
Dhruva’s Benediction from Kuvera and His Ascension to Viṣṇuloka (Dhruvaloka)
Après l’épisode précédent où Dhruva se vengea avec fureur des Yakṣas, ce chapitre fait passer le récit de la colère kṣatriya à la retenue vaiṣṇava : sous l’effet d’un sage conseil, l’ire de Dhruva s’apaise, et Kuvera apparaît pour le bénir. Kuvera relit le conflit à la lumière de la doctrine du kāla—le temps comme instrument du Seigneur—et montre que la méprise « moi/toi » fondée sur le corps est la racine du saṁsāra. Dhruva choisit alors une grâce résolument dévotionnelle : une foi inébranlable et le souvenir constant de Bhagavān, moyen de traverser l’océan de l’ignorance. Le texte évoque ensuite son règne juste et sa vie de maître de maison tournée vers le sacrifice, puis sa prise de conscience croissante que le monde ressemble à un rêve de māyā, ce qui le conduit au renoncement et à l’absorption yogique à Badarikāśrama. En transe, des signes de libération apparaissent, et Nanda et Sunanda, compagnons de Viṣṇu, arrivent dans un aéronef divin pour l’emmener à Viṣṇuloka—un accomplissement présenté comme sans précédent. Dhruva triomphe de la mort, se soucie de sa mère Sunīti (à qui le passage est aussi accordé), dépasse les mondes des saptarṣi, et l’on aboutit à l’établissement de Dhruvaloka. Le chapitre se clôt par le śravaṇa-phala : entendre la Dhruva-kathā apporte purification, prospérité et bhakti, surtout lorsqu’elle est récitée sans intérêt personnel les jours fastes, préparant la suite dynastique centrée sur les Pracetās et d’autres vaṁśānucarita.
Verse 1
मैत्रेय उवाच ध्रुवं निवृत्तं प्रतिबुद्ध्य वैशसा- दपेतमन्युं भगवान्धनेश्वर: । तत्रागतश्चारणयक्षकिन्नरै: संस्तूयमानो न्यवदत्कृताञ्जलिम् ॥ १ ॥
Le grand sage Maitreya dit : Cher Vidura, la colère de Dhruva Mahārāja s’apaisa et il cessa entièrement de tuer les Yakṣas. L’ayant appris, Kuvera, le bienheureux maître du trésor, se présenta devant Dhruva. Tandis que Yakṣas, Kinnaras et Cāraṇas le vénéraient et le louaient, il s’adressa à Dhruva, debout les mains jointes.
Verse 2
धनद उवाच भो भो: क्षत्रियदायाद परितुष्टोऽस्मि तेऽनघ । यत्त्वं पितामहादेशाद्वैरं दुस्त्यजमत्यज: ॥ २ ॥
Kuvera, maître du trésor, dit : Ô fils sans faute d’un kṣatriya, je suis très heureux de savoir que, suivant l’ordre de ton grand-père, tu as renoncé à ton inimitié, bien qu’elle soit si difficile à abandonner. Je suis fort satisfait de toi.
Verse 3
न भवानवधीद्यक्षान्न यक्षा भ्रातरं तव । काल एव हि भूतानां प्रभुरप्ययभावयो: ॥ ३ ॥
En vérité, tu n’as pas tué les Yakṣas, et les Yakṣas n’ont pas tué ton frère; car la cause ultime de la naissance et de la destruction des êtres est le Temps éternel, manifestation du Seigneur Suprême.
Verse 4
अहं त्वमित्यपार्था धीरज्ञानात्पुरुषस्य हि । स्वाप्नीवाभात्यतद्ध्यानाद्यया बन्धविपर्ययौ ॥ ४ ॥
La méprise qui fait dire « moi » et « toi » sur la base de la conception corporelle naît de l’ignorance. Elle apparaît comme un rêve illusoire; et d’elle procèdent l’asservissement et la répétition des naissances et des morts.
