
Paugaṇḍa Cowherding, Tālavana, the Slaying of Dhenukāsura, and Revival from Poisoned Yamunā Water
Lorsque Kṛṣṇa et Balarāma entrent dans l’âge de paugaṇḍa, les anciens de Vraja les autorisent à garder les vaches, ouvrant une nouvelle étape de la Vraja-līlā. Le chapitre s’ouvre sur l’écologie sanctifiée de Vṛndāvana : les arbres s’inclinent, abeilles et oiseaux semblent louer le Seigneur, et la conduite du troupeau au son de la flûte de Kṛṣṇa devient une liturgie où la nature répond à Īśa. Kṛṣṇa s’amuse à imiter oiseaux et animaux, tandis que les jeunes vachers le servent, Lui et Balarāma, dans une amitié intime (sakhya-rasa), révélant comment Bhagavān voile son aiśvarya sous yogamāyā. À la demande des garçons pour les fruits parfumés du tāla, les deux Frères entrent dans Tālavana ; Balarāma secoue les palmiers, Dhenukāsura attaque et est mis à mort, puis les autres démons-ânes sont abattus, rendant la forêt de nouveau accessible et nourricière — poṣaṇa comme restauration écologique et sociale. De retour à Vraja, le darśana des gopīs et la tendresse maternelle de Yaśodā et Rohiṇī achèvent le cycle du jour. Enfin, en l’absence de Balarāma, Kṛṣṇa ranime d’un regard nectaré les vaches et les garçons terrassés par l’eau empoisonnée de la Yamunā, préparant la suite vers l’affrontement avec la source du poison (la séquence de Kāliya).
Verse 1
श्रीशुक उवाच ततश्च पौगण्डवय:श्रीतौ व्रजे बभूवतुस्तौ पशुपालसम्मतौ । गाश्चारयन्तौ सखिभि: समं पदै- र्वृन्दावनं पुण्यमतीव चक्रतु: ॥ १ ॥
Śukadeva Gosvāmī dit : Puis, tandis qu’Ils vivaient au Vraja, lorsque le Seigneur Rāma et le Seigneur Kṛṣṇa atteignirent l’âge de paugaṇḍa (de six à dix ans), les vachers Leur confièrent la garde des vaches. Avec Leurs amis, les deux garçons rendirent Vṛndāvana très auspiceuse en y imprimant les marques de Leurs pieds de lotus.
Verse 2
तन्माधवो वेणुमुदीरयन् वृतो गोपैर्गृणद्भि: स्वयशो बलान्वित: । पशून् पुरस्कृत्य पशव्यमाविशद् विहर्तुकाम: कुसुमाकरं वनम् ॥ २ ॥
Alors, désireux de goûter Ses līlās, le Seigneur Mādhava fit résonner Sa flûte, entouré des jeunes vachers qui chantaient Ses gloires et accompagné de Balarāma ; plaçant le troupeau devant Lui, Il entra dans la forêt de Vṛndāvana, pleine de fleurs et riche en pâturages.
Verse 3
तन्मञ्जुघोषालिमृगद्विजाकुलं महन्मन:प्रख्यपय:सरस्वता । वातेन जुष्टं शतपत्रगन्धिना निरीक्ष्य रन्तुं भगवान् मनो दधे ॥ ३ ॥
Le Seigneur contempla cette forêt, retentissante des sons charmants des abeilles, des bêtes et des oiseaux ; embellie par un lac aux eaux limpides, pareilles à l’esprit des grandes âmes, et caressée par une brise portant le parfum des lotus aux cent pétales. Voyant cela, le Seigneur Kṛṣṇa résolut de s’y réjouir.
Verse 4
स तत्र तत्रारुणपल्लवश्रिया फलप्रसूनोरुभरेण पादयो: । स्पृशच्छिखान् वीक्ष्य वनस्पतीन् मुदा स्मयन्निवाहाग्रजमादिपूरुष: ॥ ४ ॥
Le Seigneur primordial vit que les arbres majestueux, ornés de bourgeons rougeâtres et alourdis de fruits et de fleurs, se courbaient pour effleurer Ses pieds du bout de leurs branches. À cette vue, Il sourit doucement et s’adressa à Son frère aîné.
