Adhyaya 12
Ekadasha SkandhaAdhyaya 1224 Verses

Adhyaya 12

Sādhu-saṅga, the Gopīs’ Prema, and the Veda’s Culmination in Exclusive Surrender

Poursuivant l’enseignement de Kṛṣṇa à Uddhava dans le fil de l’Uddhava-gītā, ce chapitre renforce l’idée que la cause décisive de la délivrance et de l’obtention de Bhagavān est le sādhu-saṅga et la bhakti sans alliage, non l’addition de techniques pieuses ou ascétiques. Kṛṣṇa énumère des disciplines estimées—aṣṭāṅga-yoga, analyse sāṅkhya, ahiṁsā, récitation védique, tapas, sannyāsa, yajña, dāna, tīrtha, vrata, culte des devas—mais déclare qu’elles ne Le « lient » pas comme le fait la dévotion pure. Il passe ensuite en revue, à travers les yuga, des exemples d’êtres et de groupes sociaux apparemment inéligibles élevés par l’association avec des dévots, culminant avec les habitants de Vṛndāvana, dont la séparation (viraha) d’avec Kṛṣṇa révèle le sommet du prema. À la suite du doute d’Uddhava, Kṛṣṇa explique la manifestation du Seigneur par le son védique et le cosmos comme Sa forme, puis conclut par l’allégorie de l’arbre de l’existence matérielle et l’instruction de le trancher par la connaissance—avant d’abandonner même cet instrument une fois le Seigneur réalisé. Le chapitre établit ainsi une herméneutique : le Veda et l’analyse sont des appuis dont la fin ultime est le refuge exclusif (śaraṇāgati) en Kṛṣṇa.

Shlokas

Verse 1

श्रीभगवानुवाच न रोधयति मां योगो न साङ्ख्यं धर्म एव च । न स्वाध्यायस्तपस्त्यागो नेष्टापूर्तं न दक्षिणा ॥ १ ॥ व्रतानि यज्ञश्छन्दांसि तीर्थानि नियमा यमा: । यथावरुन्धे सत्सङ्ग: सर्वसङ्गापहो हि माम् ॥ २ ॥

Le Seigneur Suprême dit : Cher Uddhava, ni le yoga, ni le sāṅkhya, ni la piété ordinaire ; ni l’étude des Vedas, l’austérité, le renoncement, les œuvres méritoires, la charité ou les offrandes ne Me soumettent. Ni les vœux, les sacrifices, les mantras, les pèlerinages, ni les disciplines. Mais la sainte compagnie de Mes dévots purs, qui ôte tout attachement, voilà ce qui Me met sous l’emprise du dévot.

Verse 2

श्रीभगवानुवाच न रोधयति मां योगो न साङ्ख्यं धर्म एव च । न स्वाध्यायस्तपस्त्यागो नेष्टापूर्तं न दक्षिणा ॥ १ ॥ व्रतानि यज्ञश्छन्दांसि तीर्थानि नियमा यमा: । यथावरुन्धे सत्सङ्ग: सर्वसङ्गापहो हि माम् ॥ २ ॥

Le Seigneur Suprême dit : Cher Uddhava, ni le yoga, ni le sāṅkhya, ni la vertu ordinaire, ni l’étude des Veda, ni l’austérité, ni le renoncement, ni les sacrifices, ni les œuvres de bien public, ni la charité ne Me mettent sous le contrôle de l’homme. Mais le sat-saṅga—la fréquentation de Mes dévots purs—détruit tout attachement aux jouissances des sens; cette association purificatrice Me place sous l’empire de Mon bhakta.

