Adhyaya 2
Dvitiya SkandhaAdhyaya 237 Verses

Adhyaya 2

The Lord in the Heart and the Discipline of Yoga-Bhakti

Poursuivant l’accent initial du chant sur l’écoute et la fixation du mental sur le Suprême, Śukadeva explique à Parīkṣit que Brahmā, avant la manifestation de la création, recouvra la conscience en méditant sur la virāṭ-rūpa et en satisfaisant le Seigneur, reliant ainsi la cosmogonie à la bhakti plutôt qu’à une causalité matérielle autonome. Il critique les sons védiques qui égarent et détournent vers des ambitions célestes, et recommande de se contenter du nécessaire, de renoncer, et de s’en remettre à la protection du Seigneur plutôt que de flatter les riches. Le chapitre propose ensuite une théologie méditative concrète : le Seigneur comme Paramātmā dans le cœur, à quatre bras et paré d’ornements divins, avec une méthode graduelle de contemplation des pieds de lotus jusqu’au visage souriant, purifiant l’intelligence étape par étape. Il décrit aussi le départ yogique au moment de la mort : régulation du prāṇa, fusion du mental et du soi vers le Sur-Soi, et contraste entre les bhakti-yogīs sans désir et ceux qui recherchent siddhis ou mondes supérieurs. Le récit s’élargit aux voies cosmologiques (Suṣumṇā, Vaiśvānara, Śiśumāra, Maharloka, Satyaloka) et s’achève sur la conclusion doctrinale : l’examen védique de Brahmā établit que l’attrait pour Śrī Kṛṣṇa est le dharma suprême ; l’écoute et le souvenir constants ramènent à Dieu, préparant aux récits de création plus profonds et à la théologie explicitement centrée sur Kṛṣṇa dans les chapitres suivants.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच एवं पुरा धारणयात्मयोनि- र्नष्टां स्मृतिं प्रत्यवरुध्य तुष्टात् । तथा ससर्जेदममोघद‍ृष्टि- र्यथाप्ययात् प्राग् व्यवसायबुद्धि: ॥ १ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Jadis, avant la manifestation du cosmos, Brahmā, né de lui-même, médita sur le virāṭ-rūpa, satisfit le Seigneur et recouvra la mémoire perdue. Alors, d’un regard infaillible et d’une résolution ferme, il rétablit la création comme auparavant.

Verse 2

शाब्दस्य हि ब्रह्मण एष पन्था यन्नामभिर्ध्यायति धीरपार्थै: । परिभ्रमंस्तत्र न विन्दतेऽर्थान् मायामये वासनया शयान: ॥ २ ॥

La manière de présenter les sons védiques (śabda-brahman) est si déroutante qu’elle détourne l’intelligence vers des choses vaines, telles les royaumes célestes. Les âmes conditionnées y errent comme en rêve, couchées dans le désir de plaisirs illusoires, sans goûter de bonheur réel.

Verse 3

अत: कविर्नामसु यावदर्थ: स्यादप्रमत्तो व्यवसायबुद्धि: । सिद्धेऽन्यथार्थे न यतेत तत्र परिश्रमं तत्र समीक्षमाण: ॥ ३ ॥

C’est pourquoi l’homme éclairé ne doit s’efforcer, dans le monde des noms, que pour le strict nécessaire. Qu’il demeure vigilant et résolu, sans poursuivre l’inutile; car il voit concrètement que de tels efforts ne sont qu’une peine vaine.

Verse 4

सत्यां क्षितौ किं कशिपो: प्रयासै- र्बाहौ स्वसिद्धे ह्युपबर्हणै: किम् । सत्यञ्जलौ किं पुरुधान्नपात्र्या दिग्वल्कलादौ सति किं दुकूलै: ॥ ४ ॥

Si la terre est un lit suffisant, à quoi bon couche et grabat? Si ses propres bras peuvent servir d’oreiller, à quoi bon oreiller? Si les paumes des mains sont un récipient, à quoi bon tant d’ustensiles? Si l’on a pour couverture l’écorce des arbres ou le manteau des directions, à quoi bon des vêtements?