Verse 5
श्रीभगवानुवाच अहो अमी देववरामरार्चितं पादाम्बुजं ते सुमन:फलार्हणम् । नमन्त्युपादाय शिखाभिरात्मन- स्तमोऽपहत्यै तरुजन्म यत्कृतम् ॥ ५ ॥
Le Seigneur Suprême dit : « Ô le plus grand des seigneurs ! Vois comme ces arbres inclinent la tête devant tes pieds de lotus, adorés même par les dieux immortels, et t’offrent fleurs et fruits. Ils veulent dissiper l’obscure ignorance qui les a fait naître arbres. »
Verse 6
एतेऽलिनस्तव यशोऽखिललोकतीर्थं गायन्त आदिपुरुषानुपथं भजन्ते । प्रायो अमी मुनिगणा भवदीयमुख्या गूढं वनेऽपि न जहत्यनघात्मदैवम् ॥ ६ ॥
Ô Personne originelle, ces abeilles chantent Ta gloire, qui est un tirtha sacré pour tous les mondes, et Elles T’adorent en Te suivant sur le chemin. Ce sont sûrement de grands sages, Tes plus hauts dévots; même si Tu Te caches dans la forêt, ô Sans‑faute, elles n’abandonnent pas leur Seigneur adorable.
Verse 7
नृत्यन्त्यमी शिखिन ईड्य मुदा हरिण्य: कुर्वन्ति गोप्य इव ते प्रियमीक्षणेन । सूक्तैश्च कोकिलगणा गृहमागताय धन्या वनौकस इयान् हि सतां निसर्ग: ॥ ७ ॥
Ô Toi qui es digne d’adoration, ces paons dansent de joie devant Toi; ces biches Te réjouissent de regards affectueux, comme les gopīs; et ces coucous T’honorent par des chants tels des sūkta védiques, comme on accueille un hôte à la maison. Bienheureux sont les habitants de la forêt; telle est la nature des saints lorsqu’ils reçoivent une grande âme.
Verse 8
धन्येयमद्य धरणी तृणवीरुधस्त्वत्- पादस्पृशो द्रुमलता: करजाभिमृष्टा: । नद्योऽद्रय: खगमृगा: सदयावलोकै- र्गोप्योऽन्तरेण भुजयोरपि यत्स्पृहा श्री: ॥ ८ ॥
Aujourd’hui, cette terre est devenue très bénie, car Tu as touché ses herbes et ses buissons de Tes pieds, et ses arbres et lianes des ongles de Tes doigts. Par Tes regards miséricordieux, Tu as gratifié ses rivières, ses montagnes, ses oiseaux et ses bêtes. Mais par‑dessus tout, Tu as enlacé les gopīs entre Tes deux bras—une faveur que désire même la déesse Śrī, Lakṣmī elle‑même.
Verse 9
श्रीशुक उवाच एवं वृन्दावनं श्रीमत् कृष्ण: प्रीतमना: पशून् । रेमे सञ्चारयन्नद्रे: सरिद्रोध:सु सानुग: ॥ ९ ॥
Śrī Śukadeva dit : Ainsi, satisfait de la splendeur de la forêt de Vṛndāvana et de ses habitants, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa se réjouit de garder les vaches et les autres bêtes avec Ses amis, sur les rives de la Yamunā, au-dessous de la colline Govardhana.
Verse 10
क्वचिद् गायति गायत्सु मदान्धालिष्वनुव्रतै: । उपगीयमानचरित: पथि सङ्कर्षणान्वित: ॥ १० ॥ अनुजल्पति जल्पन्तं कलवाक्यै: शुकं क्वचित् । क्वचित्सवल्गु कूजन्तमनुकूजति कोकिलम् । क्वचिच्च कालहंसानामनुकूजति कूजितम् । अभिनृत्यति नृत्यन्तं बर्हिणं हासयन् क्वचित् ॥ ११ ॥ मेघगम्भीरया वाचा नामभिर्दूरगान् पशून् । क्वचिदाह्वयति प्रीत्या गोगोपालमनोज्ञया ॥ १२ ॥
Parfois, les abeilles de Vṛndāvana, enivrées d’extase dévotionnelle, fermaient les yeux et chantaient ; alors, cheminant dans la forêt avec Saṅkarṣaṇa (Balarāma), tandis que Ses amis chantaient Ses līlās, Śrī Kṛṣṇa leur répondait en imitant leur chant.
