
Pṛthu Mahārāja’s Homecoming, Sacrificial Assembly, and Instruction on Devotional Kingship
Maitreya raconte à Vidura comment Pṛthu Mahārāja revient dans sa capitale au milieu de décorations maṅgala et d’un accueil public grandiose, tout en demeurant intérieurement inébranlable—signe de détachement au sein de l’opulence. Entendant sa renommée et la puissance divine accordée par Viṣṇu, Vidura demande qu’on poursuive le récit de son règne exemplaire. Maitreya situe le domaine de Pṛthu entre la Gaṅgā et la Yamunā, décrit une souveraineté sans égale, puis introduit un grand sacrifice où se rassemblent sages, brāhmaṇas, demi-dieux et rājarṣis. La forme royale et auspicieuse de Pṛthu est décrite lorsqu’il reçoit la dīkṣā et observe la discipline rituelle. Il prononce ensuite un enseignement programmatique : le roi doit guider les sujets dans les devoirs du varṇa–āśrama, car le souverain partage les conséquences karmiques avec ceux qu’il dirige et avec ceux qui soutiennent son gouvernement. Pṛthu établit le théisme comme conclusion rationnelle et védique, enseigne la bhakti comme voie de purification, et place le service rendu aux brāhmaṇas et aux Vaiṣṇavas au-dessus du simple sacrifice du feu. L’assemblée le bénit, affirmant qu’un fils vertueux peut délivrer même des pères pécheurs, préparant la suite du récit sacrificiel et l’exemple continu du leadership idéal du rājarṣi.
Verse 1
मैत्रेय उवाच । मौक्तिकैः कुसुम-स्रग्भिर् दुकूलैः स्वर्ण-तोरणैः महासुरभिभिर् धूपैः मण्डितं तत्र तत्र वाइ ॥ १ ॥
Maitreya dit : Ô Vidura, lorsque le roi entra dans sa cité, elle était magnifiquement ornée en maints endroits de perles, de guirlandes de fleurs, de beaux tissus et de portiques d’or, et toute la ville était embaumée d’un encens très parfumé.
Verse 2
चन्दनागुरुतोयार्द्ररथ्याचत्वरमार्गवत् । पुष्पाक्षतफलैस्तोक्मैर्लाजैरर्चिर्भिरर्चितम् ॥ २ ॥
Une eau parfumée, distillée du santal et de l’aguru, fut aspergée dans toutes les ruelles, carrefours et voies de la cité. Partout se voyaient des ornements de bon augure : fleurs, riz akṣata, fruits intacts, laja, gemmes variées et lampes allumées, comme accessoires sacrés.
Verse 3
सवृन्दै: कदलीस्तम्भै: पूगपोतै: परिष्कृतम् । तरुपल्लवमालाभि: सर्वत: समलङ्कृतम् ॥ ३ ॥
Aux carrefours se dressaient des piliers de bananiers et des branches d’arec, ornés de grappes de fruits et de fleurs. Par des guirlandes de jeunes pousses, la cité fut parée de toutes parts et paraissait ravissante.
Verse 4
प्रजास्तं दीपबलिभि: सम्भृताशेषमङ्गलै: । अभीयुर्मृष्टकन्याश्च मृष्टकुण्डलमण्डिता: ॥ ४ ॥
Lorsque le roi franchit la porte de la cité, les habitants vinrent l’accueillir avec des objets de bon augure : lampes, fleurs et dadhi (yaourt). De nombreuses jeunes filles, belles et non mariées, parées d’ornements—surtout de boucles d’oreilles tintant l’une contre l’autre—s’avancèrent aussi pour le saluer.
Verse 5
शङ्खदुन्दुभिघोषेण ब्रह्मघोषेण चर्त्विजाम् । विवेश भवनं वीर: स्तूयमानो गतस्मय: ॥ ५ ॥
Lorsque le roi entra dans le palais, conques et timbales retentirent; les prêtres firent entendre le brahma-ghoṣa en récitant les mantras védiques, et les récitateurs tels les sūtas offrirent diverses louanges. Pourtant, malgré tout cet apparat, le roi n’en fut nullement troublé.