Verse 5

चीराणि किं पथि न सन्ति दिशन्ति भिक्षां नैवाङ्‌घ्रिपा: परभृत: सरितोऽप्यशुष्यन् । रुद्धा गुहा: किमजितोऽवति नोपसन्नान् कस्माद् भजन्ति कवयो धनदुर्मदान्धान् ॥ ५ ॥

N’y a‑t‑il plus de haillons sur le chemin? Les arbres, qui vivent pour nourrir autrui, ne donnent‑ils plus l’aumône? Les rivières se sont‑elles asséchées au point de ne plus offrir d’eau au assoiffé? Les grottes des montagnes sont‑elles fermées? Et surtout, le Seigneur invincible ne protège‑t‑il pas ceux qui se sont entièrement abandonnés? Pourquoi donc les sages flattent‑ils ceux qu’aveugle l’ivresse d’une richesse durement acquise?

Verse 6

एवं स्वचित्ते स्वत एव सिद्ध आत्मा प्रियोऽर्थो भगवाननन्त: । तं निर्वृतो नियतार्थो भजेत संसारहेतूपरमश्च यत्र ॥ ६ ॥

Ainsi, l’esprit affermi, on doit servir et adorer le Paramatma qui demeure dans son propre cœur. Il est le Bhagavān tout‑puissant, éternel et sans limites, le but suprême de la vie; en Le vénérant, la cause de l’asservissement au samsara s’éteint.

Verse 7

कस्तां त्वनाद‍ृत्य परानुचिन्ता- मृते पशूनसतीं नाम कुर्यात् । पश्यञ्जनं पतितं वैतरण्यां स्वकर्मजान् परितापाञ्जुषाणम् ॥ ७ ॥

Qui, sinon les matérialistes grossiers, négligera une telle pensée transcendante pour s’attacher à de simples noms éphémères? Ils voient la foule tombée dans le fleuve de la souffrance, telle la Vaitaranī, endurant les brûlures issues de ses propres actes.

Verse 8

केचित् स्वदेहान्तर्हृदयावकाशे प्रादेशमात्रं पुरुषं वसन्तम् । चतुर्भुजं कञ्जरथाङ्गशङ्ख- गदाधरं धारणया स्मरन्ति ॥ ८ ॥

D’autres, par la concentration (dhāraṇā), se souviennent du Purushottama demeurant dans le corps, dans l’espace du cœur, de mesure pradeśa‑mātra, à quatre bras portant le lotus, le cakra, la conque (śaṅkha) et la massue (gadā).

Verse 9

प्रसन्नवक्त्रं नलिनायतेक्षणं कदम्बकिञ्जल्कपिशङ्गवाससम् । लसन्महारत्नहिरण्मयाङ्गदं स्फुरन्महारत्नकिरीटकुण्डलम् ॥ ९ ॥

Son visage rayonne de joie; Ses yeux s’étendent tels des pétales de lotus. Il porte un vêtement jaune, semblable au pollen du kadamba, et brille d’ornements d’or sertis de gemmes; diadème et boucles d’oreilles étincellent.

Verse 10

उन्निद्रहृत्पङ्कजकर्णिकालये योगेश्वरास्थापितपादपल्लवम् । श्रीलक्षणं कौस्तुभरत्नकन्धर- मम्‍लानलक्ष्म्या वनमालयाचितम् ॥ १० ॥

Ses pieds de lotus sont posés sur le cœur-lotus épanoui des grands yogis. Sur Sa poitrine resplendissent la marque Śrīvatsa et le joyau Kaustubha; des gemmes brillent sur Ses épaules, et tout Son buste est orné d’une fraîche guirlande de fleurs (vanamālā).

Verse 11

विभूषितं मेखलयाङ्गुलीयकै- र्महाधनैर्नूपुरकङ्कणादिभि: । स्निग्धामलाकुञ्चितनीलकुन्तलै- र्विरोचमानाननहासपेशलम् ॥ ११ ॥

Il est paré d’une ceinture, d’anneaux précieux aux doigts, de grelots aux chevilles, de bracelets et d’autres ornements. Ses cheveux, purs et lustrés d’huile, ondulent avec une nuance bleutée; et Son visage souriant est d’une grâce exquise.