Verse 11
क्वचिद् गायति गायत्सु मदान्धालिष्वनुव्रतै: । उपगीयमानचरित: पथि सङ्कर्षणान्वित: ॥ १० ॥ अनुजल्पति जल्पन्तं कलवाक्यै: शुकं क्वचित् । क्वचित्सवल्गु कूजन्तमनुकूजति कोकिलम् । क्वचिच्च कालहंसानामनुकूजति कूजितम् । अभिनृत्यति नृत्यन्तं बर्हिणं हासयन् क्वचित् ॥ ११ ॥ मेघगम्भीरया वाचा नामभिर्दूरगान् पशून् । क्वचिदाह्वयति प्रीत्या गोगोपालमनोज्ञया ॥ १२ ॥
Parfois Il imitait, d’une voix douce, le bavardage du perroquet ; parfois le chant suave du coucou ; parfois le roucoulement des cygnes ; et parfois Il dansait comme un paon, faisant rire Ses amis gopālas.
Verse 12
क्वचिद् गायति गायत्सु मदान्धालिष्वनुव्रतै: । उपगीयमानचरित: पथि सङ्कर्षणान्वित: ॥ १० ॥ अनुजल्पति जल्पन्तं कलवाक्यै: शुकं क्वचित् । क्वचित्सवल्गु कूजन्तमनुकूजति कोकिलम् । क्वचिच्च कालहंसानामनुकूजति कूजितम् । अभिनृत्यति नृत्यन्तं बर्हिणं हासयन् क्वचित् ॥ ११ ॥ मेघगम्भीरया वाचा नामभिर्दूरगान् पशून् । क्वचिदाह्वयति प्रीत्या गोगोपालमनोज्ञया ॥ १२ ॥
Parfois, d’une voix profonde comme le grondement des nuages, Il appelait avec affection, par leurs noms, les bêtes parties loin du troupeau ; cet appel ravissant enchantait les vaches et les jeunes gopālas.
Verse 13
चकोरक्रौञ्चचक्राह्वभारद्वाजांश्च बर्हिण: । अनुरौति स्म सत्त्वानां भीतवद् व्याघ्रसिंहयो: ॥ १३ ॥
Parfois Il poussait des cris en imitant des oiseaux tels que les cakoras, krauñcas, cakrāhvas, bhāradvājas et les paons ; et parfois Il s’enfuyait avec les petits animaux, feignant de craindre tigres et lions.
Verse 14
क्वचित् क्रीडापरिश्रान्तं गोपोत्सङ्गोपबर्हणम् । स्वयं विश्रमयत्यार्यं पादसंवाहनादिभि: ॥ १४ ॥
Parfois, lorsque l’aîné Balarāma, épuisé par les jeux, s’allongeait la tête sur les genoux d’un jeune vacher, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa le faisait se détendre en le servant Lui-même, massant ses pieds et lui rendant d’autres soins.
Verse 15
नृत्यतो गायत: क्वापि वल्गतो युध्यतो मिथ: । गृहीतहस्तौ गोपालान् हसन्तौ प्रशशंसतु: ॥ १५ ॥
Parfois les jeunes vachers dansaient, chantaient, bondissaient et se battaient pour rire; alors Kṛṣṇa et Balarāma, debout tout près, la main dans la main, louaient les jeux de leurs amis et riaient.
Verse 16
क्वचित् पल्लवतल्पेषु नियुद्धश्रमकर्शित: । वृक्षमूलाश्रय: शेते गोपोत्सङ्गोपबर्हण: ॥ १६ ॥
Parfois, épuisé par la lutte, le Seigneur Kṛṣṇa s’allongeait au pied d’un arbre, sur un lit de brindilles et de bourgeons tendres, prenant pour oreiller les genoux d’un ami vacher.
Verse 17
पादसंवाहनं चक्रु: केचित्तस्य महात्मन: । अपरे हतपाप्मानो व्यजनै: समवीजयन् ॥ १७ ॥
Alors, certains de ces jeunes vachers, âmes magnanimes, massaient Ses pieds de lotus; d’autres, rendus dignes par l’absence de péché, éventaient avec adresse le Seigneur Suprême.
Verse 18
अन्ये तदनुरूपाणि मनोज्ञानि महात्मन: । गायन्ति स्म महाराज स्नेहक्लिन्नधिय: शनै: ॥ १८ ॥
Ô roi, d’autres garçons chantaient doucement des hymnes enchanteurs, convenant à l’instant; et, par amour pour le Seigneur, leur cœur se fondait de tendresse.