Verse 5
तद्गच्छ ध्रुव भद्रं ते भगवन्तमधोक्षजम् । सर्वभूतात्मभावेन सर्वभूतात्मविग्रहम् ॥ ५ ॥
Ô Dhruva, avance; que le Seigneur te comble de bon augure. Le Bhagavān Adhokṣaja, au-delà des sens, est le Paramātmā en tous les êtres et l’ultime refuge; ainsi, prends asile en Sa forme transcendante et commence le service de bhakti.
Verse 6
भजस्व भजनीयाङ्घ्रि मभवाय भवच्छिदम् । युक्तं विरहितं शक्त्या गुणमय्यात्ममायया ॥ ६ ॥
Ainsi, adonne-toi au bhajana du Seigneur, dont les pieds sont dignes d’adoration; Lui seul tranche le lien du saṁsāra. Bien qu’Il soit en relation avec Sa puissance māyā faite de guṇas, Il demeure détaché de ses actes; tout advient par Son pouvoir inconcevable.
Verse 7
वृणीहि कामं नृप यन्मनोगतं मत्तस्त्वमौत्तानपदेऽविशङ्कित: । वरं वरार्होऽम्बुजनाभपादयो- रनन्तरं त्वां वयमङ्ग शुश्रुम ॥ ७ ॥
Cher roi Dhruva, fils d’Uttānapāda, demande sans hésiter ce que ton cœur désire. Nous avons entendu que tu sers sans cesse, avec amour transcendant, aux pieds de lotus du Bhagavān Padmanābha; tu es donc digne de recevoir des bénédictions.
Verse 8
मैत्रेय उवाच स राजराजेन वराय चोदितो ध्रुवो महाभागवतो महामति: । हरौ स वव्रेऽचलितां स्मृतिं यया तरत्ययत्नेन दुरत्ययं तम: ॥ ८ ॥
Maitreya dit : Ô Vidura, lorsque Kuvera, roi des Yakṣas, l’invita à choisir une grâce, Dhruva Mahārāja, grand mahā-bhāgavata et roi d’intelligence élevée, demanda une mémoire et une foi inébranlables en Hari; ainsi l’on traverse aisément les ténèbres de l’ignorance, si difficiles à franchir pour d’autres.
Verse 9
तस्य प्रीतेन मनसा तां दत्त्वैडविडस्तत: । पश्यतोऽन्तर्दधे सोऽपि स्वपुरं प्रत्यपद्यत ॥ ९ ॥
Kuvera, fils d’Iḍaviḍā, fut grandement satisfait et, le cœur joyeux, accorda à Dhruva la grâce demandée. Puis, sous les yeux de Dhruva, il disparut, et Dhruva Mahārāja retourna dans sa capitale.
Verse 10
अथायजत यज्ञेशं क्रतुभिर्भूरिदक्षिणै: । द्रव्यक्रियादेवतानां कर्म कर्मफलप्रदम् ॥ १० ॥
Tant qu’il demeura au foyer, Dhruva Mahārāja accomplit de nombreux grands sacrifices, riches en dons, afin de plaire au Seigneur des sacrifices, Celui qui en jouit tous : Śrī Viṣṇu. Les rites prescrits visent surtout la satisfaction de Viṣṇu; Il en est le but et le dispensateur des fruits.
Verse 11
सर्वात्मन्यच्युतेऽसर्वे तीव्रौघां भक्तिमुद्वहन् । ददर्शात्मनि भूतेषु तमेवावस्थितं विभुम् ॥ ११ ॥
Dhruva Mahārāja porta une bhakti ardente et ininterrompue envers Acyuta, l’Âme de tous et le soutien de tout. Dans son service dévotionnel, il vit que le Seigneur tout-puissant demeure en chaque être, et que tout repose uniquement en Lui.
Verse 12
तमेवं शीलसम्पन्नं ब्रह्मण्यं दीनवत्सलम् । गोप्तारं धर्मसेतूनां मेनिरे पितरं प्रजा: ॥ १२ ॥
Dhruva Mahārāja était doté de toutes les qualités divines; il honorait les dévots du Seigneur, se montrait tendre envers les pauvres et les innocents, et protégeait les principes du dharma. Ainsi, les sujets le tenaient pour leur père véritable.