Verse 3

सत्सङ्गेन हि दैतेया यातुधाना मृगा: खगा: । गन्धर्वाप्सरसो नागा: सिद्धाश्चारणगुह्यका: ॥ ३ ॥ विद्याधरा मनुष्येषु वैश्या: शूद्रा: स्त्रियोऽन्त्यजा: । रजस्तम:प्रकृतयस्तस्मिंस्तस्मिन् युगे युगे ॥ ४ ॥ बहवो मत्पदं प्राप्तास्त्वाष्ट्रकायाधवादय: । वृषपर्वा बलिर्बाणो मयश्चाथ विभीषण: ॥ ५ ॥ सुग्रीवो हनुमानृक्षो गजो गृध्रो वणिक्पथ: । व्याध: कुब्जा व्रजे गोप्यो यज्ञपत्न्‍यस्तथापरे ॥ ६ ॥

À chaque yuga, bien des êtres pris dans rajas et tamas obtinrent la compagnie de Mes dévots. Ainsi, Daityas, Rākṣasas, bêtes et oiseaux, Gandharvas, Apsarās, Nāgas, Siddhas, Cāraṇas, Guhyakas et Vidyādharas, et même des humains tenus pour inférieurs—vaiśyas, śūdras, femmes et autres—purent atteindre Ma demeure suprême. Vṛtrāsura, Prahlāda Mahārāja et d’autres semblables l’atteignirent par cette association, de même que Vṛṣaparvā, Bali Mahārāja, Bāṇāsura, Maya, Vibhīṣaṇa, Sugrīva, Hanumān, Jāmbavān, Gajendra, Jaṭāyu, Tulādhāra, Dharma-vyādha, Kubjā, les gopīs de Vṛndāvana et les épouses des brāhmaṇas accomplissant le sacrifice.

Verse 4

सत्सङ्गेन हि दैतेया यातुधाना मृगा: खगा: । गन्धर्वाप्सरसो नागा: सिद्धाश्चारणगुह्यका: ॥ ३ ॥ विद्याधरा मनुष्येषु वैश्या: शूद्रा: स्त्रियोऽन्त्यजा: । रजस्तम:प्रकृतयस्तस्मिंस्तस्मिन् युगे युगे ॥ ४ ॥ बहवो मत्पदं प्राप्तास्त्वाष्ट्रकायाधवादय: । वृषपर्वा बलिर्बाणो मयश्चाथ विभीषण: ॥ ५ ॥ सुग्रीवो हनुमानृक्षो गजो गृध्रो वणिक्पथ: । व्याध: कुब्जा व्रजे गोप्यो यज्ञपत्न्‍यस्तथापरे ॥ ६ ॥

À chaque yuga, bien des êtres pris dans rajas et tamas obtinrent la compagnie de Mes dévots. Ainsi, Daityas, Rākṣasas, bêtes et oiseaux, Gandharvas, Apsarās, Nāgas, Siddhas, Cāraṇas, Guhyakas et Vidyādharas, et même des humains tenus pour inférieurs—vaiśyas, śūdras, femmes et autres—purent atteindre Ma demeure suprême. Vṛtrāsura, Prahlāda Mahārāja et d’autres semblables l’atteignirent par cette association, de même que Vṛṣaparvā, Bali Mahārāja, Bāṇāsura, Maya, Vibhīṣaṇa, Sugrīva, Hanumān, Jāmbavān, Gajendra, Jaṭāyu, Tulādhāra, Dharma-vyādha, Kubjā, les gopīs de Vṛndāvana et les épouses des brāhmaṇas accomplissant le sacrifice.

Verse 5

सत्सङ्गेन हि दैतेया यातुधाना मृगा: खगा: । गन्धर्वाप्सरसो नागा: सिद्धाश्चारणगुह्यका: ॥ ३ ॥ विद्याधरा मनुष्येषु वैश्या: शूद्रा: स्त्रियोऽन्त्यजा: । रजस्तम:प्रकृतयस्तस्मिंस्तस्मिन् युगे युगे ॥ ४ ॥ बहवो मत्पदं प्राप्तास्त्वाष्ट्रकायाधवादय: । वृषपर्वा बलिर्बाणो मयश्चाथ विभीषण: ॥ ५ ॥ सुग्रीवो हनुमानृक्षो गजो गृध्रो वणिक्पथ: । व्याध: कुब्जा व्रजे गोप्यो यज्ञपत्न्‍यस्तथापरे ॥ ६ ॥