Verse 19
एवं निगूढात्मगति: स्वमायया गोपात्मजत्वं चरितैर्विडम्बयन् । रेमे रमालालितपादपल्लवो ग्राम्यै: समं ग्राम्यवदीशचेष्टित: ॥ १९ ॥
Ainsi, le Seigneur Suprême, dont les tendres pieds de lotus sont servis par la déesse Lakṣmī, dissimula par Sa puissance interne Ses opulences transcendantes et joua le rôle du fils d’un vacher. Tout en se divertissant comme un garçon du village parmi les villageois, Il révélait souvent des prouesses que seul Dieu peut accomplir.
Verse 20
श्रीदामा नाम गोपालो रामकेशवयो: सखा । सुबलस्तोककृष्णाद्या गोपा: प्रेम्णेदमब्रुवन् ॥ २० ॥
Un jour, certains garçons vachers — Śrīdāmā, l’ami très proche de Rāma et de Kṛṣṇa, ainsi que Subala, Stokakṛṣṇa et d’autres — prononcèrent avec affection les paroles suivantes.
Verse 21
राम राम महाबाहो कृष्ण दुष्टनिबर्हण । इतोऽविदूरे सुमहद् वनं तालालिसङ्कुलम् ॥ २१ ॥
[Les garçons vachers dirent :] Ô Rāma, Rāma, aux bras puissants ! Ô Kṛṣṇa, destructeur des méchants ! Non loin d’ici se trouve une très grande forêt, remplie de rangées de palmiers.
Verse 22
फलानि तत्र भूरीणि पतन्ति पतितानि च । सन्ति किन्त्ववरुद्धानि धेनुकेन दुरात्मना ॥ २२ ॥
Dans cette forêt, d’innombrables fruits tombent des arbres, et beaucoup gisent déjà à terre. Mais tous sont gardés et interdits par le malfaisant Dhenuka.
Verse 23
सोऽतिवीर्योऽसुरो राम हे कृष्ण खररूपधृक् । आत्मतुल्यबलैरन्यैर्ज्ञातिभिर्बहुभिर्वृत: ॥ २३ ॥
Ô Rāma, ô Kṛṣṇa ! Cet asura Dhenuka est d’une puissance extrême et a pris la forme d’un âne. Il est entouré de nombreux parents et compagnons, aussi forts que lui et de forme semblable.
Verse 24
तस्मात् कृतनराहाराद् भीतैर्नृभिरमित्रहन् । न सेव्यते पशुगणै: पक्षिसङ्घैर्विवर्जितम् ॥ २४ ॥
Parce que le démon Dhenuka a dévoré des hommes, les gens et les bêtes craignent d’aller dans la forêt de Tāla. Ô tueur de l’ennemi, même les oiseaux l’évitent.
Verse 25
विद्यन्तेऽभुक्तपूर्वाणि फलानि सुरभीणि च । एष वै सुरभिर्गन्धो विषूचीनोऽवगृह्यते ॥ २५ ॥
Là se trouvent des fruits parfumés que nul n’a jamais goûtés. Vois : la douce fragrance des fruits de tāla se répand de tous côtés.
Verse 26
प्रयच्छ तानि न: कृष्ण गन्धलोभितचेतसाम् । वाञ्छास्ति महती राम गम्यतां यदि रोचते ॥ २६ ॥
Ô Kṛṣṇa, apporte-nous ces fruits : leur parfum a captivé nos cœurs. Cher Rāma, notre désir est immense ; si tu l’approuves, allons à la forêt de Tāla.
Verse 27
एवं सुहृद्वच: श्रुत्वा सुहृत्प्रियचिकीर्षया । प्रहस्य जग्मतुर्गोपैर्वृतौ तालवनं प्रभू ॥ २७ ॥
Entendant les paroles de leurs chers compagnons, Kṛṣṇa et Balarāma rirent et, désirant leur faire plaisir, partirent vers Tālavana entourés des jeunes bouviers.