Verse 13
षट्त्रिंशद्वर्षसाहस्रं शशास क्षितिमण्डलम् । भोगै: पुण्यक्षयं कुर्वन्नभोगैरशुभक्षयम् ॥ १३ ॥
Dhruva Mahārāja régna sur la terre pendant trente-six mille ans. Par la jouissance, il épuisa les fruits de ses actes pieux; et par l’austérité, sans s’abandonner aux plaisirs, il épuisa les réactions inauspicieuses.
Verse 14
एवं बहुसवं कालं महात्माविचलेन्द्रिय: । त्रिवर्गौपयिकं नीत्वा पुत्रायादान्नृपासनम् ॥ १४ ॥
Ainsi, la grande âme Dhruva Mahārāja, maître de ses sens, passa de longues années à accomplir harmonieusement les trois buts mondains—dharma, artha et kāma. Puis il remit la charge du trône royal à son fils.
Verse 15
मन्यमान इदं विश्वं मायारचितमात्मनि । अविद्यारचितस्वप्नगन्धर्वनगरोपमम् ॥ १५ ॥
Dhruva Mahārāja comprit que cette manifestation cosmique, œuvre de la māyā externe du Seigneur Suprême, égare les êtres comme un rêve ou une cité illusoire des gandharvas.
Verse 16
आत्मस्त्र्यपत्यसुहृदो बलमृद्धकोश- मन्त:पुरं परिविहारभुवश्च रम्या: । भूमण्डलं जलधिमेखलमाकलय्य कालोपसृष्टमिति स प्रययौ विशालाम् ॥ १६ ॥
À la fin, Dhruva Mahārāja considéra son corps, ses épouses, ses enfants, ses amis, son armée, son trésor opulent, ses palais et ses lieux de plaisir comme des œuvres de la māyā. Voyant que son royaume, étendu sur toute la terre et ceint par les grands océans, était soumis au temps, il l’abandonna et se retira dans la forêt de Badarikāśrama, dans l’Himalaya.
Verse 17
तस्यां विशुद्धकरण: शिववार्विगाह्य बद्ध्वासनं जितमरुन्मनसाहृताक्ष: । स्थूले दधार भगवत्प्रतिरूप एतद् ध्यायंस्तदव्यवहितो व्यसृजत्समाधौ ॥ १७ ॥
À Badarikāśrama, les sens de Dhruva Mahārāja furent entièrement purifiés par ses bains dans une eau limpide et sacrée. Il affermit sa posture, maîtrisa le prāṇa par le yoga et retira les sens. Puis il fixa son esprit sur l’arcā-vigraha du Seigneur, réplique fidèle de Sa forme, et, méditant ainsi, entra dans un samādhi parfait.
Verse 18
भक्तिं हरौ भगवति प्रवहन्नजस्र- मानन्दबाष्पकलया मुहुरर्द्यमान: । विक्लिद्यमानहृदय: पुलकाचिताङ्गो नात्मानमस्मरदसाविति मुक्तलिङ्ग: ॥ १८ ॥
Par le flot ininterrompu de sa bhakti envers Hari, des larmes de félicité transcendante coulèrent sans cesse des yeux de Dhruva Mahārāja. Son cœur fondit et le frisson du romāñca parcourut tout son corps. Dans cette transe de service dévotionnel, il oublia son existence corporelle et fut aussitôt délivré des liens matériels.
Verse 19
स ददर्श विमानाग्र्यं नभसोऽवतरद् ध्रुव: । विभ्राजयद्दश दिशो राकापतिमिवोदितम् ॥ १९ ॥
Dès que les signes de sa libération se manifestèrent, Dhruva vit descendre du ciel un vimāna d’une grande beauté, tel la pleine lune éclatante illuminant les dix directions.
Verse 20
तत्रानु देवप्रवरौ चतुर्भुजौ श्यामौ किशोरावरुणाम्बुजेक्षणौ । स्थिताववष्टभ्य गदां सुवाससौ किरीटहाराङ्गदचारुकुण्डलौ ॥ २० ॥
Là, Dhruva Mahārāja vit dans le vaisseau céleste deux compagnons d’une beauté exquise, serviteurs du Seigneur Viṣṇu. Ils avaient quatre bras, un éclat sombre, l’allure de la jeunesse, et des yeux semblables à des lotus rougeâtres. Ils tenaient des massues et portaient de splendides vêtements, avec casque, colliers, bracelets et boucles d’oreilles.