À chaque yuga, bien des êtres pris dans rajas et tamas obtinrent la compagnie de Mes dévots. Ainsi, Daityas, Rākṣasas, bêtes et oiseaux, Gandharvas, Apsarās, Nāgas, Siddhas, Cāraṇas, Guhyakas et Vidyādharas, et même des humains tenus pour inférieurs—vaiśyas, śūdras, femmes et autres—purent atteindre Ma demeure suprême. Vṛtrāsura, Prahlāda Mahārāja et d’autres semblables l’atteignirent par cette association, de même que Vṛṣaparvā, Bali Mahārāja, Bāṇāsura, Maya, Vibhīṣaṇa, Sugrīva, Hanumān, Jāmbavān, Gajendra, Jaṭāyu, Tulādhāra, Dharma-vyādha, Kubjā, les gopīs de Vṛndāvana et les épouses des brāhmaṇas accomplissant le sacrifice.

Verse 6

सत्सङ्गेन हि दैतेया यातुधाना मृगा: खगा: । गन्धर्वाप्सरसो नागा: सिद्धाश्चारणगुह्यका: ॥ ३ ॥ विद्याधरा मनुष्येषु वैश्या: शूद्रा: स्त्रियोऽन्त्यजा: । रजस्तम:प्रकृतयस्तस्मिंस्तस्मिन् युगे युगे ॥ ४ ॥ बहवो मत्पदं प्राप्तास्त्वाष्ट्रकायाधवादय: । वृषपर्वा बलिर्बाणो मयश्चाथ विभीषण: ॥ ५ ॥ सुग्रीवो हनुमानृक्षो गजो गृध्रो वणिक्पथ: । व्याध: कुब्जा व्रजे गोप्यो यज्ञपत्न्‍यस्तथापरे ॥ ६ ॥

À chaque yuga, bien des êtres pris dans rajas et tamas obtinrent la compagnie de Mes dévots. Ainsi, Daityas, Rākṣasas, bêtes et oiseaux, Gandharvas, Apsarās, Nāgas, Siddhas, Cāraṇas, Guhyakas et Vidyādharas, et même des humains tenus pour inférieurs—vaiśyas, śūdras, femmes et autres—purent atteindre Ma demeure suprême. Vṛtrāsura, Prahlāda Mahārāja et d’autres semblables l’atteignirent par cette association, de même que Vṛṣaparvā, Bali Mahārāja, Bāṇāsura, Maya, Vibhīṣaṇa, Sugrīva, Hanumān, Jāmbavān, Gajendra, Jaṭāyu, Tulādhāra, Dharma-vyādha, Kubjā, les gopīs de Vṛndāvana et les épouses des brāhmaṇas accomplissant le sacrifice.

Verse 7

ते नाधीतश्रुतिगणा नोपासितमहत्तमा: । अव्रतातप्ततपस: मत्सङ्गान्मामुपागता: ॥ ७ ॥

Ceux que J’ai mentionnés n’ont pas entrepris d’études rigoureuses des Veda, n’ont pas adoré de grands saints, ni pratiqué des vœux et austérités sévères. Par la seule compagnie de Moi et de Mes dévots, ils M’ont atteint.

Verse 8

केवलेन हि भावेन गोप्यो गावो नगा मृगा: । येऽन्ये मूढधियो नागा: सिद्धा मामीयुरञ्जसा ॥ ८ ॥

Par le seul bhāva d’amour pur, les gopīs, les vaches, les êtres immobiles tels les arbres yamala-arjuna, les animaux, les consciences obtuses comme les broussailles, et des serpents tels Kāliya, tous atteignirent la perfection de la vie et vinrent à Moi très aisément.

Verse 9

यं न योगेन साङ्ख्येन दानव्रततपोऽध्वरै: । व्याख्यास्वाध्यायसन्न्यासै: प्राप्नुयाद् यत्नवानपि ॥ ९ ॥

Même si l’on s’applique avec grand effort au yoga mystique, au sāṅkhya, à la charité, aux vœux, aux pénitences, aux sacrifices rituels, à l’enseignement et l’explication des mantras védiques, à l’étude personnelle des Veda ou à la vie de renonçant, on ne peut pourtant pas M’atteindre.