Verse 28
बल: प्रविश्य बाहुभ्यां तालान् सम्परिकम्पयन् । फलानि पातयामास मतङ्गज इवौजसा ॥ २८ ॥
Le Seigneur Balarāma entra le premier dans la forêt de Tāla. Puis, de ses deux bras, il secoua puissamment les palmiers comme un éléphant en rut, faisant tomber les fruits à terre.
Verse 29
फलानां पततां शब्दं निशम्यासुररासभ: । अभ्यधावत् क्षितितलं सनगं परिकम्पयन् ॥ २९ ॥
Entendant le bruit des fruits qui tombaient, l’asura en forme d’âne, Dhenuka, se précipita à l’attaque, faisant trembler la terre et les arbres.
Verse 30
समेत्य तरसा प्रत्यग् द्वाभ्यां पद्भ्यां बलं बली । निहत्योरसि काशब्दं मुञ्चन् पर्यसरत् खल: ॥ ३० ॥
Le démon puissant se rua sur le Seigneur Baladeva et frappa vivement sa poitrine de ses deux sabots arrière; puis il se mit à courir çà et là en braillant bruyamment.
Verse 31
पुनरासाद्य संरब्ध उपक्रोष्टा पराक् स्थित: । चरणावपरौ राजन् बलाय प्राक्षिपद् रुषा ॥ ३१ ॥
Ô Roi, Dhenuka, hors de lui, revint vers le Seigneur Balarama, se plaça dos à Lui et, hurlant de rage, lança contre Lui ses deux pattes arrière.
Verse 32
स तं गृहीत्वा प्रपदोर्भ्रामयित्वैकपाणिना । चिक्षेप तृणराजाग्रे भ्रामणत्यक्तजीवितम् ॥ ३२ ॥
Alors le Seigneur Balarama le saisit par les sabots, le fit tournoyer d’une seule main et le projeta au sommet d’un palmier; cette rotation violente ôta la vie à Dhenuka.
Verse 33
तेनाहतो महातालो वेपमानो बृहच्छिरा: । पार्श्वस्थं कम्पयन् भग्न: स चान्यं सोऽपि चापरम् ॥ ३३ ॥
Quand le corps y tomba, le plus grand palmier de la forêt se mit à trembler et se brisa avec sa lourde cime; son ébranlement fit vaciller l’arbre voisin, qui se rompit aussi et en frappa un autre—ainsi, de nombreux arbres tremblèrent et se brisèrent.
Verse 34
बलस्य लीलयोत्सृष्टखरदेहहताहता: । तालाश्चकम्पिरे सर्वे महावातेरिता इव ॥ ३४ ॥
Par le jeu divin de Śrī Balarāma, qui lança le corps du démon-âne au sommet du plus haut palmier, tous les palmiers se mirent à trembler et à se heurter, comme poussés par des vents impétueux.
Verse 35
नैतच्चित्रं भगवति ह्यनन्ते जगदीश्वरे । ओतप्रोतमिदं यस्मिंस्तन्तुष्वङ्ग यथा पट: ॥ ३५ ॥
Ô Parīkṣit, il n’y a rien d’étonnant à ce que Bhagavān Balarāma, l’Infini et Seigneur de l’univers, ait tué Dhenukāsura; car tout le cosmos est tissé en Lui comme une étoffe sur ses fils de chaîne et de trame.
Verse 36
तत: कृष्णं च रामं च ज्ञातयो धेनुकस्य ये । क्रोष्टारोऽभ्यद्रवन् सर्वे संरब्धा हतबान्धवा: ॥ ३६ ॥
Alors les autres démons-ânes, parents de Dhenukāsura, furieux de voir leur compagnon tué, accoururent tous aussitôt pour attaquer Kṛṣṇa et Rāma.
Verse 37
तांस्तानापतत: कृष्णो रामश्च नृप लीलया । गृहीतपश्चाच्चरणान् प्राहिणोत्तृणराजसु ॥ ३७ ॥
Ô Roi, tandis que les démons se ruaient, Kṛṣṇa et Rāma, avec aisance dans leur lila, les saisirent l’un après l’autre par les pattes arrière et les jetèrent au sommet des palmiers.
Verse 38
फलप्रकरसङ्कीर्णं दैत्यदेहैर्गतासुभि: । रराज भू: सतालाग्रैर्घनैरिव नभस्तलम् ॥ ३८ ॥
Alors la terre parut magnifiquement couverte d’amas de fruits et des corps sans vie des démons, enchevêtrés dans les cimes brisées des palmiers; la terre resplendissait comme le ciel orné de nuages.