Verse 21
विज्ञाय तावुत्तमगायकिङ्करा- वभ्युत्थित: साध्वसविस्मृतक्रम: । ननाम नामानि गृणन्मधुद्विष: पार्षत्प्रधानाविति संहताञ्जलि: ॥ २१ ॥
Reconnaissant en eux des serviteurs directs de la Personne Suprême, Dhruva Mahārāja se leva aussitôt; mais, troublé et pressé, il oublia la manière convenable de les accueillir. Il joignit donc les mains, se prosterna et chanta, glorifiant les saints noms du Seigneur, vainqueur de Madhu.
Verse 22
तं कृष्णपादाभिनिविष्टचेतसं बद्धाञ्जलिं प्रश्रयनम्रकन्धरम् । सुनन्दनन्दावुपसृत्य सस्मितं प्रत्यूचतु: पुष्करनाभसम्मतौ ॥ २२ ॥
Dhruva Mahārāja demeurait sans cesse absorbé dans les pieds de lotus de Śrī Kṛṣṇa; son cœur était rempli de Kṛṣṇa. Debout, les mains jointes, il inclinait humblement la tête. Alors Nanda et Sunanda, deux serviteurs confidentiels du Seigneur, chers à Puṣkaranābha, s’approchèrent avec un sourire heureux et lui dirent ceci.
Verse 23
सुनन्दनन्दावूचतु: भो भो राजन्सुभद्रं ते वाचं नोऽवहित: शृणु । य: पञ्चवर्षस्तपसा भवान्देवमतीतृपत् ॥ २३ ॥
Nanda et Sunanda dirent : « Ô roi, que toute bénédiction soit sur toi. Écoute avec attention nos paroles. Lorsque tu n’avais que cinq ans, tu pratiquas de rudes austérités, et par elles tu satisfis grandement la Personne Suprême de Dieu. »
Verse 24
तस्याखिलजगद्धातुरावां देवस्य शार्ङ्गिण: । पार्षदाविह सम्प्राप्तौ नेतुं त्वां भगवत्पदम् ॥ २४ ॥
Nous sommes les représentants de la Personne Suprême de Dieu, le créateur et soutien de l’univers entier, qui tient en Sa main l’arc nommé Śārṅga. Nous avons été spécialement dépêchés pour te conduire au Bhagavat-pada, le monde spirituel.
Verse 25
सुदुर्जयं विष्णुपदं जितं त्वया यत्सूरयोऽप्राप्य विचक्षते परम् । आतिष्ठ तच्चन्द्रदिवाकरादयो ग्रहर्क्षतारा: परियन्ति दक्षिणम् ॥ २५ ॥
Atteindre le Viṣṇupada est extrêmement difficile, mais par ton austérité tu l’as conquis. Même les grands ṛṣi et les devas n’obtiennent pas cette demeure; rien que pour la contempler, le soleil, la lune, les planètes, les étoiles et les demeures lunaires la circumambulent. Viens maintenant; tu es accueilli pour t’y rendre.
Verse 26
अनास्थितं ते पितृभिरन्यैरप्यङ्ग कर्हिचित् । आतिष्ठ जगतां वन्द्यं तद्विष्णो: परमं पदम् ॥ २६ ॥
Ô roi Dhruva, ni tes ancêtres ni quiconque avant toi n’a jamais atteint une telle planète transcendante. Viṣṇuloka, où le Seigneur Viṣṇu réside en personne, est la plus haute de toutes et digne d’adoration pour les habitants de tous les autres mondes. Viens avec nous et demeure-y à jamais.
Verse 27
एतद्विमानप्रवरमुत्तमश्लोकमौलिना । उपस्थापितमायुष्मन्नधिरोढुं त्वमर्हसि ॥ २७ ॥
Ô toi l’immortel, ce véhicule d’exception a été envoyé par Uttamaśloka, la Personne Suprême, honorée par des prières choisies et chef de tous les êtres. Tu es digne d’y monter.
