
The Appearance and Coronation of King Pṛthu (Pṛthu-avatāra) and His Humble Refusal of Premature Praise
Après la chute et la mort du roi Vena, impie, les brāhmaṇas et les sages « barattent » son corps afin d’en extraire la résolution divinement ordonnée à la crise du royaume. De ses bras se manifestent un couple, homme et femme—Pṛthu et Arci—reconnus comme des expansions partielles : Pṛthu comme manifestation investie de la puissance souveraine de Viṣṇu, et Arci comme manifestation partielle de Śrī (Lakṣmī), afin que le dharma et la prospérité reviennent ensemble dans le monde. Une célébration cosmique s’ensuit : les Gandharvas chantent, les Siddhas font pleuvoir des fleurs, et Brahmā arrive, confirmant l’identité avatārique de Pṛthu par les signes auspicieux de Viṣṇu (viṣṇu-lakṣaṇas), tels que la marque du cakra dans la paume et les lotus sous les pieds. Les brāhmaṇas organisent le couronnement, et tous les plans de la création—des rivières et montagnes jusqu’aux demi-dieux—offrent des présents royaux (armes, insignes, « armure » de connaissance et opulences), établissant Pṛthu comme souverain universel. Pourtant, lorsque les bardes professionnels (sūta, māgadha, vandī) le louent, Pṛthu réfrène la flatterie : il refuse qu’on attribue à un roi humain des vertus encore non manifestées et reporte la louange vers le Suprême jusqu’à ce que ses actes la méritent vraiment, donnant ainsi le ton éthique de son règne à venir.
Verse 1
मैत्रेय उवाच अथ तस्य पुनर्विप्रैरपुत्रस्य महीपते: । बाहुभ्यां मथ्यमानाभ्यां मिथुनं समपद्यत ॥ १ ॥
Maitreya dit : Ô Vidura, les brāhmaṇas et les grands sages barattèrent de nouveau les deux bras du corps sans vie du roi Vena, mort sans héritier. Il en sortit un couple, un homme et une femme.
Verse 2
तद् दृष्ट्वा मिथुनं जातमृषयो ब्रह्मवादिन: । ऊचु: परमसन्तुष्टा विदित्वा भगवत्कलाम् ॥ २ ॥
En voyant naître ce couple, les sages versés dans les Vedas furent comblés de joie, car ils comprirent que ces deux êtres étaient l’expansion d’une portion plénière (kalā) de Bhagavān Viṣṇu, la Personne Suprême.
Verse 3
ऋषय ऊचु: एष विष्णोर्भगवत: कला भुवनपालिनी । इयं च लक्ष्म्या: सम्भूति: पुरुषस्यानपायिनी ॥ ३ ॥
Les grands sages dirent : Cet homme est une portion de la puissance de Bhagavān Viṣṇu, le soutien de l’univers; et cette femme est une expansion partielle de Śrī Lakṣmī, qui n’est jamais séparée du Seigneur.
Verse 4
अयं तु प्रथमो राज्ञां पुमान् प्रथयिता यश: । पृथुर्नाम महाराजो भविष्यति पृथुश्रवा: ॥ ४ ॥
Des deux, cet homme sera le premier parmi les rois et répandra sa renommée dans le monde. Son nom sera Pṛthu; il sera le Mahārāja Pṛthuśravā.
Verse 5
इयं च सुदती देवी गुणभूषणभूषणा । अर्चिर्नाम वरारोहा पृथुमेवावरुन्धती ॥ ५ ॥
La femme est une déesse aux dents magnifiques et aux qualités si nobles qu’elle embellit même les ornements qu’elle porte. Son nom sera Arci; à l’avenir, elle acceptera Pṛthu pour époux.
Verse 6
एष साक्षाद्धरेरंशो जातो लोकरिरक्षया । इयं च तत्परा हि श्रीरनुजज्ञेऽनपायिनी ॥ ६ ॥
Sous la forme du roi Pṛthu, le Seigneur Hari est apparu comme une portion de Sa puissance afin de protéger les êtres du monde. Et Śrī Lakṣmī, compagne éternelle et inséparable du Seigneur, est descendue partiellement comme Arci pour devenir la reine de Pṛthu.