Verse 39
तयोस्तत् सुमहत् कर्म निशम्य विबुधादय: । मुमुचु: पुष्पवर्षाणि चक्रुर्वाद्यानि तुष्टुवु: ॥ ३९ ॥
Entendant l’exploit grandiose des deux frères, les demi-dieux et autres êtres élevés firent pleuvoir des fleurs, jouèrent des instruments et offrirent prières et louanges en glorification.
Verse 40
अथ तालफलान्यादन्मनुष्या गतसाध्वसा: । तृणं च पशवश्चेरुर्हतधेनुककानने ॥ ४० ॥
Alors les gens, délivrés de la peur, retournèrent dans la forêt où Dhenuka avait été tué et mangèrent les fruits des palmiers. Les vaches aussi purent y brouter l’herbe en liberté.
Verse 41
कृष्ण: कमलपत्राक्ष: पुण्यश्रवणकीर्तन: । स्तूयमानोऽनुगैर्गोपै: साग्रजो व्रजमाव्रजत् ॥ ४१ ॥
Alors le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, aux yeux pareils aux pétales de lotus, dont les gloires sont saintes à entendre et à chanter, retourna à Vraja avec Son frère aîné, Balarāma. En chemin, les jeunes gopas, Ses fidèles compagnons, chantaient Sa renommée.
Verse 42
तं गोरजश्छुरितकुन्तलबद्धबर्ह- वन्यप्रसूनरुचिरेक्षणचारुहासम् । वेणुम्क्वणन्तमनुगैरुपगीतकीर्तिं गोप्यो दिदृक्षितदृशोऽभ्यगमन् समेता: ॥ ४२ ॥
Les cheveux du Seigneur Kṛṣṇa, poudrés de la poussière soulevée par les vaches, étaient ornés d’une plume de paon et de fleurs de la forêt. D’un regard charmant et d’un beau sourire, Il faisait résonner Sa flûte tandis que Ses compagnons chantaient Sa gloire. Les gopīs, les yeux avides de Le voir, s’avancèrent toutes ensemble à Sa rencontre.
Verse 43
पीत्वा मुकुन्दमुखसारघमक्षिभृङ्गै- स्तापं जहुर्विरहजं व्रजयोषितोऽह्नि । तत्सत्कृतिं समधिगम्य विवेश गोष्ठं सव्रीडहासविनयं यदपाङ्गमोक्षम् ॥ ४३ ॥
Avec des yeux pareils à des abeilles, les femmes de Vraja burent le miel du beau visage de Mukunda, et ainsi s’évanouit la brûlure du jour née de la séparation. Leurs regards de côté, pleins de pudeur, de rire et de soumission, Śrī Kṛṣṇa les reçut comme une offrande de respect, puis Il entra dans le village des pasteurs.
Verse 44
तयोर्यशोदारोहिण्यौ पुत्रयो: पुत्रवत्सले । यथाकामं यथाकालं व्यधत्तां परमाशिष: ॥ ४४ ॥
Mère Yaśodā et mère Rohiṇī, débordantes de tendresse maternelle pour leurs deux fils, leur offraient ce qu’il y avait de meilleur, selon leurs désirs et aux moments appropriés, en leur donnant les plus hautes bénédictions.
Verse 45
गताध्वानश्रमौ तत्र मज्जनोन्मर्दनादिभि: । नीवीं वसित्वा रुचिरां दिव्यस्रग्गन्धमण्डितौ ॥ ४५ ॥
Par le bain, les onctions et les massages, les deux jeunes Seigneurs furent soulagés de la fatigue des chemins de campagne. Puis on les revêtit d’habits charmants et on les para de guirlandes et de parfums transcendants.
Verse 46
जनन्युपहृतं प्राश्य स्वाद्वन्नमुपलालितौ । संविश्य वरशय्यायां सुखं सुषुपतुर्व्रजे ॥ ४६ ॥
Après avoir savouré les mets délicieux offerts par leurs mères et avoir été choyés de mille façons, les deux frères s’étendirent sur d’excellents lits et s’endormirent heureux à Vraja.