Verse 28
मैत्रेय उवाच निशम्य वैकुण्ठनियोज्यमुख्ययो- र्मधुच्युतं वाचमुरुक्रमप्रिय: । कृताभिषेक: कृतनित्यमङ्गलो मुनीन् प्रणम्याशिषमभ्यवादयत् ॥ २८ ॥
Maitreya dit : Dhruva Mahārāja, très cher au Seigneur, ayant entendu les paroles suaves des principaux compagnons de Vaikuṇṭha, prit aussitôt son bain sacré, se para comme il convient et accomplit ses devoirs spirituels quotidiens. Puis il se prosterna devant les sages présents et reçut leurs bénédictions.
Verse 29
परीत्याभ्यर्च्य धिष्ण्याग्र्यं पार्षदावभिवन्द्य च । इयेष तदधिष्ठातुं बिभ्रद्रूपं हिरण्मयम् ॥ २९ ॥
Avant d’embarquer, Dhruva Mahārāja adora le véhicule sublime, en fit la circumambulation et offrit ses hommages aux compagnons de Viṣṇu. Entre-temps, son corps devint éclatant comme de l’or en fusion. Ainsi fut-il pleinement prêt à monter dans l’aéronef transcendantal.
Verse 30
तदोत्तानपद: पुत्रो ददर्शान्तकमागतम् । मृत्योर्मूर्ध्नि पदं दत्त्वा आरुरोहाद्भुतं गृहम् ॥ ३० ॥
Alors Dhruva, fils d’Uttānapāda, vit s’approcher la Mort personnifiée, Antaka. Sans la craindre, il posa son pied sur sa tête et monta dans le vimāna divin, vaste comme une demeure.
Verse 31
तदा दुन्दुभयो नेदुर्मृदङ्गपणवादय: । गन्धर्वमुख्या: प्रजगु: पेतु: कुसुमवृष्टय: ॥ ३१ ॥
À cet instant, dans le ciel retentirent dundubhi, mṛdaṅga et paṇava. Les gandharvas les plus éminents se mirent à chanter, et les devas répandirent sur Dhruva Mahārāja une pluie de fleurs en torrents.
Verse 32
स च स्वर्लोकमारोक्ष्यन् सुनीतिं जननीं ध्रुव: । अन्वस्मरदगं हित्वा दीनां यास्ये त्रिविष्टपम् ॥ ३२ ॥
Dhruva, assis dans le vimāna transcendantal prêt à partir, se souvint de sa pauvre mère, Sunīti. Il se dit : «Comment irais-je seul à Vaikuṇṭha en laissant ma mère démunie derrière moi ?»
Verse 33
इति व्यवसितं तस्य व्यवसाय सुरोत्तमौ । दर्शयामासतुर्देवीं पुरो यानेन गच्छतीम् ॥ ३३ ॥
Comprenant la résolution de Dhruva Mahārāja, les grands compagnons de Vaikuṇṭhaloka, Nanda et Sunanda, lui montrèrent que sa mère, Sunīti, avançait devant dans un autre vimāna.
Verse 34
तत्र तत्र प्रशंसद्भि: पथि वैमानिकै: सुरै: । अवकीर्यमाणो ददृशे कुसुमै: क्रमशो ग्रहान् ॥ ३४ ॥
Tandis que Dhruva Mahārāja traversait l’espace, il vit peu à peu les planètes. Sur la route, les devas dans leurs vimānas le louaient et le couvraient de fleurs, telles des pluies abondantes.
Verse 35
त्रिलोकीं देवयानेन सोऽतिव्रज्य मुनीनपि । परस्ताद्यद् ध्रुवगतिर्विष्णो: पदमथाभ्यगात् ॥ ३५ ॥
Dhruva Mahārāja, porté par le char céleste, dépassa les trois mondes et même les régions des saptarṣi ; au-delà encore, il atteignit le pied de Viṣṇu, la demeure éternelle, la destination immuable de Dhruva.