Verse 6
पूजित: पूजयामास तत्र तत्र महायशा: । पौराञ्जानपदांस्तांस्तान्प्रीत: प्रियवरप्रद: ॥ ६ ॥
Bien qu’il fût lui-même honoré, ce roi de grande renommée rendait hommage à chacun en tout lieu. Dans la joie, il accorda aux citadins comme aux gens des campagnes les bénédictions et dons qu’ils désiraient le plus.
Verse 7
स एवमादीन्यनवद्यचेष्टित: कर्माणि भूयांसि महान्महत्तम: । कुर्वन् शशासावनिमण्डलं यश: स्फीतं निधायारुरुहे परं पदम् ॥ ७ ॥
Le roi Pṛthu était plus grand que le plus grand des êtres, et donc digne d’adoration pour tous. En gouvernant la surface du monde, il accomplit de nombreuses actions glorieuses et sans tache. Ayant établi une renommée répandue dans l’univers, il obtint enfin les pieds de lotus de la Suprême Personnalité de Dieu, la demeure suprême.
Verse 8
सूत उवाच तदादिराजस्य यशो विजृम्भितं गुणैरशेषैर्गुणवत्सभाजितम् । क्षत्ता महाभागवत: सदस्पते कौषारविं प्राह गृणन्तमर्चयन् ॥ ८ ॥
Sūta Gosvāmī poursuivit : Ô Śaunaka, chef des grands sages, après avoir entendu de Maitreya la renommée du roi Pṛthu, roi primordial, paré de toutes les vertus et loué partout, Vidura, le grand dévot, adora humblement le Ṛṣi Kauṣāravi et lui posa la question suivante.
Verse 9
विदुर उवाच सोऽभिषिक्त: पृथुर्विप्रैर्लब्धाशेषसुरार्हण: । बिभ्रत् स वैष्णवं तेजो बाह्वोर्याभ्यां दुदोह गाम् ॥ ९ ॥
Vidura dit : Cher brāhmaṇa Maitreya, il est très éclairant de savoir que le roi Pṛthu fut intronisé par les grands sages et les brāhmaṇas. Tous les demi-dieux lui offrirent d’innombrables présents. Et, portant dans ses bras la puissance vaiṣṇava reçue du Seigneur Viṣṇu, il « trayait » la terre et la rendit hautement prospère.
Verse 10
को न्वस्य कीर्तिं न शृणोत्यभिज्ञो यद्विक्रमोच्छिष्टमशेषभूपा: । लोका: सपाला उपजीवन्ति काम- मद्यापि तन्मे वद कर्म शुद्धम् ॥ १० ॥
Quel homme avisé ne voudrait pas entendre la gloire de Pṛthu Mahārāja ? Aujourd’hui encore, tous les rois et les gardiens des mondes suivent les traces de sa vaillance pour soutenir leurs royaumes. Dis-moi donc davantage ses actes purs, méritoires et auspices ; je désire les entendre encore et encore.
Verse 11
मैत्रेय उवाच गङ्गायमुनयोर्नद्योरन्तरा क्षेत्रमावसन् । आरब्धानेव बुभुजे भोगान् पुण्यजिहासया ॥ ११ ॥
Maitreya dit : Cher Vidura, le roi Pṛthu demeurait dans la contrée située entre les deux grands fleuves, le Gange et la Yamunā. En raison de sa grande opulence, il semblait jouir des plaisirs qui lui étaient destinés afin d’amoindrir les fruits de ses mérites pieux passés.