Verse 47
एवं स भगवान् कृष्णो वृन्दावनचर: क्वचित् । ययौ राममृते राजन् कालिन्दीं सखिभिर्वृत: ॥ ४७ ॥
Ô roi, ainsi le Seigneur Suprême Kṛṣṇa errait dans la région de Vṛndāvana, accomplissant Ses jeux divins. Un jour, sans Balarāma et entouré de Ses compagnons, Il se rendit à la rivière Kāлиндī (Yamunā).
Verse 48
अथ गावश्च गोपाश्च निदाघातपपीडिता: । दुष्टं जलं पपुस्तस्यास्तृष्णार्ता विषदूषितम् ॥ ४८ ॥
En ce temps-là, les vaches et les jeunes gardiens de troupeaux souffraient cruellement sous le soleil brûlant de l’été. Tourmentés par la soif, ils burent l’eau de la Yamunā, mais elle était souillée par du poison.
Verse 49
विषाम्भस्तदुपस्पृश्य दैवोपहतचेतस: । निपेतुर्व्यसव: सर्वे सलिलान्ते कुरूद्वह ॥ ४९ ॥ वीक्ष्य तान् वै तथाभूतान् कृष्णो योगेश्वरेश्वर: । ईक्षयामृतवर्षिण्या स्वनाथान् समजीवयत् ॥ ५० ॥
Dès qu’ils touchèrent l’eau empoisonnée, par la puissance divine du Seigneur toutes les vaches et les jeunes gardiens perdirent connaissance et tombèrent sans vie au bord de l’eau, ô héros des Kuru.
Verse 50
विषाम्भस्तदुपस्पृश्य दैवोपहतचेतस: । निपेतुर्व्यसव: सर्वे सलिलान्ते कुरूद्वह ॥ ४९ ॥ वीक्ष्य तान् वै तथाभूतान् कृष्णो योगेश्वरेश्वर: । ईक्षयामृतवर्षिण्या स्वनाथान् समजीवयत् ॥ ५० ॥
Les voyant en cet état, le Seigneur Kṛṣṇa, maître des maîtres du yoga, eut compassion de ces dévots qui n’avaient d’autre refuge que Lui, et les ranima aussitôt par Son regard ruisselant de nectar.
Verse 51
ते सम्प्रतीतस्मृतय: समुत्थाय जलान्तिकात् । आसन् सुविस्मिता: सर्वे वीक्षमाणा: परस्परम् ॥ ५१ ॥
Ayant retrouvé pleinement mémoire et conscience, toutes les vaches et les jeunes gardiens se relevèrent près de l’eau et, saisis d’un grand étonnement, se regardèrent les uns les autres.
Verse 52
अन्वमंसत तद् राजन् गोविन्दानुग्रहेक्षितम् । पीत्वा विषं परेतस्य पुनरुत्थानमात्मन: ॥ ५२ ॥
Ô Roi, les jeunes gardiens pensèrent alors : «Nous avons bu le poison et sommes réellement morts; mais par le regard miséricordieux de Govinda, nous nous sommes relevés de nous-mêmes, rendus à la vie».
Dhenukāsura’s rule makes Tālavana inaccessible, blocking both human movement and the natural bounty (tāla fruits). Balarāma’s slaying of the ass-demon is poṣaṇa: the Lord removes a violent obstruction so Vraja’s community and animals can live and graze without fear. It also signals that divine play includes real protection—bhakti is nurtured in a world made safe by Bhagavān’s intervention.
The chapter highlights Balarāma as the Lord’s elder brother and the embodiment of strength and support (balam). His leading role displays complementary līlā: Kṛṣṇa and Balarāma jointly protect Vraja, while distinct pastimes showcase different facets of divine agency—Balarāma as the powerful remover of obstacles and Kṛṣṇa as the intimate attractor and merciful protector.
The text states He restored them by His nectarean glance (kṛpā-dṛṣṭi). The theological point is that life is sustained by Bhagavān’s will: even when devotees are overwhelmed by a lethal condition, the Lord—“master of all mystic potency”—can reverse deathlike collapse, demonstrating absolute sovereignty coupled with compassion.
Trees, bees, peacocks, deer, cuckoos, and the Yamunā-Govardhana landscape are depicted as responsive worshipers. They symbolize the dhāma principle: Vṛndāvana is not neutral nature but a sacred realm where all beings participate in īśānukathā through sound (buzzing/singing), gesture (bowing/dancing), and offering (fruits/flowers), mirroring how bhakti permeates creation.