Verse 36
यद्भ्राजमानं स्वरुचैव सर्वतो लोकास्त्रयो ह्यनु विभ्राजन्त एते । यन्नाव्रजञ्जन्तुषु येऽननुग्रहा व्रजन्ति भद्राणि चरन्ति येऽनिशम् ॥ ३६ ॥
Les planètes de Vaikuṇṭha brillent d’une lumière propre ; par cette seule clarté, les trois mondes reflètent leur éclat. Mais ceux qui sont sans miséricorde envers les êtres vivants ne peuvent les atteindre ; seuls ceux qui œuvrent sans cesse au bien de tous parviennent à Vaikuṇṭha.
Verse 37
शान्ता: समदृश: शुद्धा: सर्वभूतानुरञ्जना: । यान्त्यञ्जसाच्युतपदमच्युतप्रियबान्धवा: ॥ ३७ ॥
Ceux qui sont paisibles, égaux en vision, purs et purifiés, et qui savent l’art de réjouir tous les êtres, ne liant amitié qu’avec les dévots bien-aimés d’Acyuta, eux seuls atteignent aisément le séjour d’Acyuta, le retour au foyer divin.
Verse 38
इत्युत्तानपद: पुत्रो ध्रुव: कृष्णपरायण: । अभूत्त्रयाणां लोकानां चूडामणिरिवामल: ॥ ३८ ॥
Ainsi, Dhruva Mahārāja, illustre fils d’Uttānapāda et entièrement voué à Kṛṣṇa, devint tel un joyau de couronne, pur et sans tache, au sommet des trois mondes.
Verse 39
गम्भीरवेगोऽनिमिषं ज्योतिषां चक्रमाहितम् । यस्मिन् भ्रमति कौरव्य मेढ्यामिव गवां गण: ॥ ३९ ॥
Maitreya poursuivit : Cher Vidura, descendant des Kuru, de même qu’un troupeau de taureaux tourne à droite autour d’un poteau central, ainsi tous les luminaires du ciel universel tournent sans cesse autour de la demeure de Dhruva Mahārāja, avec une force et une vitesse prodigieuses.
Verse 40
महिमानं विलोक्यास्य नारदो भगवानृषि: । आतोद्यं वितुदञ्श्लोकान् सत्रेऽगायत्प्रचेतसाम् ॥ ४० ॥
Ayant contemplé les gloires de Dhruva Mahārāja, le grand sage Nārada, pinçant sa vīṇā, se rendit à l’enceinte sacrificielle des Pracetās et, dans une joie profonde, chanta les trois strophes suivantes.
Verse 41
नारद उवाच नूनं सुनीते: पतिदेवताया- स्तप:प्रभावस्य सुतस्य तां गतिम् । दृष्ट्वाभ्युपायानपि वेदवादिनो नैवाधिगन्तुं प्रभवन्ति किं नृपा: ॥ ४१ ॥
Nārada dit : Dhruva, fils de Sunīti, dévouée à son époux comme à une divinité, par la puissance de son austérité et son progrès spirituel, a obtenu une destinée sublime que même les tenants des discours védiques, bien qu’en connaissant les moyens, ne peuvent atteindre ; que dire alors des hommes ordinaires ?
Verse 42
य: पञ्चवर्षो गुरुदारवाक्शरै- र्भिन्नेन यातो हृदयेन दूयता । वनं मदादेशकरोऽजितं प्रभुं जिगाय तद्भक्तगुणै: पराजितम् ॥ ४२ ॥
Voyez : Dhruva Mahārāja, à cinq ans à peine, le cœur transpercé par les flèches des paroles cruelles de sa belle-mère, partit pour la forêt. Sous ma direction il pratiqua l’austérité et, bien que le Seigneur soit invincible, il Le conquit par les qualités propres aux dévots.