Verse 12
सर्वत्रास्खलितादेश: सप्तद्वीपैकदण्डधृक् । अन्यत्र ब्राह्मणकुलादन्यत्राच्युतगोत्रत: ॥ १२ ॥
Mahārāja Pṛthu était un roi sans égal et tenait le sceptre du gouvernement des sept îles du monde. Nul ne pouvait désobéir à ses ordres irrévocables, hormis les brāhmaṇas saints et les vaiṣṇavas, issus de la lignée d’Acyuta, la Personne Suprême.
Verse 13
एकदासीन्महासत्रदीक्षा तत्र दिवौकसाम् । समाजो ब्रह्मर्षीणां च राजर्षीणां च सत्तम ॥ १३ ॥
Un jour, le roi Pṛthu reçut la dīkṣā pour accomplir un très grand sacrifice, un mahāsatra. S’y assemblèrent les demi-dieux des mondes supérieurs, les brahmarṣis, d’éminents brāhmaṇas et des rois saints appelés rājarṣis.
Verse 14
तस्मिन्नर्हत्सु सर्वेषु स्वर्चितेषु यथार्हत: । उत्थित: सदसो मध्ये ताराणामुडुराडिव ॥ १४ ॥
Dans cette grande assemblée, Mahārāja Pṛthu honora d’abord tous les visiteurs respectables selon leur rang. Puis il se leva au milieu du conseil, et l’on eût dit que la pleine lune s’était levée parmi les étoiles.
Verse 15
प्रांशु: पीनायतभुजो गौर: कञ्जारुणेक्षण: । सुनास: सुमुख: सौम्य: पीनांस: सुद्विजस्मित: ॥ १५ ॥
Le corps du roi Pṛthu était grand et robuste, au teint clair. Ses bras étaient pleins et larges, et ses yeux, rougeâtres comme le lotus, brillaient tel le soleil levant. Son nez était droit, son visage très beau, son maintien grave; et ses dents paraissaient harmonieusement dans son sourire.
Verse 16
व्यूढवक्षा बृहच्छ्रोणिर्वलिवल्गुदलोदर: । आवर्तनाभिरोजस्वी काञ्चनोरुरुदग्रपात् ॥ १६ ॥
La poitrine de Mahārāja Pṛthu était très large, sa taille épaisse, et son abdomen, strié de plis de peau, rappelait la feuille du banian. Son nombril était profond et enroulé, ses cuisses avaient un éclat doré, et son cou-de-pied était hautement arqué.
Verse 17
सूक्ष्मवक्रासितस्निग्धमूर्धज: कम्बुकन्धर: । महाधने दुकूलाग्र्ये परिधायोपवीय च ॥ १७ ॥
Ses cheveux, très fins, noirs, luisants et bouclés, couronnaient sa tête; son cou, semblable à une conque, portait des marques de bon augure. Il était vêtu d’un dhotī très précieux et d’un élégant voile sur le haut du corps.
Verse 18
व्यञ्जिताशेषगात्रश्रीर्नियमे न्यस्तभूषण: । कृष्णाजिनधर: श्रीमान् कुशपाणि:कृतोचित: ॥ १८ ॥
Lors de l’initiation au sacrifice, il mit de côté ses parures et ses vêtements précieux, laissant paraître la beauté naturelle de son corps. Revêtu d’une peau de cerf noir et portant un anneau d’herbe kuśa, il semblait plus splendide encore; il observait toutes les règles prescrites.
Verse 19
शिशिरस्निग्धताराक्ष: समैक्षत समन्तत: । ऊचिवानिदमुर्वीश: सद: संहर्षयन्निव ॥ १९ ॥
Afin d’encourager l’assemblée et d’accroître sa joie, le roi Pṛthu promena son regard tout autour; ses yeux brillaient comme des étoiles dans un ciel mouillé de rosée. Puis il leur parla d’une voix puissante et grave.
