Adhyaya 21
Dashama SkandhaAdhyaya 2120 Verses

Adhyaya 21

The Gopīs Glorify the Song of Kṛṣṇa’s Flute (Veṇu-gīta)

À Vṛndāvana, lorsque la saison des pluies cède la place à l’automne limpide, Śukadeva décrit les eaux de la forêt purifiées et les brises parfumées, tandis que Kṛṣṇa entre avec Balarāma, les jeunes vachers et les vaches. En gardant le troupeau, Kṛṣṇa se met à jouer de Sa flûte, et ce son devient le pivot du récit : il passe de la forêt au cœur des gopīs de Vraja, qui se rassemblent en secret et parlent en extase, d’une parole interrompue, lorsque le kāma se transmute en bhakti-rasa. Elles louent la beauté de Kṛṣṇa, Son vêtement, Ses empreintes et Sa flûte, puis élargissent leur regard : elles déclarent la flûte, les cerfs, les oiseaux, les rivières, les nuages, les femmes des tribus forestières et la colline Govardhana suprêmement fortunés, car chacun reçoit quelque contact avec Lui. Le chapitre s’achève sur les gopīs entièrement absorbées dans le smaraṇa, établissant un pont affectif et théologique vers l’intensification de la madhurya de Vraja dans les līlā à venir, centrées sur la flûte et la forêt, menant à l’arc du rāsa-līlā.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच इत्थं शरत्स्वच्छजलं पद्माकरसुगन्धिना । न्यविशद् वायुना वातं सगोगोपालकोऽच्युत: ॥ १ ॥

Śukadeva dit : Ainsi, en automne, les eaux devinrent limpides et une brise fraîche, parfumée par les lotus des lacs clairs, emplit la forêt. Le Seigneur infaillible, accompagné de Ses vaches et de Ses amis gopālas, entra dans la forêt de Vṛndāvana.

Verse 2

कुसुमितवनराजिशुष्मिभृङ्ग- द्विजकुलघुष्टसर:सरिन्महीध्रम् । मधुपतिरवगाह्य चारयन् गा: सहपशुपालबलश्चुकूज वेणुम् ॥ २ ॥

Les lacs, rivières et collines de Vṛndāvana résonnaient du bourdonnement des abeilles enivrées et des chants des volées d’oiseaux parmi les arbres en fleurs. Madhupati, Śrī Kṛṣṇa, entra dans cette forêt avec Balarāma et les gopālas, et, tout en menant les vaches au pâturage, fit vibrer Sa flûte.

Verse 3

तद् व्रजस्त्रिय आश्रुत्य वेणुगीतं स्मरोदयम् । काश्चित्परोक्षं कृष्णस्य स्वसखीभ्योऽन्ववर्णयन् ॥ ३ ॥

Quand les jeunes filles de Vraja entendirent le chant de la flûte de Śrī Kṛṣṇa, qui éveille l’élan de l’amour, certaines, en secret, se mirent à décrire à leurs amies intimes les qualités de Kṛṣṇa.

Verse 4

तद्वर्णयितुमारब्धा: स्मरन्त्य: कृष्णचेष्टितम् । नाशकन् स्मरवेगेन विक्षिप्तमनसो नृप ॥ ४ ॥

Elles commencèrent à parler de Kṛṣṇa, mais en se souvenant de Ses jeux divins, ô Roi, l’élan de l’amour troubla leur esprit, et elles ne purent plus parler.

Verse 5

बर्हापीडं नटवरवपु: कर्णयो: कर्णिकारं बिभ्रद् वास: कनककपिशं वैजयन्तीं च मालाम् । रन्ध्रान् वेणोरधरसुधया पूरयन्गोपवृन्दै- र्वृन्दारण्यं स्वपदरमणं प्राविशद् गीतकीर्ति: ॥ ५ ॥

Paré d’une plume de paon sur la tête, de fleurs bleues de karṇikāra aux oreilles, d’un vêtement jaune éclatant comme l’or et de la guirlande Vaijayantī, le Seigneur Kṛṣṇa, au corps du plus grand des danseurs, entra dans la forêt de Vṛndāvana, l’embellissant de l’empreinte de Ses pas; Il emplissait les trous de Sa flûte du nectar de Ses lèvres, tandis que les jeunes gardiens de vaches chantaient Ses gloires.