Verse 12

अदीनलीलाहसितेक्षणोल्लसद्- भ्रूभङ्गसंसूचितभूर्यनुग्रहम् । ईक्षेत चिन्तामयमेनमीश्वरं यावन्मनो धारणयावतिष्ठते ॥ १२ ॥

Ses līlā magnanimes, l’éclat de Son regard souriant et l’inflexion de Ses sourcils révèlent l’immensité de Ses grâces. Aussi, tant que l’esprit peut demeurer fixé en méditation, qu’on contemple avec recueillement cette forme transcendante du Seigneur.

Verse 13

एकैकशोऽङ्गानि धियानुभावयेत् पादादि यावद्धसितं गदाभृत: । जितं जितं स्थानमपोह्य धारयेत् परं परं शुद्ध्यति धीर्यथा यथा ॥ १३ ॥

Dans la méditation, qu’on contemple un à un les membres du Seigneur porteur de la massue: qu’on commence par Ses pieds de lotus et qu’on progresse jusqu’à Son visage souriant. Quand l’esprit a conquis et fixé une partie, qu’il la dépasse pour se tenir sur une plus haute; ainsi, de degré en degré, l’intelligence se purifie davantage.

Verse 14

यावन्न जायेत परावरेऽस्मिन् विश्वेश्वरे द्रष्टरि भक्तियोग: । तावत् स्थवीय: पुरुषस्य रूपं क्रियावसाने प्रयत: स्मरेत ॥ १४ ॥

Tant que ne naît pas le bhakti-yoga envers le Seigneur suprême, Voyant des mondes transcendantal et matériel, qu’au terme des devoirs prescrits on se souvienne et médite la Forme universelle du Seigneur.

Verse 15

स्थिरं सुखं चासनमास्थितो यति- र्यदा जिहासुरिममङ्ग लोकम् । काले च देशे च मनो न सज्जयेत् प्राणान् नियच्छेन्मनसा जितासु: ॥ १५ ॥

Ô Roi, lorsque le yogī désire quitter ce monde des hommes, qu’il ne trouble pas son esprit par le temps ni le lieu; assis fermement et à l’aise, qu’il règle le prāṇa et, par le mental, maîtrise les sens.

Verse 16

मन: स्वबुद्ध्यामलया नियम्य क्षेत्रज्ञ एतां निनयेत् तमात्मनि । आत्मानमात्मन्यवरुध्य धीरो लब्धोपशान्तिर्विरमेत कृत्यात् ॥ १६ ॥

Ensuite, le yogī, par une intelligence sans mélange, doit fondre le mental dans l’âme vivante (kṣetra-jña), puis fondre l’âme vivante dans le Paramātmā. Ainsi, ayant atteint labdhopaśānti, il cesse toute autre activité.

Verse 17

न यत्र कालोऽनिमिषां पर: प्रभु: कुतो नु देवा जगतां य ईशिरे । न यत्र सत्त्वं न रजस्तमश्च न वै विकारो न महान् प्रधानम् ॥ १७ ॥

Dans cet état transcendantal de labdhopaśānti, il n’y a pas la suprématie du temps dévastateur, qui maîtrise même les devas. Là, ni sattva, ni rajas, ni tamas; ni faux ego, ni mahat-tattva, ni pradhāna, la nature matérielle.

Verse 18

परं पदं वैष्णवमामनन्ति तद् यन्नेति नेतीत्यतदुत्सिसृक्षव: । विसृज्य दौरात्म्यमनन्यसौहृदा हृदोपगुह्यार्हपदं पदे पदे ॥ १८ ॥

Les transcendantalistes enseignent la suprême demeure vaiṣṇava, où, disant « neti, neti », ils écartent tout ce qui est sans Dieu. Ainsi le pur dévot, renonçant à la dureté du cœur et en accord exclusif avec le Seigneur, abrite Ses pieds de lotus dans son cœur et les adore à chaque instant, pas après pas.