Verse 20
चारु चित्रपदं श्लक्ष्णं मृष्टं गूढमविक्लवम् । सर्वेषामुपकारार्थं तदा अनुवदन्निव ॥ २० ॥
Sa parole était très belle, pleine d’images et de métaphores, claire et douce à entendre; ses mots étaient graves et assurés. Il parlait pour le bien de tous, comme s’il révélait sa réalisation personnelle de la Vérité Absolue.
Verse 21
राजोवाच सभ्या: शृणुत भद्रं व: साधवो य इहागता: । सत्सु जिज्ञासुभिर्धर्ममावेद्यं स्वमनीषितम् ॥ २१ ॥
Le roi dit : « Ô membres bienveillants de l’assemblée, que la bonne fortune soit sur vous ! Ô grands sādhus venus ici, veuillez écouter attentivement ma requête. Celui qui cherche réellement à connaître doit exposer sa décision devant une assemblée d’âmes saintes. »
Verse 22
अहं दण्डधरो राजा प्रजानामिह योजित: । रक्षिता वृत्तिद: स्वेषु सेतुषु स्थापिता पृथक् ॥ २२ ॥
Le roi Pṛthu déclara : Je suis le roi qui porte le sceptre, établi en ce monde pour les sujets ; je les protège et leur donne une occupation selon leur rang, conformément à l’ordre prescrit par les Védas.
Verse 23
तस्य मे तदनुष्ठानाद्यानाहुर्ब्रह्मवादिन: । लोका: स्यु: कामसन्दोहा यस्य तुष्यति दिष्टदृक् ॥ २३ ॥
Mahārāja Pṛthu dit : En accomplissant mes devoirs royaux, je pourrai atteindre les buts désirables décrits par les connaisseurs du Veda ; car cette destination s’obtient assurément lorsque la Suprême Personnalité de Dieu, qui voit tout destin, est satisfaite.
Verse 24
य उद्धरेत्करं राजा प्रजा धर्मेष्वशिक्षयन् । प्रजानां शमलं भुङ्क्ते भगं च स्वं जहाति स: ॥ २४ ॥
Tout roi qui n’enseigne pas à ses sujets leurs devoirs selon le varṇa et l’āśrama, mais se contente de lever taxes et péages, devra souffrir des actes impies commis par eux ; de plus, il perd sa propre fortune.
Verse 25
तत् प्रजा भर्तृपिण्डार्थं स्वार्थमेवानसूयव: । कुरुताधोक्षजधियस्तर्हि मेऽनुग्रह: कृत: ॥ २५ ॥
Ainsi, chers citoyens sans malveillance, pour le bien de votre roi après la mort et pour votre propre intérêt, accomplissez correctement vos devoirs selon le varṇa et l’āśrama, et gardez toujours dans le cœur Adhokṣaja, la Suprême Personnalité de Dieu ; ce faisant, vous m’accorderez aussi votre grâce.
Verse 26
यूयं तदनुमोदध्वं पितृदेवर्षयोऽमला: । कर्तु: शास्तुरनुज्ञातुस्तुल्यं यत्प्रेत्य तत्फलम् ॥ २६ ॥
Je demande aux demi-dieux, aux ancêtres et aux sages au cœur pur de soutenir ma proposition, car après la mort, le résultat d’un acte est partagé également entre celui qui l’accomplit, celui qui le dirige et celui qui le soutient.
Verse 27
अस्ति यज्ञपतिर्नाम केषाञ्चिदर्हसत्तमा: । इहामुत्र च लक्ष्यन्ते ज्योत्स्नावत्य: क्वचिद्भुव: ॥ २७ ॥
Chers dames et messieurs respectables, selon l’autorité des śāstra, il doit exister un Souverain suprême, nommé Yajñapati, qui accorde les fruits appropriés de nos actes; sinon, pourquoi certains apparaissent-ils d’une beauté et d’une puissance exceptionnelles, ici-bas comme dans l’au-delà ?