Verse 7
मैत्रेय उवाच प्रशंसन्ति स्म तं विप्रा गन्धर्वप्रवरा जगु: । मुमुचु: सुमनोधारा: सिद्धा नृत्यन्ति स्व:स्त्रिय: ॥ ७ ॥
Maitreya dit : Cher Vidura, en ce temps-là tous les brāhmaṇas louèrent hautement le roi Pṛthu; les meilleurs chanteurs de Gandharvaloka entonnèrent ses gloires. Les habitants de Siddhaloka firent pleuvoir des fleurs, et les belles femmes des cieux dansèrent en extase.
Verse 8
शङ्खतूर्यमृदङ्गाद्या नेदुर्दुन्दुभयो दिवि । तत्र सर्व उपाजग्मुर्देवर्षिपितृणां गणा: ॥ ८ ॥
Dans l’espace retentirent conques, trompettes, mṛdaṅgas et grands tambours. Alors vinrent en ce lieu les deva-ṛṣi, les pitṛ et les assemblées des mondes célestes.
Verse 9
ब्रह्मा जगद्गुरुर्देवै: सहासृत्य सुरेश्वरै: । वैन्यस्य दक्षिणे हस्ते दृष्ट्वा चिह्नं गदाभृत: ॥ ९ ॥ पादयोररविन्दं च तं वै मेने हरे: कलाम् । यस्याप्रतिहतं चक्रमंश: स परमेष्ठिन: ॥ १० ॥
Brahmā, maître et précepteur de l’univers, arriva en ce lieu accompagné de tous les devas et de leurs chefs. Voyant sur la main droite du roi Pṛthu (fils de Vena) les lignes du Seigneur Viṣṇu, le Porteur de la massue, et sur la plante de ses pieds l’empreinte du lotus, Brahmā comprit que Pṛthu était une aṁśa-kalā de Śrī Hari. Celui dont la paume porte le signe du disque (cakra) et d’autres marques sacrées doit être tenu pour une manifestation partielle, un avatāra du Seigneur Suprême.
Verse 10
ब्रह्मा जगद्गुरुर्देवै: सहासृत्य सुरेश्वरै: । वैन्यस्य दक्षिणे हस्ते दृष्ट्वा चिह्नं गदाभृत: ॥ ९ ॥ पादयोररविन्दं च तं वै मेने हरे: कलाम् । यस्याप्रतिहतं चक्रमंश: स परमेष्ठिन: ॥ १० ॥
Brahmā arriva avec les devas et leurs chefs. Voyant sur la paume droite de Pṛthu les signes de Viṣṇu, Porteur de la massue, et sur ses plantes de pieds les marques de lotus, il comprit que Pṛthu était une aṁśa-kalā de Śrī Hari ; celui dont la paume porte le signe du cakra et d’autres marques sacrées doit être tenu pour un avatāra partiel du Seigneur Suprême.
Verse 11
तस्याभिषेक आरब्धो ब्राह्मणैर्ब्रह्मवादिभि: । आभिषेचनिकान्यस्मै आजह्रु: सर्वतो जना: ॥ ११ ॥
Alors les brāhmaṇas brahmavādī, très attachés aux rites védiques, commencèrent l’onction royale. Des gens de toutes les directions apportèrent les divers objets nécessaires au rite ; ainsi tout fut prêt.
Verse 12
सरित्समुद्रा गिरयो नागा गाव: खगा मृगा: । द्यौ: क्षिति: सर्वभूतानि समाजह्रुरुपायनम् ॥ १२ ॥
Rivières, mers, collines et montagnes, nāgas, vaches, oiseaux, bêtes, mondes célestes, la terre et tous les êtres rassemblèrent des présents, chacun selon ses moyens, pour les offrir au roi.
Verse 13
सोऽभिषिक्तो महाराज: सुवासा: साध्वलड़्क़ृत: । पत्न्यार्चिषालड्क़ृतया विरेजेऽग्निरिवापर: ॥ १३ ॥
Ainsi le grand roi Pṛthu, paré de vêtements et d’ornements exquis, fut sacré et installé sur le trône. Avec son épouse Arci, elle aussi magnifiquement ornée, ils resplendissaient tels deux feux ardents.