Verse 6

इति वेणुरवं राजन् सर्वभूतमनोहरम् । श्रुत्वा व्रजस्त्रिय: सर्वा वर्णयन्त्योऽभिरेभिरे ॥ ६ ॥

Ô Roi, en entendant le son de la flûte de Kṛṣṇa, qui ravit l’esprit de tous les êtres, toutes les jeunes filles de Vraja s’embrassèrent et se mirent à le décrire.

Verse 7

श्रीगोप्य ऊचु: अक्षण्वतां फलमिदं न परं विदाम: सख्य: पशूननु विवेशयतोर्वयस्यै: । वक्त्रं व्रजेशसुतयोरनवेणु जुष्टं यैर्वा निपीतमनुरक्तकटाक्षमोक्षम् ॥ ७ ॥

Les gopīs dirent : Amies, nous ne connaissons pas de fruit plus grand pour les yeux que ceci : contempler le beau visage des deux fils de Mahārāja Nanda lorsqu’ils entrent dans la forêt, entourés de leurs compagnons, menant les vaches devant eux, portant la flûte à leurs lèvres et jetant sur les habitants de Vṛndāvana des regards pleins d’amour ; celui qui les voit est béni.

Verse 8

चूतप्रवालबर्हस्तबकोत्पलाब्ज- मालानुपृक्तपरिधानविचित्रवेशौ । मध्ये विरेजतुरलं पशुपालगोष्ठ्यां रङ्गे यथा नटवरौ क्‍व च गायमानौ ॥ ८ ॥

Parés de jeunes pousses de manguier, de plumes de paon, de lotus, de nénuphars et de grappes de boutons, vêtus d’habits variés sur lesquels reposaient leurs guirlandes, Śrī Kṛṣṇa et Balarāma resplendissaient au milieu des jeunes vachers. On eût dit les meilleurs danseurs sur une scène, et parfois ils chantaient aussi.

Verse 9

गोप्य: किमाचरदयं कुशलं स्म वेणु- र्दामोदराधरसुधामपि गोपिकानाम् । भुङ्क्ते स्वयं यदवशिष्टरसं ह्रदिन्यो हृष्यत्त्वचोऽश्रु मुमुचुस्तरवो यथार्या: ॥ ९ ॥

Ô gopīs, quelle œuvre méritoire cette flûte a-t-elle accomplie pour goûter, à elle seule, le nectar des lèvres de Dāmodara, ne nous laissant qu’un reste de saveur, alors que ce nectar est destiné aux gopīs ? Les ancêtres de la flûte, les bambous, versent des larmes de joie ; et la rivière-mère sur la rive où il naquit tressaille d’allégresse, si bien que ses lotus se dressent comme des poils sur sa peau.

Verse 10

वृन्दावनं सखि भुवो वितनोति कीर्तिं यद् देवकीसुतपदाम्बुजलब्धलक्ष्मि । गोविन्दवेणुमनु मत्तमयूरनृत्यं प्रेक्ष्याद्रिसान्ववरतान्यसमस्तसत्त्वम् ॥ १० ॥

Ô amie, Vṛndāvana répand la gloire de la terre, car il a reçu le trésor des pieds de lotus de Śrī Kṛṣṇa, fils de Devakī. À la flûte de Govinda, les paons dansent comme enivrés ; et, les voyant depuis les sommets, toutes les autres créatures demeurent saisies.

Verse 11

धन्या: स्म मूढगतयोऽपि हरिण्य एता या नन्दनन्दनमुपात्तविचित्रवेशम् । आकर्ण्य वेणुरणितं सहकृष्णसारा: पूजां दधुर्विरचितां प्रणयावलोकै: ॥ ११ ॥

Bienheureuses sont même ces biches au cœur simple : elles se sont approchées de Nanda-nandana, Śrī Kṛṣṇa, paré d’un vêtement splendide et varié, jouant de sa flûte. Avec les cerfs kṛṣṇasāra, entendant la flûte, elles lui offrent comme une pūjā par des regards pleins d’amour.