Verse 28
मनोरुत्तानपादस्य ध्रुवस्यापि महीपते: । प्रियव्रतस्य राजर्षेरङ्गस्यास्मत्पितु: पितु: ॥ २८ ॥ ईदृशानामथान्येषामजस्य च भवस्य च । प्रह्लादस्य बलेश्चापि कृत्यमस्ति गदाभृता ॥ २९ ॥
Cela est confirmé par la conduite de grandes âmes telles que Manu, Uttānapāda, le roi Dhruva, le rājarṣi Priyavrata et Aṅga, mon grand-père ; ainsi, le témoignage des Veda se trouve solidement appuyé.
Verse 29
मनोरुत्तानपादस्य ध्रुवस्यापि महीपते: । प्रियव्रतस्य राजर्षेरङ्गस्यास्मत्पितु: पितु: ॥ २८ ॥ ईदृशानामथान्येषामजस्य च भवस्य च । प्रह्लादस्य बलेश्चापि कृत्यमस्ति गदाभृता ॥ २९ ॥
De même, Ajā, Bhava (Śiva), Prahlāda et Bali, ainsi que bien d’autres, ont une foi inébranlable en l’existence du Seigneur suprême, porteur de la massue ; c’est pourquoi tout devoir doit Lui être offert.
Verse 30
दौहित्रादीनृते मृत्यो: शोच्यान् धर्मविमोहितान् । वर्गस्वर्गापवर्गाणां प्रायेणैकात्म्यहेतुना ॥ ३० ॥
Bien que des êtres abominables comme Vena —petit-fils de la Mort personnifiée— soient égarés sur la voie du dharma et dignes de pitié, les grandes âmes s’accordent : le dispensateur des fruits du dharma, de l’artha, du kāma, du mokṣa ou de l’élévation au ciel est, en vérité, l’unique Seigneur suprême.
Verse 31
यत्पादसेवाभिरुचिस्तपस्विना- मशेषजन्मोपचितं मलं धिय: । सद्य: क्षिणोत्यन्वहमेधती सती यथा पदाङ्गुष्ठविनि:सृता सरित् ॥ ३१ ॥
Quand s’éveille le goût de servir les pieds de lotus du Bhagavān, la souillure de l’esprit amassée au fil d’innombrables naissances s’efface aussitôt. Tel le Gange jaillissant de l’orteil du Seigneur, qui purifie sur-le-champ, ce procédé nettoie le mental et fait croître, jour après jour, la conscience de Kṛṣṇa.
Verse 32
विनिर्धुताशेषमनोमल: पुमा- नसङ्गविज्ञानविशेषवीर्यवान् । यदङ्घ्रिमूले कृतकेतन: पुन- र्न संसृतिं क्लेशवहां प्रपद्यते ॥ ३२ ॥
Quand un dévot prend refuge au pied des pieds de lotus du Seigneur Suprême, Śrī Hari, toute impureté mentale et toute spéculation erronée sont balayées, et, par la force du bhakti-yoga, le détachement se révèle. Ayant pris abri à la racine des pieds du Seigneur, il ne revient plus à l’existence matérielle, pleine des trois misères.
Verse 33
तमेव यूयं भजतात्मवृत्तिभि- र्मनोवच:कायगुणै: स्वकर्मभि: । अमायिन: कामदुघाङ्घ्रिपङ्कजं यथाधिकारावसितार्थसिद्धय: ॥ ३३ ॥
Vous tous, avec le mental, la parole, le corps, vos qualités et les fruits de vos devoirs, sans duplicité, adorez Śrī Hari seul. Selon vos capacités et votre condition, servez avec confiance entière et sans réserve les pieds de lotus du Seigneur, dispensateur des bienfaits; ainsi, le but suprême de la vie sera sûrement accompli.
