश: । नारायणो भगवान् वासुदेव: स्वमाययाऽऽत्मन्यवधीयमान: ॥ १३ ॥ यथानिल: स्थावरजङ्गमाना- मात्मस्वरूपेण निविष्ट ईशेत् । एवं परो भगवान् वासुदेव: क्षेत्रज्ञ आत्मेदमनुप्रविष्ट: ॥ १४ ॥
Le kṣetrajña suprême est l’Ātman, le Puruṣa primordial, auto-lumineux, sans naissance, le Souverain suprême. Il est Bhagavān Nārāyaṇa, Vāsudeva, qui par Sa propre puissance demeure dans le cœur de tous les êtres.
Verse 14
क्षेत्रज्ञ आत्मा पुरुष: पुराण: साक्षात्स्वयंज्योतिरज: परेश: । नारायणो भगवान् वासुदेव: स्वमाययाऽऽत्मन्यवधीयमान: ॥ १३ ॥ यथानिल: स्थावरजङ्गमाना- मात्मस्वरूपेण निविष्ट ईशेत् । एवं परो भगवान् वासुदेव: क्षेत्रज्ञ आत्मेदमनुप्रविष्ट: ॥ १४ ॥
De même que l’air, entrant par sa propre nature dans les corps des êtres mobiles et immobiles, les régit, ainsi le Bhagavān suprême Vāsudeva, en tant que kṣetrajña et Ātman, pénètre tous les corps et les gouverne.
Verse 15
न यावदेतां तनुभृन्नरेन्द्र विधूय मायां वयुनोदयेन । विमुक्तसङ्गो जितषट्सपत्नो वेदात्मतत्त्वं भ्रमतीह तावत् ॥ १५ ॥
Ô roi Rahūgaṇa, tant que l’âme conditionnée accepte le corps matériel et ne secoue pas la māyā par l’éveil du discernement, tant qu’elle n’est pas libre de l’attachement, ne vainc pas ses six ennemis et ne connaît pas la vérité du Soi, elle erre en ce monde à travers lieux et espèces variés.
Verse 16
न यावदेतन्मन आत्मलिङ्गं संसारतापावपनं जनस्य । यच्छोकमोहामयरागलोभ- वैरानुबन्धं ममतां विधत्ते ॥ १६ ॥
Le mental, désignation de l’âme (ātmaliṅga), est la cause des tourments du saṁsāra. Tant que l’être conditionné l’ignore, il subit la misère du corps et erre dans l’univers; car l’esprit, atteint de chagrin, d’illusion, de maladie, d’attachement, d’avidité et d’inimitié, forge l’entrave et une fausse familiarité.
Verse 17
भ्रातृव्यमेनं तददभ्रवीर्य- मुपेक्षयाध्येधितमप्रमत्त: । गुरोर्हरेश्चरणोपासनास्त्रो जहि व्यलीकं स्वयमात्ममोषम् ॥ १७ ॥
Ce mental indiscipliné est le plus grand ennemi de l’être vivant. Si on le néglige ou qu’on lui laisse une chance, il gagne en puissance et triomphe; bien qu’il ne soit pas réel, il est très fort et voile la nature propre de l’âme. Ô roi, vaincs ce mental avec l’arme du service aux pieds de lotus du maître spirituel et de Śrī Hari, avec une grande vigilance.
He rejects it because such roles are grounded in bodily designation and social convention, not in ātma-tattva. From the standpoint of the Absolute Truth, pain/pleasure and hierarchy belong to the field of guṇa and karma; the realized person speaks from the level of the self and Bhagavān’s presence, not from temporary material relations.
When the mind is attached to sense enjoyment and shaped by lust and anger, it manufactures karma and compels the jīva into repeated bodies. When the same mind becomes detached from enjoyment and aligned with Kṛṣṇa consciousness—through devotion and disciplined attention—it ceases producing binding desires and becomes an instrument for realization, thus functioning as the cause of liberation.
They are (1) the individual living entity (jīva), the knower of a particular body/field, and (2) the Supreme Personality of Godhead as Paramātmā/Nārāyaṇa/Vāsudeva, the all-pervading knower and controller present within all bodies. The chapter stresses the Lord’s self-effulgence, freedom from material change, and governance of all beings.
Jaḍa Bharata prescribes conquering the mind by the ‘weapon’ of service to the lotus feet of the spiritual master and the Supreme Personality of Godhead. The emphasis is careful, sustained guru-bhakti: devotion that disciplines attention, dissolves false ego, and reorients desire away from sense objects toward Bhagavān.