Verse 12

कृष्णं निरीक्ष्य वनितोत्सवरूपशीलं श्रुत्वा च तत्‍क्‍वणितवेणुविविक्तगीतम् । देव्यो विमानगतय: स्मरनुन्नसारा भ्रश्यत्प्रसूनकबरा मुमुहुर्विनीव्य: ॥ १२ ॥

En voyant Kṛṣṇa—dont la beauté et le caractère sont une fête pour les femmes—et en entendant le chant solitaire de sa flûte résonnante, les épouses des devas, voyageant en vimānas avec leurs maris, furent bouleversées par Kāma. Tant elles furent fascinées que les fleurs tombèrent de leurs cheveux, leurs ceintures se dénouèrent, et elles faillirent défaillir.

Verse 13

गावश्च कृष्णमुखनिर्गतवेणुगीत- पीयूषमुत्तभितकर्णपुटै: पिबन्त्य: । शावा: स्‍नुतस्तनपय:कवला: स्म तस्थु- र्गोविन्दमात्मनि द‍ृशाश्रुकला: स्पृशन्त्य: ॥ १३ ॥

Les vaches boivent le nectar du chant de la flûte jailli de la bouche de Kṛṣṇa, dressant leurs oreilles comme des coupes. Les veaux, la bouche pleine du lait des mamelles humides, demeurent immobiles et, les yeux baignés de larmes, reçoivent Govinda en eux et l’étreignent dans leur cœur.

Verse 14

प्रायो बताम्ब विहगा मुनयो वनेऽस्मिन् कृष्णेक्षितं तदुदितं कलवेणुगीतम् । आरुह्य ये द्रुमभुजान् रुचिरप्रवालान् श‍ृण्वन्ति मीलितद‍ृशो विगतान्यवाच: ॥ १४ ॥

Ô mère, dans cette forêt les oiseaux semblent au rang des grands sages. Pour voir Kṛṣṇa, ils se posent sur les belles branches des arbres, ferment les yeux et, dans le silence, écoutent les douces vibrations de sa flûte; aucun autre son ne les attire.

Verse 15

नद्यस्तदा तदुपधार्य मुकुन्दगीत- मावर्तलक्षितमनोभवभग्नवेगा: । आलिङ्गनस्थगितमूर्मिभुजैर्मुरारे- र्गृह्णन्ति पादयुगलं कमलोपहारा: ॥ १५ ॥

Quand les rivières entendent le chant de Mukunda, le désir s’éveille en elles; leur courant se brise et l’eau s’agite en tourbillons. Alors, avec les bras de leurs vagues, elles enlacent les pieds de lotus de Murāri et, s’y accrochant, offrent des lotus en hommage.

Verse 16

द‍ृष्ट्वातपे व्रजपशून् सह रामगोपै: सञ्चारयन्तमनु वेणुमुदीरयन्तम् । प्रेमप्रवृद्ध उदित: कुसुमावलीभि: सख्युर्व्यधात् स्ववपुषाम्बुद आतपत्रम् ॥ १६ ॥

Même sous l’ardeur du soleil d’été, avec Balarāma et les jeunes vachers, le Seigneur Kṛṣṇa conduit les bêtes de Vraja tout en faisant résonner sans cesse sa flûte. Voyant cela, le nuage du ciel, gonflé d’amour, s’éleva et, de son propre corps semé de gouttes comme des fleurs, façonna un parasol pour ombrager son ami.

Verse 17

पूर्णा: पुलिन्द्य उरुगायपदाब्जराग- श्रीकुङ्कुमेन दयितास्तनमण्डितेन । तद्दर्शनस्मररुजस्तृणरूषितेन लिम्पन्त्य आननकुचेषु जहुस्तदाधिम् ॥ १७ ॥

Les femmes pulinda de Vṛndāvana s’émeuvent de désir en voyant le kuṅkuma rouge, teint par la poussière des pieds de lotus d’Urugāya (Kṛṣṇa), qui ornait jadis la poitrine de Ses bien-aimées et s’est déposé sur l’herbe. En s’en enduisant le visage et la poitrine, elles apaisent toute leur agitation.