Verse 43
य: क्षत्रबन्धुर्भुवि तस्याधिरूढ- मन्वारुरुक्षेदपि वर्षपूगै: । प्रसाद्य वैकुण्ठमवाप तत्पदम् ॥ ४३ ॥ षट्पञ्चवर्षो यदहोभिरल्पै:
Un simple kṣatrabandhu en ce monde, fût-il austère durant d’innombrables années, ne peut gravir une telle hauteur. Mais Dhruva, ayant satisfait le Seigneur de Vaikuṇṭha, à cinq ou six ans seulement, par quelques mois d’austérité, obtint ce rang—quelle merveille !
Verse 44
मैत्रेय उवाच एतत्तेऽभिहितं सर्वं यत्पृष्टोऽहमिह त्वया । ध्रुवस्योद्दामयशसश्चरितं सम्मतं सताम् ॥ ४४ ॥
Maitreya dit : Cher Vidura, tout ce que tu m’as demandé au sujet de l’immense renommée et de la conduite de Dhruva Mahārāja, je te l’ai exposé ici en détail. Les grands saints et les dévots aiment profondément entendre les récits de Dhruva Mahārāja.
Verse 45
धन्यं यशस्यमायुष्यं पुण्यं स्वस्त्ययनं महत् । स्वर्ग्यं ध्रौव्यं सौमनस्यं प्रशस्यमघमर्षणम् ॥ ४५ ॥
Écouter le récit de Dhruva Mahārāja est une bénédiction : il accorde richesse, renommée et longévité; il est hautement méritoire et de bon augure. Par cette écoute on obtient le ciel ou même Dhruvaloka; les devas s’en réjouissent, et sa puissance efface les fruits des fautes.
Verse 46
श्रुत्वैतच्छ्रद्धयाभीक्ष्णमच्युतप्रियचेष्टितम् । भवेद्भक्तिर्भगवति यया स्यात्क्लेशसङ्क्षय: ॥ ४६ ॥
Celui qui, avec foi, écoute sans cesse les actes de Dhruva Mahārāja, si chers à Acyuta, et s’efforce d’en saisir la pureté, obtient la bhakti pure envers le Seigneur. Par cette dévotion, les afflictions de la vie matérielle s’éteignent.
Verse 47
महत्त्वमिच्छतां तीर्थं श्रोतु: शीलादयो गुणा: । यत्र तेजस्तदिच्छूनां मानो यत्र मनस्विनाम् ॥ ४७ ॥
Celui qui écoute ce récit de Dhruva Mahārāja acquiert des qualités élevées comme les siennes, telle la droiture et d’autres vertus. Pour qui désire grandeur, puissance ou influence, voici la voie, telle un tīrtha; et pour les esprits réfléchis qui cherchent l’estime, voici le moyen juste.
Verse 48
प्रयत: कीर्तयेत्प्रात: समवाये द्विजन्मनाम् । सायं च पुण्यश्लोकस्य ध्रुवस्य चरितं महत् ॥ ४८ ॥
Le grand sage Maitreya recommanda : avec soin et attention, au sein d’une assemblée de brāhmaṇas ou d’autres dvijas, on doit chanter matin et soir la grande vie et les actes de Dhruva Mahārāja, loué pour sa piété.
Verse 49
पौर्णमास्यां सिनीवाल्यां द्वादश्यां श्रवणेऽथवा । दिनक्षये व्यतीपाते सङ्क्रमेऽर्कदिनेऽपि वा ॥ ४९ ॥ श्रावयेच्छ्रद्दधानानां तीर्थपादपदाश्रय: । नेच्छंस्तत्रात्मनात्मानं सन्तुष्ट इति सिध्यति ॥ ५० ॥
À la pleine lune, à la nouvelle lune (amāvasyā), au dvādaśī suivant ekādaśī, lorsque l’astre Śravaṇa se manifeste, à la fin d’un tithi, lors de Vyatīpāta, à saṅkrānti, en fin de mois ou le dimanche, celui qui s’abrite aux pieds de lotus du Seigneur doit réciter l’histoire de Dhruva Mahārāja devant des auditeurs pleins de foi, sans accepter de rétribution. Ainsi, sans motif professionnel, récitant et auditoire sont comblés et parviennent à la perfection.