Verse 10

रामेण सार्धं मथुरां प्रणीते श्वाफल्किना मय्यनुरक्तचित्ता: । विगाढभावेन न मे वियोग- तीव्राधयोऽन्यं दद‍ृशु: सुखाय ॥ १० ॥

Les habitants de Vṛndāvana, menés par les gopīs, étaient toujours entièrement attachés à Moi d’un amour très profond. Ainsi, lorsque Akrūra, fils de Śvaphalki, emmena Mon frère Balarāma et Moi à Mathurā, ils souffrirent d’une détresse extrême due à la séparation et ne trouvèrent nulle autre source de bonheur.

Verse 11

तास्ता: क्षपा: प्रेष्ठतमेन नीता मयैव वृन्दावनगोचरेण । क्षणार्धवत्ता: पुनरङ्ग तासां हीना मया कल्पसमा बभूवु: ॥ ११ ॥

Cher Uddhava, toutes les nuits que les gopīs passèrent avec Moi, leur Bien-Aimé le plus cher, sur la terre de Vṛndāvana, leur semblèrent s’écouler en moins qu’un instant. Mais privées de Ma compagnie, ces mêmes nuits leur parurent interminables, comme si chacune valait un kalpa.

Verse 12

ता नाविदन् मय्यनुषङ्गबद्ध- धिय: स्वमात्मानमदस्तथेदम् । यथा समाधौ मुनयोऽब्धितोये नद्य: प्रविष्टा इव नामरूपे ॥ १२ ॥

Ô Uddhava, de même que les grands sages en samādhi se fondent dans la réalisation du Soi, tels des rivières entrant dans l’océan et ne percevant plus nom ni forme, ainsi les gopīs de Vṛndāvana étaient si intimement attachées à Moi dans leur esprit qu’elles ne pensaient ni à leur corps, ni à ce monde, ni aux vies à venir ; toute leur conscience était liée à Moi seul.

Verse 13

मत्कामा रमणं जारमस्वरूपविदोऽबला: । ब्रह्म मां परमं प्रापु: सङ्गाच्छतसहस्रश: ॥ १३ ॥

Ces gopīs, brûlantes de désir pour Moi, Me prenaient pour leur amant le plus charmant (amant secret) et ignoraient Ma véritable position; pourtant, par leur intime association avec Moi, des centaines de milliers de gopīs M’atteignirent, Moi, le Brahman suprême, la Vérité absolue.

Verse 14

तस्मात्त्वमुद्धवोत्सृज्य चोदनां प्रतिचोदनाम् । प्रवृत्तिं च निवृत्तिं च श्रोतव्यं श्रुतमेव च ॥ १४ ॥ मामेकमेव शरणमात्मानं सर्वदेहिनाम् । याहि सर्वात्मभावेन मया स्या ह्यकुतोभय: ॥ १५ ॥

Ainsi, ô Uddhava, abandonne les prescriptions et les interdits, la voie de l’engagement et celle du retrait, ainsi que ce qui a été entendu et ce qui reste à entendre. Prends refuge en Moi seul, le Soi demeurant dans le cœur de tous les êtres; abandonne-toi à Moi de tout ton être, et par Ma grâce tu seras sans crainte en toute circonstance.

Verse 15

तस्मात्त्वमुद्धवोत्सृज्य चोदनां प्रतिचोदनाम् । प्रवृत्तिं च निवृत्तिं च श्रोतव्यं श्रुतमेव च ॥ १४ ॥ मामेकमेव शरणमात्मानं सर्वदेहिनाम् । याहि सर्वात्मभावेन मया स्या ह्यकुतोभय: ॥ १५ ॥

Donc, ô Uddhava, délaisse prescriptions et interdits, action et renoncement, ce qui est entendu et ce qui reste à entendre; puis prends refuge en Moi seul, le Soi au cœur de tous. Abandonne-toi à Moi de tout ton être, et par Ma grâce tu seras sans crainte en toute circonstance.