Verse 19

इत्थं मुनिस्तूपरमेद् व्यवस्थितो विज्ञानद‍ृग्वीर्यसुरन्धिताशय: । स्वपार्ष्णिनापीड्य गुदं ततोऽनिलं स्थानेषु षट्‍सून्नमयेज्जितक्लम: ॥ १९ ॥

Ainsi, le muni, par la force de la connaissance spirituelle, demeure établi dans la réalisation absolue et éteint les désirs matériels. Puis, en obstruant avec le talon l’orifice d’évacuation, il élève le prāṇa d’un centre à l’autre dans les six sièges principaux, ayant vaincu la fatigue.

Verse 20

नाभ्यां स्थितं हृद्यधिरोप्य तस्मा- दुदानगत्योरसि तं नयेन्मुनि: । ततोऽनुसन्धाय धिया मनस्वी स्वतालुमूलं शनकैर्नयेत् ॥ २० ॥

Le dévot méditatif doit pousser lentement le prāṇa du nombril vers le cœur, puis, par le mouvement d’udāna, vers la poitrine, et ensuite, en recherchant avec intelligence les points justes, le conduire peu à peu jusqu’à la racine du palais.

Verse 21

तस्माद् भ्रुवोरन्तरमुन्नयेत निरुद्धसप्तायतनोऽनपेक्ष: । स्थित्वा मुहूर्तार्धमकुण्ठद‍ृष्टि- र्निर्भिद्य मूर्धन् विसृजेत्परं गत: ॥ २१ ॥

Ensuite, le bhakti-yogī doit élever le prāṇa entre les sourcils. En obstruant les sept issues du souffle vital et sans attachement, il demeure une demi-muhūrta le regard inébranlable; puis il perce l’ouverture du crâne et, allant vers le Suprême, renonce à tout lien matériel.

Verse 22

यदि प्रयास्यन् नृप पारमेष्ठ्यं वैहायसानामुत यद् विहारम् । अष्टाधिपत्यं गुणसन्निवाये सहैव गच्छेन्मनसेन्द्रियैश्च ॥ २२ ॥

Cependant, ô Roi, si un yogī garde le désir de jouissances matérielles supérieures—comme atteindre Brahmaloka, voyager dans l’espace avec les Vaihāyasas, obtenir les huit perfections, ou une position sur l’un des millions de mondes—alors il doit emporter avec lui le mental et les sens façonnés par les guṇas.

Verse 23

योगेश्वराणां गतिमाहुरन्त- र्बहिस्त्रिलोक्या: पवनान्तरात्मनाम् । न कर्मभिस्तां गतिमाप्नुवन्ति विद्यातपोयोगसमाधिभाजाम् ॥ २३ ॥

On dit que le mouvement des yogeśvaras—qui ont le prāṇa pour âme intérieure—est sans entrave, au sein et au-delà des trois mondes. Par la vidyā, l’austérité, le yoga et le samādhi (avec la force de la bhakti), ils atteignent cette liberté; les travailleurs intéressés et les matérialistes grossiers ne l’atteignent jamais.

Verse 24

वैश्वानरं याति विहायसा गत: सुषुम्णया ब्रह्मपथेन शोचिषा । विधूतकल्कोऽथ हरेरुदस्तात् प्रयाति चक्रं नृप शैशुमारम् ॥ २४ ॥

Ô roi, lorsque le yogī, par la Suṣumṇā lumineuse sur la voie de Brahmā, franchit l’Océan de Lait pour atteindre Brahmaloka, il parvient d’abord à Vaiśvānara, le monde du dieu du feu, où toute souillure est consumée; puis il s’élève plus haut encore, jusqu’au cercle de Śiśumāra, afin de se rapprocher du Seigneur Hari, la Personne suprême de Dieu.

Verse 25

तद् विश्वनाभिं त्वतिवर्त्य विष्णो- रणीयसा विरजेनात्मनैक: । नमस्कृतं ब्रह्मविदामुपैति कल्पायुषो यद् विबुधा रमन्ते ॥ २५ ॥

Ce Śiśumāra est le pivot de la rotation de l’univers entier, et on l’appelle le nombril de Viṣṇu (Garbhodakaśāyī Viṣṇu). Seul le yogī le dépasse et, l’âme purifiée, atteint Maharloka, vénéré par les connaisseurs du Brahman, où des sages purs tels que Bhṛgu jouissent d’une vie d’une durée égale à un kalpa.