Verse 50
पौर्णमास्यां सिनीवाल्यां द्वादश्यां श्रवणेऽथवा । दिनक्षये व्यतीपाते सङ्क्रमेऽर्कदिनेऽपि वा ॥ ४९ ॥ श्रावयेच्छ्रद्दधानानां तीर्थपादपदाश्रय: । नेच्छंस्तत्रात्मनात्मानं सन्तुष्ट इति सिध्यति ॥ ५० ॥
Ceux qui ont pris refuge entièrement aux pieds de lotus du Seigneur doivent réciter le récit de Dhruva Mahārāja sans accepter de rétribution. La récitation est recommandée à la pleine lune ou à la nouvelle lune, le jour de Dvādaśī après Ekādaśī, lors de l’apparition de l’astre Śravaṇa, à la fin d’un tithi, à l’occasion de Vyatīpāta, en fin de mois ou le dimanche, devant une assemblée favorable. Ainsi récitée, sans intention mercantile, elle mène le récitant et les auditeurs à la perfection.
Verse 51
ज्ञानमज्ञाततत्त्वाय यो दद्यात्सत्पथेऽमृतम् । कृपालोर्दीननाथस्य देवास्तस्यानुगृह्णते ॥ ५१ ॥
Le récit de Dhruva Mahārāja est une connaissance sublime menant à l’immortalité. Celui qui, par compassion transcendante, offre à ceux qui ignorent la Vérité Absolue un savoir semblable à l’amṛta, les guidant sur le juste chemin, et qui assume la charge d’être maître et protecteur des êtres démunis, reçoit spontanément l’intérêt et les bénédictions des devas.
Verse 52
इदं मया तेऽभिहितं कुरूद्वहध्रुवस्य विख्यातविशुद्धकर्मण: । हित्वार्भक: क्रीडनकानि मातु-र्गृहं च विष्णुं शरणं यो जगाम ॥ ५२ ॥
Ô Vidura, le plus éminent des Kuru, je t’ai exposé les actes transcendants de Dhruva Mahārāja, célèbres dans le monde entier et d’une pureté parfaite. Dès l’enfance, il renonça aux jouets et aux jeux, quitta la protection de la maison maternelle et prit avec gravité refuge en la Personne Suprême, Viṣṇu. Ainsi, cher Vidura, je conclus ici ce récit, car je t’en ai donné tous les détails.
Kuvera teaches that the ultimate cause of generation and annihilation is kāla—the time potency of the Supreme Lord. This does not deny moral responsibility at the human level, but it dissolves absolutized hatred by relocating final agency to Bhagavān’s governance, thereby curing the devotee’s tendency toward vengeance born of bodily identification.
Dhruva asks for unflinching faith and constant remembrance of the Supreme Personality of Godhead. The significance is theological and practical: rather than seeking wealth or dominion from the treasurer of the gods, Dhruva chooses smaraṇa-bhakti as the means to cross avidyā-sāgara (the ocean of nescience), demonstrating the devotee’s value hierarchy.
Nanda and Sunanda are confidential associates (parṣadas) of Lord Viṣṇu from Vaikuṇṭha. As divine emissaries, they authenticate Dhruva’s attainment and escort him to Viṣṇuloka, indicating that liberation is not merely an internal state but a relational entrance into the Lord’s personal realm.
When death personified approaches as Dhruva boards the divine airplane, Dhruva places his feet on death’s head and ascends. Symbolically, it depicts bhakti’s supremacy over fear and mortality: the devotee, sheltered in the Lord, transcends death’s jurisdiction and treats death as a threshold rather than an end.
The text links eligibility for Vaikuṇṭha with dayā (mercy) and welfare toward living beings. Since Vaikuṇṭha is the realm of pure devotion free from envy, cruelty and exploitation are disqualifying dispositions; compassion indicates purification and alignment with the Lord’s protective nature (poṣaṇa).
Recitation is recommended morning/evening and on auspicious lunar/astrological occasions (e.g., full/new moon, post-Ekādaśī, Śravaṇa nakṣatra), before a favorable audience, and without professional motive. Discouraging remuneration protects the act as bhakti (service) rather than commerce, preserving sincerity (niṣkāmatā) for both speaker and listener.