Verse 16

श्रीउद्धव उवाच संशय: श‍ृण्वतो वाचं तव योगेश्वरेश्वर । न निवर्तत आत्मस्थो येन भ्राम्यति मे मन: ॥ १६ ॥

Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur des maîtres du yoga, j’ai entendu Tes paroles, mais le doute qui demeure dans mon cœur ne se dissipe pas ; ainsi mon esprit est troublé.

Verse 17

श्रीभगवानुवाच स एष जीवो विवरप्रसूति: प्राणेन घोषेण गुहां प्रविष्ट: । मनोमयं सूक्ष्ममुपेत्य रूपं मात्रा स्वरो वर्ण इति स्थविष्ठ: ॥ १७ ॥

Le Seigneur Suprême dit : « Cher Uddhava, avec le prāṇa et la vibration sonore primordiale, Je demeure dans la caverne du cœur et Je donne la vie à tous les êtres. Par le mental, on perçoit Ma forme subtile ; et Je prends aussi une forme grossière comme le son des Veda, fait de brèves et longues mesures, de voyelles, de consonnes et d’intonations diverses. »

Verse 18

यथानल: खेऽनिलबन्धुरुष्मा बलेन दारुण्यधिमथ्यमान: । अणु: प्रजातो हविषा समेधते तथैव मे व्यक्तिरियं हि वाणी ॥ १८ ॥

Quand on frotte vigoureusement deux morceaux de bois, le contact avec l’air engendre la chaleur et une étincelle apparaît ; puis, en offrant du ghee, le feu s’embrase. De même, Je Me manifeste dans la vibration sonore des Veda.

Verse 19

एवं गदि: कर्म गतिर्विसर्गो घ्राणो रसो द‍ृक् स्पर्श: श्रुतिश्च । सङ्कल्पविज्ञानमथाभिमान: सूत्रं रज:सत्त्वतमोविकार: ॥ १९ ॥

Les fonctions des sens d’action—la parole, les mains, les jambes, les organes génitaux et l’anus—et celles des sens de connaissance—le nez, la langue, les yeux, la peau et les oreilles—ainsi que les fonctions subtiles du mental, de l’intelligence, de la conscience et du faux ego, de même que le pradhāna subtil et les transformations des trois guṇa (rajas, sattva, tamas) : tout cela doit être compris comme Ma forme manifestée dans la matière.

Verse 20

अयं हि जीवस्त्रिवृदब्जयोनि- रव्यक्त एको वयसा स आद्य: । विश्लिष्टशक्तिर्बहुधेव भाति बीजानि योनिं प्रतिपद्य यद्वत् ॥ २० ॥

De même que l’on dépose de nombreuses semences dans un champ et que, d’une seule source —la terre— naissent d’innombrables arbres, buissons et légumes, ainsi la Personne Suprême, éternelle et dispensatrice de vie, existe originellement au-delà de la manifestation cosmique, en état non manifesté. Avec le temps, refuge des trois guṇa et source du lotus universel, Elle divise Ses puissances matérielles et semble se manifester en d’innombrables formes, bien qu’Elle soit Une.

Verse 21

यस्मिन्निदं प्रोतमशेषमोतं पटो यथा तन्तुवितानसंस्थ: । य एष संसारतरु: पुराण: कर्मात्मक: पुष्पफले प्रसूते ॥ २१ ॥

De même qu’un tissu tissé repose sur l’expansion des fils longitudinaux et transversaux, ainsi l’univers entier se déploie sur les puissances du Seigneur Suprême et demeure en Lui. Cet antique arbre du saṁsāra est de nature karmique et produit fleurs et fruits ; de même, l’arbre du corps fleurit d’abord, puis donne les fruits de l’existence matérielle.