Verse 34
असाविहानेकगुणोऽगुणोऽध्वर: पृथग्विधद्रव्यगुणक्रियोक्तिभि: । सम्पद्यतेऽर्थाशयलिङ्गनामभि- र्विशुद्धविज्ञानघन: स्वरूपत: ॥ ३४ ॥
La Personne Suprême de Dieu est, par nature, une plénitude de connaissance pure, transcendante et sans souillure matérielle. Pourtant, pour le bien des âmes conditionnées, Il accepte divers sacrifices accomplis avec des éléments, des rites et des mantras variés, offerts sous des noms de divinités selon l’intention des officiants; mais le véritable bénéficiaire demeure Lui, le Bhagavān.
Verse 35
प्रधानकालाशयधर्मसङ्ग्रहे शरीर एष प्रतिपद्य चेतनाम् । क्रियाफलत्वेन विभुर्विभाव्यते यथानलो दारुषु तद्गुणात्मक: ॥ ३५ ॥
Dans les divers corps nés de la combinaison de la nature matérielle (pradhāna), du temps, des désirs et du dharma (devoir), le Seigneur omniprésent semble se manifester comme conscience. On Le conçoit selon l’action et son fruit, tout comme un même feu flambe différemment selon la forme et la dimension du bois.
Verse 36
अहो ममामी वितरन्त्यनुग्रहं हरिं गुरुं यज्ञभुजामधीश्वरम् । स्वधर्मयोगेन यजन्ति मामका निरन्तरं क्षोणितले दृढव्रता: ॥ ३६ ॥
Ah, quelle grâce ! Śrī Hari est le maître spirituel suprême, le Seigneur et le bénéficiaire des fruits de tous les sacrifices. Ô mes citoyens, sur la surface de la terre, fermes dans votre vœu, vous L’adorez sans cesse par l’accomplissement de votre propre devoir; ainsi vous répandez votre miséricorde sur moi. Je vous en suis profondément reconnaissant.
Verse 37
मा जातु तेज: प्रभवेन्महर्द्धिभि- स्तितिक्षया तपसा विद्यया च । देदीप्यमानेऽजितदेवतानां कुले स्वयं राजकुलाद् द्विजानाम् ॥ ३७ ॥
Les brāhmaṇas et les vaiṣṇavas sont glorifiés par la tolérance, l’austérité, la connaissance et l’instruction. Par ces richesses spirituelles, le vaiṣṇava est plus puissant que la royauté; aussi l’ordre princier ne doit-il pas étaler sa prouesse matérielle devant eux ni les offenser.
Verse 38
ब्रह्मण्यदेव: पुरुष: पुरातनो नित्यं हरिर्यच्चरणाभिवन्दनात् । अवाप लक्ष्मीमनपायिनीं यशो जगत्पवित्रं च महत्तमाग्रणी: ॥ ३८ ॥
Hari, le Brahmaṇya-deva, Dieu ancien et éternel, le premier des grandes âmes, obtint une Lakṣmī impérissable et une renommée qui purifie l’univers en se prosternant aux pieds de lotus des brāhmaṇas et des vaiṣṇavas.
Verse 39
यत्सेवयाशेषगुहाशय: स्वराड् विप्रप्रियस्तुष्यति काममीश्वर: । तदेव तद्धर्मपरैर्विनीतै: सर्वात्मना ब्रह्मकुलं निषेव्यताम् ॥ ३९ ॥
En les servant, le Seigneur, éternellement indépendant et demeurant au cœur de tous, est pleinement satisfait, car Il est cher aux brāhmaṇas. Ainsi, les humbles, établis dans le dharma, doivent de toute leur âme servir les lignées des brāhmaṇas et des vaiṣṇavas.
Verse 40
पुमाँल्लभेतानतिवेलमात्मन: प्रसीदतोऽत्यन्तशमं स्वत: स्वयम् । यन्नित्यसम्बन्धनिषेवया तत: परं किमत्रास्ति मुखं हविर्भुजाम् ॥ ४० ॥
Par le service régulier rendu aux brāhmaṇas et aux vaiṣṇavas, les souillures du cœur s’effacent et l’on goûte la paix suprême, le détachement et la délivrance. En ce monde, nul acte n’est supérieur au service de la classe brāhmaṇa, car il réjouit aussi les devas, bénéficiaires des sacrifices.