Verse 18

हन्तायमद्रिरबला हरिदासवर्यो यद् रामकृष्णचरणस्परशप्रमोद: । मानं तनोति सहगोगणयोस्तयोर्यत् पानीयसूयवसकन्दरकन्दमूलै: ॥ १८ ॥

Ah ! Cette colline Govardhana est la meilleure parmi les dévots de Hari. Ô amies, elle procure à Śrī Kṛṣṇa et à Balarāma, avec leurs veaux, leurs vaches et leurs compagnons vachers, l’eau à boire, l’herbe la plus tendre, des grottes, des fruits, des fleurs, des légumes et des racines ; ainsi elle rend hommage au Seigneur. Touchée par Leurs pieds de lotus, Govardhana exulte de joie.

Verse 19

गा गोपकैरनुवनं नयतोरुदार- वेणुस्वनै: कलपदैस्तनुभृत्सु सख्य: । अस्पन्दनं गतिमतां पुलकस्तरुणां निर्योगपाशकृतलक्षणयोर्विचित्रम् ॥ १९ ॥

Amies, lorsque Kṛṣṇa et Balarāma traversent la forêt avec leurs compagnons vachers, conduisant les vaches, les douces mélodies de Leur flûte rendent immobiles les êtres en mouvement, et les arbres, pourtant fixes, frémissent d’extase. Et les cordes qu’Ils portent pour lier les pattes arrière des vaches au moment de la traite : tout cela est vraiment merveilleux.

Verse 20

एवंविधा भगवतो या वृन्दावनचारिण: । वर्णयन्त्यो मिथो गोप्य: क्रीडास्तन्मयतां ययु: ॥ २० ॥

Ainsi, se racontant les unes aux autres les jeux divins du Bhagavān qui errait dans la forêt de Vṛndāvana, les gopīs devinrent entièrement absorbées en Lui.

Frequently Asked Questions

The flute functions as nāda-brahma in līlā form: divine sound that bypasses mere intellect and directly awakens the heart’s dormant devotion. In this chapter, the flute-song draws all beings—gopīs, animals, birds, rivers, clouds—into a shared field of remembrance, showing that bhakti is elicited by Bhagavān’s self-manifesting beauty and mercy. The gopīs’ praise also highlights intimacy: the flute touches Kṛṣṇa’s lips, symbolizing proximity to the Lord that devotees yearn for.

Bhāgavata theology presents Vraja-prema as transcendental, yet it is expressed through human-like emotions to make the Absolute relatable and relishable (rasa). ‘Cupid’ here indicates the overwhelming force of attraction that, in conditioned life, binds one to sense pleasure, but in Vraja it is purified into prema—where desire is centered only on Kṛṣṇa’s pleasure. The gopīs’ speech breaking and their absorption in remembrance are signs of mahā-bhāva, not material lust.

The gopīs call many recipients fortunate: the flute (for tasting Kṛṣṇa’s lip-nectar), deer (for worshiping with loving glances), birds (for silent absorption like sages), rivers (for offering lotuses and embracing His feet), clouds (for shading Him as a friend), the Vraja-aborigine women (for contact with kuṅkuma from His feet), and especially Govardhana Hill (for serving Kṛṣṇa with grass, water, caves, and fruits). The unifying criterion is proximity and service to Kṛṣṇa—direct or indirect—revealing bhāgya (fortune) as devotional contact.

Govardhana is praised as the best devotee because it performs continuous, practical sevā—providing resources for Kṛṣṇa, Balarāma, cows, and cowherds—while being ‘touched’ by Their lotus feet. This frames devotion not only as emotion but as embodied service (poshana in a localized, intimate mode), and it foreshadows Govardhana’s later centrality in Vraja-līlā.