Verse 22

द्वे अस्य बीजे शतमूलस्त्रिनाल: पञ्चस्कन्ध: पञ्चरसप्रसूति: । दशैकशाखो द्विसुपर्णनीड- स्त्रिवल्कलो द्विफलोऽर्कं प्रविष्ट: ॥ २२ ॥ अदन्ति चैकं फलमस्य गृध्रा ग्रामेचरा एकमरण्यवासा: । हंसा य एकं बहुरूपमिज्यै- र्मायामयं वेद स वेद वेदम् ॥ २३ ॥

Cet arbre de l’existence matérielle a deux semences, des centaines de racines, trois troncs inférieurs et cinq troncs supérieurs. Il produit cinq saveurs, porte onze branches et un nid de deux oiseaux; il est couvert de trois écorces, donne deux fruits et s’étend jusqu’au soleil.

Verse 23

द्वे अस्य बीजे शतमूलस्त्रिनाल: पञ्चस्कन्ध: पञ्चरसप्रसूति: । दशैकशाखो द्विसुपर्णनीड- स्त्रिवल्कलो द्विफलोऽर्कं प्रविष्ट: ॥ २२ ॥ अदन्ति चैकं फलमस्य गृध्रा ग्रामेचरा एकमरण्यवासा: । हंसा य एकं बहुरूपमिज्यै- र्मायामयं वेद स वेद वेदम् ॥ २३ ॥

Un des fruits de cet arbre est goûté par ceux qui vivent dans les villages et les cités, avides de jouissance et voués à la vie de famille; l’autre fruit est goûté par les renonçants, semblables à des cygnes, qui demeurent dans la forêt. Celui qui, avec l’aide de maîtres spirituels authentiques, comprend que cet arbre est la manifestation de la puissance de māyā de l’unique Vérité suprême apparaissant en de multiples formes, connaît réellement le sens des Vedas.

Verse 24

एवं गुरूपासनयैकभक्त्या विद्याकुठारेण शितेन धीर: । विवृश्‍च्‍य जीवाशयमप्रमत्त: सम्पद्य चात्मानमथ त्यजास्त्रम् ॥ २४ ॥

Ainsi, par l’adoration attentive du maître spirituel, développe une dévotion pure et exclusive; et, avec la hache aiguisée de la connaissance transcendante, tranche sans négligence l’enveloppe matérielle subtile de l’âme. Après avoir réalisé le Seigneur Suprême, abandonne alors même cette hache du savoir analytique.

Frequently Asked Questions

Because sādhu-saṅga awakens śuddha-bhakti, which directly attracts Bhagavān as a person (bhakta-vaśya). Ritual, yoga, and austerity can purify or elevate, but without devotion they do not establish the loving relationship that ‘binds’ the Lord. The chapter’s repeated contrast shows that the decisive factor is the heart’s exclusive attachment to Kṛṣṇa, transmitted and nourished through association with His pure devotees.

The chapter teaches that eligibility is ultimately determined by contact with bhakti—especially via devotees—rather than by birth, ritual capacity, or scholastic attainment. By sādhu-saṅga, even those dominated by rajas and tamas can receive devotion, and devotion itself carries the soul to the Lord’s abode, as illustrated by figures like Prahlāda, Vṛtrāsura, Gajendra, Jaṭāyu, Kubjā, the gopīs, and the wives of the brāhmaṇas.

It is not a rejection of Veda as false, but a declaration of Veda’s final purport (tātparya): all subsidiary rules and ritual procedures are meant to culminate in exclusive surrender to Bhagavān. When direct refuge in Kṛṣṇa is awakened, secondary supports become nonessential, just as one leaves a boat after crossing a river.

It is an allegory of embodied saṁsāra structured by guṇa and karma. Its components (seeds, roots, trunks, branches, fruits, two birds) encode the jīva’s entanglement and the experience of enjoyment and renunciation. With guru-bhakti and sharpened knowledge, one ‘cuts’ the subtle covering (liṅga-śarīra identification) and, upon realizing Bhagavān, relinquishes even the analytic tool—resting in direct devotion and realization.

Their consciousness is portrayed as fully absorbed in Kṛṣṇa beyond self-awareness, social identity, or concern for future lives. Their viraha (anguish of separation when Kṛṣṇa leaves for Mathurā) demonstrates exclusive dependence: without Him, no substitute happiness exists. The chapter uses this as the lived proof that pure love, not technique, is the supreme means and end.