Verse 41
अश्नात्यनन्त: खलु तत्त्वकोविदै: श्रद्धाहुतं यन्मुख इज्यनामभि: । न वै तथा चेतनया बहिष्कृते हुताशने पारमहंस्यपर्यगु: ॥ ४१ ॥
Bien qu’Ananta, le Seigneur suprême, reçoive les offrandes déposées avec foi dans le feu sacrificiel au nom de divers devas, Il n’y prend pas autant de plaisir que lorsqu’Il les accepte par la bouche de sages et de dévots connaissant la vérité; car alors Il ne quitte pas la compagnie des bhaktas.
Verse 42
यद्ब्रह्म नित्यं विरजं सनातनं श्रद्धातपोमङ्गलमौनसंयमै: । समाधिना बिभ्रति हार्थदृष्टये यत्रेदमादर्श इवावभासते ॥ ४२ ॥
Dans la culture brāhmanique, la condition transcendante du brāhmaṇa demeure éternellement, car il accueille avec śraddhā les injonctions des Vedas et, par l’austérité, les conclusions du śāstra, la maîtrise des sens et du mental, le silence (mauna) et le samādhi, il porte la vision du but suprême. Ainsi la véritable fin de la vie resplendit, comme le visage se reflète nettement dans un miroir pur.
Verse 43
तेषामहं पादसरोजरेणु- मार्या वहेयाधिकिरीटमायु: । यं नित्यदा बिभ्रत आशु पापं नश्यत्यमुं सर्वगुणा भजन्ति ॥ ४३ ॥
Ô personnes vénérables ici présentes, je sollicite la bénédiction de vous tous afin que, jusqu’à la fin de ma vie, je porte sans cesse sur ma couronne la poussière des pieds de lotus de tels brāhmaṇas et vaiṣṇavas. Celui qui peut porter cette poussière sur sa tête est bientôt délivré des réactions du péché et, finalement, toutes les qualités bonnes et désirables s’épanouissent en lui.
Verse 44
गुणायनं शीलधनं कृतज्ञं वृद्धाश्रयं संवृणतेऽनु सम्पद: । प्रसीदतां ब्रह्मकुलं गवां च जनार्दन: सानुचरश्च मह्यम् ॥ ४४ ॥
Quiconque acquiert les qualités brāhmaniques —demeure de vertu, dont la seule richesse est la bonne conduite, reconnaissant et abrité auprès des anciens expérimentés— obtient toutes les opulences du monde. Je souhaite donc que le Seigneur Suprême Janārdana, avec Ses compagnons, soit satisfait de la classe des brāhmaṇas, des vaches et de moi-même.
Verse 45
मैत्रेय उवाच इति ब्रुवाणं नृपतिं पितृदेवद्विजातय: । तुष्टुवुर्हृष्टमनस: साधुवादेन साधव: ॥ ४५ ॥
Le grand sage Maitreya dit : Après avoir entendu le roi Pṛthu parler avec tant de beauté, les devas, les habitants de Pitṛloka, les brāhmaṇas et les saints présents à l’assemblée, le cœur joyeux, le félicitèrent par des paroles d’approbation et de bienveillance.
Verse 46
पुत्रेण जयते लोकानिति सत्यवती श्रुति: । ब्रह्मदण्डहत: पापो यद्वेनोऽत्यतरत्तम: ॥ ४६ ॥
Tous déclarèrent que la conclusion védique selon laquelle « par l’action d’un putra, un fils, on conquiert les mondes » s’était accomplie : Vena, le plus pécheur, frappé à mort par le brahma-daṇḍa —la malédiction des brāhmaṇas—, était tombé dans la plus sombre condition infernale, et voici que son fils, Mahārāja Pṛthu, l’en avait délivré.