Verse 26

अथो अनन्तस्य मुखानलेन दन्दह्यमानं स निरीक्ष्य विश्वम् । निर्याति सिद्धेश्वरयुष्टधिष्ण्यं यद् द्वैपरार्ध्यं तदु पारमेष्ठ्यम् ॥ २६ ॥

Puis, lorsque le feu jailli de la bouche d’Ananta embrase l’univers entier, le yogī voit tous les mondes se réduire en cendres; il s’en va alors vers Satyaloka (Parameṣṭhya) à bord des véhicules célestes des siddhas. La durée de vie à Satyaloka est comptée comme dvi-parārdha, c’est-à-dire égale à la vie de Brahmā.

Verse 27

न यत्र शोको न जरा न मृत्यु- र्नार्तिर्न चोद्वेग ऋते कुतश्चित् । यच्चित्ततोऽद: कृपयानिदंविदां दुरन्तदु:खप्रभवानुदर्शनात् ॥ २७ ॥

À Satyaloka, il n’y a ni chagrin, ni vieillesse, ni mort; aucune souffrance n’y existe, et donc aucune inquiétude. Seule, parfois, par la conscience empreinte de compassion, naît la pitié pour ceux qui ignorent la voie du service dévotionnel et subissent, dans le monde matériel, des misères insurmontables.

Verse 28

ततो विशेषं प्रतिपद्य निर्भय- स्तेनात्मनापोऽनलमूर्तिरत्वरन् । ज्योतिर्मयो वायुमुपेत्य काले वाय्वात्मना खं बृहदात्मलिङ्गम् ॥ २८ ॥

Après avoir atteint Satyaloka, le dévot, par son corps subtil, s’incorpore sans crainte dans une identité semblable au corps grossier. Puis, graduellement, il parvient aux états d’existence: de la terre à l’eau, de l’eau au feu, du feu à la lumière rayonnante et de la lumière à l’air, jusqu’à atteindre enfin l’étape éthérée du vaste ākāśa.

Verse 29

घ्राणेन गन्धं रसनेन वै रसं रूपं च द‍ृष्टय‍ा श्वसनं त्वचैव । श्रोत्रेण चोपेत्य नभोगुणत्वं प्राणेन चाकूतिमुपैति योगी ॥ २९ ॥

Ainsi le yogi, par l’odorat, dépasse le parfum, par la langue la saveur, par la vue les formes, par la peau le toucher, et par l’ouïe la vibration subtile de l’éther; puis, par le prāṇa, il atteint la puissance de l’intention, transcendant les objets des sens.

Verse 30

स भूतसूक्ष्मेन्द्रियसंनिकर्षं मनोमयं देवमयं विकार्यम् । संसाद्य गत्या सह तेन याति विज्ञानतत्त्वं गुणसंनिरोधम् ॥ ३० ॥

Le sādhaka, après avoir dépassé le contact des éléments grossiers et des sens subtils—cette transformation mentale et « divine »—poursuit sa marche avec cela et atteint le plan du vijñāna-tattva, où les guṇa sont contenus et neutralisés.

Verse 31

तेनात्मनात्मानमुपैति शान्त- मानन्दमानन्दमयोऽवसाने । एतां गतिं भागवतीं गतो य: स वै पुनर्नेह विषज्जतेऽङ्ग ॥ ३१ ॥

Par cela l’âme parvient à son être pacifié et, à la fin, demeure dans l’ānanda suprême, plénitude de béatitude. Ô bien-aimé, celui qui atteint cette voie bhāgavata ne s’attache plus à ce monde matériel.

Verse 32

एते सृती ते नृप वेदगीते त्वयाभिपृष्टे च सनातने च । ये वै पुरा ब्रह्मण आह तुष्ट आराधितो भगवान् वासुदेव: ॥ ३२ ॥

Ô roi, ces voies sont chantées dans les Védas, et ce que j’ai exposé en réponse à ta question est une vérité éternelle. Jadis, le Bhagavān Vāsudeva, satisfait par une adoration conforme, l’enseigna lui-même à Brahmā.