Verse 14
तस्मै जहार धनदो हैमं वीर वरासनम् । वरुण: सलिलस्रावमातपत्रं शशिप्रभम् ॥ १४ ॥
Alors Kuvera, dispensateur des richesses, lui offrit un trône d’or digne d’un héros. Varuṇa lui présenta une ombrelle à l’éclat lunaire, répandant sans cesse de fines gouttelettes d’eau.
Verse 15
वायुश्च वालव्यजने धर्म: कीर्तिमयीं स्रजम् । इन्द्र: किरीटमुत्कृष्टं दण्डं संयमनं यम: ॥ १५ ॥
Vāyu, divinité de l’air, lui offrit deux cāmaras en poils. Dharma, roi de la justice, lui donna une guirlande qui accroîtrait sa renommée. Indra lui remit un casque précieux, et Yamarāja lui accorda le sceptre pour gouverner le monde.
Verse 16
ब्रह्मा ब्रह्ममयं वर्म भारती हारमुत्तमम् । हरि: सुदर्शनं चक्रं तत्पत्न्यव्याहतां श्रियम् ॥ १६ ॥
Brahmā lui remit une armure protectrice faite de connaissance spirituelle, et Bhāratī (Sarasvatī), son épouse, lui donna un collier transcendantal. Hari (Viṣṇu) lui offrit le disque Sudarśana, et la déesse Lakṣmī, épouse de Viṣṇu, lui accorda des opulences impérissables.
Verse 17
दशचन्द्रमसिं रुद्र: शतचन्द्रं तथाम्बिका । सोमोऽमृतमयानश्वांस्त्वष्टा रूपाश्रयं रथम् ॥ १७ ॥
Rudra (Śiva) lui donna une épée avec un fourreau marqué de dix lunes, et Ambikā (Durgā) lui remit un bouclier marqué de cent lunes. Soma lui offrit des chevaux faits de nectar, et Tvaṣṭā (Viśvakarmā) lui présenta un char d’une beauté remarquable.
Verse 18
अग्निराजगवं चापं सूर्यो रश्मिमयानिषून् । भू: पादुके योगमय्यौ द्यौ: पुष्पावलिमन्वहम् ॥ १८ ॥
Agni, le dieu du feu, lui offrit l’arc Ajagava façonné de cornes de chèvre et de vache. Le dieu Soleil lui donna des flèches éclatantes comme ses rayons. La divinité tutélaire de Bhūrloka lui remit des sandales imprégnées de la puissance de yoga-māyā, et les devas des espaces célestes lui présentèrent, maintes et maintes fois, des guirlandes de fleurs.
Verse 19
नाट्यं सुगीतं वादित्रमन्तर्धानं च खेचरा: । ऋषयश्चाशिष: सत्या: समुद्र: शङ्खमात्मजम् ॥ १९ ॥
Les devas qui parcourent l’espace lui accordèrent l’art du théâtre, du chant harmonieux, de la musique instrumentale et le pouvoir de disparaître à volonté. Les grands sages lui donnèrent des bénédictions véridiques et infaillibles. L’océan offrit une conque (śaṅkha) née de ses eaux.
Verse 20
सिन्धव: पर्वता नद्यो रथवीथीर्महात्मन: । सूतोऽथ मागधो वन्दी तं स्तोतुमुपतस्थिरे ॥ २० ॥
Les mers, les montagnes et les rivières lui accordèrent l’espace nécessaire pour mener son char sans obstacle. Puis un sūta, un māgadha et un vandī se présentèrent pour élever prières et louanges. Tous se tinrent devant lui afin d’accomplir leurs fonctions respectives.
Verse 21
स्तावकांस्तानभिप्रेत्य पृथुर्वैन्य: प्रतापवान् । मेघनिर्ह्रादया वाचा प्रहसन्निदमब्रवीत् ॥ २१ ॥
Voyant devant lui ces professionnels de la louange, le puissant roi Pṛthu, fils de Vena, leur sourit pour les honorer et, d’une voix grave semblable au grondement des nuages, parla ainsi.