Verse 47
हिरण्यकशिपुश्चापि भगवन्निन्दया तम: । विविक्षुरत्यगात्सूनो: प्रह्लादस्यानुभावत: ॥ ४७ ॥
Hiraṇyakaśipu aussi, par la calomnie de Bhagavān et ses actes impies, tomba dans la plus sombre condition infernale; mais par la grâce et la puissance de son grand fils Prahlāda, il fut délivré et retourna au dhāma du Seigneur.
Verse 48
वीरवर्य पित: पृथ्व्या: समा: सञ्जीव शाश्वती: । यस्येदृश्यच्युते भक्ति: सर्वलोकैकभर्तरि ॥ ४८ ॥
Ô meilleur des guerriers, ô père de la terre, sois béni d’une longue vie; car ta bhakti est ferme envers Acyuta, l’unique maître et soutien de tous les mondes.
Verse 49
अहो वयं ह्यद्य पवित्रकीर्ते त्वयैव नाथेन मुकुन्दनाथा: । य उत्तमश्लोकतमस्य विष्णो- र्ब्रह्मण्यदेवस्य कथां व्यनक्ति ॥ ४९ ॥
Cher roi Pṛthu, ta renommée est la plus pure, car tu proclames les gloires de Viṣṇu, le Brahmaṇya-deva, le plus glorifié de tous. Par notre bonne fortune, t’ayant pour maître, nous pensons vivre directement sous la protection de Mukunda.
Verse 50
नात्यद्भुतमिदं नाथ तवाजीव्यानुशासनम् । प्रजानुरागो महतां प्रकृति: करुणात्मनाम् ॥ ५० ॥
Ô notre seigneur, gouverner les citoyens est ton devoir selon le dharma; pour une grande âme pleine de miséricorde comme toi, rien là d’étonnant, car la nature des magnanimes est la compassion et l’amour du bien du peuple.
Verse 51
अद्य नस्तमस: पारस्त्वयोपासादित: प्रभो । भ्राम्यतां नष्टदृष्टीनां कर्मभिर्दैवसंज्ञितै: ॥ ५१ ॥
Ô Seigneur, aujourd’hui tu as ouvert nos yeux et révélé comment traverser l’océan des ténèbres. Par nos actes passés et par l’ordonnance de l’autorité supérieure, nous étions pris dans un réseau d’actions intéressées, ayant perdu de vue le but de la vie, et nous errions dans l’univers.
Verse 52
नमो विवृद्धसत्त्वाय पुरुषाय महीयसे । यो ब्रह्म क्षत्रमाविश्य बिभर्तीदं स्वतेजसा ॥ ५२ ॥
Ô Seigneur, hommage au Mahāpuruṣa établi dans la bonté pure. Tu fais rayonner la culture brahmanique et, en kṣatriya, tu protèges tous; par ta propre puissance tu soutiens l’univers entier.
It marks the rājarṣi standard: external opulence and honor do not disturb inner steadiness. The Bhāgavatam uses this to contrast dharmic kingship with ego-driven rule—showing that power and prosperity become spiritually safe only when grounded in detachment and devotion.
Pṛthu teaches that a ruler who merely taxes without educating citizens in dharma becomes liable for their impiety. Moreover, the post-death result is shared among the doer, the director (leader), and the supporter—therefore governance must include moral and devotional guidance, not only administration.
Because the Lord is especially pleased when offerings reach Him through the mouths and blessings of His devotees; He values association and service more than ritual mechanism alone. Thus, honoring brāhmaṇas and Vaiṣṇavas protects society from spiritual offense and turns sacrifice into bhakti rather than mere karma-kāṇḍa.
He appeals to śruti (Vedas) and sadācāra (conduct) of Manu, Uttānapāda, Dhruva, Priyavrata, Aṅga, and also points to the deliverance narratives associated with Prahlāda and Bali—demonstrating that devotion to the Supreme Lord is the consistent conclusion across authorities and histories.