Verse 33

न ह्यतोऽन्य: शिव: पन्था विशत: संसृताविह । वासुदेवे भगवति भक्तियोगो यतो भवेत् ॥ ३३ ॥

Pour ceux qui errent dans l’univers matériel, il n’est pas de voie plus propice que celle-ci : que s’éveille le bhakti-yoga envers le Bhagavān Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa.

Verse 34

भगवान् ब्रह्म कार्त्स्‍न्येन त्रिरन्वीक्ष्य मनीषया । तदध्यवस्यत् कूटस्थो रतिरात्मन् यतो भवेत् ॥ ३४ ॥

Le bienheureux Brahmā, l’esprit intensément concentré, étudia les Védas à trois reprises et, après un examen minutieux, conclut que l’attrait et la bhakti envers Śrī Kṛṣṇa, la Suprême Personnalité de Dieu, constituent la perfection suprême du dharma.

Verse 35

भगवान् सर्वभूतेषु लक्षित: स्वात्मना हरि: । द‍ृश्यैर्बुद्ध्यादिभिर्द्रष्टा लक्षणैरनुमापकै: ॥ ३५ ॥

Le Seigneur Hari, Śrī Kṛṣṇa, demeure en tous les êtres avec l’âme individuelle. Cette vérité se perçoit et s’infère par des signes tels que la vision, l’intelligence et autres facultés de connaissance.

Verse 36

तस्मात् सर्वात्मना राजन् हरि: सर्वत्र सर्वदा । श्रोतव्य: कीर्तितव्यश्च स्मर्तव्यो भगवान्नृणाम् ॥ ३६ ॥

Ainsi, ô Roi, il est essentiel que tout être humain, toujours et partout, de tout son cœur, écoute au sujet de Hari, Le glorifie par le kīrtana et se souvienne du Bhagavān.

Verse 37

पिबन्ति ये भगवत आत्मन: सतां कथामृतं श्रवणपुटेषु सम्भृतम् । पुनन्ति ते विषयविदूषिताशयं व्रजन्ति तच्चरणसरोरुहान्तिकम् ॥ ३७ ॥

Ceux qui boivent par l’oreille le nectar des récits du Bhagavān, bien-aimé des dévots, purifient l’intention du cœur souillée par la jouissance matérielle et parviennent ainsi auprès de Ses pieds de lotus, au séjour suprême.

Frequently Asked Questions

Because the chapter distinguishes śreyaḥ (ultimate good) from preyaḥ (temporary pleasure). Heaven-oriented aims keep the jīva within karma’s cycle, whereas the Bhāgavatam’s Vedic conclusion is devotion to Bhagavān; thus, misdirected Vedic engagement becomes “hard labor for nothing” when it does not awaken service to the Lord.

By aṅga-dhyāna: begin at the lotus feet and move upward—feet, calves, thighs, torso, ornaments, and finally the smiling face—fixing the mind sequentially. This graduated concentration purifies intelligence and stabilizes remembrance, making meditation devotional rather than merely technical.

This refers to Paramātmā, the localized expansion of the Supreme Lord situated in the heart, described with four hands and divine symbols. The chapter treats this as a valid object of meditation, yet it culminates in the higher conclusion that direct devotional service and attraction to Śrī Kṛṣṇa is the most auspicious and complete realization.

Śiśumāra is presented as the cosmic pivot (identified as the navel of Garbhodakaśāyī Viṣṇu) around which the universe turns. The yogī’s journey beyond it symbolizes transcending lower cosmic conditioning and aligning consciousness with Lord Hari, moving toward purified realms and ultimately toward spiritual perfection.

A bhakti-yogī aims for freedom from material desire and return to the Supreme, therefore transcending the need for planetary promotion or powers. A siddhi-seeking yogī retains subtle material desire, so he must carry a materially molded mind and senses, remaining within the graded cosmos rather than attaining final, desireless perfection.