Verse 22
पृथुरुवाच भो: सूत हे मागध सौम्य वन्दिँ- ल्लोकेऽधुनास्पष्टगुणस्य मे स्यात् । किमाश्रयो मे स्तव एष योज्यतां मा मय्यभूवन्वितथा गिरो व: ॥ २२ ॥
Le roi Pṛthu dit : «Ô sūta au cœur doux, ô māgadha et ô vandī : les qualités que vous avez chantées ne se manifestent pas encore clairement en moi. Pourquoi donc attacher à ma personne cette louange, puisque je ne suis pas le refuge de tels attributs ? Je ne veux pas que vos paroles deviennent vaines à cause de moi ; mieux vaut les offrir à quelqu’un de plus digne.»
Verse 23
तस्मात्परोक्षेऽस्मदुपश्रुतान्यलं करिष्यथ स्तोत्रमपीच्यवाच: । सत्युत्तमश्लोकगुणानुवादे जुगुप्सितं न स्तवयन्ति सभ्या: ॥ २३ ॥
Ainsi, ô récitateurs à la parole douce, offrez vos prières en temps voulu, lorsque les qualités dont vous avez parlé se manifesteront réellement en moi. Les sages qui célèbrent le Seigneur Uttamaśloka n’attribuent pas de telles vertus à un homme qui ne les possède pas en vérité.
Verse 24
महद्गुणानात्मनि कर्तुमीश: क: स्तावकै: स्तावयतेऽसतोऽपि । तेऽस्याभविष्यन्निति विप्रलब्धो जनावहासं कुमतिर्न वेद ॥ २४ ॥
Comment un homme intelligent, digne de telles qualités sublimes, laisserait-il ses partisans le louer si, en vérité, il ne les possède pas? Louer quelqu’un en disant : « un jour il deviendra ainsi », n’est que tromperie; et l’insensé qui l’accepte ignore que ces paroles le livrent au rire des gens.
Verse 25
प्रभवो ह्यात्मन: स्तोत्रं जुगुप्सन्त्यपि विश्रुता: । ह्रीमन्त: परमोदारा: पौरुषं वा विगर्हितम् ॥ २५ ॥
De même qu’un homme d’honneur et magnanime n’aime pas entendre le récit de ses actes blâmables, de même celui qui est très célèbre et puissant n’aime pas entendre sa propre louange.
Verse 26
वयं त्वविदिता लोके सूताद्यापि वरीमभि: । कर्मभि: कथमात्मानं गापयिष्याम बालवत् ॥ २६ ॥
Mes chers dévots, conduits par le sūta, pour l’instant je ne suis pas connu dans le monde par des actes éminents, car je n’ai rien accompli qui mérite d’être chanté. Comment pourrais-je donc vous engager à louer mes actions comme on le ferait avec des enfants?
The churning is a dhārmic intervention to extract order from chaos after Vena’s misrule. Śāstrically, it shows that when adharma destabilizes society, the brāhmaṇas’ spiritual power and the Lord’s plan can reconstitute governance. Symbolically, it mirrors samudra-manthana: from disturbance, providence brings forth what is needed for universal maintenance—here, the righteous king Pṛthu and his śrī-sahacāriṇī, Arci.
Pṛthu is described as a partial manifestation empowered by Viṣṇu’s maintaining potency—fit to become the first among kings in exemplary rule—while Arci is a partial manifestation of the goddess of fortune (Śrī/Lakṣmī), who is never separated from the Lord. Their pairing teaches that righteous sovereignty and prosperity must co-exist under divine alignment.
Brahmā observes auspicious marks associated with Viṣṇu—such as the cakra sign on the palm and lotus impressions on the soles—classical indicators in Purāṇic and āyur-physiognomic traditions that denote an avatāric or divinely empowered status. This establishes Pṛthu’s legitimacy beyond mere heredity.
The offerings depict cosmic cooperation when dharma is restored: each deva empowers the king’s service—protection (weapons), moral authority (scepter), fame aligned with virtue (garland), and inner protection (Brahmā’s ‘garment’ of spiritual knowledge). The message is that nature and heaven support a ruler who rules as Viṣṇu’s representative, not as an egoistic enjoyer.
Pṛthu rejects praise for qualities not yet demonstrated, calling it deceitful and ultimately insulting. He teaches that kīrtana and stuti must be truthful and properly directed: the Supreme Lord is the rightful object of unqualified glorification, while a human leader should accept praise only when earned through verifiable dhārmic action—an essential safeguard against royal vanity.